‹ Histoire du Bas-Empire: Avec une introduction: [Coup d'œil sur la naissanceChapitre 5 sur 11 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Ap&es Fabdlcation de Diocléiien et de 60u col*^ lègue Maximien, l'empire était resté, pendant dix-huit ans, livré auidéchirenoiens de l'anarchie armée et des discordes civOes. Constance et 6ale« rîus étaient montés sans obstacle au trône que la retraite des deux empereurs leur abandonnait; mais Galerius, ambitieux, et fier de ses victoires passées, crut pouvoir profiter du caractère doux et paisible de Constance pour choisir des âucces seules et des Césars parmi ses partisans les plus dévoués > au mépris des droits des fils de son ri« T. 1- X

3 HISTOIBB I>U BAS-BMPULE.

val et du ci-devant empereur Maximien. Sévère, officier distingué quoique trop dominé par Tamour du plaisir , et le grossier Maximin , fils d'une sœur de <îalerius , furent désignés aux Romains comme devant un jour se partager l'empire; en attendant, ils obéissaient aveuglément à l'influenee de Galerius, qui, non content de s'étve arrogé les plus belles provinces, n'attendait qœ la mort, trop évidemment prochaine de son oolègue, pour s'emparer du sceptre à lui seul. Depuis long-temps il nourrissait ces desseins lors«? qu'eurent lieu la révolte de Maxence et la soumission des provinces de l'occident à l'autorité de Constantin.

Celui-ci, issu de Constance et d^Hélène, (iUe d'un obscur hôtelier, était né à Naissus, en Dacie, dans l'année 274» ^^ n'avait que dix-huit ans lorsque son père fut nommé César. Mais le divorce de Constance, qui suivit de près cet événiement, priva le fils d'Hélène des avantages qui auraient pu en résulter pour lui ; c'est pourquoi, au lieu de suivre son père il demeura toujours attaché au service de l'empereur Bioclétien, qui récompensa ses exploits, dans les guerres d'Egypte et de Perse, par le rang de tribun de première classe. Doué d'ua extérieur imposant, des qualités les plus brillantes, et inaccessible aux séductions des plaisirs, Constantin avait gagné la i^aveiir des troupes; mais en laissant proclamer

, ' ' . mSTOIAB BV BAS-BHPIBB. 3

par elles ses droits au titre de César, après i'avënement de son père au trône 9 il excita la jalouse haine de Galerius. Dès-iors sa position (ut di£ELcile et périlleuse. Livré aux plas vives inquiétu* des 9 Constance ne cessait de demander à son collègue qu'il lui fût permis de revoir son fils. Après beaucoup de délais , Galerius fut contraint de donner son consentement. Constantin quitta Nicomédie au milieu de la nuit; il traversa la BjTthinie, la Thrace, la Pannonie, Tltalie et les Gaulés, avec une célérité qui ne permit pas de songer à le poursuivre , et au moment où son père allait s'embarquer pour T Angleterre , il arrivait à Boulogne, où le peuple l'accueillit avec les démonstrations de la joie la plus vive.

Constance, après avoir soumis les Calédoniens,^ mourut à York, le a 5 juin 5e6, quinze mois après Bon avènement à Fempire et quatorze ans après «a promotion à la dignité de César. Les légions qui l'avaient accompagné en Angleterre, s'empressèrent de saluer son filrdu titre d'empereur et d'Auguste. Constantin, pour détourner de lui tout soupçon d'avoir usurpé volontairement le pouvoir , leur opposa une résistance calculée. Il écrivit à l'empereur de la division d'Orient pour lui annoncer la mort de son père, regrettant, lui disaît-â, que le zèle inconsidéré de ses soldats l'eût empêché de faire valoir, d'une manière plus régulière , les droits incontestables qu'il avait à la

!*iicces6iof] de celui -çî. Le premier- mouvement i]e Gaîerius fut la plus violente rage; cependant^ après avoir examiné les talens de son adversaire el les chances incertaines d^une guerre , il prit le parti le plus sage; il parut ne pas vouloir apporter d'obstacle à Tambition de Constantin., et reconnut sa souveraineté sur les proviuces «tuées au delà des Alpes ; mais il ne lui accorda que le titre de César et donna celui d*Aug«ste.à Sévère.

' Constantin aurait pu rencontrer d'autres rivaux dans tes six enfans que son père avait eus d'un second mariage , et qui auraient ^té en droit de disputer au fils d'une femme répudiée le sceptre que Coniitance laissait après lui; mais Constantin était dans sa trente-deuxième année;. il avait pour lui la faveur des soldats» l'amour du peuple et l'approbation d'un père qui l'avait , en jiiourant 9 reconnu digne de régner. Les enfans de Théodora s'abstinrent sagement de lui disputer sou élévation , et furent récompensés de leur mo> dération par Taffection vraiment fraternelle qu-il ne cessa de leur témoigner.

A peine Gaierius avait-il eu le temps de se résigner à la contrariété qu'il venait d'éprouver en Occident 9 ^ue l'Italie, révoltée à l'instigation de Maxence, vfnt porter un noiiveau coup à son orgueil. Rome, déjà très-mécontente d'avoir vu les <}aipereurs transférer leur résidence à Nicomédie et à MUau^ ressentit la plus vive indignation de

HISTOiftE IHJ filS-£MflRB. ;>

l^âboiiUoii des immunités dont elle avait tonjours ■|oui à rexclusiou des autres provinces d^Tempire 9 -et que la pénurie des finances avait oblige Galerius de révoquer. Maxence, iilsde Maxiniien , stimulé par l'exemple de Constantin , profita d^ celte disposition des peuples d'Italie pour quitteila retraite où le retenait Galerius , dont cependant Il avait épousé la fille , et revendiquer les droits <le sa naissance. D'un autre côté, Maximien, qui n'avjiit abdiqué qu'à regret, saisit cette occasion ppur reparaître sur la scène, déguisa ce retour d'ambition sous le voiiç de la sollicitude paternelle. Sa présence fortifia le parti de son fils ; ce fut en vain que Sévère voulut retenir l'autorité qu'on lui enlevait; tiré, par artifice, de Ravenne où il s'était réfugié,, il se livra jui-méme à ses compétiteurs sur les plus solennelles promesses d'un traitement^ honorable et qui n'aboutirent ^u'à kl permission qu'on lui donqa de choisir le genre de sa mort. Il demanda qu'on lui ouvrit les quatre veines I et laissa lei champ libre à ses rivaux.

Maximien , qui avait repris la pourpre , passa les Alpes pour avoir une conférence avec Constantin , malgré la prééminence que sou âge et son rang lui donnaient, sur lui. Le résultat de cette entrevue fut le mariag'e de Constantin avec Fausta, fille du vieil empereur, qui cpiiréra le litre. d'Auguste à son gendre; celui-ci, en le recevant,

6 HlffrOIEE I>TJ B18-KMPf«B.

sembla épouser la querelle de Tltalie ^ mais il se borna a de vagues promesses sans aucune démarche effective.

Cependant Galerîus, ayant rassemblé une puissante armée , s'avançait vers Rome dans Tintention de venjger la mort de Sévère et de châtier les rebelles. Il rencontra dans Texéciition de cette entreprise plus de difficultés qu'il n'en avait prévu, et craignant de se voir abandonné par ses propres soldats, dont le nom de Maximien ébranlait la fidélité , se hâta de proposer un accommo* dément qui fut rejeté ; alors il se retira avec ses .troupes, dévastant tout sur son passage. Pendant cette querelle, Constantin était demeuré inébran* lable aux instances de Maximien, ^revenu dans les Gaules, p<mr l'engager à se joindre à lui et à son fils.

Le premier acte de Galerins , après son retour dans ses états , fut de donner à Licinîus le titre d'Auguste , qu'avait porté Sévère y avec les provinces d'IUyrie. Le farouche Maxfmin , qui opprimait plutôt qu'il ne gouvernait l'Egypte et la Syrie, exigea , à son tour, la même faveur; de sorte que l'empire romain se trouva divisé en six empereurs : dans l'Occident, Maximien exerçant une apparente suprématie sur Maxence et sur Censtantin; et en Orient, Galerius, qui voyait sous lid Licinius et Maximin. Ce conflit de tant d'intérêts opposés fut suspendu par une sorte de trêve

BISTOttE DU BÀS-EVnU. 7

mefiaçante ^ jusqu'au moment où la mort de Maxîmien et celle de Galerius ouvrirent la carrière à rambition des quatre autres rivaux^

L'harmonie entre le père et le fils n^avait pat été de longue durée. Maxence prétendait avoir conquis FltaUe; Majdmien soutenait , au con^ traire, qu'il n'aurait jamais réus^ sans son in* fioence et ses avis« L'armée, qui fut appelée à juger entr'eux, redoutant la rigidité bien connue du vieil enipereur, décida en faveur de Maxence. Maximien renonça donc, pour la seconde fois, au diadème et voulut se retirer en lUyrie, d'où Galerius , qui connaissait très*bien son incurable ambition , lui intima l'ordre de sortir. Il alla alors à là cour de Constantin , et en fut accueilli avec les plus grands égards ; mais bientôt, au spectacle de la puissance de son gendre, ses regrets se réveillèrent comme des remords , il résolut de régner encore ou de périr. JI profita d'une absence de Constantin, qui était allé combattre les Francs sur les bords du Rhin, pour répandre le bruit du trépas de ce dernier, s'empara des trésors déposés à Arles et les distribua aux soldats qu'il voulait gagner. Le prompt retour de Constantin , à la tête d'une force considérable , fit avorter ses desseins; il alla s'enfermer dans Marseille , dont Constantin fit aussitôt le ' siège et qui n'évita les suites d'un assaut qu'en livrant le rebelle. Maximlen subit le châtiment qu'il s'était attiré ; et l'an pu-

8 '\ . Hlî.T.:iRE DU BA.S- EBIPIHC.

b)ia qijfef poussé de désespoir, il s'était étranglé de ses propres mains (i). ,

La fin de Galerius ne fut pas si tragique. Il ne survécut qu^un an à Maxiraieu , mais il mourut dans son palais de Nicomédie, étouffé dans son obésité {%)y après un règne de six ans , au ntois df mai 3 11. Les deux empereurs de sa création se préparèrent aussitôt à se disputer ses dépouilles^; cependant ils n'en vinrent pas à se faire la guerre et convinrent de les partager à Tamiable entre eux; Maximin eut, pour son lot, les provinces d'Asie y et Licinius celles d'Europe. L'Hellespont et te ilospluire de Thrace furent les limites de

(t) Loin d^abuser cîa malheur de ce prince, selon des ffciivains pen dignes dé foi , Constantin accueillit son beaupère dans le palais impérial. Mais Maximien conjura 'sa fil^ Fansta de lui ouvrir la porte de l'appartement de Constantin, qu'il ▼oalût assassiner; Fausta ayant feint d'y conseivtir, r^tla tou^ à son ëponx. Constantin fit coacber un eunuque dans son lit; Mai^imien court frapper l'esclaye et s'ccrie : Uempereur est mort! Conbtantin sort précipitamment de Tendroit oh il s'était cacbë, saisit Maximien et ne hii laisse qae le choix du suppli^ïc. Ainsi Maximien , après avoir cherche un complice dans sa propre fille , aurait péri victime de sa perfidie. Telle est la yersion dos historiens eccle'siâstiques qui , pour rendre Constantin moins odieux,, ont cherche 4es forfaits à ses nombreuses victimes.

(i) Aurélius Victor le fait mourir d*unc maladie honteuse : Consumptis genitalibus defecit , dit-il. Zozime dit : Incurabiti vulnere , ce qui indique h peu près le même genre de mort. L'opinion adoptée ici est celle de Gçtbboq..

BISTOIRE BC BAS-EMPIRV. .. 9

leurs posscssiotjs respectives , de noiàVreuses troupes et des fortifications bordaient les deux rivages et les protégeaient. Peu de temps après, on vit Constantin se coaliser avec Licinius contre Maxence et Maximin, qui s^^taient pareillement ligués ensemble; et le monde entier, spectateur de cette querelle , attendit avec Tinquiétude de grands et décisifs résultats.

Le motif ostensible de cette guerre fut que les statues de Maximien ayant été renversées après sa mort, Maxence )ugea à propos de venger les outrages faits à la mémoire de celui qu'il avait per- 'sécuté pendant sa vie. £n conséquence, les effigies de Constantin éprouvèrent le même sort en Afrique et cn^talie. Les réclamations de celui-ci ne furent point écoutées, et Maxence éleva des prétentions sur toutes les provinces de TOccideut, Il rassembla ses troupes pour envahir les Gaules, cherchant , en même temps , à séduire , par Tor et les promesses, les soldats de Licinius. Constantin vit bien qu*il était temps de remplacer un système affecté de modération et de mollesse politique, par rénergie et l'activité qui lui étaient -naturelles; et prévint Fennemi, en portant, luimême , la guerre en Italie en 5i5. L^entrcpri^e n'était pas sans djinger ; deux fois il fut repoussé ; Jes forces de Maxence étaient supérieures aux siennes, quoique ce chef eût été obligé d'en laisser une partie sur les bords du Rhin. Con«<tantîn , fans se rebuter, passa les Alpes Cottiennes, das^

cendit avec la plus incroyable tïéiérité dans le Piémont, s*empara de Suze, de Turin, entra en triomphe dans le palais impérial de Milan , et Tit presque toutes les villes, situées entre les Alpes et le Pô , se ranger de son parti.

De Milan à Rome la route lui était ouverte ; mais quelqu^impatient qu'il fût d'en venir aux mains avec son adversaire, il lui parut prudent d^ diriger d'un autre côté ses opérations. L'habile et vaillant Pompéîaous conunandait dans Vérone. L'empereur des Gaules alla mettre le siège devant cette place , après avoir dispersé près de Brescia un corps de cavalerie envoyé pour entraver sa marche. Ce général , ayant épuisé tous les moyens de défense , s'échappa de la ville et rassembla à la hâte une seconde armée avec laquelle il comptait attaquer, à son tour, les lignes de l'ennemi. Constantin , qui en fut informé, détacha une partie de ses meilleures troupes; et, laissant l'autre continuer les opérations du siège, ^'avança à la rencontre de Pompeîanus. L'engagement commença vers le soir et le combat dura toute la nuit ; le matin suivant on apprit la mort du général italien et la victoire de Constantin ; Vérone se rendit aussitôt ; Constantin , pressant etisuite sa marche avec une activité sans exemple, arriva le cinquante- huitième )0ur à trois lieues de Rome, et vit l'armée de Maxence ratigée en bataille sur une vaste étendue de teirain.

BT8T0IRV DU lA8-tllPTRB. -H

Bien différent "de Constantin ^ qui 5 par son hiimsinité et sa générosité, était adoré de ses suiets, tandis que sa valeur était Tobjet de leur admiration , Maxence s'était fait ha!r des Italiens , ainsi que des Âfriquuins, par sa cruauté, son avarice et ses débauches. Rien n'était sacré pour lui ; les obligations qu'il avait à ce sénat, mobile principal de son élévation , ne l'empêchaient pas de -se )Ouer de la vie de chacun des membres de cette assemblée, ainsi que de F honneur de leurs femmes et de leurs filles. Rome, qui, si long- temps, avait déploré l'absence de son empereur, gémissait maintenant de sa présence oppressive. Pen« dant que Constantin poursuivait le cours rapide de ses victoires, Maxence restait dans Rome, plongé dans la mollesse et les plaisirs; les remontrances de ses amis le tirèrent de sa coupable apathie» et les claiheurs d'un peuple indigné le contraignirent d'entrer personnellement en lice* Il se mit en campagne avec des forces considérables ; mais le résultat fut tel qu'on devait s'y atten dre d'après le caractère des deux chefs et la discipline établie dans leurs années; les Maures et les ?^umides lâchèrent pied devant la cavalerie gauloise ; les Italiens désertèrent les drapeaux d^un tyran qu'ils abhorraient; et la milice prétorienne, qiu*, seule, était attachée à Maxence pour les faveurs dont il l'avait comblée, fut presqu'entièrement détruite après un combat opiniâtre. Ce

12 RISTOiRE Dr BAS«£&IPJBE.

fut le 28 octobre 5i2, qu'eut lieu cette bataille qui livra toute Tltalie à Constantin. Maxence, ayant pris la fuite, fut renversé , par la foule 9 dans le Tibre, au moment où il traversait le pont Milvius , et se noya sous le poids de son armure. Ses deux fils reçurent la mort par Tordre du vainqueur, qui eut soin d'exterminer jusqu'au dernier de sa race. -

Cependant, par politique bien plus que par clémence, Constantin borna, à la famille de son rival , les effets de sa vengeance. Une amnistie générale fut proclamée et lui gagna le cœur de. ses nouveaux sujets. Il honora de sa présence le sénat, qui reçut de lui Tassurance de la considération qu'il aurait toujours pour un si illustre corps. Il institua des jeux pour perpétuer le souvenir de cette victoire , et fil élever un arc de triomphe qui subsiste encore comme pour attester quelle dégénération les beaux-arts avaient subi dès ce temps ; en effet, il fut impossible de trouver à Home un homme en état d'exécuter les 6- .gures qui devaient le décorer: il fallut enlever celle de l'arc de Trajan ; ainsi l'on voit des Parthés prosternés devant un prince qui ne porta jamais ses armes au delà de l'Ëuphrate.

Constantin s'occupa ensuite de la dissolution de la garde prétorienne; tous ceux de ce corps, qui avaient survécu à la dernière bataille, furent disséminés^ansks légions qai gardaient tes fron-»

HISTOIRE D0 BàS-ËMMBE^ -» |5

tière.^ 9 et leur camp fut détruit Ainsi finit celles milice formidable, et qui fat si souvent maîtresse du sort de Tempire à force d'insolence et de férocité. Constantin i itposa aussi une taxe à perpétuité sur le sénat qu'il divisa en trois classes « sui%*ant le degré de fortune que possédait chacun de ses membres. Il quitta Rome après ces mesures , et se rendit à Milan pour y célébrer les uoccs de sa sœur Constance avec Liciniûs, dont, avant la campagne d'Italie 9 il avait acheté la neutralité par la promesse de cette alliance. Mais^ au milieu des fêtes célébrées à Toccasion de ce mariage, les deux empereurs se virent obligés de se séparer à la hdtc ; Constantin fut appelé sur les bords du Rhin par une invasion des Francs, et Licinius s'occupa de repousser Maximin qui s'avançait à la tète de son armée. Maximin avait été l'allié de Maxence; et, jutant pour le venger que pour se débarrasser d'un rival qui lui faisait om-^ brage, il avait levé l'étendard de la guerre civile. Il eut le dessous dans cette lutte et fut défait par Licinius qui l'obligea de fuir et d'aller s'enfermer dans Nicomédie, où il mourut au bout de trois ou quatre mois. Les historiens ne sont pas d'accord sur la cause de sa mort ; les uns Tout attri* buée au poison , d'autres au désespoir ou à la justice du ciel. Il ne fut pas regretté dans les provinces sur lesquelles il avait régné en tyran, cl Tau ^"empressa d'y reconnaitie l'autorité de

l4 H18T0I1B DU BAS-EHPIftE.

Licinius , qui déshonora son triomphe par le meurtre de toute la famille d'un ennemi vaincu , et de tous ceux qui étaient alliés aux empereurs Dioclétien et Galerius.

