VIII. —— ORGANES GÉNITO-URINAIRES
Parmi les organes génilo-urinaires, le pénis, l'urèthre, la prostate, la vessie et les conduils séminaux ont seuls pu être étudiés.
Avant d'entrer dans le détailde la description des parties, il est
bon-de donner une idée de leurs rapports généraux. La verge est supposée saillante au dehors et relevée, la pointe en avant, le long de la face ventrale du corps. A sa base, elle s'enfonce très obliquement sous les téguments et, après un trajet d'environ 0 m. 45, se divise en deux racines qui se dirigent, l’une à dreite, l'autre à gauche, presque transversalement, pour aller s'attacher chacune à l’extrémité postérieure de l'os pelvien correspondant. L’urèthre parcourt d'abord d’arrière en avant toute la portion exsertile de la verge, puis continue son trajet sur unelongueur d'environ 0 m. 40 dans la portion intra-somatique. Un peu avant d'avoir atteint la bifureation des corps caverneux, il se courbe brusquement, décrit sur une longueur de 0 m. 10 une courbe à courtrayon de près de 172 circonférence, pour reprendre son trajet de nouveau horizontal, mais d’arrière en avant, jusqu'à la vessie. Cette seconde partie des voies urinaires est donc parallèle à la première, mais dirigée en sens inverse et dans un plan plus profond.
Dans toute la partie horizontale superficielle et dans le coude qui lui fait suite, par conséquent sur une longueur de plus de 3 mètres (25 54 + 0% 45 + 0% 10 = 3" 09), l'urèthre conserve un calibre assez régulier; mais dès qu'il a franchile coude, il s’élargit et prend des parois plus épaisses. Là, sur une longueur de 0 m. 22, son diamètre intérieur mesure 0 m. 055 et ses parois plus de 0 m. 04 d'épaisseur. C’est la portion prostatique du canal.
A cette portion prostatique fait suite la vessie, qui continue encore, d’arrière en avant, le trajet horizontal de l’urèthre sur une longueur de 4 m.923. Du fond de la vessie au méat urinaire, la distance totale est donc de plus de 4m 50 (2% 54 0% 45 Om 1040 22 HE {mn 93
— 4%54). Passons maintenant à la description détaillée des parties.
a) — Vessie. — La vessie est remarquable par sa forme allongée. Elle a plutôt l'aspect d’un canal en cul-de-sac que celle d’un réservoir. Elle mesure, vide, 1 m. 23. Dans sa partie moyenne, son dia-
mêtre est Om. 12à 0 m. 14. Elle conserve à peu près la même gros-
seur sur une longueur de © m. 70, mais à ses deux extrémités elle se rétrécit. À la partie antérieure, surunelongueur de 0 m.49, elle n’a plus que 0 m.66 à O0 m.07 de diamètre. Tout à fait à l'extrémité, elle se continue avec l’'ouraque, qui n’a que 0 m. 02 à0m. 03 de grosseur. En arrière, elle se rétrécit de même, mais plus brusquement et sur une longueur de O0 m. 13; son diamètre intérieur ne dépasse pas 0 m. 025 à O0 m. 028 et se trouve ainsibien inférieur à celui de la portion prostatique de l'ur’thre qui lui fait suite. On serait tenté d'attribuer à l’urèthre et non àla vessie cette extrémité inférieure si étroite. Mais, comme on le verra, la disposition intérieure interdit cette interprétation et oblige à considérer ce prolongement canaliforme comme le col de la vessie.
La muqueuse vésicale,comme on le voit surla figure 16 de la planche XIX qui représente ce réservoir fendu sur la ligne médiane ventrale, est lisse dans la plus grande partie de son étendue. Dans sa portion rétrécie postérieure se voient seulement quelques lignes transversales peu saillantes. A l'extrémité antérieure, non pas tout à fait au sommet, mais un peu à gauche et du côté dorsal, se voit un orifice ovalaire (0), dont le grand axe, oblique de droite à gauche et de haut en bas, mesure 0 m. 055 et le petit 0 m. 04. Cet crifice est bordé par des lvres trs saillantes formant un relief de 0 m. 02 au moins, souples el épaisses à leur insertion, minces à leur bord libre. Cet orifice conduit dans un petit cul-de-sac en forme de coupe de 0 m. 03 de profondeur, parfaitement dessiné, et que l'on ne peut faire disparaitre en cherchant à l'étaler. Ses parois internes sont sillonnées de plis parallèles au bord libre. C'est en face de cette cupule, sur la face externe, que s'insire l’ouraque. .
