DU MOYEN AGE. XL
puissans encouragemeus sous Henri II d'Angleterre 5 siius les princes de la maison de Hoheustaufen, sous Saint-Louis, les Alphonse Y et VI et quelques autres princes. A partir de Tépoque où parurent les Lanfranc, les Abailard et les Jean de Salîsbury, il se trouva toujours des hommes distingués qui opposèrent leurs efforts à l^ décadence du domaine scientifique. Mais 9 bien convaincus que la tendance contraire • était le plus grand obstacle qu'ils eussent à vaincre 9 ils cru^ refit ne pouvoir réussir qu^en faisant une guerre à mort au sentiment et à Timaginatiott. De là vint la sécheresse rebutante de la philosophie qu'ils ettse%nèrent. Ainsi la barbarie des formes tt le pédaotîsnie glacial de la scotastique, furent moins un résultat de Tignorance universelle , comme on le pense généralement, que TefTet d'un système calculé pour rompre la trame des. enchantemens poétiques dont le siècle était enveloppé. La théologie subit égalemen t le joug de ces formes peu attrayantes, mais elle.avait du moins pour elle une certaine indépendance d'opinions. L^un des fruits les plus positifs de cette impulsion scientifique fut le goût de ia jurisprudence romaine,, qui se répandit en Italie principale* ment. Les Italien^ embrassèrent avec une iufati-^ gable patience qui se conciUe mal avec la vivacité d'ii^iaginaùon qu'an leur attribue, Tétude stérile du code et des pandecles de Justinien. Jls com** mentèrept avec dévouement ce qui avait été commenté » et firent des scholies sur la glose comme sur le texte. Les philosophes ^ à l'exemple des juriseonsultes, ne tardèrent pas à surcharger d'interminables interprétations leur maître Aris* tôle, ce dieu du moyen âge, quoiqu'il n^ fût eiioore connu que par des traductions arabes. Un véritable fléau sortit, pour la raison humaine de ce fatras d'explications qui finirent par remplacer
Xiij GOTTP d'oeil 8UR LEâ iNSTiTlTlO^Tf;
etfair^ oublier eniièremcitt la doctrine du ptiîlosophe de Stagyre , dont la mémoire a fort îuf u»tement porté la responsabilké des querelles et des absurdités qui ont mondé FEuropeet fatigué le papier durant qualre ou cinq cents ans.
Lorsque par-tout naquirent des universités imbues d'aristotélîcîsme , ces ajssociâtîons savante» et enseignantes s'organisèrent sur le plan des cor-.^ poratioDS, de sorte qu'elles opposèrent aux pro-* grès de la raison humaine les doubles entraves de Tesprit de corps et de l'erreur pédantesque consacrée comme culte exclusif. Ainsi, de par ArîstotCy Accnrse et saint Thomas, elles professèrent exclusivement la -jurisprudence , la théologie et cette phOosophie qui n'élaît que Part ridicule et frivole de disputer avec subtilité, et an moyeu d^une terminologie barbare. Déjà à la fin du douzième sièeie, ces prétendues- sciences n'étaient plus qu'un misérable abus de la parole, affligeant soaodale du bon sens.
La médecine, plus affranchie de la tyrannie d*Artstotc , fut redevable de quelques enseigne^ mens utiles et de quelques ^j^^gmes sûvs , aux connarssanc^ci positives des Ardbes, qui la cultivaient, et dont les fondateurs de la célèbre écefe de Saleme furent les disciples. Mais ces savan» hommes ne purent empêcher que fart de guéVir ao tombât sous le joug de Fasirologte judiciaire 6t de la magie, et qu'il ue devint le compHt^e dç totts les fripons et de tous les aventuriers dont Fexcès de la crédulité pubKque était le palrimoine assuré.
La philologie ou Httératvtrfe proprefutmt dite ^ avait jeté quelque éclat à l'époque d'Abaiîard et de LatifrUnc; mais à la fia du douzième siècle , elle était presqu'entièreraent négligée. Lo rai*eté des livres et l'èxtréme cherté des mafiuscnts fut , durant tout le premier période du moyenâge, le
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plus g;raiid oUsIacte à la culture des lettres. Saint-, Loui$ fut le vérilablo restaurateur de» études par rétablissement de Tuaiversilé et d'itne biblio<thèque royale.
