MANUEL
• "<^* JuA prédilection da défunt empereur èl Taffection des 1/1. /. a, gçjjj jg guerre a voient mis Manuel sur le trône, mais ceu L 1 , ne lui avoient pas assuré le suffrage du reste de l*emi7/. Trr, P^^- Isaac , Taîné de Manuel , étoit à Constantinople. s, c. a3. j^ç^ droits que lui donnoit sa naissance le rendoient ua . àrz.p] redoutable rival ; et la guerre civile étoit inévitable , si ' *'-^^* l'adresse d'Axuch n*eût su conserver à Manuel la couronne qull lui avoit procurée. Pendant que Jean rendoit les derniers soupirs , Âxuch partit du cahip , et fit tant de diligence , qu'il arriva à Constantinople avant la nouvelle de la proclamation de Manuel et de la mort de Tempereur. Il se saisit aussitôt de la personne d'Isaac, qui n'avoit nulle défiance, et Tenferma dans un monastère. Ce prince ne fut pas long-temps sans apprendre la cause de cette violence imprévue et la préférence donnée à son frère. Il s'emporta aux plaintes les plus amères ; elles étoient si justes, qu'elles pouvoient soulever toute la ville. Axuch l'avoit prévu; et, pour en empêcher l'effet, il employa une ruse dont la politique ne s'étoit jamais «visée. La sagesse de sa conduite dans les affaires, son désiny^ressemcnt , son inclination naturelle à obliger tout le monde , lui avoient acquis la confiance de toutes les personnes distinguées dans les différens ordres de l'état. Il n'eut pas de peine à les mettre dans les intérêts de Manuel, et convint avec eux de ce qu'il alloit faire contre eux-mêmes pour tromper Isaac par cette feinte , et lui donner à croire que leur zèlç pour lui étoit la cau|e de leur disgrâce. Après les avoir ainsi préparés ,
&I8TOtEK DU BAS-XMPI&E. Si
il produisit un arrêt de Temperear qui les condamBoit comme rebelles et confisquoit leors biens. Ce stratagème eut tout l'efFet qu'il désiroit. Isaac se persuada qu'au moindre signal de sa part , il les trouveroit empresses à le servir» Il forma avec eux des ititelligeiices qu'il croyoit secrètes , et crut n'avoir pas besoin de se faire d'antres partisans. Ceux-ci, de leur côte, Tamusèrent par de faux. messages; et, remettant d'un jour à l'autre l'occa^ flon d'ëclater , ils l'entretinrent dans son erreur jusqu'à Farrivëe de Manuel. Axuch étoit maître du palais; mais il falloit encore mettre dans le parti de Manuel le clergé de Sainte-Sophie , qui avoit grand crédit dans la ville. Le ministre, dans ce dessein , s'étoit pourvu d'un ressort très-efficace ; il apportoit un diplôme de l'emperenr qui promettoit au clergé plus de dix mille francs par tête, s'il se déclaroit pour lui. Axuch étoit même chargé d'an second diplôme où la somme étoit augmentée, si la première ne suffisoit pas. Mais il n'eut pas besoin d'en faire usage. Les ecclésiastiques de la cathédrale trouvèrent dans la première offre de quoi satisfaire leur modeste avidité.
Cependant Manuel en Cilicie s'occupoit à rendre les derniers devoirs à son père. Il fit jeter les fondemens d'un monastère dans le lieu même où Jean avoit fini ses jours» Le prince d'Antioche , se flattant de pouvoir réparer ses pertes dans le commencement d'un nouveau règne, envoya des ambassadeurs à Manuel pour lui demander la restitution des terres de Cilicie qui appartenoient au duché d'Antioche. Manuel répondit que> s*il Hoii question de restitution, il falloit remettre h tempire Antioche même qui lui appartenoit h double titre , et par droit d ancienne possession et par le traité fait avec les croisés ; qu*au lieu de demander justice , c étoit au prince if Antioche à la rendre; et que , s'il la refusait , on seroit bientôt en état de l'y contraindre ; que , foî/i de consentir à rien perdre de la succession de son
5i HISTOIRE DU BAS'^EMPIRK.
père , il étoit bien résolu de t étendre par de nouçelteà conquêtes. Les ayant renvoyés avec cette réponse^ i( marcha, suivi de toute son armée, vers la flotte qui étoit à Tancre dans le fleuve Pyrame , près de Mopsueste. Il portoit lui-même s^r eu épaules avec ses parcns le cer«? , cueilde son père ; et , Tayant déposé dans un vaisafeaa , iï l'envoya par mer à Constantinople. Pour lui, après avoir passé un mois en Gilicie, il prit avec son armée la route de terre , et traversa Ilsaurie, la Lyçaonie, la Phrygie, pays occupés par les Turcs, |ans leur demander la liberté du passage. Etonnés de sa hardiesse , ils n'osèrent lui opposer aucun obstacle; en sorte quHl ne perdit dans sa route que deux personnes, Andronic^ fils de son oncle Isaac Comhène, et Théodore Dasiote^ qui avoit épousé Marie , fille de son frère Ândrenic , mort l'année précédente. Ces deux princes, s'étant écartés pour prendre le plaisir de la chasse , furent faits prir sonniers par les Turcs , qui les conduisirent à Masoud ^ sultan d'Icone.Manuel, qui se hâtoit d'arriver à Constantinople, ne s'arrêta pas à les redemander; ce qui le fit taxer d'indifférence à l'égard de ses proches. Il les retira néanmoins dans la suite sans payer de rançon, et reprit en passant près de Séleucie la ville de Pracane, que les Turcs avoient ravagée.
Les vaisseaux du convoi funèbre arrivèrent avant Manuel. Le sénat vint au-devant du cercueil , qui fut porté en grande pompe dans l'église du Pantocrator , et déposé dans un magnifique mausolée , près du tombeao de l'impératrice Irène. L'entrée de l'empereur, qui suivit peu de jours après, fut accompagnée de la joie d^ tous les habitans. Outre que l'habile ministre avoit préparé les esprits à désirer ce prince pour empereur, ses belles qualités lui avoient gagné le cœur des peuples dès sa première jeunesse. Tous les sujets pensoient de lui comme son père. On admiroit son courage , sa grandeur d'âoiei sa passion pouc la gloire; on vouloit dès-^
lors trouver en lui la prudence d'un âge avance. Lea grâces de sa personne aidoient encore à faire valoir son mérite , et séduisoient le jugement du peuple. Il étoit de baote stature, quoiqu'un peu courbé; une beauté mâle, nn regard plein de douceur, un teint vif et animé, annon^ çoient un heureux mélange de bonté et de vigueur. Telles furent les quafités qu'il porta sur le trône. La vigueur s'y conserva ; la'^bonté y fut fort altérée par les malignes influences de la grandeur. Il fut conduit au palais entre les acclamations d'un peuple innombrable , qai se promettoit tout ce que des sujets ont coutume de se promettre à Taurore d'un nouveau règne , et qu'ils n'obtiennent que de ces princes rares qui, avant que de commander aux autres hommes , ont appris à se commander à eux-mêmes.
