‹ Histoire du Bas-Empire: Avec une introduction: [Coup d'œil sur la naissanceChapitre 7 sur 11 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

^ La mort de Jnlien , dernier rejeton de la ràee de <!on8fantin, laissait Tempire 6ans chef et sans héritier ; les principaux officiers de rarmée s^assemblèrent , à la hâte ^ pour élire son successeur. Le préfet Sailuste, sur qui se réunissaient les suffrages, refusa en alléguant son âge et ses iniirmifét. Dans ce moment , quelques voix ayant salué Jovien du titre d'empereur, les soldats , dont il s'était fait chérir par son affabilité , s^empreasèrent d'applaudir à ce choix 9 et il fut invetiti du pouvoir souverain par acclamation. Le premier soin du nouvel empereur fut de continuer le plan de campagne de sou prédécesseur ; mais Sapor, dont le courage s'était ranimé à la nouvelle de la mort de Julien, qui lui fut révélée par un soldat désserteur, réussit à empêcher l'armée romaine de passer le Tigre , et força Jovien de consentir une paix qui ternit à jamais la réputation que ce dernier s'était

106 HUTOIBE DU Bi.S-EBfPlBE.

acquise dans les armées. La retraite de rarmée romaine fut achetée au prix de cinq provinces, des villes de Nisibe» de Sîngara, et d'une den forteresses les plus importantes de la Mésopotamie, ainsi que par l'abandon de tous les droits de l'empire sur le royaume d'Arménie. Moyen- -nant ces conditions onéreuses, une trêve de trente ans fut conclue entre les deux nations.

Cette paix mécontenta tout l'empire en général , et sur-tout les citoyens de Nisibe, qui supplièrent Joyien de ne pas les livrer aux Barbares, encore irrités db l'opiniâtre résistance que leur avait précédemment opposée la ville. Leurs prières furent inutiles ; Jovien leur commanda de sortir de Nisibe, dans trois jours, sous peine de mort, et leur assigna, pour retraite, Amida qui, par cet

^ççroissçmçnt 4ç pcpyJ^U^?»? deyint biwiôt 1^

-capitale de la Mésopotamie.

£n arrivant au pouvoir, Jovien, chrétien isélé, e*était empressé de réparer le mal qu'avait fait, h sa religion, l'apostasie de Julien, et de faire précéder ses légions» dans leur marche, parla bannière de la croix déployée ; mais, plus tolérant que son prédécesseur, il accorda , en même temps, à tous ses sujets , une liberté générale de culte. Après un règne de moins d'un an, il fut, un ma'> tin , trouvé mort dans son lit. Cette mort soudaine fut attribuée à un excès de table ; on répandit aussi qu'il avait été bouffé par la vapeur d'un

BISTOI&E DU BAS-EMPim. IO7

feu de charbon inb prudemment allumé. Mais»

à travers les incertitudes d*un. fait si négligemment constaté 9 la plupart comprirent les effets du poison. Il ne laissa qu'un fils en~l>as dge, qi;ii lui survécut seize ans.

^près sa mort, l'empire roHiaîn demeura dix jours sans maître. Le trône vacant fut offert » en* core une fols, à Salluste qui le refusa de nouveau. Alors on voulut élire son fils, mais il s'y opposa , alléguant que Tinexpérience et la jeunesse de celui-ci 9 le rendaient aussi incapable de régner qu'il rétait lui-n^ême à raison de sa vieillesse. Plusieurs Autres candidats furent re jetés : les suffrages S6 réunirent ensuite sur Valentinien , fils du comto jGratien; Le comte s'était élevé,. d*une condition obscure, jusqu'aux premières dignités en Afri-

qu? çi ^^m U, Çr^p4Ç"?rc::;r.:, c* «w ûi? ^vai|

fAÎt preuve, dans toutes les occasions , d'un courage îndomptaMe et d'un caractère plein de fermeté. Sa taille haute et majestueuse , son élo-* quence entraînante, quoiqu'il n'eût jamais étudié l'art du rhéteur, captivaient la multitude; tandis que sa tempérànee et la rigide discipline ^ qu'il maintenait avec soin, forçaient les soldats à l'obéissance en même temps qu'au respect et à Tesiimc.

Ce fut le a6 février 564 , dans la quarante^ troisième année de son âge, que Valentinien fut décoré de la pourpre au milieu des acclamations

lOB HIStOlftE fiV BAS-EUPIBÏ.

doff troupes; mais 9 lorsqu'il voulut les haranguer du haut de son tribunal , il fut hiterrompu par leurs clameurs ; on voulait qu'il se désignât , à rinstant, un collègue à Tcmpire. Son intrépide •ang-froid ayant enfin obtenu que le silence se rétablit 9 il déclara que 9 depuis qu'il était investi de Tautorité souveraine, il était de son devoir de veiller aux intérêts de ses sujets j et que le choix d'un associé au pouvoir, demandait une mûre délibération. Il ajouta : « Je me charge de ce soin. > Ce que vou^^ avez à faire , c'est d'obéir. Rentrez

• dans vos quartiers ; allez vous reposer le corps » et l'esprit , et comptez sur la gratification d'u-

• sage à l'avènement d'un empereur. • Les soldats, étonnés et intimidés, cédèrent à l'autorité de leur $ouverain, et Yalentinien fut conduit, avec pompe, au palais de Nicée. Cependant, malgré sa résistance aux caprices de cette inultitude, il jugea à propos de consulter les principaux chefs; et, un mois après, il conféra le titre d 'Auguste à son frère Yalens.

Le plus grand mérite de Yalens fut son affee* tlon sincère pour un frère et un bienfaiteur dont il reconnaissait hautement l'autorité et les talens supérieurs. Yalentinien lui assigna ^ dans la division de l'empire , les provinces d'Orient et la \ille de Constantinople, se réservant l'Italie, la Gaule et rUlyrie. Il fixa sa résidence à Milan.

( Septembre 365. ) I^ tranquillité de l'empirt

BISTOIIK DU iA8-EIIPlBE. IO9

fut bientôt troublée par les prétentions de Procope, parent de Tempereur Julien. Sons le règne de Jovien , le bruit s*était répandu sourdement que Julien avait investi son parent de la pourpre impériale dans le temple de Diane ; Proeope avait cherché d*abord à accréditer cette opinion ; il avait ainsi inspiré des soupçons à Jovien , mais il les avait promptement dissipés en protestant de sa fidélité 9 et cet empereur, satisfait de sa soumission , lui avait permis de se retirer, avec sa famille , en Cappadoce* A l'avènement de Valenttnien et de Yalens , Proeope fut arrêté par leur ordre; mais il échappa à la vigilance de ses gardes, il traversa le Bosphore et alla se cacher dans une retraite ignorée. Bientôt, saisi d'ennui eu poussé de désespoir, il en sortit et s^embarqna sur un navire marchand qui faisait voile pour Constantinople. D'abord, il osa à peine se montrer dans les villages de Bylhiuie; mais, deux de ses amis l'ayant informé de la situation des affaires publiques, il renonça à son obcurité. Le peu pie hélait mécontent du renvoi, au moins impru> dent 9 du préfet Salluste; Yalens était alors en Sjde, et son caractère était universellement méprisé. Proeope vit que les circonstances étaient fj^TOrables à une conjuration dont il noua les ûls ; deu;E cohortes de Gaulois se laissèrent gagner par les ccinspirateurs ; ceux-ci se réunirent près des bains d'4>9^$la«Âc , et Procof»e, revêtu de la rob»

