LIVRE QUATRE-VINGT-SIXIÈME
JEAN COMNÊNE.
Une mère puissante qui avoit donné sujet de croire Ak* 1118. qu'elle prëféroit son gendre à son fils, une sœur ambi- Nicet, in tieuse qui vouloit mettre son mari sur le trône, don- ^*'*^^*»^* noient de l'inquiétude au légitime successeur. Renfermé dans son palais , il agissoit au-dehors par des ministres intelligens et fidèles , qui assuroient ses droits , et travailloient avec sagesse à lui gagner le cœur des peuples. Isaac , le seul frère qui lui restoit depuis la mort d* Andronîc , le secondoit avec zèle. Les deux frères s'aîmoient tendrement ; ils mangeoient à la même table, s'asseyoient sur le même trône, et ne se séparoient jamais. Jean confirma à Isaac , par une proclari^ation solennelle , le titre de sébastocrator qu'il avoit déjà reçu d'Alexis. Il avoit d'abord mis à la tête de ses conseils Jean Comnène , qui avoit autrefois donné tant d'alarme à l'empereur Alexis son oncle. Mais ce caractère remuant et impérieux , qui prétendoit gouverner seul , sans avoir l'adresse de cacher son dessein , perdit bientôt la confiance du prince. Grégoire Taronite , protovestiaire, se soutint plus long-temps par la modestie qu'il joignoit à son application aux afiEaîres. Jean lui donna pour collègue Grégoire
 HISTOI&S DU B18-SiFI&E.
Caraatère , homme de fortune , et qui la méritoit par ses talens et par sa vertu. Alexis Tavoit mis au nombre de ses secrétaii^s, et Payant ensuite honoré de son alliance , par le mariage d\\ne de ses parentes , il Tavoit ^levé à la charge de grand-trésorier. Mais un étranger. Turc de naissance , nommé Âxuch , qui n^avoit .rien de barbare que son origine, devança tous les autres dans la faveur du prince , et fit Thonneur de cette cour. Il étoit fils d'un deis principaux officiers de Soliman. Ayant été conduit à Con^antinople après la prise de Nicée , sa bonne fortune Tavoit int>oduit dans le palais d'Alexis , et Tempereur, charmé de ses belles qualités, Tavoit donné à ^on fils, qui étoit de même âge , pour partager ses divertissemensei ses études. La gaité , la douceur , la noble complaisance du jeune courtisan lui avoient gagné le coeur du jeune prince ; il étoit le plus chéri de ses chambellans lorsqqe Âlràis mourut. Le nouvel empereur Thonora de la charge de grand-domestique ; et tandis que Tamitié du prince Télevoît au-dessus de tous tes autres , sa modération le mettoit au-dessus de i^envie. Il étoit n^pecté de toute la cour , et les seigneurs mêmes de la famille impériale , lorsqu'ils se trouvoient à sa rencontre, descendoient de cheval pour lui faire honneur. 2>ficet. c. 3. L'empereur, après avoir pris toutes les précautions né- Z'"^^* J^^''* cessaires , commençoit à peine à se montrer en public, qu'il se forma contre lui une conjuration secrète. Les intrigues d'Anne Gomnjhe pour faire tomber la couronne à son liiari , avoient fait à Bryenne un grand nombre de partisans. D'ailleurs la douceur de ce prince, ton affabilité, son esprit facile, insinuant , cultivé par les belles-lettres, le faisoient universellement aimer. On comparoil les grâces de sa figure avec la mine basse de l'empereur , qui étoit d'une taille médiocre , assez mal fait de corps , et fort basané. On n'avoit pas encore eu ^ le temps d'apercevoir que cet extérieur peu avantageux -'
coâvroit une âme élevée , généreuse et fort supérieure à '
HIBTO»E DU BIS^BMFIRX. $
:elle de Bryenne. Anne Comnène , femme philosophe ^ avoil -dans son parti loue les philosophes de l'empire^ qni, prosternés à ses pieds, et la comblant d'éloges flat- • leurs, déclamoient sans cesse contre Tadulation. Elle étoil rame de ce complot , et il auroit réussi , si son mari lui eût ressemblé. La garde du palais étoit déjà corrompue , et les portes devaient s^ouvrir a une certaine heure delà nuit. Les conjurés, bien armés, n'attendoient plus que Bryenne. Mais son peu d'empressement , et peut-être quelque remords, lui firent passer le moment convenu. Il manqua au rendez-vous , et les conjurés se dispersèrent. Anne , au désespoir de la négligence de son mari , qui lui faisoit perdre le fruit de tant de manœuvres , s^emporta en injures contre lui , jusqu'à dire que la nature, en lés formant tous d'eux, avoit par méprise donné à la femelle Tâme destinée pour le mâle.
Dès le lendemain , ce dessein criminel fut décou- tiicet. c. vert, et l'empereur^ pour consacrer par un acte de clé- ^'^ ^^"^ mence le comniencement de son règne , pardonna aux PmgiadE conjurés , qui en furent quittes pour la confiscation de ^'^ÀnaUa lears biens; encore la plupart y rentrèrent-ils peti de^'^^'' temps après. Anne , la plus coupable , fut la première ^ éprouver la bonté de son frère. L'empereur s'étant transporté au palais de la princesse, et voyant tant d'or , d'argent , de riches étoffes : Hélas! dit-il en soupirant , mes proches sont donc mes ennemis^ et les étrangers mes amis ! Puisifue lé crime a renversé tordre de la na^ tare, suiiH}ns celui du mérite; et se tournant \ets Axuch : Mon ùmii lui dit-il, /V vous donne toutes ces richesses. Alors Axuch se jetant à ses pieds : « Prince (répondit-il ), « )e vous remercie de vos dons ; mais accordez-moi une <r grâce infiniment plus précieuse à mon cœur ; c'est de « m'écoûter avec bonté. La princesse a mérité sans doote « votre indignatioti ; mais , en oubliant qu'elle est votre « sœur , elle n'a pas cessé de l'être. Le caractère auguste t que lui a imprimé la nature ne peut s'effacer. S<M
« repentir en fera revivre le sentiment. Ne lui pardon-^ « nez pas à demi. Oubliez vous-même qu'elle a pu vous « « haïr , afin qu'elle s'en souvienne pour vous aimer da- « vantage. Vous Tavez déjà vaincue par votre clémence ; M achevez votre victoire. Donnez-lui ces biens qu'elle a « perdus. C'est le patrimoine sacré de votre famille ; il « est juste qu'il y retourne; il seroit profané par des u mains étrangères. Pour moi , je suis déjà comblé de « trop de bienfaits , et je serai toujours assez riche tant « que votre majesté m'honorera de sa bienveillance. » L'empereur touché de la généreuse modestie de son vertueux favori : Et moi, répondit-il, yV serais indigne de régner, si je ne saçois sacr^er mon ressentiment avec autant de grandeur d'ârru qu'Axuch son propre intérêt. Aussitôt il rendit à sa sœur son amitié, et la laissa jouir tranquillement de ce qu elle possédoit. Irène , qui avoit fait tant d'efforts pour écarter son fils |du trône , ' ne prit point de part à cette conjuration. Dès que Jean ' fut en possession de la couronne, elle reprit les senti- ' mens de mère; et -lorsqu'elle apprit le noir complot ' qu'on venoît de découvrir : Les barbares, s'écria-t-elle , ^' ils voulaient donc, me plonger le fer dans les entrailles, ^ et me causer une douleur plus cruelle que je n'en ai '' éprouvé en le mettant au monde ! Cette princesse , après ' la mort. d'Alexis, se détacha des intrigues de. là cour;- ^ elle en fut redevable aux lettres, qu'elle avoit toujours *!> cultivées. La grâce acheva ce que la réflexion avoit com- ^ mencé , en lui inspirant le mépris des grandeurs et le ^ goût de la retraite. Elle se retira dans un monastère ^ qu'elle avoit fondé , y prit l'habit avec lé nom de Xéné^ « et composa elle-même la règle des religieuses , que nous i( avons encore entre les mains. Comme les affaires de * l'empire se sont souvent trouvées mêlées avec celles des ' croisés, il ne sera pas inutile de remarquer qu'à la mort ^ de Baudouin, premier roi de Jérusalem, qui arriva cette année, les chrétiens étolent en possession de quatre élats '^
considérables : la principauté d'Antioche, depuis Tarse jusqu'à Maraclée, près de Tort ose; le comté d'Edesse, qui s'étendoit de TEuphrate au Tigre ; le comté de Tripoli, depuis Maraclée jusqu'au fleuve Adonis, entre Bibles «t Baruth; et le royaume de Jérusalem, qui cornroençoit au fleuve Adonis, et s'étendit bientôt jusqu'aux frontières de l'Egypte.
Jean a voit toutes les bonnes qualités de son père , sans Ak. 1119.' aocan mélange de ses défauts ; ce qui porta les Grecs, ^<'<^<- ^•4* peu accoutumés à voir la vertu sur le trône , à lui don- c. a. ' ' ner le nom de Beau^ comme pour contredire son extérieur : on le nommoit Calojean, Dans l'abâtardissement des esprits , on sentoit encore de quel prix est la beauté de l'âme. Aussi brave, quoique moins impétueux qu'Alexis, il commanda toujours ses armées en personne , comme il gouvernoit par lui-même ses états , ne laissant à ses généraux et à ses ministres que les soins subalternes de l'exécntion. Pendant les vingt-qaatre années de son règne, il fut presque toujours en guence contre les Turcs, sur lesquels il regagna une grande étendue de pays. Dès la seconde année, il passa en Asie pour arrêter leurs progrès. Ces barbares, ayant rompu le traité de Saïsan. après la mort d'Alexis , infestoient la Phrygie. Maîtres de Laodicée, capitale du pays, ils y entretenoient une ■ forte garnison , commandée par un capitaine de réputation, nommé Picharas. A la nouvelle de l'approche de l'empereur , leur plus brave jeunesse s'alla jeter dans cette place importante. L'empereur, campé près de Philadelphie , envoya d'abord Axuch avec un gros détachement de son. armée pour reconnoitre la place et commencer les attaques. Il le suivit bientôt lui-même avec le reste de ses troupes, et , malgré la bravoure des assiégés, Laodicée fut emportée d^assaut. Jean , aussi humain que courageux, donna ses ordres pour épargner le sang des habif ans ; il se contenta de mettre aux' fers la garnison , dans laquelle il se trouva plus de huit cents Turcs
6 Hi8T<^lRX 119 lAf-tlMYIHB.
4e distinctuMi « avec le commandaiil Picharâs^ Ayant jeté des troupe diins la ville , il marcha aux différena corps ennemiS;; et , par plusieurs combats ou il demeura, toujours vainqueur , il pettoya toute la contrée. Après avoir fait les dispositions n^écessaires pour la sûreté du pays , il revint à CSônstantinople,
a«. 1130. L'année suivante, il traversa la Phrygie et entra en Pamphylie. Son dessein étoit d^ s'eqiparer de Sozopolis, place importante occupée par les Turcs. Elle étoit b^tie sur une montagne escarpée et inaccessible, surtout par un sentier si roide et si étroit , qu'on ne pouvoit y monter qu'à la file, ni transporter les machines nécessaires pour un siège. Ces difficultés rebutèrent d'abord Tem^ pereur; mais, à force de réflexions, il imagina une rose qui lui séussît. Il donna à deux de se^ officiers une partie de son armée , et les instruisit de ce qu'ils avoieni à faire; L'un se poste en embuscade dans une forêt qui ))ordoit la plaine a^-dessous du sentier ; l^antre monte vers la ville comm)^ pour l'attaquer, D^s que celui-ci est aperçu, toqte la garnison sort de la place et descend su^ lui. Il prend Ifi fuite , les ennemis le poursuivent , et laissant la forêt derrière, ils s'écartent bien avant danai la plaine, l^orsqu'ils sont passés, les troupes de l'embuscade sortent du bo^, et s'emparent du sentier. En même tfcmpSj, l'antre corps, qui fuycât , fait vblte-face ^t tombe sur les Turcs, qui , se voyant chargés en tête et en queue , se mettent en fuite. La plupart sont tués ou fyiU prisonniers. Sozopolis, dépourvue de sa garnison , pe fait nulle résistance, et l'empereur, maître de ce p9ste, qui tenoit en bride tout It^pays d'alenlour, s'em* pare encore de plusieurs châteaux , étend ses conquêtes jusqu'aux portjçs de Tarse , et termine avec gloire cette campagne.
