I. — Os tympanique
Les os de la tête ne pourront être décrits, comme on le concoit ,
qu'après préparation complète ; mais le tympanique ayant été déta-
ché et nettoyé séparément, j'ai pu le dessiner, etje doisen dire quelques mots ; mais je serai bref, car cet os a été plusieurs fois représenté et décrit.
La figure 19 de la planche XIX représente celui du côté droit, vu par la face supérieure et réduit de moitié. Il est représenté avec son orientation naturelle, dans laquelle le prolongement quile rattache au crâne est tout à fait parallèle à l'axe de la tête, tandis que la portion bulbeuse de l'os se dirige d’arrière en avant et de dedans
en dehors.
La conformation très irrégulière se comprend mieux par le
dessin très exact soumis au lecteur que par une longue description. La longueur totale de la portion renflée est de Om. 09, la largeur maxima est 0 m. 08. L’épaisseur des parois est plus faible en dehors que dans les autres points.
Les osselets de l’ouïe n’ont pas été trouvés.
Pour les causes que j'ai exposées dans l’Introduction de ce mémoire, la putréfaction des viscères était très avancée lorsqu'il nous a été permis d'en commencer l'étude. Tout le contenu de la cavité abdominale, depuis le diaphragme jusqu'au voisinage de l’anus, était réduit en un putrilage liquide où il n’y avait plus trace des viscères. Dans la portion sous-diaphragmatique, les poumons étaient méconnaissables. Seuls, le larynx, le cœur, les bronches, les gros vaisseaux étaient dans un état satisfaisant. Malheureusement, un ouvrier chargé de décharner les os dans la région de la queue s’attaqua, croyant bien faire, à cette partie du corps, et, lorsqu'on s’en apercut, le cœur était mutilé, le larynx lacéré et jeté à la mer. Pour toutes ces raisons, l'étude de la splanchnologie de notre animal a été forcément très incomplète. Cependant nos connaissances sur ce sujet sont si imparfaites que les faits que j'ai pu constater auront encore,
je l'espère, quelque intérêt.
y APPAREIL DIGESTIF.
De l'appareil digestif nous ne pourrons décrire que les extrémités, c’est-à-dire, d'une part, la boucheaveclesdépendances, lèvres, langue,
voile du palais, fanons, et l’œsophage ; d'autre part, le rectum et l'anus.
A. — Orifice buccal.
La forme et les dimensions de l’ouverture buccale n'ont pu être constatées directement, parce qu'il a été impossible de dégager la tête avant d’avoir enlevé les maxillaires inférieurs. Mais, en rapprochant les mesures prises sur les parties séparées, nous avons pu arriver à un résultat.
La fente de la bouche est presque rectiligne, un peu concave en bas cependant, sur une longueur de 3 m. 35. Elle est, en outre, horizontale, et beaucoup plus rapprochée de la face supérieure de la tête que de l'inférieurs. Sa direction est telle que, prolongée, elle passerait au-dessus de l'œil. Mais, à 0 m. 40 environ de cet organe, elle se détourne pour se dirigerobliquement en baseten arrière,sous un angle de 35, de telle manière qu’elle viendrait passer à une petite distance au-dessous de l'œil, si elle ne s’arrêtaitavant d’avoir atteint ce niveau. (PI. IX.) Sa longueur totale, mesurée du bout de la mächoire supérieure à la commissure, est de 3 m. 60. Mais, au delà de la commissure, un sillon plissé continue la direction de la dernière partie de la fente buccale sur une longueur qui ne m'a pas
paru inférieure à O0 m. 70.
B. — Lèvres.
Les lèvres inférisures forment un énorme bourrelet graisseux
qui surmonte le maxillaire. Leur hauteur dépasse vers la partie
postérieure celle de l’os lui-même et atteint O0 m. 40. (PL XNHE
fig. 41.) Leur structure a été décrite plus haut. (V.p. 26 à 29.)
Les lèvres supérieures sont beaucoup moins élevées que les précédentes: mais elles mesurent, horizontalement, une grande largeur. Elles forment {pl. VII, VHT, IX, XI) extérieurement un bourrelet arrondi qui se continue dorsalement, par une transition insensible, sans sillon ni pli, avec la peau de la tête. Au contact des fanons, elles forment une petite bordure plate, creusée en gouttière, de quelques millimtres seulement de largeur. Mais, entre cette bordure et le bourreletextérieur , règne , dans toute l'étendue de la l‘vre, une large gouttière à concavité inférieure et un peu externe, évidemment destinée à recevoir le bord saillant de la lôvre inférieure. Sur tout le pourtour de la commissure, la lèvre inférieure déborde fortement en dehors et dessine un bourrelet saillant très accentué.