1 10 . HISTOIfiE DU BAS-EUPIRE.

de poufpre 9 fil son apparition au milieu de Constantinople 9 comiiie s'il fût sorti du tombeau. Les ftoldats raccueillirent avec des cris de )oie et lui jurèrent fidélité; les mécoutens coururent se ranger sous son étendard ; on arrêta les principaux magistrats , on ouvrit lés prisons , Ton s -empara des arsenaux; et, dans Tespace de qudques heures 9 Procope se vit maître de la capitale de Tempire. Les princes goths contractèrent alliance avec Tnsurpateur, et les villes deThrace, ainsi que les forteresses situées au bord du Danube 9 reconnurent son autorité. Ses généraux soumirent les riches provinces de TAsie et de la Bythinie ; les redoutables légions des Joviens et des Herculiens embrassèrent aussi son parti. Enfin raliiance de Faus** tine, veuve de Fempereur Constance , sembla sanctionner ses prétentions; la princesse Constance 9 alors à peine âgée de cinq ans, fut présentée aux soldats, qui jurèrent de verser leur sang jusqu'à la dernière goutte pour rhérilière royale. Yalentinien s'était occupé à faire la guerre aux Germains, quand il reçut les alarmantes nouvelles de rinsurrection d'Orient et de la mort de Yaiens. Toutefois il était faux que Yalens eût eessé de vivre. Il était à Césarée quand on* vint lui annoncer la révolution soudaine qui venait d'avoir lieu. Désespérant de pouvoir Tan^ter, sonpremier mouvement fut d'entrer'en arrangement avec l'usurpateur et d'abdiquer la pourpre; mais

BISTOn^E DV B1S-BIIPI3B. 1 1 I

ses ministres Yen détournèrent. On regagna Teiiprît de la multitude en rappefant^le préfet Sal- Juste ; les généraux vétérans se laissèrent persuader de soutenir, de leurs talens et de leur influence, la cause du frère de Théroîque Yalentinîen , et les soldats 'dov Procope abandonnèrent son parti avec la même légèreté qu'ils Tavaient d^abord embrassé. Dans deux engagemens . l'un à Thyatire et Tautre à Nicosie, Tinfortuné parent de Julien se vît trahi par ses propres troupes le aB mai 566; et, après avoir erré quelque temps dans les bois , Il fut pris e^ subit le châtimeul de sa mauvaise forttae.

Le naturel austère de Yalentinîen Je rendait souvent sourd à la voix de Thumanité ; à ses yeux la rigueur seule était justice, la clémence n*était que faiblesse. Valens avait un caracfère plus doux ; mais il était livré à la crainte et à la méfiance; le moindre soupçon Texcitait à punir. C^est ainsi que , sous les deux frères , Rome et Antioche de^ vinrent le théâtre de plusieurs exécutions dont les motifs étaient très-différens ; Tadminislration de Tun comme de Tautre , parut néanmoins équi* table et modérée toutes les fois qu'ils purent se dérober à Tinfluence de leur humeur. Quoique Valentinien eût été élevé dans les camps , Rome lai dut plusieursf institutions qui avaient pour but les progrès de la science et un meilleur sysd'éducàtion de la jeunesse : il fit sur-tout

Uft HlSTOIfiE DT7 BAS'-EBXPIbE.

preuve d'une grande sagesse en s'abslenant de prendre part aux-H^^uerelIes religieuses qui agitèrent son siècle. Par une modération pleine d'adresse et d'habileté, il ca|mia ranîoiosité des diverses factions qui divisaient l'Église et parvint même quelquefois à les concilier entre elles. L'empereur d'Occident, n'en fit pas autant pour le bonheur de ses sujets : ayant embrassé laXcroyanco deè Ariens 9 il se laissa entraîner à des persécutions contre les partisans de l'Église catholique. U sévit principalement contre les moines d'Egypte; et ceux-ci furent en butte aux traitemens lés plus* arbitraires de la part du clergé arien qui 9 dans son fanatisme haineux 9 outrepassa souvent les intentions du prince.

Par le traité de rempere.ur Jovien avec Sapor, il avait été convenu que les Aomains renonceraient à la souveraineté, comme à l'alliance des royaumes d'Ibérie et d'Arménie. Dans l'année 365 5 Sapor, à la tête d'une armée formidable , entra sur le territoire d'Arménie , s'empara par trahison de Tiranu», roi de cette contrée, qui ne survécut pas long-temps à son malheur, et rédui- 4slt ôe royaunie à n'être qu'une province de la Perse. Il chassa du trône d'Ibérie Sauromaces qui l'occupait sous la protection des Romains et le remplaça par Aspacuras, l'un de ses vassaux. Hais le monarque Persan apprit bientôt qu*il est plus aisé de £sdre des conquêtes que de les c«i^

RtSTOrtlfi t>tî BAS-£MPI&ft. It^

«erTcr ; en Arménie, nn parti nombreux tt puissant proclama Para, fil» de Tîranus, comme s^ul souverain légitime; et en Ibérie, le peuple obligea Aspacuras de partager la royauté avec son rival Sauromaces. Valens, avec la lenteur qui le caractérisait, ût quelques démarches pour soutentr la domination des Romains dans ces deux pays; douze légions furent envoyées en Ibérie, et une puissante armée, sous les ordres du comte Trajan, alla camper sur les frontières d'Arménie. Ces démonstrations hostiles donnèrent lieu à de longues négociations. L'âge avancé de Sapor le disposait à la modération, malgré les avantages que lui offrait Finvasion des Golhs et plus tard celle des Huns, s'il eût voulu s'eznparer des provinces d'Asie. Enfin, sa mort^ après un règne de soîxante-dix ans (année 585), délivra l'empire d'un ennemi irréconciliable ; et les troubles qui . s'élevèrent bientôt en Perse empêchèrent les souverains de cet état de s'occuper des affaires de leurs voisins.

Le destin de Para est un épisode déshonorant du règne de Yalens. Le fils de Tiranus avait été alternativement soutenu et abandonné par le ti« mide sénat de cet empereur. Para se coosidérant comme souverain , indépendant de l'Arménie,, réussit à s'échapper des mains de celui-ci qui ^ l'ayant trompé par ses protestations d*amitié, s'€ff«rcait d« le retenir captif. Après son retour

Il4 mSTOIAB DV BAS-EiiPIRB.

dans son royaume, il continua à se montrer Tallié Ae Rome; mais Yalens lui avait fait trop de mal pour lui pardonner jamais. Le comte Tra|an iitvilà donc, au nom de Tempereur^ le trop confiant Par^ à un banquet somptueux , et le sang d*un roi, d'un hôte, d*un allié, souilla la table du fes« tin et attesta la démoralisation de cette époque qui commence la décadence de Tempire romain.

Dans Tespace de trente ans, les Gotb» avaient considérablement étendu leur domination. Hermanric , roi des Ostrogoths , s'était fait reconnattre par les diverses tribus comme souverain de toute la nation gothique , et les chefs des Visigoths avaient renoncé à leur titre de rois pour prendre celui de juges. L'ambitieux Henhanric avait poursuivi le cours de ses conquêtes et soumis plusieurs peuples. Lors de la rébellion de Procoi>e , les Goths se rangèrent de sou parti et envoyèrent des troupes pour le soutenir; mais avant qu'elles eussent pu se joindre à lui , l'usurpateur n*existait déjà plus. Les généraux de l'armée de Valons interceptèrent leur retraite et leur coupèrent les vivres, de sorte que ces barbares furent obligés de se rendre à la merci du vainqueur qui les dispersa- ds^n s plusieurs villes d'Asie. Hcrmanric, vivement touché du sort de ses compatriotes, dentanda, d'unton menaçant, le renvoi des prisonniers. D'abord, on lui signifia un refus dans des termes modérés ; mais ensuite.

