‹ Histoire du Bas-Empire: Avec une introduction: [Coup d'œil sur la naissanceChapitre 1 sur 11 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

DES ÉDll^UBS.

Un des hommes qui ont le mieux éladié les annales des peuples, a dit, en reprochant à M. Leheau d'ayoir entrepris une histoure génë* raie de l'empire d'Orient : « Un volume suffi'* » taiù pour en peindre la misère éternelle. > Ce mot du judicieux Mably atteste expressive ment la répugnance établie , le dégoût invëtéré qui existe pour le tableau de cette longue dë« composition de la puissanotromaine. Il exprime ime opinion générale dans la république des lettres 9 et que nulle autorité imposante n'a encore démentie.

Gibbon , écrivain trop dissertateur et point ass^ peintre , n'a pas. résolu le problême. Il demande aux choses des instructions morales très-dogjnatiques, et tire des éyènemens d'abondantes conclusions; il intéresse en résultat, par le spectacle de cette décadence douloureuse de

Vj AVEBTISSEMEKT.

l'empire le plus fortement constitue qui ait existé, et de la mort convulsive de ce colosse dominateur de l'univers, qui, désarmé de^^s forces par ses vices , se voit pressé , cerné et enfin assailli jusqu'au cœur, mis en pièces par des essaims de barbares se succédant sans relâche , et suscités pour préparer une place en Europe à l'empire de Mahomet.

L'histoire du Bas-Empire, àkns Gibbon, eât peut-être le tableau le plus frappant qu'il y ait de la dépravation du pouvoir absolu , par luimême. Elle nous fait voir sur-tout combien il est vain d'espérer qu'un peuple arrivé à un cei^ tain degré de caducité se relève et se régénère, à moins d'être brisé et fondu par la conquête ; combien sont impuissans , en pareils cas , les talens même des grands hommes que les distractions de la fortu#e font naître au milieu de cette perte générale des institutions et desmœurs. Gibbon saisit un point de vue plus neuf et plus fécond encore : c'est celui de l'influence du christianisme dans cette vieille corruption dea moeurs romaines, accrue de tous les vicçs de l'Asie et des effets de la confusion des races et des nations. Une religion qui, à la même époque, féconde dans l'Occident le germe des soeiétés nouvelles^ une religion qui civilise des

ÀV£Bi:i88BME17T. Vi)

peuplades barbares jeunes, pleines d'avenir ^t de foi , ne peut rien pour l'empire grec , surcharge d^duslâ'ie, d'opulence, de politesse, d'idées, en un mot, de civilisation ; elle ne peut qu'ajouter à son déshonneur et à sa honte \ elle ne peut , chose sans exemple , qne rendre ridicule la catastrophe d'un grand empire en le livrant, dans sa chute trop lente, aux moines et aux théologiens disputeurs !,

Toutefois , iljaut convenir que cette grande ^ leçon donnée par Ja philosophie, en dix volumes et en huit siècles , est un, peu longue , et que Gibbon , bieq qu'un tout autre homme que Véloguent M. Le^au , n'a fait que coiafirmer la vérité du mot de Mably.

Prévenus de cette idée , nous aurions donc pu craindre qu'une étendue de deux volumes, accordée à cette histoii^ , fût encore exagérée dans les proportions générales de notre plam Nous avons donc pensé qtie nous fenons \x(ie chose .doublement utile si nous consacrions nne partie du premier à tracer le tableau de l'époque qui, dans l'histoire de l'Occident, correspond à la décadence duBas*Empire; cette époque est, comme on sait , ce moyen âge sur leçpel les idées du commun des lecteurs sont encore si incertaines et si confuses.

Viij AVERtlSSEKERt.

Cette espèce de synchronisme philosophique sera sans doute beaucoup plus utile qi\^utt« introduction dans laquelle on n'aurait fait que préparer le lecteur à ce qu'il veiTa de reste dans le corps de l'ouvrage. Lorsque la pièce a beaucoup d'(Hendue et peu d'intérêt^ le prologue est assez inutile.