Lies deux Isaacs étoient renfermés, le frère de l'empereur dans un monastère de Constantinople , l'oncle dans Héraclée en Bithynie. Manuel commença son règne par les rappeler tous deux à la cour. La réconciliation fiit«sincère de la part de Manuel ; elle sembla l'être de la part des princes. L'un oublia pour quelque temps les conseils de Tambition qui lui avoit attiré sa disgrâce; l'autre parut avoir étouffé les sentimens de jalousie que la préférence donnée à son jeune frère devoit naturellement allumer dans son cœur. Mais'cet effort de vertu se démentit dans la suite. Isaac n'en étoit pas capable. Il étoit colère, cruel , et , quoique grand et robuste , néanmoins si timide, que le moindre bruit le faisoit trem- Uer» Le peuple, instruit de ses défauts, sut bon gréa l'empereur Jean de l'avoir écarté du trâne; et pour un prince de ce caractère les droits de la nature ne trouvèrent point de défenseurs. Manuel congédia ses soldats» après les avoir libéralement récompensés; il fit distribuer deux pièces d'or à chaque maison de Constantinople.
La vacance du siège fit différer de quelque temps le couronnement de l'empereur. Le patriarche Léon Sty-
54 HIBTOIHE AU >ÀS«tlIPIltC.
piote ëtoit mort après hait mas et demi d'ëpiscopatJ Manuel ayant donc fait assembler le clergé , le sénat et les princes de sa famille, les consulta stfMe choix d*an successeur. Entre ceux qui furent proposés, presque tons les suffrages se réunirent en faveur de Michel Curcuas , qnî fut aussi nommé Oa:iie, parcç qu'il étoit abbé da monastère de Saint-Auxence dans l'île d'Oxîe. C'étoit tm homme vertueux , fort instrtnt dans les saintes lettres , mais peu dans les sciences humaines. Il ne tenoit qne de sa vertu l'affabilité, la douceur, et une certaine politesse de mœnrâ qui est ordinairement le fruit de Té* ducatioii. Après son intronisation, il sacra Temperenr, qui déposa sur Tautel cent livres d'or, et assigna an dergé de Constantinople une pension annuelle de deux cents de ces livres. Ces libéralités achevèrent de lui gagner Testîme publique.
GttilL Tyr^ Gc fut Cette année que les chrétiens perdirent en Asie 5 *u ^',5^ ûnèdesquatregrandesprincîpaulésquifaîsoientlepartagc i6. de leurs conquêtes. Le comté d'Edesse avoit formé leur
l.\\ ' ' premier établissement; ils en furent redevables à* la Sanut, l. 3 , faveur et à la sage conduite de Baudouin , frère de
part. 9, c. a. , ^ ^ '^
jibuifàrage. Godcfroi de Bouillon. Ce fut aussi la première perte
Mvnt.^chr, * qu'ils firent ; et ils ne durent ce malheur qu'à la négli-
M6, urs- gence et à la vie dissolue de ce même Joscelin qui , dans
pcVm CnP, *
Cfiron. bèls, le siége de Shizar , avoit si bien fait conuoître la légè-
D 'ri D
^«à^*« ^'reté de son caractère. Il avoit abandonné la ville d'E- Mansi acf dcsse; et, n'y laissant pour la garder que de mauvaises troupes , mal payées, il s'étoit retiré en-deçà de l'Euphrate , dans un pays de délices , où il menoit une vie molle et voluptueuse. Il auroit pu tirer des seconrs d'Antioche , dont l'état confinoit avec le sien ; mais Raymond et Joscelin étoient devenus tellement ennemis , que, loin de s'entr'aider, ils étoient disposés à se réjouir de leurs pertes mutuelles. Zengui , ce redoutable sultan d'Alep et de Mosnl, instruit de toutes ces y circonstances , vînt assiéger Edesse , et pressa le siège
HIftTOI&S BU BAS-SMPI&I. 55
iTec tant d'activité , que Joscelin n'eut pas le temps de ncevoir les sccoars qu'il a voit mendiés de tontes parts. '•
Un Arménien ^ qui logeoit dans une des tours de la ville j justement irrité contre Joscelin , qui lui avoit enlevé sa fille, fit «entrer les Turcs la nuit de Noël, et la ville fut horriblement saccagée. Il y resta cependant quelques chrétiens ; et peu de temps après , Zengui étant mort j comme la garnison turque se trouvoit réduite à un petit nombre, ils invitèrent le comte à revenir , promettant de l'introduire dans la ville; ce qui fut exécuté de nuit. Mais les deux forteresses , renfermées dans Tenœinte des murailles, étant restées au pouvoir des musuK mans , Noradin , fils delZengui , et aussi grand guerrier que son père, vint de nouveau assiéger Edesse. Les habitans, trop foibles pour tenir tête en même temps aux ennemis du dedans et à ceux du dehors , prirent un parti désespéré ; ils ouvrirent leurs portes , sortirent en fbole, hommes, femmes, enfans, et se jetèrent au tfavers des assiëgeans , pour y trouver une prompte mort, s'ils ne pouvoient se faire un passage. Ce fut une affreuse boucherie. Peu échappèrent , et entre autres le comte, qui méritoit le plus de périr. La perte de cette place importante entraîna celle de la religion chrétienne au-delà de l'Euphrate. Quelque temps après , Joscelin , pris par les Tnrcs, mourut de faim dans les prisons d'Alep. Sa veuve , à laquelle il étoit encore resté quelques places, en transporta la propriété à l'empereur , avec tous ses droits, fiflanueleut la vanité d'accepter ce don, et de promettre qu'ildéfendroit le pays; mais il tint mal sa parole. Quelques troupes qu'il envoya furent taillées en pièces far Noradin , qui demeura maître de toute la contrée. Le comté d'Edesse n'avoit subsisté* que quarante-six ans y sous quatre souverains.