L'empire romain se trouvait alors (3i4) partagé entre Licinius et Constantin ; mais, entre ces deuxVivttUX, tous deux fiers de leurs^ succès et d'une ambition égale t une rupture devait éclater^ et elle éclata en effet. Constantin avait donné sa ,sœur Aiiastasie à Bassien , avec le titre de César, eil lui promiettant le gouvernement de l'Italie ; l'accomplissement de cette promesse fut retardée de jour en jour sous divers prétextes ; ce manque de foi indisposa le nouveau prétendant à l'empire 9 et rengagea à prêter l'oreille aux conseils de l'astucieux Licinius, qui cherchait à profiter de son ambition. Constantin , s'en étant aperçu ^ rompit avec Bassien, le dé* pouitta de la dignité dont il l'avait investi , et le refus hautain de Licinius , de lui livrer le rebelle qui s'était réfugié dans ses états 9 devint le signal de la guerre (1).

(1) Zftûiae dit D«uei»ent que la maaraUe foi de Cons» laaûn fiU la canf e de cette rupture « voici ses expressions : Quum perexiguum temporis ef/luxissetf exorta sunt inter €0$ dissidia ^ non quod Licinius caussam prœhuisset , sed €fuod , more suo , Constantinus pacta conuenta pariim intégra fide Surfasse visus esset , ae nationes quasdam^ad impêHwn Lieini pertinentes ^ averlere voluisseU

BISTOm DU BAS-UriBB. l5

Ce fut le 8 octobre 5i5, que fut livrée la f^remiëre bataille^ entre les deux empereurs, dans la PanncHiie. Constantin , malgré Téviden te infériori« té de ses forces, soutint le combat toute une journée, et finit par obliger son adversaire à la retraite. Celui-ci ne voulut pas demeurer dans le voisinage du vainqueur; il se hâta d'aller lever une nouvelle arméeenTfarace;et, chemin faisant, il conféra le titre de César à Yalens, Pun de ses généraux.

Les plaines de Thrace devinrent le théâtre d'une seconde action non moins meurtrière que la première, et d*où Constantin sortit encore une Ibis vainqueur. Mais les troupes Ae Licinius défendirent vigoureusement le terrain, et se retirèrent en bon ordre dans les montagnes de la Macédoine.

Ces deux pertes successives avaient épuisé les ressources de Licinius sans avoir abattu son courage. Constantin respectant les talens de Tennemi qu'il/ avait vaincu, ne voulut pas le pousser à bout , et consentit à un arrangement. La mort de Yalens et Tabandon des provinces de Pannonie, de Dacie, de Dalmatie , de Macédoine et de Grèce devinrent les conditions de la paix , conclue en 5i5. Par suite du même traité , Crispe et le jeune Constantin furent nommés Césars dans les pro* vinces d'Occident, et le jeune Licinius dans celles d'Orient.

Le repos qui succéda à la guerre permit à

lô HISTOIRE DU BAS-EMPIRIS^

CQiT6tdnliu.de s^occuper de la législation deTempire à laquelle il apporta de ^ands changemens. Parmi les lois de sa création , on en cite une qui fait honneur à son humanité; elle avait pour objet TaboUlion du barbare usage de tuer ou d'exposer les enfans nouveaux nés quand ils étaient à charge à leurs parons; cet usage était sur-tout depuis quelque temps généralement adopté 9 tant raugmenlation des impéfs avait appauvri le peuple! Constantin fit paraître un édit applicable à toutes les villes d'Afrique et d'Italie, par lequel il allouait des secours à tous ceux qui présenteraient aux magistrats des enfans qu'ils n'auraient pas le moyen d'élever.

Les soins qu'il donnait à l'adniinistration de l'empire ne rempéchèrent pourtant pas de soutenir sa puissance au dehors. En 322, Crispe qui avait eu en partage le commandement des con« trées qu'arrose le Rhin, s'était déjà montré le digne (lis de Constantin par deux éclatantes vietoires sur les Francs et les Allemands, et l'empe* reup, de son côté, signalait sa valeur sur les bords du Danube. LesGoths qui, depuis cinquante ans, étaient en paix avec Rome, avaient profité de cet intervalle pour réparer leurs anciennes pertes, et conjointement avec les Sarmates leurs alliés, étaient descendus en Illyrie sous la conduite de Rausimond ou Régimon roi de ces derniers. Après quelques combats opiniâtres , les Golhs se vh*ent

HISTOIRE DU BlS-BUPlft«. I7

rédtiits à racheter, par 1^ saoriBoe du butin et « des prisonpiers qu'ilis avaient faits y la perAiissîou de se ];etirer; non content de cela, l'empereur ayant passé le Danube, tira d'eux une terrible vengeance et ne leur accorda la paix qu*à condition qu'ils lui fourniraient quar^inte mille hommes toutes les fois qu'ils en seraient requis.

Parvenu à un si haut, point de gloire, il fut encore plus difficile à Constantin d'endurer le partage du. pouvoir avec Licinius. Déjà huit ans s'étaient écoulés depuis leur traité ; il crut avoir assez attendu et se prépara , sans le moindre scrupule , à détrôner son rival. Celui-ci, averti du danger, réunit toutes les ressourças dont il put disposer; ses vaisseaux occ^èreut le détroit de PHellespont et ses troupes les plaines d'Adrianople. Le 5 juillet 535, Constantin vint Tattaquer; les soldats de Licii^us.ne purent soutenir la charge impétueuse de l'empereur d'Occident qui commandait en personne; ils p^-irent la fuite, entraînant leur chef qui u 'atteignit les niurs de Byzance qu'après beaucoup de travers et de dangers. Sjon adversaire mit aussitôt le siège devant celte ville; mais Licinius se trouvant maître de la mer, les assiégcaus étaiei^.plus exposés aux attaques de la famine que les assiégés; c'est pourquoi Constantin réso^^lut de forcer le passage de l'Hellespont; il ras« sembla tous ses vaisseaux dont il confia le commandement à Crispe, son fils aîné; ce jeuiio

l8 fffSTOItE nv B'AS-SMPIHE»

prince se montra malheureusemenl; trop d|gne de cette confiance; car les historiens le» phis modérés s'accordent à dire que^ par le subit éclat de ses talens, il excita dès-^lors la jalousie de son père. Après un engagement qui se prolongea pendant deux jours 9 il détruisit en partie la flotte de Licinius échappé avec beaucoup de peine , le reste se retira sur les rivages de Chalcédoine. Constantin voyait Tabondance régner dans son camp ; il poussa le siège avec une nouvelle vîgileur, et les murs de Byzance commencèrent à s'ébranler sous les coups des assaillans. Licinius alors, craignant que la place ne fût obligée de se rendre 9 alla s'enfermer avec tous ses trésors dans Chalcédoine , après avoir donné à un certain Martinianus le vain et dangereux titre de César. Il s'occupa en-' suite à lever en Bythinie une nouvelle armée ; mais , poursuivi de près par l'infatigable Cons-* tantln, il n'eut à lui opposer que des troupes inexpérimentées. Enfin, malgré leur valeur, elles furent défaites et laissèrent la moitié des leurs sur le champ de bataille. Licinius se réfugia dans Ificomédie; sa femme Constance qui était la sœur de Constantin , intercéda pour lui auprès de son frère et obtint une promesse solennelle de )e laisser vivre en paix avec les trésors qu'il avait amassés^ pourvu qu^ll abdiquât le pouvoir et -sacrifiât M^tinianus à la jalouse ambition du vainqueur. IiC malheureux Licinius accepta ces conditions et

IflSTOlRE DU BAS-EMPIM. IQ

9e retira à Thessalonique , après s*être hùinilié aux pieds de son rivât. Mais il ne ^ut échapper au sort qui lui était réservé; peu de temps après, il fut mis à mort sur le prétexte spécieux d'une correspondance avec les Barbares (i). Constantin 9a vit donc, en 524$ maître de tout Tempire Romain. Cette réunion eut lieu trente-sept ans après la division qu^en avait faite Dioctétien. La fondation de CoBStàntinopIe et l'état)lissement du ctirîstîanisme en furent les résultats.

On peut assigner plusieurs causes aux progrès rapides que fit le christianisme au milieu des persécutions dirigées avec tant de furie contre lui parles empereurs romains. Ces persécutions même ne ^contribuèrent pas peu à propager une doctrine qui présentait, au monde étonné, le sublime spectacle du courage luttant contre l'oppression , d'une constance que la mort ni des supplices plus affreux que la mort ménie ne pouvaient altérer, et d'une abnégation de soi-même qui ra^ettait en |H-atique , et surpassait quelquefois les théories spéculatives de la plus austère philosophie. On voyait les chrétiens, non-seulement se résigner à la tnœi et aux tortures, mais encore les accepter .avec foie; l'âge, le sexe, se dépouillaient de leiur

(i)Liciiiu Thessalonicam ablegato , yelut isticsccnrè riettiro: iieque malto post violata jurisjurandi relîgione (qaod quiilem Constantino non insolens îerat) la^eo vitam adomi t. Z^»itn0.

no HISTOIRE DU BÂS-EMPI&B.

faiblesse ; et les lémoÎDS de ce triomphé surnattr-

rei, d'une foi vive et ardente, s'accoutumaient à

croire qu'il y avait, en effet, quelque chose de

divin dans une secte qui se montrait si fort au

dessus de l'humanité ; aussi voyait*on naître du

sang de chaque martyr une foule de prosélytes

parmi lesquels on compta quelquefois les bour*

rewx eux-mêmes. La nouvelle religion offrait

d'ailleurs par l'unité, la simplicité de ses dogmes

et de ses préceptes, un attrait à la raison qui re-*

ppussait cette multitude de dieux du paganisme ^

opposés les uns aux autres, adoptée 'sans motif et

dont souvent le seul titre à l'adoration étaient

des vices monstrueux réprouvés par une morale

éclairée. L'existence d'un être-silprème seul tout

puissant , l'immortalité de l'âme et l'espérance

d'une autre vie, où la vertu opprimée avait sa ré*

compense et le crime heureux son châtiment,

avaient été reconnues par les sages de l'antiquité

et par un petit nombre de leurs disciples; mais

c'est au christianisme qu'il était réservé de ren^

dre publiquement hommage à des vérités seule-r

ment devinées jusqu'alors^

Les vertus rigides des premiers chrétiens, si conformes à la pureté de leurs doctrines, leur influence pour réformer les mœurs dissolues de 'cett^ époque, les qualités émînentes, le génie supérieur, Féioquence entraînante et persuasive des ch^s de VÈçVise primitive, leur admlnistratioQ

HISTOIBE BU BIS'EHPIAB. 21

nagS) ferme et paternelle à la fois, leur charité expansive qui n'était que robéissance «lux pré« ceptes vraiment divins de faire Taumône et de rendre le bien pour le mal, avaient dissipé les préventions contre lé christianisme, et lui avaient attiré une sorte de vénération. L'opinion publique était enGn éolairée sur les crimes dont on. avait accusé les chrétiens. L^incendie de Rome que Néron avait voulu leur imputer et dont maintenant on le reconnaissait Fauteur, les prétendues abominations de leucs mystères , tant de calom^ nies dont on les avait rendu Tobjet, méritaient tme Tépâration. On apprit à les estimer; bientôt on se les proposa pour modèles. Respectables jua* que dans leurs erreurs qui ne provenaient que d'un excès de vertu 9 ils faisaient pardonner raideur du zèle qui les portait à se soutenir mutuel* lement et à propager, leur croyance ; taudis qu6 le polythéisme ébranlé à sa base par le scepticisme des esprits sages, composé d'ailleurs d'élé* mens contradictoires, et, par sa nature, éloigné de cet esprit de prosélytisme qui distinguât les dis* ciples de l'Évangile, s'écroulait insensiblement sous les coups que lui portait la nouvelle religion. Aussi comptait-elle déjà sous ses bannières plus de la'vingliètufi partie des sujets de Constantin, avant que cet empereur, par sa conversion, liii eût prélé l'appui de son autorité et lui eût im* primé un caractère légal.

tt âlSTOlRB DV BAS-EMf*]]lB.

Les historiens contemporains ne sont pas d'aC' cord sur la date précise de cette conversion.

L'opinion qui a généralement prévalu, c'est que, dans la nuit qui précéda la dernière bataille contre Maxence^ Constantin reçut, en songe, l'avis de faire inscrire sur le bouclier de ses soldats le signe sacré de ia divinité, et que son obéissance fut récompensée par la victoire éclatante qu'il remporta sur son ennemi. Eusèbe va même jusqu'à dire que ce songe fut la suite d'une vision que l'empereur et toute son armée avaient eue la veille. Il raconte qu'ils aperçurent dans le ciel une croix lumineuse avec cette légende : ho^ signa vinees; et que c'est là l'or^ine du iaéarum 01^ étendard de la croix.

Quoiqu'il en soit, d'après les diverses assertlons des historiens on peut supposer que cet em* pereur commença par se déclarer le protecteur de la nouvelle religion dont il embrassa plus tard les doctrines. Quelle qu'ait été sa croyance par-* ticulière, il parait que 9 jusqu'à l'âge de quarante ans» il continua de professer la religion établie # et que le soleil qui était l'Apollon de la mytholo-^ gio païenne fut principalement l'objet de son oui te.

Cq)eodant, tant qu'il gouverna les Gaules, Û continua aux chrétiens^ la tolérance que le carac tère doux et généreux de son père Constance leur avait accordée. C'était tout ce qu'il pouvait faire.

BISTOIRE DU BAS-EMPiaB. s!^

avec une autorité limitée, soud le pouvoir de Galerius qui se montrait un de leurs ennemis les plus acharnés 5 et qui, peu de temps avant sa mort, ne cessa de les poursuivre que fatigué de n^avoir pu réprimer leur zèle par six années de persécution. Après la conquête d'Italie, Constantin, libre de suivre ses volontés, fit paraître k Milan un édit qu'il engagea Licinius à souscrire également. Par cet édit les chrétiens étaient réîntégrés dans la jouissance des droits civils et de la liberté de conscience que leur avait enlevée le sanguinaire Galerius. »

Il est permis de croire que la prédilection de Constantin à Tégard de la religion du Christ, ne Tenait pas uniquement de son admiration pour les vertus morales de ses membres et la sublimité des préceptes qui leur étaient recommandés ; il fut sans doute séduit, par ce principe, d'une obéissance passive aux lois et au souverain si strictement suivi dans les trois premiers siècles du christianisme, et qui devait satiner agréablement aux oreilles d'un prince tel que lui. Il était d'ailleurs flatté de ce système de droit divin que les chrétiens appliquaient à l'autorité du chef do la nation que, selon eux, Dieu lui-même avait plapé sur le trône pour les gouverner, comme au# trefois il avait donné à son peuple Moïse , Josué , Gédéon et David. Enfin la reconnaissance devait rattacher au parti de l'Église naissante dans le

!>.4 niSTOmE DV BAS-BMPIRE.

sein de laquelle il trouvait, non-seulemeut lev sujets les plus soumis et les plus fidèles, mais encore des agens zélés parmi les évèques qui fi^employaieiit activement à servir celui qui s* était déclaré leur protecteur, il se voyait", en outre, puis- ' samment secondé par la correst>ondaDce conti- . iiuellé, et les relations établies malgré la distance de leurs résidences respectives entre les chefs de cette secte unie par les liens d'une fraternité re* ligîcuse.

Pour que le lecteur puisse se former une idée exacte des^ diverses causes qui ont concouru à rétablissement politique du christianisme, il convient peut-être d^ijouter à ces divers m^î& ■très-probables de la conversion de Constantin, les causes que lui assigne Zozime. Cet historien a été taxé de passion contre cet empereur; mais SCS raisonnemens so fondent sur des faits trop graves et trop bien constatés, pour ne pas prodnîre une impression profonde. Ot*, selon Zozime^ après avoir fait périr son fils Crispe et sa femme Fausta, Constantin, tourmenté par les remords, eut recours aux flamines pour obtenir d'eux des Justrations et des cérémonies expiatoires'; et, repoussé par Hudignalion de ces prêtres païens, attendu que leur croyance n'admettait pas d'expiation possible pour de si grands crimes, il écouta le conseil d'un aventurier égyptien qui lui proposa de s'adresser aux chrétiens. Leur religion

BUtOI&E DV B45-*BllPIiI. ^5

avait, disait -^ii, 4es expîotioiis et dee pardons pour les p)as grands forfaits; .

La eouveiisloii dhin paleu>B^était pas immédiatement suivie de )a cérémoiué. dti baptême; et Ton n'était pas admis à le recevoir sans s*étre instruit^ de tous les.dogmeft^dela foi. Seut-être eût-on épai^é tontes ces préparations à Constantin en considération de. sa puissance; mais ce fut luiHcnéme qui recula l'époque de son baplême jusqu'au. moment de sa mort > dans le but apparenunent de se ménager la faculté de changer, si sa politique l'exigeait 9 aVant 4e s'être définitivement engagé par ce qu'un c^gardaU comme le sceau de la foi.

L^xemple: de l'empereiir qui se dédaraiti chré** tien fut) C3mme on le pense bien, une loi pour eeitc ibulo eorriio do conviMààns dont il était en* tGuré; ceux-ci, à leur tour, eurent ppur imitateurs la classe subalterne sur laquelle leue^^ang. et leurs richeéses leur donnaient de l'influence. Les Goths et les Germains , enrôlés au service de l'empiiie , finirent par adorer la croix qui les guidait au combat» tandis que les pieux efforts des missionnaires portaient çbcz leurs fiers compatriotes la connaissance de. l'évangile, et les vertus qu'tt nous prescrit. Lès rois d'ibérie et d^Âmiéirie embrassèrent le nouveau culte qui, dabs leurs Etats, comme dans ceux de Constantin, se propagea jfivec une incroyable rajSldité.

L*éla|ili8S6mientéftia.relîgteta cliPéUeniie n'eti pas le seul évènemeaft méoiœrable du règpe de ConstantiD. L'histoire Je présente à la po^lérité, revl^ de la double ^ire de eiSnqUérant et de fondateur; G*est même à lui que l-empire d'Olient dwt, à prbptément parler, son origine. En créant une Doave)le<çapilaie et de nouiriEflles ins-* titutiotu^ il piiépanatôiiB les) iol^aogeniens qui eurent lieu dans la. eqite y et rendît )Son nom immor^ tel. Depuis 'quanaute ans ^ il icat vxaS , Rpaae avait perdu son ànoienne prérogative d'être la i^sidence du souvèraia; Dioclétiea avait fixé la steiane à Nîeomédie et n'avait yisité Rome ^ue pour la ce* rémonie de son triomphe» le 3o notembre 3o5| niais uiéiiié >àlors^ il n'y avait séîoumé que deux mois 9 ayant coDfu du dégoût pour l'insolente fa:«mUtarité die isea- tiabltana ( 1 y* doitstAiitsii > de «on

(i) Oum -lîlertêBdia po|)iili rom«n!ii ^fcrre 'tion • poeerac '^ impaiiens^ segeas lutiiBi^ prontpi&ex'njriM». Lofitanne^C, 1 7* Lfes RooMÎtis i^^i 19e poavaûat soofPrir les ejxfperears nés lioy de Rpine j et d^ot les satires amèrei> avaient foEcé Dio» clétien lui-même. à. prendre la faite; montrèrent d^au.tan,c plus (l'aigreinr et de malignité^ contre Clonstantin, que cet empereur y e'tant le premier «qâ! eût prôfe#é' fa'T^tigion t^rëtieniie, s^s'prîneîpes' s'accordaient meiftsaTec les goûts et dt» paaébftffs du: siànt et dn penpla ^ plongiéB eniMiv ^ es gTftndç|^li^>^99s les^4per$ti.tlo^^dn;pçigaDi6iviQ« Uvii^ \ Rome ,1a vii^g^îAme.^nniée de. son règne,, pear y^célel)^ les fêtes appelées ^ par cette saison, vigcsimales , et il y fut honnU Les Romains lui firent miUe avanies. Éét^olutions (d'/ta/i<r, prAîDenina, toin. iV • '

c^té) ne pouvait être fort attaché à une ville qui lui était presqp'étrangère ; né sur les bords du Danube^ ayant passé' sa jeunesse en Asie et reçu la, pourpre dans la Grande-Bretagne, aucun souvenir ne \Je rappelait à Rome. Il avait presque toujours été errant sur les frontières où Tavaient attiré les guerres qu*il avait eues à soutenir; mais apr^s avoir vaincu tous ses rivaux ^ parvenu à Tapogée'de sa gloire et presqu'au déclin de sa vie, il songea à se choisir une demeure convenable à la majesté dti trône et à la situation de l'empire. Il devait naturellement préférer les contrées limitcophe» de r£urope et de F Asie, d*où il pouvait également surveiller les mouvemens des Barbares « habitant entre le Danube et le Tanaîs, et ceux de la Perse; c'est ce qui avait déterminé Ddodékffm kBnfrc ^chofx de Nicomédie; Constantin voulut, avoir la gloire de fonder une ville destinée à transmettre son nom à la postérité, et il qp décida pour Bysance qui'lui sembla la position la plus avantageuse.

