ALEXIS IV. NICOLAS CANABE
ALEXIS Y DU CAS, dit Mubzvphle. THÉODORE LASCARIS.j
BAUDOUIN y comte de Flandre. y
As. iio3. JL ouT ëtolt prêt pour le voyage, et la flotte, chargéoi jnnice^.c. 8,de vivres, n'attendoit que le signal du départ. Api ^*yâiéhard. qu'oD eut célébré la fête de Pâques avec ces inouvenieD|| ^uu U c. jg dévotion qu'excite le besoin du secours du ciel ai 94- commencement d'une périlleuse entreprise, le lende-
»^t!'ii, c.'"^^^" 7 ^v"' '^ flotte sortit du port, et passa la nuîli f; , la rade , pendant que les Vénitiens , malfirré les défenseiJ
Gestainnoc. . i.i,.., , 1
Guniker. OU pape , aciievoient de détruire les remparts et les touril
^/l(Jr^?/. ^^ ^^**^- ^^ rendez-vous fut marqué à l'île de Corfou,!
a , c. ao. et l'on convint que les premiers arrivés y attendroienti
Ursperg, Ics autres. Dès que le jour parut , les comtes de Flandre,
^AVberic chr ^^ B'oîs et de Saiut-PauI , levèrent l'ancre avec leursl^
Lubec. chr, divîsîous. Le doge et le marquis de Montferrat devoieûl
Chmn Sii «
jinion, les suivre ; mais l'arrivée du jeune Alexis , qui vint aloi fihamnus. l. j^g joindre avec un nombreux cortège de seigneurs aile Odoric. mands, envoyés par son beau-frère Philippe, Iesar^ét^, voutrem. àtn\ OU trois jours. Le prince fut reçu au son des tronif Consu Belg. pettes et des timbales, mêlé aux acclamations des sol-
y A CIO £t
lê^^. ' ' dats. Il salua profondément le doge et le marquis 1^s'tofni"^de Monlferrat ; et, embrassant leurs genoux , les yeux bai-fl çpiist. gnés de larmes , il le$ reqiercid de la compassion qui
HISTOIRE BU BÀ8-£MPIRC« 44^
es intéressoit à sfes malheurs et à ceux de son père: il Maimhour^
es supplia de conserver ces généreux sentimens; il re-
loùvela les promesses qu'on avoît faites en son nom^
It ajouta tontes celles qu'il put imaginer avec cette ar-
leur qui dure pour l'ordinaire autant que l'infortune-;
Dès qu'il fut embarqué avec sa suite et ses équipages,
on fit voile , et l'on aborda au port de Duras. C'éloit
la première ville de l'empire sur cette frontière. A la
Yue d'Alexis le commandant vint lui présenter les clefs,
et les habitans s'empressèrent de lui donner des témoi*
^nages de leur fidélité , dont ils protestoient que leur
teur ne s'étoît jamais écarlé.
Une si prompte soumission étoit pour l'avenir u^ ieureux présage. On ne tarda ptis à se rendre à Corfou, -<e^ comtes partis les premiers, déjà campés iîevant la ille , apprenant l'arrivée d'Alexis, accoururent au liage , et le reçurent à la descente du vaisseau avec les Smoignages de la joie la plus vive., On le conduisit au anip comme en triomphe; on lui dressa une tente ma- Kiifique à côté de celle du marquis de Montferrat, qui renoit en sa garde le jeune prince. Alexis lui étoit rep E>ffuniandé par le roi des Romains, et lui tenuit encorp •r une alliance personnelle, Conrad de Montferrat, •ère du marquis, ayant épousé Théodora, t*^..ite pa- -rnelle d'Alexis. Les habitans de Corfou, effrayés <i un maement si formidable, avoient abandonné la ville Dur se retirer dans la citadelle. Sur la menace qui leur |tt faite de les traiter à la rigueur et de réduire leur Ule en cendres, ils se rendirent^ et remirent la citaplie et l'île entière entre les maiiis du prince. L'île étoit che et fertile ; on passa quelques jours à y recueillir 6 nouvelles provisions. Mais un contré-temps y retiixt S croisés plus long-temps qu'ils n'auroient désiré. La iCfîon dont j'ai parlé, toujours obstinée à rompre l'en- ^prîse sur Constantinople , avoit pendant ce séjour . Sfeauché une partie de l'armée. Plusieurs même de$
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' principatix seipienrs s'étotedt laissé gagner ^u*Eudes dé Chatnplite , Jacques d'Avesnes , d'Amiens , Guy dé Goucy , Richard et 'Eudes d jpierre. D'autres barons des plus braves et dé aecoÉnpagnés f.qùi n'osoiëtit encore se déclarer , •se joitidre à éuit et se séparer du reste dès croisés.' i la moitié del'arrnée; et c*en étoitfait de Vetçédh si ce dessein s-èxécntoit. Xies princes, qui en senta toute la conséquence, étoient dan^ies plus vives inqi tudès. Lesfadieuxs^étoieht rendus dans un vallon ji ëonféfer ensemble et prendre lès derrières mesores délibéroient à cheval , et étoient déjà convenus dé dresser à Gautier, comte de Brienne, qui étoit i -à Briildes, après s'être emparé de la plus grande ps de la Pouille et de la Calabre. Ils dévoient lui deK dër des vaisseaux pour Taller joindre et passer avei en Palestine /des qu'il auroit achevé la conquêt 1-Italie et de ia ^Sicile. Les ptiocès, apprenant q ëtpient assemblas , pdrent uii parti , qui semblbit j)eu convedable à leur* dignité, maïs nécessaire dai conjoncinre : c'étoil , an lieu d'employer rautorilé, dans des âmes fières et opiniâtres, auroit trouvé dangereuse résistance, d'avoir recours ànx plus hun supplications. Le marquis de Montferrat , les con les barons, les évêques, les ahbés avec le jeune Ali vêtus d'habits de deuil , faisant porter la croix de eux, se rendent en dïligen(:é au lieu de la confén Dès qu'ils sont à portée d'être aperçus, ils descen de cheval. Les séditieux , voyant venir ainsi les grands seigneurs, mettent eux-mêmes pied à terre s'approche de part et d'autre. Lès princes , et tous qui les accompagnent, tombent aux pieds des facli et, fondant en larmes, ils les conjurent de ne pas t\ In cause de Dieu; de ne pas se coutrir eux-mêmes opprobre éternel : qu'en se séparant de la première blesse d'Octident, ils renonçoieni à la conquête t
V'ISTOIRE BU BAS-ÈMPIItE. 44?