(PL. XVI, fig. 11.) Ci= Cavité buccale:
La cavité buccale (pl. VII à X et XVIII, fig. 11) serait très ample si elle comprenait tout l’espace limité parles lèvres. Mais elle est singulirement rétrécie en bas par la langue énorme , en haut par les fanons et par la puissante carène du vomer. Les fanons, très larges à leur base, ne laissent qu'une gouttiôre longitudinale étroite entre leur base et celle de la carène médiane. Mais comme cette carène diminue de largeur en s’éloignant de la base , et que les fanons sont déjetés en dehors, la gouttière devient rapidementplus large vers le
bas, et la capacitédela bouche se trouve moins restreinte. A la partie postérieure , je trouve : hauteur de la carène O0 in. 46, largeur à la base 0 m. 30, hauteur des fanons mesurée du fond de la gouttière 0 m.95, écartementdes fanons à leur extrémité libre O0 m. 90. Lorsque la gueule est fermée, le bordlibre des fanons se loge dans un sillon qui rizne entre lemaxillaire inférieur et le borli latéral de la langue , et celle-ci est si volumineuse que, se moulant sur les inégalités de la voûte , elle doitremplir à peu pr°s l’espace situé eatrela carène
et la face interne des fanons.
Pour terminer ce coup d'œil d'ensemble, ajoutons qu’en arrière, la muqueuse rose et lisse qui revêt la carène se garnit de plis transversaux et se continue avec le voile du palais qui est tendu plus ou moins verticalement et dont les piliers se continuent avec la langue. tandis qu'au milieu se trouve une échancrure qui forme l’orifice d’inglutition. C'est dans l'angle que forment la muqueuse palatine et le voile du palais que viennent se terminer les fanons par une extré-
mité libre arrondie, fortement déjetée en dedans.
D. — Langue et voile du palais.
Dans la situation où nous l'avons trouvée sur l'animal échoué, la langue gisait hors de la gueule (pl. IT) sous la forme d’une énorme nappe musculaire qui, étalée , mesurait hors de la gueule environ2m. de large sur 5 m. de long. L'épaisseur n’était pas supérieure à 0 m. 40 dans la partie moyenne et 0 m. 20 seulement vers le bout. Dansla plus grande partie de son étendue, elle était recouverte par une muqueuse rosée en général, mais noirâtre par places , parcourue par des rangées parallèles de très belles papilles fort serrées. Dans certains points, l'aspect était tout différent ; c'était une sorte de réseau de cordons ramifiés, rampant à la surface d’une chair grise et irrégulière. Ces cordons, dont les plus gros atteignaient le diamètre du doigt, étaient extrêmement solides , libres sur une étendue de 4 mètre et plus, etse perdaient en se ramifiant dans le tissu mus- Claire sous-jacent. L'explication de ces particularités se trouvera plus loin.
Le trait le plus remarquable de la constitution de la langue , c’est son mode d'attache dans la bouche. Elle n’est point, comme celle des mammifères en général, formée d'une masse musculaire bien individualisée , adhérente au milieu et en arrière, mais libre sur les bords et au bout , et séparée des gencives par une profonde gouttière. Elle est étalée dans la bouche et se continue sans distinction tran-
chée avec les parties voisines. Sous ce rapport, elle rappellerait plu-
HISTOIRE DU BALÆNOPTERA MUSCULUS. 71 tôt la langue de certains amphibiens urod°les qui est adhérente par toute sa base. ”
Elle s’insère à la face imterne des maxillaires inférieurs, près de leur bord inférieur , depuis la symphyse jusqu'au fond de la bouche. Là, son bord adhérent ‘passe en arrière de la portion terminale libre des fanons, et va se continuer avec les piliers du voile du palais. Son insertion à la symphyse se fait parle moyen d’un fort faisceau musculaire arrondi dont les fibres s'épanouissent en éventail. Ce muscle correspond évidemment au génio-glosse. Les insertions sur le maxillaire ne sont sans doute qu'une extension du musele précédent.