On aura ^ de cette manière , sous les yeux les deuic parties d'un grand contraste et les termes d'une importante comparaison. On verra que le grand malheur de l'empire dK)rient, c'est d'avoir duré mille ans de trop. La civilisation et la puissance romaines, éteintes mille ans plutôt dans l'Occident, préparent à J'europe une régénération dont nous ne voyons qu'aujourd'hui poindre l'aurore pour les contrées les plus anciennement civilisées delà terré; Ainsi, dans cette éternelle vicissitude de mort et de régénération, à laquelle l'auteur de la nature soumet tout dans l'univers, les peuples doivent plutôt souhaiter s'abîmer que languir ; cat les transes d'une longue agonie et les atteintes d'ulie excessive décrépitude, ne laissent aux natiôqs , comme aux individus qui tombent ^ ni grandeur ni majesté.

Snrla naissance des lasiitutionsda moyen Âge, en Occident , pendant la décadence de l'empire romain en Orient.

Tbois âges bien dîstincls se partagent rhistoire des sociétés hamaines depuis le renouvellement du globe et de notre espèce » ou , pour mieux aecorder notre langage avec les notions communes, depuis le temps que les textes hébraïques assignent è^lai création. Ces trois époques sont Tan- TiQTTiTB ; et par ce mot il faut entendre la période étendue qui embrasse la naissance , les développemens de toute la civilisation dont la Grèce el Rome furent les sources, et s'étend jusqu'au renouvellement des sociétés par rétablissement définitif du christianisme , et à Tirruption des Barbares; le AfOTEN AGE, qui Comprend les siècles écoulés depuis le dénombrement des provinces de Tempire romain , envahi par eux , jusqu'à la destruction de cette féodalité militaire , basé forte et terrible sur laquelle s'était assise leur conquête; enfin, Tage moderne, qui doit se compter depuis la réformatiou religieuse et la renaissance dec lettres, d'une part, et de l'autre, depuis la distribution de la puissance territoriale entre les maisons souveraines de l'Europe , distribution achevée et ÛKée, plus tard, par un droit publie reconnu et nommé balance politique ou équilibra européenr

X COUP D'dBII SUR LES HfSTfnJTlOKS

On compte le moyen âge depuis la dcslruction de Tempire d'Occident ; quelques-uns ne le prennent qu'a Charlemagne. Cette dernière division est vicieuse, et si on l'adoptait , il faudrait faire une époque intermédiaire des cinq siècles écoulés depuisr l'établissement politique du christianisme. En effet, à partir' de ce moment, les mœurs, les opinions, les lois et tout ce qui constituait la vie intime et réelle de la société/, semblent ne plus appartenir à ranliquîté païenne. Il n'en restait plus que des débris , d'invincibles souvenirs et quelques usages dont la nouvelle religion s'emparait à sou protit, ne pouvant les détruire.

Pour caractériser respectivement ces trois grandes époques, on pourrait, en considérant la vie de l'espèce entière comme celle d'un seul individu , coniparer l'antiquité à la première adolescence de l'homme; le moyen âge, à sa forte jeunesse , et l'âge moderne à sa maturité.

En effet, ce qui dominait dans les institutions des peuples de Tantiquité, soit politiques^ soit religieuses, c'était le culte des sens et l'empire des organes sur l'intelligeâce. L'imagination trop seosuelle des Grecs avait altété des traditions sacrées, débris d'un antre âge bien plus ancien, A\\u âge probablement ^antérieur à l'époque de la dispersion des Pélasges; et les fictions de leurs poètes avaient donné un sens vulgaire à toutes les allégories et à tous les emblèmes auxquels une haute et religieuse pensée avait primitive^ fJOitnt confié ses secrets. .