f^^tine; que tunique voie pour réussir darts ce glo^ '^s' projet étoii de réunir ensemble leurs bras invin- ^^; que, s'ils éioieni obstinés à abandonner leurs ^s , ils leur plongeassent auparaçant tépee dans lé t- Pour nous, ajontoient-ils, nous sommes résolue ^meurer prosternés a vos pieds et de mourir h vos ^^, si nous ne pouvons obtenir que vous soyez fidèles * sermens sacrés qui nous ont un is. Ces paroles , nies à Tétat humilié où les mécontens voyoient leurs Mtres, leurs parens , leurs amis, les touchèrent sensément. Ils les relever ent^n versant eux-mêmes des 'mes, et leur demandèrent la permission de délibérer lemble. Après s'être écartés quelques momens, ils tinrent et promirent de demeurer avec eux jusqu'à Saint-Michel, à condition que les barons leur douaient parole sur les saints Evangiles de leur fournir liite, dans Tèspace de quinze jours, des vaisseaux ir passer en Syrie. On s'engagea mutuellement par nént. Tous revinrent au camp, où la joie rentra c la concorde. On prépara rembarquement ; et le mai , veille de la Pentecôte, la flotte quitta le rivage []orfou , suivie d'un grand nombre dé marchands dé , où elle a voit séjt>urné plus detrois semaines. r'aîr étoit serein , le vent favorable, et le soleil darses rayons sur les casques » sur les cuirasses, sur irmes des chevaliers : leurs écus , rangés côte à côte >ng du bord des navires, présentoient Tapparence rëneaùx de murailles. C'étoit une cité flottante, que de cinq cents bâtimens de tflftte grandeur , voguant ide d'un vent frais sur une surface unie et tranquille. t de mâts, de voiles , de flammesy dé banderoles liverses couleurs, tant dé riches bannières, brodées; ►r et en argent ,formoiént un spectacle enchanteur, échos des rivages, répétant le son des clairons et trompettes , sembloient saluer en passant ces vaisiXf qui portoient la plus haute valeur de l-Ëurop^l
Après nmtt rangé les tks de GépfhâlotiW et de SBâti doubla le cap dé Misitépan , cdimù aùtrefo'isf 80if8\li tle TinùTÊ ; le pltn avatitë dâ I^ëlc^ôiiède vers lé Lie beat! teiiips n'etnpécfaai pas qoe le cœur liè b quelqneaKtitisdenoishërùs aux approches du câpc lée, qu'une ancienne renommée - rendoit redo âut navigateurs^. Ils rencontrèrent daùs ce pdrtfgc vaisseaux , dont l'équipage se cacha et disparut de eut aperçu la flotte. Baudouin les prit pour des pi et envoya Sa chaloupe pour denbancter qui ils ëtoiei ils allotent; lis rëpondinMit qu'ils étoîént des cht ipii révenoient de Kalestirie; et la chaloupe ëtant à bord, un des soldats de ces vaissèmix ^y laissa i le long:d^un câble, et disant adieu: à se^ càmai Je vous hisse, leur dit^il, tout ce qui m*appù dans t équipage; je vais conquérir des royaumei apprit de lui qne ces deux b&timens et oient de la flamande de Jean de Nesle, qui avoit passé de 'Seilleen Syrie «contre les ordres de Baudouin. Ceti tie' de Parmëe des croisés n'avoit éprouvé que des heurs: les uns étoient morts de la peste; les z avoient été pris par les Turcs; quelques-uns, échapi tous ces désastres, relournoîent dans leur patrie, avoir doublé le cap de Malée, on alla mouiller de Négrepont, Tancienne Eu bée : les habitans, éviter le pillage, vinrent faire leur soumission au Alexis. On s'y reposa quelques jours, pendant lesqi marquis de Mon tferral, avec Baudouin et Alexis s'emparer de Tile d'ilfldros, au sud-est de Nègre dont elle n'est éloignée que de trois lieues. Ils n'e que la peine de débarquer. Dès que leur cavaleri à terre, les habitans vinrent demander la paix, et 1 ièrent d'une somme d'argent. Ils n'étoient pas enco tenus d'Andros , lorsque le reste de la flotte leva l'a et fit voile vers l'Hellespont. Dans ce trajet , Gi floucy mourut de maladie , et fut jeté à la mer, au (
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grel de «ei compagaons, à qui ce genre de sëpulture, sfiVMO pour eux , parut fort déplorable. Il étoit neveu I Mathieu de Montmorency, et un des "plus braves de irmée. On entra dans le détroit de THellespont , qu'on dmmoit aloKS le bras de Saint-George, et ce nom ëtêndoit aussi à la Propontide , quelquefois même au k>sphore jusqu'au Pont-Euxin. La flotte jeta Tancre Q port d'Âbyde, où le marquis de Montferrat, le omte Baudouin et Alexis, qui étoient demeurés derrière, inrent la rejoindre. Les Abydéniens , quoique la ville ftt grande et peuplée, se rendirent d*abord; ce qui ea sauva du pillage. C^étoit le temps de la moisson !l ce territoire produisoit du blé en abondance. Les rroisés passèrent huit jours à en ramasser; et, ayant snsoite traversé la Propontide, ils abordèrent au port le Saint-Etienne , à trois lieues à Touest de Constantin laople.
Les barons étant descendus à terre, tinrent conseil tans l'abbaye de Saint-Etienne. La plupart étoient d'àris de débarquer vis-à-vis de la pointe de la ville qui lonne sur la Propontide, où est aujourd'hui le château les sept Tours. C'étoit une plaine fertile, qui leur fourftiroit pendant le siège abondance de vivres et de iourrages. Le doge, qui connoissoit mieux le pays, \mat conseilla de ne point s'établir en cet endroit. Ca fioiie exposée aux vents qui dominent sur la Pro^ Woniide, ne poussant trousser un ancrage assez sûr, ne peroii pas en état de seconder les attaques des troupes rik terre: d ailleurs les fourrages ne pourroient se recueil' |ir Sims danger , toute cette contrée étant habitée d'un piiuple innombrable , qui tomberait à tout instant sur ms fourrageurs : que dans leur petit nombre ils n*a^ ignt pas de soldats à perdre : que , pour réussir dans e entreprise si difficile^ il fallait ménager le sang leurs troupes , et mime réunir dans chaque cornt, s*U étoit possible, Iq force et le courage de
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vi^ sotdats grecs :■ t/u^U était plus fmudmt ds Vsm^ paren^abùrd des tles de la PtopontiA, abondante m fourrages et en vis^res ; ijfuHls en ferment leurs magasins ; • qu'ils y prendraient à hisir des mesures pour diriger leurs attaques , et pour préparer à leurs traits une retraite assurée. On approuva son avis. Le lendemaiQ , jour de Saint- Jean-Baptiste , on leva l*ancre, et le cap à TOriènt, on passa le long des 'mors de Gonstantinopk^ faisant route vers les tles semées aux environs de l'entrée du Bosphore dans la Propontide. Trois vaisseaux poussés par le vent approchèrent si près des murs, qu'ils se trouvèrent k la portée des pierrîers et du feu grégeois, et en reçurent quelque donHuage. La flotte et la ville se donnoieut réciproquement un spectacle aussi eflFrayant que magnifiqne. D'une part tant de vaisseaux superbement appareillés, h dont le tillac étoit hérissé d'armes étincelantes , etlt couvert de guerriers de haute taille et d'une fière conte- k nance , sembloient apporter l'Europe entière conjurée contre l'empire : de l'autre , un peuple immense; en si grande foule , qu'il sembloit que la ville entière se fût transportée sur ses murailles; tant de tours, tant d'édifices entre lesquels s'élevoient un nombre infini de palais, d'églises, de monastères, que quelques historiens font monter à cinq cents, donnoient l'idée de la capitale de l'univers, et annonçoient aux croisés la grandeur et la difficulté de leur entreprise.
Poussés par un vent frais , ils changèrent d'avis, et au lieu de prendre terre aux îles, ils gagnèrent ia côte d'Asie, et entrèrent dans le port de Chalcédoine, située à remboachure du Bosphore, qui la sépare de Constantinople par un canal d'environ deux lieues de largeur. Cette ville, autrefois célèbre et rivale de Byzance, mais souvent ruinée, avoit déjà beaucoup perdn de son ancienne splendeur. -Cependant les empereurs y avoient encore un superbe palais , où se trouvoieat
réunis tons les agrémens de Tari et de la nature. Les premiers seigneurs s^y logèrent. Le reste de Tarmée campa dans la ville et aux environs. La moisson ëtoit faite, et les meules de blé couvroient la campagne. On en enleva tant qu'on voulut ce jour et le lendemain. Le 26 juin, rinfanterie se remit en mer et remonta le Bos~ phore jusqu'à Chrysopolis, qui commençoit' dès-lors à se nommer Scuiari, La cavalerie alla par terre se poster sur le rivage au-dessus de la flotte.
Il fallut que Tempereur vit le danger sur sa tête pour se mettre en mouvement ; car l'activité pour les plaisirs se glace, et devient paresse pour les choses utiles. Jusqu'alors ce prince n'avoit songé à aucun moyen de défense. Peu de vaisseaux , encore étoient-ils dépourvus d'agrès et de mâture. Les eunuques, gardiens de sts parcs et de ses forets, ne permettoient pas d'y couper un arbre : la conservation d'une lieue de chasse paroissoît à ces âmes frivoles et viles un intérêt plus précieux que celui de toute la marine de l'empire. Le grand amiral Michel Stryphnus, qui avoit épousé la sœur de rimpératrice, proBtoit de cette haute alliance pour s'enrichir aux dépens de l'état par les voies les plus basses. Insatiable pillard, il avoit changé en or les ancres, les voiles , les cordages, et jusqu'aux clous des navires. L'empereur, loin de punir ces brigands, qui n'approchoient de lui qu'afin de le dépouiller, leur ouvroit son sein , et n'avoit de faveurs que pour eux ; tout occupé de ses plaisirs, lorsqu'il ne s'y livroit pas dans son palais , il ne connoissoit d'autre travail que de se pratiquer d'agréables promenades et des vues charmantes, de niveler des terrains, d'aplanir des collines , de combler des vallons , de transplanter des forêts pour environner de riantes avenues ses maisons de plaisance. Il tiroit vanité de ces ouvrages, autant qu'un conquérant des grands travaux d'un siège important. Pour fournir à ces dépenses , sans rien retrancher de
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son luxe ni de ses prodigalités insensées, il écrasoit d'impôts ses sujets. La première nouvelle qu'il avoit reçue du dessein des croisés lai avoit donné quelque inquiétude : ce fut alors qu'il écrivit au pape. La perte de Duras et de l'ilc de Corfan avoit renouvelé ses alarmes, mais sans le réveiller tout-à-fait. Son cortège de volupté et la politique de son sérail l'avoient rassuré. Il tournoit en risée l'audace des Latins; leurs progrès faîsoicnt l'aniusenienl de ses soupers, et un sujet de bons mots pour ses courtisans. Mais, lorsqu'il vit leur flotte rangée devant le port de Scutarî , les proues tournées vers Constantînople, il sortit eufin de léthargie. Il ordonna de radouber eu diligence environ vingt galères pourries et criblées de vers, d'abattre les maisons qui touchoieut par-dehors aux murs de la ville. Il £l sortir ce qu'il avoit de troupes en état de combattre, et vint avec elles camper au bord du Bosphore, au-dessus du golfe de Géras, à dessein d'empêcher la descente.