L'ourague a la forme d'un cordon cylindrique de 0 m. 02 à 0 m. 03 de diamètre. En le tranchant, on voit qu'il est parcouru par un canal, mais ce canal ne va pas jusqu’à la vessie. En l’injectant même sous pression,avec de lea, on n'arrive pas à pénétrer dans la vessie : le canal est oblitérésur une longueur de Om. 03 à 0 m. 0 à sa jonc-
tion avec elle. Je n'ai pu suivre l’ouraque jusqu'à l'ombilie. A
une distance de Om. 20, il se pendait dans les tissus putréfiés.
Les uretères (uw, fig. 14, 15, 16, pl. XIX) s'ouvrent dans la vessie, vers la partie postérieure dé sa paroi dorsale à { m. environ du fond et à Om. 10 de l'origine du col. Leurs orifices sont placés à peu près à la même hauteur et séparés l’un de l'autre par une distance de 0m. 05. Leur forme est ovalaire. Leur grand axe, oblique en bas et en dedans, mesure 0 m. 03 et le petit 0 m.02. Ils sont taillés très obliquement dans le paroi; leur demi-circonférence antérointerne se continue à plat avec la muqueuse ambiante, tandis que la demi-circonférence est formée par une lèvre très saillantc capable de former valvule etse rabattant sur l'orifice.
Le canal dans lequel ils donnent accès traverse très obliquementla paroi vésicale et vient ressortir sur la face opposée, à 0 m.08 plus -en avant et à O0 m. 02 plus en dehors. Il en résulte que les deux orifices extérieurs sont séparés l’un de l'autre par une distance de 0 m. 09, au lieu de 0 m. 05, comme à la face intérieure. L’obliquité est telle que le canal parcourt plus de 0 m. 08 pour traverser une paroi qui n'a que 0 m. 02 d'épaisseur. Le diamètre intérieur du canal est 0 m. 01 seulement.
Le mode de terminaison de la vessie dans la portion prostatique de l’urèthre est très remarquable. Lorsque l’on fend cette dernière sur la ligne médiane ventrale avant d’avoir ouvert la vessie, on constate qu'elle à l'air de se terminer en cul-de-sac; mais à l'extrémité antérieure de sa face dorsale, on apercoit une sorte de lambeau de muqueuse mince et affaissée (c, fig. 16). En le soulevant, on voit qu'il forme la voûte d’un petit tunnel, dont le sol fait partie de la paroi commune et qui conduit dans l’intérieur de la vessie.
Aïnsila vessie ne s'ouvre pas à plein canal dans la portion prostatique de l’urèthre. Elle se prolonge en une sorte de tube dont la paroi ventrale est membraneuse et comme flottante et qui s’ouvre à la face dorsale de la région prostatique de l’urèthre. Les figures 1% et 16 de la planche XIX aidént à comprendre cette dispo-
sition singulière.
L'orifice du col de la vessie dans l’urêthre est arrondi. Il mesure Om. 02 de diamètre.
Si l’on suit avec l’ongle ou avec un stylet la ligne médiane dorsale de la portion prostatique del’urèthre, en remontant vers la vessie, on constate que l'on ne peut entrer directement dans le col. Le doigt ou l'instrument vient butter contre un petit repli transversal de la muqueuse saillant de 0 m. 04 environ, large de O0 m. 02 ou 0 m. 03. Après avoir fendu le col de la vessie, on l’apercoit mieux, et l'on constate qu'il fait partie du bord libre du col. Sur sa face inférieure se trouve une petite crête muqueuse irrégulière, qui commence à l'orifice et se perd à quelques centimètres au delà fr, fig. 17).