Pour reconnaître la vérité de ce que nous venoo« d'avancer, il suffît de remarquer jusqu'à quels excès d'idolâtrie ou de délire le culte de la lieaufé physique avait été porté chez les Grecs; combien furiion des sexes y fut affranchie dé pudeur et de limites, il suffît de Icjb compter; et

nu MOYEN A.GF. X)

tous les vices monstraeur auxquels leur poïythéisme insensé donna des autels en les person* nifiant. Vénus, non pas la Vénus Uranîe qxii> le front ce^nt d'un couronne d^étoiles^ àspiVe aux' cfttoses célestes et à la volupté des choses non visiéies; mais la Vénus impudique, eut des temples en tous lîeBX) et presque par- tout elle fut honorée par des rites (jiiî étaient la cofisécratîon et l'âvcu , plus ou moins manifeste, de la prostitution. Enfin , J*àd«fltère rég;nQit dans leur olympe , et le noble oiseau , ministrie des dieux , auquel une pretin'ère fiction avait commis le soin de porter la foudre, fut , dans Id suite, dégradé jusqu'à l'enlèvement de Ôanyraèdé destiné à d'infâmes voluptés , que les Gi-ecs divinisèrent après en avoir fait une partie avouée de leurs mœurs publiques.

Ces excès des sens et cette fièvre d'une imagination qui dans ses égaremens prend les dieux pour complices , ne sont-ils pas des effets caraotérî'stiques de ce que l'on pourrait appeler la puberté d4& la société humaine?

La turbulence des républiques antiques et cette liberté dont les Grecs s*eBorgue(llisaient, cette douteuse liberté du ptitlt nombre ^ payée par la servitude du plus grand, et qui se couronnait de fieuirs en »*appuyant sur Tilotisme mutilé; enfin , leur amour de la patrie qui ^ dans son exagération , n'était que ïe sacrifice des lois de Thumanité aux préveûtioiu d'une nostalgie passionnée ; tels sont enoofe des Ciraits qui âceii^ent l-aveiiglement, le défaut d'expék*iëkicë et lé msmque de mesure d'une fougùëùsë eldôlé'éeence.

Le moyen âge, de mêiné» a eu son exaltation ; mais cet enthousiasme n'a plus été celui des sens ; iks^est exercé an profit d'une sorte d'idéalisme ; il s'est cQimhiné avéo une aud.aèe fièré et généreuse

xi} COUP d'ceil srn les rNSTiTUTioirs

produite par le sentiment profond de la puissance individuelle. Nous allons développer ceci :

La dégradation morale de l'antiquité, en relâchant et en brisant tous les liens sociaux, avait fini par le débordement universel de Tégoïsme. Les Romains , héritiers des doctrines des Grecs , avaient réalisé le règne de ce sentiment dévastateur, par rétablissement du despotisme le plus lourd et du système de centralisation le plus vaste qui aient jamais pesé sur L'humanité. Sous les derniers Césars, l'univers était tout dans Rome; la capitale deniandant sans relâche de Tor et du iang aux provinces , fournissait, en retour, des voluptés et des chaînes à quiconque obtenait rhonneur de se faire inscrire sur le rôle de ses bourgeois. Le monde, avili par cette domination, traîna, de la sorte, son agonie morale durant plusieurs siècles; et jusqu^au moment où les fils de la force , sortie des antres du nord » inondant Tempire, vinrent ^ la torche et le marteau à la main , pour ensevelir la civilisation romaine sous les débris de ses pompeur trophées, et venger Tunivers.

Cette première époque du moyen âge , pendant laquelle s'effectua la.conquéte, pourrait, à bien des égards, être assimilée à Tâge héroïque delà Grèce; toutefois, chez ceux que Ton est convenu d*a{^ler Barbares, nous trouverions, avec le sentiment d'une grande énergieândividuelle et d'une singulière faculté de se passionner, carae^ tères qui leur sont comniuns avec les hommes Grecs des temps héroïques, nous trouverions»

de plus, une tendance vers les croyances immatérielles et une ardeur de dévouement pour les idées sublimes, que n'ont pas eu les premiers.

xCette double tendance, qu'il ne faut nullement regarder comme le résultat du mélange des