An. liai. Les mou vemens des barbares d'occident suspendirent ^Nicet. c. i, pendant quatre ans la guerre contre lefi Turcs. Il y avoit
cin.L is trente ans qu'Alexis avpit détn)i>en plusieurs batailles
U nalibii àti\ PalzinaceSi II n'ëtoit resté de ces barbares^ que les vieiibrds , les femmes et les enfans , qui n'a voient pas suivi leurs maris et leurs pères. Une nouvelle génë* ratiim s'ëtoil formée depnis ce tempfr-là ; et les veuves désoléea avoient nourri leurs enfans de sentimens de vengeance et de haine contre les Grecs qui les avoient rendus orphelins. I/orsqu'ils furent en état de composer une armée nombreuse, ils passèrent le Danube et vin* reot inonder la Macàloine, où ils portèrent le feu et le ravage. Jean, qui avoit cantonné w% troupea en Asie, où elles étoient nécessaires pour contenir les Turcs , en leva de nouvelles pour les opposer à ces nouveaux en« Demis, et^ ayant passé la pliu^ande partie de Tannée en prëparatifi^ il marcha en Macédoine, et passa Thiver près de Bërëe. U employa ce temps en négociations avec les Patsinaces pour les engagera la paix. Uattiroit dans son camp les principaux, et les traitoit avec magnificence. Ces bsrbares n'avoient point de monarque : divisés en tribus, Ms obéissoient à autant de chefs indépendans Tun de l'aotre. Ce qui donna à Temperenr la facilité d'en détacher plusieurs , qui se retirèrent ; mais il ne put gagner le eorps de la nation ,, et , pour les forcer à la paix, il fallut les combattre.
jDès que le printemps eut fait naître les fourrages, Am. un les Palsinaces vinrent chercher l'empereur à Bérée. U ne refusa pas la bataille , et tandis qu'il faisoit le devoir de général i il fut blessé à la cuisse d'un coup de )avelot» La victoire balança quelque temps; enfin les barbares forent défaits. Mais ce fiit une retraite plutôt qu'une déroute. Ceux qui restoient regagnèrent leur camp , et s'étant environnés de leurs chariots , couverts de peami de bœofs et lia ensemble , ik s'en firent une barrière impénétrable , et y placèrent leurs femmes et leurs en-^ fims, laissant de distancé en distance des issues pour fondre sur l'ennemi. Ce fut une sorte d'assaut qu'il fal* lot livrer. Les barbaces^swtant de temps «a temps, oam«*
8 HISTOIRE BIT BÀS-SIIPIES.
battoient avec fureur , et ne se retîroiedt qu^après avoir iait et essuyé beaucoup de carnage. L'empereur, impatient d'achever sa victoire, voulqit descendre de cheval, et attaquer lui-même Tenceinte à la tête de ses troupes. On ne pouvoit retenir son ardeur , lorsque les Varangues , pour lui épargner ce péril, sautèrent sur les chariots , et les mirent en pièces à coups de hache&r Cette défense étant ruinée , les Patzinaces à découvert ne firent plus.de résistance. On poursuivit les fuyards, dont on massacra un grand nombre. Les autres furent ^ pris , et ce qu'il y eut de remarquable , c^est que les parens ^ et les amis des prisonniers vinrent les jours suivans se ^ rendre au camp des Grecs , déclarant qu'ils vouloient ^ vivre sous les lois de l'empereur avec les prisonniers. Les j plus forts et les mieux faits furent incorporés aux troupes de l'empire. On donna aux autres des terres à cultiver. Ils y bâtirent plusieurs villages , et rendirent la fertilité à ces provinces , que leurs pères et eux-mêmes avoient désolées. Quelques-uns furent abandonnés aux soldats, qui les vendirent pour esclaves. Jean , de retour à Constantinople , rendit à Dieu de solennelles actions de grâces, et ce jour devint une fête annuelle, qui fut nommée la fête des Patzinaces.
Ar. iia5. A cette guerre en succéda une autre contre d^ ennemceu c. 5. rais moins redoutables. Les Serves n'étoient pas assez c. 5!" * ' puissans pour alarmer Tempire ; mais ils avoient assez dci N forces pour inquiéter la frontière par de fréquentes in-
cursions. Ils détruisirent le château de Rase. Le commandant , qui a voit pris la fuite à leur approche, s'étant sauvé à Constantinople , fut puni de sa lâcheté. L'empereur le fit revêtir d'une robe de femme et promener sur un âne dans la grande place. Il partit ensuite à la tête de ses troupes , défit les Serves en bataille rangée , et les réduisit à demander la paix. Il enrichit ses soldats de leur butin ; et, ayant emmené une multitude de pri» sonniers , il enrôl^ les uns dans ses troupes, et trans?
porta les autres dans les campagnes fertiles de Nicomédie, que les courses des Tares avoient rendues presque déseries.
Au retour de cette expédition , qui fut de courte durée, il s^occupa de sa famille. 11 avoit quatre fils; Alexis, Tainé, fut revêtu de la pourpre impériale, et dans la proclamation annuelle , son père Tassocia au titre d'empereur. Andronic, le second, fut décoré du titre de sebastocrator. Nous verrons ces deux princes mourir avant leur père , et laisser leurs titres à leuis cadets , Isaac et Manuel.
La réputation de l'empereur Alexis avoit contenu les Av. iia4. barbares occidentaux. Leur humeur guerrière se réveilla ^^^^' ^- ^* après sa mort. La défaite des Patzinaces et des Serves c. 4,5; /.* n'dta pas aux Hongrois l'espérance d'entamer quelque ^ notiez, province de l'empire. Ils passèrent le Danube , prirent Chr. hung: et ruinèrent Belgrade , dont ils transportèrent les dé- ^' molitions au-delà de la Save pour bâtir une ville , qu'ils nommèrent Zeugmine, dans le voisinage de l'ancienne Sirmium. Ils portèrent le ravage jusqu'à Triadize, et la saccagèrent. Le prétexte de cette guerre étoit que les habitans de Belgrade pilloient et maltraitoient les marchanda hongrois ; mais un autre motif animoft le roi de Hongrie contre l'empereur. Ladislas, père de l'im-r përatrice, avoit eu pour successeur son neveu Caloman. C'étoit la coutume de ce pays que les frères du- roi lui succédassent au préjudice de ses propres enfans. Ils vivoient donc avec loi en bonne intelligence tant qu'il n^avoit point de fils. Mais la naissance d'un fils étouifoit toute la. tendresse fraternelle. Le prince régnant , pour conserver la couronne à son héritier naturel, faisoit crever les yeux à ses frères. Caloman étoit devenu père ; Almus fut aveuglé, et bientôt après massacré dans une église par l'ordre du cruel Caloman. Bêla, fils d' Almus, auquel on avoit aussi crevé les yeux , se sauva auprès de Tempereur, qui lui. donna asile. Etienne, fils de
lO HIITOIRX DU lAS-SMMEK.
G^Iomao , devenu roi en 1 1 14 1 en conçut de la jalousie ; 'i il voulut engager Tempereur à chasser de sa cour le -1 prince fugitif; et, ne Tayant pu obtenir, il lui fit lu t guerre. La prise de Triadize mettoit les Hongrois sur ik la frontière de la Tbrace. Pour en défendre rentrée» c lïean se transporta à Philippopolis. Son armée ëtoil m composée en grande partie de cavaliers lombards et de s, Turcs auxiliaires. 11 y joignit les troupes du pays , et fil m construire sur le Pont-Euxin quantité de barques , qui s. dévoient passer dans le Danube. Ses préparatifs étant » achevés, il s approche du Danube. Etienne, alors ma* i lade, s'étoit retiré au-delà du fleuve , dans rintérieor du \ pays ^ayant donné ordre à ses troupes de se tenir sur la i rive méridionale pour défendre le passage du pont. Jean> 4 résohi de les envelopper, fit remonter le fleuve à une ^ partie de ses troupes ; et , faisant mine de vouloir passer i avec le reste près du château de Chrame , où il étoit \ campé, il attira de ce côté- là toutes les forces de l'en-* ^ nemi , et facilita le passage à ceux qui remontoient. Dès j qu^il les sut au-delà du Danube , il attaque les Hongrois^ 1 les taille en pièces , les poursuit jusque pont , rà ils se | jettent en si grande fbiîle, que, le pont s^étant rompa, 1 la plupart sont engloutis dans les eaux. Ceux qjoi {Mirent 1, gagner le bord furent massacrés par le détachement qui , s'étoit posté au-delà en embuscade. Les plus distingué! ^ furent faits prisonniers. L'empereur, ayant lui-même , passé le fleuve , ramena en-deçà ses troupes victorieuteSi. ^ et se rendit maître de tout le pays, entre la Save et le ^ Danube. C'étoit le territoire le plus fertile de la Hon^ ^ grie. Il s'empara de la nouvelle ville de Zeugmine et | du château de Chrame , fit bâtir à la hâte un fort sut' \ les ruines de Belgrade , où il laissa garnison sous* Isi ^ ordres de Curtice , et retourna à Gonstantinople. ^
A peine y étoit-il arrivé , qu'il apprend que les Hon- | grois sont revenus à Belgrade, qu'ils ont pris le fort^ , massacré ou fait prisonniers les soldats qui le gardoient 1 |
HI0TOIRK DU BAS-IHFIEE. 11
il ne s*en est tfchuppë qu'un petil nombre avec «. L'empereur, irrité, le fait arrêter et le condamne let , quoiqu'il prouvât qu'il n'avoit abandonné le je lorsque Tennemi étoit dans la place et mettoit aux édifices. Il part lui-même au milieu de l'hiver m camp volant ; malgré le froid et la disette des ges , il s'arrête à Belgrade et fait relever je fort* le , instruit du petit nombre et du mauvais état ^ecs , passe le Danube et marche à Belgrade. L'cm- *, averti de son approche , trop foible pour lui r^ laisse garnison dans le fort et décampe en lee, Il prend des chemins détournés et presque ticables. Etienne le poursuit et atteint son arrière- I niais il ne peut Tentamer. Il s'en retourne sans irter d'autre avantage ni d'autre butin que quelneubles de la tente impériale , qu'on avoit aban<*< i faute de voitures.
historiens de Hongrie font de cette guerre un ré- rhufocz. rt différent. Voici en peu de mots ce qu'ils en J^^^' ^"'V' tent. Etienne avoit ravagé les frontières de la Servie a Bulgarie. Quoique ce fût un prince cruel, l'im* ice Irène l'aimoit avec tendresse. Elle Iqi manda HDpereur , son mari , ne le ménageoit pas dans ses Wêi et que, l'ayant voulu justifier, elle en avoit iltraitée. Etienne aussitôt entre ,en Bulgarie , atet saccage plusieurs villes, et porte partout le ra- Sept cents François qu'il avoit dans son armée aisoient dans l'art d'attaquer les places ,' encore i des Hongrois en ce temps-là. Gomme l'empereur tentoit d'envoyer contre lui ses généraux, sans se t personnellement en campagne , Etienne lui enlire gu'un prince tel que lui,' qui n'osoil sortir^ i palais et regarder en /ace l'ennemi , ne méritait n ni if empereur ni de roi ; que ce n* était pas un homme, mais une vieille femme. L'empereur de cette insulte.: Alkf dire à vo/r^.roi, répondit-il i
li HISTOIRE DÛ BAS-EMPIRE.
qu'avant la fin de cette année, sans me donner Ta peine de l'aller combattre, je le ferai mettre en tel état, . qu'il ne pourra plus se vanter d'être homme. Jean fait partir une grande année. Les Grecs répandent partout lé feu grégeois; les combats ne sont que des incendies; | les barques des Hongrois brûlent dans les eaux. Le roi j fait prendre les armes à toutes les forces de son royaume; il met à leur tête le brave Stéphel. On livre une grande bataille près d'une ville que la chronique nomme Borouch , et les Grecs sont vainqueurs. Le carnage fut horrible, et la fleur du royaume y périt. La rivière de Ca- [^ rasou fut comblée de cadavres, qui servirent de pont aux Grecs pour courir à la poursuite des fuyards. Cette défaite rabattit la fierté hongroise. Les deux princes ea vinrent à une négociation , et firent la paix par leurs ^ députés, qui conférèrent dans une île près deBorouch. Je \ laisse au lecteur à décider entre ces deux récits contra- ' *âictoires. Celui des Hongrois , plus romanesque. , s*ac- ' corde moins avec le caractère que l'histoire donne à ' Tempereur et à sa femme Irène. Ce qu'il y a de singu- ^ lier, c'est que chaque auteur attribue l'avantage à la ^ nation ennemie.
Fuie. Cam. Les Vénitiens, qui jusqu'alors avoient reconnu la sou- '^^ Abrégé ^/c veraiueté des empereurs grecs , auxquels ils prêtoiént.'^ ''Y*^-*'*^^^'' leur secours dans les guerres d'Occident, avoient reça^' iio5^ 1107, d'Alexis de grands privilèges. Mais leur puissance ma- ^^ **° * ritime donnoit de l'ombrage aux Grecs. Selon une cou- 1^
tume ancienne, le doge entrant en charge étoit décoré^ ^ de quelque titre honorable par la cour de Constante- ^
nople. Dominique Michel^ deVenu doge, renommé par^^ ses victoires sur les flottes des musulmans, n'ayant po^ obtenir le même honneur, s'en vengea par la guerre;^ et c'est de là qu'on doit dater l'indépendance absolue^^ des Vénitiens. L'empereur, les regardant comme dci^ vassaux rebelles, les chassa de toutes les terres derem*"^ pire, et fit ravager la contrée qu'ils^possédoient en Uii^^
Biatie. A cette nouvelle , la flotte vëniticnne qui revenoît d'Orient , où elle avoit aidé le roi de Jérusalem , Bandouin 1 1, à la conquête de Tyr, fait voile à Rhodes, prend et pille la ville, va s'emparer ensuite de Chio , où elle passe Thiver. L'année suivante elle saccage Samos , Mytilène , Ândros ; descend dans le Péloponèse , prend Modon,dont elle détruit les murailles, fait esclaves les garçons et les filles , ^lève beaucoup d'argent , et rentre dans les ports de Venise , chargée des dépouilles des Grecs.