Pendant le séjour de l'armée à Scntari, quatre-vlogb chevaliers, sous !a conduite d'Eudes de Champlite , seigneur champenois des plus braves de l'araiée , sortirent en campagne pour aller à la découverte et prévenir les surprises. Ils étoient suivis de soldats qui sous leur escorte recueilluient les fourrages et pilloient la contrée. Ils découvrirent un corps de troupes grecques campées au pied d'un coteau à trois lieues de Scutari. C'étoit le grand amiral qui avoit passé le Bosphore à la tête de cinq cents cavaliers pour arrêter les courses des croisés. A celte vue la valeur françoise s'allume; ils brûlent d'envie de faire le premier essai de leur courage contre le nouvel ennemi. Us se partagent en quatre escadrons et volent à la charge. Les Grecs se rangent en bataille devant leurs pavillons et les attendent. Mais il ne tinrent pas long-temps; effrayés de la seule approche de ces hommes de fer , qu'ils appeloicnt les diables d'Occident, ils tournent le dos. Michel est le premier à fuir; on les
poursuit ane lieue , et on enlève leurs tentes et leurs équipages.
Le lendemain, pendant que les seigneurs tenoient conseil dans le palais de Scutari , il leur arriva un député de Tempereur. G'étoit Nicolas Rossi , natif de Parme, qui s'étoit depuis long-temps attaché au service des empereurs grecs. Après avoir présenté ses lettres de créance, il exposa ainsi sa commission: « Seigneurs « croisés , je suis chargé par Fempereur mon maître de « vous dire, qu'il sait bien que vous êtes les plus grands « et les plus puissans princes d'entre ceux qui ne por- « tent point couronne , mais qu'il ignore quelle raison « a pu déterminer des chrétiens à porter la guerre dans « les états d'un empereur chrétien. La renommée publief « que votre dessein est de retirer la Terre- sainte et le « Saint-Sépulcre des mains des infidèles. Il loue votre « zèle, et se fera lui-même honneur de s'associer à cette « pieuse entreprise : si vous avez besoin de vivres et « d'autres moyens pour l'exécuter , il est prêt à vous «t aider de tout son pouvoir. Sortez seulement de ses « terres : ce seroit à regret que , pour vous y contraindre,' « il armeroit contre vous des forces qu'il est très*dis- « posé à employer pour vous. Ne pensez pas que ce soit' K la crainte qui lui met dans la bouche ce langage paci- « fique ; il n'est que trop puissant pour repousser et faire « périr une armée , fût-elle vingt fois plus forte que la «r vôtre. » Conon de Béthune , le plus éloquent de ces guerriers , fut chargé de la réponse , qu'il fit en ces termes r « Votre maître s'étonne que nous soyons entrés dan» « ses états à main armée, et il ne peut, dites- vous, en « deviner la raison. Premièrement il se trompe ; ces « états ne sont pas les siens ; c'est l'empire de son frère <c Isaac , qu'il a dépouillé , aveuglé , chargé de fers ; c'est « le patrimoine de ce jeune prince que vous voyez assir «r au milieu de nous. Quant à la raison qu'il ne devine m pas , ce n'est pas à nous qu'il doit la demander ; il la^
45/f HISTOIRE DU BIS-EHPIRE.
« tronvera dans sa cooscience. Un usurpateur est l'en-
■ ncml (le tous les princes; un tyran cruel et dénaturé <• est celui du genre humain : et quand Théodora, swur " d'Isaac, ne seroit pas la helle-sœut clu marquis de « Montferrat notre chef, quand Irène, fille li'Isaac, ne " seroit pas la femme de l'empereur Philippe un de « Tios maîtres, les droits de la justice et de l'humanité M violés par voire Alexis aiitorîseroient nos armes. Il
■ n'a qu'une ressource pour échapper à la vengeance; " c'est de venir lui-même se mettre à la merci de son « neveu, et de lui rendre la couronne. Nous nous joinu drons à votre maître pour obtenir sa grâce, et aaui " nous rendrons garans de la parole que lui donnera le •■ jeune prince de lut fournir de quoi vivre avec hon- « neur et dans un repos préférable à une souverainelé « usurpée. S'il n'accepte pas ces conditions , ne soyez pas • assez hardi pour revenir nous en proposer d'autres. • L'envoyé partit avec celte fière réponse , et il ne fut plus question d'accommodement. Il y avoit grand nombre de Latins établis â Constantinople ; Alexis, craignant qu'ils ne s'entendissent avec leurs compatriotes, leur ordonna de sortir avec leurs familles. Ils offrirent en vain de jurer fidélité à l'empereur ; ils furent obligés {l'abandonner la ville, et s'allèrent jeter entre les brat des croisés. Ils surent bien dans la suite se venger de ce baimissement.
Le jour suivant les seigneurs montèrent à cheval , et délibérèrent en pleine campagne snr la division des dïiîérens corps de troupes, et sur les chefs qui dévoient Jes commander. Ils furent d'avis de partager toute l'armée en six batailles : Baudouin , comte de Flandre, fut chargé de conduire l'avant-garde ; c'étoit de tous les seigneurs celui qui avoit à sa suite un plus grand nombre de braves chevaliers, de tireurs d'arc et d'arbalétriers. Le marquis de Montferrat, général de toute l'armée, d^voit faire i'arrière-fgarde avec les Lombards , les Tes-
911X01» BV BAS-^XlIPIll. . 4^
canSf les AUemauds, et toutes les troupes rassemblées dans Je pays qui s'étend du mont Génis au bord du iUbônf • Les quatre autres batailles furent commandées par Henri, frère de Baudouin^ Louis, comte de Blois et de Chartres , Hugues , comte de Saint - Paul , et Mathieu de Montmorency. On convint du jour auquel on passeroit le Bosphore pour prendre terre devant Constantinople. Les chefs , les officiers , les soldats , résolus de vaincre on de mourir, envisageant, quoique sans effroi , les dangers d'une si rude entreprise , s'occn* pèrent dans l'intervidle à faire leurs test amens , et à se préparer à tout évéoement par des actes de religion. Le jour marqué étant venu (c'étoit le dixième depuis leur arrivée à Scutari ) , les chevaliers s'embarquèrent dans lesfialaiidres, armés de pied en cap, et prêts à combattre, avec leurs chevaux sellés et couverts de leurs grandes housses qui leur battoient jusqu'aux pieds, selon Tusage dfs ces temps-la. Le reste des troupes monta les gros navii^s, dont chacun étoit remorqué par une galère. Alexis, les attendoit à l'autre bord avec son gendre Las-^ caris et soixante-dix mille hommes en bon ordre. On lève les ancres au son des trompettes ; et , sans observer ^ucun rang , chacun s'efforce à Tenvi de gagner les devans. A l'approche du rivage , les chevaliers, impatiens, se jettent ^ans l'eau , qui leur montoit à la ceinture , le casque en tête , la lance aU poing. Les gens de pied , suivent leur exemple ; c'est à qui atteindra le premier l'ennemi. Il faisoit d'abord bonne contenance ; mais dès qu'on en vient aux mains, il tourne le dos et abandonne et le rivage et son camp. On tire les chevaux hors des navires, et l'armée se range selon l'ordre qui a voit été arrêté. On s'empare du camp des Grecs , et la tente d'Alexis, encore toute meublée, fournit un riche butin* On voulut essayer si la vue du jeune Alexis n'exciteroit pas quelque mouvement. Les murs de Galata étoient bprdés d'une foule de peuple; le doge et le marquis^
1456 HISTOIRE DU SiS-EMPIRE.
.tenant le prince entre eux deux , s'approchent à la portée de la voix, et font crier par un Mraiit: Voici l'hérilier tlu trône , reconnaissez t'oire légitime sou^er/iin ; ayez pitié de lui et de vous-mêmes ; délivrez-vous d'an crurl fsclavage. Mais la crainte du tyran avoit ^lacé tous lej cœurs; le peuple regardoit Alexis avec un silence stupiHe, et l'on n'espéra plus rien que de ia force des armes.