L'année suivante commença par une brillante céré- ah. ii44* monie ; ce fut le mariage de Manuel. Jean s'étoit ligué yicet. L i» avec Lothaire, empereur d'Allemagne, pour s'opposer
56 HISTOIRE DU BÀS-EMPIRS.
Ci^^ l^ aax desseins ambitieux de Roger, roi de Sicile »qm « *^a' • h ro^^^Ç^^^ également Tltalie et la Grèce, Lothaire ëtani j OttodtgtS" mort , et Conrad , duc de Franconie , lui ayant succédé,i.^ «a ^^%'/' Jean renouvela cette alliance avec le nouvel empereur! ^ et , afin de la rendre plus étroite , il lui fit demander y une princesse de sa famille pour son fils Manuel. Conrad ^ jeta les yeux sur Berthe,.sœur de sa femme Gertrude, j fille de Bérenger , comte dç Sultzbach en Bavière. ,j, Ce prince , naturellement fier et hautain , prétendoit ; faire grand honneur à l'empereur grec, La lettre qu'il !, lui écrivit au sujet de ce mariage étoit d'un style vain et fanfaron : il relevoit l'empire d'Occident fort audessus de Tempire d'Orient: ha nouvelle Rome « disoit-il , est fille de t ancienne ; elle lui doit amour, etrespect, comme aussi la nôtre promet à sa fille l^iençeit lance et protection. Il menaçoit de faire sentir sa puis- . sance à quiconque attaqueroit l'un ou l'autre empire; et, i faisatit allusion à l'aigle impériale : Il n'est point d'en^ ^ nemi, disoit-il , qui puisse échapper à la rapidité de nos ailes dès que nous les avons déployées. Il se vantoit d'être obéi de la France , de l'Angleterre , de , l'Espagne , ; du Danemarck, et de tous les états* de l'Europe , du nord au midi. Il demandoit une église à Constantinople pour la nation allemande. Il proposoit Pierre Folano, doge de Venise , comme ami des deux partis, pour régler les conventions entre les deux empires; ce que Jean accepta par une lettre plus honnête et moins fière que celle de l'empereur allemand. Conrad fit partir la princesse sous la conduite d'Embricon , évêque de Witzbourg. IVIais, lorsqu'elle arriva à Constantin nople , Jean étoil déjà mort. Manuel , montant sur le trône , fit part à Conrad de son avènement à l'empire. Conrad , dans sa réponse , $c plaint de quelques paroles de Nicéphore, envoyé de l'empereur grec , qui avoient blessé sa fierté. En faveur du mariage il fait avec Manuel une ligue défensive. Manuel lui avoit demandé .
ffrSTOIAE MT BjUI^KHPIRE. 67
cSiiq cents soldats; il lai en promet deux el trois millet B^ en a besoin , et même d'employer tontes'ses forces et m propre personne pour le secourir , comme son cher ils et son (4ier frère, plutôt que de lui laisser recevoir acon déshonneur. Il lui envoya encore Embricon avec inq antres seigneurs des premiers de sa cour , pour ho< orer de leur présence la cëlébratioB du mariage. A arrivée de Berthe , toutes les princesses et les dames de a coar à la suite dlrène , veuve d'Alexis , allèrent aulevant d'elle , et la reçurent avec autant de respect que e joie. Lies noces furent célébrées dans la semaine d'après Epiphanie. On changea, selon la coutume , le nom de terthe en celui d'Irène ; et le mérite de la nouvelle opératrice donna un nouveau lustre à ce nom, que tant le grandes princesses avoient porté avant çlle. Pleine esens et de raison , elle dédaigna toute parure affectée, t ne voulut jamais relever son teint par un coloris empnnté. Elle ne cherchoit de quoi plaire à son mari que jans la sagesse de sa conduite , et dans les grâces que tonne la vertu assaisonnée de douceur et de complaiance. Elle apportoit dans la Grèce corrompue cette légnlarité de mœurs qui régnoit encore dans les cours f Allemagne : ç'auroient été des attraits pour Théodose; tt fut un sujet de dégoût pour Manuel , qui , avec de (randes qualités , étoit de mœurs fort licencieuses. Il |Niya la vertu de sa femme de toute sorte de respects et (fhonneurs; il l'environna de toute la décoration impériale ; mais il ne Taima pas , et , s' égarant à d'antres imoars , il porta Tindifférence pour sa propre réputation jusqu'à entretenir, au scandale de tout l'empire, . ta commerce incestueux avec Théodora , fille de son frite Aodronic, femme hautaine et arrogante , qui se ftisoitune maligne joie d^éclipser par son éclat la mo- ' deste impératrice.
Mannel, ayant affermi son pouvoir , et ne craignant Nîcet. i. 1 plus rien de son frère ni de son oncle, avoit à s'occuper ^' '