/HlSTOiaE BIT BAS-IKPIBE. Il 5

tes reproches et les exhortations dé Yaieiitfiiteii à son frère ) engagèreiU celui-ci à venger la majesté du trône insultée par le chef des Goths.

(A. 367, 568, 569.) Mermauric, réduit à se défendre , confia à Athanaric le commandement de cette guerre ; él^Yalens, à la tète de son armée^ traversa le Danube. Deux campagnes n*amenè*rent aucun événement décisif; mais, dans une troisième, Athanarîc fut vaincu et sa perte fu^ d'autant plus sanglante que les généraux de Tem-' pereur avaient promis une récompense pour chaque tête de Goth. Les Barbares se soumirent ; Yalens et Athanaric eurent une entrevue au mitieu du Danube. Les Goths perdirent, par le traité de paîx^ la liberté du commerce , et leurs chefs, à l'exception d'Athanaric, furent exigés de tenoacer à leurs pensions et aux subsides cfu'Hs re^^* oevaient. Après cette guerre, Us Goths restèrent' tranquilles pendant six ans, jusqu'au moment où ils furent refoulés sur l'empire d'Oriekit par les hordes des Scythes qui descendirent tiès région^ Racées du nord.

(A. 5740 I^^s Quades, exaspérés du meuHre' de leur roi Gabinius, assassiné par MarceHin, de la même manière que l'avait été l'infortuné Para, ' avaient profité de l'absence de^ légions de vétérans occupée^ à réprimer la révolte de FirmtÉs, pmir se {eter sur la Pannonie qu'ils ravagèrent de fond' en comUe.IlS'menaeèrent^mème'la'Hé^' '

Il6 BiSTOiHE Bli BA9-B«nie.

M, province frontière, qui ne dut son aalutqu^à son duc 9 le jeune Théodose, dont le courag^e, en cette occasion , le montra digne de son élévation future. Valenliuien qui se trouvait à Trêves, fut transporté de fureur à la nouvelle de ces liosiilîté^. Le printemps suivant, il se ihit en marthe à la tête des meilleures troupes de la Gaule , et entra dans le pays des Quades qu'il mit à feu et à sang. Il était, disait -il, résolu à exterminer le peuple, dont il ne se rappelait que Tagression sans vouloir recoimalti*e qu'elle avait été provo* quée. En établissant son camp , il annonça qu^ll n'entendrait aucune proposition. Cependant, il se laissa persuader de recevoir les ambassadeur» Quades qui hii représentèrent Tinjustice de punir toute une nation pour les déprédations de quelques individus poussés par une vengeance d'ailleurs légitime ; à cette observation , Yolentinien , furieux , accabla d'injures les envoyés. Dans Taccès de sa colère il se rompit un vaisseau dan» Je corps et expira au bout de quelques minutes : il était âgé de cinquante-quatre ans et en avail régné près de douse (A. 575).

Gratîen, son fils a!né, venait d'à I teindre s» dix-septième année. II avait épousé la fille de Constance dont le nom avait autrefois^ servi à soutenir la révolte de Procope, et Yalentinien lui avait défà conféré le titre d'Auguste. Mais il était alors à Trêves «t trop éloigné du camp pour qu*

/ Blî^TOiAB DV DÀS-BMPUE. . . . l\J

les troupes songeassent à lui. Sans égawd pour se» droits, elles proclamèrent empereur un enfant de quatre ai», autre fils que Yalentinîen avqit eu de Justine, sa seconde femme. Le prudent Gratien accéda à ce choix , dissimulant son ress<rntiment jusqu^au moment où, assuré de Tappuî des prineipaux oiEciers de Tarmée , il parviqt par une conspiration à ressaisir la suprême puissance. Quand il eut réussi, il assigna, pour résidence à Justine et à son fils. , le territoire de Milan , réservant pour lui seul tous les pays de l'autre cdté des Alpes. L'empire. Romain se trouva ainsi gouverné au nom de trois empereurs , Valeus , Gratien et Valentinien II; mais la puissance de Valens se bornait à l'Orient , et il ne lui était pa» permis d'intervenir dans les affaires de la division d'Occident.

Ce fut sous le règne de Yalens qu'eut lieu l'invasion des Huns en Europe ; invasion sans laquelle les Gotks n'eussent pas refhié dans les provinces d'Occident. Ainsi le grand bouleversement d'où devait résulter Tanéantissement de Tempire romain doit être attribué aux émigrations des tribus de chasseurs et de pâtres qui , venus des plaines immenses de la Scythie (aujourd'hui Tartarie) , firent la conquête de l'Asie et dévastèrent TËurope. Dédaignant la culture^ Am terres, ces peuplades des régions du nord ti raient J<»ur subsistance de leurs bestiaux et d»

llS HUTOIBE LV BAS-BIUPIHS

l«urft obevaiixV qu'As traînaient par -tout après eux, et à qui Tabondante végétation de déserf n immenses Iburnissait une pâture safiîsante.

Vivant sous des tentes on sous des huttes en' bois, faciles à transporter , sans d'autre règle 9 dana le choix d'une demeure , que le cours de» saisons, ils quittaient les lieux où- ils s^étaient campés dès qu'ils n'y trouvaient plus^ de pâturarages. A cette époque , le Tartare était ce qu'U est encore aujourd'hui. Son naturel inquiet et remuant 9 ses habitudes de sobriété , le rendent propre aux émigrations et aux cosrquêtes. Sa prédilection pour la chair de cheval , facilite ses opérations militaires. Dans ses excursions, la cavalerie se &it toujours suivre par un troupeau de chevaux de réserve destinés 9 à la fois, à ses remontes et à sa nourriture; et, dans ses marches les plus rapides, un peu de lait caillé délayé dans de l'eau suffît à ee peuple sauvage.

Quand le Tartare est à la chasse, il charge , du soin de ses bestiaux , les captifs qu'il a faits à la guerre. De tous temps, renommé pour son adresse à conduire un eheval et à manier l'arc et la lance, il lui est facile de tourner, contre un ennemi , les armes dont il a appris à se servir contre les hôtes féroces des forèb .