Cette ville , située sur deux mers, reçut le nom de GouStantinople et fut bàlie dans la ibrme d^uii trian^; le c6té de Test, faisant face àFAsie, est haigfié par le Bosphore de Thrace, au nord se trouvent la rade, au sud la Propontide ou mer de Marmara, et ài^occldent, vers Ieq[uel est la base du triangle, sont led confins du continent d'£urope.

28 ÈISTOl&E BU BÂS-EMPiaE.

Le détroit qui conduit les eaux du PonUEuxin dans la Méditerranée porte le nom dé Bosphore deThrace; sa longueur, jusqu*à la radede Constant inople, est de plus de cinq lieues, et le port est d'une telle profondeur qu'on peut débarquer toutes sortes de marchandises sur les quais sans faire usage de chaloupe. La mer de Marmara, que les anciens appelaient Propontîde , forme un bassin de quarante lieues de longueur entre THellespont et le Bosphore de Thrace. C'était vis-à-vis Tembouchure de rHeliespont qu'état remplace^ ment de l'ancienne IV^ie, sur une éminènce au pied du mont Ida» Constantin fut un moment tenté d'élever sa nouvelle ville sur le terrain de celJie d'où les Homains se prétendaient originaires, mais il renonça bientôt à ce projet.

La position de Bysance semble avoir été destinée par la nature à porter la capitale d'un grand empire. Le climat est salubre, le sol fertile, la rade grande et très-sûre et Je rivage facile à dé^ fendre. Ce furent les avantages réunis de la beauté, de la richesse et de la force de cette situation, qui déterminèrent Constantin; cependant il crut que l'interventio^i céleste ne pourrait qu'ajouter à la splendeur de sa nouvelle ville, et eut grand soin d'annoncer, dans une de ses lois , qu'il n^ayait entrepris la fondation de Constanlinople que d'après l'ordre du Très-Haut. Le jour désigné pour commencer les travaut, il marcha à la tête

\ HISTOIRE PU BÂS-£»PIftE. 3^

d*une procession soleunelle) ayant une lance à la main pour tracer renceiiite de la cité impériale i on lui fit observer qu'il excédait retendue ordinaire d'une grande ville il répondit qu'il ne s'arrêterait que lorsque le guide invisilile qui le précédait lui en donnerait le signal.

Cette erceînte, tracée par Constantin, renferiQCHt, outre la ville de Bysance, cinq de^ s^pt collines que l'on voit s'élever en amphithéâtre quand on approche de Constantinople. Un siècle après la mort du fondateur 9 la sixième et la septième se couvrirent de maisons , et l'empereur Théodose-le-Jeune les entoura de murs pour les garantir des incursions des barbares. Indépendamment de ces faubourgs 9 il y a encore ceux de Fera et de Galata ^ qui se trouvent de l'autre côté de la rade.

Constantin consacra des sommes énormes à ïn construction de sa ville et employa tous les bras dont il pouvait disposer parmi ses sujets. Mais la décadence des beaux-arts l'obligea d'avoir recours aux ouvrages des temps reculés pour Terne r, et sa vanité dépouilla les villes de Grèce et d'Asie de ces chefs-d'œuvre que leur avait légués . Tantiquité. tout ce qui peut ajoutera la splendeur de la capitale d'un puissant erapii*e 9 tout ce qui peut contribuer au bien-être ou au plaisir de ses habitans était rassemblé dans Constautinople. S'il faut en croire une description publiée seule-

30 HISTOIRE DU BÀ8-SMPI&Cé

ment cent ans après sa fondationr, il s'j trouvait tihe école publique, un cirque, deux théâtres, cinquante-deux portiques, cintj greniers à blé, huit -aqueducs, huit bains publics, cinquaritetrois autres lieux appartenant à des particuliers, quatre grandes salles de justice, quatorze églises, quatorze palais et quatre mille trois cent-quatrevingt-huit maisons qui , par leur grandeur ou leur élégance , $e distinguaient d'une multitude d'autres habitations plus modestes.

Constantin donna ensuite ses soins à l'accroisse-

ment de la population. Il mit d'abord en usage les séductions pour attirer dans la nouvelle ville les habitans de Rome et des autres provinces de l'empire. Mais bientôt il ne fut plus besoin de chercher des moyens d'encouragement, chacun s'empresêa de se rapprocher du siège du Gouvernement , et Constantinople ne tarda pas à le députer à Rome par le nombre et l'opulence de ses citoyens. A l'imitation des premiers Césars, qui avaient introduit à Rome l'usage des distributions de blé, d^huile et de vin aux habitans, il importa annuellement une certaine quantité de blé de rÉgypte pour faire des largesses à la populace de sa capitale. Il divisa aussi Constantinople en qua- . torze quartiers, décora son conseil du nom de sénat, et la ville de celui de nouvelle Rome ; mais le nom de Constantinople a prévalu et s'est con-serve jusqu'à nos jours. Du reste, il introduisit

dans 8(m nouvel ^empire de nouvelles fidnnes d'ad» ministFàtièo, tant civUesqueniâilaires. Lesmœim romaines, si simples et si austères du temps de la^république, avalent éprouvé de grandes alté-i*' rations par le commerce des aâtiops d'Asie; ce^ n'était plus le mérite qui assignait à ehacunson rang; on était soumis à une imbordinatton baèée sur remploi dont on était revêtu y et chaque degré de la hiérarchie civile ou militaire était scrupuleusement calculé dans les prérogatives qui y étaient attachées. Ceux qui occupaient quelque emploi public se divisaient ea trois classes : les t<iustrea, \^ re^peet^hUé et les honaroMu. La dernière quàlf fioation s'accordait à tous les mem* bres du sénat; ceux qul^ par leur rang ou leurs fonctions addiUonnelllBs» avaient droit à unedls^ tinotion, étaient les respectables , mats le tifere d'illustre était réservé à un très^pètit nombre des plus éminenS) les consuls et les patrioiensy les préfets prétoriens et les préfets de Home et de tlonstantinople, les généraux en chef tant de Vfafanterie que de la cavalerie» et les. sept oiBeiers spécialement attachés à la personne de rempereur» qui étaient : son chambellan ^ chargé de l'admiuls* tration înférieuredu palais ; son premier ministre^ qui administrait le département des affairés ci* viles, ayant sous lui quatre subordonnés et cent quarante-huit Secrétaires; son questeur, qui rédigeait ses proclamations ou, pour mieux 4lre,

5a EiSTOx&s im tis-EMPiacr

ses éiliis; sou trésorier pbblîc, qui avait la dir^ee* tîon des Onauces et:du.co]!ainerce extérieur de l'État ; son trésorier particulier ou iatendanjt pour les reveiârus prîy^ de rempercur^ revenu^ don lia plus gr£^de partie .cQnsist^it en amendes et &x confiscatioQs; et «es deux ^capitainèsi des gardes^» qui commandaient les deux 4?orps chargés de fairei le sendlçe auprjès de sa personne; ces corps étaient composé» pr^Bsqu^entiërement d'Arméniens f remarquables par leur, hautç taille, leur discipline et leurs armes brillantes. <

Depuisle règne de Dioclétîen , les cousues étaient à la nomination de Tompeceur seul; leur înaugu-^ ration avait lieu.dans^ palais ménie : au prenùeir janvier ils allaient^ aveo un cortège splendide» recevoir la robe de pourpre, affranchissaient un esclave pour donner une marque deleuv autori-^ té ; dépensaient des sommes énornies, pendani plusieurs Jours, en feux publics et en fêtes, et puis se retiraient tranquillement chez eux , avec leur titre, sans prendre la moindre part aux af* faîres, et cependant, ce titre , qui n'était plus qu'un vain mot , était vivement ambitionné ; les empereurs eux^nsïômes tiraient vanité du privilège qu'ils s'étaient arrogés de faire les cotnsuls, et ne négligeaient aucune occasion d'en profiter.

Quant aux patrid.ens, on les avait vus dans l'ancienne Rome perpétuer, dans leurs familles» et )^;uer k leur postérité les richessea, les bon*-

HtSTOtKB DV BàS-EN/lft«. 55

neurfi-et les fonctions qu*iis possédèrent prèsqu*exclasivement jusqu'à rinstant oCi les tribans parvinrent à s'emparer des rênes da pouvoir.

Maïs les familles patriciennes s'éloignèrent suc* cessivement au milieu de tant de guerres civiles et étrangères. Lorsque Constantin inonta sur le trône, cette antique arisrocratten'étaît plus qu'une vaine ombre subsistante dans la seule tradition. L'empereur voulut faire revivre la dignité de patricien , mais il en fit un titre personnel et non héréditaire; ils conservaient ce rang toute leur vie et ne cédaient le pas qu'aux consuls y quoique ces derniers ne fussent que temporaires. Comm» les patriciens étaient , pour la plupart , des mi-^ nistres et des courtisans vieillis dans les affaires , ils s'arrogèrent le litre vénérable de pères de l'État, qu'avaient porté les anciens maîtres de Rome et du monde.

Les préfets prétoriens étaient aussi déchus de leur ancienne puissance depuis que Constantin avait détruit la milice prétorienne; ils n'avaient rien à démêler avec le régime militaire ; cependant ils exerçaient encore les principaux emplois civils, étaiékit chargés de l'administration de la justice et de celle des finances; ils étaient au nombre de. quatre : celui de l'Orient, dont la juridiction s'étendait depuis les cataractes du Nil jusqu'aux rives du Phase , et depuis les montagnes de Thrace jusqu'aux frontières de la Perse; celui

54 BI8T0IUI t»b BAS-BMPIBB.

de riUyriç, qui présidait aux provinces de Pan-' nonie» de Dacie 9 de Macédoine et de Grèce ; celui d^ltalie 9 qui gouvernait , indépendammeait de cette i»'oyince^ toutes les lies de la Méditerranée et cette portion de TAfrique située entré la Cyré^ naique et la Tingîtane; enfla eehii des Gaules 9. qui ^vait aussi sous lui r£spagne et la Grande*- Bretagne, depuis la muraill^ d'Antonin fusqu'au mont Atlas (1). Rome et Constantinople » vu leur importance, n'étaient pas comprises dans cette division et avaient chacune un préfet- partieulieif qui présidait le sénat, correspondait diffectement avec chaque ville et pouvait être considéré comme le chef immédiat de Tautorité municipale, L*A-^

(r) Une portion de TAfrique était comprise dans la division des Ëspagnes, soùs le nota de Maurîtania, laquelle se divisait eb Mauritanie, Tingîtane et Mauritanie césarienne,* c^est donc cette dernière qui , dans cette nouvelle disiribu" tioQ , appartenait au gouvernement d'Italie , et avait pour métropole, Julia Ccssarea. Tïngis donnait- son nom h l'autre. II y avai( eu encore , sous les premiers empereurs , la Mauritanie proprement dite; mais ce n^était qu^un dcmem> brement de la Césarienne. Quaut à la Cyrénaïqne, cVtait une subdivision de la Lybie , avec laquelle on la confondait souvent. U restait , en Afrique? , la Numidie , PAfriqae proprement dite 9 toutes deux provinces proconsulaires , et P& gypte qui, malgré sa haute importançe> était, de même que les autr«s divisions que nous avons nommées ci dessus , gouvernée par de simples chevaliers sous le titre de préfets , dans les premiers temps de l'empire | c'est-à-dire, sous Au" guste et ses successeurs.

nSTOIlV 1>V BAS-BMFIftB. 35

sie, l'Afrique et FAchaie avaient auni des proconmils qui portaient le titre de respectables; mais l'administration de fempire se divisait en trelfle diocèses dont le premier était gouverné par les comtes d^Orient ; celui d*Égypte , par un pré* fel impérial, et les onze autres par des sous- pré-* fets. On rangeait encore dans la classe des respectâmes , les lieutenans-généraux des armées romaines et les commandans militaires^ tant ducs que comtes.

Les provinces étaient au nombre de cent seize. Trois obéissaient à des proconsuls , trente-sept à . des consulaires, cinq à des correcteurs, et soixante* onze ià des présidens. A Texception des proconsuls^ tous ces fonctionnaires étaient des honorables. I*a magistrature appartenait à des légistes

qui, d'assesseurs, arrivaient par degrés jusqu'aux premières dignités de Tétat.

La hiérarchie militaire se composait de deux généraux en chef institués, Tun pour la cavale* rie , Tautre pour Flnfanterie , par .Constantin , qui les investit de Tautorité qu'exerçaient précédemment les préfets prétoriens. Lors de la division de l'empire d'Orient et d'Occident» leur nombre fut doublé, et, plus tard', porté jusqu'à huit. Ils avaient le gouvernement des frontières de l'empire et trente-cinq commandans qui leur étaient subordonnés; trois dans la Grande-Bretagne, dix

56 BiSTOlBE OU »il.S-EMFIBC.

dans 1^8 Gaules, un en Espagne 9 un en Italie ^ cinq dans les provinces du Haut-Danube et quatre dans le Bas-Danube ; huit en Asie 9 trois eu Egypte et quatre en Afrique. Tous ces commatidans provinciaux étaient ducs ; dix seulement portaient le titre de comtes. Les ducs et les comtes exerçaient sur les troupes un pouvoir indépendant de l'autorité civile ; mais il ne leur était pas permis de s'immiscer dans Tadministration de la justice ou des finances. Le choc perpétuel des pouvoirs civil et militaire 9 et les discussions qui en étaient la suite y alTaiblissaiènt l'état tout en assurant la tranquillité du trône. Ce neTut pas la^ seule faute de Constantin ; il en fit une autre en hazaidaut une innovation qui porta uu coup funeste à la discipline des troupes déjà relâchée par les dix -neuf ans de guerre civile qui précédèrent la chute de Licinius, pendant lesquels un esprii ..d'insubordination se glissa dans l'armée sans que l'empereur, malgré ses talens mih'taires, pût le réprimer. C'est de soti règne que date la distinction qui s'établit entre les troupes de l'intérieur, ou 9 comme on disait vulgairement, de la cour et celle des frontières. Les premières étaient cantonnées dans l'intérieur dont elles ne sortaient que dans les cas extrêmes lorsque la guerre nécessitait leur secours : jouissant d'une forte paye et de divers privilèges , elles perdaient l'esprit de leur profession et contractaient les per*

aiSTOlftE DIT BiS-CtfPlIlC. Sy

nîcieitses habitude» du Kixe et de l'oisiveté. Les soldats des froiifîères, mal paj'és et peu coiisîdérés , s'abandon 11 lient au découragement , et mur* muratent des fatigues que les aggressions perpétuelles des peuples leur oceasionnaieiit.

La iiouvelle organisation des légions, qui, de six mille hommes , se trouvèrent réduites à mille ou quinze cents hommes au plus, affaiblit aussi cet esprit de corps qui entretenait Fémulation , et ne servit qu'à flatter l'orgueil du monarque, qui put se flatter d'avoir cent trente-' detix légions sous ses ordres ; le reste des troupes forma plusieurs co* hurles d'infanterie ou des escadrons de cavalerie. On peut évaluer, à ^ix cent quarante-cinq mille hommes, la totalité des forces des successeurs de Constantin.

La difiicullé de recruter l'armée , quoiqu'on en eût diminué le degré de taille exigé par la loi, et que les esclaves fussent admis à s'enrôler, obligea de recourir à des moyen s extrêmes; les empereurs concédèrent des terres aux vétérans > à condition que leurs fils entreraient au service; et ce contrat obligatoire entraînait, pour eux, en cas de nonexécution , la dégradation et la perte de leur biens e^mème de la vie. On fit quelquefois des levées dans les provinces ; alors chaque proprié-^ taire étsât (forcé de prendre les armes ; à moins qu^ ne préférât fournir un remplaçant on payer quarapte>deux pièces d^or^ Il fallut enfin iutro-

38 HISTOIKE DU BAS-EMPlftE.

duire des barbares parmi -les troupes romaÎDés. Cet expédient eut des suites funestes. Parnd ces étrangers ceux qui faisaient preuve de talens militaires obtenaient des grades ; on leur conônitdes commandemens ; ^ 9 quelquefois / on les vit , trompant la confiance qu'on mettait en eux , favoi'iser les incursions de leurs compatriotes an lieu de les repousser. Ces hommes exercèrent tant d'influence chez lê^ Romains , que leur admission parmi les consulaires » sous le règne de Gons? tantin , n'étonna personne.

Les agens intermédiaires>9 entre la cour et les provinces, finirent par devenir les espions d'of-* fice du souverain ; aéduîts par Fappàt des récompenses , ils observaient, avecaoin f les moindres symptômes de mécontentement pour lui en faire le rapport; et, à défaut de preuves, on eut fré* quemn^en^t recours à la torture pour obtenir Ta-veu d'une prétondue trahisons Sous ce mot, on comprenait tous les délits provenant à^uninten^ tion hcfitite coiUxe je.souverain ou l'état; et , duis ce «QAs^. aânsi généralisé , il y avait suspension de tous les privilèges ; de sorte que , ni le rang, ni l'âget^nijesexe, n'exemptaient de UJliorrible torture qi|i, di^ns l'ancienne jurispruidence dos Ro*mains, n'était applicable qu'aux seiils esclaves^ .