En examinant avec attention le bord libre du repli, on trouve à chacune de ses extrémités droite et gauche un orifice en forme de rosette. tout petit, mais fort net (s, fig. 17). En dilatant ces ouvertures, on peut les forcer à admettre un mandrin de 2 à 3 mm. de diamètre, qui va ressorür, après un trajet de 0 m. 45, à la face dorsale de la prostate. Le canal ainsi parcouru traverse donc très obliquement les paroïs de la prostate. Ils vont d’arrière en avant, un peu de bas en haut et un peu de dedans en dehors. Ils se continuent derrière la prostate, dans un cordon épais inséré sur la face postérieure de celle-ci et que je n'ai pu suivre au delà d’une longueur de O m. 20. Ce sont là évidemment les conduits séminaux, remarquables par leur situation sur le bord libre du col de la vessie. Je
n'ai pas trouvé d’utricule prostatique.
b) — Prostate. — La portion prostatique (f, fig. 14 et 16) de l’urèthre a été déjà en partie décrite. Elle s'étend du col de la vessie, qai pénètre dans son intérieur un peu comme un museau de tanche dans le vagin, au coude que forme le canal au-dessus de la bifurcation des corps caverneux. Sa longueur est de 0 m. 22, son diamètre intérieur de 0 m. 055; l'épaisseur de ses parois atteint 0 m. 045 ; elle est donc bien supérieure à celle des parois vésicales, qui atteint àpeine Om 04.
La configuration intérieure a été décrite à propos du col de la
vessie et des orifices séminaux. J’ajouterai que dans toute la surface elle est criblée par les orifices des glandules prostatiques. Une section transversale montre que ses parois sont formées de deux sortes de tissus. Sous la muqueuse se trouve une couche grisâtre, d'aspect graisseux, traversée par des conduits jaunâtres qui serpentent dans sonintérieur. L'épaisseur totale decette coucheest d’environ 3 mm. Elle représente la prostate avec ses glandules. Tout le reste de l'épaisseur est formé par un muscle strié, disposé en sphincter, dont l'épaisseur dépasse 0 m. 04, et qui s'étend dans toute là hauteur de la région prostatique. Il résulte de là que ce muscle fait sentir son action sur toute la partie terminale du col et peut fermer la vessie. Les parties postérieures du muscle au contraire ne peuvent avoir aucune action directe sur le col, mais elles peuvent servir dans l'éjaculation. En résumé, je ne sais s'il existe un véritable sphincter de la vessie à fibres lisses: en tout cas, il ne peut être bien développé ; mais le sphincter de la portion prostatique de l'urèthre à fibres striées est bien placé pour maintenir la vessie close par sa seule tonicité.
c\ — Pénis (pl. XVII, fig. 4, et XIX. fig. 43 et 14). — On sait qu'à l’état normal le pénis est complètement rentré dans le corps, et que les lèvres de l'ouverture au fond de laquelle il est retiré se rapprochent de manière à figurer une sorte de longue vulve. Chez notre individu, il était complètement sorti et pendait sur le flanc gauche. L'élasticité naturelle lcramenait toujours de ce côté. Il a la forme d’un cône très allongé et un peu aplati transversalement à la base. Il mesure 2 m. 54de long, 0 m.93 de tour à la base, tandisque la pointe, à peine tronquée, est grosse comme le baut du doigt. A l'extrémité se trouve l'orifice, de Om.01 de diamètre, rouge, limité partrois petites languettes charnues. Sur la face postérieure, à0 m. 85 del’extrémité, setrouve un petit lambeau charnu, rouge, donnant l'idée d’un frein préputial qui aurait étérompu.Entre ce frein et l'extrémité, lasurface est rouge etparaitrecouverte d'une muqueuse assez en dommagée. Dans le reste
de sn étendue, le pénis est recouvert d’une peau blanche et lisse. A la base, il est cerné par un petit sillon, et plus en dehors par un petit bourrelet que forment les téguments. Mais, sur la face postérieure. sillon et bourrelet disparaissent ; là le pénis se continue insensiblement avec les téguments et se prolonge jusqu'entre les mamelles par une sorte de côte saillante (rp, fig. 4, pl. XVII).
Au delà de son origine apparente, le pénis se prolonge sous la peau en s’enfoncant d'avant en arrière, sur une longueur de O0 m. 45- Là, il se divise en deux branches qui se portent en s’effilant en arrière et en dehors, presque transversalement, et, après un trajet de 0 m. 20 environ, s’insère à l'extrémité postérieure de l'os pelvien correspondant.
L’urèthre, au contraire, un peu avant la bifurcation, s'arrête, et c'est là qu'il se coude brusquement pour aller se continuer avec sa portion prostatique située dans un plan plus profond (fig. 14).