DU MOTER AGE. ZUJ

mtseurs barbares avec celles des RomaÎDS, mais bien comme TempreiiUe native des premiers y est la source de iHntérét et du charme qui s'attache & l'étude du moyen âge. C'est là , c'est dans cette disposition féconde qu'il faut, en même temps 9 chercher la cause qui produisit ces individualités d'une originalité frappante que nous aimons tant à rencontrer. Les Germains n'empruntèrent aux mœurs dç leurs vaincus que les formes de la vie extérieure ; mais tout ce qui était intime , tout ee qui constituait en eux l'homme moral , n'était qu'à eux. Cette religion même qu'ils reçurent de Borne 9 le christianisme, qui exerça sur eux une si puissante influence, commença par subir celle de leurs idées particulières et s'imprégna de leur spiritualisme national, en même temps qu'il les transformait en chrétiens. En un mot, ils modifièrent la puissance qui les modifiait, ce qui ne peut arriver qu'à des peuples dont l'existence est fondée sur de profondes convictions, et qui jouissent encore de tous, les privilèges de la )eunesse.

Mais cette confiance obstinée dans la force in dividuelle, effet combiné de la vigueur physique, des habitudes guerrières et de la sauvage indépendance dea forêts, eut des effets bien différons après la conquête. Elle produisit la féodalité, et la réunion provoquée par la féodalité enfanta les associations communales et les corporations^ D'un autre côté ^ la disposition à croire, à aimer et à adorer, l'amour du merveilleux engendra les superstitions et détermina l'irruption de la puissance cléricale et i'influeuce monastique; cet ordre de choses eut, pour expression intellectuelle ou littéraire , une poésie vivante , poésie pleine d'attraits parce qu'elle est née des émotions les plus vraies et des convictions les plus fortes et les plus généreuses , mêlées de superstition. La

XÎV COUP D*CË1I. BtE LES IRST1TVTI099

chevalerie fut le brillant résultat de cette combinaisoii de riiiiluence religieuse avec l'esprit audacieux et passionné q\i\ distinguait les Germains.

lie Germain, libre et fier, était accoutumé à se protéger et à tenir le droit d'obtenir justice dans la poignée de son glaive. Remettre à d'autres le sqrin de sa vengeance, lui semblait une absurdité ; il fui totrjours antipathique à la justice judîcîairç. Les vestiges de ces habitudes et de cet esprit ont subsisté dix siècles ; ik expliquent Tassodation fédé^ risle des divers états de l'empire. La transition , d'un long conflit anarchique à l'état de paix et de repos, nepouvait avoir lieu que de cette manière.

Là société moderne, fondée par les hommes du nofd, cherchant à s'établir au milieu des débris de l'ancienne , offrait le spectacle d*une lutte confuse où chacun faisait prévaloir ses prétentiofis uniquement par sa force personnelle ou par sou* audace. Quiconque était faible et dépourvu de consistance , cherchait à se mettre sous la prot(:eiion d'un fort; et quiconque était déjè puissant par lui-même, s'efforçait de le devenir davannage en étciidant le bénéfice de sa force et de sa tuteile politique sur un plus grand nombre de diens ou de vassaux; ainsi sortit, de la nature des choses et de la nécessité , la féodalité militaire, édifice gigantesque et fortuit, dans lequel le temps et la réflexion introduisirent pourtant une sorte de régularité majestueuse.

La formation de cet ordre de choses singulier fit tomber toute suprématie centrale : Le gouvernement royal ne fut plus qu'un fantôme que l'on bravait avec impunité , et les métropoles jadis si fières de leur domination , ne conservèrent qu'une supériorité nominale et de souvenir sur les châteaux défendus par de formidables rempaits, des fossés et des tours crénelées.

