endommagés, en tout
Deux estimations d'essai préliminaines ont été faites : l'une par M. I^ottis Dubois, le président de la Commission des B^^Mrations, dans son rapport de janvier 1919 à la Chambre des députés ; l'autre par l'architecte Delaire, présentée à la fin de 19x8 à un Congrès de ^)écialistes. Partis de txises diffévoites, MM. Dubois et Delaire arrivent à des résultats comparables; l'un à 22,5 milUaids, l'autre à 25 milliards; leurs tentatives d'évaluation concordexit à detcc ou trois milliards près.
I<a méthode de M. Delaire a consisté à fixer œ que celui-ci appelle un « oa|>ital habitat », c'est-à-dire la somme ttéccrôke pour loger une personne aux nouveaux prix de construction et en le rapprochant d'un nomt>re supposé de sans abri, qu'il estime au quart seulement de la population des pays envahis, à en déduire la somme nécessaire aux reconstructions. M. Brenier fait remarquer que le nombre actuellement Qonau des Boisons détruites et endommagées permet de icpiendre de plus pr^ la méthode de M. Delaire. Il admet que le total (tes maisaft?;détruites, — en ajoutant tm tiers des maisons endommagées comme équivalant à des maisons détruites, — ne représente que 250.000 bâtiments sur 594.000 bâtiments actudlement recensés; il adopte le chiffre de 6 habitants en moyenne par maison. Ces diiffres sont très vraisemblables, avec des pays aussi ];>euplés et pourvus de centres urbains aussi importants que les départements dévastés.
M. BreiÉier prend ensuite un dûffre allemand, — celtd adopté à Spa comme représentant, avant la guerre, la valeur d'une msàsum de miseur -^ et tout en remarquant que les 1.500.000 persOTOies sasas «bri ne peuvent tout de même pas être logées comme des mineurs, H aboutit au cidffre de 18.750 mlHions pour la valeur de tecoBstruction des habitations privées. Par une cobiddence curieuse et imprévue, œ diifbe Qolndde i>resque avec le chiffre de 18.000 millions auxquds M. I,ouis Dubois est arrivé par des méthodes tout à fait différentes, ^ l'on déduit de son diiffre de 22,5 miUiaids les 3.900 millions qu'il attribue aux bAtiments publics.
M. Brenier fait, en outre, ressortir qu'en ce qui concerne les ^pertes de la propriété bâtie, une méthode âe calctil entièrement (afférente de MM. Dubois et Delaire permet d'aboutir à des résidtats presque iden-
tiqufis. Cette méthode est cdle d'un spécialité particnHérement compétent, M. Edmond Michel, inspecteur priocipai du Crédit Foncier de Btwoce, dont les travaux sur touties les questions relatives à la propriété iamotiiliéie de Pranœ font autorité. Si l\»n mp^x)die Testianation des pertes subies p«r les bâtiments privés faite en 191 9 peu: M. I/jws BubcMS, dns oatettls «oigaeasement établis fin 1914, par M. Michel, sur la valeur immobilière du UrrOoire envahi en France €t en divisant la première par Vindice d^-aecroissement de valeur en 1919, on remarque que les chiffres coneoidettt et me tilfièrent guère que de soo «allions de francs. M. Bienier est donc autorisé à conclure de son exposé de nos pertes immobiUéxcs, que « lorsque trois oalculs, sur des bases différentes, dcmient des totaux très similaires, â y a de grandes chances pour qu'ils soient exacts ».
n est, dés lors, fadle A 'M. Brenier de montrer que M. Keynes a confondu trois choses très différentes dans cette question de la piopiiété bdtie : la valeur but le mardié, la vsdeur intrinsèque et la valeur de iecoaeii«ctioii. Il a pris arbitraironent resHmatien la plus basse possible, celle de la propriété bâtie dans les évcduations fiscales et il en a pcofité pour accuser d'exagération grossière les experts français, quand ceux-ci parlaient conformément au bon sens, de la valeur de reconstruction des immeubles détruits et endommagés dans les régions enrvafliies.
Dès lors, ce soirt les chiffres des experts français qui approchent du chiffre exact, et non les chiffres de M. Keynes, qui ne tient aucun compte âes recherches déjà faites et qui, sans la moindre preuve à l'appui, évalue hardiment les dommages subis à 3 milliards (te francs aux prix d'anjcant-giœne ou 6 milliards 200 millions aux prix actuels.