Au-delà du golfe de Géras , qui faîsoit le port de Constantinople, s'élevoît en amphithéâtre sur une coIIihb le faubourg de Péra on Galata ; c'étoit le treizième îles quatorze quartiers qui parlageoient cette grande ville. Le peuple, presque aussi ignorant qu'on reluit alors en Occident, croyoit que l'épilre de saint Paul ad Galûlas avait été adressée aux habilaus de ce faubourg. II étoit défendu par une tour très-forte , à laquelle étoit attachée une grosse chaîne de fer de la longueur de quatre trait) d'arc et de la grosseur du bras, qui , soutenue sur des pieux enfoncés dans la mer, ferraoît l'entrée du port, et s'accrochoil par l'autre extrémité à la ciladelle , située à la poîule de la ville, sur le bord du Bosphore. Four préparer l'allaqne par mer et par terre, il falloil se saisir de la tour de Galala et faire entrer les vaisseaux dans le gulfe. C'éluient denx opérations également difficiles , et l'un délibéra d'abord par laquelle on commenceroîl. On fut d'avis de les entreprendre toutes denx en même temps. Les François avec les autres troupes de terre se chargèrent d'attaquer la tour ; le doge et la flolle vénitienne , de forcer l'entrée iln golfe. On passa la nuit devant la tour, dans un quartier habité par les Juifs, et l'on fit bonne garde pour se garantir des surprises. Le lendemain on se disposoit à l'attaque, lorsque la garnison , grossie d'une foule de citoyens, qui pendant la nuit avoienl tiaversé le golfe , 6t une sortie et courut droit au camp. Jacques d'Avesne, suivi de sa troupe, fut le premier aux mains; et ayant reçu un coup de lance dans le visage , il alloit périr, sans la bravoure de
HIBTOÏai DU BA8-£Mf»E. ^5'J
)*(ieoIas Litahin , on de ses chevaliers , qai se jeta dans ia mêlée et le tira du milieu des Grecs. L'alarme s'ëtant répandue dans le camp, on accourt de toutes parts ; on repousse, on renverse, on massacre les ennemis; les uns se jettent en foule dans leurs barques, et la plupart sont noyés dans le trajet ; les autres se sauvent vers la tour , et sont poursuivis de si près, que les vainqueurs y entrent péle-méle avec eux. Tous furent tués ou pris , et lès Latins demeurèrent maîtres de la tour. Pendant le même temps la flotte vénitienne forçoit Tentrée du port. La chaîne, outre sa grosseur, qui la rendoit très-difficile i rompre ,*étoit défendue par vingt galères chargées de soldats et de machines , d'où partoient quantité de pierres ^ et de javelots. Malgré ces décharges meurtrières , Tardeur des assaillans étoit si grande, que plusieurs, sautant sur la chaîne, s'y tenoieut comme à cheval , pour combattre de plus près; quelques-uns même se jetoient de là dans les vaisseaux grecs et s'en rendoient maîtres en tuant et précipitant dans la mer tout l'équipage. Enfin un gros navire vénitien , poussé par un vent violent , donnant avec force contre la chaîne , vint à bout de la couper avec de prodigieux ciseaux d'acier , qui s'onvroient et se fermoient au moyen d'une machine. Toute la flotte entra dans le port.
Le doge et ses capitaines étant descendus à terre, on tint conseil sur la manière dont on attaqueroit la ville. Les Vénitiens vouloient qu'on portât tous les efforts du côté de la mer. Les François au contraire soutenoient qu'il étoit plus sûr et plus facile d'attaquer par terre ; ils disoient que, pour eux , n'étant pas exercés aux combats de mer , ils étoient bien plus agiles et plus assurés sur leurs chevaux que sur des planches flottantes , dont le mouvement tromperoit leurs efforts. Les deux nations » ne voulant rien céder de leur avantagé, on convint que les Vénitiens déploieroient du côté de la mer tout ce qu'ils avoient d'habileté et de force , et les François du côté de
143s HISTOIRE DU BAS-EMFfRE.
la terre. On passa quatre jours À préparer les ruachinesj et le cinquième toute l'armée de terre raarcha vers l'occident pour tourner le golfe, «t gagner la porte de Blaqiieriies. La flotte l'accompagnoit le long du rivage, et les deux armées arrivèrent ensemble à l'embouchure da fleuve Barbysès qui se déchargea la pointe du go\k. Les vaisseaux y jetèrent l'ancre ; les troupes de ferre s'y arrêtèrent. Les Grecs ayant rompu le pont de pierre qui ouvroit l'entrée dans la plaine de Constantiaople, « tenoient en armes sur l'autre bord pour en défendre l'accès. On dressa les macbines, on les écarta à coupi de traits et de pierres; et, par un travail opiniâtre d'ua )0ur et d'une nuit , on rétablit le passage. Il eût été facile anx Grecs de le rendre impraticable ; il n'y pouvoit défiler que trois cavaliers de front , et la population immense de la ville pouvoit aisément fournir- vingt combat (ans contre un. Mais, au preftiier pas qu'ils virent faire aux François sur le pont, ils prirent la fuite, et se sauvèrent derrière leurs murailles. L'armée campa entre la porte de Blaqnernes et le monastère de Saiot- Cômc et de Saint-Daniien , que les François appeloieot la tour de Boémond, parce que du temps de la première croisade ce prince y avoit logé plusieurs jours. Avant que d'en venir aux attaques, on voulut encore tenter les voies d'accommodement; quelques barons s'approchèrent à )a portée de la voix , et crièrent à ceux qui paroissoieut sur la muraille qu'il éloil encart temps d'écouter la raison , et i/ue, s'ils vouloient coa- Jérer avec eux , ils connoitroient qu'on ne leur demandait rien que de juste et de conforme à leurs propres intérêts. Le jeune Alexis se présenta lui-même. Oo ne leur répondit qu'à coups de traits. L'usurpateur avràt persuadé au peuple que le dessein des Latins étoit de «ubjaguer l'église grecque, et de l'asservir au siège de Rome; ce qui avoit tellement aigri les esprits , qu'ils ta vouloient rien entendre. C 'étoit une entreprise bien
hasardeuse qne d'assiéger avec moins de quarante n^illé jMiinines une ville si avantageusement située , si bien fortifiée , et qui coroptolt un million d^habitans , entre lesquels on rapporte qu^îl y avoit soixante mille cava-^ liers, et un nombre innombrable de gens ^e pied «n état de combattre , tant nationaux qu'auxiliaires étran«^ gers. L'enceinte des murs du côté de la terre avoît deux lieues d'étendue , et six portes dont les croisés ne pon^ voient attaquer qu'une seule : les autres s'ouvroieat aux sorties; il s'en faisoit même fréquemment par la porte qu'on attaquoit ; ce qui obligeoit les assiégéans d'avoir sans cesse un de leurs corps d'armée en garde à la tête da camp. C'étoient jour et nuit de continuelles alarmes ^ il falloit six ou sept fois chaque jour se ranger en bataille ; et l'on ne pouvoit quitter les^rmes ni pour prendre les repas, ni pour se délasser par le sommeil. La cam-» pagne étoit couverte d'ennemis qui voltigeoient de toutes parts. On n'osoit s'éloigner de quatre traits d'arc pour aller au fourrage et chercher des vivres. Il ne res-^ toit de farines que pour trois semaines; excepté quelque peu de viande salée , on n'avoit de chair que celle des chevaux tués dans les sorties.
Le caipp n'avoit d'abord d'autre défense que les armes et la valeur. Les fréquentes attaques obligèrent de l'environner de barrières et de palissades; ce qui n'empéchoit pas les Grecs de venir insulter les assié^ geans. Mais ils étoient toujours repousses avec grande perte. L'ardeur des Latins les emportoit si loin , qu'ils ne revenoient jamais sans laisser quelques-uns de leors plus braves officiers ou soldats écrasés des pierres qu'on faisoit tomber sur eux du haut des murs. Enfin , après dix jours de combats presque continuels, le 17 de juillet les François et les Vénitiens donnèrent chacun de leur côté un assaut général. Des six divisions de l'armée* françoise , deux furent chargées de la -défense ducanorpï c'étoient celles que commandoient le marquis de Mont-
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ferrât H Mathieu de Montmorency : les quatre antlAfl allèrent â l'assaut. Après avoir comble le fossé, on fit avancer les béliers, et deux cent cinquante autres de ces machines destructives alors en usage, onagres, tmin ^ roulantes,, tortues pour couvrir les sapeurs. Une tour abattue ouvrit une brèche. Baudouin animoit ses soldais; on donna l'assaut à un avant-mur, qui fut si vaitlanimeni défendu par les Pisans auxiliaires et pat les Varangues , le plus redoutable corps des troupes impériales , que , les échelles étant les unes brisées, les autres renversées , il ne parvint au haut du mur que cinq chevaliers accompagnés chacun de deux soldats. Ces quinze guerriers combattirent quelque temps avec un courage héroïque, abattant à coups de hache et d'épée tous ceux qui osoient les approcher. Il fallut enfin céder au nombre; deux furent pris et conduits à l'empereur, qui tira vanité de ce mince avantage comme d'une victoire; les autres, culbutés du haut du mur, froissa et presque brisés , furent recueillis par leurs camarades. La plupart des barons , couverts de blessures , se reposoient pour reprendre haleine. L'empereur, assis an haut d'une tour du palais de Biaquernes, n'étoit que le spectateur oîsif de tous ces combats, sans donner luimême aucun ordre.