La science , malgré cette décadence effective , maintint cependatrt. dans un très-haut degré de considération cl de crédit ceux qui étaient réputés la posséder. Le premier dignitaire de Tulûversilé avait le rang de chevalier. Ce qui con-> triima d'ailleurs à la rép:itation des universités; ce fut la fcriBelé qu'elles déployèrent dans leurs fréquentes luttes contre les papes et les rois. Les privilèges qiiVIIes avaient conquis et dont clte.^ se miontrèrcnt toujours si jalouses , eurent dti moins Tulilité de conserver une triiunô h ces vérités 9 à ^es réclamations si véhén^ntes, que la iiiérarchie ultraoïontaine redoutait kiugulièrenieut. Ce fut par renbl de ces privilèges qu'il fut fierims à Luther d*ufijcher ses thèsc^s à Wit* temberg. On peut donc dire à la louange decrunivemtés« qm peut-être . au iourd'huirépadieraicnt volontiers cet éloge 9 qu'elles ont essenticlleineAt coaoouru à la réformation. Ceux-là se trompent qui «ttriboeut à la réforme celte tendance à Tes*prît d'investigation et d'eximen; ce fut , an contraire 9 cet esprit qui la provoqua. Il existait dans les attivenités(i).
(1) Ef îlexisttra toojonrft dans les mdincs circonstances. Vm l'ffet y tonte réunion d^bommes qui pourra purvenir h se l'enclrc indépendante 9 an milieu de 1 assert isseuieui' lanfrver- *sc\f et qui cuTti^tra la pensée sans avoir aucno compte à rendre de ses doctrines, quels oue soient ses piçj-^gl^'^ ^^ qndqnes ^oeboi que soient ses dehors , fimra iouj<>uni ptfr poussexsAfi siècle en avant 9 et minera Tniltorit^ t^tubtic si les fondc|nens n*en sont ni légitimes ni sArs.
Mais le temps ayimt p«n K pen enlevé aux unirevskcs leur {«idépendance ot leurs privilèges, elles n^ont phisété, dans la pIupAnt des états d'Bkirape, qu''nn î«stromfnt de plus dans les matoâ de l'autorité, L^s-r^teoMns.auîversistairet a^x-
Xi«tV COUP D*0C1L SUR LES INSTll l T10]?FS
li était né prè» d*un siècle auparavant ; il était venudeCohstaulinople avecces Grecs fugitifs qui n'avaient rapporté de leur opulente patrie que l'amour des lettres et l'habitude de i'argumeuta-* tion; il était né, cet esprit d'examen , avec l'imprimerie; il avait été favorisé^ par des princes puissans en Italie 9 par des associations en AUen^agne, comme la confrérie de Dcventer à Wesel ; enfin 9 de grands hommes tels qu'Érasme 9' Reuchlin et plusieurs autres 9 l'avaient fortifié do toute la puissance de leur raison et de toute la chaleur de leur haine contre les abus sacrés. Ils furent les précurseurs du réveil de la raison hu* maine ; m:iis devant eux se dis8lpèrcnt9 avec de funestes erreurs, les illusions charmantes et le clair obscur romantique du moyen àgp.
Tel^ sont les traits principaux de eè temps , de ce moyen âge qu'un auteur ingénieux a justement, nommé le temps des mérites méconnus.
La question souvent agitée de nos four99 si l'époque GÙ nous vivons est préférable à ces sièqles réputés si ténébreux, est passablement oiseuse : toute époque est bonne pour les hommes que la providence y jette, car chacune produit à peu près ceux qu^il lui iaut; cepetidant, si , laissant de c6té les vues générales , nous étions obligés de dire laquelle enfîn nous parait intrÎR*sèquemcnt la meilleure, nous répondrions : Il n^est point de vieillard , ni même d'h<»mme à peine arrivt'^ à l'âge mur qui, tournant quelqueibis ses regards en arrière , ne regrette ses jours
quels il a falla, se soomcUrc pour Pexercice de certaines [)rofes^ipnA , Qol titc un moyen sur de favoriser la sottise et la médiocrité et de repousser le me'rite et le talent. L^orgueil stupidc et la eupiditc' de quelques professeurs, ont seuls trouvé leur compte dans ce culte imbe'cille pour les ruines d^m monument bâti pour un autre âge, et qui n'e&i qn^une. bonté et un ridiculç de plus pour le nâ^re.
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écoulés et ne redemande ce temps si beau de sa jeunesse et de ses keareuses illusions!
Dans l'esquisse que Ton vient de lire , nous nous sommes principalement attachés à reproduire Tesprit général de Tépoque et la transformation des opinions qui forment la vie morale et intell(x(uelle des sociétés. Quant aux moiivemcns politiques et aux. révolutions matérielles du moyen âge , elles peuvent se résumer dans le cadre suivant :
La monarchie universelle de Charlemague se fornia par Fagglomération des divers états que les nations germaniques avaient composés des provinces démembrées du vieil empire romain , immédiatement après la grande migration de ces peuples. Cette monarchie périt dans les mains des faibles siiccesseurs de Charlemagne ; mai!» elle laissa après elle y en Occident , l'idée et le modèle d'une grande unité monarchique : phare qui a guidé les rois depuis cette mémorable époque 9 en a égaré plusieurs, et même de nos jours , a causé la ruine de la plus puissante fortune nionarchique dont le monde puisse garder le souvenir.