58 BI8T0U«jM>V M8-I1IP»S.
de trois graodi objets pour Thonnenr et la tranqoilK de so» emiKre. Il falloir établir un bon ordre dans détail de son gouvernement , venger la mémoire de sa père outragée Y^r le prince et le peuple ri^Antioclu réprimer Taudace des Turcs qui cherchoient sans cea à s'éteadre. Pour le prem^ir article , il manqua de vig lance sur la condfîte de ses imnîstres. Son père lui av» laissé les finances dans Tétat le plus opulent ; ce princ économe sans avariée , fie donnant rien à ses capria ni à ses plaisirs , mais ne refusant rien à li nécessité à la justice, avoit épargné de grandes sommes, sur \m quelles la veuve et Torphelin n'avoient rien à redema der.: Il avoit donné la direction des finances à Puzèc homme habile et de beaucoup d'esprit, qui, sous , yeax de Jean , s'étoit acquitté de cette fonction impc tante à la satisfaction du prince et des sujets. Mais, so le règne de Manuel , plus avide que son père , et mot attentif aux plaintes des peuples, il se proposa de gagn la bienveillance du prince en augmentant ses trésot et de s'enrichir lui-même lorsqu'il y pourroit travaill impunément. Il commença par exiger avec une extrér rigueur les arrérages de ce qui étoit dû au fisc ; il im gina ensuite avec une malheureuse industrie de noi velles impositions. Ni les prières, ni les larmes, i pouvoient loucher cette âme impitoyable. D'un ac( difficile, sourd et muet aux. requêtes les plus raisonn blés, il n'y répondoit qiie par un regard féroce. Il s'ét( acquis tant d'autorité auprès de l'empereur , qu'il rej toit ou admettoit à son gré les édits émanés de la pui sance souveraine. Sous prétexte que l'entretien des flotl chargeoit le prince d'une dépense perpétuelle, quoiqn'i n'eût pas toujours besoin de vaisseaux , il détruisit marine de l'empire, et fit couler à fond les navii presque avec les équipages ; ce qui fut regardé par M nutl comme l'opération d'un grand politique , quoiq ce fût en efiEst celle d'un coraaire : les mers furent o
iwtes kvx pirates et les càtes exposées aux insultes des bvbares. S'apercevant à la fin que les cabales de conr çflimnençoient à ébranler spn crédit, et que le prince serefroidissoit à son égard, il ne songea plus qu^à se préparer une retraite opulente. Nous avons assez tra-^, çaiUi four un ingrat , dit-il à un de ses confidens ; il utUmps de traçailler pour nous-mêmes. Il a voit épousé nm femme d'une de ces anciennes familles qui, tratnait dans rindigence les restes d'un nom illustre, cherdieit i se relever par Talliance d'un financier; et il en avott des enfaos. Après les avoir enrichis d'une partie deee<io'il enlevoit aux sujets , et qu'il déroboit à son iiistlre,il resserra le reste , qu'il accumula par ses vexa-* ikmsi, et qu'il ménagea avec une avarice sordide jusqu'au Bioment de sa disgrâce. Elle arriva enfin , quoique trop ttfd; oublié de la cour, qui perd en un moment le souvenir des bons et des mauvais services , mais détesté des peuples dont le ressentiment dure autant que lenrs pUes, il $e retira avec ses trésors dans un agréable se- JMir, 011, jouissant impunément d(S5 maux qu'il avoit ArfSf il régnoit encore parmi de vils courtisans, et iffvoit avec eux à longs traits et sans remords le sang (fe sc$ compatriotes.
On vil dans la même cour un personnage d'une autre espèce , digne de servir de modèle à ceux qui , passionnés poar la fortune, se font un moyen de l'ingratitude, et le servent do bras qui les tire de la poussière pour s'élever sur la iéte de leur bienfaiteur et l'écraser par leurs idlfigaes. Jean Hagiothéodorite étoit chancelier de IfMKiel , et fort accrédité auprès de lui. Entre les commis ^'il employoit étoit Théoidore Sty piote , supérieur à son nattre par un génie étendu , une conception vive et prompte , une justesse infinie à diriger ses desseins, cKme constance infatigable à les suivre. Pour cacher ees qualités profondes , il savoit les couvrir d'un caractère enjoué et de toutes les grâces d'une élocutiou légère*
60 HISTOIRE D0 BAS-EMFI&K.
LorsquUl se fut insinué bien avant dans la confid de son maître , il songea à le détruire pour se mett sa place. Il sut plaire à l'empereur, et il n'eut pa peine à s'en faire estimer par les ressources de son g< Quand il eut fait ce premier pas, il prit le ton d avec Hagiothéodorite.. Admis dans les conseils , tant approuvoit, tantôt il combattoit son avis; et comn s'énonçoit plus éloquemment , il a voit toujours l'a^ tage. Manuel, charmé de ses talens, l'éleva au ran collègue du chancelier. Ce n'étoit pas assez pour* 1' biiion de Stypiote. Il survint une querelle'^ dans le F ponèse, entre Michel Paléologue, qui en étoit gou verr et Joseph Balsamène, beau-frère dp chancelier; et < querelle pou voit avoir des suites fâcheuses pou tranquillité de la province. Le rusé courtisan saisit < occasion d'éloigner celui dont il étoit devenu le r Il persuade au prince qu'Hagiothéodorile est le seul puisse étouffer cette dissension , capable d'excitei grand orage. Le chancelier est envoyé dans le Pél< nèse, et bientôt ao^ès disgracié en son absence. Styf est revêtu de saTnarge, et jouit de toute la faveui prince. Hagiothéodorite, dépouillé de ses titres et di pensions, passa le reste de ses jours dans une extr misère; mais il vécut assez long-temps pour voir perfide successeur supplanté lui-même, ainsi que i le dirons dans la suite.
Des ministres de ce caractère ne donnent pas prince une idée avantageuse : aussi àlanuel ne conse t-il pas long* temps ces qualités aimables qu'il a montrées au commencement de son règne. Il étoit a compatissant, généreux, ennemi de toute vexation, c accès facile , incapable de fraude, de soupçon, de a gnité. C'étoit gn modèle de toutes les vertus royales, le combloit de bénédictions. Corrompu par ceux l'environnoient , il devint dur , hautain , libertin , p à9 miépris pour le3 autres hommes, qu'il regar
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 6ii'
me se& esclaves, avide d^exactions, proiupt à re-
:her les pensions qu'il a voit lui-même accordées
services. Ce n'est pas qu'il fût avare. Mais, pillé par
îBciers, par ses ministres , par sonôpcestneuse con*
le , il fallut épuiser ses sujets pour verser dans ces
Tes sans fond. Ajoutez à Cela les dépenses éncArmes
ferres qu'il fît pendant tout son règne.
tndant que Manuel se prëparoit à faire la guerre
Turcs, il fit partir une flotte et une armée de terre
aller punir Raymond des insultes faites à son père
Qt Antioche. Démétrius Branas cdmmandoit la
r. A la tête de l'armée de terre <?toient Jean et An-
ic Contostéphane, auxquels il a voit donné pour
ni un brave officier turc nommé Prosonch, qui s'ë-
déjà signalé au service de l'empire. Cette armée
; aryî vée en Cilicie, reprit en peu de temps les places
Raymond s'étoit emparé depuis le départ des Grecs»
gna une grande bataille contre Raymond même.
avança jusqu'aux portes d'Antioche, et ravagea tout
TÎtoire.Raymond se tint renfermé dans la ville.Mais,
[oHl vit les Grecs se retirer chargés de butin, il les
itsans se laisser apercevoir; et le soir, lorsqu'ils eurent
pé, il campa lui-même à quelque distance, et sor-
vec un détachement pour reconnoître les environs.