Cependant l'attaque étoit encore plus vive du côtt de la mer. L'intrépide Dandolo, le plus grand homme de mer de son siècle, fit avancer ses vaisseaux en deW lignes au son des timbales et des trompettes. Les galères formoient le premier rang; leur tillac étoit couvert d'archers et de balisles. Derrière les galères, les grands bâtimens, assurés sur leurs ancres, dévoient faire partir de plus gros javelots et de plus grosses pierres. Leurs proues , leurs poupes éloient chargées de tours. Leurs châteaux de hune, égalant ou surpassant la hauteur des murailles, contenoient chacun dix, quelquesuns même vingt combatt^ins. La flotte, ainsi rangée ea
HISTOIHE DU IIS-BMPIUI. 4^1
ataiUe , occupoit de front l'espace de trois traits â>rc ; D y comptoit plus de quatre cents balistes. Déjà le ifflement des pierres , les cri» des soldats et des mate- >ts , le mugissement des vagues , qui , poussées par int de navires, frappées par tant de ramA, couroient a roulant avec violence et couvertes d^écume se bri- !r contre le rivage : tant de tumulte , tant de bruits ivers troubloient les assaillans mêmes. Les galères imbloient avoir oublié leurs ordres , et n'osoient aborer. On vit alors ce que peut un seul homme : Dan-« olo, conservant dans un corps chargé d'années et prèsne aveugle une âme éclairée et vigoureuse , seul se ossédant lui-même au milieu de l'agitation générale , chorte , presse , promet des récompenses au courage, oyant le peu d'effet de ses paroles , indigné d'une inteur qui lui sembloit ternir la gloire des armes vé* îtiennes, il monte tout armé sur la proue de son vais*au , et, appelant à haute voix les gens de son équipage, leur commande de le mettre à bord, menaçant de les ire pendre, s'ils n'obéissent. Ses ordres sont exécutés; s le prennent entre leurs bras , et le descendent sur le vage, portant devant lui l'étendard de saint Marc. A îtte vue , tous les capitaines rougissent de leur timiité ; ils s'empressent de joindre leur chef et de le mvrir de leur corps ; les galères s'élancent à Tenvi nne de l'autre , on plante les échelles. Dandolo , la isière de son casque levée , le feu dans les yeux, en- ^urage les braves , réprimande d'une voix terrible ceux' li montrent de la peur. Les gros vaissesiux , qui forloient la seconde ligne, abordant à leur tour entre les itervalles des galères, forment un assaut supérieur. Au àut de chaque grand mât étoit fortement attaché un >nt-levis, assez large pour âonner passage à quatre i^mines de front. Ce pont, abattu le long du mât, levé au moment de l'attaque par le moyen des pouîs et des câbles , alloit par son extrémité tomber sur
46a »r'S90IllB 9V BAi^lUBIlrB;
les murs et sur les t<fdrs,qa^il surpassoit en hauteur ; en sorte que les Grecs et les assaillans se battant à coupi de main et luttant corps k corps , les uns ëtoient ren* versés dans la ville , les autres an pied des murs , sur le rivage. IjIs flèches , les pierres , les lances , lés javelines, les poutres arrachées des édifices, le feu grégeob, tout ce qui pou voit blesser , repousser, donner la mort, étoit employé de part et d'autre ; et pendant que cette horrible tempête tonnoit au haut des mâts et des toun, on sapoit le pied des murs.
An milieu de ce fracas on aperçoit tout à coup sur une tour l'étendard de saint Marc. A la vue de cette redoutable enseigne , qui sembloit avoir été transportée par un bras invisible , il s'élève de part et d'autre un grand cri : les Grecs fuient , les Vénitiens sautent en foule sur le mur, ils s'y répandent en un moment, et s'emparent de vingt -cinq tours. Dandolo fait partir une chaloupe pour porter aux barons la nouvelle de ce succès. Ils ne peuvent le croire qu'à l'arrivée d'un vaisseau chargé de butin. Cependant le tyran, effrayé, ne sachant s'il doit abandonner la ville ou s'il peut encore la défendre, essaie de résister ; il rassemble ses forces; |^ les habifans se joignent aux soldats. On court aux V(!nitiens qui descendoient dans la ville. Ceux-ci , voyant accourir à grands flots un peuple immense qu'ils ne ponrroient soutenir, l'arrêtent par l'incendie : ils mettent le feu aux édifices qui se trouvoient devant eux. A l'aide d'un vent violent qui souffloit au dos des Vénitiens et au visage di^s Grecs , les tourbillons de flammes se répandent rapidement dans la partie occidentale de b ville; tout est en feu l'espace d'une lieue, depuis le quartier de Blaqnernes jusqu'après la Porte dorée. A la faveur de l'obscurité que causoit la fumée , les Vénitiens regagnent leurs tours , et le peuple , poussant des cris affreux , ne s'occupe qu'à dérober aux flammes ce qu'il i'/ peut sauver de ses biens. Le tyran prend ce raomcnl
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pour attaquer rarmëe françoise , qui , se tenant en bataille devant la porte de Blaquemes ^ attendoit le succès de Tincendie. Théodore Lascaris , son gendre , le plus brave des Grecs, sort par la Porte dorée à la tête d^ûn nombre innombrable de soldats. Sa cavalerie étendue sur ses ailes , il marche aux François. L'empereur luimême , honteux des cris insultans du peuple , veut faire voir qu'il mérite bien d'être défendu ; il monte à cheval ; et, revêtu d*armes brillantes , avec toutes les marques de la dignité impériale , la robe de pourpre, le bonnet de soie brodé d'or et terminé en pointe , Tépée au poing , il court de rang en rang , animant ses soldats du geste et de la voix ; il n'y manqua que l'exemple. Les François , rangés en bataille devant leur camp i sans s^avancer de peur d'être enveloppés, ne formoient que six bataillons. Les Grecs en avoîent plus de soixante , dont chacun surpassoit en nombre chaque bataillon françois. Ils approchent, ils obscurcissent l'air d'une nuée de flèches. Les croisés, couverts de leurs armes, les attendent de pied ferme. En ce moment Dandolo , averti par les trompettes qui sonnoient la charge, crie à ses soldats : Que faisons-nous ici, camarades? Nos compagnons sont aux prises : les laisserons-nous périr ou vaincre sans nous ? Quand nous pourrions sans eux prendre la ville, notre victoire même nous couvriroit iT infamie y et ils seraient morts avec honneur. Courons à leur secours ; Dieu et saint Marc nous y appellent. A ces paroles les Vénitiens abandonnent les tours dont ils étoient maîtres : ils rentrent dans leurs vaisseaux à la suite de leur doge, volent à la porte de Blaquernes , sautent sur le rivage, et se joignent aux troupes de terre. Les Grecs, malgré l'extrême supériorité du nombre, n'osoient avancer ; ils s' étoient arrêtés à la portée de l'ard, et ne combatt oient que par des railleries et des injures. Enfin Tempereur , soit par défiance de ses troupes , soit par la crainte que lui inspiroient sa lâcheté natu-
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relie et les remords de ses crimes, fil sonner la retraite ;r et malgré Lascaris , qui ne respiroit qae le combat « il ramena ses troupes sur le soir. Les croises les suivirent et en tuèrent plusieurs sans qu'ils osassent tourner visage. Cette multitude , qui , même sans armes « auroit pa fouler aux pieds les croisés, si elle eût osé les joindre,^ rentra couverte de honte dans Constantinople.