Pour étudier la conformation du pénis, je l’ai débité en coupes transversales de dix centimètres. Il serait oisrux de les décrire toutes : je décrirai avec soin l’une d'elles (fig. 12, pl. XIX), prise dansla région moyenne, et j'indiquerai ensuite les modifications qu'éprouvent, dans la longueur du pénis, les différentes parties que nous aurons rencontrées. Les igures schématiques t à 41 (pl. XIX\ représentant les plus importantes de ces coupes, et les figures 13 et 14 figurant le pénis reconstitué d’après les coupes, permeltront de suivre facilement les descriptions.
On voit (fig. 12) que la coupe comprend quatre parties. Au centre se trouvent les corps caverneux (f) ; un peu au-dessous est le canal de l’urèthre (x).Ces deux parties sontentourées d’une très forte enveloppe fibreuse le) ; cette enveloppe est entourée d’une masse considérable de tissu conjonctif gras, développée surtout sur la face uréthrale, etdans laquelle on distingue deux gros muscles péniens (m) ; enfin le tout estenveloppé par la peau (ÿ). ‘
&) — Enveloppe fibreuse (e). — Elle est formée d’une couche épaisse
et extrêmement résistante de Lissu fibreux blanc. L'épaisseur, varia-
ble selon les points, s'est montrée, sur toutes les coupes, plus considérable du côté droit. On trouve ici (à 4 m. 50 de l'extrémité) O0 m. 04 du côté dorsal, 0 m. 02 du côté gauche, 0 m 05 du côté droit. Sur la face ventrale, l'épaisseur totale est plus grande encore ; mais là se trouve creusé le canal urinaire, dans l'épaisseur même de l'enveloppe fibreuse des corps caverneux.
Les contours extérieur et intérieur sont loin d’être parall'les. Le premier est circulaire ou ovalaire, selon l’état de tiraillement des parties, généralement plus haut que large. Du côté ventral, en face de l'urèthre, il présente un méplat ou même une légère concavité. Le contour intérieur est plus rapproché du précédent à gauche qu’à droite, en raison de l'inégale épaisseur des parois, mais surtout il dessine une forte saillie en dedans, en face du canal urinaire.
Cette enveloppe est formée d'un tissu fibreux très dense, à faisceaux fortement enchevétrés. La direction de ces faisceaux est difficile à déterminer, en raison même de leur enchevéêtrement. Cependant le plus grand nombre parait radiaire ou circulaire le long du contour interne, et longitudinal au milieu et vers le dehors. En dedans ainsi qu'autour de l’urèthre, les faisceaux sont plus étroits, ce qui donne à l’ensemble une structure plus fine et plus serrée. Ces faisceaux sont d’un blanc mat, bien différent de J’aspect strié et chatoyant de ceux du corps caverneux. Ni à l'œil nu ni à la loupe on n’apercoit de vaisseaux dans le tissu de l'enveloppe.
Dans toute l'étendue de la portion exsertile de la verge, cette enveloppe se continue sans modifications importantes. Son épaisseur naturellement diminue vers la pointe proportionnellement au diamètre de plus en plus réduit de l'organe. Vers la base, au contraire, l'épaisseur augmente progressivement. Autour de la partie du pénis cachée dans le corps, lépaisseur devient rapidement beaucoup plus forte, car la verge garde à peu près son diamètre primilif, tandis que la cavité des corps caverneux diminue rapidement. La paroi arrive ainsi à mesurer jusqu'à 0 m. 09 dans la partie postérieure. Arri-
vée au point où l’urèthre se coude pour plonger vers la prostate, l'en-
veloppe se divise en deux branches coniques qui continuent à protéger la portion vasculaire du corps caverneux, jusqu’à l'insertion sur l'os pelvien. Cette insertion a lieu (fig. 13) par une surface étroite sur l'extrémité postérieure de ces os. Elle ne se fait point par l'intermédiaire d’une aponévrose, mais par union directe avec les fibres du périoste.
8) — Corps caverneux. — Sur la coupe transversale (pl. XIV e4 fig. 4 à 12, pl. XIX), on constate que leur forme, déterminée par celle du contour intérieur de l'enveloppe, est à peu près ovalaire, sauf une forte échancrure du côté uréthral, pour loger la saillie que forme l'enveloppe fibreuse en ce point. Ils tranchent fortement, par leur couleur rouge ou lie de vin, sur le blanc mat de la paroi.
