DISPOSITION MACROSCOPIQUE
a) — Aspect général. — Fixés à la mâchoire supérieure, de part AS et d'autre de la carène médiane, les fanons forment un ensemble dont l'aspect est tout différent selon qu'on le regarde par la face interne ou par le dehors.
En dedans, on ne distingue qu'une paroi gris-jaunâtre formée de longs poils enchevêtrés, ce qui lui donne l’aspect d’une broussaille. En la peignant avec un râteau , on arrive à remettre un peu de régularité dans ce désordre et à voir la claire-voie des fanons se dessiner en dedans ; mais cela n’est certainement pas leur état naturel (pl. VIE, VIIT et X).
Vus de dehors, les fanons ont un aspect tout différent (pl. IX et XP). Ils représentent une palissade d’une admirable régularité, formée par des lames triangulaires transversalement insérées sur le maxillaire. Les éléments de cette palissade sont des lames verticales, dont le bord libre externe est très régulieret taillé en biseau, tandis que le bord interne est décomposé vers le bout en filaments filiformes qui
s’enchevêtrent et donnent à l’ensemble cet aspect de broussaille
PL
dont j'ai parlé. La paroi externe est légèrement inclinée en dehors :
et surplombe la base de @ m. 25 environ dans la partie la plus élevée (pl. X).
La paroi interne est done beaucoup plus renversée en dehors que l’externe, ce qui se comprend aisément, puisque, pour rejoindre le bord libre, elle part de la partie interne de la base. Cette paroi commence en haut, le long de la base de la carène, dont elle n'est séparée que par une étroite gouttière, puis elle descend en s'inclinant de plus en plus, en sorte que l’écartement des bords libres des deux côtés opposés atteint 4 m. 50 dans la partie la plus évasée.
A l'extrémité antérieure, les fanons se rejoignent par une partie courbe, et il n’y a aucun intervalle entre ceux d’un côté et de l’autre. A l'extrémité postérieure, ils se terminent par un prolongement de 0 m. 40de long, souple, libre de toute union avec le squelette et avec la muqueuse, décrivant une forte courbure à concavité tournée en bas et en dedans, et vont se terminer en face l’un de l’autre, danÿ l'angle que forme le voile du palais avec la muqueuse de la carène médiane (pl. VIT, fig. 1 et 3). Chacun de ces prolongements se termine par un bord libre demi-circulaire , mince , tourné en dedans et séparé de
celui du côté opposé par un espace de O0 m. 12 seulement (pl. X).
b)— Arrangement et rapports.— Tel est l'aspect extérieur de l'ensemble des fanons. Leur arrangement intérieur, les rapports qu'ils affectent entre eux pour former les séries transversales sont fort compliqués, difficiles à saisir, plus difficiles encore à décrire. On peut en prendre une idée en cherchant à écarter successivement
les diverses séries transversales et à glisser le regard dans leurs
intervalles pour constater la composition de chacune d'elles. Mais”
on ne prend ainsi que des notions successives et incomplètes, tandis qu'il est possible, par une préparation convenable, de mettre l’ensemble sous les yeux avec la plus grande netteté. C’est cette préparation que représentent les figures de la planche XI.
Pour faire cette préparation, il faut ineiser la muqueuse longitu-
dit
HISTOIRE D! BALÆNOPTERA MUSCULUS. 75
dinalement en dedans et en dehors des fanons et soulever ceux-ci d'avant en arrière en soulevaut au fur et à mesure les adhérences de l'os avec le périoste. On obtient ainsi deux plateaux de fanons plus faciles à manier, bien qu'il faille encore six hommes pour les déplacer. Chaque plateau s'insérait sur le maxillaire dans une longue gouttière qui occupe, de part et d'autre de la carène médiane, toute la largeur de l'os. Partant de l'extrémité antérieure où elles se réunissent, les deux gouttières se dirigent horizontalement en arrière en divergeant et en se creusant de plus en plus. Elles sont doublement concaves, très légèrement dans le sens de la longueur, assez fortement en travers. Leur longueur est de 3" 90. Leur largeur maxima est de 0" 35. Elles sont parcourues par quelques sillons longitudinaux qui, d'abord très superficiels, se creusent de plus en plus vers l'arrière et finissent par devenir de véritables canaux qui pénètrent dans l’os et donnent passage à des vaisseaux et, autant que j'ai pu voir, à de solides prolongements fibreux du périoste.