Gepefidant le nombre des victimes de ces acr cusatic^is arbitraires, n'était presque rien au prix des millier* de citoy^n^ opprimés par la rapacité

JBI8TOIAB DV BàS-IMflAB» 3q

de leurs tyrans. Les impôts y accumulés sur lepeu^pleyétaientéIlormeSy et levés avec une rigueur sans exemi^e. Des inspecteurs allaient mesurer les propriétés et s'informer de la nature des produits ; on exigeait d'un propriétaire sa déclara'^ tion , sous serment, du nombre de ses bestiaux et de ses esclaves , et on Timposait en conséquence, Une partie de la taxe se payait en argent eu pUitèt en or, car on refusait les autres monnaies courantes ; le reste, évalué dans là proportion désignée par les édity annuels , se payait en vio^ en buile, en blé, en bois ou en fer, et se transportait aux frais d^k province dans les magasins de Tempire. Les commerçans étaient soumis à une taxe personnelle et particulière; les seuls qui eussent dro^ à un dégrèvement, étaient les artistes et les^professeurs dans qnelques-'unsdes arts libéraux, ou ceux qui trafi({uaient du produit 9c leurs propriétés; mais toutes les autres branches de comiperce ou d'industrie étaient traitées avec une extrême rigueur. A tous ces impàl^r^i n'avaient d'autres règles qu^ le ^apriee du souverain , on peut encore ajouter les' dons libres* où du moins la volonté du peuple semblait intervenir; c'était, d'après l'ancien usàjge, de dé* cernejr à^uu gén^jal vainqueur ,^ iine couronne dToir, 'qa'US'>9f^£aent |iti$ .in^titviés. Ce^s don^.dctlit patrie i^connaîssante étaient devenus, pour les

^eiotipereurs, un article spécial de leurs revenus ;

40 bUTOlftE DU BAS-EMPifil.

toutes les fois qu'il leur prenait fantaisie de lever celte taxe 9 ils ne manquaîeut pas d^anuducer, à leurs sujets, un grand événement, vrai ou faux, fait pour immortaliser leur règne, et de prescrire à c^MX-ci d'apporter, comme un hommage, le tribut de leurs dons volontaires*

Telle fut l'administration de l'empire sou«) Constantin et ses successeurs. Elle ne pouvait que pré* cîpiter une décadence qui était déjà bicfu avancée ; cependant 00 a prétendu que Constantin suspendit, s^'il n'eut pas le pouvoir d'arrêter, les progrès d'un mal qui existait Lieu avant lui (i),

(i) Zozîune fait un taUcan dffrenx de radm^nisiratîon de ce prince; îl le représente comme le flcan de l'empire cl prouve qacla nation était ^crasc'c par les impôts. Telle ^Cait la misère da peaple et la rigueur des moyens employas pour ini arracher sa substance, que Ton vit , dans plus d'ude pro- TLuce ,les pères réduits 5 prostituer leurs filles et des mères tuer leurs enfant. La manière dont il s'y prenait pour dépouiller les gens riclies, n'avait rien de moins odiçux que les procédés des plus cruels lyraris. Il nommait h des cliarges, décorait de quelque trtfe ceux dont il convoitât t Popnlence et cxtgeoit ensuite des sommes immenses pour prix d^honnc;urs non demandés. Un i^iai^d nombre de familles émigrèrent sous ce règne \ rhospitalilé des natione barbares paraissait encore préférable au gouvernement d'un tyran qui tenait un registre exact de toutes les fortunes particulières, les considérant comme sa propriété. Les parolct de Zozime sont remarqnables', il fait les citer : Quumqu^ iplend^dinrii fortunée h^miniBus erco§itare quiddamii'éf'' mt j quod eot morderet , quemlibet horum ad ^rœlurwd.

BISTOl&E DU BÀS-EMPItlE. i\l

et doDt la cause principale était la corruption des mœurs et rextiuction de cet esprit de patriotisme et de ces mâles vertus qui avaient donné à Komc le sceptre du monde. Sous son règne ^ Tétat fouit d^une prospérité momentanée ; Constantin fit des lois sages 9 opposa les formés du gouvernement civil comme une digue contre la licence militaire 9 encouragea les arts et maintint la tranquillité de Fempire au dedans 9 tandis qu^au dehors il arrêtait l'explosion dont il était menacé par les ii^vasions des Barbares. Il«^t v«ai qu'il opéra une révolution complète dans la constitution civile et religieuse de son pays 9 ef qu^il transféra le siège de Fempire ;, mais ces changémens furent presque tous nécessités par les circonstances ; et , dans Fêtât o\x se trouvait la capitale dégénérée du monde connu 9 on ne peut le blâmer d'avoir employé les matériaux d'un édifice prêt à s'écrouler pour

gnitatem eyocabat , et honoris prceiextu magnum pacunin pondus exigebat, Idcirc6, quotics ad uihes venUscnt qui hujus rei mandatum, Jiabebant, erat vUlerefuga omnium, et profectionem àd extraneos , metuentium ne cum patri' monii atti detrimento , dignitatem hanc- adipiscerentur, Habebat autem descripta virorum clarissimorum patrimonia : quibus et tributum imposuit y quod ipseJoUem nuaeupayit quibus sanè collationibus urbes exhaussit ; nam quum longo tempore post Constanlinum durareL earum exactio , pàulatim exhaustU oppidoiiun dit^itiis, ab habi» tatoribus compiura déserta sunt,

4^2 HISTOIRE DU BAS-BHPIftC.

en construire un qui resta debout encore bleu de» siècles.

Du reste 9 les diverses opinions des historiens , sur le caractère de ce prince » presque toujours dictées par le zèle des premiers chrétiens qui lui devaient leur prééminence» ou par la haine des payens dont il avait déserté la cause, sont peutêtre aussi éloignées de la vérité les unes que les autres. C'est en comparant les torts, dont ses partisans sont forcés de convenir, avec les vertus que 5es ennemi) n'onf pu lui refuser, que Ton pei^t espérer de se former une juste idée de cet homme extraordinaire. La nature l'avait favorisé sous plus d'un rapport. Il était grand , avait des manière» nobles et gracieuses, et déployait, dans tous les exercices du corps , une force et une agilité que , par l'effet de sa tempérance, il conserva jusqu'à un âge très-avancé. Il avait des qualités sociales; et quoique, parfois, il se livrât^à son penchant pour la raillerie « plus qu'il ne convient à un prince, son affabilité lui gagnait les cœurs de toutes les personnes qui avaient occasion de Tapprocher. On l'a accusé de n'être pas sincère en amitié; cependant, il donna plusieurs fois des preuves d'une affection véritable ; [iourvu d'une instruction fort médiocre, il n'en appréciait pas moins le savoir et les arts qu'il enco(urageait {iar ses largesses. Il était infa^gable au travail, don-^ nait lui-même audience aux ambassadeurs -, et

recevait, en personne, les plainte|et'le8 récla* mations de ses sujets. A la guerre, il se montrait soktat intrépide et, nx>n moins habile généra, eVst à ses talens qu'il fut redevaUe de ses brillans succès , et Tamour de la gloire parait avoir été son principal mobile.

Mais si tel fut Constantin dans le commence* ment et pendant la plus grande partie de son règne, nous devons avouer que les dernières an*nées de sa carrière furent moins honorables. Pn le- vit, dans sa vieillesse , unir les vices opposés de ravaTÎce et de laprodigalité ; il soutenait l'éclat de son luxe en opprimant le peuple, et lais*- . 9ait impunies les rapines que se permettaient sep / favoris; Tadministration commença à languir; ■ Il abandonna le soin de ses affaires ; et, sur la fin ^ sa vie , il avait perdu Tettime de ses sujets # que rhabitude seule retenait sous son joug. U^ devînt nâiéme un objet de ridicule par le costume' qu*i} adopta, car on nous le dé^ peint comme' portant dès faux cheveux de plusieurs bouleuTS, une tunique chargée de brpde* ries, des perles et dés diainans en quantité.; luxe puélrile, ind%ne égàlemeikt de là majesté. d!uii monarque , de la cavité de la vieillesse, et de tttus^rité 4'un soldat romain.

Le même bonheur, qui accompagna Coi^stantEitt d^u toutes ses entreprises, le wàHt dan^ sa vie prîi^e. n 80 voyait révivre ^iilatis une nombreuse

44 BISTQIRE DU BÀS-£MPIER«

famille qui promettait de, réalise v les espérait» ces de son ambition. Sa première femme n€ lai avait donné qu^on -fils nommé Crispe > mais il eut de Fausta, fille de Maximien» trois filles et trois fils connus sous les noms de Gons«tantin. Constance et Constant. Ses frères ,. dont nous avons âë'rà fait . mention , étaient Jules Ccmstànee^ Dalmatius et Hannibalien. Exempts d'ambition, ceux-ei coulaient en paix leurs jours > comblés d'bonneurs et de rrcfaèsses autafit que peut le comporter la vie privée. Le plus jeune des trois mt)urut sans enians ; mais Jules Constance en eut plusieurs ^ entr'autres Gallus et Julien dont rbistoire fait mention ; Dalmatius laissa également deux fils^ Tun, comme lui, nommé DalmatiusV et Tantre Hannibalien. Des trois sœurs de rempercur,^ Entropie et Anastasie épou-* sèrent^^eux sénateurs consulaires ; Constance , la troisième y était veuve de Licinius dont elle eut un fils. De tant de personne», q^ii semblaien|: destinées à soutenir Téclat du nom de Constaatis,' il ne restait^ au bout de trente ans,^ que Constance et Julien qui, seul^^ avaient s^^i^éçu à la série de malheurs et de crimes. qui moissonna cette famille.

Les exploits de Crispe, contre les Germains , la mf^ nière dontilavait dispersé la flotte de Licinius^ et 8^8

qualités aimables y lui avaient gagné raffecti qq49 raimée» de la coiur et des citoyens» .^9 popula^lé^

BISTOI&B BU BAS-KMPIBB* 4^

toujours croissante, déplut à Constantin, qnîy comme père et comme roi » en fut jaloux. Crispe^ à son tour, laissa éclater, son mécontentement cfo ce que son frère Constance , à peine sorti de Tenfance, était envoyé dans les Gaules pour les gou-» vemer, avec le titre de César; tandis que lui, à son âge, après les services qu'il avait rendus à Tétat, se voyait, pour ainsi dire, prisonnier à la cour de son père. I3ne telle injustice était bien faite pour le blesser ; il eut Timprudence de laisser échapper des murmures et des plaintes qu*eavenima la méchanceté. /

Le 1*' octobre 325, Constantin fit parattre jin édit où il annonçait ses craintes d*une conspiration contre lui ; et provoquait, par les promesses les plus brillantes, les dénonciations contre les coupables quels qu'ils fussent, ministres, amis ou favoris. Les délateurs en profitèrent pour actuser les partisans et adhérens de Crispe ; cependant, reynpereur ne changea rien encore, du moins en apparence, à sa manière d'agir avec son fils. Mais, bientôt après, tandis que toute la cour était ras* ' seniblée à JSicomédie, où Constantin était allé célébrer le vingtième anniversaire de son règne, le malheureux Crispe fut arrêté, par Tordre de l'empereur, au milieu des fêtes de la solennité. Il ne trouva pas un juge impartial dans celui qui se dépouillait de la tendresse d'un père ; à la suite d'un interrogatoire secret etjrès-courtj on le conduihit

46 HISTOIRE DU BiS-EMPIRB»

en Istrie^ où il ne tarda pas à mourir par Teffet dji poison ; le fîls de Lîcinîus fut enveloppé dans sa ruine ; et le mystère le plus profond couvre la nature de l'accusation et du procès de ces deux infortunés. On a cependant imputé la fin de Crispe aux manœuvres de sa belle-mère Fauéta, (qui le regardait, avec raison, comme un rival dangereui^pour ses enfans. L'impératrice Hâène, mère de Constantin, qui ne cessait de pleurer son petit-fiis , tira vengeance de sa mort. Elle découvrit une intrigue , vraie ou fausse , de Fausta avec un de ses esclaves, et Ton croit que Pépduse adultère fut étouffée dans un bain. Ce fait a néanmoins trouvé des contradicteurs qui ont prétendit que Fausta parvint à se soustraire à la colère de son époux.

Crispe étant mort , la succession de ^empire revenait de droit aux enfans de Fausta ; Constantin , Constance et Constant. Ils reçurent successivement le titre de César dans la dixième , la vingtième etia trentième année du règne de leur père, qui l'accorda aussi à son neveu Dalmatius, et donna à Hannibalîen celui tout nouvellement inventé de nohiiissimt ou très-noble. L'éducation des cinq jeunes princes les avait préparée aux fatigues de la guerre et à une vie active f Cons^ tance ^ sur-tout', passe pour avoir excellé dans les exercices gymnastiques ; il était, dit-on, aussi adroit archer que bon écuyer. Mais les qualités

morales des enfans et des neveux de Constantin , ne se développèrent pas avec autant d'avantage. Le génie de cet empereur s'était formé à Técole de rexpérîence et de l'adversité, tandis que ses suc* cesseurs, nés et élevés à Fombre du trône, admis^ dès leur tendre jeunesse , à prendre part à l'administration de l'empire, et protégés par l'indulgence du monarque , n'apprirent l'art de régner qu'aux dépens de leurs sujets. Le jeune Constantin fut envoyé dans les Gaules , que sou frère Constance quitta pour les provinces plus riches et plus paisibles de l'Orient. Constant eut, dans son département, l'Italie , l'Afrique et l'Illyrfe occidentale. Dalmatius eut, en partage, les frontières voisines des Goths avec la Thrace, la Macédoine* et la Grèce. Hannibalien alla demeurer à Césarée d'où son autorité s'étendait sur le Pont, la Cappadoce et l'Arménie inférieure. L'eçipereur, ayant placé auprès d'eux des ministres qui possédaient sa confiance, réserva, pour lui seul) le titre d'Auguste et le pouvoir suprême dans toute la* circonscription de son empire.

Les Sarmates, originaires des rivts du Tanaîs, avaient^ peu de temps après le règne d'Auguste , chassé les Daces des plaines de la Haute*Hon« grie qui s'étendent jusqu'au Danube et aux monts Karpathes. Établis dans ces belles contrées, ils s'étaient alliés aux Germains et aux Goths dont il» avaient contracté les habitudes. Mais la discorde

48 BISTOI&E Dt BàS-EMPIRE«

«e mit entre les deux nations; les Saimates ayani choisi, pour roi, un Vandale qui s'était réfugié chez eux après la défaite de ce peuple par les Golhs, ceux-ci déclarèrent la guerre à leurs voisins. Après de fréquentes et sanglantes rixes, les Sarmates curent recours à la protection des Romains; m^is à peine en eurent-ils obtenu la promesse d'un secours, que le roi des Goths, le fier Alaric, ayant passé le Danube, vint ravager la Blaesie. Pour repousser cette invasion , le vieil empereur se mit, en personne, à la tète de ses troupes ; il ne fut pas heureux dans celle entreprise ; ses soldats s'enfuirent devant Tarmée des Barbares^ et lui-^méme fut obligé de faire une retraite précipitée. Dans un second engagement, qui eut lieu le 20 novembre 332, il vengea sa honte; les Goths, en désordre , repassèrent le Danube et abandonnèrent le champ de bataille. Quoique ce fût le fils aîné de Constantin qui commandait dans cette affaire , on attribua le succès aux sages conseils de rempereur, qui, pour profiter de sa victoire, sut, en outre, engager les habitans de la Chersonèse à seconder ses opérations. Dii* qu*il eut ce peuple belliqueux pour auxiliaire, les Goths furent battus de tous côtés ; réduits à demander la paix, ils donnèrent le fils aîné d'Alaria eu otage. L'empereur récompensa magnifiquement ses alliés , mais il crut avoir disez fait pour les âammites en les sauvant du danger qui

HISTOI&E DU BÂS-SaiPIftB. 49

les menaçait. Ceux-ci 9 mécontens de se voir négligés » se permirent quelques descentes à main armée sur le territoire de l'empire , et Constantin, indigné de leur ingratitude , les abandonna à leurs ennemis conduits par Tambitieux Geberic qui venait , depuis peu , d'être reconnu roi des Goths. Wisumar^ le Vandale, qu'ils avaient mis à leur tête , fut tué dans une bataille oh périt l'élite de la jeunesse sarmate. Ceux qui échappèrent à la destruction , ayant arnié leui's estlaves, ' vengèrent leur défaite et repoussèrent lès Goths. Mais ces esdaves^ enorgueillis de leùrS âUccès, s'emparèrent du pays qu'ils venaient dcf délivrer et, sous le nom de Limigantes, se révoltèrent contre leurs maîtres; ces dernîelrt^ alors^ préférant Texit à la tyrannie de leurs anciens servi** teurd, allèrent, les uns, demander un astle aux Goths et aux Quades ; les autreis ,' solficiiter leur pardon de Constantin , qui n^etigea d^eùx que la promeêse vd'uné inviolable fidélité; et assigna, $ trois cent mille de ces réfugiés, des terrée en Pannonie , en Thrâce, en tf acédoine et en Italie. Aptès uû règne de treiite ans' et diit mois, l'efnipereiir mourut à fâge de soixante-quatre a'nsr, datis «on palais de NIcomédie, lé àa m£(l 3%. Son corps fut transporté à Constantînôple, éiAnme il l'avait ordonné; et, pendacrt qcTeiqtte (éms , ce <;adavi«e réi reçût , des grarids de rèmpîre , les mêmes hommages que si la vie Peut encore ani-

de iaisToiBE du bas-empire.

mé. Mais> tandis que les ministres et les chefs de )*armée se prosternaient devant un squelette décoré , par eux » des vains emblèmes du pouvoir , ils conspiraient ensemble pour exclure les neveux du défunt de rhéritage qu*il leur avait assigné. On Ignoré les motifs de cette résolution ainsi que les moyens qu'ils mirent en usage; mais il parut une déclaration des soldats, par laquelle ils ne reconnaissaient d'autre autorité que celle des trois fils de l'empereur. Les deux içteveux, attérés du coup, et n'ayant rien préparé pour s'y opposer ou pour fuir, demeurèrent entre les majns de leurs ennemis, ^t attendirent, avec une sombre résignation, le ^ort que leur destinait Constance, iiecend fils de Constantin.

C^était celui que le défunt empereur avait chargé du soin de ses.fupérallles. Après avoir conduit le corps à Gonstantinople , la première cbo^e quMl fit fut de s'assurer ses cousins par un serment solennel; la seconde, de trouver un préte:[^te pour le rompre. Jl se fit remettre, par révèquç de Ni-. comédie, une lettre supposée de Tempereur qui aecusait SfBS frères de l'avoir emppîsonné et prescrivait 4 ses fils de le venger. Sans autre examen « . sans même observer les formes prescrites par les lais, ni vouloir écouter la défensje des accusés. Constance les livra à une soldatesque furieuae. Ses deux oncles ^ sept de ses^ cousins parmi lesquels se trouvaient Dalmatius et HannibaHen >

BISTOl&E DU BiS-EBiPIAC. ^l

le patricien Optatus qui avait épousé une des sœurs 4p défunt, et le préfet Ablavius qui avait osé, dan» l'orgueil du pouvoir et de la richesse, aspirer' à .l'empire 5 furent enveloppés dans ce massacre. De cette famille si nombreuse , Gallus et Julien. échappèrent seuls au fer des assassins.

On procéda ensuite à une nouvelle division de Tempire. Constantin II, comme l'aîné des Césars, eut pour lui la nouvelle capitale; la Thrace et les autres provinces d'Orient furent le lot de Constance; et Constant reçut en partage l'Italie, l'Afrique et rillyrie occidentale. Le plus âgé de ces princes avait vingt-un ans , le second vingt et le troisiëaoEie dix- sept seulement lorsqu'ils montèrent sur le trône y et reçurent du sénat le litre d'empereurs.

A cette époque, la Perse était gouvernée par Sapor doot la prudence et la valeur ont étérecon*nues même de ses ennemis. Son père avait été vaincu par les Romains ; et soit pour le venger, soit po^r satisfaire une ambition personnelle, il voulut s'emparer des cinq provinces au delà du Tigre. Il profita d'une insurrection -qui éclata contre les chrétiens- en Arménie , après la mort .du roi qui était lui-même de leur religion et accomplit son dessein à l'aide de la guerre civile. Mais après troià ans ChosToês, fils et Jiérîtier lé« gltîmç^du monarque défunt ^ rentra dans les étatg de son père et parvînt k remonter sur le. trône

53 HISTOISB DU BAS^EUPIBC.

OÙ rappelaient les vodux ^u peuple fatigué d'anarchie. Chosroés, bien que dans cette ejreonstance 9 rem{>erear Feut puissamment secondé , n'en conclut pas moins un traité peu honorable aveciJSapor, lui abandonnant une proyioce qite la valeur de Gaiérius et de Tàflcien roi avait annex^ à rArménie.