Ce ftit cette année 1124 q"c l'empereur perdit sa Cînn.l. 1, femme Irène, princesse vertueuse, qui conserva sur le Du range ^ trdne la même simplicité de mœurs et le même mépris-^'"' *^"" ''• du laxe et des plaisirs qu'elle avoit puisé dans Texem- P'értf. des pie du pieux Ladislas son père, roi de Hongrie. Elle ^^*'^*^î^^* n'employa ses richesses qu'à secourir les malheureux ; le besoin de son assistance étoit un titre pour avoir accès auprès d'elle et droit à sa faveur. Elle avoit choisi sa sépulture dans un monastère qu'elle avoit fait construire avec magnificence , et qu'elle fit dédier à Dieu sous le nom de Pantoerator, c'est-à-dire , le Tout-puissant.
Les Vénitiens, en^se détachant de l'empire, lui fai- An. uaS. soient perdre une des branches les plus fécondes de son ^^-^^-c* '>-' commerce. Pour réparer ce dommage , Jean forma des c. 4. liaisons avec les villes maritimes de l'Italie. Il attira dans ses ports toutes- les marchandises de la côte du golfe de Venise. Dans l'expédition qu'il avoit faite en Asie quatre ans auparavant , il ne s'étoit pas contenté d'étendre le domainede l'empire ; en même temps qu'il preuoit des villes, iltravailloit à subjuguer les esprits et à faire des conquêtes au christianisme. On convertit grand nombre de musulmans qui prirent parti dans ses troupes. La guerre de Hongrie étant terminée, il reprît le dessein qu'il avoit formé de recouvrer l'Asie mineure. Ijq% Turcs, répandus en Paphlagonie, s'é-
l4 «ISTOIRE DU BAS-EMPIRV.
toient rendas roattres de Castamone, une des principe^ ^ les villes du pays; c^ëtoit rancienne GermanicopoliSé '^ Jean s'y transporta et la prit par escalade. Il repassa ^ ensuite le Bosphore avec un grand nombre de pripon-^ ^ niers , et renouvela le pieux triomphe dont Zimiscès ^ avoit donné le spectacle à la ville de Constantinople. Le ^' jour fixé pour l'entrée du prince, les rues furent tendues des plus riches tapisseries , et bordées d'échafaudis ^^ chargés de spectateurs , depuis la porte orientale jusqu^â ^ Téglise de Sainte-Sophie. Un char enrichi d'argent et ^ de pierreries étoit attelé de quatre chevaux blancs. Aa ' ' lieu de Tenipereur, on y voyoit une statue de la sainte ^^ Vierge, à la protection de laquelle le prince attribuoit ^ tdus ses succès. Le char étoit conduit par les prentiers ^ officiers de Tempire', qui tenoîent les rênes. L'empereur, ^! à pied , marchoit devant , une croix à la main. Ce roa^ ^^ gnifique cortège se rendit à Sainte-Sophie , d'où Tera-» ^i pereur , après de solennelles actions de grâces , se retira '^ dans son palais. ^
Ah. 1136. Pendant qu'il se dëlassoit de ses fatigues , et qu'il s'oc-* i ^icet. c. 5 , cupoit à faire jouir ses sujets des douceurs d'un gouver* ^
Cinn, l. 1 , nement humain et équitable, Donimau, maître de la 4 Cappadoce, reprit Castamone, et passa la garnison au \
„ fil de répée. Cette nouvelle afBigea l'empereur, qu^un*^ \
maladie retenoit à Constantinople. Dès quMl eut recou- i vré ses forces, il prit la route de Castamone. Doniman v étoit mort, et Mahomet, son successeur Vétoit en dis-» ^ corde avec Masoud , sultan d'Icône. L^empërcur profita !:> de la conjoncture pour attirer Masoud dans son parti. II %^ en obtint des troupes pour agir de concert contre Ten- 1^, nemi commun , et avec ce secours il rentra dans Casta- \ mone. Mahomet, trop foible pour tenir tété aux deux ||, puissances , comprit qu'il n'a voit d'autre ressource que '^ de détacher Masoud de l'alliance de l'empereur. Il lui -(s fit représenter qu'il portoit un coup mortel à la nation \ ^ entière en s'unîssnnt avec son ennemi naturel ; que c'é- -
HISTOIRE DU BAS*KMPIRS. l5
rahir la cause commune, et qu'un procédé si (e le rendrait odieux à tous les musulmans. Ma-
aussi prompt à changer de parti qu'à s'y engaappela ses troupes. Elles partirent de nuit sans en r l'empereur , qui , se voyant abandonné de ses , se retira en Bithynie sur les bords du Rhyndairès d'un château qu'il y avoit ^ait construire. Il y des renforts assez considérables pour ne pas crains deux princes turcs , supposé même qu'ils se )oi^ nt ensemble.
rès l'hiver il retourna en Paphlagonie, et alla Air. 1127. e le siège devant Gangres , sur la frontière de Ga- C'étoit une ville ancienne , célèbre , et bien for- , dont les Turcs s'étoient emparés depuis peu de k JLa garnison , qui étoit nombreuse et composée aves soldats, rejeta d'abord les propositions de ereur , et rendit menaces pour menaces. On forme je , on fait jouer les machines contre les tours et nrailles. Leur force résiste aux coups des béliers ; : , qui servoit de fondement aux murs , rend la înapraticable. Mais la place avoit ce désavantage, € étoit commandée de fort près par des collines. Y fit transporter ses balistes , qui , lançant des pierres la ville, ne laissolent de sûreté ni dans les rues ni les maisons. La ville n'étoit plus qu'un monceau erres , lorsque la garnison demanda à capituler* ronvint de rendre la place , pourvu qu'on lui perle se retirer où elle voudroit , et qu'on lui remit es prisonniers que les Grecs avoient faits dans cette e. La condition fut acceptée , et tourna au profit mpereur. La plupart s'engagèrent dans l'armée de lire , préférant à la liberté le service d'un prince la bonté égaloit la valeur. Jean laissa dans Gangres garnison de deux mille hommes, et reprit le chemin onstantinopk. Dès qu'il fut éloigné, les Turcs,
le nombre étoit . inépuisable , étant revenus avec
l6 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
pins de forces qu'auparavant , s'emparèrent de nouveai
de la ville , et en demeurèrent les maîtres.
Pctrus Clu' La confusion qui règne dans les écrits des historien
e^/sV. 09,40! de ce prince nous met hors d'état de ranger avec cer
^/^«?Mc. cAr. I jjy jç |j^ gyjjg jg gçg exploits sous les années auxquetU
Léo, Allât, ils doivent se rapporter. Depuis la guerre de Paphla
etoc^pèrpei gouie jusqu'à Celle de Cilicie , il paroît qu'il s'est pass
consensu. L jj^ aus , que ce prince actif et intelligent employa sao
Onens doute à régler l'intérieur de ses états. Cette partie d
p.^266. * *' son histoire ne seroit ni moins curieuse ni moins util
DuCangt, que ses faits guerriers. Mais Nicétas et Cinnamns, ton
not, m Cinn, ^ , • 1 • / ■ .. /* 1*
p. 435. occupés de combats et de sièges , nous ont dérobé le ^^Î^T^'^g^'* instructions que la conduite d'un prince si estimaM art. a , 4o ; aiiroit pu donner à ceux qui gouvernent les peuples , e 4*0 ; /! %', auxquels il n'est permis d'armer leurs sujets que lorsart, 19. qu'ils ne peuvent sans déshonneur maintenir la paix Nous rapporterons dans cet intervalle plusieurs événe mens répandus dans l'histoire du règne de Jean , et don plusieurs n'ont pas de date constatée. Quoique Miche Cérulaire eût fait fermer à Constantinople les églises de Latins , et qu'il eût ôté les monastères aux abbés et aa^ moines attachés à l'église romaine , il paroît cependan que Jean vivoit en communion avec le pape ;.et l'oi voyoit encore à Constantinople et ailleurs des monastères et des églises qui suivoient le rite latin. Pierre abbé de Clugny , sollicitoit par lettres l'empereur di faire restituer à son ordre un monastère établi à Civitot il le prioit de protéger le roi de Jérusalem , le prino ' d' Antioche , et les autres Francs établis en Orient , e
lui ofTroit en récompense de l'adopter au nombre à ses confrères,, et de l'admettre à la participation de tom les biens spirituels de sa congrégation , à laquelle la rois de France, d'Angleterre, d'Espagne, de Hongrie et l'empereur d'Allemagne , avoient déjà été admis Rome étoit alors divisée par un schisme. L'anti-pap Anaclet envoya un légat à l'empereur pour le metlit
«S intérêts; mais cette démarche fut sans effet Le irche Jean THiéromnémon étant mort en i'i34, avoir siégé vingt - trois ans , eut pour successeur Stypiote , qui , dans un synode tenu en i i4o , en Mre des princes , condamna les^crits de Constantin somale. C'étoit un fanatique qui renouveloit leserdes bogomiles. Quatre ans après , Michel Curalors patriarche, tint contre ces mêmes hérétiques itre concile qui les condamna au feu : ce que Baln , célèbre canoniste de Téglise grecque , blâme ne un attentat contre Tautorité temporelle , seule resse de la vie des sujets. Jean envoya des ambas- XTS à Lothaire , empereur d'Allemagne, pour con«> ir la paix entr&les deux empires , et pour Texhorter re la guerre à Roger , roi de Sicile , dont Tagranment donnoit de l'inquiétude aux Grecs. Lothaire donna audience à Mersbourg, le jour de TAssompy et les renvoya satisfaits de sa réponse avec de riches ^ns en retour de ceux qu'il avoit reçus. Pour ramener srgé de Constantinopic à Téglise romaine, Lothaire voya Anselme , évéque d'Avelberg , en basse Saxe. »rëlat eut avec les Grecs plusieurs conférences puaes et particulières sur les articles de doctrine et de Ipline contestés entre les deux églises , et principalet sur la procession du Saint-Esprit et sur les azymes; Iques années après , le pape Eugène renouvela la le mission , mais avec aussi peu de succès. Jean en* fooit amitié avec les princes d'Occident : Etienne , le Caloman,^oi de Hongrie, avoit été ennemide ipereur tant qu'il avoit vécu. Il eut pour successeur neveu Bélâ , fils d'Almus , à qui Caloman avoit fait er les yeux , ainsi qu'à soif fils. Borice , fils de Ca-» an , mais d'une autre mère qu'Etienne , prétendit 'oyaùme de son père. Pour s'appuyer d'une alliance lectable , il passa en Grèce , et épousa une parente 'empereur Jean. Mais ce mariage ne le plaça pas sur
l8 HISTOIRE DU BAS-EMPIRK.
le trône. Après une guerre dans laquelle Jean ne prit
point de parti , Bêla demeura paisible possesseur de là
couronne.
Cedr.p. 444. Jean conservoit sur la ville d'Ântioche les mêmes pré-
866. ^ ' ''* tentions que son père. Le traité de Duras étoit presque
GmlL Tyr, Qnbiié ; mais celui qu'Alexis avoît fait avec les princes
Jac, VitrL croisës lorsqu'ils entrèrent en Asie, et par lequel toutes
paru il c\ les villes de l'ancien domaine de l'empire dévoient être
*^ remises entre les niiains de l'empereur après la conquête,
chron, subsistoit toujours dans l'esprit des empereurs , et Jean
^(jl^g„[lî'"^^ démandoit sans cesse la restitution d'Autioche. Boé-
*SÎ?'^; ,. mond ii , prévoyant que ce prince guerrier ne seroit pas
Rwoladict, ^ ^ '' \ 1 r 1 • 1
armeno'la^ long>temps sans employer la force des armes, voulut se ^^Manuscr ^^^^^ "^ boulevart de la Cilicie* Ce pays , conquis par de M. du les croisés, étoit demeuré attaché à la principauté d'An- JiOci/cnVi, tioche. Mais une peuplade d'Arméniens , •qui étoient lettre a sur ygm^g s'établir entre les rochers du mont Taurus , y
aiferses me- ' J
daillesi p, faisoit de grands progrès. Léon, un de leurs princes, nommé Livon , dans la langue arménienne , s' étoit rendu redoutable par sa valeur. Quoiqu'il ne prît pas le titre de roi, il s'étoit fait une espèce de. royaume. C'est ici l'occasion de faire connoître cette nouvelle dynastie, qui devint célèbre en ce temps-la par la bravoure des princes et par le mélange de leurs intérêts avec les puissances voisines. L'ancienne Arménie , située aux sources de l'Ëuphrate et du Tigre , s'élendoit dans un vaste pays hérissé de hautes montagnes, coupées par de fertiles vallées, où s'élevoient des villes renomaiées par leur antiquité , leurs richesses , et enfin par les conquêtes des Romains. Cette nation , naturellement commerçante et portée à se répandre , s'étoit de bonne heure étendue au-delà de l'Ëuphrate , dont elle occupoit la rive occidentale depuis la Comagène jusque vers le Pont-Euxin. On nommoit cette contrée l'Arménie mineure : Mélitine , nommée depuis Malatia , en étoit la capitale. Vers le règne d'Héraclius , les guerres continuelles des Grecs
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. ig
et des Perses ravageant les deux Armëoies firent passer un grand nombre d'habîtans dans le Pont et la Cappadoce ; ce qui forma une troisième Ârmëuie , qu'on appela le Même arménieique , dont la capitale étoit Amasie. Enfin les ravages des Turcs ayant chassé de ce pays one multitude d'Arméniens, ils se cantoqnèrent dans les montagnes de la Ciiicie , et y établirent diverses principautés dans les gorges et sur les hauteurs escarpées du mont Taurus. Postés dans ces lieux presque inaccessibles, entre les rochers et les précipices, ils y bâtirent des ch^eaux , où chaque chef résidoit , et d'où il commandait à la peuplade d'alentour. Indépendans Içs uns des autres, tantôt ils se faisorent mutuellement la guerre pour agrandir leur territoire ; tantôt ils se réunissoieot pour repousser les attaques des Turcs , ou pour leur enlever quelque ville. Quoiqu'ils fissent, comme les Grecs, profession de la religion chrétienne , et qu'ils y fussent même fort attachés , ils n'épargnoient pas les terres de l'empire» Ils disputèrent long - temps aux princes d' Antioche ce que ceux - ci possédoient au - delà du mont Amanus, et s'emparèrent, par succession de temps > de la Ciiicie entière depuis le golfe d'Issus jusqu'à Antioche de Ciiicie , au pied du mont Cragus , dans l'espace de quatre-vingts lieues. C'étoit une lisière étroite , bornée au midi par la mer , au septentrion par le mont Taurus. Ils relevèrent le château de Sis , ruiné par les Sarrasins sous le règne de l'empereur Absimare; et lorsque la famille d'un de leurs princes , nommé Kupin , dont le nom se communiqua à ses desceildans^ eut pris le dessus sur tous les autres petits princes , et qu'elle se fût formé un royaume , Sis devint la résidence du roi , et une cité considérable. Elle n'étoit point fortifiée, mais elle avoit sur la montagne un château très-fort, au pied duquel la ville s'élevoit en amphithéâtre à huit ou dix lieues au nord d'Anazarbe. Dans la suite , ces roi9 se fortifièrent encore par des alliances et des mariages
âO HISTOIRE' DU BAS^EHPIRE.