Au premier coup d'œil, on distingue deux parties bien différentes : une large zone périphérique criblée par les orifices des vaisseaux, et une masse centrale arrondie z, rattachée à la paroi du côté de l’urèthre par un large pédoncule, ce qui lui donne une forme ovalaire Cette masse centrale est formée d’un feutrage de faisceaux fibreux et ne présente que peu ou point d'orifices vasculaires. Elle représente la cloison fibreuse des corps caverneux. On voit qu'elle ne s'étend pas dans toute la hauteur dela cavité, et que, du côté opposé à l’urèthre, les deux corps caverneux communiquent très largement.
Le tissu caverneux est formé de deux éléments : des faisceaux fibreux, et des canaux vasculaires (je n'ose pas dire de vrais vaisseaux, car ils n’ont nullement l'aspect de tubes cylindriques à parois isolées).
Les faisceaux fibreux ont un aspect chatoyant et comme strié, dû aux ondulations des fibres quiles constituent. Cependant ils sont inextensibles ; ils traversent en rayonnant le corps caverneux, se portant de la cloison fibreuse à la paroi. Les plus gros mesurent environ 3 mm., les plus petits mm. à peine. Dans la paroi, ils se perdent immédiatement, sans qu'il soit possible de les suivre et sans
doute en se dissociant brusquement, en sorte que l'aspect du tissu
change sans transition. Du côté de la cloison, au contraire, ils gardent leurs caractères : les verticaux la traversent pour aller se perdre dans la paroi du point où elle donne insertion à la cloison ; les transversaux traversent aussi la cloison, mais sans s’y arrêter, et se continuent avec ceux du côtéopposé. Dansleurtrajet, ilssont continus et assez régulièrement croisés, comme les brins de fil d'un - tissu, chacun passantalternativement au-dessus et au-dessous de ceux qu'il rencontre. C'est de cet entre-croisement serré, qui ne laisse aucune place à des vaisseaux de quelque importance, que résulte la cloison des corps caverneux.
Dans la région vasculaire, les faisceaux se divisent peu; l’espace compris entre deux faisceaux voisins va done en s’élargissant de plus en plus vers le dehors, en sorte que les plus gros vaisseaux se trouvent forcément à la périphérie.
Lorsqu'on cherche à suivre les vaisseaux en les disséquant, on constate qu'ils ont une direction générale à peu près parallèle à l'axe dupénis. Mais leurs parois sont si fréquemment et si irrégulièrement percées par les orifices des branches qui en partent, ces branches sont si courtes et si fréquemment anastomosées, de volume si inégal, qu'il est impossible de distinguer chaque vaisseau de ses ramifications. L’individualité vasculaire est si altérée que les corps caverneux présentent plutôt un réseau de canaux vasculaires qu'an système de vaisseaux anastomosés (voy. aussi pl. XV). 4
Les plus gros canaux vasculaires sont situés au voisinage de la ligne médiane; ils sontovalaires et mesurent 12 à 45 mm. de long, sur 7 à 8 mm. de large. Les plus petits sont à peine visibles à l'œil nu Ils ont une paroi propre, facile à distinguer, mais si étroitement unie aux faisceaux fibreux qu'on ne peut les en séparer et qu'ils restent toujours béants sur les coupes.
Suivons maintenant les modifications des corps caverneux dans la longueur du pénis (fig. 4 à 12 et 14 à 16).
Vers la pointe, en mème temps que le diamètre général diminue, le
contour de l’ensemble s’arrondit, le calibre des canaux devient plus
petit et la cloison intermédiaire s’abaisse de plus en plus. Les deux corps caverneux, qui déjà communiquaient largement ensemble du côté dorsal, dans la partie moyenne du pénis, finissent par se confondre tout à fait. Ils s'étendent jusqu'à l'extrémité tout à fait terminale de l'organe.