C'est alors que le pouvoir royal ,. encore fai-

Dt7 MOYEN AGï. XV

ble (1)9 s^iécltpsa presque de la scène politique devaot la pui^isaDce féodale , pour attendre du hasard et du temps une restauration qui s'est généralement accomplie en Europe 9 depuis le seizième siècle jusqu'à la fin du dix-huitième , c^est-à-dire , dans nu espace d'environ trois cents «us. C'est de la lutte des grands barons avec le trône que sont sortis les divers gouvememens monarchiques qui régissent aujourd'hui cette partie du monde. La royauté, d'abord vaincue, s'est relevée victorieuse ; non . pas , comme le prétendent quelques-uns 9 à cause de la tendance nécessaire de toute fornrie politique vers l'unité , m:ais trës-prôbablement par l'efiTet de cette grande loi d'oscillation et de vicissitude qui agglomère et décompose; qui fait flotter les sociétés humaines entre deux ou troix modes de gouvernem^t dans lesquels se résolvent toutes les combinaisons , toutes les Ihéoi-ies possibles sur les formes du pouvoir organisé.

Mais comment faut-il concilier le besoin d*étre protégé et cette sorte d*âbandon du vassal à son suzerain , avec l'esprit d'indépendance que nous avons dit ètre|inhérent au caractère et aux habitudes des hommes du nord?

C'est pour Se soustraire à l'oppression d'un maître imposé par la force ou le hasard , que l'on se douuait volontairement à un protecteur de son

(1) Selon l'opinion la plus gdmj'raleioen^ répandue, Ut pouvoir royal , (lej.\ vaste et puissant , fut re'duit et dégradé par les usurpations féodales^ mafsd«s écrivains ont prétendu poiscr dans une étude approfondie du moyen âge , le droit de rectifier cette opinion. Voici comment s'exprime l'un des

Slus savans explorateurs de cette épo(][ue, Gilbert Sucart , ans son Tableau des progrès de la société en Europe, La juridiction et l'auloriié exercées par les grands forment un pas remarquable dans les progrès des gouvernemens cuinpéens. A la vérité, Loyseau et beaucoup d'écrivains fran-. çais se tirent aisément de cette difficulté en les regardant

XV) COUP B^OEIl SUR lis INSTlTUTIOll^S

choix. C'est pour conserver une partie de sa Ir-' berté que l'on aliénait l'autre; enfin , c'était pour n'être pas éternellement à la^isposition du pre^ mier venu que le faible consentait une fois pour toutes et régularisait sa dépendance.

Ainsi 9 la féodalité naquit de la concurrence d'tfne multitude de petites puissances rivales. Dans l'origine 9 elle fut un pacte respectable et sacré entre la force et la faiblesse; elle offrit un asile au petit, contre la collusion meurtrière des intérêts contraires des hommes puissans.

L'association féodale était originairement un exercice de bonté et de reconnaissance, le seigneur et le vassal , le chef et son adhérent , étaient intimement liés et tendrement unis.

Tant que la grandeur et la simplicité de ces mœurs 9 que les vainqueurs de Kome avaient apportées He leurs bois , ^se conservèrent dans leur postérité , l'association féodale fut noble dans ses principes et bienfaisante dans ses résultats^ Les inquiétudes de cupidité et les convoitises mercenaires^ qu'engendra plus tard le commerce^

comme des usurpations faites sur les droitside la monarcliie et des roiSi Le docteur Robertson, loi' même, a donoé à cette fausse opiaion la sanctiou de sou autorité (Hist, qf Charles /^, vol. i^. Cependant, c'est supposer que le goutevnement monarchique , ou l'autorité royale, était parvenu à son comble dès son origine ; supposition qui contredit également et la raison naturelle et l^istoire. Un gouvernement, quel qu'il soit , ne se perfectionne pas si aisément en on instant. 11 n^cquiert ses développemens spéciaux, il> n'atteint sa force et sa l&atarité que' lentement et par dégré^. Les privilèges des nobles furent évidemment antérieurs, aux. développemens de Tautorité monarchique , et ce fut leur abolition qui lui donna sa suprématie et sa puissance. Lies monarchies d'Europe ne furent de vraies monarchies que lorsque la haute noblesse fut domptée et abattue. Enfin un roi , dans l'origine,- n'était que primus inter pares ; qn'an chef militaire dont le pouvoir , quoique transmissible , était extrêmement limite.