Après l'extinction de la race carlovingiennc , commencèrent la nouvelle distribution, continenlalie et la forme que devaient prendre les États nKrdernes européens. Mais ce mouvement fut suspendu par une nouvelle invasion dé Barbares : les Sarasins, franchissent les barrières du midi, et les Normands ^ dévastent les côtes dit nord et de l'ouest. Les Hongrois ou Huns, peuple delà grande famille turque » s'emparent des régions de l'est Ces diverses hordes sont arrêtées et repoussées parles nations germaniques; cependant le» Normands fondent des colonies en France, en Italie et en Angleterre. Ces aventuriers intrépides répandent l'ci^prit de la chevalerie qui pé-
XT.VÎ ' COUP D OEIt St'fl lES IS.'iTlTtTlOKS
nètre et modiflû TEnrOpc entière. Taudis que celle révolation s'opère, le chrîslîanlsrne , i*eifioiité de rOrlent, va coinroeticer la lente civî- Hfiation fl-autrcs barbares, les peuplades slaves , qui liabîlaienl le. nonl-est de l'Europe.
Cependant, les qncrelles qui s'émeuvent entre l'empire et le sacerdoce, entre les papes et les souverain»' d'Allemagne , semblent pi'éparcr la ririne de la chrétienté. Alors Rome suscité le projet des croisades pour prévenir \iHe désunion qui lui eàt été fmieste. Les seigneurs aliènent une partie de leurs domaines, afin de subvenir aux frai» de ees expéditions, ils rendent la liberté à leurs serfs, cl c'est le commencement des com* nlunes et des villes. Plusieurs de ces villes , devenues indirstrîeases , s'élèvent h un haut drgré d'opuljcnce par le commerce avtc KO rien t.
Le clergé, parvenu à un trop haut degré de puissance, commence à dégénérer après Charînmagne; et deux siècles plus tard, Grégoire Ylî achève de l'égarer loin des routes évangéliques en l'appelant à l'exercice d'une grande influence temporelle. Ses mœurs se dépravent complètement. Les ordres mendians et l'inquisition sont créés pour raffermir dans les mains de Rome le sceptre prêt à lui échapper. LVutorilé impériale décline en Allemagne et eu Italie, et l'usage des guerres privées transforme l'Europe entière en une vaste scène de brigandage et d'anarchie.
Cependant; au milieu de ce désordre 5 les tyranv féodaux les phis heureux ou les plus forts , jettent fcs bases dé puissans établîssemens , les fKïiences refleurissent, les universités naissent; de grandes découvertes, la boussole, rimprimerie, rinvcntion du papier, celle de la poudre à canon , surgissent comnie de puissans auxiliaires pour les nouvelles destinées des peuples. Tandis "fip ces éclairs iaîlli^aient du sein du temps ou du
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hazard, OQ des conibiiialsoiiR de riatclllgciice humaiiic, et déchiraient le réseau ténébreux qui enveloppait le monde , TEglise , intéressée au mainlieu du vieil état social^ prêtait ello-méuio les mains à sa mine.
Les furieuses concurrences excitée» par Tliéritagé de saint Pierre, les querelles scandaleuses des papes et des anti-papes , contribuèrent à rabaissement de Tautorité pontificale; elles ame* Dirent le déchirement ecclésiastique connu sous le nom du grand schisme d^OccIdent. Un papc^ français de naissance , ayant fixé sa résidence 4 Avignon, pour complaire à Philippe-le-Bel, cet exemple fut suivi p^r plusieurs de ses successeurs*; mais les Italiens, las d'être gouvernés par des délégués de rautorilé pontificale, en nommèrent un de leur nation , tandis que les cardinaux françiis, àe leur côté, faisaient la même chose. L'Europe chrétienne se divisa entre ces deux papes, et le schisme se prolongea depuis 1378 jusqu*en 1417. Les conciles de Constance et de Bàle rendirent une ombre de paix à TÉglise; cependant tous ces désordres et toutes ces querelles avaient porté un coup mortel à la papauté eit, dans lé premier de ces deux conciles, on vit poindre déjà te germe de la future réformatioi^.
Ainsi se préparait la grande révolution du sei-' tième siècle ;. ainsi naissait le torrent des idées, nouvelles qui roule le monde chrétien dans ses flots, encore aujourd'hui. Est-il vrai que chaque jour un progrès nouveau vers l'avenir épure ses flots et régularise sa course , 0^ que son inondation devienne plus vagabonde et ses ravages plus désastreux ? Les opinions fermentent et s'entre* choquent entre ces poîsts de vue si opposés.
FIS DE t'iirrRODVCTION.
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