‹ Histoire des violations du traité de paixChapitre 56 sur 92 · L ESPRIT DE REVANCHE ICI · texte numérisé non relu

L ESPRIT DE REVANCHE ICI

et des airs d'actualité : « Souviens-toi toujours de ce que TAllemagne a perdu. » La couverture est illustrée par une reproduction de la cathédrale de Strasbourg. D'autres fois, l'image représente le Denkmal de Leipzig, qui cornmémore la date fameuse du i8 octobre. Nous avons mentiormé qu'à Heidelberg existe une association d'anciens étudiants alsaciens-lorrains. Ceux-là chantent comme les autres, et plus fort que les autres. Leurs voix s'accordent avec celles des tireurs de Chiem (Haute-Bavière) qui, le i6 juin, glorifient en choeur l'œuvre d'Escherisch, avec celles des populations qui, à Berlin, le 20, fêtent, devant Hindenburg et von Heeringen, le 25® anniversaire de l'inauguration d'un monument de la guerre de 1870, avec celles des auditeurs du même Hindenburg qui, après l'avoir entendu à Gœttingen, le 9 juillet,, jurent que « le vieil esprit de 1914, caractérisé par l'amour de la Patrie et de l'Empereur, renaîtra un jour. » Tous ont la même honte, « notre honte », écrit la Deutsche Zeitung :

C'est dans la galerie des Glaces, à Versailles, que le jeune Bmpize allemand a vu le jour. C'est dans la galerie des Glaces que des non- AUemands l'ont trahi et enfoui. C'est dans la galerie des Glaces, à Versailles, que l'Empire ressuscitera dans sa puissance et dans sa majesté. I^ temps viendra. Il viendra, car nous ne sommes pas des mourants, mais des vivants. A travers les misères et les tristesses du présent, la foi en nous-mêmes, la foi dans notre bon droit nous conduira vers un avenir radieux. Mais, pour rester forts et vaillants jusqu'au txmt, il faut que le stigmate de la honte ne cesse de nous brûler le front, il faut que nous entendions toujours vibrer à nos oreilles les coups de fouet de Versailles.

Tous s'expriment par la bouche du général von der Goltz quand il félicite le général Gerich (9 juillet) d'avoir écrit un article outrageant pour les Alliés, et d'avoir, aussi, « souflSeté les oppresseurs du monde ». Tous approu-

des hymnes de guerre, et même le Deutschland ûber ailes. — N'oublions pas qu'il existe, en Allemagne, 13 sociétés pacifistes, parmi lesquelles, la Société allemande pour la paix, V Union pour la Patrie nouvelle, la Société pacifiste des catholiques allemands qtà, le 10 octobre X921, tiendront leur congrès, à Essen mteie, <^s la dté de9 canons. I«eur devise ccnnmune est « Die Waffen nieder l A bas les armes ! >. Et leurs chants roulent sur ce thème : ■ Nous ne forgerons plus que des instruments de poix »»

vent ce que pense et veut le général Ludendorff, quand le 21, à Munich, il exhorte la nouvelle génération à garder intact « l'esprit allemand de 1914 ».

« La brigade Erhardt ressuscitera », grave-t-on sur le monument élevé à ses morts. « Tannenberg reviendra », dit-on à Kœnigsberg, le 15 août, et « La vengeance sera ! » à Grunewald, le 24. La célébration du Sedantag, malgré l'interdiction, suscite une multitude de serments analogues, où ne s'affirme pas seulement un légitime patriotisme, mais une rouge volonté de carnage, d'extermination sans pitié, d'assassinat en masse.

« Cris furieux du pangermanisme » dit M. Raoul Péret, président de la Chambre française, à Poitiers, le 4 septembre. Colère d'un peuple « battu, mais non vaincu », et qui, n'ayant connu ni l'invasion ni le démembrement, s'habitue à ne plus craindre et à tout espérer. Pour se revivifier, il prend ses exemples où il les trouve, en luimême et hors ses frontières. En octobre 1921, il demande une leçon à Dante Alighieri et salue, en la personne du grand Florentin, cette « spiritualité que l'humanité entière devrait prendre pour exemple, cet esprit prophétique qui lisant dans le passé et le présent, sait deviner l'avenir et le conduire à ses fins ». (Conférence du professeur Troeltsch, à l'Opéra de Berlin.) L'orateur ajoute que, de cet esprit dantesque, aujourd'hui, l'Allemagne a besoin de se nourrir, si elle veut se relever et reprendre sa place parmi les nations majeures.

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