Ces tribus vagabondes avaient fini par reconnaître l'autorité d'un chef suprAme à qui elles don-^ uaient le titre de khan. Quoiqu'ils reconnussent I0

HlftTOIBE DU BAS-EUPIEB. II9

principe de l'hérédité des 8uccessk>n«9 comme, un de& premiers devoirs du Lhan était de conduire ses sujets à la guerre 9 les droits de son héritier se trouvaient souvent annulés par sa trop grande jeunesse, et Ton élisait, en sa place, rhomme le plus vaillant de sa famille. Le khan prélevait régulièrement le dixième, tant des propriétés de ses sujets que du butin qu'Os faisaient sur Tennemi. Il est probable que les Huns, qui, sous le règne de Valons , menacèrent rèmpire, avaient été originairement voisins des frontières de la Chine, et qo'ils Pavaient, plus tard , soumise à leurs armes. Mais plusieurs révolutions successives avaient anéanti la puissance de leur dynastie qui régnait sur ce pays. Les plus faibles tribus de Huns avaient fini par se confondre avec les Sienpi ou Tartares orientaux qui les avaient vaincus; d'autres tribus »'étaien fixées en Chine, mais le plus grand nombre ayant conservé l'esprit guerrier et intrépide de leurs aneét^es, s'avança , sur deux divisions , vers l'Oxus et vers le Volga. Les premiers, s'élant arrêtés sur les frontières de la Perse , s'établirent dans son voisinage, éohàngeant leurs habitudes errantes pour une vie plus sédentaire. Les seconds, qui se dirigeaient vers le nord-ouest , rencontrèrent , dans leur longue et pénible route , diverses peuplades sauvages, danàle commerce desquelles leur férocité naturelle s^ucci-ut encore. Ils $ecouèiénl le joug du

gouvernement qui les avait régis jusqu'alors ^ chaque tribu se choisit un chef indépendant nommé Mursa ou père; et l'assemblée générale de tous les Mursas dirigeait les affaires de la nakion. Les Huns , long-temps après leur sortie de la Chine 9 passèrent le Volga et se répandirent, entre ce fleuve et le Tanaïs, dans les plaines que couvraient le? tentes des Alains, peuple un peu moins sauvage , mais tout aussi guerrier et tout aussi indépendant. Les Alains, qu'ils attaquèrent^ furent complètement défaits ; ils s^iucorporèrent ensuite, pour la plupart, à leurs vainqueurs qui, forts de cet accroissement et de leurs succès antérieurs, tentèrent une invasion sur le territoire des Golhs.

Le vaillant Hermanric vit avec d'autant plus d'effroi cet essaim formidable d'étrangers prêt à fondre sur ses états , qu'il n'ignorait pas que ses propres sujets, 'fatigués de sa tyrannie, se disposaient moins à repousser Tennemi qu'à le seconder. Il voulut alors les épouvanter par sa sévérité, mai» il ne fit que les irriter davantage. Un des chefs , sous ses ordres, ayant déserté, il punit ce crime sur la personne de sa femme innocente. Cette injustice coûta la vie à Hermanric; les frères de la victime jurèrent de la venger ; ils assaillirent le tyran et lui firent une blessure dont il mourut en 375 après avoir langui quelque temps.. Wilhtmer, qui lui succt da^ fut défait et tùé dans ua

BISTOl&E DU AlS-IMPl&E. lat

bataille contre les Huns et les Alains réunis, li'hé- Titier de ce dernier, YUerlCy encore enfant , fut sauré par Alatheus et Saphra]|^. Ces deux fidèles guerHet^ l'emmenèrent, avec ce qui restait de la nation des Ostrogoths, sur les bords du Dniester où Atbanaric était campé à la tête de ses Yisi-' goths. tJn détachement de la cavalerie des Huns, ayant découvert un endroit où le fleuve était guéa* ble I le traversa de nuit et vint attaquer Alhana*rie qui parvint, avec peine, à se réfugier dans les montagnes. Il comptait s'y tenir sur la défensive; mais ce plan judicieux échoua par robstinaltQn de son peuple épouvanté, qui s'imaginait que le Danube , seul , pouvait le^ mettre à Tabri des Scythes. Athaoaric avait juré de ne jamais mettre le pied sur le territoire de l'empire; fidèle à son serment, il s*enfonça dans les montagnes avec quelques soldats dévoués 9 tandis que le corps de la nation des Visigoths conduit par Fritigerne et Alavivus y v\nt sur les bords du Danube implorer la protection de l'empereur d'Orient. -

( A« 376. ) Vaiens , qui^ au retour de ses campagnes contre les Goths, avait fixé sa résidence à Antioche, apprit, de ses officiers stationnés sur , lo bord du Danube, Tagitation qui se manifestait dans le nord : op l'informait que les €oths, chass&(^ de chez eux par une race de sauvage^ appelés les Huns, demandaient, avec les plus vives instances, la permission de s'établir dans les terres io-

l^a BISTOtaB DU BAS-EMPIBB.

cultes de la Thrace , de les défrîclier et d*y vivre eoinme isujets et alliés de l'empire. Privé, par la mort de son frère, d'un conseiller sage et ferme, Talens ne savait quel parti prendre dans cette conjoncture. La situation critique des supplians exigeait une réponse décisive et lui interdisait les délais , ressource ordinaire des esprits faibles. Il consulta ses ministres, qui remercièrent le ciel d'avoir amené 9 des extrémités du globe, ces hordes de barbares pour ajouter aux ressources de Tempire. La requête des Goths fut exaucée ; les gouverneurs des districts de la Thrace reçurent ordre de tout préparer pour l'arrivée et la subsistance d'une colonie nombreuse , jusqu'à ce qu'on lui eût assigné un territoire particulier. Mais Tcmpereur y mît deux conditions : les Goths devaient déposer les armes avant de passer le Danube , et leurs enfans devaient être dispersés dans les diverses provinces de l'Asie pour y être élevés.

Dans l'intervalle des négociations , les Goths avaient fait plusieurs tentatives pour traverser le Danube, et avaient été repoussé^, à chaque fois, par la* vigilance àx^% commaudans des frontières^ Bnfîn la décision de l'empereur arriva; la masse entière des Goths, au nombre d'environ un mil* lion de tout sexe et de tout âge , fut transportée, jQôb ^ans quelque difficulté, en d^çàdu fleuve. Le$ ènfàns, ceux du moins qui appartenaient aux premières familles^ furent aussitôt eknmenés dans

filSTOlRE DU BÀ8>SUmB. lld

)«8 résidences qn*on avaityassigùéed pour eux ; mais ^e point le plus important du traité fut éludé; o6« peuf^les harbares et gU^rrîers^ qui regardaient leurs armes comme le gag;e de leur honneur et de leur sûreté personnelle, ne pouvant se résoudre à les quitter, achetèrent, par, l'abandon de leurs trésors et même de leurs femmes et de leurs fîHes^^ ie consentement tacite des inspecteurs. On leur permit d'entrer dans les barques ; et , lorsqu'ils se rassemblèrent sur l'autre rive , leur camp offrait un aspect hostile. Alatheus et Saphran , parurent bientôt, à leur tour, avec le feune roi, sur les bords du Danube. Toutefois, ce fut en vain qu'ils sollicitèrent la même faveur que Yalens avait si imprudemment accordée aux Yisigoths.