La gueire entre la Perse ef Templ re se pvblon giea pendant toute la durée du règne de Gons tance. U y eut neuf batailles sanglantes, toutes à Pavantage de la Perse. L'empereur en commanda deux eo personne. ▲ eelie de Sihgara^ les Bômaifis» c<>Btre Tavis de Constance , s'emparèrent de vive force du caonp de l'emieml, leur témérité les perdit; tandis qu'ils se livraient au pillage, Sapor vint au milieu de la nuit tomber sur eux à rivkpi^kie;' et ce ne fut pas san^ peiné qu'un petit Bombue decefeksp^udentfpftr^nt à s'éûhapper. Cependant^ ces neuf vioteires ne servirent qu'à aîoutér à la glaire de Sapor qui n'en retira ' que peu de fruit, faht que les viiies fortes de la Méso^darnse, et sur-toui M^ibe, demeurèrent au pouvoir des Romains. Dans l'espace de dimzè ans, cette dernière ville soutint tr^iis sièges èoiiire le roi de. Perse: il A'abafodonna ses murailles qu'à la novrelle de l'iiivasion de ses propres Étal» par les filasMgèteii OM%é demardier contre eui, il oondut lino' .trêve 'aréo^rempereur à qui la mflfrt deses deux frètes et lès r^^luCîdns d*Oc->

'«STOIBB BU BAS-BHPItS. 55

cident r^nd^lent Ja paix également nécessaire. Constantin II qui était l'ajné des trois frères, prétendait avoir ^té frU$tré de sa part aux dépouilles d# ses deux eousins Dalmaiiuset Hannî- .balien; il extorqua de Constant l'abandon des provinces d'Afrique; puis rompit avec lui pourr porter les armes et le ravage sur ses terres. Cons- J^nt ayapt eavqyé, pouK le combattre, ses meil- .leures troupes 5 Constantm toniba dans une embuscade où ii pérît avec les sien«. Le vainqueur 5'empara alors sans difficulté de ses États, et comme il refusa de partager avec son autre frère, il se trouva, à lui seul, maître des deux tiers de Tempire. Cet événement eut lieu -en 546. Dix ans après. Constant fut victime d'une trahison. Mag- .nencie , oilicier barbare d'une basse extraction , séduisit une partie de. l'armée par rintermédiaire de MarcelUn , trésorier des Gaules. Dans un festin que donnait celui-ci aux illustres et aux honora^ blés de la nation , Magnence se présenta le diadème sur la tète ; les convives furent contraints d'applaudir, les soldats prêtèrent serment de fidélité à l'usurpateur, on ferma les portes de la ville et dans quekfueë heures, Magnence se vit .ndattre de la capitale des Gaules. Constant ayant -appels, par la renommée , le ^ccès de cette tentative, voulut fuir; mais au moment de s'embarquer, il ftit arrêté par un parti de cavalerie en-

54 HISTOIEE DU BA8-*EMPiaE.

Yoyé à sa poursuite^ et sa mort délivra Magnence d'un compétiteur redoutable.

Les deux grandes préfectures de la Gaule et de ritalie reconnurent l'autorité de Magnence. L'Illyrie, dont les habitans passaient pour les meit- \ leurs soldats de rempirë et qui s'étend depuis le Danube jusqu'aux extrémités de la Grèce 9 avait pour gouverneur tm vieux général nommé Yétran* nius, dont les talens militaires étaient très-estimés. Yétranius protesta d'abord de sa fidélité pour le dernier rejetoi) du grand Constantin ; mais bientôt entraîné par les conseils de l'ambitieuse Goustantine, sœur de Constance et veuve d'Hannibalien , qui avait reçu de son père le titre d'Augusta , il se laissa couronner par elle , et contracta avec Magnence une alliance déshonorante y quoique nécessaire.

A la nouvelle de cet événement, Constance se hâta de terminer la guerre de Perse et de revenir à Héraclée où il donna audience aux ambassadeurs de Magnence et de Yétranius. Après les avoir écoutés 9 il leur déclara que l'ombre de son père était venue le trouver pour lui prescrire de venger le meurtre de Constant , il rejetait l'alliance de Magnence et exigeait que Yétranius rompit avec lui ; ce n'était, ajouta-t-il, qu'à oette condition qu'il le reconnaîtrait pour collègue. Il lui fit, en conséquence, proposer une entrevue, afin de

HISTOIRE DU BA8'EMPia£. 55

s^en tendre avec' lui sur les mesures à prendre contre Magnence. Yétranius vjnt en Sardaigne avee des troupes bîeu plus nombreuses que celle de Constance ; mais dont les chefs étaient secrètement dévoués au fils de leur ancien souverain. Les deux armées s'assemblèrent dans une v&sie plaine où les deux empereurs se rendirent peur conférer ensemble et proclamer leurs desseins. Constance eut le pas sur son collègue à cause de sa ^naissance ; il s'adressa aux soldats avec tant d'éloquence et de talent qu'il entraîna leurs suffrages ; les officiers instruits du rôle qu'ils avaient à jouer ^ feignirent un vif enthousiasme et le nommèrent sevil et légitime empereur par acclamatidn. Ce fut un signal pour les soldats qui s'écrièrent de tous côtés, « Yive le fils de Constan* tin ! » Yétranius , surpris et consterné , se prosterna aux pieds de l'empereur qui, par égard pour son âge , lui pardonna et lui permit de se retirer à Pruse où s^écoulèrent dans la paix et Tabondanoe les six dernières années de sa vie.

(A. 55 1.) Il ne fut pas aussi aisé de se défaire de Magnence. Les plaines situées entre la Dravc, la Save et le Danube furent le théâti^ d'une guerre sanglante et poussée de pat-t et d'autre avec acharnement. L*usurpateur fut constam-* ment victorieux pendant la plus grande partie de la campagne ; il emporta d'assaut plusieurs villes , et tailla en pièces un corps considérable qu'il

56 msTOiaB du bas-ehpiiie.

avait attiré dans un étroit défilé.^ Constance lui offrit alors de lui ^baudouner les provinces situées au delà des Alpesc Magpence» ennivré de ses succès, rejeta la proposition avec s^ogance et lut offrit > à son tour, de lui pardonner à condition .qu'il abdiquerait sans déla{. L'eoipereur lui fil répondre qu'il se reposait sur b justice de sa eause et l'équité d'un dieu vengeur.

Magnence s 'étant porté devant Qiursa, attaqua cette ville et allait s'en rendre maStre si Constance ne fût venu la secourir. Après un engagement opiniâtre contre les troupes de ce dernier, animés par ses exhortations, et la victpire, longtemps indécise^ se déclara eontre Magnence qui,, malgré son habileté et son courage, faÂUit tomber au pouvoir de son euneipi

L'hiver, en suspendant les hostilités, lui laissa l'espoir de réparer ses pertes. Mais à peine , dans ce dessein ^ eut^il établi son quartier à Aquilée > que la révolte de Rome , entraînant celle d'Italie , le força de repasser dans les Gaules avec les dé- .bris de son armée. Ce fut alors le tour de Magnence de supplier et de supplier en vain. Quoi qu'il offrit d'abdiquer le diadème , Constance se

montra inexorable. Déjà ses armées navales s'étaient emparées de l'Afrique et de l'Espagne; et il était maître des passages des Alpes cottiennes. Enfin la bataille du mont Seleuçus décida du sort de l'usurpateur qui^ voyant ses ressources épiii-

JilSTOIftE BU BAS-EMPIUK. 5y

sées et ses soldats disposés à le livrer aa vainqueur, se donna lui-même la mort. Cet exemple lut suivi par son frère ; Marcel lin avait succombé devant Mursa : le châtiment des autres rebelles qui avaient survécu à leurs chefs, assura la tranquillité de Fempire.

Après la défaite de Magoenee, Constance, de même que son père, ^e vit à la tète de toutes les provinces de l'empire ; mais il ne sut pas profiler, comme lui, de sa puissance; et les victoires, par lesquelles il Pavait achetée, n^aboutirent qu'à éta« blir la domination des eunuques, qui s'empare-* rent de son esprit et profitèrent , alternativement, de son indolence et de son cars^ctère ombrageux. Parmi eux le chambellan Eusèbe exerçait sur lut une bien funeste influence ; ce misérable, par ses artifices , sut l'engager à ajouter un crime de plu» à la liste déjà bien longue des forfaits dont il s'était souillé.

Lorsque Constance avait commandé le massacre de sa famille , Galius et Julien en avaient été les seuls exceptés; le premier n^avait alors que douze ans et l'autre six ;. et Constance , convaincu que le meurtre de ces enfant le rendrait l'objet djB l'exécration du monde entier, s^tait contenté de les exiler, successivement, dan» plusieurs villes d'Ionie ; mais, à nokesure qu'ils avaient avancé eu âge, ils avaient de plus en plus excité son inquiétude, et il avait fini par les envoyer à Césarée, où ils furent

58 BISTOIBB Tm BAS-EMPIKe.

enfermés dansla forteresse ; là 5 ils vivAient avec un e splendeur conforme à leur naissance ; s'occupant uniquement de leurs études, ets*effbrçant d'oublier qu'ils étaient privés de leurs droits, de leurs liberté, et que leur existence dépendait du caprice de l'assassin de leur famille; lorsque, forcé par la situation des affaires, de se choisir un adjoint au gouvernement , Constance éleva Gallus au rang de €ésar, et chercha à se l'attacher plus étroitement en le mariant à la princesse Constantine« Gallus venait d'entrer dans sa vingt-cinquième année. Le 5 mars 55i, les deux princes se virent; et, après beaucoup de protestations de part et d*autre. Constance alla en Occident et Gallus à Antioche, chef- lieu des cinq grandes préfectures d'Orient dont l'administration lui était confiée. Le nouveau César n'oublia point, dans son élévation, son frère Julien; il lui fit obtenir les prérogatives de son rang , une apparence de liberté et la restitution de son patrimoine.

Mais l'intérêt que méritent les malheurs de Gallus, ne saurait faire excuser la manière dont il abusa de l'autorité qu'il tenait de l'empereur ! d'un caractère naturellement violent et morose , ce prince était encore ai^ri par une longue captivité , par le souvenir de cruelles persécutions et parTliumeur de sa femme Constantine, que l'on â représentée comme une furie sanguinaire. Leurs espions remplissaient la ville et pénétraicut par*

BI8T0IEB DU BiS-BMPlftC. 5^

tout ; le palais n'offrait aux yeux que Tappareil des instrumens de mort et de torture 9 et retentissait y sans cesse 9 des gémissemens des victinkeSk L^insensé ne voyait pas que sa conduite 9 eo Je rendant rexécration de ses sujets, fournissait, eo même temps, un prétexte^ à Tempereur pour recommencer ses persécutions et lui enlever des faveurs accordées à regret, Celui-ci, néanmoins j dissimula son mécontentement tant que dora la guerre avec Magnence ; mais, une fois que la vie* toire se fut déclarée pour lui 9 il résolut de retirer, à Gallus, le pouvoir dont il faisait un si mauvais usage; ou, du moins, de rarracber duséjou» du luxe et de l'envoyer combattre les Germains. Il chargea le préfet d'Orient et le questeur du pa* lais, d'aller inspecter les provinces que gouvernail Gallus, avec plein pouvoir d'y opérer les réformes qu'il Jugerait convenables ; leurs instruclions portaient, en outre, de témoigner à Gallus les plus grands égards ; mais ils ne s'y conformèrent pas en ce dernier point ; une imprudente hauteUr leur devint fatale; ni le neveu , ni la fille du grand Constantin , ne voulurent supporter l'insolence de ceux qu'ils regardaient comme leurs su jets; le fier César> indigné de quelques déclarations au moins inconvenantes, fit saisir, par ses gardes^ le préfet et lé questeur; et, percés demille coups, ils furent précipités dans le fleuve Oronte. Gallus, ayant ainsi bravé l'empereur dans la por^

66 BIBTOIRB J^V BlS-BIk^IlUB.

sonne de ses envoyés , aurait dÀ comprendre^ qu'il était perdu sUi pe se juréparait à une résiiB^ tance ouverte contre l'effet d'pn juste ressenti^ ment ; loin de là , il se laissa persuader par Isi feinte modération de ConsCance, qui rappela insensiblement toutes les légions , et lui écrivait, sans cesse 9 de venir, près de sa personne pour j'^ssister de ses conseils et de son bras. Gallus ne conçut pas 1a moindre défiance; il comptait, d'ailleurs, que le crédit de sa femme le préserverait de loute disgrâce ; mais la mort de cette ]^nce8se, encore à la fleur de l'Age « lui ravit tout espoir de sécurité.

Après avoir épuisé tous les délais possibles, Gallus, dans l'impossibilité d'alléguer aucun prétexte., se mit en route pour aller rejoindre l'empereur. Il était parti d'Antioche avec une suite nombreuse; mais, en arrivant à Andrlnople, il reçut Tordre de laisser ses gen^ dans cette ville et de ne prendre , avec lui , que dix charriots de bagage. A Pétovio, dans la Pannonie^ il rencontra le général Barbace, qui l'arrêta, le dépouilla des marques de sa dignité , et l'enferma dans la citadelle de Pola en Istrie. Un procès dirigé par l'eunuque Susèbe, son implacable ennemi, succéda à son emprisonnement; Gallus. ne (it quïrriter Tindignation de Tempereur en attribuant ses fautes aux mauvais copseils de Gonglantine. L^arrét de mort fut prononcé ; et , quelques jours

flffTOiBs eu BAS-EmjnUb 6 1

a près 9 il fut décapité ^ dans sa prison, comme un TÎl malfaiteur, au mois de décembre 354-

Julien , dernier re{ettbiir de la famille de Cons-

tan tin, après Tempereur, fut eaveloppé dans la ^

disgrâce de son frère. Il ne dut la vie qu'à la gé^

néreuseinterxïessîon de l'impératrice Eusébie, qui

engagea Constaàce à lui assigner la ville d'Athè*

nés pour lieu de soii exiL Julien , depuis sept mois

-pHsolinier dans le palais de Milan , reçut cet or<-.

dre avec la plus vive salisfactîon. I{ avait, dès sa

]plus tendre leuhesse, annoncé du penchant pour

la philosophie , le caractère et la religion deé Grecs;

0t ce fut àanfs les écoles d'Athènes qu'il jeta les

fondeinens de cette réputation qui , plus tard ,

devait le £aiire monter au trène«

La mort âeGallus laissait Constance seul chargé du fardeau d^un grand empire. Les provinces dç Oàulè étaient inotidées de Barbasreg ; le» Sannates aval^ftt fi^anchi plusieurs fois le P^bub^^; les Isauriens desoêtstdâ^etit ^ leurs motitagitôs pour désoler les pays M'bleiltout }' et le roi de Perse , encéin'agé par ses' euièieâid succès/ menaçait de trokiftler le repos de i'Asië» Constance sentit que* réièndàè èt^la sikiatibn dé ses états exigeaient qa'it a]^]âlff{0«l^*un à sto aidé; les représentatidtis ûèmmipétsAficè Temport^retH,^ cette fois, sur rdppésition «feâ euâuques', et rempèrèiir se décîdêt à.doniiery à JKiHen^ le titi^e dé César, après lui avoir fait épôiMCj^ sa êœxxt Hélène , et à lui

confier le gauvernement des provinces au delà ' des Alpes.

Julien fut donc rappelé à Milan , où Timpératrlce le reçut avec la tendresse d'une-sœur. L'em* pereur le présenta aux troupes assemblées , en leur annonçant la nécessité où il se voyait de nommer un César, et en leur demandant leur agpprobation pour le choix qu'il avait fait de Ju^ lien. Les soldats exprimèrent leur satisfaction, iUivant l'usage du temps, en frappant leur bouclier sur leur genou. La renommée des talens et des vertus du nouveau César leur faisait augurer iavorablement de son administration ; mais Cons« ta&cene vit, dans se3 applaudissemens unanimes, ^'une marque de tour conCance en lui, qui les portait à recevoir^ Avec plaisir, le représentant ^*il donnait.

Ce jour-là (6 novembre 555), Julien entrait ditos sa vingt-cinquième année. Il ne demeura <IUé quelques jours à Milan après sa nomination , €St partit poin* son gouvernement des Gaules* Mais let premiers mois de son règne, ne doivent ètro considérés, dans le fond, que comme une brillante captivité. Ses démarches étaient épiées, set. lettres interceptées; et, de tous ses domestiques, quatre seulement avaient reçu la permission da to suivre. Le souvenir de son père et de ses oncles était, sans cesse f présent à «on c^sprit , et semblait ravertîr du sort qui Tattendait à son

HISTOI&E OU BAS-BMPIBE. 6Z

tour. II avait en outre, sous les yeux ^ un triste exemple du peu de solidité de la faveur sous un tyran soupçonneux ; c^était la fin déplorable et toute récente de Sylvain. Ce'général, après avoir délivré la Gaule dc^s Barbares qui Tinfestaient , avait succombé sous les attaques de |la calomnie^ une lettre de lui, que Ton avait falsifiée , l'avait fait regarder comme un traître ; quoique la fraude n'eût pas tardé à se découmr, le mal était déjà irriéparable. Le ressentinient éi'uno accusation injuste et de }a confiscation de «es propriétés, en avaient fait un rebelle; e]t> .après yingt-huit jours d'usurpation, il avait été assassiné par un général de ses amis , qui avait feint de se joindre à son partL Les troupes avouent aussitôt fait leur aoumission à Tempereur, qui avait reçu, de ses flatteurs, les plus pompeuses félicitations sur sa haute sagesse par laquelle ce^ttp révolution s'é» tait terminée «ans hasarder un seul copibat. Cet évènemens n'avaient précédé que 4^ trojs mois la promotion du nouveau César,

Conslance resta d^x-huit mois en Italie après le départ de Julien. Avant de retourner & Cons^ tantinople, il eut la fantaisie dé visiter l'ancienne capitale de l'empire. Il fit soq entrée.solennellô dans Rome, alla se loger dans le palais impérial,, présida le sénat et harangua le peuple ; snais bi nouvelle du danger qui menaçait les frontières de rUlyrie ^ le força de repartir au bout d^vn mois.

64 HISTOIRE D0 BàS-EHPIEC.

Les pertes 5 suite inévitable de tant de guerres civiles et la destruction presque complète des légions à la bataille de Mursa^ laissaient les frontières de rempire exposées sans défense aux agrès- «ions des Barbares , et «ur-tout des Quades , na* tion puissante qui avait échangé les habitudes militaires des Germains dont ils tiraient leur origine, contre le poignard^ la longufe lance 5 Tare et les flèches empoisonnées des Sarmateï leurs alliés. L'empereur ayant traversé le Danube sur un pont de bateaux, s'avança dans l'intérieur de leur pays, et tira une vengeance éclatante des désordres qu'ils avaient commis sur le territoire de Pempire. €es peuples demandèrent la paix; Constance vit accourir en foule, dans son camp, les princes et les ambassadeurs des tribus loin-* taines qui venaient solliciter son amitié ou implorer sa clémence. Dans ce moment où il dictait ses lois en mattre à tant de nations prosternées à ses pieds-, Il crut pdtivoir faire rentrer les exilés Sarmates dans leurs anciens droits ; if annonça donc son intention d'exterminer les Limigantes qui avaient conservé dans leurs mœurs l'empreinte des' vice» inséparables de l'esclavage. Cependant il rencontra dans ce projet des difficultés qu'il n'avait pas prévues. Les Limigantes se soumirent avec utie- hîsSgnation apparente. Hais Constance leur ayant permis de venir au pied du trtoe apprendref de sa bouche ce qu'il ordonnait d'eux,

.H1910I&8 SV ftig-BMPnB. '65

ils 86 jetèreiil mîHr lui à on sîgual de leur chef, et il aurait été, leur jttictîiae sans le dévouement de fl^s gardeii qili se firent massacrer à ses pieds en lui £»ûatit un rempart de leurs corps. Il eut le temps de monter à cheval et de s'échapper au mîUeu du tumulte* .La discipline supérieure des soldats romaifis le mit bîentô^ à même de réduire jces bandes à demi-sauvages; le combat se termina par la défaite et l'extermination totale des Limigantes«:Les-Sarmates rentrèrent dans leurs possessions, et Zizaié , l'un des chefs tes plus dis<^ tingués, recul de l'empereur le titre de roi.