La longueur des plateaux de fanons est notablement supérieure à celle des gouttières osseuses où ils sont logés. Ils mesurent en effet 4 m 30 d’une extrémité à l’autre, ce qui tient à ce qu'ilsse terminent en arrière, comme je l'ai fait remarquer, par un prolongement courbe de 0 m. 40, libre de toute insertion sur le squelette. Leur face adhérente estconvexe. de manière à se mouler exactement sur la concavité du maxillaire. Sa forme est allongée, atténuée et arrondie en arrière. Sa largeur mesure 0 m. 36 dans la partie moyenne, 0 m. 29 au point où l’amincissement terminal commence à se brusquer, 0 m. 14 à l'extrémité postérieure, 0 m. 04 tout à fait en avant. Sur les côtés, elle est bordée en dehors par le bourrelet que forme la portion interne de la l'vre supérieure, bourrelel remarquable par sa forme, son épaisseur, sa couleur foncée : c'est le coronary band des auteurs anglais. Au dedans se trouve une bande dela muqueuse palatine sans caractères particuliers. Toute la surface intermédiaire est tapissée par une fibro-muqueuse rouge, épaisse,
rude, qui se présente à l'œil par la face jadis en rapport avec l'os.
Si, limitant celle muqueuse par deux incisions longitudinales suivant leslords du plateau, on cherche à l'enlever en tirant fortement sur elle d'avant en arritre, on constate qu’elle se laisse arracher avec assez de facilité. La face inférieure, en rapport avec les fanons, que l'on met ainsi au jour, au lieu d'être plane et irrégulière comme la précédente, se montre très lisse, comme vernie et munie de prolongements papillaires très élevés. Vers l'extrémité antérieure, ces prolongements sont de simples filaments grêles, dont les plus gros atteignent à peine le diamètre d’une aiguille à tricoter, tandis que les plus fins sont à peine visibles et se rompent sous le moindre effort. Plus loin , ils deviennent lamellaires : ce sont d'étroites lames muqueuses , larges de0 m. O1 environ, un peu moins hautes que larges , surmontées de filaments cylindriques, semblables à ceux de l'extrémité antérieure, mais plus fins. Plus loin, ces lamelles muqueuses gardent le même caractère en dedans; mais, le long du bord externe , elles deviennent rapidement plus développées. En continuant ainsi à dépouiller le plateau, on trouve que chaque rangée transversale se compose de plusieurs lames une grande externe qui atteint Jusqu'à 0 m, 30 de large sur 0 m. 05 de haut, plus en dedans de petites lames beaucoup plus étroites et plus basses, garnies, comme la grande, de prolongements piliformes, et, tout à fait sur le bord interne . quelques prolongements cylindriques directement implantés sur la muqueuse Vers l'extrémité postérieure , la grande lame externe diminue , les petites deviennent plus nombreuses et finissent par devenir de simples filaments à peine aplatis. Morphologiquement , tous ces prolongements ne sont, comme on le sait depuis longtemps, que des papilles simples ou composées, monstrueusement développées.
D'ailleurs un examen plus approfondi de tous ces prolongements de la muqueuse n’est pas nécessaire, car, en enlevant cette membrane, on constate que la face du plateau de fanons que Pon met à nu reproduit exactement en creux tous les reliefs de la muqueuse ; et
+ comme, 161, les parties sont fermes e& conservent leur aspect sans
s’affaisser, ilest beaucoup plus facile de les étudier. C’est cette face dépouillée de la muqueuse que représentent les figures de la planche XIT, pièce fort intéressante, qui n'avait Jamais été représentée dans son entier avec une fidélité suffisante.