Iques fourrageurs l'ayant découvert , en donnèrent
/elle aux généraux qui attendirent le/ jour. Ils sor-
it alors dans l'espérance de surprendre les e/lnemis.
i Raymond avon déjà mis son armée sous les armes;
itant allé lui-même à la découverte, il rencontra les
is plus tôt qu'il ne s'y^étoit attendu. Il envoya aussi-
W)rter, ordre à ses troupes de venir le joindre en dJ-
ice. Il y eut en ce lieu un grand combat, dans lequel
uatins furent taillés en pièces, et poursuivis jusqu'à
oche , où Raymond eut bien de la peine à se sauver.
& cette victoire, l'armée grecque retourna en Cilî-
Mais Démétrius Branas arriva dans le même temps i ■
.6a UIBTOIBE J)V sys-EMPIRB.
avec sa flotte. Il descendit sur le rivage , fit le dégât sdV ' toute la câte, enleva quantité de prisonniers, brôU^ grand nombre de navires qui éloient à l'ancre, et M''rembarqua. Les vents contraires ayant retenu les Grees^ pendant dix joui» dans ces parages , ils firent encore uu'^ descente, battirent les ennemis, et prirent deux chi-' teanx, où ils trouvèrent des provisions, qui commen-^ çoient à leur manquer. Le vent étant devenu favorable,* ils firent voile vers l'île de Cypre. Après leur départ,^ Ilaymond, sentant sa foiblesse, et voulant s'épargna^'' pour la suite de pareilles attaques, auxquelles il faudn^ enfin succomber, prit le parti de se réconcilier avec' l'empereur. Il alla îui-mémr û Cunstantinople. Manua refusa de le voir qu'il n'eût été auparavant au tombeUt' de son père faire une sorte d'amende honorable. lî l'admit ensuite à son audience, et reçut son seraient àt' fidélité.
ciim. 1.3, Ce n'étoit pas pour jouir du repos que "^Âixt. l. 1 ^''oit envoyé ses généraux en Syrie. Il étoîl lui - '• '• passé en Bilhynîe pour y relever ks forteressn c
Turcs avoient détruites dans les guerres pràcic en avoit.déjà fait rebitfr plusieurs, et ( rétablir le château de M imporlantesdupays, lo qu'il aimoit tendremoit , péroit de sa vie. Il reprit tino|)le> mais il la tron' de grand courage , k d'avoir écarté un d> le trône. Roger, v y avoit voulu jo mort de Jean, tinople, il avoit'l qui se trouvo entreprendre i femme , n'ayi
HISTOIRE pV BAS-IMFIRI. 63
k dëtourner de ce dessein , s'adressa aux ministres de fempereur , et les avertit du complot. Donnez - nw'i , leur dit-elle , dês garées pour m^ assurer de la personne démon mari, ou chargez-vous vous-mêmes de consierçer h couronne h mon frère. Les ministres, instruits du knger , engagèrent Roger , sous quelque pr^exte^à se pendre avec eux dans une maison hors de la ville -, et l*y bissèripl prisonnier. Manuel, à son arrivée , lui pardonna et lui rendit la Kberté, sans lui ôter, même sprËi la mort de sa femme , le titre et le rang de
Jean avoit réparé la forteresse de Lopade , en Bithynie, A>y* >44s. m* les bords du Rhyndacus. Manuel s*y rendit Tannée ^^^^\ '* ' Ipivante avec son armée , et fit ses dispositions poor lUffcber contre les Turcs, qui ravageoient Tlsaurie. En lassant le mont Olympe pendant la nuit , il fut tellefemnt suflToqué par les vapeurs épaisses qui s'exhaloient )e cette montagne, qu^il en perdit connoissance, et n'éitait revenu à lui que le lendemain , il se trouva hors ^élat d'aller plus loin. Il envoya donc en avant un gros Ifbichensent sous la conduite de ses meilleurs généraux. Deox - ci rencontrèrent un grand corps de troupes en-. feemies, les taillèrent en pm^es, et rapportèrent à Temjpèfeor quantité de butin. Une autre bande de Turcs , Ibrtie d'Icône , entra en Lydie , ravagea les environs de pitttles, et se retira. L'empereur, plein décolère , marcha llMsitAt vers Icône , après avoir écrit une lettre mena-
tte an sultan , qui lui répondit froidement qu'il Tatioit à Philomèle. Il n'osa toutefois l'y attendre : une nrtie de son armée , qu'il avoit envoyée au-dçvant de 'empereur, ayant été défaite, il s'enfuit lui-même. 'Kaireel prit Philomèle, y mit le feu, et délivra grand Jfeombre de prisonniers grecs que les Turcs y tenoient ^^ les fers. Le sultan , honteux de sa fuite , revint sur fs pas , et présenta la bataille. Mais il fut défait et se veiira dans Icône. Craignant d'y être forcé , il en sortit^.