&ur oes entrefaites, Sapor se préparait à re*commèncer'U gueme. L'empereur n'ayant pas accueilli ses prétentions sur l'Arménie et là Mé^ sopolamie, il voulut emporter par la force ce qu'od lui refusait , et passa TËuphrate à la tète d'une armée formidable, dans un endroit où ce fleuve ja'iesl qu'un faible ruisseau. Il laissa sur sa route Kla'ibe ^ns damner s'y arrêter. En côtoyant les reiliparl^d'Amida, un trait lancé contre lui v^t trav^ï^.sa liare eMui prouva que ta ville se préparail . k'vi^t^r. Le^ lendemain , le ror des Cbionites qui l'avait •^uivi en qualité d'allié, s'étant avancé ppur nommer les batHtans de se rendre > vit tomber ii'ses eêités sch» fils unique , percé d'une fl^he qu'on envoya pour toute réponse* Sapor, pour consoler ce p^e affligé, lui promit que la ville ^serait le bûcher des funérailles da

i^G BISTOIBE DU BAS~6ffmE.

jeune prince. Il tint parole; Amida, après une longue et héroïque défense , vit ses murs s*écrou- 1er sous les coups du bélier, et ses habitans ainsi

que la garnison furent passés tous sans distinction au fil de répée.

La perte d'Amida sauva l'empire : leé longues» opérations du siège avaient consumé un temps précieux, et coûté trente mille hommes auvain* quear. La saison se trouvant trop avancée pour continuer la campagne, Sapor rentra dans sa capitale triomphant en apparence, mais plein d'une inquiétude réelle. Ses alliés l'abandonnérent, découragés parles pertes précédentes. Lorsqu'au printemps il voulut rentrer, il ne fut pas plus heureux; tous ses efforts se réduisirent à la prise de deux villes fortes dé la Mésopotamie ; el il reçut un échec au siège de Çirtha qui était une citadelle appartenant aux Arabes.

Sapor cependant n'avait pas affaire à un adversaire bien redoutable. Au lieu de lui opposer un général habile et expérimenté, on avait rappelé Ursicinus dont les talens militaires étaient connus , et on l'avait remplacé par Sabinieu i vieillard infirme , mais riche. La même inconsé* quence qui avait dicté celte mesure , fit qu'Up» sicinns reçut de nouveau Tordre de se rendre sut lo théâtre de la guerre ; là, il fut contraint de devenir sppctateuT des maux qu'il était hors de son pouvoir d'arrêter^ car lo timide et jaloux Sabi-

aiStOlaB hV BAS-EMPIRE. G7

iiien s'opposa constamment à tout ce qu*il proposait. Constance s'apercevant alors qu*en suivant ce système il lui serait impossible de défendre ses États contre rinvaston de ses voisins » quitta les bords du Danube» et s'avança luî-méme à petites journées vers la Mésopotamie. Il mit le siège devant Bezabde dont Sapor s'était emparé 9 et où il avait jeté une forte garnison ; mais au moment où 9 réduite àrextrémité, elle était sur le point de se rendre » la saison des pluies le força d'aller prendre ses quartiers d'hiver à Antioche.

Pendant que les guei^es civiles désolaient l'empire ^ les Gaules dégarnies de troupes étaient envahies par les Germains. Constance 9 pour les repousser, avait attiré dans ces contrées par Happât de Tor et des promesses, les Francs et les Allemands; il ne tarda pas à se repentir d'avoir appelé ces incommodes alliés 9 difficiles à congédier et qui^ sans distinction d'amis ou d'ennemis, pillèrent ou brâlèrent quarante - cinq cités . du premier ordre, sans compter les villes et les villages. Les Germains avaient formé un établissement indépendant sur les bords du Rhin, de la Meuse et de la Moselle; les Allemands s'étaient fixés dans les contrées connues maintenant sous le nom de Lorraine et d'Alsace; et les Francs oor cupaient le pays Batave avec une portion du Bra^ bant. Les légions romaines, considérablement

69 VfStOmE DIT BàEHBMM&I. ^

affaiblies 9 sans argent , sapa vivres, et sans armeis^^ privées de chefe habiles, «^osaient résister à ces turbulens étrangers domt le nom seul les faisait Iren^foler» €*eat dans cet état que les Gaules virent arriver, paar les gouverner, un jeune homme sans expérience, que son ^ucation avait fa- •miyamée pliitèt avec les livres qu'avec l^s armesv Mm il avait acquis dans la vie des écoles, des ita^tudés de tempérance "^et de fnigalité qui le rendieeni propre à se plier à la discipline mili-taire, et le don de Téloquence qu'il avait soîgneu- ^sement cultivée , lui permettait de diriger, è songré , les volontés' des. soldants dont il enflaminait ou maîtrisait fourrà^liour le courage. Ses premiers essais, dfins. le métier des arabes, s'ils ne furent pas absolunientl efficaces pour la délivrance du pays , servirent du moins ^ prouver sa valeur. Il obligea les Geimains à lever, le siège de Sens ott il avait étabU ses quartiers d'hiver; 4{uoique Marcellus, général en cbef de la cavalerie, eût refusé de laisser marcher au secours de cetlV ville le» troupes sous ses ordres. Julien s'en plaignit à l'empereur qui rappela Alarcellus et le remplaça par Sévère, ofi&cier loyal et vaillant. Par le crédit de l'impératrice Eusébie, Julien parvint enfin à obtenir le commandement en chef des forces Gau* loises. Ce fut alors qu'il remporta, sur les AUe^ mands, une victoire éclatante en 35 7, malgré la trahison de l^arbace , général en chef de l'inlau-

BI8T01RB Otr BlS-EltPIBE. 6g

lerie qui» en laissant le passage libre à Tennemi et livrant au feu les bagages de l'armée Gauloise, l'avait mise dans une position, désespérée» Les sa* vantes dispositions de Julien réparèrent ce désavantage ; les Allemands essuyèrent une pert;e considérable ; leur roi fut pris et envoyé à Tempereur. Ensuite Julien tourna ses armes contre les Francs qyi se virent obligés 5 pour la première fois» de mentir à leur -maxime de vaincre ou de mourir, ils se rendirent au vainqueur qui fit partir ses prisonniers pour la cour de Constance , où ils furent reçus de manière à prouver le pri:( qu'on attachait à cette victoire^ et furent ensuite incorporés dans les troupes d'élite qui conaposaient la garde particulière de Tempereur. Le» années 559 et 559, furent également illustrées par les exploits du jeune César. Mais la valeur et la prudence n^étaient pas les seules qualités qu'on remarquât en lui. Actif, humain, juste et vigilant, il employait le repos des quartiers d'hiver et les intervalles de paix qu'il devait à ses victoires, à soigner l'administration intérieure des Gaules et à surveiller l'exécution de la justice. II ne fit pourtant pas tout le bien qu'il se proposait. Il rencontra de» obstacles insurmontables dans la volonté de l'en»pereur qui persistait à exiger d'un peuj>l^, écrasé par tant d'invasions ^ des taxes au dessus de ses

forces. Les représentations de Julien, appuyées par te détail pathétique de la situation de ce mal-

70 BISTOIBE DU BA$-£MPIRE.

heureux peuple 5 furent regardées comme ofibnsantes pour Tautorité de l'empereur, et le maniement des finances fut donné à Florentin 9 préfet des Gaules ; homme insensible et dur qui résista constamment aux efforts du prince. Cependant, s^s sujets lui savaient gré de ses tentatives infruo* tueuses et les payaient d*une affection sîncër^. La reconnaissance du peuple, Tadmiration des soldats qu'il conduisait toujours à la victoire , et la terreur des Barbares qu'il avait si souvent vaincus 9 composaient une auréole de gloire pour le jeune César; mais en même temps elles lui attiraient l'inimitié de Constance , jaloux des vertus qui le faisaient rougir et stimulé par les insinuations malicieuses de ses courtisans qui, tout en exagérant les talens , le mérite et la haute renommée de Julien, l'effrayaient sur l'abus qu'il pouvait faire de tant de dons précieux, joints à une si grande popularité. Il est probable que ces in- ' trîgues eurent pour effet d'accélérer le danger^ qu'on redoutait, si même elles n'en furent pas la cause immédiate.

Sous le prétexte des troubles qui régnaient dans lX)rient et de la tranquillité momentanée dont jouissaient les Gaules, l'empereur se laissa persuader de retirer les légions de vétérans stationnées dans ces provinces, et d'obliger le prince à déposer les armes. Ce dernier se trouvait à Paris au mois d avril 36o , lorsque les envoyés de Tem-

RISTOI&B Dtl BÀS-BHPU«. 7I

peréùr lui remirent Tordre de ce prince ; ils étaient cliai^és de faire partir, non-seulement les quatre légfons des Celtes , des Pétuians, des Hérules et des Bâtaves, mais encore trois cents hommes choisis sur chacune de celles qui restaient, et de presser leur marche vers lés frontières de Perse , afin que ces troupes y arrivassent avant Touverture de la campagne.

" L'embarras de Julien égala sa consternation; il vit les difficultés qui l'attendaient, quelque parti qu*fl embrassât ; les troupes auxiliaires ne s'étaient engagées qu'à condition qu'on ne leur ferait pas passer les Alpes; la parole du prince et l'honneur de l'empire étaient intéressés à ce qu'on ne violât point cette stipulation du traité. Un manque de foi pouvait faire perdre à jamais l'aifiance de ces peuples, aux yeux de qui te mensonge et I*infîdélité étaient les plus grands crimes. On pouvait alléguer, ir est vrai, qu'étant'au service de l'empire, il» devaient se porter par-toUI où l'empiré avait besoin d'eux ; mais ils étaient fortement attachés au soi et aux habifans des Gaules; ils aimaiefnt Julien, méprisaient î'empe-* reur et redoutaietit la guerre lointaine où ce^ev* nier voulait les conduire; ils faisaient d'ailleurs valoir la nécessité de demeurer pour la défense d'un pays que leur départ laisserait exposé aux Snvasions des barbares. Julien ne pouvait s'einpécher de prendre en considération la foi jurée

rrs HI8T0I1LE BU B^Aa-Eunu.

aux auxiliakes «t ^eurs propres intef^tlQPf; mai»», d'un autre côt^» il iie pouvait refuser d*oliéir aux ordre» de Con^t^noe sâfns paraître se jet^ dana la route de la rebeUion^ et il n'i^orait pasq^^, da^s le^ dispositions où Temp^eur ét^it à ^n égard, toute représentation de sa pari ser^ii joterprétée comme un acte d'o^ipositicfii ouverte. Tous ceux dont il aurait pu réclamer les conseils 9 dans i»ne conjanx^ture si délicate, avaient été éloignés par les iatrjgues de ses ennemis; les ^n<voyés de Tempereur pressaient Texécutioii de leur mandat ; Julien se décida à obéir et fit sorlir de leurs garnisons respectives les troupes qu'où lui demandait. A mesure qu'elles s'avançaient de Paris» point de réunion pour le départ, les'habitans se pressaient en foule sur leur passée ^ leur reprochant de les abandoniier aux insultes d'un ennemi que la crainte seule avait pu arrêter jusqu'alors.. Le ^éc^^ntentemcnt s'empara dos soldats ; les murmures éclatèrent 4e toutes parts, et Ton fit circuler un libelle où les vertus de Ji|lipn étaient mises en opposition avec les vii^s du tyran de rOrienl. Les esprits ainsi préparés, Julien, monté Siur son tribuns^l» passa les soldats en revue ;, il les remercia, dans un discours éloquei^, de la soumission qu'il avait toujours tro^vé^ en eux, et leur annonça que désoitmais c'était ua autre qui allait la réclamer. Apcè^ cette huraQ" gue^ qui fut écoutée eu silence^ il donna ua fes«

B1ST0IB£ bu BÀ8-EMPI&B. ^3

tin aux ofiBciers ; ceux-ci , rentrant au camp^ se lamentaient de q[uitler leur général» les soldats, exaspérés par ces plaintes et échauffés par le vin qu'on leur avait distribué » s'agitent , s'assemblent et se concertent sur les moyens d*empècher le malheur qu'ils redoutent. Un seul expédient se présente à eux; ils courent, à minuit, en tumulte au palais de Julien » qu'ils saluent du nom d'em« pereur. Julien semble vouloir résister, les portes sont forcées, et l'objet de leur fougueuse affection est sommé de régner sous peine de devenir vietime des factieux. Cependant il se fit prier, trois heures avant de se rendre à leurs vœux» et même, après avoir consenti , il sut garder les apparences et se montrer plus affligé que satisfait de son élévation.

-..Les premiers jours de son règne furent marjqués par la sagesse et la modération y il protégea ses ennemis contre le zèle fanatique de ses parti- ^ sans, en même temps qu'il surveillait leur con-< duite et déjouait leurs menées. Bien que, selon to^te apparence , il ne fut pas disposé k rçnencer au trône qu'il venait d'acquérir, |1 qe négligea aucun des moyens d'éviter la guçrre civile avee Çpnstance, et lui écrivit une lettre assez sioumlse oÙL il reconnaissait l'irrégularité. 4e spn élection et la suprématie de l'empereur. Il offrait de lui fournir un certain nombre de, troupes auxili^ûres et d« recevoir de sa main un préfet prétorien ;

74 filSTOinB DU BiS>EMPIRE.

mais il réclamait, en même temps; la souveraineté des provinces de Gaule et le droit de les gouverner, de nommer à tous les emplois civils et militaires, et de régir les finances sans être tenu d'en rendre aucun compte.

Quand les ambassadeurs de Juliîen parvinrent .Il être admis en présence de l'empereur , après les délais que leur avaient fait éprouver les gouverneurs des pays qu'ils traversèrent, ses envoyés l'avaient déjà informé de tout ce qui s'était passé , et ils le trouvèrent très-irrité, tant contre Julien que contre l'armée. La mort d'Héléna et de l'impératrice, protectrice zélée de Julien , avait brisé tous les liens par lesquels Constance était attaché àceprînce,etavait rendu leur l'influence aux pernicieux conseils des indignes favoris- du vieux monarque. Il se laissa aller aux plusfbugueuxemportemens ; mais la guerre avec la Perse l'obligeant de porter toutes ses forces de ce côté , il ne pouvait songer à tirer une vengeance immédiate de la rébellion de Julien : il jura de ne jamais lui pardonner à moins qu'il ne renonçât au titre d^empereur et ne rentrât dans la subordination qu'il devait à son bienfaiteur; il insistait, en ou« tre, sur le privilège de la cour impériale de désigner aux fonctions administratives et militaires des hommes de son choix. Ce n'était qu'à ce prix que Julien pouvait espérer la paix.

Celpî-ci, voyant ràccueil qu^on avait fait à sef

niSTOmE DO BiS-EMPIBG. ^5

propositions , ae décida à vider cette querelle par les armes. Il lut,aiuL troupes assemblées 9 la réponse de Tempereur/ leur demandant la per« mission d'abdiquer la puissance qu'il tenait d'elles ; cette requête , présentée assez faiblement $ excita de vives rumeurs. Alors Julien , changeant de rôle, s'abandonna à la pîus violente indignation » qu'il motiva sur un passage de la lettre de Constance , cù ce dernier l'accusait d'ingratitude en* vers le protecteur de son enfance isolée et sans appui. < Isolée et sans appui! s'écria Julien. » Bst-ée au meurtrier de ma famille à me rcpro- » cher d'ôtre resté orphelin ? Veut-il me forcer à » tirer vengeance de ce que j'ai si long-temps tra- » yaillé à oublier? 9 Ayant ainsi fait passer dans l'âme des soldats les sentimens de haine qu'il lui importait d'entretenir contre son rival ^ il renvoya le messager de Constance avec une réponse pleine de fierté, et déclara hautement qu'il était disposé à soutenir la justice de sa cause 9 8*en référant à la protection des dieux. Ce fut le premier acte de sa renonciation à la religion introduite dans l'empire par Constantin.

Sa. position exigeait une grande activité et beaucoup de vigilance 9 qualités dont il était suffisamment doué. Il intercepta des lettres par lesquellei Constance engageait les Barbares à tenter une invasion dans les Gaules. Les forces de l'empire étaient alors occupées en Asie, et le Danube était

7P BLSTOIBE hV BlSrEMPIAE.

faiblement gardé. Julien, qm n'ignorait pas ces circonstances , résolut 5 à son tour, de s^emparer de rillyrie où il était certain de trouver, à la fois , des hommes pour augmenter son armée, et des trésors pour couvrir les dépenses de la guerre. Il proposa cette expédition à ses soldats , qui jure'» vent de le suivre par-tout , fût-ce aux extrémités du globe ; aussitôt il les divisa en trois corps dont il prit le plus intrépide soùs son commandement immédiat, et il les dirigea par diverses routes, après leur avoir donné rendez-vous sous les murs de Sirmium (1). Quant à lui et à ceux qui Tac- •ompagnaîent^ ils s'engagèrent dans des sei^ tiers

. peu fréquentés au milieu des forêts ; et , après un trajet de quelques jours, pendant lesquels on ignora ce qu'ils étaient devenus, ils parurent, tout>à*coup , entre Vienne et Ratisbonne , où ils s'embarquèi'ent sur le Danube. Les efforts des mariniers, secondés par un vent favorable et par le cours rapide du fleuve, eurent promptémeni

. conduit l'av^ntureu^jç héros à quelques lieues de 5irmium, et il niit pied à terre avanjt que ses ennemis fussent instruits qu'il avait quitté les rives

.du Rhin. Il n'eut pas de peine à s'emparer de

. Sirmium, dont le gouverneur n'eut pas le temps de Caire les moindres préparatifs de défense. Il fit

. son . entrée triomphale dans cette ville , la plus importante de l'IUyrie; et, après d«ux jours d«

(i)' Au^oaid'k «i Sirmis«l<.

RISTOIfiB nr BAS-EMPI&B. 77

repos, il alla prendre possession des défilés de Succi.9 qui séparent la Dacrie de la Thrace 5 et sont à mî-cheniîn de Sirmium à Constantinople. Le soin de gardeqM de défendre ce poste important, fut confié 11 Nessita, qui commandait Tune 4es trois colonnes de son armée, et qui, d'après leurs conventions , était venu le joindre à Sirmium.

De' cette ville, où il avait établi son quartiergénéral, Julien envoya, aux principales cités de Fempire, une apologie de sa conduite dans laquelle il s'efforçait de la justifier par tous les ar~ gumens que son éloquence et la subtilité de son esprit avaient pu lui suggérer. Le préfet de Rome en donna communication au sénat , qni reconnut, à Tunanimité, la justice des prétentions de Julien sur ritalie.