Alexis , le plus méprise de tous , se retira dans son palais ; et craignant d'être abandonné et livré aux en< nemis , il prit conseil , non pas de Timpératrice , trop intrépide pour favoriser sa timidité , mais de ses toUrtisannes et de ses flatteurs, aussi lâches que lui - même. Tous lui conseillent de céder à la fortune et de se mettre en sûreté dans quelque place forte. Ha voit déjà choisi pour sa retraite la ville de Zagora \ où il a voit même envoyé d'avance quelques-uns de ses équipages. Dès le.len* demain 18 juillet, il ramasse tout ce qu'il peut de ses trésors , et s'embarque au commencement de la nuit avec ses pierreries et la garde-robe impériale, jl'emmenaiit de sa famille que sa fille Irène ; et laissant dans la ville ses deux antres filles avec sa femme Enphrosyne. Il gagne le Pont-Euxin, suivi de quelques barques remplies de femmes et des courtisans qui voulurent le suivre. Faisant force de rames et de voiles , il arrive en peu d'heures à la hauteur de Zagora , où il se renferme. Il avoit occupé le trône huit ans, trois mois, et dix jours. Villehard, La nuît avoit suspendu les attaques, et les habitansse ^EpisfuiX. délassoient de leurs fatigues. Le silence régnoit dans àSto,Pauia,\^ ville, lorsqu'un cri se fait entendre dans toutes les
a/l Henri..
cum Braban- rues : PlUs d'Alexis Comnene ! Plus de tyran ; il a pris ^^^NicH^'in^^ f^^^^' Aussitôt tout cst cu tumulte ; les flambeaux Isttaco et paroissent à toutes les fenêtres; on s'appelle^ on s'in- 3,3)4.' 'terroge; les uns crient, qui va nous défendre? Les Ja^p.c.'b, autres, qui va nous livrer aux Latins? Nul ne regrette Gefta.//inoc. Alexis. Euphrosyue , qui pour régner n'avoii besoin i. a. * que d'un fantôme, assemble ses parens et ses amis;
HISTOIRE DC BJlS-'EMPIRE. 4^5
le leur offre la couronne; aucun ne vent accepter HvrohL L 1 présent si dangereux. Cependant Teunuque Ctms- ^* '^J^^' ^Z ntin, grand-trésorier, qui avoit déjà abandv)uné dans^''' ^'onsi. cœur Tauteur de sa fortune, persuadé que l'argent ij^.... 3,,/i' t le signe auquel une garde mercenaire reconnolt h* ^''', ',]-/. ^.;*',; aître légitime, distrilnioit de l'argent aux: Vafaiigues, ^; ^'- car. i nom d'Isaac. Les principaux seigneurs, de concert c/i/„/i/'^''''' /ec lui, ayant réuni leurs cliense.t leurs domêstiiiues , /w '''^'*;/ ^' )nt se saisir d'Euphrosyne^ courent à la pri5on d'Isaac / Ooiurt-nu n. lu retirent, et renferaient a sa place Euphrosync'/ .^^/V^^* ses parens. Isaac, qui ne savoil ce qui se passoit dans ^'" Cn-ti^e , . vilTe, ni si on le menoit à la mort, ni même s'il étoit i^juis .ôuuiti'^, SUT ou null, est étonné de s^entendre proclamer émpe- |"''^**^*'*' ^' 'ur. On le conduit par la main an palais de Bia* uernes, illuminé de nulle ff.mihpaux; on lui ceint le iadème: revêtu des hahîli •fn|.'^rkaax, on le fait asseoir ir le trône, qu'il coiniii» nce à reconnoîlre. Le peuple, iiprès duquel le plus grand mérite est d'étrè malheu- 2UX, s'attendrit en le voyant; on hii prodigue les cclamations; on charge Alexis de malédictions: on a chercher l'ancienne impératrice; elle vivoît depuis uit ans dans une triste retraite. On lui fait reprendre is marques de la dignité impériale; o>n l'amène en ompe au palais, où on la place à côté de son mari, i'imbécille Isaac ne se possède pas de joie. La couronne l'est pas encore bien assrse sur sa tête, et il a déjà des, latteurs. Us n'ont pas de peine à lui persuader que on mérite supérieur, ar[)rës une lutte opiniâtre , a eii^ 111 vaincu la mauvaise fortune.
I^ nouvelle d'une si heureuse révolution vole au :amp des croisés. Une foule de Grecs va se prosterner kux pieds du jeune Alexis, et Tinvite à' venir parta-, >;er la puissance et les Hoimeors rendus à son père. Avant jne de répondre, il va trouver le marquis de Montferrat^l îui assemblé dans sa tente Baudouin , Dandolo et* :es autres chefs. Us embrassent Alexis ; ils le félicitent de
fihrr. i>u UAS-Eair. TOiî. ix." 5o
466 HISTOIRE BU BlS-£M»Iftt.
ce 5Qccès imprévu^ ils recoiinoissent avec action &ê grâces le merveilleux pouvoir de rÉtrë suprême, qtii leur, épargne les travaux d'une pénible conquête, et 2feuve comme malgré elle la ville de Constantinople^ Tout le reste de la nuit il ne cessoit d'arriver de nouvelles troupes de Grecs, qui s'émpressoient à «t'envi de se montrer au jeune prince et de- signaler leur zèle pour attirer sur eux ses premiers regards. Ces belles apparences n'assuroient pas les croisés. Toujours en dé^ fiance contre la .mauvaise foi des Grecs, ils se trnrent sous les armes, pour être en garde contre la trahison. Lorsque le jour fut venu , on envoya Mathieu de Montmorency, Geoffroi de Villehardouin et deux patrices vénitiens, pour prendre une connoissance plus certaine dé l'état des affaires; et en cas qu'ils les trouvassent conformes à ce qu'on annonçoît , ils dévoient demander à l'empereur Isaac qu'il ratifiât le traité fait avec son fils ^ qu'il s'obligeât lui-même à en remplir les conditions, et lui déclarer qu'en attendant son engagement personnel, on retiendroit son fi^ls en otage. Ils partirent aussitôt; et, étant descendus de cheval à la porte de Blaquernes, ils furent conduits au palais, entre deux haies de Varangues sous les armes.
Dans le palais tout respiroit la joie, tout brilloit de magnificence. L'empereur et l'impératrice , éclalaiis d'or et de pierreries, étoient environnés d\me foule de seigneurs et de dames superbement vêtus, ennemb la veille, aujourd'hui courtisans d'Isaac, et tout prêts à tourner ailleurs leurs adorations au gré du vent de b fortune. Les Français, après une révérence respectueuse et un compliment court, demandèrent à Temperenr une audience particulière de la part du prince son dU et des barons de l'armée. Isaac se leva aussitôt de son siège, et les conduisit dans une chambre prochaine, où il ne fit entrer que l'impératrice, son grand-chambellaa igt son interprète. Yillehardouin , du consentement de
HISTOIRE DU ilAS-EMPlHÂ. 4^^
és collègues, prit la parole: « Sire (dit-il) vous voyes I le service que nous avons rendu au prinibe votre fils, et I notre fidélité à accomplir nos pronresses. Il a contracté r de sa part des engagemens avec nous^ et il ue peut ' rentrer dansConstantinople quli nes^en soit acquitté. ( Il s'adressa à voiis aujourd'hui pour être garant dé ses t paroles et ratifier le traité dans la inémé forme ir qu'il Ta fait avec nous. Et quels en sont les articles?