avec les rois de Jënisakm , les princes d'Ântioche , eC ^ les comtek d'Edesse. . i. *
Dès Van 1060 les courses des Turcs avaient obligé 19"'^ Catholique d'Arménie (c'est ainsi que se nomnioit te'-i' patriarche) à transporter son siège à Sébaste ; d'où il fcit ^^ transféré à Sis , où il subsista près de trois cents an*»/ Les Arméniens s'accordoient avec les Grecs presque soir " tous les dogmes de la religion , mais non pas sur les ^ pratiques. Ennemis des Grecs , auxquels ils avoient été ^ long-temps assujettis , ils affectoient de s'éloigner de ^ leurs usages. Ils avoient une langue et des caractères pro- ^ près , et faisoient l'office en langage vulgaire. Ils ne jeu- ^ noient ni ne célébroient le$ fêtes les mêmes jours que les '' Grecs. Dans leur carême , ils s'abstenoient de chair, -^ d'oeufs , de laitage, et même de poisson^ d'huile et.de :^ vin ; mais ils se permettoient les fruits et les légume» ^ autant de fois qu'ils vouloient , et à toutes les heureg ^ •du jour. Ils ne mêloient.point d'eau au vin dans le ta* ^ lice. Dans la suite , lorsque le roi reçut l'investiture '^. de l'empereur Henri par les mains de Tarchevêque de i Mayence , ils promirent obéissance au pape et à l'égKse ^ romaine ; mais ils ne voulurent rien changer à leurs ^ anciennes observances. Tous étoîent soldats ; presque ?: aussi sauvages que les montagnes qn'ils habitoient , tou- <) jours les armes à la niain contre les Turcs , contre les : princes d'Antioche; aussi prompts à changer d'alliance • qu'à en contracter selon leurs intérêts. m
Nicet.c, 6 » Léon avoit étendu son domaine aux dépens des prin- i ^Cinn, L i ^^^ d'Antiochfc. La fortune l'ayant abandonné dans une e c. 7,8. bataille, il fut pris, conduite Antioche , et enfermé r dans une prison. Il étoit dans les fers lorsque Boé- s mond II , son vainqueur, fut défait et tué dans un corn- bat contre le fameux Zengui , suUan d'Alep et de Mosal, ^ dont les historiens des croisades , qui le nomment s Sanguin , font un monstre de cruauté , et les écrivains • arabes un hécos. Boémond ne laissoit qu'une fille âgée ^
de trois ans , nommée Constance. Pour l'appuyer d'une protection { issante , ses tuteurs recherchèrent l'alliance <ie l'enapereor ; il lui offrirent leur princesse pour Mamel , le plus jeune de ses fils. Il est étonnant que Tempereur n'ait pas profité de cette occasion de réunir cette ville à Tempire. Il refusa le mariage , et s'en repentit ïmmôt, Raymond, fils puîné de Guillaume ix, comte de Poitiers , faisoit alors le voyage des saints lieux , taché sous l'habit de mendiant, selon une dévotion fort à la mode en ce temps-là. Foulques, roi de Jérusalem , Faj^nt reconnu , résolut de procurer une grande fortune à ce prince , qui n'étoit venu chercher que des indulgences. Il étoit tuteur de Constance ; il conseilla à ses collègaes de donner Raymond pour ^poux à leur prioffpse , et n'eut pas de peine à obtenir le consentement du comte, qui se transporta aussitôt à Antloche. On apprit que rempereur faisoit de grands préparatifs de guerre poor venir en Syrie. Raymond , ne comptant pas assez sur ses forces , mit Lépn en liberté , .et lui permit de rentrer dans ses états ^ à condition qu'il s'uniroit avec Ini contre les Grecs. Léon , fidèle à sa parole , ne fut pas.plus tôt de retour en Cilicie , qu'il leva des troupes. R-menaçoit Séleucie , ville maritime, que les Grecs avoient conservée au milieu (les conquêtes des musulmans. A cette nouvelle , l'empereur se met en campagne, résolu de ne pas quitter la Cilicie qu'il ne l'ait entièrement recouvrée. Tarse étoit entre les mains des princes d'Antioche , qui en avoient chassé les Turcs. L'empereur l'assiège , l'emporte d'assaut. Adanes et Mamistra ne font point de résistance. Toutes les places ouvrent leurs portes , ou sont prises d'emblée. Jean nettoie tout le pays par la défaite de diverses bandes, soit de* Tares, soit d'Arméniens, qui, voltigeant de toutes paris ^ ne se laissoient atteindre que pour se faire battre.
Délivré de ces coureurs , qui n'osoient plus se mon-:
ira. HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
trer devant lui , il va mettre le siège devant Anâterbe»- C'ëtoit une ville très- peuplée, habitée par les Latins et ^ les Arméniens, bâtie sur une hauteur, et ceinte de fortes^ ;fl murailles. Les plus braves des ennemis , chassés dea < places qu'ils habitoient', s'y étoient retirés comme dans ^ lin asile : ils avoient ajouté de nouveaux ouvrages , ei 2 garni de tnachines tout le contour des murs. I^a Ville étoit 'i en état de faire une longue et vigoureuse défense. L'em-» 0. pereur y fit marcher d'abord un^ partie de son armée : :< c'étoient les troupes turques qui s'étoient engagées sont ^ ses étendards après la prise de Castamone et de Gangres. m Il vouloit essayer si les Arméniens d' Anazarbe , pour lors :k amis des Turcs, ne refuseroient pas de se servir d'eux pour , entrer en composition. Mais , dès qu'ils parurent , lefl \ Arméniens , ainsi que les Latins , les méprisant comiM > des déserteurs , font sur eux une sortie générale , les char* ■'■,^ gent , les mettent en fuite, et les poursuivent vigoureu;' -, sèment. L'armée grecque étant accourue au secobrfti ^^ les Turcs tournent visage , et , soutenus du reste dei ^ troupes , ils repoussent à leur tour les habitans, qui M ^,. renferment dans leur ville. On dresse les batteries, on t, forme les attaques , on foudroie les murs. Les assiégés ^j répondent par des décharges de leurs balistes, dont Texë*» ^,^ cution étoit encore plus meurtrière. C'étoient des çpierres d'une grosseur énorme , qui écrasoient les hom* .. mes et les toits , des béliers , de gros javelots de fer . ardent qui portoient l'incendie. Ils sortent eux-mémei ^ avec fureur; et, s'exhortant les uns les autres à vaincre^ ou à périr , ils massacrent tout ce qui s'oppose , et mebr ^ lent le feu aux machines , qu'ils réduisent en cendrei.^, Ils joignent à cet affreux désordre la risée et l'insulte,, n'épargnant pas même la personne de l'empereur. Lors^ , qu'ils se furent retirés , on suspendit les attaques pCDrdant quelques jours, et l'on travailla à réparer les oflfM, vrages. Pour garantir les machines d'incendie , on Jiv^ couvrit au-dehors d'un enduit de terre grasse imbibécKL
cl'eao , dont on avoit soin d'entretenir Thumiditë , en sorte, que les javelots enflammés qu'on y lançoit n'y poavoient causer de dommage. Il y eut encore plusieurs sorties, toujours très-sanglantes. Les béliers ayant enfin &it brèche en plusieurs endroits , on aperçut une se- [conde enceinte , derrière laquelle les assiégés se défendirent avec la même opiniâtreté. Ce (ut un second siège , qui coûta encore beaucoup de sang. Ënffn les habitans se rendirent à discrétion. L'empereur, naturellement humain , épargna la vie à ces braves gens ; il arrêta même le pillage , et se contenta de s assurer d'Ânazarbe.
Il ne>restoit plus aux Arméniens, dans les plaines de Cilicie , que la forteresse de Baca. Elle passoit pour imprenable , par la force de ses murailles et par sa situation sur une roche escarpée ; aussi les habitans rejetèrent-ils avec mépris les propositions que leur fit faire l'empereur. Irrité de cette fierté insolente , il dispose ses machines , et jure qu'il ne quitlera la place qu'après l'avoir prise , fallût-il y passer sa vie , et y recevoir les ifirîges de tous les hivers. Il fit savoir en même temps aux assiégés qu'il les combleroit de faveurs , s'ils se rendoient sans résistance; mais qu'il les traiteroit dans. [tocOe la rigueur de la guerre, s'ils Tobligeoient de les forcer. Us n'écoutèrent ni les promesses ni les menaces. Tous paroissoient résolus à tenir jusqu'à la mort. Mais lie pins détermiiné de tous étoit un des plus K^obles Arméniens, nommé Constantin , fameux par sa bravoure. Non content d'encourager les habitans et de les animer ans cesse contre les Grecs, il se montroit souvent lui- {mâme sur la pointe d'un roc qui surpassoit les murs de la place , et de là il accabloit , à grands cris, d'injures [atroces et grossières, et Tempereur, et sa femme, et ses ;. Fier de ses forces et de sa taille gigantesque , il ikoit toute Tarmée , et défioit le plus fort et le plus Ivaillant à un combat singulier. L'empereur chargea ses officiers de chercher quelque soldat qui fût capable da
â4 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
tenir tête à ce fanfaron brutal. Un Macédonien nommé ^ Eustrate fut choisi pour tenter Taventure. Il sort du camp • arme d'un bouclier et d'une large ëpée. Arrive au pied ^ de la muraille , il invite l'Arménien à venir se mesurer ^ avec lui, Constantin , piqué de cette hardiesse, descend ^ en courant, et ayant joint l'ennemi qu'il méprise, il ^ lui porte des coufjs terribles, qu'Eustrate pare de son bou- ^. clier. La partie sembloit être si inégale entre un géant" hautain et vigoureux et un soldat modeste et de petite : taillé, que l'empereur avoit perdu toute espérance. Ce-^ pendant Tarmée grecque éi|courageoit son champion,et loi crioit de frapper hardiment. On le vOyoit son-; vent lever le bras, et autant de fois abaisser Son épée^a comme s'il eûl été retenu par quelque enchantement.-. Enfin, après avoir long-temps balancé son coup, il le^ décharge sur le grand bouclier de l'adversaire, et le tran-. che par le milieu. Il auroit du même effort ouvert le^ ventre de l'Arménien ,*si celui-ci n'eût pas tenu le boa- • clier loin de son corps. Les Grecs poussent un cri de joie, : et Constantin découvert s'enfuit et rentre dans la placetout confus. Ori ne le vit plus paroîlre; on n'entendit plus sa voix insolente. Eustrate reçut la récompense,, qu'il mérîtoît. La défaite d'un guerrier regardé comme-i invincible abattît le cœur des habitans. La place se rendit, Constantin fut mis dans les fers, et conduit au bord de la mer, pour être transporté à (!onstantinople. Le vaisseau n'a voit pas encore levé Tancre, que les valetsiqu'on lui avoit laissés pour le servir , ayant trouvé moyende le délivrer de ses chaînes pendant la nuit, il tombe sur ses gardes , les massacre, et prend la fuite. Mais, avantque d'avoir le temps d'exciter de nouveaux troubles, iL fut repris, et remis entre les mains de l'empereur. Les Arméniens, repoussés dans leurs montagnes, ne s'af-*^ franchirent du joug de l'empire que par la difficulté da^ pénétrer dans les défilés, et sur les roches impraticables du mont Taurus,
HISTOIRE DU BAS-EMPIËS. â5
Maître de la Cilicie entière, Jean marcha vers An- Oûm. /. if tîoche. Arrivé devant cette ville, qui, depuis quarante ^br^en'e. /. JDs, causoit aux empereurs tant de regrets et de jalon- ^^- ^ ^ lie, il campe à quelque distance, et diffère les appro-/. i4,'c.i4, ches , dans Tespérance que les habilans aimeroient mieux '^ '^^' entrer en négociation que de s'exposer aux travaux et aux dangers d'un siège. Raymond, craignant de. ne pouvoir résister à de si grandes forces , envoya demander do secours à Foulques, roi de Jérusalem. Ce prince marchoit alors au château de Montferrand, place importante du comté de Tripoli, assiégée par le redoutable Zengiii. Foulques promet de courir au secours d^Antioche dès qu'il aura fait lever le siège de Montferrand ; mais, ayant été peu après défait dans une grande bataille , et s'étant enfermé dans la place, où il fut étroitement assiégé, il se vit lui-même dans le plus pressant besoin d'être secouru. Loin donc d'être en état de marcher à Ântioche, il dépêcha des courriers à Raymond, à Josœlin , comte d'Edesse , aux troupes restées à Jérusalem , pour leur mander le danger où il étoit , et les presser de venir Tèn délivrer. Une proposition aussi extraordinaire que celle d'appeler à son secours des gens eux-mêmes menacés d'un siège, fut néanmoins favorablement écoutée. Les intérêts des croisés étoient unis alors par des liens indissolubles. Raymond donne* ses ordres pour la défense de la ville en son absence; et, suivi de ses meilleures troupes, il sort d' Antioche, et prend la route de Montferrand: Mais, avant son arrivée, les assiégés, accablés de fatigues et de blessures , ne sachant pas que les secours étoient si proches, avoient rendu la place, et Zangui, mieux instruit de la marché de tant de troupes qui alloient lui tomber sur les bras , avoit accordé une composition honorable. Le prince d' Antioche retourna donc sur ses pas, avec des rcmercîmens de sa diligence , dont le roi de Jérusalem ne pouvoit plus profiter. Pendant l'absence de Raymond, l'empereur s'étoit
aÔ UISTOIRE DU BÀS-EMPIEE.