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en y laiissdnt garniion , et divisa son armée en âe< corps, n posta l'un derrière la ville , et campa avec Tao^ à la droite d'Icône , sur la pente d'une montagne q le couvroit contre l'ennemi. Mattuel ^ résolu de cof battre , partagea aussi ses ttoupes ; il en détacha u partie pour attaquer les Turcs postés derrière la vill et se mit à la tête du reste pour marcher au sultan. C lui-ci, à dessein d'intimider les Grecs paritJlÉpparefl d'une armée beaucoup plus -nombreuse que n'étoit sienne , a voit fait planter grand nombre d'enseignes da les halliers voisins ; en sorte que ce qu'il avoit detrouf ne sembloit être que l'avant - garde. Ce stratagème | son effet. Comme les Grecs, craignant un comb inégalf refusoient d'avancer , Manuel prend la bride C cheval du premier porte-enseigne , et le traîne avec 1 à l'ennemi. Plus effrayés du péril de l'empereur que i leur propre danger, tous les escadrons le suivent. 1 terreur passe du c6té des Turcs ; ils se débandent ; sultan fuit avec eux , et , ne pouvant rentrer dans Icon il s'éloigne dans la campagne, où ses troupes se dispei sent. L'empereur les poursuit avec ardeur. Cependu ceux qu'il avoit détachés pour combattre les Turcs da| rière la ville étant tombéiidans une embuscade,! voyoient enveloppés et en danger de périr. L'emperei^ déjà éloigaé à la poursuite des fuyards , leur envoie d| secours ; mais , apprenant que ce renfort ne suflisoit f4 il fait partir un de ses officiers portant à la main « casque , qU'il élevoit fort haut , en criant de toutes H forces : courage y camarades/ le sultan est prisonnier voici son casque. Ce mensonge militaire anime les Grec et décourage les Turcs , qui abandonnent la victoil L'empereur passe la nuit devant Icône. Au retour i jour, ayant fait le tour de la place, il jugea qu'avec* peu de troupes qu'il avoit et le peu de temps qui I restoit pour tenir la campagne , il ne lui seroit pas pO /ttible de la prendre. 11 se détermina donc à faire retras
près avoir brûlé et ruiaé tous les environs. Comme les oldats détrtiisoient les tombeaux pour y chercher des résors , et quUIs déterroient même les cadavres , l'emlereur défendit , sur peine de la vie , de toucher à la ^oltore de la mère du sultan , disant que les princes nnemis , mime après leur mort, méritoieni encore du tspecL II porta la générosité jusqu'à calmer les inquiéades de la femme du sultan. Il lui manda que son mari Adkl hors de danger. Comme elle s'attendoit que Maloel alloit assiéger la ville , elle se préparoit à lui envyer par reconnoissance une grande provision de vivres , orsqa'elle apprit son départ. Avant que de s'éloigner , llanuel écrivit au sultan en ces termes : « Nous vous L avons souvent cherché , et vous vous êtes toujours dérobé à notre poursuite. Pour ne pas courir sans cesse b après une ombre fugitive, nous 'retournons à Cont stantiaople. Vous nous reverrezau printemps I avec de plus grandes forces ; songez à ne vous pas I honorer encore par une honteuse lâcheté. » - Manuel tint parole; et le sultan, renforcé de toutes a». 1146. bs troupes turques répandues dans le Pont et la Cap- cinn, /. a, fadoce, qui vinrent se ranger sous ses enseignes, atten- ^'7f^» 9pfit les Grecs de pied ferme sur le chemin dlcone. Les années n'étoient séparées que par un défilé de diffiaccès, et si étroit, qu'on ne pouvoit le passer qu'à file. Tandis que les Grecs travailloient à se retran-ler, l'empereur , emporté par l'ardeur de sa jeunesse, >lat d'entreprendre quelque exploit hasardeux. Il [^(ût d'épouser une princesse allemande, et il se reçoit de n'avoir pas epcore signalé son mariage par [fielque périlleuse aventure. *C'étoit dans ces siècles de iffèevalerie une des extravagantes galanteries à la mode les peuples occidentaux. Ayant pris avec lui deux rons , il les mit en embuscade au fond d'une vallée, lear défendit de se montrer qu'ils ne l'eussent vu aux îs avec l'ennemi. Son dessein étoit d'aller seul faire
Je coup de sabre ; son frère Isaac, et Axuch, granâ-do^-^i mesUque, obtinrent de luiqulls partageroient le hasardit] Ils aperçoivent quelques soldats grecs répandus dans lêté plaine pour faire du fourrage. Ils piquent de ce cAié-\àf^ €t se cachent derrière nne éminence , persuadés que \tê% Tqrcs ne tarderoîent pas de venir fondre sur ces fouv^vg rageurs. Au bout de quelque temps, comme ils n*éiti,]a voyoient point paroître , Tempereur envoie à la déçoit* ^jy verte un cavalier qui revient peu après lui dire qu'3^ vient d'en découvrir huit en un tel endroit de la plaine^tf,] Sur cet indice Tempereur part de suite avec ses.deos^ compagnons; et bientôt il aperçoit de loin la trouptf^^ ennemie , augmentée de dix cavaliers. Dès que ceux-cl^^ji le voient courir à eux, ils tournent bride , et prennent Iél fuite. Mais, en ayant rencontré cinquante autres qui leÉ, suivoient « ils se joignent à eux et attendent TempereuiV: isaac j|t Axuch veulent retenir Manuel; ils lui repré^, siéent la témérité d'une pareille attaque ; que c'eil^ courir à la mort sans aucun fruit , et exposer avec 89. personne le salut de l'empire \ Eh bien ! répond M»f. nuel, hissez-moi seul , et consen^ez-çous pour Vempiréit. [Que nous conseillez-i^ous P Tépliqueui-i\s : nous méri», ferions la mort, si nous récitions par une si lâché désertion. En parlant ainsi, ils avançoient ensemble veit^ les ennemis, dont la troupe grossissoit à chaque nio«'^, ment \ en sorte qu'ils se trouvèrent bientôt au nombit ' de cinq cents. C'étoient les coureurs du sultan y qui leÉ. suivoit à grande distance. Cependant ceux de l'embu»*^ ^ cade, ayant perdu de vue l'empereur, envoyèrent UB^ officier pour découvrir où il étoit , et en quel état il së^ trouvoit. Cet officier joignit Manuel, qui le renvoya aussitôt porter ordre aux deux escadrons d'avancer e* ~ diligence. Mais il ne les attendit pas , et courut piqu4\^ baissée avec ses deux compagnons sur la troupe enne^<',L^ mie, où il en abattit plusieurs à ses pieds. Ce prodig0\ d^ hardiesse glace le cœur des Turcs. Tandis qu'ils ai
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HtSTOIRË Dt iBAS-feM^lftiti 6^
«]gaf<)ent les uns les autres, craignant de s'exposer les premiers à de si rudes coups , 'les troupes de rembuscade arrivent et se saisissent d'une éminence voisine^ désespérant de pouvoir joindre Terapereur, que les Turcs environ noient. L'intrépide Manuel fait seul ce que tous ensemble n'osoient faire. Suivi des deux autres, il perce les esi^drons turcs, tue ie premier qui s'oppose à lui, effraie les autres, s'ouvre le passage, et gagne Téminence. Les troupes qu'il avuit laissées dans le camp> instruites da danger de l'empereuf , s'y rendoient en grand nom-» bre, et l'empereur se trouva en sûreté. Ce qu'il y a de plus étonnant, et que je n'oserois assurer, si tout ce kécit n'ëtoit attesté par un témoin oculaire qui accom- |iagna Manuel dans toutes ses expéditions « c'est qu'il Mulit sans aucune blessure de tant de hasards, où il •Droit dû cent fois trouver la mort ; et son aveugle témérité Tauroit sans doute méritée. Sa perte paroissoit Éi assurée, que son oncle Isaac , qui étoit demeuré dans le camp, se transporta dans la tente de l'empereur, atfendant la nouvelle de sa mort pour se mettre sur la Me la couronne^ qu'il souhaitoit avec passion, et dont filaîssa le désir comme par héritage à son fils Andronic , linsi qu'on le verra dans la suite de cette histoire. Mattlel , réuni avec une grande partie de ses troupes , reprit ie chemin de son camp, toujours poursuivi, combattant Wns cesse , et fetournant de temps en temps sur Tennemi , tamme s'il eût eu. regret de n'avoir pas trouvé la mort '^'il a voit tant de fois cherchée dans cette journée. Il ^irriva enfin dans ses retranchemens, plus redevable à son ionheur qu'à sa prudence.