Dans ce lùoment si critique , où l'introduction de cette multitude de Barbares aurait exigéJa plus grande fermeté et beaucoup d'adresse d^i^k part de l'administration, la Thrace était gouvernée par Lupicinus et Maxime , deux hommes dénués de taleut et de probité. Leur insatiable cupidité les porta à profitât, sous main, des besoins de' ces malheureux réfugiés , qui , après avoir épuisé toutes leurs richesses pour une misérable subsi»tance* se virent enfin réduits à l'acheter au prix de la liberté de leurs enfans. Us manifestèrent leur mrécontentement , et se plaignirent hautement* de l'odieuse politique de leius nouveaux

124 HISTOltS OU BiS-CllFiBE.

alliéfli. Ces clameurs alarmèrent les deux coupables chefs 9 ^ui voulurent disséminer les Golhs dans rintérieur et soutenir cette mesure de Tappareil d'une force militaire. Ils dégarnircjuti en conséquence, les forteresses et les navires qui se trouvaient sur le Danube , pour rassembler un corps d*armée imposant. Âlatheus et Saphrax s^empressèrent de profiter de cette imprudence ; ils traversèrent le Ûeuve , iivec leurs troupes et ieur roi« sur des radeaux et des barques quUls se procurèrent à la hâte^ et vinrent camper sur le territoire de Tempire^

Frit jgerne f qui coomiandait les Goths, reckercha Tamitié des Ostrog;oths et fit alliance avec eux. Leurs forces réunies s'avancèrent à petites journées jusqu^à Marciapolis, capitale de la Mésie inférieure. Le fourbe Lupicinus invita alors les principaux chefs des Golhs à un grand festin ; leurs gardes s^étaient arrêtées sous les armes aux portes du palais. Les provocations insultantes des habitans les enflammèrent d'indignation , on en vint à des voies de fait et le sang coula. Lupicinus, apprenant que pliisieurs soldats de la garnison avaient été tués y donna ordre d'en tirer vengeance par le massacre de Tescorte des chefs des Goths. Fritigerne fut instruit du danger qu'il courait par les cris des combattans et les gémis^ temens des blessés; il tira Tépée ainsi que ses compagnons, et^ renversant tous les obstacles, ils

ÈI.STOIBB tV BA8-EMM&B. 1 2f5

se frayèrent un passuigé hors de la ville. Leur eamp les accueillit avec des cris de jjoie; Tétendard de la g;uerre fut arboré à finstant. Lnpicinus, à la tële de toutes les troupes qu'il put rassembler, vint à leur rencontré à trois lieues de Marciano^ polis. Le sort de cette journée favorisa la bonne cause 9 et la valeur des Romains ne servit qu^à protéger la fuite honteuse de leur coupable général. Les Goths étendirent leurs ravages dans toute

' là province de Thrace , Tincendie des villages et le massacre dejs habitans marquèrent leur marche triomphante.

X La nouvelle de leurs progrès ne tarda pas à se répandre dans les provinces circon voisines. Les ministres de l'empereur voulurent alors renvo;^er

' par delà FHellespont un corps nombreux de Goths enrôlés sous les drapeaux de Tempire et campés sous les murs d'Ândrinople. Hais ceux-ci, indignés du ton menaçant que prit avec eux le prin-

' cîpal magistrat de cette ville, venu à la tète d'une I^opulace en armes pour leur signifier Tordre de se retirer y se soulevèrent et dispersèrent^ après l'avoir désarmée^ cette multitude lâche et indisciplinée. A Tarrivée de Fritigeme^ iîâ coururent

' se ranger sous ses drapeaux et investirent Ândrt-

' nople ; mais Fritigerne ne tarda pas à s*apereevoir que la valeur toute seule ne suffit pas dans Tat^ taque d'une place fortifiée; il iut obligé de lever

llG BI^TOUIE DU BAS^EMPIAB.

le FÎ^geet s*en dédçfl^nmagea e^ dévais^tant lc».paf!i d'alentour.

(A. 370). Vaileps, à la nouvelle de rînsurrectîon des GothjS) avait annoncé son ioten^on ^ marcher contr'eux. et demandé des secours à son n€^yeu , l'emppreur d'Occident. Cçluî-ci .lui .envoya , à la tête des légion^ f^uloises 9 Ricimer , capitaine 4e ses gardes, K^ai vi^t se réunir à Traîap et à Pr(%faturus , chargés <de. la conduite de cette guerre. Ils résolvent d'aller tous ensemble attaquer «les Gotbs , campé^ près de l'embouchure méridionale du Danube. Fritigcrne^ dason cOtté, ^vait concentré toutes ses forces. L'indomptable courage des Goths fu^t balancé par lu tactique supérieure et la discipline dés Romains, et l'avantage de cette journée fut égal de part et d'autre. Les gé- •iiéraux des deux empereurs , connaissant pa^ expérience ce que /valaie^it leurs s^dversairei 5 entreprirent de les cerner, et de les réduire par la famine. Ce plan eut été mis à exécuttpn s'ils n'eussent été av.ertis que de nouveaux essaims d'ennemis avaient traversé Jlo . Danube 9 c'é^ient les Ostrogoths et .les FaitaleS) avec lesquels Fritigerne. avait contracté alliance. Bientôt ils furent suivis d'autres puisons auxiliaires , les Huns et les Alains» ses anciens ennemis ; plusieurs tribus se joignirent encore à lui, et l'union de la. cavale-^ rie Scythe avec l'infanterie des Goths, composa une armée formidable. \

BISTOiaX ou BAS-Elimi. Id^

Pendant ces mouvemens, le peuple de Constantînople murn|urait contre Valens. On demandait à grands cris qu'il marchât en pei^nne contre les barbares qu'il avait si imprudemment introduits d^s ses Ëtats. Les insultes et les clameurs d*une multitude ignorante et présomptueuse , précipitèrent la ruine de Tempire en enflammant la témérité de Yalèns; il était déjà ébloui par des avantages que venaient de remporter ses généraux ; Frigered avait surpris et défait les- Faitales dont le roi avait péri dans la bataille; Sébastien , général en chef de Tinfanterie 9 avait attaqué Tennenod dans son camp et en avait rapporté un bu lia immense. Ces exploits donnèrent à Valens une confiance présomptueuse » il se crut certain de la victoire 9 et^ avec une armée considérablement renforcée 9 il se dii'igea siu Andrinople.

il campa sous les murs de cette ville, et convoqua son conseil pour délibérer sur les moyen « de sauver l'empire et son chef. Les déclamations de Sébastien , qui prétendait que douter du succès, c'était insulter à la dignité du souverain 9 produisaient tout l'effet de l'éloquence et de la raiàon.

L'a&tucîeuso politique de Fritigerno* contribua aussi à entraîner les suffrages; il annonçait qu'il était prêt à s'allier à l'empire si l'on consentait à céder à ses conipatriotes les terrains incultes de la Th|-ace; mais il demandait que l'armée impé-

l28 HISTOIRE DU BiLS- EMPIRE.

riale s'avançât pour forcer les habitans de cette province de souscrire au traité qu^il supposait ne dfivoîr pas obtenir leur assentiment. Ricimer con* seillait à l'empereur d'Orient d'attendre son neveu Gratîen qui^ aprëÀ avoir défait, en Alsace, les Allemands , s'avançait rapidement à la tète d'une armée victorieuse , pour joindre ses forces aux siennes; mais Valons , jaloux de la gloire que s'élait acquise son jeune parent , rejeta ses secours avec dédain, et, rêvant des mxccès imaginaires, il courut en aveugle à sa perte.

Ce fut le 9 août 3^8 que l'empereur se mit en marcbe pour aller attaquer les Goths, à quatre lieues de la ville. Fritigeme y afin de gagner du temps jusqu'au retour de sa cavalerie , qui élaft allée fourrager, feignit de vouloir entrer en pour^ parler et amusa, pendant quelques heures , l'armée romaine qui , exposée aux rayons d'un soleil ardent , souffrait également de la soif et de la faim. L'arrivée de la cavalerie des Gotbs fut le signa] des hostilités; Içs romains furent taillés en pièces; Yalens, blessé et abandonné de ses gardes, alla se placer au milieu d'une petite troupe qui défendait encore vaillamment son terrain ; les généraux Trajan et Victor, apprenant quel danger le menaçait , accoururent pour le délivrer, mais, en arrivant, ils ne trouvèrent qu'un monceau de cadavres mutilés, parmi lesquels il leur fut impossible de discerner l'empereur. Suivant

BiSTOl&C DC BÂS-SirPIftE. tSQ

quelques historiens^ Valeâs aurait été brûlé vif dans une chaumière où on Tavait transporté pour panser ses blessures. Ce furent, disent les historiens, les Goths qui y mirent le feu, et qui perdirent ainsi , sans s'en douter , un prisonnier dont Ils auraient pu faire payer cher la rançon. Avec Tempereur périrent la phipart des chefs de Tar^ mée romaine, qui perdit plus des deux tiers de ses combattans.