En reculant vers la base, on observe des modifications en sens inverse. Le diamètre total augmente ; le calibre des canaux devient plus grand, et la cloison s’accroit en largeur et en hauteur. Dans la partie exsertile du pénis, les deux corps caverneux communiquent cependant toujours entre eux. Mais, dans la partie cachée, les modifications deviennent rapidement beaucoup plus importantes. La forme générale devient plus carrée, plus trapézoïdale, la petite base du trapèze formant le côté uréthral de la coupe. La cloison augmente de hauteur jusqu'à atteindre la paroi opposée et à séparer complètement l’un de l’autre les deux corps caverneux : à 0 m. 40 de la bifurcation, les corps caverneux communiquent encore, à 0 m. 30 ils sont entièrement séparés par une puissante cloison fibreuse complète, large de 0 m 03 au milieu, s’insérant sur toute l'étendue du bord uréthral et garnissant le tiers de la largeur du bord opposé (fig. 8). À O0 m. 15 de la bifurcation, la cloison libreuse est large de 0 m. 05 au milieu ; elle garnit à la base non seulement toute la largeur du bord uréthral, mais plus de la moitié “es bords latéraux. Les corps caverneux sont relégués dans les angies supérieurs du trapèze et forment là un petit cercle de 0 m. 05 seulement de diamètre. En même temps le calibre des vaisseaux devient plus grand et les faisceaux fibreux qui les séparent se montrent plus faibles et plus disséminés. — Sur les coupes suivantes (Hg. 9 et 10), les mêmes caractères s’accentuent encore davantage, mais une nouvelle modification apparait : la cloison fibreuse, qui jusque-là formait la paroi interne des corps caverneux, s'isole au centre de la coupe, et c’est l'enveloppe fibreuse extérieure qui s’insinue entre la cloison et les corps caverneux, de manière à former
partout la paroi immédiate de ceux-ci. Elle se distingue d’ailleurs
facilement, par sa nuance d’un blanc mat et son grain serré, du tissu de la cloison, qui est rosé et un peu spongieux. — Enfin, au niveau de la bifurcation, la cloison disparaît en se terminant en pointe au milieu du tissu fibreux de l'enveloppe (fig. 10). Les corps Caverneux, de plus en plus réduits et séparés l’un de l’autre, s'engagent chacun dans une des branches de bifurcation et vont se terminer en pointe tout au fond. Leur extrémité n’est séparée de l’os sur lequel s’insère la paroi que par une épaisseur de 0 m. 02 de tissu fibreux.
Ainsi la cloison des corps caverneux (3, fig. 13 et 14) commence en arrière au point où les racines du pénis commencent à se séparer, chemine quelque temps au sein du tissu fibreux de l'enveloppe, qui forme seule à ce niveau la séparation des corps caverneux, puis grandit, se dégage et arrive à former elle-même la séparation complète entre ceux-ci. Plus loin, elle diminue de hauteur et de largeur, en même temps que les corps caverneux grandissent, et, quittant la paroi dorsale, elle se réduit à une épaisse crête fibreuse insérée sur la face uréthrale de la paroi. Cette crête elle-même s’abaisse de plus en plus, et finit par disparaitre.
Il n’y a pas d'os pénial.
Les artères caverneuses pénètrent dans le pénis à 0 m. 10 en avant de la bifurcation. Avant de percer la paroi, elles cheminent un instant dans le tissu fibreux de l'enveloppe. Elles le traversent oblique ment d'arrière en avant et de dedans en dehors, et viennent apparaitre chacune dans le corps caverneux correspondant. Ceux-ci sont en effet encore entièrement séparés à ce niveau. Arrivées à la face interne de la paroi, elles parcourent encore un ou deux centimètres de la base vers la pointe, dans un petit promontoire de substance fibreuse blanche qui fait saillie dans l'angle dorsal interne du corps caverneux (fig. 9). Après un trajet de 0 m.03 ou 0 m. 04 au plus, elle se divise et ses branches se jettent dans le réseau vasculaire ; une d'elles se rend en arrière dans la racine.
Le diamètre de l'artère caverneuse est remarquablement petit.