approche de la ville , et le prince n'y poovoit rentfer ^ sans percer Tarniée impériale. Il attend la nuit , se na^d^zà la tête des siens, entre dans le camp ennemi sans être '■ reconnu , comme si sa troupe eût été un détachement t de Tarmée impériale qui revenoit du pillage. Il pénètre. ^ en silence jnsqu^auprès de la tente de Tempereur. Là^- i! ses gens poussent un grand cri et chargent ceux qui ;;. s'opposent à leur passage. Les Grecs prennent Tefifroi, ; tout fuit jusqu'à une lieue du camp; Raymond ne les. t poursuit pas plus loin , et rentre dans la ville au bruit i des acclamations de tous les habitans , qui sortent aussitôt i: et pillent le camp des Grecs. L'empereur rallie son :. armée et se rapproche de la* ville. Il met en mouvement i ses machines. Les traits et les pierres pleuvent de toutes a parts ; on travaille à combleif les fossés pour aller à la ^ sape, ouvrir une brèche, donner l'assaut. Les assiégés, i de leur côté , font , tant de nuit que de jour, de fréquentes . sorties , et se défendent avec courage. Mais les plus • sensés s'aperçurent bientôt que les forces n'étoient pas égales, et qu'il faudroit enfin céder à un prince habile , « infatigable , plein de valeur , que leur résistance auroit ; irrité. Us engagèrent donc Raymond à traiter d'accommodement; et, de son consentement, plusieurs d'entre eux passèrent au camp de l'empereur, dont la bonté naturelle leur donnoit de bonnes espérances» Ert efiFet, il ne leur fut pas difficile de l'adoucir. On convint d'une entrevue entre les deux princes. Jean représenta à Raymond qu^Ânlioche étoit une ville de V empire ; que Boémond avoit fait hommage à l'empereur , et s* étoit engagé à lui remettre toutes les places de l'empire qvCil reprendrait sur le9 musulmans. Raymond répondit qu'il n'était pas garant des promesses de Boémond; qu'il açoit reçu cette ville pour dot de Constance ; qu'il avait promis foi et hommage au roi de Jérusalem , tuteur de la princesse ; qu'il le consulterait sur la demande de î empereur ^ et qu'il ne feraiPrien sans son avis, L'em-
pereor loi accorda une trêve pour consulter le roi.. Foulques, alors malade, répondit que Jean ne disoU rua que de vrai; que , pour lui, il n'étoii pas en état idler secourir Raymond ; quil lui conseilloii de s'accommoder avec V empereur y grand et puissant prince , capable de rendre de grands services aux Tjaiins ; que, pour conserver Aniioche avec justice , il devoit la rece- \ voir des mains de t empereur, qui en éioit le légitime somerain. On voit par cette réponse que Foulques, prince religieux , lîe s'arrétoll pas au [Prétexte que les Latins avoient allégué jusqu'alors pour demeurer seuls maîtres d'Antioche. Raymond suivit cet avis. Il vint en personde faire hommage à l'empereur , et lui jurer fidélité, s'engageant par serment, en présence de toute la coar impériale, à lui donner libre entrée dans sa ville, toutes les fois que l'empereur le jugeroit à propos f^et avec tel cortège qu'il voudroit choisir. L'empereur, de son côté, pfomettoit qu'après avoir pris Âlep, Shizar, Hama , Hems (c'étoient les villes anciennement nom* niées Bérée, Larisse, Epiphanée, Emèse), il les mettroit entre les mains du prince d'Âutioche, qui se feroit un état de ces villes et de leurs environs; que ce nouvel état appartiendroit en propriété aux princes d'Antioche, mais à condition de le posséder comme fief de l'empire. <\près cet engagement mutuel » l'empereur donna à Raymond l'investiture d'Antioche et des quatre villes dont il espéroit faire la conquête dans le cours de la campagne prochaine. On arbora sur la citadelle l'étendard impérial, et Raymond rentra dans la ville comblé de présens. Comme l'hiver approchoit, l'empereur se retira en Cilicie', où il distribua des quartiers à ses troupes, dans le voisinage de Tarse, près de la mer.
Dès que la saison permit d'entrer en action, il s'ap- Ar. 11:^8. proche de l'Euphrate, et met le siège devant Piza, AVce^e. 8, place très-forte , environnée d'une double muraille , ^^ g""* ' défendue d'un côté par un fossé profond, de l'autre
d8 HISTOIRE DU BÀS-*EMPIRE.
par un roc inaccessible. A la première vue de Tarmé^ ^ j grecque, qui avançoit dans la plaine, les musnlmani . font une terrible sortie, et tombent si vivement snr^ Tâvant-garde , quHls la mettent en déroute. L'empereur, plus indigné de la lâcheté des siens que dé l'audace des ennemis, court lui-même à la tête des troupes de sa maison , et repousse les Turcs avec tant de carnage , qu'ils n'osèrent plus se hasarder hors de leurs murailles. On comble le fossé ; les béliers , les balistes battent avec ' tant de succès , que les toftrs écroulas ouvrent la place en plusieurs endroits; et les assiégés, effrayés de cette furieuse tempête, sans attendre l'assaut, sortent eux- . mêmes par les brèches, viennent en foule se jeter aux' pieds de l'empereur , lui abondonnant toutes leurs ri-^ ' chesses pour racheter leur vie. Jean envoie à Antioche les prisonniers et le butin sous la conduite de Thomaa, ' un de ses secrétaires. Cehii-ci , plus habile à dresser des ^ dépêches qu'à commander des soldats , est attaqué en ^ chemin par un corps de Turcs. 11 perd les dépouilles el les prisonniers , et se sauve lui-même à grande peine. ^ L'empereur fait passer TEuphrate à un détachement, ^ qui rapporte un grand butin. Il donne Piza au comte ^ d'Ëdesse , laisse à gauche Bempèze, ville ouverte qu'il ne "* daigne pas attaquer; et, à la prière du prince d' Antioche, ' qui l'accomrpagnoit dans cette expédition, ainsi que 1^'' comte d'Ëdesse, il prend la route d'Alep.
Cette ville, qu'il avoit promise au prince d' Antioche ' comme une conquête facile, trompa ses espérances. Ca- \ pîtale d'une sultanie , elle éloit forte, peuplée , défendue par des troupes nombreuses et aguerries. A la première approche de l'armée impériale , la garnison sortit et fut repoussée. Ce mauvais succès ne la découragea pas. Elle continua d'inquiéter les assiégeans par de fréquentes sorties, où les Grecs, toujours vainqueurs, payoient bien cher leur avantage. L'empereur, qui faisoit sans cesse le tour de la place pour diriger ses attaques, courut
{Aimeurs fois risque de la vie ; toutes les machines étoient pamtées ébntre sa personne. Ce danger, loin d'abattre m intrépidité naturelle , Tauroit rendu plus opiniâtre, si le terrain d'alentour eût pu fournir des subsistances ison armée. On étoit aux premiers jours du printemps, et la terre ne donnoit encore ni grains, ni fourrages : d'ailleafs ce pays aride et sablonneux ne produisoit ni bois pour la construction des machines , ni assez d'eau pour abreuver les hommes et les chevaux. Il écouta Ame les conseils de la prudence ; et , malgré les raisons (jui TaU^choient au siège d'Âlep , il l'abandonna pour lors et prit la route de Shizar. Il se rendit, en passant, mattre do château de Phérep , de Chama et de Capharda , nommée encore aujourd'hui Cafartab , place forte , qui tenoit dans sa dépendance une assez grande Rendue de pays. Elle fit peu de résistance.
On approchoit de Shizar , ville opulente et forte , Nicet. c 8. bStie sur la rive gauche de TOronte , entre une mon-r c.s.' * tagne et le fleuve qui baignoit une partie de ses murs, .^"l'^* ^''* On rencontra en chemin la petite ville d'Istrie , que les a , 3 , 4 > 5. Patzinaces emportèrent d'emblée, et qui leur fut donnée ^^^^ '^ / cl an pillage. Tous les émirs des environs s'étoient ren- ^7' fermés avec leurs troupes dans Shizar pour la défendre. II falloit passer le fleuve pour Tassiéger. Mais , pendant que Tannée étoit %ncore dans la plaine en -deçà dii fleuve ^ la cavalerie musulmane l'ayant traversé, vint avec audace attaquer à coups de traits les troupes impériales. Malgré la vitesse de leurs bhevaqk , on les atteignit , on les mit en fuite , on les précigita dans le fleuve. Ce premier échec les rendit plus circonspects ; renfermés dans leurs murailles , ils laissèrent ravager impunément leurs campagnes. L'empereur, ayant passé le fleuve , attaqua le faubourg , qui étoit lui-même une leconde ville, entourée de murailles et flanquée de tours. Pour ne pas fatiguer ses tsoupes , il les partagea en quatre corps , selon les nations qui composoient son ar-
tnée ; c'ëtoient des Macédoniens , des Grecs , des Pat» fiaces, des Turcs qoi s'ét oient mis à son service dansV guerre de Paphlagonie , ainsi que nous Pavons racoifli U employoit tour à tour ces quatre divisions. Âccotf' tumé à partager la fatigue et le péril dans les si( comme dans les batailles , il couroit de rang en Fépée à la .main, couvert d'une cuirasse et i\m casi^ d'or , encourageant ses soldats par ses paroles , par lé! récompenses qu'il promettpit aux plus vaillans, et pM encore par son exemple. 11 animoit , il dirigeoit les bw teries; il relevoit par des troupes fraîches celles qiil étoient fatiguées ; infatigable lui-même, il étoit en mi vement depuis le matin jusqu'au soir^ sans songer' prendre de nourriture. Pendant qu'il travalUoît ai tant d'ardeur , le prince d'Antîoche et le comte d'Et jeunes tous deux , et livrés aux amusemens de leur passoient la journée à jouer ensemble dans leur tentei et ralentissoient par ce mauvais exemple et par 1< railleries l'activité des autres officiers. L'empereur ïitc\ plus d'une fois, mais en vain, de leur faire comprendÉlI qu'ils se déshonoroient par cette conduite frivole , A qu'il leur étoit honteux de prendre si peu de part à liM conquête qui les intéressoit plus que lui-même. La vifi résistance des assiégés commençoit à rebuter les Grecsjl et l'empereur, dont le courage ne se lassoit. point , éÊ désespoir d'en trouver si peu dans ses troupes, les exdP tant , les rép;rimandant , mettant tout en œuvre pooj les embraseftle la même ardeur, vint enfin à bout al forcer le faubourg. Tout fut passé au fil de l'épée; OlI n'épargna que les chrétiens et ceux qui demandoieoN à l'être.
j L'empereur, maître du faubourg, tourna ses attaqnii contre la place; il fut repoussé au premier assaut. CtS^ pendant les habitans , craignant d'être forcés et train avec la même rigueur que leurs compatriotes , demaiP dèrent une suspension d'armes, pendant laquelle Mif'
Hk9T0IElll>tJ ms-EMPIEE. 5l
idicdôl, iéUT commandant, envoya secrètement supplier liVflijpereur d'épargner la ville et les habitàns, lui of- Iwi, pour obtenir cette grâce, une grande somme
É^'^^ent. L'empereur refusa d'abord toute composition ; s , ayanf éprouvé , dans une nouvelle attaque , que ce ^e lai coûteroit beaucoup de sang, indigné d'ailleurs le la nonchalance du prince d'Antioche, il écouta enfin ks propositions des assiégés. Ils lui apportèrent une tomme considérable , et s'obligèrent à payer un tribut jBnueL Entre les présens qu'ils lui firent de beaux che- X arabes, d'étofiFes de soie brochées d'or, d'une table ichie de pierreries , étoit une croix d'une seule pierre d'un prix inestimable; c'étoit un ouvrage aillé autrefois par Tordre du grand Constantin., et i^toit tombé entre les mains des musulmans, dans la ite de Romain Diogène. L'empereur fit aussitôt pule départ. En vain Raymond et Joscelin, se repentrop tard de leur inaction , lui firent les plus vives nces pour l'engagera révoquer cet ordre. Quelquesdisoient que la mauvaise conduite de Raymond un efiFet de la malice de Joscelin , et que le comte , de l'agrafiidissement du prince d'Antioche, l'avoit bumé des occupations sérieuses pour le rendre méble à l'empereur. L'armée grecque, dans son retour, attaquée par un général turc, qui, à la tête de ieurs escadrons , tomba sur l'arrière-garde *avec à tumulte; mais il fut si mal reçu, qu'il fut bientôt de prendre la fuite,* laissant sur la place un nombre de ses gens.