V dit Isaac. Premièrement, reprit Tambassadeur, il s'est « obligé à remettre Tempire d'Orient sous l'obéissance
V du saint-siége de Rome, auquel il étoit autrefois sou- 9 mis; eu second lieu à nous payer la somme de deux K cents mille marcs d'argent; à fournir liOtre armée K de vivres pendant un an ; à envoyer avec nous sur » ses vaisseaux dix mille hommes de guerre ^ à les dé- K frayer l'espace d'un an, et à eiitretenir tant qu'il « vivra cinq cents chevaliers dans la Terre-sainte. Voilà R les conditions auxquelles il a obtenu le sêcourd>de no9 (r armes. Il les a confirmées par serment et Scellées K de son sceau et de celui de Philippe, roi d'Allemagne^ * votre gendre. Nous vous demandons de les ratifier; M Certes y répondit rempéreûr, ces Ironventious sont ■r de haute conséquence, et je ne vois pas trop le moyett bc de les accomplir. Toutefois vous nous avez si bieii K servis, que, quand on vous donnerofit tout l'empire, ft vous l'auriez bien mérité. » Après plusieurs autres propos de part et d'autre > Isaac ratifia le traité par son serment, et par des pateiites scellées do scel d'or, qui furent sur-le-champ délivrées aux envoyés. Ils prirent bongé de l'empereur; et l*etournèrent au tamp rendrcf compte de leur commission;
Aussitôt les barons montent à cheval et cofnduiseni Alexis à Gonstantinople. Il marchoit entre Baudo^ii» ^ Dandolo, suivi de tous lés chevaliers Couverts dé leurS^ p\x%i belles armes et décorés des marques d'honneof' |l]ti^ils tenoient de leur naissance ou qu'Us avoient tné-^
ritëes par leur courage. Les Grecs sortirent en foule poer les recevoir; et la religion, toujours sensible aux ëvéne^ mens qui intéressent l'état , envoya au-devant d'eux soa magnifique cortège. Lorsqu'on fut arrivé au palais, les deux princes s'embrassèrent avec cette vivacité de tendresse qu'une longue séparation enflamhic entre des personnes chéiries. Ils avoient ressenti leulr mutuelle infortune; le retour de leur prospérité redoubloit leur joie. Le peuple la partageoit avec eux par iiki concert d'atdamations. Toutes les églises furent ouvertes, et retentis-' soient d'actions de grâces* Oifi voyoit dans toutes les fiies des tables chargées de viandes. Les eroisés , pleins d'alié-> gresse, rendoient grâce au Tdut-puissatii d'une vicloire qu'ils reconnoissoient ne tenir que de lui. Ils croyoient être arrivés" au* ternie de leurs travaux , et s'être ouverts une voie assurée à la conquête de la Palestine : mais à line si douce sérénité devoit bientôt succéder les pliU^ '' violens orages. ^^
Le lendemain l'empereur pria^ les comtes: et les ba^ ^ rons de vouloir bien aller prendre leur logementau- ^ delà du golfe, leur représentant que , s ils demeuroient dans la ville, il étoit à craindre qu'il ne survint quelque querelle entre deux nations dont l'antipathie naturelle | venoit d-être animée par la guerre, et que la ville ue r souffrît malgré eux de plus grands désastres qu'aupara^ vant. Les barons répondirent qu'après Tavoir si bien servi en tant de manières , ils ne pouvoîént lui rien refuser. Ils firent donc passer Tarmée de l'autre côté do* golfe, où ils séjournèrent au milieu de l'abondance. Cette séparation n'altéroit en rien l'union des deux* peuples. Les Grecs passoient sans cesse au camp de» croisés', où ils portoient des vivres et des marchandises de toute espèce. Les croisés vehoiétit satisfaire leur curio^ site à Gonstantiriople, où ils visitoient les palais, le» places, les édifices publias; ils admiroient la splendeur ,, }ës^ricfaesseS| l'étendue de cette cité immense; ils étoîdU'
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eurtoiit étonnëft de la .magnificence des ëglîsei et de la quantité cie reliques précieuses qui s'y trouvoient^ dît VilIehai:douin , en plus grand nonri^re que dans le reste du monde ;entier. Toujourss attachés au prince Alexis^ dont ils se regardoient x:amme les tuteurs, ils convinrent a|M|JsaaG qu'il seroit couronné le premier dn moia ^llHn , et qu'il partageroit avec son père le titre d'ein?pereur et 1^ puissance souveraine.
La cérémonie du couronnement achevée , Alexis comr xnença d'acquitter une partie des sommes dues lui croisés, promettant de payer au plus tAt le reste. On mit en prison Théophile, garde du. trésor, qnii par 4ies chicanes de finance , retardoit l'exécution des ordres de Tempere^r. Ce premier paiement servit à rennbourser les particuliers des avances qu'ils avoient faites à Yenise pour rembar^queniueqt. Cet acte de juè-r tice .et de Jbonne foi augmenta l'affection des croisât pour le jeujne prince. Il efttretenoit Leur amitié par de firécijuenteâ visites; il les prévjenoit par tontes sortes file déférences et crhonxieurs. Après- les avoir ainsi disr posés , il vint un jour comme ami et sans aucun appareil de dignité trouver le comte de Flandre, et le pria de faire venir .chez lui le doge et les principaux sei^ gneurs. Lorsqu'ils furent assemblés, il leur parla en ces termes : « Seigneurs croisés , si je sui4 remonté sur pr la trône où m'ayoU placé ma naissance, c'est à la ft bAp^é divine et à votre valeur que j'en suis redeva-^ 91 blé, et tant que je conserverai l'empire, vous régnerez ■ç vous- mêmes dans mon cœur. Mais il s'en faut biea !« que je trouve dans l'âme de. mes sujets lessentimens B« que j'éprouve de votre part; ils me haïssent, et j'ose ■c dire que j'ai à me féliciter de leur haine ; elle ine fait !« honneur; elle n'est fondée que snr votre bienveillance •k pour moi. Vous ne connoissez que trop leur antipa^ ■t' thie contre les nations latines. Ils ne peuvent me par^ SF. ,4onnjer 4'^yo^l' ^1^ rétabli par vos mains. Jugez s%'
^jq PIBI'OIIIE nu 2A»-ClfPIRX.
m jp suis encore en état de me passer de votre seeonFs, M Vous approche» du terme de votre départ , fixé à U <r Saint- Michel. Il m*est impossible d'acquitter en si peq fc de tenips la dette que j'ai contractée avec vous. Je se- « rois même hors d'état d'y jamais satisfaire , si j'étois fr sitôt privé de votre appui : je courrois risqué <14|^' « dre la couronne , et peut-être la vie. Je ne vois <j^u « moyen d'assurer pour moi votre bienfait, pour vous fc ma reconnoissance ; t'est de prolonger votre séjour « en ccUe ville jusqu'à Pâques prochain. J'aurai le « temps de mettre mon pouvoir hors d'alteinte, de ti- « rer de mes revenus de quoi remplir mes engagemcns, j^ « d'é(|uiper les vaisseaux qui doivent vous accompagner « suivant nos conventions. JFe me charge de vous dé- « frayer dans cet intervalle de tout ce qui peut vous f» être nécessaire, et de payer aux Vénitiens le loyer de « leur flotte. Ce délai ne vous fera rien perdre ; le temps « de l'hiver vousseroit inutile, et vous aurez l'été entier - « pour exécuter votre glorieuse entreprise. » Ces pro- « positions u'avoient rien que de raisonnable; elles étoient même avantageuses aux croisés. Les seigneurs répondirent qu'ils les com.munîqueroicnt au reste de l'armée, et lui feroient savoir ce qui auroit été résolu. Alexis étant retourné à Constantinople, on assembla le conseil, et \ la chose fut débattue avec beaucoup de chaleur. La plu- 1 part des chevaliers acceploient le nouveau projet : mais [t ceux qui avoient toujours désapprouvé l'expéditiqp de Constantinople, et qui s'çtoient séparés des autres à Corfou , s'y opposoienl. Ils sommoient leurs camarades de leur fournir des vaisseaux pour passer en Syrie , selon = la parole qu'ils leur en avoient donnée. Enfin, à forc^ de raison et de prières, on obtint leur consentement, t Les Vénitiens accordèrent l'usage de leurs vaisseaux î^ jusqu'à la Saint-Michel de l'année suivante, et la non-» 'velle convention fut unanimement adoptée. Les évêt ^ ques et les prêtres qui se trouvoient au camp crurent
HISTOIRE S9 BAf-SMPIEI. 4?^
l'occasion favorable gour faire exécuter le premier article du traité; ils demandèrenl que le patriarche, les prêtres, les moines de Constantinople , abjurassent sur* le-champ les erreurs qui les séparoieot de Tëglise romaine. Isaac , fort peu instruit de ces matières, appnya leur proposition ; et le patriarche , étant monté dans le )ubié de Sainte-Sophie, déclara en son nom et au nom des empereurs et de tout le peuple chrétien de l'Orient , en présence du cardinal de Capoue , qu'il reconnoissoit Innocent, troisième du nom, pour successeur de saint Pierre , premier vicaire de Jésns-Christ sur la terre , pasteur universel du troupeau fidèle : il promit que, dès qu'il en auroit la liberté, il se transporteroit lui-même à Rome, pour prêter serment entre les mains du pape^ Ini rendre hommage G0mme à son chef, et recevoir de loi \epalUum. Cette déclaration publique transporta de joie les plus dévots d'entre les croisés. Quand ils n'an-^ roient point eu d'autre succès, ils secroyoient amplement dédommagés de leurs travaux par cette heureuse fënnion de l'église grecque. Mais, comme il parut dans la suite, ce n'étoit qu'une scène de comédie que le patriarche donnoit aux intérêts politiques. Alexis écrivit lui-même au pape; il lui rendoit l'hommage que ses prédécesseurs avoient rendu au vicaire de Jésus-Christ; il promettoit de faire ses efforts pour la réunion de tou^ tes les églises d'Orient , et de suivre en tout les conseils, des prélats latins qivi se trouvoient à Constantinople. lunocent lui répondit en le félicitant d'une résolution "t salutaire que Dieu lui avoit inspirée, et en l'exhorlant à consomnier au plus tôt ce grand ouvrage. Les troisés perdirent alors Mathieu de Montmorency , aussi ^timé pour son courage que chéri pour sa bonté , et la fiort d'un seul homme fut pleurée comme un malheur public. Il fut enterré à Constantinople, dans l'église de& AospiAliers.