Pour donner une idée du problème qu'impose à la France la seule xépamticm des prot^iétés bâties, M. Brenier a soin de faire ressortir qàfil ne s'agit pas seulement de reconstruire des maisons isolées, mais de refaire des villes, des bourgs avec des rues et tous les compléments nécessaires à la vie urbaine (conduites d'eau, de gaz et d'étectricité, égouts, etc.); qu'il a fallu déblayer, au préalable, 41 millions de mètres cubes de ruines; que le nombre des ouvrieis indispensables à cette tftdte dépasse xoo.ooo pour 1921 et que, d'après les industriels du bâtiment les plus autorisés, les travaux de réparations diweront au mc^ns seize ans.
XBS VERTES TfB I/'AGRICULTXTSB
lyCS départements dévastés comptaient parmi les régions les plus fertiles de la France. Us comprenaient, outre la ridie Flandre, des terres grasses telles que le Soissonnais, le Tardenois et le Santerre, dont le nom (sama ierra) téncngne de sa fertilité dès les temps les i^us anciens. ]ge lendement en blé atteignait jusqu'à 24 quintaux à l'hectare, dans le Nord et restait de 19,3 dans l'Oise et de 18,8 dans l'Aisne, etc., contre une moyenne de 13 qidntaux pour la France entité.
Bn laissant de côté les Vosges, qui n'ont été occupées que sur 20 % de leur superficie, les neuf autres départements produisaient 20 % de la réoe^e française de blé, 24 % de cdle d'avoine, 41 % de celle de lin, 71 % de celle de betteraves à sucre. I^ seul département de la Marne fournissait par an pour plus de 35 à 40 ndllions de francs de vins de Champagne. I<e <^ptd était important, surtout pour les chevaux.
(25 % du cheptel français) et les gros troupeaux de moutons dans l'CMse, la Somme et le Pas-de-Calais.
Sui les 3.600.000 hectares de la zone de guerre, 3.000.000 environ, d'après l'estimation de M. Michel, inspecteur principal du Crédit foncier, étaient occupés par des terrains agricoles ou des forêts et des bois soumis à la dévastation. Ce chiffre, donné par un spécialiste très cornpètent dés le milieu de 19 19, a été confirmé par l'enquête ultérieure et beaucoup plus minutieuse des directeurs des services agricoles des départements envahis. Sur ce total de 3 millions d'hectares, 6 % environ ont été tellement bouleversés et cribla d'obus qu'il faudra des années avant qu'ils recouvrent leur fertilité d'antan, s'ils la retrouvent jamais; 55 % ont été sérieusement endommagés et le reste, soit 39 %, plus ou moins « abîmés ».
M. Brenier fait judicieusement remarquer que si M. Keynes n'avait pas ces données à sa disposition, il aurait pu consulter au moins le rapport officiel de M. I^ouis Dubois en janvier 1919. Celui-ci n'attribuait que 2.564.000 hectares à la surf£ice agricole dévastée peu: la guerre, tandis qu'en réalité elle atteint 3 millions d'hectares. Il ne saurait donc pas être ta .é d'exagération. Sa méthode pour calculer la valeur des pertes ne prête pas davantage à la critique. Il distingue avec soin les diverses catégories des sols agricoles : labours proprement dits, pâturages, prairies, jardins, etc. Il prend la valeur fiscale moyenne de ces diverses catégories, c'est-à-dire l'évaluation la plus basse possible, n ajoute seulement, avec beaucoup de modération, 50 % pour tenir compte de la hausse du soL I^a somme de 700 francs par hectare qu'il assigne à la remise en état de culture est loin d'être exagérée, surtout si l'on tient compte des frais de « désobusage », de comblement de tranchées (:^65 millions de mètres cubes), de l'enlèvement de 300 millions de nôtres cubes de fils d» fer barbelés, de l'envahissement des mauvaises herbes, des façons culturales nécessairement plus nombreuses, de l'appU^ cation plus intense des engrais, ainsi que de la hausse de toutes choses. En y ajoutant la perte du cheptel et la destruction de l'outillage agricole, on arrive déjà à une somme de 8 milliards 876 millions. Si on tient compte des pertes forestières qui dépassent tm milliard et les pertes des engrais, des semences, des récoltes engrangées, etc., lors de l'invasion, le total s'élèverait environ à 21 milliards.
M. Brenier a donc raison de demander de quel droit et en se basant sur quels faits M. Keynes a pu déclarer que la somme de 2.500 millions était « extravagante » pour couvrir les dommages causés à la terre (bâtiments ruraux non compris), dans les régions dévastées de la France.