•Eti exécution du traité d'Antioche, l'empereur devoit toe reçu avec tel cortège qu'il voudroit y conduire ; y entra-t-il avec ses fils qui l'accompagnoient dans :e guerre, et une partie de son armée. Le prince tioche et le comte d'Edesse tenoient la bride de son al; le patriarche, suivi du clergé et du peuple^ vint (roeettion au-devant de hii , chantant des psaumes
3â \ HISTOIRE D0 BAf-EMPiaK.
et des hymnes au son de quantité d'instrameni de WùXlf sique. On le conduisît ainsi à la grande église , et de jl|l au palais. Il s'y reposa plusieurs jours , pendant lesiqiidP il fut honoré comme le maître , exerçant l'autorité 80%' veraine, et prodiguant ses faveurs au prince, au cqth^d aux autres seigneurs et à tous les habitans. Au bout 4| quelque temps, ayant mandé le prince, le comte et kf principaux , et adressant la parole à Raymond : « Prim:!' « (lui dit-il), vous savez ce que j'ai fait jusqu'ici pour « vous délivrer d'un voisinage dangereux et vous coç::' « quérir un royaume. Mon intention est de ne gWF « abandonner cette noble entreprise ; mais vous n'ij « rez pas qu'elle demande de longs travaux et de grai « dépenses. Il est nécessaire que vous nous mettiez ei « les mains la garde de cette ville, afin que nous pi « sions y déposer notre trésor, et que vous donniez j| « nos troupes liberté entière d'y entrer et d'en sortifl^ « Nulle place n'est plus propre à nous servir de IQ^ « gasin et de place d'armes pour le siège d'Aliep et 41 « reste de la Syrie , dont nous avons promis et noi^ « vous promettons encore de vous rendre maître. Coqi « tribuez-y de votre pouvoir. Antioche vous apparti^Bg « dra toujours en propriété ; nous n'en demandons q^ « l'usage, comme seigneur suzerain. » A ces paroles t| prince et les seigneurs demeurèrent interdits. Se défia|| de la bonne foi de l'empereur, comm^ ils en manqu6ie|| eux-mêmes, ils craignoient que cette ville, achetée^ sang des croisés , et dont la perte entraîneroit celle » la Syrie , ne passât entre les mains des Grecs. D*afl autre côté , ils n'étoient pas en état de résister à l'en pereur , s'il vouloit user de violence. Comme tous ffM doient le silence, le comte d'Edesse, plus hardi et.pkp adroit que les autres, prit la parole : « Seigneur (dit-il| « nous sentons tous que , dans ce que demande vqtfB (( majesté, elle cherche notre intérêt plus que le siitf « propre ; mais il est besoin de prendre quelques ma
• sures pour en assurer l'exécution : elle ne dépend pas
< do prince seul. Il gouverne un peuple ardent et prompt «a prendre Talarme. Laissez-nous le temps d'aviser aux I moyens de lui faire accepter sans murmure un arran->
< gement qui nous est très-agréable. >» Une proposition si raisonnable fut approuvée de l'empereur; il leur donna quelques jours pour disposer le peuple, et con* gédia l'assemblée avec de grands témoignages de satisfaction.
Le comte ne fut pas plus tôt retiré dans sa maison , qa'il envoya dans la ville des émissaires secrets, qui^ répandant de toutes parts les prétentions de l'empereur, alarmèrent le peuple et l'excitèrent à prendre les armes. f Le soulèvement devient bientôt général ; on s'attroupe, on menace de faire main-basse sur les Grecs. Le comte, teignant d'être exposé à la colère du peuple et de craindre pour sa vie, court tout éperdu au palais et se jette aux -pieds de l'empereur. « Seigneur (s'écrîe-t-îl) , je de- « mande pardon à votre majesté de venir me présenter « devant elle sans observer les égards qui lui sont dus « et les usages de la cour impériale : mais une urgente « nécessité dispense de toutes les lois. Ce n'est qu'à l'abri « de votre trône que je puis trouver un asile contre la « rage d'un peuple qui me poursuit pour me mettre eu ff pièces. » L'empereur lui demandant quel étoit le sujet de cette émeute soudaine : « Je reposois tranquil- « lement ( répondit - il ) , lorsqu'une foule séditieuse, « armée de tout ce qui peut servir d'instrument à la « fureur , est venue envelopper mon hospice, poussant « des cris affreux, demandant qu'on lui livrât le comte « d'Edesse, ce traître, cet assassin du peuple d'Ântio- « che , qu'il vendoît à l'empereur. Altérés de mon « sang , ils ont enfoncé les portes ; chacun d'eux m'ap- « portoit la mort. Je me suis échappé par miracle; « sauvez-moi de leurs mains. » En même temps l'empereur entend un bruit effroyable ; on crioit de toutes
HJST. DU BÀS-EMP. TOtf. IX. 5
parts : Aniioche est perdue; elle est ventre aux Grecs; ^ quittons les demeures de nos pires; sauçons-nous^^dani ^ les déserts. Animés par ces clameurs ^ les habitans , de^ ihkvenus forcenés, se jettent sur tous ceux qu'ils rencon- ^ trent du cortège de Tempereur. Ils les assomment, ils ;i|j| les massacrent ; ils poursuivent jusqu'au palais ceux qnî ^^ leur échappent. L'empereur, effrayé , mande auprès de ^j^ lui les princes et les seigneurs; et resserrant son inr j^^ dignation dans son cœur : Je vois, dii-il^ que mes .^ intentions sont mal interprétées ; on me prête des des^ ^^ seins sinistres ; je compte sur votre fidélité , et je n'ai ^ gafde de vous rendre responsables de Vas^eugle témérité fife cette multitude. Allez calmer son emportement ; aS" surez'la que dès demain je la délii^erai d'une injusH » défiance ; et que je sortirai d'Antioche. Tous les assistans répondent par des louanges de sa modération et de sa prudence. Les plus malintentionnés sont ceux qui se répandent le plus en éloges. Le prince, le comte, ceux i qui avoient le plus de crédit , se dispersent parmi le peuple et travaillent à le calmer ; ce qui leur fut plus ,' difficile qu'il ne l'avoit été de le soulever. On quitte les armes;. on se retire, et la tranquillité est rétablie. Dès le point du jour, l'empereur sort du palais avec toot son cortège , et va camper aux portes d'Antioche.
Raymond , Joscelin et les autres seigneurs , voyant l'empereur hors de la ville , appréhendèrent les effets de son ressentiment. Ils vont le trouver, et tâchent de se disculper eux-mêmes en rejetant la faute sur le peuple, qui dans toutes les villes est sujet à se livrer à un aveugle caprice , et à se porter aux derniers excès sur le plus léger soupçon. Ils lui protestent qu'ils n'ont aucune part à cette émeute insensée ; qu'ils n'en ont été instruits que par les effets, et qu'ils sont prêts à recevoir, ses troupes et à exécuter fidèlement tous les articles de la convention. L'empereur fit semblant de les croire ; mais» bien résolu de ne plus s'exposer à un pareil danger.
HI8T0IEE DU BAS^EMPIEE. 85
esta des affaires pressantes qai le rappeloient à lolinople, dont il étoit absent depuis deux ans. r promit de revenir au plu; tôt avec des forces Dtes pour conquérir la Syrie entière/ et faire au I d'Antioche un riche et puissant royaume. La fut égale des deux côtés. L'empereur embrassa les urs à son départ , et les seigneurs, comblant Tem- * de vœux et de bénédictions , que leur cœur dé- At , le reconduisirent jusqu'aux portes de Cilicie. ssant par la frontière de Lycaonie, il envoya un létachement ravager le territoire dlcone pour se Pdes incursions qu£ les musulmans a voient faites s troupes, lorsqu'il étoit entré la première fois en s. On lui ramena grand nombre de prisonniers , svaux , de bêtes de toute espèce , et avec ce butin lurna à Gonstantinpple.
r rentra avec son frère Isaac 9 dont le retour lui Mcet. c. p.^ plus de joie que ses succès. Ce prince, qui ayoit ^"*''* ^' *' bué avec tant de zèle à mettre la couronne impéinr'la tête de Jean, et qui'en avoit reçu tant de lies de reconnoissance , vivoit d'abord avec lui 'union la plus intime. Cette concorde fut altérée de cause légère, mais tellement exagérée par les 1rs de cour , qu'elle détermina Isaac à sortir de îré avec Jean , son fils aine. Isaac étoit vaillant , ite taille, et d'une figure majestueuse qui manquoit ipereur, d'ailleurs très-supérieur à son frère par aalités infiniment plus précieuses, mais qui ne mcent que par les actions. Le prince , mécontent ^ ira auprès du Viltan d'Icône , et s'oublia jusqu'à des courses sur les provinces de l'empire , se déit ouvertement l'ennemi de son frère. Le défaut lit , et la conduite de l'empereur , aussi sage que geuse, ayant fait échouer toutes ses entreprises, il I dans le mépris des émirs , auxquels il n'imposoit [ue par sa naissance et sa bonne mine. Il s'aperçut
36 HISTOIRE DU BAS-SMPIftS.
de ce dëchet de considération ; et , regrettant celle donï il avoit joui à côté du trône , il vint avec^on fils rejoindre son frère , qa^>assoit près d'Icône. Le généreux empe^ reur le reçut avec tendresse ; il lui rendit de Ij^onne fbi son amitié , sans retenir dans son cœur aucune de ceè traces de ressentinient qui revivent si aijsément dani rame des amis et surtout des princes réconciliés. Mai^ l'ambition dlsaac troubla encore une fois la paix entré les deux frères. Pendant le dernier voyage que Jean fil en Syrie, les ministres qu'il avoit chargés du gouvernement en son absence découvrirent de nouvelles intri-^ t . gués formées par Isaac pour s'emparer de l'efbpiré; L'empereur, en étant averti , donna ordre de le trans^ porter à Héraclée en Bithynie, où il resta prisonnier jusqu'après la niiort de son frère. li 1139. Jean ne s'arrêta pas long-temps à Constantinoplei 7e£. c. 9. Apprenant que les Turcs ravageoient les plaines dé Bithynie voisines du Sangar , il partit , quoique ma-^ lade^ sans attendre le printemps. 11 ne fallut que Itt nouvelle de sa marche pour faire prendre la fuite aut Turcs. Il les poursuivit , leur enleva quantité de bes^' . tiaux, et se retira à Lopade, près du Rhyndacus: N'ayant plus d'ennemis à combattre, il résoluj: d'employer ce temps de paix à se précautionner pour la guerre, et à réparer les places de Bithynie pour les mettre en état de défense. Comme il comptoit y sé-^ journer long-temps, il y fit venir l'impératrice, et y donna rendez-vous à toutes ses troupes, qu'il devoit oc« cuper à ces travaux. Ce fut pour tous les gens de guerre un sujet de mécontentement et de murmures. Quelii dureté, disoient- ils, après deux ans de comtois, de sièges et de fatigues continuelles , de ne pas laisser ses soldats jouir quelques momens durepos que leur laissent les ennemis, de les arracher du sein de leur famille dis qu*ils la revoient après une si longue absence/ Ceux surtout qui a'étoient pas même encore rentrés dans
HisTOiais DU bàs«empies. 37
CoDifaotirople, se plaignoient plas haut que les autres. Ajant été obligés de rester en chemin, soit par maladie^ Ml pour cause de blessures, soit par défaut de vivres, ttit par la perte de leurs chevaux , ils étoieni forcés par b gardes des chemins et des ports de se rendre au omp de l'empereur , sans avoir la liberté d'aller respirer l'air de leUr patrie. L'empereur, peu sensible à ces plaintes 9 répétoit souvent qu'il ne vouloit pour soldats (|oe des hommes qui ne connussent d'autre fatigue que i| llnaclion , d'antre famille que leur troupe , d'autre patrie que leur camp. Mais une nouvelle incursion des Tores ne le laissa pas long-temps dans ces occupations f fiisibles. Le printemps finissoit à peine , qu'il apprit . ^ cet barbares ravageoient la province de Pont , et fie Constantin Gabras, gouverneur de Trébizonde, in^ étoit rendu souverain , et avoit secoué le joug de l'obéissance. Résolu de repousser les barbares et de châi. lier le rebelle , il partit de Lopade au commencement àl'été, et prit la route de Paphiagonie. Il vouloit pénékar dans le Pont en côtoyant les bords de la mer, pour tbe assuré de ses subsistances , qui lui viendroient par 2 kPont-Euxin^ et pour ne pas courir risque d'être eni. idoppé. n trouva dans celte marche plus de difficulté fi'il ne s'y étoit attendu, fiflahomet, alors le^lus puisant des émirs , après avoir conquis une partie de l'Ibéi\^ et de la Mésopotamie, s'étoit rendu maître de Céarée en Cappadoce , et ses troupes passoient pour les (bs braves de l'Orient. U fallut disputer tous les passa- |Eis et l'armée grecque, harassée de fatigues et de cmbats , ne pot arriver dans le Pont que vers le solstice Aiver.