Il ne dépasse pas 5 mm., tandis que certains canaux de tissu érectile
sont deux ou trois fois plus larges. Par contre, ses parois sont fort épaisses et tranchent par leur couleur blanche sur la teinte rouge sombre du tissu caverneux. D'ailleurs ce faible diamètre n’est pas incompatible avec les fonctions du pénis. Siles vaisseaux afférents sont plus petits, l'érection pourra être plus lente à se produire ; mais elle ne sera pas moins complète si le retour du sang par les veines est convenablement entravé.
y) — Urèthre(u, fig. 12,15, 1. — L'urèthre, dont la partie extrapénienne a été précédemment décrite, plonge dans le pénis à une petite distance en avant de la bifurcation, Il est comme creusé dans l'épaisseur de la paroi fibreuse des corps caverneux, situation remarquable et exceptionnelle. Son diamètre intérieur, à l’origine, est de O0 m. 03 : c’est encore un prolongement de sa région prostatique. Mais rapidement le calibre descend à O0 m. 02, puis diminue très insensiblement jusqu'à l'extrémité où il mesure encore 0 m. 01. Sa forme est donc celle d’un tube conique extrêmement allongé. Il s'ouvre à l'extrémité même du pénis, entre les trois petits lobes dont nous avons parlé plus haut. Il est tapissé par une muqueuse d’un gris rosé, plissée longitudinalement. Entre la muqueuse et l'enveloppe fibreuse se trouve le corps spongieux de l’urèthre. Il est très réduit ; il se dessine sur les coupes transversales (s, fig. 12) sous la forme d’un anneau de 5 mm. de large, criblé de petits orilices vasculaires. Les aréoles sanguines ne sont pas, comme dans les corps caverneux, séparées par des faisceaux fibreux isolables. Elles sont comme creusées dans un tissu homogène, très fin, qui comble les espaces entre les vaisseaux, et forme autour de l’ensemble une bande circulaire qui passe insensiblement au tissu plus mat et plus grossier de la gaine. Il y a une dizaine de rangs d'orifices vasculairés. Ces orifices sont plus larges du côté ventral que du côté des corps Caverneux ; les plus grands mesurent 2 à 3 mm. ; les plus petits sont invisibles à l'œil nu lorsqu'ils sont affaissés. Leur intérieur est lisse, et témoigne que si ces canaux n’ont pas une paroi propre isolable, ils ont au moins un vernis endothélial.
ARCH. DE ZOOL, EXP, ET GÉN. — 2€ SÉRIE. T, II Dés, supPL. 1885. — 1er MÉM. 9
Ce corps spongieux de l'urèthre commence au point où finit la prostate, puis diminue insensiblement de diamètre et ne cesse qu’au méat urinaire. IL n'y a point trace de ce renflement terminal venant coiffer l'extrémité coupée à pic des corps caverneux pour former le gland chez les autres mammifères. Le corps spongieux de l’urèthre et les corps caverneux se terminent l’un et l’autre insensiblement à l'extrémité effilée de la verge. Jusqu'au bout les corps caverneux conservent sur la coupe un diamètre notablement supérieur à celui du corps spongieux. Il n'y à donc point de gland, et je ne vois aucune raison d'attribuer ce nom à la partie terminale de la verge, puisque la structure ne répond pas à cette dénomination.
Ô) — Enveloppes de la verge et muscles péniens. — Je n’ajouterai rien à ce que j'ai dit précédemment de la peau de la verge. Mais sous cette peau se trouve un tissu conjonelif gras très abondant, au milieu duquel s'allongent deux muscles énormes, que je ne vois décrits nullement, au moins avec un développement comparable.
La masse conjonctive sous-cutanée fait tout Le tour du pénis ; mais elle est incomparablement plus développée du côté uréthral que sur la face opposée. Sur la coupe faite dans la région moyenne de l’organe, à À m. 30 du bout, l'épaisseur de cette couche atteint 0 m. 41. Tout à fait à la base de la portion exsertile, l'énorme volume de la verge (0 m. 93 de tour) est dû surtout au développement de cette partie. Du côté opposé à l'urèthre, on trouve dans le tissu conjonctif deux petits vaisseaux (v, fig. 12) qui cheminent côte à côte. A 1 m. 40 de l'extrémité, ils se réunissent en un seul médian.
Sur la face uréthrale, on trouve noyés dans le tissu adipeux en question, deux énormes muscles symétriques (pl. XIV et m, fig. 12. 43, 1%, pl. XIX). Dans la portion exsertile de la verge, ces muscles sont situés au-dessous ; mais verslabaseilsse portentpeu à peu surles côtés et, au niveau dela bifurcation des racines, ils sont tout à fait latéraux. Ils naissent par une extrémité amincie de la pointe postérieure des os pelviens, à l'endroit même où s'attache la racine du corps caverneux.