DU MOTEK AGE. Ziri)

étaient inconnus 9 et les penchans naturels, les instincts généreux se déployaient librement. La rivalité des confédérations particulières servait même à resserrer les liens de cette union, t he§ armes et le zèle des vassaux et de ceux qui étaient au service d*un chef 9 jfaisaient sa force et sa 8Û« reté. La bon^ et la puissance du chef ou seigneur étaient le soutien et Tappui de ses vassaux et de ceux qui étaient à son serviee ; enfin 9 leurs intérêts et leurs "passions étaient les mêmes, et un échange continuel de bons offices entretenait leuf attachement. •

Tant que cette rivalité d'amitié et cette conformité de se.ntimens régnèrent entre le seigneur et le vassal, les peuples furent dans un état de force, de liberté ^t de bonheur^ Les vassaux avaient des .égards pour les hommes engagés au service qui étaijent immédiatement au dessous d'eux. Ils étaienjt eux-mênies courtisés ^ à leur tour, parles seigneur's dont ils faisaient la force. Il résultait, de cette concorde, une subordination régulière et puissante. Les parties constituantes de la na^ tion , participant à radminislration en temps de paix et en temps de guerre , étaient également intéressées au maintien de l'ordre et de la paix, et leur union les rendait formidables. Une liberté politique réelle fut d'abnrd le résultat de cette association. Tant que cet hjepreux ordre de choses dura, le peuple, dans tous les pays de l'Europe., |oi4l du droit dQ se rendre en armes aux assemblées générales ou , du moins, il y parut par 9^% représentans ^i).

Mais les choses humaines sont de Courte durée, sur-tout dans le bien ; la violence et la corruption ne tardèrent pas à dénaturer l'institution féodale; et à des scènes brillantes de liberté et

(i) Tableau des prcgrèé dj lu âoiiété en Europe, par /tîilbert Staarc.

X\iJi COUP d'œII. 81I& IE9 IK^ITIITIONS^

de grânâeiiur succédèrent la rapacité^ roppression et la ba«seflse*

Le tempÀ tout seul aurait nécessairement altéré el affaibli les génère uses maximes de Tassociâtioii féodale et le désintéressement magnanime de la chevalerie. Mj|js la propriété , en se d;^vcloppant avec tous ses effets et ses usages, avec toute Ténergiede ses conséquences, devait principalement changer ces relations «de conQanee , de dévouementet d'honneur. Devenue une source dedistinotions plus puissante que le mérite ^ elle dénatura la société. £n séparant désormais les intérêts du seigneur et du vassal^ elle détruisit nécessaire* meut pour toujours les principes de leur asscciation. Alors les rapports secondaires qui avaient entretenu jadis leur affection mutuelle 9 nourrirent et prolongèrent leur animosité. Et cette con-fédération volontaire d*oii étaient émanés tant d'avantages et de gloire, enfanta les perfidies , es vexations et les révoltes.

L'aide que le vassal accordait de bonne volonté, dans des temps plus heureux> pour empêcher la saisie des biens de son seigneur, et pour soutenir sa grandeur , devint un fardeau et une charge, par l'effet de cette dégénérescence. Elle fut exigée comme une obligation et une taxe. Le seigneur demandait cette contribution , quand sa fille aînée se mariait, lorsque son fils aîné était fait chevalier, ou qu'ayant été luimême %it prisonnier de guerre, il était obli^de payer une rançon. Telles étaient les circonstances où la loi permettait d'exiger xme contribution d'un vassal ; mais l'usage autorisa peu à peu les réquisitions d'aides, sous les prétexites les plus frivoles. Quand la couronne ou le seigneur étaient disposés à opprimer, ils trouvaient un moti^pour demander un aide , et le b(en du vassal était

DU MOTEKACE. XiX

épuisé à c];iaqae instaut par dçs i)efioiiis qui o^étaieat. pas lès «icD8.