Le lendemain il décampe , avatiçatit toujours vers Icône. Li'armée du sultan le côtoyoit, divisée en deux îtorps, et cherchoit à l'enfermer dans quelque passage ififficile. Critople, guerrier hardi, qui commandoit Vin* Infanterie impériale,prit avec lui quelques bataillons poitr licarter les Turcs; mais, ayant été enveloppé^ il a voit
déjà perdn grand nombre des siens, et alloît périr lui4| même, si Tempereur, suivi de quelques cavaliers , ne fi^ accouru à son secours. A sa vue les Grecs repriren4| courage , et les ennemis s'éloignèrent. Manuel étoit\ devenu la 4erreur des Turcs. Il les poursuivit avec toul%^.j^ son armée ; et , les ayant atteint , comme il voyoit s#lr^ troupes effrayées de leur nombre supérieur, il arracbîti un étendard des mains d'un porte-enseigne, vole ai]:f.|,j ennemis, les met «n fuite, et les poursuit avec graïké^i carnage. On tua dans cette rencontre un certain Gébrasèj, Grec de naissance , mais nourri et élevé chez le sultanf^ qui lui avoit donné le gouvernement d'une province^, ji Sa tête fut rapportée dans le camp au bout d'une piqof L comme un trophée. La nuit approchant , TempereuF^^ sans .pousser fort loin ia poursuite , revint au campj^. qu'il trouva dans un assez grand désordre. On n'avoil^ pas encore eu le temps de décharger les bagages. % aligna lui-même le campement , et distribua les quar4; , tiers. Au lever du soleil il marcha en avant, et arrivÉ aux vastes plaines d'Icône , qui bordoient le lac PasguM Cinname, auteur de tout ce récit, ne parle point d». garnisons que l'empereur Jean avoit laissées quatre aoÉs auparavant dans les îles de ce lac ; et son silence doni|#. à croire que le sultan en avoit déjà repuris possession. ÇA . fut en cet endroit que Manuel apprit les grands moi]4 1 vemens des princes d'Occident, qui se disposoient df ! nouveau à passer en Asie. Cette nouvelle Tobligea d|;° retourner à' Constant inople pour veillera la sûreté dâ ses états. L'exemple de la première croisade lui avott appris ce qu'il avoit à craindre de cette dévotion guec*9.' rière. Mais, avant que de partir, il envoya un déûan^' sultan, et lui fit dire que, s'il refusoit de décider Icarf querelle en bataille rangée, il le reverroit au printempÉ. prochain , encore mieux préparé à tirer raison de sal insultes. Le sultan , qui avoit fait l'épreuve du courag*"" indomptable de Manuel, lui envoya proposer la pai»
pereor demanda da temps pour y penser ; et Taire d'autre réponse , il reprit le chemin de Bie.
rivé à la source du Méandre , il crut être fort )é des ennemis , et s'arrêta dans une riante prairie, fc d'agréables forêts et arrosée de plusieurs ruîs- , qui , se réunissant , formoient cette fameuse rivière, iharmes de ce lieu l'invitèrent à' se délasser des les d'une si laborieuse campagne. Pendant qu'il Ht le plaisir de la chasse, il aperçut' de loin des remens dans la forêt , et , ne pouvant en discerner ose, il envoya des coureurs qui lui rapportèrent le armée campoit dans ce bois. Il reconnut bientôt fëtoient des Turcs , qui venoient à leur ordinaire ^r les terres de l'empire. Il fait partir aussitôt un bernent de troupes choisies pour leur donner la le. Il monte sur une éminence pour être témoin du «. Lies Turcs plioient bagages et se retiroient; mais , n'ils se virent serrés de si près, qu'ils ne pourroient jiper sans combattre, ils tournèrent visage. Après |ae résistance , ils continuèrent de fuir , toujours saivis et faisant de temps en temps volte-face pour PCF leur retraite. Cette manœuvre souvent répétée oa tellement les cavaliers grecs , que , leur ardeur t refroidie, ils se laissoient déjà envelopper. L'emar, qui s'en aperçut, descendit de l'émînence; et, se donner le temps d'endosser sa cuirasse, il court îcoorir. A son approche les Turcs prennent \^ fuite ; i poursuit avec chaleur, et son cheval étant fatigué , irréte pour en attendre un autre, recommandant à ens de ne pas quitter prise. Mais, rebutés bientôt par ogoeur de la course et par la dif&cuité des chemins, eviennent en arrière. L'empereur , désespéré de leur de courage , prend le cheval de son cousin Andronîc , art sur-le-champ. Les Turcs , le^oyant venir presque et sans cuirasse , s'animent les uns les autres , et , réu-
•yO HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
iiissant leurs efforts, tirent sur lui de toutes parts. Manuel j^!^
;\ couvert de son bouclier , se voyant sur un terrain où jf^
ne pouvoît être enveloppé, à cause des buissons épais qui Iw'^
l)ordoîent à droite et à gauche , tient ferme, renverse à sci'*'
pieds tous ceux qui osent rapprocher , et met le reste erf^*"
fuite. Un de ceux qu'il avoit libattus l'ayant blessé atf^''
talon , il le prend par les cheveux et le traîne avec lui salP^'^
Pémînence, Il fait panser sa blessure; et, comme or|'^
n^avoit rien de prêt pour l'appareil , un so.ldat, tirant son ^
épée , alloit se couper un morceau de chair , si Manuel ne ^
Veut empêché, en le récompensant de cette preuve hé-^^f
roïque d'affection pour son prince. Il se fait appliqueie*?'