L'empereur se cantonna dans la ville.de Kinta. Mais A*. 1140; ao activité naturelle ne put long-temps se contenir. Nicet.c,^^ fiés le milieu de Thiver il se mit en campagne, et cinn.L 1, Jtttra sur les terres des musulmans , où il porta le ravage. ^^9- ^^^^^^^ c I Ui Turcs foyoieat devant lui ; mais il avoit à combattre^^i»* kr^- p-
33 HI8TOIEX DU BA8-SMPI1S.
des ennemis plus dangereux que ks Turcs. C'étoieat là i
disette et le froid très-rigoureux dans ce pays de inonr ij
lignes. Presque tous ses chevaux et ses mulets y périrenh il
Les Turcs , instruits de ces désastres , venoient rattaqairii
par bandes séparées, et le harcelant sans cesse, déchar^fi
géant leurs flèches et disparoissant aussitôt , ik lui cav»i
soient un grand dommage , et échappoient à la poursnilliii
L'empereur fit chercher ce qui lui restoit de bons che^ij
vaux , les distribua surtout aux Latins, meilleurs lanciew:!
que les autres ; et les opposant aux incursions des Turci^i,j
il mit à couvert le reste de ses troupes. Pour groiM^
l'apparence de ses escadrons, il faisoit porter par siki]!
giens de pied les enseignes de cavalerie; ce qui tromff ])
tellement les ennemis, qu'il n'osèrent plus rattac(ueii|||^
et le laissèrent approcher de Néocésarée qu'il assiégea. ;B||g
y eut en ce lieu plusieurs actionsassez meurtrières, àÊÊ^^
une desquelles Manuel, âgé alors de dix-huit ans, etlt„||
plus jeune des fils de l'empereur, étant sorti des ranp^
sans en avoir demandé la permission à scm père , Gonn||,^i
pique baissée donner au milieu des escadrons ennemii^
La hardiesse du prince , et le péril où il se précipiloit^^
attirèrent après lui toute l'armée. Ce fut à qui signaW^
roit son zèle pour l'empereur en dégageant son fib* U^
ennemis furent repoussés avec grand carnage. L'empcN
reur combla son fils de louanges à la tête de Tarniéi
victorieuse ; mais, rentré dans sa tente, il le réprimandi
vivement de sa témérité ; on dit même qu^il lai fii
essuyer le châtiment imposé selon les lois romaines aM
fautes des moindres soldats^ . *i
' Toute cette campagne se passa an siège deNéocësaiéH
Les fréquentes sorties des assiégés, et les attaques^
Parniée turque, qui venoit sans cesse harceler les as&^
geans, retardoient le succès. Enfin la désertion du netes*
de l'empereur fit abandonner l'entreprise. Jean, èM
d'Isaac, frère de l'empereur, étoit un jeune prince haiff
tain et opiniâtre. Un jour de bataille, l'empereur voyai:'
HISTOimE DU BÂS-BMPI&S. 3^
un cavalier italien dont il estimoit la valeur, |ni ëtoit démonté , dit à son neveu , qui montoit ;u cheval arabe : Fous avez assez d'autres exeel" \£vauac; descendez et donnez celui ci à ce caiHê» e jeune homme, piqué de cet ordre , ne répondit nais se tournant vers le cavalier : Emprunte un ^ lui dit-il , et prends carrière ; tu auras celui-ci, me fais quitter les arçons. Cependant comme >il la colère monter au visage de l'empereur , il Ht 9 se fit amener une autre monture , et piqua champ vers Tarmée des Turcs. Arrivé à la portée s traits, il rejette sa lance sur son épaule , 6te son , et se va joindre à eux. Il en étoit déjà connu roîr passé quelque temps parmi'eux avec son père. eçurent avec joie , persuadés qu'il leur seroit fort lar la connoissance qu'il avoit des forces des Grecs. s traître à son souverain , il ne demeura pas longchrétien. Ayant embrassé le mahométisme, il
la fille du sultan dVcone i et reçut en dot pluchâteaux et de grandes terres, avec le surnom de r, qui, dans la langue turque, signifie un homme iasance illustre. Il eut un fils nommé Soliman , duquel se vantoit de descendre Mahomet 119 tù^yet , par cette noble origine celle des princes ans. L'empereur , qui avoit déjà perdu beaucoup imes et de chevaux , et qui manquoit de vivres , itant que le déserteur instruiroit trop bien les ende l'état de son armée , ne s'obstina pas davan- 1 se retira , faisant bonne contenance. Comme son e- garde étoit continuellement insultée par les i,îl gagna les bords de la mer ; et , marchant on bon par des chemins où il ne pouvoit être enveloppé , igna Constantinople le 1 5 de janvier, après avoir oup souffert cette année , sans aucun avantage qui
: dédommager de ses pertes.
campagne suivante fut moins pénible I mais aussi An. u4i<
HISTOIBE DU BIS-EHPIR'E.
c*^'? *i°' la tête de ses armées. Il partit dès les premiers y e* 9. l'année suivante , sur la nouvelle que les Turcs
infructueuse. Elle se passa au bord du Rhyndacus sans ^ aucune action mémorable. Les neiges et les glaces dfè n l'hiver le tinrent quelque temps comme assiégé danssoA ii eamp , et le forcèrent enfin à reprendre le chemin de si à capitale. ''-f
Aw. ii4». Ce prince, trop guerrier, ne trouvoît de repos qu'àïi
jours de {li
que tes 1 urcs et oient 'u
entrés en Pamphylie, et qu'ils assiégeoient Sozôjpolis.nit
Ses filles, dont il étoit tendrement aimé, ne le quitti-sr
rent qu'avec beaucoup de larmes, comme si elles eussent^i
prévu qu'elles ne le reverroient plus. Arrivé à Âttalieiili
il apprit que les Turcs s'étoient retirés , et il s'arrétuiie
quelque temps dans cette ville pour mettre ordre tmi
gouvernement de ses nouvelles conquêtes. Près delaïj)
ville dlcone , occupée depuis long-temps par les Tnr^ifle
étoit un lac fort étendu , nommé Pasgusa , semé de pe-ii,
tites îles peu éloignées l'une de l'autre. Dans chacune de<ii^
ces îles s'élevoit une fort^esse, qui sembloit être vxÈ^i
écueil au milieu des eaux. Les anciens habitans s'f (t
étoient maintenus; mais, détachés de l'empire, ilsn'éttt;.
avoieht conservé que la religion , et ne reconnoissoieo^;
d'autre maître que le sultan d'Icône, où ib alloientet|
d'mi ils revenoient le même jour. L'empereur, eampé,
au bord du lac, leur fit signifier qu'ils eussent à recevoit|
de sa part un gouverneur et des troupes , ou à sortift^
de leurs demeures ; qu'il leur laisseroit libre le chemiA
d'Icône. Ils se moquèrent de ces ordres ; et Tempereort
piqué de ce mépris, résolut d'employer toutes ses forçai
à conquérir ces îles , quoiqu'il vît bien qu'il lui seroi^
impossible de les garder. Il fit construire à la hâte à€i
barques , en attacha plusieurs ensemble , et les charge^
de machines poijr aller foudroyer ces forteresses. Il l
réussit , malgré les orages qui s'élevèrent sur le lac , ^
qui détruisirent plusieurs fois son armement. Après d^
efforts auxquels ce prince, d'ailleurs prudent et sage , 01
AI8TOI&E DU BAS-EMFIEE. '4l
a qae pêt un point d'honneur vain et frivole, il
mison dans ces places. C'étoient des soldats
. dont le sort est ignoré, nnais qui, après le.dé-
Tempereur, ne tinrent sans doute pas long-temps
s postes isolés.
lis il ne s'étoit vu à la tête d'une sî belle armée. A*V:«r.c.io,
3 tontes les forces et les trésors de l'empire mar- cin, i uc.
à sa suite. Il se proposoit de faire la conquête ^Q^^m yy^^ ^rie entièrei d'aller à Jérusalem déposer sa*cou-^- ^^ ^* 19» mr le Saint-Sépulcre , pour la recevoir ensuite ^&^i i. 3.
de Jésus-Christ même, et de chasser les rausul- ''^''^' ^> ^• le toute la Palestine. Mais il cachmt avec soin Chron. Su\ i desseins, et feignoit de n'avoir en vue que de ^/^erîc.cAr. rc aux sollicitations du prince d'Antioche , qui ^'q^' «. . it par des lettres fréquentes à venir au plus tôt /. 1 , c. 28. r le traité fait entre eux quatre ans auparavant. gest^'^Frid. md, qui n'avoit guère plus de prudence que de'^A'- ^- »>' foi , se flattoit qu'après ce qui s'étoit passé , l'em- Du Cange^ ne seroit plus tenté d'entrer en maître dans An-'^'J'; fy^-P-
et qu'il ne songeroit plus qu'à lui procurer un t état par la conquête des quatre plus grandes e Syrie. Jean , qui avoit bien d'autres pensées , ît encore un prQJet important. Manuel, le plus le ses fils , étoit le plus chéri. II lui trouvoit plus i , de valeur , de ressemblance avec lui-même. lit lui faire un royaume de la Pampbylie , de la , d'Antioche et de l'île de Cypre. Il ne désespés même de le faire empereur au préjudice de ses nés. Jean, occupé de tous ces desseins, étoit reà Attalie, pour se disposer au voyage d'Antioche, il perdit Alexis, son fils aîné, qu'il avoit depuis ;mps associé à la dignité impériale. Ce prince t d'une fièvre ardente, et sa mort fut aussitôt de celle de son frère Andfonic, qui portoit le e sébastocrator. L'empereur, craignant pour le oie , qui commençoit à ressentir quelque atteinte.
4a HISTOIRE DU BAS-IMPiai.
le fit partir pour transporter à Constantiilople les çorpi de ses deux frères et leur rendre les deroirs funèbres. Il retint Manuel auprès de lui; et, ayant en diligence traversé la Gilicie , il arriva à la vue du château de Tor-« bessel, à huit ou dix lieues en-deçà de TEuphrate, sur les terres du comte d'Edesse, qui ne Tattendoit pas.
Joscelin s'ëtoit trop mal cohduit*au siège de Sbisttt pour se flatter d'être bien voulu de l'empereur. Il craignoif une invasion contre laquelle il ne pourroit se défendre. L'empereur, qui de son côté avoit sujet de se défier de ce prince, lui demanda des otages, et le comte e ne tarda paffii lui envoyer sa fille Isabelle. Assuré de sa u fidélité par ce gage précieux, Jean prit la route d'An- il tioche , et arriva le 25 septembre à un château nommé n Gast, à quelques lieues de cette ville. Il dépêche de là ;i des courriers à Raymond, et lui renouvelle les mêmes i demandes qui , dans son premier voyage , avoient fait i trembler le prince et soulevé tout le peuple. Il les appuie i des mêmes motifs. Le prince , se trouvant dans un grand % embarras , délibère avec son conseil. Pour le dégager de t. sa parole , on fut d'avis de le désavouer , comme ayant .1 passé son pouvoir dans le traité qu'il avoit fait. On dé- ^ puta donc les plus nobles de la, ville, qui déclarèrent à i l'empereur, au nom du patriarche et des habitans, gu'ik ; ne se ienoient pas pour engagés par la parole de Ray- ,; mond ; que ce prince n'avoit aucun droit sur Vhéritagê \ de sa femme ; que sa femme même rie poui^oit en aucune ^ manière disposer de ses domaines sans le consentement ; des autres seigneurs et des habitans ; que y si le duc et la i; duchesse persisioient à en trafiquer ainsi ^ selon leur ca- ^ price , au détriment de leurs sujets , on les bannirait t eux-mêmes de tout le territoire. L'évêque de Gabale , qui i se trouvoit alors dans la ville comme légat du pape Innocent li, se joignit à ces députés, et signifia à l'empereur, de la part du saint-siége, quil eut à s'abstenir d'entrer dans Ântioche , et de susciter aucun trouble aux
Latins établis en Orient. L'enopereul*, irriti^ de ces oppositions, permitià ses soldats, sous prétexte qu'ils man* quoient de vivres, de ravager le territoire d*Antioclie. Ils osèrent de cette liberté avec tout l'emportement d'une soldatesque effrénée. Non contens de piller les moissons et les fruits, ils coupèrent par le pied les arbres fruitiers, brûlèrent les habitations et les granges, et firent un horrible dégât, qui ne pou voit être réparé de plusieurs années. Quelques-uns s'emportèrent à un tel excès 4le fureur, ({ii'ils massacrèrent les ermites des environs, et réduisirent en cendres leurs cellules. L'empereur demeura chargé de tout l'odieux de ces barbaries, qu'il ne put arrêter lorsqu'il eut une fois lâché la bride à cette foDgaeuse multitude.