La continuité de lalangue avec les piliers du voile du palais s'établit par une transition insensible et de la manière suivante. A sa partie la plus reculée, la langue se prolonge au milieu en ligne droite (sans doute vers l’hyoïde) ; mais sur les côtés elle se rattache à deux bandes musculaires, évidemment les palato-glosses qui remontent vers la voûte, puis s'infléchissent en dedans pour venir se souder l'une à l’autre et limiter ainsi l’orifice d’inglutition. Ges bandes constituent, sur les côtés, Les piliers du voile du palais, et au milieu ce voile lui-même, qui est fort étroit et dépourvu de luette. Il mesure seulement 0 m. 15 de hauteur au milieu ; et l’oritice pharyngien, limité parla langue, le voile et les piliers. n’a que 0 m. 30 de diamètre. La fig. 4 de la pl. VIII montre le voile du palais et les piliers soutenus dans leur situation normale.
A { m. en arrière de la symphyse, sur la ligne médiane, la langue porte une éminence charnue, allongée d'avant en arrière, mesurant O m. 60 de long à la base, 0 m. 30 de haut à sa partie la plus saillante et 0 m. 10 seulement d'épaisseur. On serait tenté de prendre cette saillie pour la pointe morphologique de la langue, n'était sa constitution presque uniquement graisseuse et sa muqueuse plus pauvre en papilles que les parties voisines. La langue, dans son ensemble, est formée d’un tissu musculaire pâle, très
chargé de graisse , ce qui doit diminuer considérablement sa
densité et permettre à l’animal de la mouvoir plus facilement.
Ainsi la membrane linguale forme le plancher de la bouche. Mais lorsqu'on l’a enlevée, on trouve au-dessous d'elle un second plancher musculaire beaucoup plus puissant, épais de près de 0 m. 90, formé par la peau doublée du peaucier et peut-être du mylo-hyoïdien. Entre ces deux planchers musculaires r'gne une cavité virtuelle, assurément en ce sens que les parois en sont contiguës, mais qui n'en existe pas moins {pl XVI, fig. 11, c). La face inférieure -de la lange /, celle qui est en rapportavec le peaucier y, m'a paru libre de toute adhérence avec lui. Sur cette face s'étale un réseau de cordons ramifiés quise montrent libres et à nu sur une certaine lon- “gueur dans leur partie moyenne, mais quitous plongent par leurs extrémités dans le tissu musculaire de la langue et se perdent à son intérieur. Lorsque j'ai pu étudier ces cordons au point de vue histologique, ils étaient si altérés que leur structure n'était plus compréhensible. Je les avais pris, au premier coup d'œil, pour des tendons. Il ya certainement autre chose que cela. J'ai cru discerner une partie centrale glandulaire ; mais je ne puis me pro-
noncer sur leur nature.
ù "x Nous pouvons maintenant nous rendre compte de l’aspect en
apparence inexplicable que montrait la langue hors de la gueule et que nous avons décrit plus haut. La langue s'était écoulée au dehors, et se trouvait dans un état d'extension exagéré, rendu pos- “sible par la putréfaction commencante ; en outre, les tiraillements exercés par les vagues avaient rompu ses insertions sur le maxillaire droit. Cette rupture avait ouvert la cavité intermédiaire à la langue et au peaucier, et, par cet éventrement, une partie de la langue s’était retournée et se montrait au dehors par sa face profonde garnie du réseau de cordons que nous avons déerit. Ajoutons que des galets et du sable avaient pénétré dans la eavité intrainguale, l'avaient énormément alourdie, en sorte qu'il à fallu la détacher pour l’étudier, toutes circonstances qui ont rendu très
laborieuse la recherche des rapports qui ont été décritss à
. . . nu
Un mot encore avant de quitter cé sujet. Bose auteurs anciens, décrivant des baleines rejetées à la côte après avoir subi un commencement de putréfaction, parlent d’une. vessie aérienne qui remplissait la bouche et forcait les mâchoires à s’écarter, Cuvier, en relatant ce fait , se demande si cette vessie ne serait ne l'estomac vomi par k& gueule et plein de gaz. Je me demande, à mon tour si ce ne serait pas plutôt la langue, bien mieux placée que tout autre organe pour produire les effets décrits. Les gaz développés par la putréfaction, soit formés sur place, soit venus dela cavité abdominale, peuvent fort bien s’accumuler dans la cavité intermédiaire a M langue et au peaucier et gonfler celle-ci comme un ballon. De nou-
velles observations sont nécessaires pour trancher la question. - »
fé
E. — Fanons.