une pièce de chair coupée à un cheval qui mouroit àif
lassitude; et étant remonté à cheval , il regagne son^^i!
camp a la source du Méandre. En passant par la Bithy* SI
nie, il fit construire le château de Pyles sur un terraîrtisj
qu'il acquit par échange d'un monastère voisin, et W^
donna pour demeure aux prisonniers grecs qu'il avoiÉimi!
tirés de Phîlomèle l'année précédente. * là
f/ï». /. 3, Etant arrivé an château de Mélangîes, il s'y reposât ?ii
*7' quelque temps. Un jour après son dîner, la conver«atiott ::|
tomba sur les exploits militaires. C'éloit une belle occa-^t
sion de faire la cour à Manuel, qui se piquoit d'uriri
suprême valeur. Aussi les seigneurs s'efforçoient-ils iia-,
l'envi d'élever le prince au-dessus de tous les guerrier^ ïie
présens et passés.- Jean Comnène, fils de cet AndroniCi^!
auquel l'empire eût appartenu par droit d'aînesse, s'îl^df
ne fût pas mort avant son père, ne prit pas le ton dé:^^
coni'tîsan. Soit qu'il conservât dans son cœur quelquiSin
regret de voir la couronne sur la tête de Manuel , soîl!%
qu'il fût assez hardi pour être sincère , il ne balançai*^
point à donner à l'empereur Jean le prix de la valeur ^
sans 'aucune exception. Manuel paroissoit entendre sani-
jalousie l'éloge de son père ; il y ajoùtoît même , lorsque ■
son frère Isaac, non* content d'appuyer ce discours, s^
jeta dans un parallèle- inj^urieux ^ tournant eq ridicuto*
les faits guerriers de Manuel. Andronic, fils de Vautre Isaac, oncle de Manuel, lui donna un démenti, et Uiac , tirant son épëe, alloit lui abattre la tête, si Manuel nVût paré le coup , qu'il reçut sur le bras. Il en eut une profonde blessure , dont la cicatrice lui resta toute sa ne. Isaac étoit sëbastocrator et commandant-général des armées; Manuel, pour le punir de son emportement, se contenta de lui ôter les sceaux de Tempire» dont il étoit dépositaire. Mais, ayant reconnu en cette occasion les mauvaises dispositions de son frère à son égard, et, craignant de sa part quelque violence imprévue , il commença dès- lors à porter sous ses habits une cuirasse, (]u'il ne quittoit presque jamais.
. L*église de Constantinople étoit alors dans un grand A«. ii4; trouble. Michel Curcuas, patriarche depuis près de Cmn. l. trois ans, se reprochant à lui-même le peu de fruit que Nicèt. L produisoient ses instructions et ses exemples, se démit ^]^^^ ^^^ de sa dignité, et retourna dans son monastère de Vïltde eccL <
et oc ttt
d'Oxie. Là , prosterné dans le vestibule de Téglise , il %tpet.cônsen fit fouler aux pieds par les moines , en punition , dî- ^* * ^orien, soit-il , de la vanité qui lui avoit fait quitter cette sainte christ, t. retraite pour prendre un emploi dont il étoit indigne.'^'* *' On mit à sa place Cosmas Âtticus, né dans Tîle d'E- |ine. Nicétas en fait un grand éloge. Selon cet historien , il étoit célèbre par sa science, plus encore par sa vertu et par sa charité pour les indigens. Souvent il se dépouilloit de ses habits pour les en revêtir. Isaac , frère de l'empereur , avoit pour lui la plus profonde vénération ; te qui donna lieu à ses ennemis de faire entendre à l'empereur que Cosmas forraoit une trame secrète pour bire passer la couronne sur la tête de son frère. Sa sim-» pUcité acheva de le perdre. Un moine nommé Niphon, infecté de Thérésie Ats bogomiles, avoit été condamné dans un synode par le patriarche Michel , et mis ea pison. Son extérieur mortifié, et ses discours, qui ne Aiespiroient que piété et charité, en imporèrent telle^v •
ment à Gosmas, que non-seulement il le tira deprisoi^;^ mais Fadmit encore à sa familiarité la plus intime. Ml-^ phon logeoit dans le palais du patriarche, et mangeoit*^ airec lui. Hors de sa présence , il semoit librement sei^n erreurs, et travailloijt de son mieux à corrompre lesfil^i^: milles. Gosmas rejetoit comme des calomnies tous HsM avis qu'on lui donnoit pour lui démasquer Timposteur; et L'empereur, de retour à Gonstantinople , ayant donnée ordre d'arrêter de nouveau cet hérétique, Gosmas vinli lui-même pour l'arracher des mains des gardes; ce que^cf n'ayant pu faire, il raccompagna jusqu'à la prison , ti^ fit instance pour y être renfermé avec lui. Un zèle A]r^ ardent révolta le clergé. On assembla dans le palais de :;fi Blaquernes un synode de tous les prélats qui se troUTsIc voient à Gonstantinople au nombre de trente-un. L'em-j^j. pereur , les princes» les yuges ecclésiastiques et séculiers^ci: nn grand nombre de sénateurs [y assistèrent. Mandeli^s^après avoir interrogé les évêques l'un après l'autre siiff(n ce qu'ils pensoient de Nîphon, comme tous le char- ^ g geoient d'anathèmes, s'adressa enfin à Gosmas, et lai^ demanda son sentiment. Le patriarche répondit hardi-^|jj, ment qu'il ne connoissoii dans toute l Eglise personne ,^ de plus vertueux et de plus orthodoxe que celui qu'on ^ condamnoit si injustement, Ges paroles excitèrent une. réclamation générale. On s'écrie que le patriarche Si^^^ déclare fauteur d*hérétiques ; qu'Use dénonce lui-même; ^^ qu'il n'est pas besoin d'autre accusateur ^ et qu'il fout^ le juger sur-le-champ. On procède aux opinions. Tous, le condamnent , et le déclarent décbu de son siège. La sentence de déposition étant prononcée , Gosmas , indi- . gné, sort eti maudissant et le synode et la cour, et. l'impératrice, qui y disoit-il, ne mettroit jamais ou., monde d'enfant mâle : ce qui arriva en effet; et l'empereur, superstitieux, ne pût s'empêcher d'attribuer dans la suite cette disgrâce aux malédictions de Gosmas* L'historien Nicétas regarde tout ce procédé comme