Is s'avancent appliqués à cette racine et au corps même de la verge,
en prenant sans cesse de nouvelles insertionssur l'enveloppe fibreuse. Ils augmentent ainsi le nombre de leurs fibres, deviennent de plus en plus volumineux et se rapprochent de plus en plus l’un de l’autre sous la face uréthrale. A la base de la portion exsertile, ils ont acquis leur plus fort diamètre et ne mesurent pas moins de 0 m. 45 de large sur 0 m. 08 de hauteur. A partir de ce point, ils continuent leur trajet côte à côte en diminuant peu à peu, et se terminent, autant que j'ai pu voir, au point où j'ai signalé un petit frein préputial. La direction des fibres est partout longitudinale.
À quoi peuvent servir ces deux muscles ainsi placés ?
Ils semblent correspondre aux ischio-caverneux et peut-être aux bulbo-caverneux des autres mammifères, et par conséquentau « great compressor muscle » décrit par SrRUTHERS (XXV) chez la Baleine franche. Mais ils s’avancent beaucoup plus loin vers l'extrémité de la verge et ne peuvent avoir les mêmes fonctions. Les bulbo et ischiocaverneux ont pour fonction de chasser par saccades dans le gland et dans la partie terminale du pénis le sang contenu dans la partie postérieure du bulbe de l’urèthre et des corps caverneux, afin d'augmenter la rigidité du pénis; ils ont aussi pour fonction de lancer plus vigoureusement au dehors le sperme projeté dans l'urèthre par la contraction des vésicules séminales. Mais ici il ne saurait en être de même. L’épaisseur, la rigidité de l'enveloppe fibreuse ne permettrait pas à une compression venue du dehors de se transmettre à l’urèthre et surtout aux corps caverneux. C'est seulement sur la portion rétro-pénienne de l’urèthre que cette compression pourrait être efficace, et alors pourquoi les muscles décrits s'étendraient-ils si loin en avant ? Leurs fonctions véritables me paraissent devoir être cherchées ailleurs.
D’après leur insertion, il est facile de voir qu'en se contractant isolément, ils doivent tirer la verge en arrière,la fléchir sur le ventre et l’incliner chacun de son côté. En se contractant ensemble, leur action latérale se compense, et il ne reste qu’une action énergique
de flexion ventrale et de rétraction,
132 f YVES DELAGE.
Le mouvement de rétraction peut avoir pour but de faire rentrer la verge dansle corps en la courbant, après qu’elle a accompli ses fonctions.
Evidemment elle ne pourrait rentrer seule. Si l’on réfléchit sur la solidité et l’inextensibilité de l'enveloppe fibreuse des corps caverneux, on comprend que, dans l'érection, elle ne peut pour ainsi dire pas augmenter de volume. L'afflux du sang a seulement pour effet de lui donner la rigidité nécessaire à l'intromission. Si doncla verge n’augmente que peu ou point de volume dans l'érection, elle ne diminue guère lorsque l'érection a cessé, et le retrait dans sa loge ne peut s'opérer par le seul fait du retour à un volume plus petit. Il faut qu'une force étrangère intervienne. Ce seraient les muscles péniens qui, en se contractant ensemble, seraient chargés de la fournir.
Reste l’action isolée de chaque muscle.
Commencons par dire qu’il est fort possible qu'elle n'ait jamais lieu, que les deux muscles ne se contractent jamais l’un sans l’autre. Cependant je dois faire une remarque. A coup sûr, la copulation ne doit pas êtreune opération aisée pour deux êtres aussi volumineux que ces baleinoptères,dans un milieu aussi peu stable que l’eau. Lorsque les deux individus se sont rapprochés ventre à ventre, on concoit difficilement comment le mâle peut trouver avec le bout de son pénis la vulve de la femelle, s il doit corriger toutes les erreurs de position par un mouvement d'ensemble de tout son corps. Si, au contraire, en contractant à propos l’un ou l’autre de ses muscles péniens ou les deux ensemble, il peut communiquer à sa verge de petits mouvements de flexion latérale ou ventrale, l'opération doit se trouver singulièrement facilitée.
Ce n’est là, bien entendu, qu'une simple hypothèse, et malheureusement l'observation des cétacés vivants est si difficile que, dans ce cas comme dans tant d’autres, nous ne pourrons peut-être Jamais
connaitre exactement la vérité.
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