Cette base du plateau de fanons est formée d’une substance d’un blanc rosé, qui a la consistance et le toucher du liège fin. Elle se laisse déprimer sous le doigt, mais reprend sa forme dès que la pression a cessé. On peut lacasser en la courbant trop fort, comme on casse un bouchon, d’où le nom de substance subéroïideque je propose d: lui donner. C’est la substance intermédiaire des Allemands, le qçum des Anglais.
Elle est creusée de nombreux et profonds sillons transversaux pa allèles, séparés par des parties pleines, deux à trois fois plus larges qu'eux-mêmes. Les parties pleines, comprises entre deux sillons, se terminent au niveau de la surface générale par un bord libre épais et arrondi. Dans ces sillons pénètrent les replis de la muqueuse précédemmentdécrits. Leur profondeur mesure la hauteur de ces replis; elle est très variable par conséquent et atteint O0 m.05 chez les plus grands. En écartant fortement leurs parois pour voir le fond, on voit que celui-ci est criblé d'orifices arrondis, donnant accès dans de petits canaux parallèles. C'est dans ces canaux que s'engagent les filaments papillaires qui prolongent le bord libre des replis de la muqueuse.
Chaque sillon correspond à un fanon, et chaque partie pleine à un espace intermédiaire. Aux larges sillons correspondent les larges fanons , aux sillons étroits les fanons étroits, aux sillons canaliculaires , les fanons piliformes. Là où 2, 3, 10 sillons se mettent bout à boutpour former une même série transversale, on trouve de même9,3, 10 fancns sur la même rangée. Les replis de la muqueuse qui pénètrent dans les sillons correspondent donc aussi aux fanons , et les prolongements filiformes de ces replis ne sont autre chose que les papilles vasculaireschargées de les nourrir. Je rappellerai ici l’analo-
gie de structure de cette muqueuse avec la peau, que j'ai déjà signa-
lée plus haut (p. 29). Il est aisé de comprendre maintenant que l’on puisse se rendre un compte exact de la distribution des fanons sur le plateau, en examinant la face sillonnée de celui-ci que la figure de la planche XII met sous les yeux du lecteur. On peut sui-
vre sur elle la description suivante :
Dans toute l'étendue du bord interne, d’une extrémité à l’autre, :
on trouve 4 à Brangées de petits trous disposés sans régularité. correspondant à autant de fanons piliformes. Comme nous le verrons plus loin, ce ne sont pointlà les tout à fait premiers rudiments des fanuns, mais ce sont au moins des fanons très jeunes : ce sont eux qui, en se soudant, forment , tant que l'animal n'a pas cessé de grandir , des lames transversales qui s’accroissent sans cesse en largeur. Ces poils (1) ont une longueur de 0m. 05 à O0 m. 08, etleur grosseur varie de celle d'un cheveu à celle d’un crin ; ils sont débordés en dedans de quelques millimètres par la substance subéroïde dans laquelle ils sont implantés.
Le long du bord externe , au contraire , se trouve une rangée de longs sillons représentant les grands fanons, qui sont à la fois les plus larges et les plus élevés. J'en ai compté 430 en tout ; mais ceux des extrémités sont loin d’avoir la largeur et la hauteur de ceux de la partie moyenne. Leur largeur atteint O0 mn. 30 au milieu , etne descend pas au-dessous de 0 m. 25, sur un espace de plus äe 2 mètres, où j'en ai compté environ 150; leur hauteur atteint au milleu 0 m. 60. La forme deces grands sillons et des fanons correspondants est sinueuse. Ils sont fortement convexes en avant dans les 576 de leur largeur ; mais, au voisinage de leur extrémité interne , ils dessinèrent une très légère courbure à convexité postérieure.
Entre la rangée interne des fanons piliformes qui sont de 5 or-
(1) J'emploie le mot poil pour fanon piliforme pour .abréger. Cela ne peut donner lieu à aucune confusion, puisque depuis bien longtemps il a été mis hors de doute que les fanons ne sont pas des poils, mais d'énormes papilles coiffées d’un étui corné. MrLNE-
Enwarps (Physiologie et anatomie comparées, t. VI) donnait cela, dès 1874, comme un fait acquis ct incontesté.
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