La retraite de Sapor permît à Contfancc de s^opposer aux progrès rapides d'un ennemi qu'il affectait, néanmoins, de mépriser. Il annonça publiquement amn intention de retourner en Europe châtier la folle et criminelle présomption de celui qui s'était déclaré son rival, et prédit, à ses soldats, que ccs-rebelIes des Gaules ne pourraient leur résister. Il fit partir ensuite un déta- ^chement pour s'assurer des défilés de Succi; tous les approvîsionnemens et les munitions, préparés pour la guerre de Perse, reçivent une nouvelle

destination, et toutes les forces 9 réunies ^en Asie , «e tournèrent contre Julien.

Celui-ci se trouvait précisément, alors, en butte à rinconstance de la fo||une qui commençait h Tabandonner. A la prise dB Sirmium, il avait reçu la soumission des deux légions quijen formaient la garnison ; mais, redoutant, de4eur part, un retour de fidélité pour Constance, qu'ils regardaient comme leur souverain légitime , Julien les éloigna du lieu de l'action , et les fit partir iBOus le prétexte d'aller défendre les frontières des Gaules, Ces deux légions s'avancèrent, quoiqu'avcc répugnance , jusqu'aux confins de l'Italie ; mais, arrivées devant Aquilée, elles s'emparèrent de cette place importante au nom de Constance dont l'étendard fut arboré sur les murs. Julien, ' qui sentait tout le tort que cet événement faisait à son parti , non-seulement par la perle d'Aquilée , mais encore par l'eflet d'un tel exemple sur les siens, détacha, à la hâte, une parUe de ses troupes, sous le commandement ^de Jovien, pour aller mettre le siège devant cette ville. Mais les légions, la défendant avec opiniâtreté, invljtèrent, en même temps, les autres villes d'Italie à les imiter, et menacèrent de couper la retraite à Julien s'il lui arrivait d'être forcé de reculer déviant la formidable armée qui marchait contre lui.

C'est dans ce moment où , selon toute appa-

BISTOIRE DU BAS-EMPIEKf 79

rence » la lutte entre les deux rivaux ^ allait ^'en* gager avec toute Fénergie que pouvait inspirer, à chacun d'eux, la conviction, fondée ou non, d« la légitimité de ses droits, que la mort du fils de Constantin vint, foi^ à propos, délivrer Tempire des calamités inséparables d'une guerre civile. L'impatience d'en venir aux mains ne lui permit pas d'attendre, à Antioche, la saison favorable pour entrer en campagne; un accès de fièvre, causé par ses fatigues tant de corps que d'esprit, l'obligea d^ s'arrêter dans une petite ville à quatre lieues de Tarse, où, au bout de quelques j ours ( le 5 novembre 56 1 ) , il mourut âgé de quarante-cinq ans. II en avait régné vingt-quatre. Avant d'expirer, il désigna, pour lui succéder, ce même Julien qu'il venait combattre, et qui se trouvait maintenant le seul rejeton du grand Constantin.

Eusèbe et les eunuques, ses collègues, essayèrent de retenir le pouvoir qui s'échappait de leurs mains, en procédant à l'élection d'un autre empereur ; mais, malgré leurs intrigues, ils ne purent gagner les suffrages de l'armée, qui dépêcha deux officiers supérieurs à Julien pour mettre à ses pieds l'hommage de ses nouveaux sujets dont les bras était désormais à son service. Celui-ci s'avança vers sa nouvelle capitale^ précédé de sa réputation, et fit son entrée à Constantinople, le 11 (décembre, aux acclamations d'un peuple en-

Bb filgTOIAE DU BAS-EMI'IBIS.

lier accouru en foule pour contempler le héros qui, si jeune encore et élevé loin des camps 9 s'était déjà distingué par tant d'exploits.

Mais ce qui fit encore plus à'im pression sur les habitaiïs, ce fut la conduite décente de Julien pendant les funérailles du défunt empereur. Vêtu d'un habit de deuil, à la tétè du convoi, il parut regretter sincèrement un parent dont il protestait avoir oublié tous les torts pour ne songer qu'à ses bienfaits. Les légions, re'nfe];mées dans Aquilée, n'eureift pas plutôt appris la mort de Tempereur, qu'elles s'empressèrent d'ouvrir les portes à son successeur, et obtinrent leur pardon de Julien en lui livrant leurs chefs qu'ils lui désignèrent comme les seuls coupables.

Il se vit donc, à trente-deux ans, maître de tout l'empire sans opposition. Il porta , sur le trône du monde , cette simplicité philosophique qui formait un des principaux traits de fton caractère. Dédaignant les frivoles amdsemens du cirque, tout son temps se partageait entre les soins du gouvernement, dont il s'acquittait avec autant d'exactitude et de zèle que lorsqu'il n'était que César, et l'étude à laquelle il se livrait pendant que ses ministres goûtaient les douceurs du repos. A peine déroBait^l quelques momens pour les besoins de la nature que l'habitude d'une vie frugale avait considérablement limités chez lui ; il regardait, comme perdus, tous les instans qu'il

BtSTOUB Dl> BÀS-EMPIRC. 8l

ne consacrait pas au bîen^e Tétat ou à la culture de son esprit. -

, Un des premiers actes de son règne fut le renvoi de cette foule de subalternes qui remplissaient le palais de Constantinople 9 et dont l'entretien coûtait plus à Tétat que celui de Tarmée. Un simple édit en purgea la cour : mais, tout en approuvant une mesure si sage , on doit^ regretter que Julien n'ait pas mis plus de justice et moins de précipitation dans une réforme nécessaire. Des serviteurs fidèles se trouvèrent atteints par Teffet d'une loi qui ne faisait aucune exception en faveur dé Tâge , des services , ou du peu de ressources personnelles de ceux sur qui elle frappait : ik perdirent ainsi, en un jour, le fruit de leurs longs travaux. Le même reproche est encore applicable à la commission d'enquête instituée, par iui, pour rechercher et punir les crimes qui avaient déshonoré le règne de son prédécesseur. Ce tribunal , composé de six juges , pris parmi les fonctionnaires les plus honorables de l'empire et de l'armée, et présidé par le préfet de l'Orient , se signala par un excès de zèle et de sévérité qui dégénérait , quelquefois^ en atrocité; et, si la mort ignominieuse que ses arrêts firent subir à Tindigne Ëusèbe , fut universellement ^ approuvée, il n'en est pas moins vrai que souvent l'innocent se vit enveloppé dans la prosçription lancée contre le coupable.

6a HISTOIRE du bas-empiae.

Les vertus rigides de Julien ne lui permettaient pas de conserver la multitude d'espions et de dé* lateurs créés par Constance. Il était assez philo-' sophe pour mépriser Topinion d'une foule vulgaire aussi peu conséquente dans son amour que dans sa haine ; ses propos inconsidérés ne TafTectalent pas, sûr, conmie \L croyait l'être, de Taffection des soldats et de cette classe de sujets que leur rang , leurs richesses ou leurs talens plaçaient à la lête de l'opinion publique. Il donna méiïie plusieurs exemples de sa clémence envers des téméraires qui avaient osé conspirer contre lui; cependant, la mort du (ils de ce Marcellus^ qui, dans les Gaules, avait refusé de lui obéir, mort qui fut évidemment le résultat de son «ressentiment contre le père, semblerait annoncer que sa philosophie n'élit P^isà l'épreuve du cruel plaisir de la vengeance, quand celui qui roffensait ne trouvait pas une sauve-garde dans son obscurité.

Du reste, il usait envers lui-même de toute la «éyérité qu'il déployait à l'égard des autres ; au point qu'il se condamna à payer une amende assez forte , pour avoir dépassé ses prérogatives en affrantîhîssant un esclave en présence d'un consul à qui ce droit appartenait exclusivement. C'est dans cette occasion qu'il déclara publiquement qu'il se regardait comme soumis aux lois aussi bien queie dernier de ses Sujets.

BISTOI&E DU BAS-EMPIfiE^ 83

A ses nobles et grandes qualités, il joignait les talens les plus brillans elles pFus propre à étonner et à séduive. On le voyait^ sans ^sse j dans les assemblées dii sénat , faire usage de cette éloquence par laquelle il entraînait les esprits, et porter, dans les délibérations, cette profonde sagacité, cette hardiesse de coup d'œil et cette promptitude d'imagination qui lui avaient valu tant de succès. Il assistait aussi régulièrement aux audiences des préfets prétoriens , où il veillait, lui-même, au jugement des procès, écoutant les divers plaidoyers des avocats, et démêlant la vérité au milieu des subtilités de la chicane^ '

L'apostasie de Julien semble avoir laissé quelque chose d'inexplicable dans le caractère de ce grand homme, objet encore aujourd'hui de tant de dénigrement ou d'admiration. Il parait impossible que Julien , dont l'esprit était si éclairé , eut adopté de bonnet foi les absurdités du paganisme qui n'avait plus même pour lui la sanction de rhabilude. C'est pourquoi plusieurs auteurs ont voulu révoquer en doute la sincérité de sa dévotion aux divinités imparfaites de l'Olympe, el ont avancé que, sans être égaré dans les sentiers de l'incrédulité , mais, convaincu seulement de la nécessité de donner à son peuple une religion quelconque, il avait fait choix de celle qui flattait le plus les penchans grossiers de ce peuple et de l'armée. Us citent, à l'appui de cette opinion, ce

S4 ftlSTOIBC DU BAS^SÙPIEE.

qu'il dit à ses amis avant la mort de Constance^ eivleur annonçant les progrès du paganisme dans les légions gauloises où il l'avait introduit, et s'applandissant de voir avec quelle piété vorace les soldats assistaient aux sacrifiées réitères des hécatombes de bœufsrgras qu^il offrait à ses dieux.

Peut-être serait-il convenable d'assigner pour motifs à cette fatale apostasie par laquelle la tranquillité intérieure de l'empire se trouva plus d'une fois compromise 9 cette hauteur d'âmé et cette supériorité d'esprit qui distinguaient Julien et le rendaient incapable de se plier à la soumission qu'exigeaient, au nom de la religion, les ministres dé l'Église chrétieirne. Il avait pulié , dans les écoles, ce goût pour la controverse ^^ les chicanes scholastiques qu'on prend souvent poiu* de la philosophie ; élève des sophistes , **ophiste luimême ^ il repoussait une croyance qui n'admettait ni le doute ni les commentaires ; peut-être aussi son orgueil se révoltait-il contre tin culte où le moindre membre "du clergé s'a^ogeait la supériorité sur les grands de la terre , où le souverain de l'état n'était pas plus que le^ autres fidèles , et voyait un simple évêque à la tête d'une juridiction indépendante, à laquelle le maître de tant de milliers d'hommes n'était pas exempt de se soumettre à son tour. Il faut aussi avouer que les abus, introduits depuis peu dans l'Église, étaient bien faits pour éloigner d'elle quand d'avance on

HI8T0IBB I^V B18-EMPIEI. $5

penchait à secouer soa joug. Déjà les disputes de mots et les hérésies étaient venues défigurer la simplicité primilive du christianisme; plusieurs sectes dont la plus connue est celle des ariens qui a joué un si grarJ rôle dans Tes évènemens de cette époque , s'étoîeut élevées dans le sanctuaire même 5 et avaiesit enfanté des dissentions qui, plus d'une fois 9 e9sanglantèrentle8 autels et causèrent un grand pn^judice à la religion. Vainement les pères de TÉ^Iise , réunis en conciles 9 cherchèrent-ils à arrêter le cours de ces désordres en consignant, dan^ des décrets connus sous le nom de symboles, les points de doctrine qui constituaient, selon eux, la véritable reUgion ; ils ne purent convaincre leurs adversaires, et Ton continuait d'argumenter de part et d'autre ave« un acharnement et une fureur proportionnés à l'importance de l'objet qui intéressait la con>eience, c'est-à-dire , Talternative du salut étemel ou de la damnation. Le même zèle qui s'était si noblement montré lors des persécutions, se faisait encore remarquer parmi les dissidens; ce n'était plus le paganisme qu'on^ voyait aux prises avec le christianisme, c'était une lutte entre chrétiens; du reste, mêmes résultats qu'auparavant; la prison, Fexîl, les supplices, la mort, devenaient les moyens par lesquels, à défaut de la conviction, on cherchait à donner la victoîve à son parti. Les empereurs, tantôt ariens î tantôt

86 BISTOIRE DU BAS-EMPl&E.

orthodoxes 9 prenaient part à ces discussions affli- ' géantes ^ et y apportaient les ressources du pou«« voir^ ce qui occasionnait , parfois , des résistances «.qui avaient tous les caractères de la rébellion. Constance 9 partisan de Tarianisme, et naturellement cruel et despote, provoqua , par la persécution d'Athanase et de Paul, l'indignation des catholiques qui se portèrent aux derniers excès contre les agens chargés d*«xécuter les sentences prononcées contre ceux qu*on regardait comme des saints et des martyrs. En voulant réprimer, par la sévérité, lés désordres qui en résultèrent, il ne fit qu'attiser le feu dont les progrès furent plus rapides, aigrir les ressentimens et les rendre éternels par le souvenir de l'oppression soùs laquelle on avait gémi. C'est de cette époque qu'on peut dater rétablissement des ordres religieux. Des milliers de chrétiens allaient dans les déserts de l'Egypte, autant pour échapper à la tyrannie que par un excès de dévotion ; ces vastes solitudes furent bientôt peuplées, et leurs habitans se Tirent dans la nécessité de se rassembler sous l'autorité d'un chef pour maintenir Tordre parmi eux. Sfajs ces sociétés qui fuyaient le despotisme d'un monarque pour ne reconnaître d'autre |oug que celui de la divinité, choisirent naturellemeàt pour les gouverner son représentant sur la terre, et se soumirent à un abbé qui exerçait sur eux la double juridiction du temporel et du spirituel.

Quoi qu^on n'ait jamais vu ces congrégations re-* ligieuses s*élever contre la nation du sein de laquelle elles se séparaient, elles n'en furent pas moins funestes, c'était en diminuant la popula-^ tion par des émigrations continuelles, soit en enlevant à l'J^at des honmies doffl les talens su* pérîeurs auraient pu le servir utilement et que cette exaltation, compagne prdînaire du génie, entraînait dans la solitude à la moindre atteinte portée à leur susceptibilité.

De telles conséquences durent indisposer Julien contre une religion à laquelle il avait depuis long-temps renoncé en secret. Dès l'instant où l'élévation de son frère Gallus avait fait cesser sa détention , il avait reçu avec la liberté les principes du pag^mîsme en fréquentant, à Pergame, le philosophe Edèse qui professait la doctrine de Platon. Il s'était fait ensuite initier à Ephèse, à l'âge de vingt ans ; et , pendant son exil à Athènes, il avait achevé de puiser dans les écoles des x sophistes, ce monstrueux mélange de superstition et de philosophie qu'on remarqua chez lui plus tard.

Mais il sut dissimuler son apostasie tant que lo soin de sa sûreté l'exigea. Pendant les dix ani qui s'écoulèrent'depuis son Initiation aux mystètères d'éphèse jusqu'au commencement de la guerre civile, il se conforma publiquement aux rites d'uin ctilte qu'il abhorrait. Lorsqu'il crut

8S ' HlStOIBE DU BIS-EMPIBB.

enfin pouvoir lever le masque /il n'oublia pas d'essayer de justifier ce changement , et, pendant qu^il se préparait à la guerre contre les Perses , il sut trouver le loisir de composer un discours dans lequel il âettaît au jour toutes les raisons qui motivaient sa dil^oyance. Ses argumens èfiPrayèrent les chrétiens qui savaient combien il est dangereux d'avoir un souverain pour adversaire; les païens^ au contraire 9 en tirèrent de nouvelles armes.

L'empereur, ayant 9 ainsi que ses prédécesseurs, pris le titre et le caractère de souverain pontif« que le paganisme conférait de droit au chef de l'État 9 s'empressa de réparer le mal qu'avaient fait , à son culte ,' Constantin et Constance. Les temples des faux dieux furent rebâtis, leurs statues relevées et les cérémonies eurent lieu ave« plus d'éclat qu'auparavant; il employait la rigueur contre les chrétiens qu'il trouvait inébranlables dans leur foi et il déterminait , par ses largesses, la conversion de ceux que son exemple et ses sophismes avaient presque séduits. L'apostasie était souvent un moyen d'échapper aux <î^âtimens infligés par les lois contre les plus grçmdc crimes. Son.acharnemjBnt contrôle christianisme alla jusqu'à lui faire «oneevoir Vidée de rebâtir le temple de Jérusalem, espérant par là donner un démenti éclatant aux prophéties sur lesquelles s» basaient les preuves de la révélation et de te di-

ilISTOIBÊ DV BAS-EMPIRE. 8()

vioité du Chrî»t. II cBargea de cette tâche Alipc qu'il honorait depuis lang'temps de son amitié et qui possédait toute sa confiance, enjoignant en même temps au gouverneur de la Palestine d'y coopérer de tout son pouvoir. Les Juifs, ^u comble de leurs vœux, accoururent en foule; ils tîontrîbuèrent de leur fortune-et de leurs bras à Taccomplissetnent de ce grand ouvrage; mais ni la puissance du monarque , ni Tenthousiasme d*un peuple entier ne purent venir à bout de cette entreprise ^ disent les écrivains contemporains qui s^accordent à rapporter que des obstacles surnaturels s'opposèrent à la continuation des travaux* Âmmien Marcellin raconte : « Que des globes de » feu qui sortaient perpétuell<sment de la terre , V blessant et brûlant les ouvriers employés aux » constructions, les empêchaient d^avanceret que »'cela dura jusqu'à ce que l'entreprise fut aban- • donnée. » Ce qu'il y a de certain c'est que le temple de Jérusalem ne se releva pas de ses ruines. -

Julien échoua dans ses efforts pour renverser la religion chrétienne ; elle était trop solidement établie pour ne pas. résister à toutes les attaques qu'il dirigea contre elle. Il semble , au contraire , qu'elle en prît un nouvel éclat; on vit du moins renaître ces traits sublimes des premiers temps de rÉglise, et disparaître' ces abus qui la desho- Diraient. Les^uerelles religieuses tombèrent mo-

mciitanément dans Toublî^ies ariens comme le$ orthodoxes 9 ne songeaient plus à se disputer, tous s'étaient ligués contre leur ennemi commun « Lorsqu'en 362 , les prépara^fs de la guei*re qu'il venait de déclarer à la Perse ^ le conduisirent à Antioche où le soin de former son armée et de rétablir le culte des faux dieux, rengagea à s'arrêter quelque temps, il se vit l'objet de l'aversion des habitans qui , très-<attachés aux principes de la doctrine chrétienne, quoiqu'ils négligeassent d'en suivre les prétextes, avaient en horreur un apostat et repoussaient toutes ses tentatives pour les attirer dans son parti. D'autres raisons con-tribuèreiit aussi à le faire haïr ; l'extérieur négligé , le vêtement grossier , la nourriture frugale d'un disciple de la philosophie déplaisaient aux citoyens d'une ville renommée pour son luxe et ses mœurs efféminées. Le mépris que l'empereur témoignait pour leur mollesse et sur-tout pour les jeux du cirque et du théâtre, qui faisaient à la fois leur plaisir et leur gloire 9 mit le comble à leur mécontentement ; et une disette qui> dans cette année, afQigeala Syrie, le fit éclater.