Des droits de la nature la plus avilissante pour l'humanité 9 et qui u^outrageaient pas moins la pudeur que la justice y >s*établirent alors 9 comme une suite naturelle de l'oppression. Le faible vassal tombé dans tous les inconvéniens de la servitude perf^onnelle^ ne pouvait -soustraire sa fille ou son épouse à l'infamie , que par le sacriûce entier du fruit de son épargne et de son travail.

Ainsi 9 les mêmes insistions augmentèrent la liberté et le bonheur dans une époque ; la servitude et le malheur dans l'autre. La majesté et la vigueur accompagnèrent l'association féodale .jlanei sa jeunesse; et cette association, en vieillissant 9 devint une cause de dissolution sociale 9 et une épouvantable tyrannie. De là vient la nécessité de soigneusement distinguer les temps 9 quand il s'agit de la féodalité ; car ceux-là Font fort mal jugée, qui ne l'ont considérée que dans ce dernier période de son existence.

La nécessité de résister à une oppression si dévorante et si cruelle 9 fit nattre les associations communales 9 et fut la première source du rétablissement du pouvoir royal. Car, dans cette dégénération de l'association féodale , si les sujets avaient à combattre pour leur liberté, les princes avaient à combattre pour leur puissance. Les rois commencèrent donc à encourager les efforts du peuple, et à favoriser l'industrie et le commerce de<i villes. Cette industrie pouvait seule , en créant les fortunes mobiles, opposer un contre-poids suffisant à la masse compacte de la propriété foncière. Le luxe naquit des effets de l'industrie et du commerce, et ce luxe commença à ronger les domaines des grands , pour accroître insensiblement^ la fortune des bourgeois , hibltans des cités:

XX ' GOTTP D'OEIt Stll tt& IVSTITrTIOKS

Alors, de tons côtés, en Europe, on vit de petits bourgs qui, dans rbrigîne, étaient sous la protection et le gouvernement deâ comtes et des abbés, se transformer , par la puissance du tra* vail et par l'activité des relations commerciales , en villelB opulentes , ayant acheté leurs franchises au poids d'un or laborieux, ou les ayant acquises par la force des armes*

Ce nouvel ordre de choses commença en Italie vers le onzième siècle (i). Les communes aussitôt formées pratiquèrent (|ps ligues entre elles ; ainsi, le principe d'associaljon qui avait commencé au foyer des cabanes de quelques opprimés, s'éten« dant de bourg en bourg et de ville en ville, forma bientôt de véritables républiques indépendantes, * qui ne reconnaissaient plus de seigneur immé-

(i) Des cette époque, Gènes, Lncqucs, Pise, Milan, Pavie, Asti, Crémone, Lodi , étaient non-seulement dfis Tilles florissantes, ^lais encore faisaient des actes de souveraineté, concluaient des traités et formaient des alliances, plusieurs dVntrMl es durent leur activité et leur opuIeac«

qui agitèrent Pltalie dans le dixième siècle , poui quérir des avantages précieux ; caressées de tous les partis , elles obtinrent de tous des privilèges plus ou moins considcrablcs. Les Othons restèrent trop peu de temps en Italie pour s^apercevoir des progrès de cette puissance naissants et ponr la combattre avec succès. Lorsque la grande que^ relie s'engagea au sujet des investitures, entre Grégoire Vll et Henri IV j les villes dUtalie favorisèrent les projets de la cour de Rome , et virent avec plaisir la puissance spiri uellc des papes empêcher les progrès de la puissance temporelU des empereurs. Les panes eurent l'art de persuader snz ville» de la haute Italie qu'ils ne travaillaient que pour leur liberté'. Sous le règne orageux des Hobenstaufen , les factions des Guelfes et des Gibelins partagèrent toute l'Italie. Au milieu de ces divisions, les villes se fortifièrent, s'e'tendirent , gacnèrent en population et en richesses ^ elles e'taient toutes pour les Guelfes. Tableau des résolutions du système po^ inique de l'Europe (Ancillon), tome î.

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