Le» Goths, enivrés de leurs succès, n'en tirèrent pas tout ravantage qu'ils espéraient. Oéfen-^ due ^ar une forte garnison, Andrinople, où T'a* lens avait enfermé ses trésors, opposa une vigon- : reuse résistance. Les Barbares , n'ayant puTéussir àprendre celte ville, levèrentlesiégeret se portèrent vers Constantinople. Pendant qu'ils admiraient la splendeur de cette superbe capitale de TOrieût, un parti d'Arabes ^ à la solde des Romains, sortit tont^à-eoup d'une des portes ; la cavalerie scytbe ne put tenir contre la vitesse et l'impétuosité des chevaux arabes; les Goths se retirèrent, et, après s'être emparés de l'étroit passage de Sucei, dans les défilés du mont H émus, ils allèrent occuper les contrées' fertiles qui s'étendent jusqu'à Tlialie et à la mer Adriatique.

En admettant les Goths sur le territoire de l'empire, on avait dispersé leurs enfans dans plusieurs villes d^Asie. Dès que le trAne fut devenu vacant par la mort de Yaleus, ces jeunes gens montré-

l3o HlSTOiaB DV BA.8-B«n&K.

rent le désir de si^Ivre Texemple de leufp père»; Juliu8y général «n chef, se concerta avec Ici principaux officiers ppur prendre des mesures coiitre cejtte jeunesse factieuse > et obtint du sénat i à cet eflPet, un pouvoir discrétionnaire ; sous le prétexte d'une distribution en terre et en argent f il attira » dans le forum des villes qu'iU habitaient 9 tous les enfans des Goths ; il garnit , en même temps de troupes, toutes les avepues et toMtes les rues adjacentes, et le même jour« à la même heure, dans plusieiu^s cités de VAaie, G€^ malheureux furent tous massacrés indistinctement : tel fut Fodieux moyen qu'employa Juijus pour délivrer l'empire d'un ennemi qui aurait pu deye;iir dangereux^

Ii*empereur Gratien était déjà très^avancé dans sa marche , pour venir au secours de son collègue, lorsqu'il apprit et sa mort et la défaite de Tarmée romaine; ce prince, encore fort jeune, m$ se crut point en élat de soutenir seul le poids d*un empire chancelant; une armée considérable d|Ç Germains menaçait d'envahir Jes Gaules ; l'Orient avait besoin d'un prince habile et vaillant» et Je modeste Gratien rappela , de l'exil , Théodose , pour Tempire qu'il avait mérité par ses vertus et par ses exploits. Le père de ce prince , aprè9 avoir reconquis et paciilié l'Afrique et la Grande-Bretagne, avait été mis à mort par l'ordre de Gratien lui-même.

HMTOfRB DU BAS-EttriUI. iSl

Théodose 9*était ^igaalé de bcmne lieurje par se* TÎcloires surles Sarmates. Apre» la triste fin de son père» il Vêtait retiré en Espagne entre Valladolid et S^ovie^où il cultivait paisiblement son patrimoine 9 lorsqu'il fut appelé à Sirmium ponr recevoir la pourpre impériale » le ig janvier 37g» Le peuple romain applaudit à ce choix, et Théo- ' 4c|Be se vit^ à trente-troi3 an/i, maître du va&te empire d*Orient; auquel se trouvaient annexées " les provinces de Dacie et de Macédoine.

Théodose» chargé de continuer la guerre contre les Goths, établit son quartier-général à Thessalonique» capitale de la Macédoine. Au lieu de cbci cbçr à livrer une bataille décisive à son ennemi victorieux, il ^ut par ses manœuvres habiles Tattaquer et le^vaincrc en détail (de 579à38u). Par ses soin S; les villes furent fortifiées, rancienne dificiplinc fut remise en vigueur et Fesprît des troupes fut ranimé. Sa prudence, plutôt que sa valeur, délivra les provinces de Tempire du joug de Tennemi; une longue et douloureuse maladie ne rallentit pas son zèle pour la prospérité de TJÈtat. La mort de Friligerne rompit Taccord que le §cnie du chef habile avait au m£\iutenir entre ses alliés. La discorde vint diviser cett% multitude de tribus et de nation^ toutes indépendantes les unes des autres. Modar , prince du sang royal des Amalcs, fut secrètement gagné par Théodose et vint se joindre aux Romains; il obtint bientôt da

l33 filSTOIHE OU Blf)-EMPIRC.

Tempcreur le titre de général, et remporta une victoire importante sur ses compatriotes , qu*jl f^urprit au moment où les fumées du vin les em- ])êchaient de faire r6si#tance. La politique de Tbéodose profita même de l'arrivée d'Athanariç pour assurer le repos de Tempire. Athanaric aVatt été chassé de ses montagnes et avait enfin con* senti à passer le Danube et à se mettre à la tète des Goths, qui s'étaient réunis. Mais Tâge avait afiaîbli Tardeur entreprenante de ce prince, qui consentit à conclure une paix honorable pour les deux nattons. Théodose reçut dans Constantlnopic , ce nouvel allié , qu'il accueillit avec une pompe royale. Le chef des Ylsigoths fut frappé des merveilles que déployait à ses yeux cette superbe capitale. « L'empereur des Romains, dit-il, » est sans doute un dieu «ur la terre, et ce serait Il un crime de lever la main contre lui. » Mais son intempérance ne lui permit pas de jouir longtemps des agrémens que lui offrait ce nlagnifique séjour. Il périt au sortir d'un festin. L^adroit Théodose eut soin de lui faire ériger un monument somptueux, et tous les soldats d'Athanariç furent enrôlés sous les drapeaux de l'empire. Chaquepetit chef Barbare, alarmé de cette circonstance, t'empressa de conclure séparément une capitulation, et la guerre des Goths se trouva entièrement terminée au mois d'octobre 38a, un peu plus de quatre ans après la mort de Yalens.

BlSTOlftS DU BAS'fiMPlRS. l3S

L'humei^r entrepreQanle des Ostrogotlis leur avait fait chereber au loin de nouvelles scènes de pilla^ et de gloire. Conduits par Àlatheus et Saphrax> ils avaient porté leurs ravages dans rOccid^nt. Après un intervalle de quatre ans, ils reparurent en force sur les rives du Danube , en 386. Le commandant des frontières de Thrace eut Tadresse de les engager, par les faux rapports de ses épions, à traverser le fleuve pendant une nuit obscure. Au moment où ils croyaient débar< qner, croyant surprendre ies Romains endormis » ils se vivent eux-mêmes cernés par un triple rang de vaisseaux; Alatheus périt avec ses plus braves soldats; le reste^ découragé et affaibli, ne tarda pas à implorer la clémence du vainqueur.