Les habitans s'étant plaints à l'empereur de la cherté de la volaille et du poisson , il leur répon-» dit qu'il leur suffisait de ne pas manquer de pain, de vin , ni d'huile , et que le surplus n'était nullement nécessaire ; du reste , il convint qu'il était du devoir d'un souverain de veilleii à ce que la

BIStOIRE DU BAS-£!ftPIRE* 9I

subsistance d^es sujeU fût assurée; en conséquent ce 9 il publia un édit pour ordonner que le blé , dont la récolte avait manqué) se vendit au même prix que les annéesr précédentes ; et, voulant donner lui-même l'exemple, il en fit venir d'Egypte ving-deux mille mesures , qu'il fit porter au marché ; il en résulta que lés riches marchands achetèrent et que le peuple n'en fut pas plus .avancé; mais Julien, qui croyait avoir assez fait pour lui, par cet édit imprévoyant, traita ses plaintes d'ingratitude. Les représentations du conseil de la viUe ne servirent qu'à l'irriter davantage. Il était informé que les membres de ce conseil, la plupart propriétaires ou comm€|rçans f avaient contribué, par leurs spéculations , à aug- ' menter la détresse générale, il les réprimanda et les envoya en prison; cependant , son courroux s'étant promptement apaisé ^ il les remit en li«* berté dans la même soirée. Mais s'il avait déjà oublié la faute, les habitans d'Antioche n'ou-* l>liaient pas si aisément la punition qu'ils regardaient comme un acte de tyrannie; ils profitèrent du temps des Saturnales pour se venger de la manière qui convenait à leur esprit vif et satirique : on chanta , dans toutes les rues , deschanrsonsoù l'on tournait en ridicule^les actes, la reli* gion, la conduite et jusqu'à la barbe de l'empereur ; ces chansons xsirculaient avec le secours des principaux magistrats et aux acclamation^ de la po-

palace. Dans cette occasion , Julien fit preuve d'une modération louable. Au lieu de punir âévërement cette insolence ou, du moins , d'enlever à cette ville, Tune des principales de l'Orient, les privilèges dont elle jouissait, il se contenta d'employer, poiir les châtier, les mêmes armes qui avaient servi à l'offense , et opposant satire pour satire , il fit paraître , sous le titre de Veiinemi de la barbe, un pamphlet dont il était l'auteur; là, sous le voile d'une fine ironie, il réprimandait les habitans d'Antioohe et se moquait de leurs mœurs corrompues. Après avoir signalé à la fois sa clémence et son ressentiment, il quitta cette ^ille avec la résolution de n'y plus revenir, et * annonça qu'il passerait les hivers suivans à Tarse dans la Çilicie.

Julien , ayec toutes ses prétentions à la philo* Sophie, n'était pas exempt de la manie des conquêtes, contre laquelle il écrivit d'excellentes choses démenties par sa conduite. Il brûlait d'ajouter à la gloire de son règne par quelque grand événement militaire , et porta ses yeux autour de lui pour chercher une pâture à sou ambition. Il avait déjà rendu son nom redoutable aux peuples d'Occident: il vovait les frontières de Thrace et de riilyrte à l'abri de toute invasion par les forteresses qu'il avait fait construire ; l'Orient s'était empressé de le reconnaître, et des ambassadeurs du continent de l'Inde et de l'île deCeylan étaient

BISTOItB DC fiÀS-EllPIbe. 9?

Tenus le féliciter de son avènement au trône* Il ne lui restait d'autre ennemi que le monarque de Perse, Féternel ennemi de Fempire, dont il résolut d*iiumilier l'orgueil.

Cependant Sapor, apprenant que le trône élaî^occupé par un prince jeune et déjà fameux par ses victoires, s'abaissa jusqu'à faire des ouvertures de paix. Mais JuHcn répondit d'un ton de mépris à ses ambassadeurs^ qu'ayant le projet de visiter prochainement la capiCale de la Perse , il traiterait personnellement avec leur maître. Ardent et prompt à exécuter ce qu'il avait une fois résolu j ' il eut bientôt terminé ses préparatifs pour cette expédition. Il y avait tout au plus huit mois que Constance était mort, et déjà il avait rassemblé nne armée formidable 9 nommé ses généraux ets'était mis eu marche. Ce fut alors qu'il séjourna à Antioche.

. Le 5 mars 363, il se remit en campagne et se dirigea vers les frontières de la Perse. Les habitans d'AIep, et sur-tout les sénateurs, presqjfc tous chrétiens, firent un si froid accueil au restaurateur du paganisme y que son orgueil en fut blessé; à Batna, petite vjUe située à peu de distance d'fliéropolis, il se mit en devoir d'offrir un sacrifice à ses dieux > et là encore , la manière dont se comportèrent les assîstans lui fit assez connaître que leur dévotion n'était qu'un acte ' de déférence pour leur souverain.

94 RISTOI&C DU BAS-EMPIBB.

D^IIiéropolîs., qu'il avait désigné comme le reudez-YOus g;énéral de toutes ses forces, il alla jusqu^à Garrhée, ville de la 51ésopotamie^ où il fit une halte de quelques jours qu'il employa à consulter les oracles et les augures , dans le temple de la Lune. Gomme Garrhée se trouve être le point de jonction de deux grandes routes » Julien ne put cacher plus long-temps ses desseins et le choix qu'il faisait du Tigre çt de TEuphrate, pour arrîvef sur le territoire de son ennemi. Il détacha » de spn armée , trente mille hommes dont il confia Iç commandement à Procope et à Sébastien; ils devaient se diriger surNisibe 9 renforcer la frontière et passer le Tigre ensuite. D'après les calculs de Julien, ils devaient arriver sous les murs de Gtésiphon en môme temps que lui^ qui, pour aller assiéger cette ville^ s'avancerait en suivant le cours de l'Euphrate. Le succès de ce plan dépendait entièrement de la coopération du roi d'Arménie, Mais le prince qui régnait alors sur ol^pays, le timide Tiranus, était peu disposé à une entreprise où il voyait, à côté de la gloire 9 beaucoup de dangers. Il essaya néanmoins de déguiser sa pusillanimité sous le voile de la reconnaissance et de la religion ; il allégua que son attachement à la mémoire de Gonstance devait l'éloigner dé l'homme qui, dans un temps, s'était montré son rival. Régnant sur des chrétiens, disait-il , sa conscience lui défendait de participer

ItlSTOtRE DU BAS-UMPinE. qS

à une entreprise dont la réussite porterait un. €Ôup funeste à TÉglise. La lettre de l'çmpereur^ dans laquelle celui-ci traitait en esclave le roi d'Arménie, acheva d^indisposer Tiranus qui, fier de sa royale origine , fut indigné de se voir donner des ordres d'une manière si formelle.

L'armée de Julien était plus nombreuse qu'ail-* cune de celles qui jusqu'alors avaient été dirigées contre la Perse ; elle se composait de soixantecinq mille soldats réguliers , très-bien disciplinés; d'un corps auxiliaire de Schytes, très-considérable, et de plusieurs bandes d'Arabes de diverses tribus. Une flotte de onze cents vaisseaux, em-' barquée sur l'Ëuphrate, suivait l'armée dans saC marche et fournissait à ses approvisionnemen», auxquels on avait abondamment pourvu. Au moment où les troupes traversèrent le fleuve Chaboras, qui forme les limites des deux état6, le 7 avril 56o, Julien leur adressa une harangue à la manière des anciens, et fit ensuite distribuer cent trente pièces d'argent à chaque soldat. A peine furent-ils parvenus sur l'autrç bo^i^ , qu'il fit détruire le pont sur lequel ils venaient de passer, pour les coQirainore que de leur valeur seule dépendaient désormais toutes les chances de salut.

L'armée s'avança sur le territoire ennemi ,xn trois colonnes, dont l'une avait, à sa tète, Hormîsdas. Cet Hormisdas était un prince persan de la race des Sassaoides^ qui s'était échappé de pri-

96 BISTOIftE nV BàS-EMPlRE.

son et s'était réfugié à la cour de Constantin ; quoiqii^il fût chrétien ^ il était parvenu , par ses talens et sa valeur^ aux premiers grades militaires ^ et dans cette guerre il montra combien est redoutable le ressentiment d'un homme irrité contre sa patrie. Ce furent ses exhortations qui empêchèrent les habîtans d'Ânatho, ville traversée parTËuphrate dans toute sa longueur, d'arrêter les Romains dans leur marche , comme ils ' en annonçaient Tintention. L'imprenable forteresse de Thilulha aurait pu leur opposer des obstacles plus sérieux, ils la laissèrent de côté , Julien dit seulement qu'il comptait qu'elle se soumettrait de bonsre grâce lorsqu'il serait mattre de tonte la Perse. Quant aux villes de moindre importance, elles se renriaieut au vainqueur sans faire aucune résistance ; deux seulement osèrent se défendre, Perisabor, à seize lieues de Ctésiphon , et Maogamalcha. La première fut détruite après un siège de deux jours ; le peu d'habîtans qui restaient d'une nombreuse population fut dispersé, les magasins de vivres et de munitions furent distribués aux soldats, et tout ce qui n'était pas utile au service de l'armée d^int la proie des flammes. La prise de Maogamalcha coûta un peu plus de peine-; cette place , très-forte , était destinée à protéger la capitale du royaume, dont elle n'était distante que de quatre lieues; il fallut creuser, sous ses remparts, un souterrain qu'on

«>oodui8it jusque dans rintérieur. Tandû que la garnison ^ du haut des murs 9 bravatl la puissance de Julien elle défiait, des soldats s'introduisirent, par ce* endroit, dans la ville, et s'emparèrent d'une tour abandonnée parles troupes qui l'occupaient et qu'on avait attirées d'un autre côté par une fiiusse attaque. Le reste de la garnison mit bas les armes, et Julien se vit maître de ses remparts, au pied desquels l'ennemi avait cru qujB périrait sa fortune^ Un horrible carnage assouvit la colère du vainqueur; les fortifications furent rasées jusqu'aux fondemens, et il ne resta aucun vjstige de l'exislence de cette naalheureuse vifie. Ce fut dans cette occasion que JuUen donna «me preuve de la fermeté de son -caractère; les soldats se plaignirent que la gratification de cent trente pièces d'argent, qu'il venait de leur accorder, ét«it peu proportionnée à leurs services. « Bst-ce done

• les richesses que vous convoitez ? leur dit Tem- » pereur indigné; eh bien I elles sont entre les

• mais des Perses, et les dépouilles d'un pays

> opulent seront le prix de votre valeur. C'est » depuis que les souverains de Eome ont intro-

• duit l'usage d'acheter par l'or la soumission n d'une insolente soldatesque, que Rome, autre- » fois si riche, se trouve réduite à rindifSihce* » Du reste, si vous persistez à murmurer^ si vous

> voulez rç^nouveler les exemples irap fréquens » d'une sédition militaire^ ifous le pouvez, iemh

98 HISTOIRE DU BÀS-BBfPIftE.

»-prèt à mourir, à votre têtecomme doit le faire 9 oekii que vous avez choisi pour vous gouver- », ner; je ne tiens pas à ta prolongation d'une vie «: que le moindre accident, un accès de fièvre ». peut m'enleVer à chaque instant. » Ce \im de résolution intimida les soldats et les fit rentrer «lans le devoir. Cette sévérité fit revivre dans Tarmée l'ordre et la discipline; Tempereur lui-Okênaie donnait Texemple : le premier au danger, le plu» asgidu au travail 9 sobre, patient, vigilant, infa^ tigabie, allant à pied et bravant Tardeur du cli** mat , >il s'exposait à tous les inconvéniens d'une longue et pénible o^rche d«ns un pays où cha^ que pas était marqué par un nouvel obstacle; mais. la soif.de la gloire le soutenait, et, malgré le stoîdan^e qu'il affectait, c'était la passion qui dévorait son âme; il sut néanmoins la* dissimuler jiwqu^à la prise el la destruction de Maogamalcba; il^t alors ^ avec une secrète satisfaction : « Nou» » venons de tailler de la besogne au sophiste d'Anw tioche. » Ce sophiste était un nommé Libanius, 4|m s'était rendu fameus par ses talens oratoires; Ji^en avait toujours été son plus grand admirateur, et lorsqu'il vînt à Antioche, il se lia d'une étroite amitié avec lui» mais il ne put jamais lui faire ^^lèoepter aucune marque de sa faveur; Li* bankis, ^pbilosopiie indépendant, rejeta toutes l«s offres deTempevem'^dcHit, disait^il, il aimait k pessoane et cfaéimait la gloire 9 sans auomi in*

HISTOIBE tXi BAS~£MPiaE. '99

férèt. Julien l'en admira davantage pour ce refus qtii répondait à la haute idée qu'il 8*en était formée.

Le sîége de Gtésîphon fut pénible et dangereux. Cependant la valeur des légions surmonta les principaux obstacles; elles s'emparèrent des forêts qui entouraient et protégeaient la ville. Un canal creusé par Trajan , mais négligé et presque comblé depuis quelque temps , fut réparé par Julien , qui s'en servit pour porter ses vaisseaux fusque dans le Tigre. Le passage de ce fleuve par Farméejromaine, offrait moins de difficultés mais plus de danger; le coin-ant était rapide et les fortifications qui bordaient la rive opposée étaient garnies de troupes. L'intrépide Julien ne se découragea pas ; il fit décharger quatre - vingts barques 9 et, sans communiquer son dessein, mëme«aux principaux chefs de l'armée, il donna Tordre à ttn détachement d'élite de se tenir prêt à prendre les armes lau premier signal. Après avoir' passé tonte la journée ati milieu des exercices militaires, il annonça, en soupant, à ses offîeiers, qu'il avait choisi cette même nuit pour franchir te fleuve; en vain lui tirent-its mille représentations, les barques qu'il avait disposées' touchèrent bientôt à la rive opposée où elles furent incendiées par l'ennemi; Julien voyant la flamme s'élever dans les airs, ne se dissimula pas la^ grandeur du péril , mais sa présence d'esprit en pro-

100 BISTOIBE DU BAS-ESrfrlUt.

ftta pour s'assurer la victoire, t Nos compagptiôitf

> ont le dessus, s*écrîe-t-il , ils sont maîtres du » terrain , et ces feux sont le signal convenu pour 9 nous Tannoncer. Hâtons-nous donc d'aller par-

> tager leur gloire ! s Alors la flotte se mit tout «iitiëre en mouvement ; les efforts des mariniers parvinrent à maîtriser le courant, et les soldats , arrivés assez à temps pour secourir leurs camarades, escaladèrent. le parapet sous une grêle de pierres et de traits. L'empereur les rangea en ordre de bataille , un combat opiniâtre s'engagea ; par- tout repoussés , les Perses s'enfuirent à l'exemple de leurs chefs. Les Romains, suivant les écrivains ^ui racontent leur victoire, ne per-^ dirent que soixante-quinze hommes, tandis que leurs ennemis laissèrent sur le terrain six mille de leurs plus braves soldats.

MaiF là s'arrêta le bonheur de Julien qui, |u9^ qu'alors, avait vu réussir tous ses desseins, même les plus j(iasardés ; tandis qu'il se rendait maître des environs de .Ctésiphon , il attendait avec imr patience l'arriyée .de Procope et de Sébastien , présumant qu'ils auraient surçtonté, co^mme lui, les obstacles qui auraient pu entraver leur marche; il attendit en vain; jd£S différends survenus cuire ces deux gén^raux^ et la* défection 4u jm d*Arménie qui rappela subitement ses groupes , empêchèrent la jonction projetée. Julien , obligé eufiîi de renoncer à l'espoir de xe re^nfort^ tint

niStOlHË DO BiS-EMPlAB. 101

conseil avec ses officiers et résolut de lever 1« siégé; cependant il persista à rejeter toutes les propositions de paix. Sapor, habitué aut lenteurs et aux irrésolutions de Constance, avait été surpris par l'actîvîlé de son successeur, et n'avait pais eu le temps de rassembler ses troupes éparscfi dans les provinces éloignées ; il voyait donc Teiinemi ravager sous ses yeux TAssyrie qu'il ne pouvait défendre; son orgueil céda; î! fit partir un des premiers seigneurs de sa cour qui, sous prétexte d'une affaire particulière à traiter avec lîormisdas, devait solliciter d'être admis en présence de l'empereur. Julien fut inflexible ; il donna ordre à Hormisdas de le renvoyer sans que l'armée «ût quel était Tobjct de sa mission , de peur que le. zèle des soldats ne se refroidit par la perspective d'une paix honorable.

Julien voulut aller à la rencontre de Tarmée de Sapor, et renonçant à côtoyer plus long-tempt le fleuve , il s'avança dans l'intérieur des terres , d'après le conseil d'un des serviteurs de Sapor qui avati feint de déserter pour mieux servir son maître et son pays. Hormisdas qui connaissait toute la duplicité du caractère de ses compatriotes, s'efforça vainement de lui inspirer de la déliance contre le prétendu transfuge; le crédule Julien , à l'instigation de ce dernier, donna l'ordre fatal de la destruction de sa flotte. Les onze cents vaisseaux et leur cargaison furent consumés par les

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flammes, après qu'il en eut enlevé des vivras pour une vingtaine de JQur«. Le mécontenteioent des soldats éclata dan» cette occasion; et il devait être légitimé par révënement. Aussi Thistoire qui juge toutes les actions diaprés le résultat ,^a-t-elle blâmé ce trait hardi de Julien , comme le comble de l'imprévoyance et de la folie, tandis qu'elle approuve une conduite toute semblable dans Fer* nand Cortez, pendant la conquête du Mexique.

Julien anéantissant ainsi, d'un seul coup, toutes ses ressources, comptait pour la subsistance de son armée sur les contrées fertiles qui s'éteu-? dent d«s bords du Tigre jusqu'aux montagnes de la Médie. Mais par-tout, à l'approche des Romains, les habitans prirent la fuite, eomienant avec eux leurs bestiaux et mettant le feu aux ré-» coltés , àe sorte que rempereur se vit réduit 9ji\

ped de vivres qu^il avait conservés. II se flattait cependant qu'àva.nt de les avoir épuisés, il pourrait atteindre les riches cités de Suse ou d'Ecbatanevers lesquelles il se dirigeait à marches forcées ; l'ignorance ou la trahison de ses guides lui enleva ce dernier espoir, et ses soldats affamés errèrent pendant plusieurs jours dans le^voisi-^ liage de Bagdad. Déjà le faux transfuge avait quitté le camp secrètement; ses compagnons, misa la torture, avouèrent sa perfidie. Alors tous les rêves de gloire s'évanouirent; Julien abandonnant toute idée ultérieure db cc^nquête , tourna

«69 pas vers la frontière et donna le signal de la retraite soixante-dix jours après avoir passé le Ciiabof as dans l'exaltation des plus hautes espérances.

Près des bords du Tigre, sa marche fut-inte^ ceptée par un corps considérable d'ennemis, commandé par un général habile ef vaillant. Quoique, dans plusieurs engagemens, les Romains eussent touîours été victorieux, leur dénuei&ent allait croissant, et ils avaient contre eux le cliniat. Les vétérans des froides répons des Gaules et de là Germanie suceodibaient sous le ciel iH-ûiant d'un été d*Assyrle; et quoique Julien, se eontentafil; de la simple ration de soldat , eût fait aux troupes Tabandon de toutes les provisionf* Téservées pour lai et pour sa maison ,'il paraissait in»* possible d'arriver aux frontières avant d'avofr éprouvé toutes les horreurs de la disette. Un mo^nè découragement s'était emparé des soldats, tous «'attendaient à périr par le fer , les mclladies ou la faim. L'empereur lui-même , dans son înquîétu^ de, se laissait aller aux plus sombres pensives. Les fantômes de la superstition l'assiégeaient et métamorphosaient le moindre incident en un présage sinistre. Un brillant météore qui parut et s'évanouit aussitôt dans les airs , devint à ses veux l'image menaçante du dieu de la guerre. Les Aruspices, qu'il consulta à ce sujet, furent d'avis qu'il devait s'abstenir de combattre; cependant

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