Pour ne pas s'éloigner d'Àntioche, dont il vouloit s'em- v parer ^ il lui vint en pensée d'aller passer l'hiver à Jecuaalem. Mais il ne montra que le désir de visiter les saints Lieux. Il envoya donc des officiers de distinction ea ambassade à Foulques, roi de Jérusalem , qui vivoit encore, et ne mourut que le i3 novembre de cette année. Il lui mandoit qu'il désiroit ardemment de se transporter dans la ville sainte pour y honorer les vestiges do Sauveur , et pour offrir aux chrétiens son secours ccmtre les infidèles. Le roi, craignant une dévotion si bien armée, de l'avis de son conseil, envoya Anselme, évêque de Bethléem, avec deux autres seigneurs, porter sa réponse à l'empereur, et lui dire, qu'il HendroU à grand honneur di le recevoir dans sa ville ; mais que dans Un état aussi borné que le sien il ne pourroii Êtouverde quoi faire subsister une si grande armée ; que les soldats grecs et ses propres sujets seroieni en danger de mourir de/mm : que cependant, si sa majesté vouloit ne prendre avec elle que dix mille hommes , il iroii au-dleçant d'elle avec tout son peuple ; qu'on la recevrait avec des transports de joie , et qu'on lui rendrait les hommages dus au plus grand prince du monde. Ce re^
fus , assaisonné de tant de politesse , ne plut pas à Tem* . perenr; il crut qn4l n'étoit pas de la dignité impérial^ j d'aHer se montrer en Palestine si peu accompagné. Il . rendit au roi les mêmes protestations d'amitié qu'il en , ^ avoit reçues , et renvoya les ambassadeurs comblés da • présens. Il retourna passer l'hiver en Cilicie prèsd'Ana-- .. zarbe , bien résolu de rentrer en Syrie dès que la saisbii : le permettroit , et d'y signaler sa puissance par quelqiie . ' exploit mémorable.
Air. u43. Un accident funeste renversa tous ses projets. Il ai- ^ moit la chasse et y passoit une partie du temps que lui* laissoient les opérations militaires. Campé dans une vallée entre deux hautes montagnes qu'on appeloit les, nids des corbeaux » il sortit avec son équipage ordinaire;-, . ' et, s'étant engagé dans un bois plein de bêtes sauvages , . comme le sont toutes les forêts du mont Taurus , il vit venir à lui un furieux sanglier poursuivi par ses chiens» Il attend la bête de pied ferme, et lui plonge son épieu'dans le corps. Au milieu des violentes secousses de ce^f vigoureux animal , le carquois du prince , rempli det^ flèches empoisonnées, s'étant renversé , un de ces traits.^ meurtriers lui perce la main et y fait une profonde ble^ , sure. Pour arrêter le sang , il se sert d'un topique aussi. | bizarre que frivole, mais apparemment alors en usage parmi les chasseurs. .C'étoit de s'enlever une peau du> .| talon , et de l'appliquer sur la blessure , qu'on bandoit .^ ensuite fortement. Il retourne le soir au camp , soupe à ^ son ordfnaire , et passe assez tranquilleipent la nuit. Le, ^ venin , dont on avoit fermé Tissue , eut le temps de se , répandre dans les veines , et le lendemain Tenflure de ^ sa plaie, accompagnée d'inflammation et de vives douleurs , l'obligea d'avoir recours aux médecins. Ils levèrent ce ridicule appareil ; et , ayant appliqué un emplâtre qui ne fut pas plus efficace , ils en vinrent à l'incision , qui ne procura aucun soulagement. L'enflure s'étant communiquée au bras tout entier , on fut d'avis.
HISTOIRE DU BA8*-EUPIRB. l^S
de lai couper le bras, sans être cependant assure si cette opération cruelle lui sauveroit la vie. L'empereur n'y voulut point consentir, disant que ce n^éioiipas trop de aux mains pour tenir les rines de l'empire* Il se détermina donc à mourir , et It; seul regret qu'il témoigna (it de n*avoir pas accompli le pèlerinage de Jérusalem, aaqael il ctoit tellement résolu , qu'il avoit fait faire une Ismpe d'or du poids de vingt livres pour l'offrir au Saint-Sépulcre. Le jour de Pâques , qui tomboit cette année au 4 avril , il reçut le saint viatique. A l'heure da souper, il fit ouvrir les portes de sa tente, permet* taot à tous les soldats d'entrer et de lui présenter leurs requêtes. C'étoit par le conseil d'Axncli, cet estimable ministre, qu'il voulut donner à ses sujets cette dernière marque de sa bonté. Il en fit autant le lendemain ; et, i^ëtant fait servir le souper orc^naire , il en distribua les rândes aux assistans. La nuit suivante il survint un si violent orage, que les torrensqui tomboient des montagnes emportèrent le lit où reposoit l'empereur. Dès qa*il a'étoit vu menacé de la mort , il avoit fait venir auprès de lui un moine de Pamphylie, célèbre par sa taintetë, pour implorer la miséricorde de Dieu par des prières continuelles.
Le 6 d'avril, se sentant près de sa fin , il fit appeler kl principaux officiers de l'armée. Les voyant autour de son lit, il rassembla tout ce qui lui restoil de forces, et, paroissant seul insensible à ses maux , il leur parla en ces termes : « Mes amis , voiy savez que les princes
• regardent leurs états comme un patrimoine , et qu'ils
• les transmettent à leurs enfans selon le droit de pri- « mogëniture comme les particuliers disposent de leurs « maisons et de leurs terres. C'est ainsi que «j'ai reçu « de mon père le droit de commander aux hommes, et « vons pensez sans doute que j'en userai de même à l'é- « gard de mes enfaoa. Il ne m'en reste que deux , et ■ vous ne doutez pas que la prérogative de l'âge ne dé«-
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« termine mon choix. Mais l'amour que j*al pour « est si vrai et si désintéresse , que , si ni l'un ni T. « de mes fils ne méritoit Tempire , je cherchero: « successeur hors de ma famille. Un pilote qui , « ignorance , se perd avec son vaisseau , meurt coi « de honte , et n'en laisse pas moins à celui qui « confié le gouvernail. C'est se déshonorer que d'é « en h(yineur un homme qui n'en est pas digne. Je « que des grâces à rendre sTU maître des souverains « les deux fils qu'il a bien voulu me laisser. Ils ont « deux d'excellentes qualités ; je les aime égalemen <« s'il ne' s'agissoit pas de l'empire , je suivrois da « distribution de mon héritage l'ordre qu'a suivi 1 « ture. Mais la succession à l'empire n'est pas un « sent ; c'est un fardeau dont un père doit charger « de ses en fans t]ui est 1^ plus capable de le portei « Providence a pris soiii de désigner mon succès «< C'est Dieu qui nomme le premier à tous les emp n les qualités de celui qui en est digne sont la vo « Dieu même , qui en est l'auteur. C'est aux hon « à l'écouter ; je ne fais qu'énoncer son suffrage. Ji « en , et voyez si Manuel mérite de vous commai « Son courage s'est montré devant Néocésarée ; noi « dûmes la victoire. Vous connoissez sa prudence e « esprit de ressources. Vous n'ignorez pas que dai « conjonctures les plus épineuses je me suis plus c « fois bien trouvé de ses conseils, et qu'il m'a tir « plus grands périls, (gombien de preuves n'a ^ t - i K données de l'étendue de son génie , de l'élévatio » son âme, de sa fermeté, de son discernement y di « détachement de tout intérêt personnel et des pi; <c de son âge, de son application atix affaires série <c de sa bonté et de sa compassion pour les malheur « Je destinois Alexis à l'empire ; mes vues ne s'a< <c doient pas avec les desseins de Dieu , il me l'a en « Averti par ce coup si sensible à ma tendresse \ je
t vonla prévenir son choix. C'est lui qui m'inspire s ce dernier moment , où s'éteignent toutes les aflons humaines. Je touche à cet instant où je n'au* plus ni trône ni famille, mon dernier soupir est r le bien de cet empire. C'est à vous à y répondre votre suffrage. Songez qu'Isaac fut le cadet d'Isfl , que Jacob ne vint an monde qu'après Esaû , Moïse étoit plus jeune qû'Aaron , et que David t le dernier de tous ses frères. » Dès qu'il eut cessé rler , tous les assistans , fondant en larmes , s'éli d'une voix mêlée de sanglots : JNous acceptons el ; que Manuel soit notre empereur. Manuel , inle à toute autre chose qu'à la perte de son père ^ r baissée, baignoit la terre de ses pleurs. On le. t de la pourpre , on lui ceignit le diadème , on la dans la place d'armes , où tous les soldats asés le proclamèrent empereur. 11 étoit âgé de vingt ans. C'étoit Âxuch qui , sur la comparaison du fere d'Isaac avec celui de Manuel , avoit déterminé îreur à cette préférence si dangereuse d'ailleurs , et pre à troubler la tranquillité des états. M!kis il t dans Manuel une supériorité si généralement me , qaMl n'en craignit pas les suites, qui n'eurent :et rien de funeste.
a ne survécut que deux jours , et mourut le 8 avril , e de cinquante-cinq ans, après un règne de vingte ans , sept mois et vingt-quatre jours. Ce prince , er du courage , de la prudence et des autres granjaalités de son père , le surpassa encore par une sans mélange d'aucun vice. Il eût été digne de î dans les beaux jours de l'empire romain ; c'est le Aurèle de Constantinople. Assis sur un trône déjà lié, il l'affermit par de brillans succès. Il entra )as ferme dans ia route glorieuse que son père lui ouverte^ ejt ouvrit lui-même à son fils un chemin lonvelles conquêtes. On peut dire que le règne de
4? HISTOIRE DU BÀS-SMPI&Sr
ces trois princes fut pour l'empire un repos où il s^ar^ réta dans sa chute. Pieux, réglé dans ses mœurs , atteo* tif à retenir ou plutôt à renouveler l'ancienne discfti pline , il bannit de son palais le luxe des habits el dei tables ; il proscrivit la licence , donnant lui - même l'exemple d'une simplicité auguste , d'une noble fragalité , d*une exacte décence. Ce n'étoit pas en lui médio* crité de génie ; il avoit l'âme plus grande encore que h fortune. Il étoit libéral, et même magnifique , maissanl profusion ; persuadé que les grandes largesses sont de grands brigandages , et qu'un prince n'enrichit ses favoH ' ris qu'en dépouillant ses autres sujets. Tout le pa||ftt prit bientôt le ton du maître ; la vertu étoit devenue k .moyen de plaire, et le vice cessa d'être courtisan. Sa manière de vivre n'avoit cependant rien d'austère ni de triste. Sa conversation respiroit une gaîté honnête ; ï| avoit des amis , et leur donnoit une sage liberté. Plein de douceur et de clémence , il ne condamna jamais peih sonne à la mort ni à* la perte de ses membres. Il ne se forma contre lui d'autre conjuration que celle d'Anne Comtène, la première année de son règne. On eût dit que \el crime avoit fait trêve avec Fhumanité pour ton le temps de son gouvernement. On ne ^ut reprochai à ce grand et vertueux prince que trop de passion poai la gloire des armes. Mais ses guerres furent ou défensives, on entreprises pour reconquérir les provinces qiB avoient appartenu à l'empire. Il vécut moins dans m palais que dans un camp ; vaillant , intrépide , infati gable , mais aussi incapable de témérité que de peur , i fut l'âme de ses armées , et ne se laissa jamais emportf à cette fougue impétueuse qui confond le capitaine avi le soldat.
}u Cangcy Outre ses deux fils, il laissa trois filles; Marie, qi 7; Ysof ^^^*^ Jumelle d'Alexis, fut femme de Roger, de la fi «• mille des princes de Capoue. Ce prince, dépouillée
ses biens par Roger ,. roi de Sicile , s'étoit réfugié
fitStOIRE DU BAS-SMPiat. 49.
Conatantinople. Il y fut honoré du titre de Gësar , et ^NNisa là princesse, qui mourut dans les premières lOD^s du règne de Manuel. La seconde fille fut mariée • Etienne Coniostéphane, que Manuel décora du titre de graad-duc, et qui fut tué au siège de Corfou en 1160. Sa veuve reçut de Manuel le domaine de Tile de Corfou. Elle avoit eu plusieurs enfans , dont nous aurons occasion de parler dans la suite. Le troisième ^misa Théodore Vatace, qui fût un des généraux de Manbel. Théodore Balsamon rapporte que, quelques mnéçs après la mort du prince Alexis, qui étoit décédé éa vivant de son père» sa veuve, étaqt tombée dange-' RQsement malade , eut recours à des magiciens qui lui 'ptimettoient la santé. Il en coûta la vie à plusieurs de Ms domestiques , qui furent la victime des forfaits de ces iofâaies charlatans. Mais enfin les inagiciens, bien payés dbparurent» et la princesse expira dans de' Ion- (aes et cruelles douleurs.
mst. BU BÀS-EMPr TOM. IX.
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