Les Visigoths obtinrent dos possessions en Thrace ^ et lés Ostrogotbs en Phrygie et en Lydie. Mais ces peuples, qui devinrent les seuls habîtans dB3 districts où on leur avait permis de s*établir , restèrent attachés à leur langage et à leurs coutumes; ils reietèrent les lois et les usages des Romains, et ne voulurent reconnaître d'autre souveraineté que celle, de Tempereur. Un corps de quarante mille Goths , enrôlés au service de l'empire, prit te titre de fœderati ou alliés; ils se distinguaient des autres troupes par des colliers d*or qu'ils portaient, par une solde plus forte et par rétetidue de leurs privilèges. Malgré l'esprit d'iudépendanee dont les Goths étaient animés,

l34 BI8TOIAB JOV BAS-BIff^lfiK.

OÙ persistait à es.pA*er qtie le teoff pis le^t amènerait insensiblement à plus de soumission. Cet espoir ne se réalisa pas toujours; dans la guerre contre Tùsurpateur Maxime» en 388 ^ un nombre considérable de Golhs leva Tétendard de la révolte » en Macédoine 9 et se livrèrent à des désordres qui • forcèrent l'empereur de marcher contr'eux eii personne. Cependant ces Barbares étaient accessibles à la reconnaissance ; plusieurs de leurs chefs se dévouèrent avec zèle au service du monarque qui les protégeait; et leur nation se trouva divisée en deux factions. Les partisans des Romains avaient, à leur tête, Fravitta, jeune homme qui se distinguait de ses compatriotes par ses manières polies et ramabih'té de son caractère; le farouche Priulf était Tânie dei ceux qui soutenaient leurindépendance. Lesdeiix rivaux laissèrent écla^ ter leur ressentiment dans une querelle qu^ils eurêntà la table de l'empereur. Fravitta tira Tépée contre Priulf et Tétendit mort à ses pieds ; il fut sauvé de la fureur des amis de ce dernier par .* les Jlomains. dont il aîvait embrassé la cause. De teJs exemples d'une fureur brutale n'étaient guère en harmonie avec les mœurs de la cour de Cqd»tantînople.

L'empereur Gratîen s'était fait chérir de ses soldats et de ses sujets par s^ valeur et par ses manières affables. Jusqu'à sa vingliènse année > il soutint sa réputation de bonté; maw dafDS le*

nisTons DU bas-bupibb. i35

derniers temps de son règne, il déchut dans Topinion publique par la facilité areo laquelle il prêtant l'oreille aux conseils d*hommes ambitieux et ignorans. Ce qui déplaisait sur-tout aux soldats, c'est qu'ayant "confié aux Alains la garde particulière de sa personne, il témoignait une grande admiration pour la force et l'adresse qde ces peuples sauvages déployaient dans les exercices du corps; iLeut même Timprudenèe de chercher à les égaler en ce point et de se montrer en public avec les artties et *ie costume des Scythes. 11 blessa ainsi Torgueil national et excita des mécontentemens. Maxime qui n^avait pas vu sans envie Télévation de Tbéodose son ancien compagnon d'armes, fugea Toccasion favorable pour se venger de ce que Gratien lui avait donné la préférence. Il commandait dans la Grande- Bretagne; l'autorité dont il était investi facilita son projet; il se fit déclarer empereur, et vint débarquer dans les Gaules avec des forces considérablés. Les soldats de GratienT trahirent leur mattre qui s'eqfuît avec une faible escorte et se dirigea sur Lyon , où la perfidie d'un gouvernement le retint jusqu'à l'arrivée des assassins en* voyés par Maxime.

Ceile révolution marcha si rapidement qœ Tbéodose ne put aller au secours de son bienfaiteur. Tandis qu'il pleursiit sur le sort de l'infortmki Gratien, il reçut un envoyé de la part do.

l36 aiSTOlBB DV BIS-BMPIBB.

Maxime qui cherchait à se disculper du meurtre de Tempereur en le rejetant sur le zèle ineousidéré de ses soldats. Il offrait à Théodose le choix de la paix ou de la guerre en termes assez hautains 9 et déclarait que, si celui-ci reietait son alliance, il était prêt à lui disputer l'empire les armes à la main.

L^honneur et la reconnaissance pressaient fortement Théodose de venger Thomme qui avait été son maître et qui Tavait placé sur le trône ; la dignité du diadème et le respect dû à l'autorité» exigeaient que Tusurpation ne restât pas impunie« Gratien n'ignorait pas combien est dangereux Texemple d'un succès dans ce genre ; mais ces considérations étaient balancées par d^autres. L'assassin était en possession des plus belles {Provinces de Tempire ; il avait à ses ordres une vaillante et nombreuse armée; et TOrient, épuisé par la dernière guerre des Goths , se voyait eneore menacé des invasions des peuples du nord. Théodose, dans Tîntérèt de ses .sujets, crutr devoir ne pas rejeter l'alliance que lui offrait Maxime; mais il insista pour qu'il se contentât des contrées situées par delà les Alpes, et pour qu'il reconnût le jeune Yalentinien , frère de Gratien , comme souverain d'Italie, d'Afrique et de l'Illyrie occi' dentale.

Les catholiques trouvèrent dans Théodose un zélé partisan'^ de 1$ fiii ; les Ariens un adversaire

tilSTOlU BU iA»-EMVII«. iZy

ferme 9 mais généreux. Naturellement porté à la tolérance ^ il laissa d'abord Thérésie suivre son cours sans faire la moindre tejntatiye pour la comprimer y Amphîloque , éréque d^Icone , le lit changer de système par un raisonnement singulier : Tempercur venait d'accorder le titre d*An-> guste à son fils aîné ; un jour que les deux princes> assis sur un trône « recevaient les hommages de leurs sujets , Amphîloque se présente comme les autres, et^ s*adressant à Théodose avec les marques du plus profond respect ^ il aborde son fils d'un air insoient et familier. L^empereur, indigné 9 ordonne qu'on le fasse à Tinstant sortir du palais; les gardes se mettent en devoir d'obéir, mais le rusé prélat s'écrie : « C'est ainsi que le roi » du ciel traitera les impies qui^ tout en recon- K naissant sa puissance, affectent de nier la ma- > jesté suprême de son fils, t Les Ariens rejetaient la divinité de Jésus-Christ et l'éternité du Verbe.

Thèodose embrassa l'évéque d'fcone et lui promit de ne pas oublier cette leçon. En effet, H^ s'appliqua dès-lors à extirper l'hérésie. Hais il sut si bien concilier les intérêts de la foi avec ceux de la justice et de l'humanité , qu'il réussit à opérer cette révolution ecclésiastique sans trouble ni effusion de sang ; chose assez rare à cette épocfue où les dissensions religieuses exerçaient tant d'inilucnce sur les destins des empires. Valentinien Ut ou plutôt sa mère Justine,, qui régnait en son

i38 msxot&« Dtr 9amimfiii^^:

nom 9 à cauae de aa jeuncasey Q^^ut pi le iB^éme talent ai le même ;boDheur> Geite pripo^iv^ avait embrassé l!hérésie des Arieos. Soa ii^le paur $es co-relîgioonaires la porta à inqpuié.ter Té^ôque Ambroise qne l'ÉgUse a depuis placé au rang des saints. Ce dernier, issu cPune pobje famille ,rojoiaine, s'était distingué dans plusieurs eiiiploi» civils, notamment dans le goa^r^ement de Ligurie qui comprenait Milan » résidence de Yalentinien et de sa mère. A Tâge de trente-quatre ans, les suffrages du peuple Tayant «forcé d'acçiepter Tépiscopat^ il abandonna des fonctions qu'il remplissait avec honneur; mais la supériorité de son génie le mit bientôt à la tête des affaire^ ecclésiastiques , et lui procura la confiance des maîtres de^rempire qui le consultaient volontiers. Il était sur-tout fort ami deGratien; et, lorsqu*aprës la mort de ce malheuceux prince, Justine crut avoir à trembler pour son fils et peur elle, ce fut Ambroise qu'elle envoya à deux différentes reprises à Trêves où se trouvait l'usurpateur ; et ce fut à l'éloquence et à la sagesse du pieux évêque qu^elle dut son salut et le maintien de la paix en Italie. Tant d'obligations qu^elle avait à ce saint homme de le persécuter, comme elle attribuait à son idfluence le mépris du peuple de Milan , pour la secte dont elle et son fils faisaient partie ,. elle ré- .fiolut de s'en venger. £lle lança, contre lui, un arrêt de bannissement; mais le peuple se sou-

BISTOiaB DV BIS-BUPIKB. 1S9

leva 9 prit Ambroise sous sa protection , et repoussa les troupes envoyées pour faire exécuter la sen « tence. L'émeute prit même un tel caractère , que Xustine fut obligée de céder, d'autant plus que les desseins hostiles de Maxime sur l'Italie lui en firent une loi au milieu des querelles théolpgiques qui déchiraient l'empire.

Maxime 9 loin d'imiter la modération de son collègue Théodose, non -seulement n'avait pas épargné le sang de ses sujets, mais encore il méditait, en secret y la perte du jeune Yalentinîon, qui s'était aliéné le cœur de ses sujets orthodoxes. Sous prétexte de la guerre que l'Italie soutenait «contre la Pannonie; maïs , dans le fait , pour s'assurer des passages des Alpes, il proposa , à la cour de Milan, de lui envoyer un corps de troupes' auxiliaires. Malgré les sages avis d'Ambroise, le conseil de Milan accepta cette offre insidieuse; et reçut ces prétendus auxiliaires que l'ambitieux Maxime suivait, en silence, avec des forces coiisidérables. On ne s'aperçut de ses desseins qii'en Toyant arriver son avant-garde., Justine n'eut que le temps de prendre la fuite avec son fils; elle courut s'embarquer à Aquilée pour aller solliciter l'appui de Théodose. Les sujets de Yalentinien se •soumirent k l'usurpateur sans la moindre résistance.

Théodose assigna , pour résidence aux fugitifs « Thessalonique , où ils avaient abordé ; il se rendit ensuite dans cette ville , avec une partie de la cour

]40 HISTOI&E hv BAS^mmc.

et du sénat, afin de délibérer sur le sort de ses illustres h6te8. On tint conseil» «t il fut décidé, à la majorité des voix, qu'il fallait, à tout prix, mettre des bornes à l^ambition démesurée de Maxime; la beauté de la princesse Galla, sœur de Valentinien , contribua à faire prévaloir cette opinion, et son bymen, avec l'empereur, fut lesignal de la guerre. L'Orient, en paix avec la Perse , put disposer de toutes ses forces contre r usurpateur. Théodose marcha, lui-même, à la tète d'une armée brave et disciplinée , tandis qu'Arbogasle faisait diversion en attaquant. les Gaules, et qu'uue escadre menaçait Rome; Les savantes dispositions de l'empereur d'Orient ter^minèrent cette campagne dans le court espace de deuxmœs. Les Gaidoîs furent battu»; Parmée de Maxime, commandée par son frère Ma«*celliD, fut défaite sur les bords de la Save, et Maxime, Juinméme , suivi de près par Théodose , 'D*eut que le temps de s'enfermer dans Aquilée. Il Comptait rési9ter>>^ans cette place; mais la haine que lui portait la garnison précipita sa chute; il fut dél>ouilIé des ornemens impériaux et conduit au camp de Théodose , qui le livra aux soldats ; ceux-ci le décapitèrent àTinstant. Son fils Victor, qu*il avait associé à sa puissance , fut mis à mort par l'ordre d'Àrbogaste. Théodose passa l'hiver à. Milan; et, le printemps suivant , il fit son entrée triomphale à Ron^.

BMTOIBB DU BA8^tMf*lU. l4i

Le succès de cette gnerre fit paraître ^ dans toQl son i«ur, la clémenoe dé Tfaéodose. Un petit a^ombre de grands criminels subirent seuls le châtiment pranoncé par les lois ; et l'empereur pouf» vttty libéralement 5 au sort de la mère et des fiHes de Maxime. La tempérance et la chasteté de Théodose ne méritent pas moins d*éloges que son humanité; sa prudence et sa valeur le faisaient respecter- au debàrs comme au dedans; et, malgré Jes sûins qu'il donnait aux affaires de Tempire, il trouvait encore le temps de s'occuper de Tétudé. Cependant , tant de brillantes qualifôs étaient obscuraes par un itrésistlUè penchant à là colère; quand on le Voit pardonner aux habîtans d'Àntioche qui s'étaient soulevés et avaient brisé les statuep de la famille impériale pendant une émeute occasionnée par le taux élevé des imp6ti«^ on 20mire sa générosité; on le hait, et on loi refqse le surnom de Grand que luia décerné la postérité 9 lorsqu'on se rappelle qtf il ordonna \e massacre de Thessalouique.

Cette ville,' capitale de FIllyrie, était occupée par une forte garnison. Botheric, qui la commahdàil , ayant voulu réprimer rinsolence d'un clés cochers du cirque, le peuple, qui affectionnait ce cocher, 4e vengea éii assassinant Botheric et ses principaux officiers. L'empereur se trouvait à fttîlan ; transp0rté de fureur, en apprenant Tinsubordinatiou et la barbarie des Thessaloniciéns , »u

l4s BlftTOUlB DU BAft-BII?iaie.

lieu d^onlomier .une enquête afin dedécoUTrir les coupables 9 il envek>.ppa la ville entière dans son ressentiment. Par son ordre 9 le peuple de Xhes- •«iilonique fut attiré dans le cirque pour assister aux jeux publics ; les rues adjacentes se reno^lirent de ces soldats étrangers connus sous le nom de Barbares; et, dans l'espace de trois heures, quinze mille victimes furent immolées aux mânes de £otheric. $aint Ambroise fut pénétré d'iiorreur à la nouvelle de cet injuste massacre 4 il avait un grand ascendant sur l'esprit de l'empereur; il alla le trouver, lui reprocha l'énormité do sa £aute et l'obligea d'en faire une pénitence publique qui dura huit mois. Au bout de ce temps , il fut permis à Théodose de rentrer dans le sein de l'Église ; mais on doit attribuer, à ton repentir et à l'influence d' Ambroise , l'édit qui parut alors et qui prescrivit un délai de trente jours entre la promulgation et l'exécution d'une sentence.

Quoique, par la défaite et la mort de Maxime , Théodose se vît en possession de la totalité de J'empire romain , il eut la générosité de restituer à Valentinien ses états , en y ajoutant même, les contrées au delà des Alpes, que l'Cisurpateur avait eues en partage ; il se retira ensuite à Constantînople. Justine ne survécut pas longtemps à ces évènemens, et son fils, avant d'avoir atteint sa vingtième année, succomba sous

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