*« Pendant que les suites de la réyolutiou occupoient Ie4
4!79 vrsrfyiAE jDU BAS-Expiax.
Xrrecs et les croisés, Tiisurpateur Alexis, qui s!éfoîjt d-^- Jbord retiré à Zagora, avoit ramassé quelques troupes, et s'étoit avancé jusqu'à Andrinople , dont il s'ëtoU rendu maître. D'un autre c^té « Joannjce , roi des Bulgares, prince actif et belliqueux, avoit proiîté des troubles de Teropire pour étendre ses ét^ts; il s' étoit emparé, de près d'une moitié de la Thrace. J^es princes croisés, qui n^avoiept plusriçh à faire le resté de Tannée, et qui n'étoient pâs.d^humeur à demeurer d^ns Tinaction, conseillèrent au jeune empereur dVippIoyer cetempsà repousser le tyran , et à réduire sous son obéissauce les pays qui né le réconnoissoient pas epcore pour maître. Il se mit dope en campagne ; et le marquis de S^Iontferrat, le comte de Saint-Paul, Henri , frère du comte de Flandre, de Culem'y, Jacques d^Âvèsnés, Guillaume de Champlite, Hugues se joignirentàliii, en apparence comnie servant sous ses ordres, en effet comme ses maîtres. Baudouin, Louis de Blois, et la plus grande partie des chevaliers et des soldats demeurèrent au camp. Dès que Tusurpateur apprit la marche dn jeune empereur, si bien accorapagné , il sortit d' Andrinople , pt voulut se retirer à Philippopotis. Mais , comme il n'y fut pas reçu pas les habitans, il alla s'enfermer dans Mosynople. Il auroit fallu pour Ty poursuivre marcher sur le ventre des Biilga- 1 ïes, dont le roi , à la tête d'une nombreuse armée , ayant traversé le mont Hénius , s'étoil çtendu dans la campagne et fermoit tous les passages. C'est ce qu'on ne pouvoil entreprendre avec un camp volant, sans s'exposera une jperte presque certaine. Alexis se contenta donc; d'avancer jusqu'à Cypsèles, et de recevoir le serment de fidélité des villes qui se trouvoienl sur son passage.
Peu dé jours après qu'il fut sorti de Con^antioople, cette ville infortunée, qui commençoit à peine à respi-* irer de tant de maux qu'elle avoit soufferts, éprouvi ime nouvelle calamité. Voici quelle en fut rotcasioq Sur la fin de l'année précédente, lorsque la nouvelle si
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jfut répandue que les croisés avoient résolu de venir ^tlaquer Conslantinople , les habitans, toujours enne^ mis des Latins, entrèrent contre eux dans une espèce ^e fureur. Quantité de marchands d^ diverses contrées cVOccident , établis dans la ville, ayoïept leurs maga* sins le long d^ pprt. Le peuple y courut en foule, pilla les marchandises , détruisis l/es mi^asîns. Lçs proprié*- ,4aires ne sauvèrent leur vie qu'en se dérobant par une prompte fuite, et, ^ te^iant cachés dans les maisons de leurs amis. Quelques îoujTs ^près, cette fougue étant p4S5ée,ils portèrent leurs plaintes à l'empereur; c'étoit • encore Tu^urpateur Alexis : il promit de les dédommager, ei, popr leur donner unjs preuve de sa bienveil-r lance , comme les marchands vénitiens et ceux de Pisç a voient depuis long-jtemps de j^anglans démêlés, jusqu'à ;se massacrer Ks ups les autrp^ partout où ils se rencontroient , i{ s'entremit de leur querelle^ et les récon-i- /cilia en$emble; ce qpe les raisonneurs grecs blâpièrent icomme une faute de polit.ique. I^a vil|é ét^nt assiégée , il prit le parti de s'enfjiir avant que d'avoir exécuté la réparation qu i) avoit proipise. Ainsi le ressentiment snbsistoit toujours dans l.e cœqr des Latins. Le soir do j{) août , un ces marchands ruinés bnyuit avec quelques soldats flanifinds ; il se mît à invectiver contre les j&recs; Ces misérables , disoit-il, ne pei^veni nous souffrir nous cuites cniholiques ; ils nous font lo^is les maux guUls pemcn/ , tandis qu'ils çai;essent, qu'ils combien f 4' amitié tes Sarrasins, à gfii ih ont même bâti unç^ mosquée,' l^e vin grec leur avoit échauffé la tête. Â ce nom de §arras^n la colère s'allui^^e d^ns le cœur dep soldats flamands; en qualité d^ croisés, ils se croient ohtig«^s de commencer par égorger ceu;;L-la ; ils vont chercher au-delà dp golfe leurs armes et d'autres caluarades., et, repassant aussitôt, ils courent à la mosqujée, enfoncent les portes, pillent tout ce qui est de fluelqu^ valeur, et brisent le reste. Les Sarrasins avoieqt
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fui d'abord ; niiiis, s'étimt aperçus du petit nombre de ces brigands , ils reviennent sur leurs pas avec une troupe de Grecs , les chargent , en blessent et en tuent plusieurs , mettent les autres en fuite, Quelques-uns de ceux-ci, pleins de rage contre les Grecs qui secouroient les Sarrasins, mettent en passant le feu à deux ou trois maisons; c'ëtoit au milieu de 4a nuit. II est incroyable avec quelle rapidité se répandit Tincendie; il surmonta tous les efforts qu'on faisoit pour Téteindre. Les tourbillons de flanmies, poussés par un impétuerux vent du nord, s'élançoient par-dessus plusieurs édifices pour en aller brûler d'autres plus éloignés; et , le vent ensuite tournant au midi , ils rebroussoient en arrière pour consumer ceux qu'ils sembloient avoir épargnés. Au milieu d'une sombre nuit, la lueur deSiflammes, plus effrayante que les ténèbres, le fracas des maisons, écrasant en tombant ceux qui fuyoient dans les rues, les cris des femrpes et des enfans tués sur le sein «le leurs mères, tant de désastres, tant d'horreurs, donnoient le spectacle d'une ville saccagée par lés ennemis, Et c'ëtoît en effet l'ennemi le plus terrible qu'un si vaste incendie. Pendant huit jours entiers , selon quelques écrivains, le feu dévora tout dans l'espace d'une lieue, depuis le milieu du golfe, en touruaut du côté de 1 Orient, jusqu'à la Propontide. ïl n'épargna que l'église de Sainte- 3ophîe , dont les briques et la niasse énorme rcsîstoient à la fureur des flammes. Il y périt quantité d'habîtans. Les charbons emportés par le vent allèrent mettre le feu à un vaisseau qui traversoit le golfe. Les seigneurs croisés, touchés du malheur des Grecs, envoyèrent proruptement au secours grand nombre de leurs soldats; ils sauvèrent environ quinze mille personnes , la plupart estropiées ou à demi-brûlées, qu'ils transportèrent audelà du golfe. La plupart des Latins qui avoîcnt été bannis par l'usurpateur , et qui étoient rentrés dans la ville avec le jeune Alexis, se réfugièrent auçsi au cam{i
HISTOIRE 0U BAS^ZMFIRE. 47'
(les croisés avec leurs familles et leurs effets. Il n'y avoit plus de sûreté pour eux au milieu du peuple grec, qui accusoit les Frauçois d être les auteurs de ce désastre» Les princes , qui en ignoroient la cause , députèrent à Isaac, pour lui témoigner qu4ls partageoient sincère*ment sa douleur^ qu'ils feroient une soigneuse recherche des coupables; et que, s'il s'en trouvoit entre leurs soldats, ils les puniroient plus sévèrement qu'il ne feroit lui-même. Mais, malgré les informations les plus {exactes , on n'en put découvrir aucun ; ce qui ne justifia pas les François; et ce funeste événement laissa contre eux dans le cœur des Grecs l'impression profonde d'une haine implacable.
Vers le milieu de novembre , Alexis revint à Gon- rilUhanh\ stantinople. Il y fut reçu avec cet éclat de triomphe qui ^' ^^^* ^ couronne les moindres succès d'un prince dans une Nicet. in nation foible et vaine. Les Latins, sans doute moins ad- Mex. c. 3, mirateurs , s'empressèrent néanmoins à signaler leur ^ ^A^ joie ; et cette civilité de leur part fut plus sensible à une Murzuphle, âme légère que les plus importons services. Charmé de àestalnnoc^ leur complaisance, il passoit les journées avec eux, ^'j?'*^**^*' Plus souvent au camp que dans Constantinople , il par^ jcrop.c, 3* tageoit leurs jeux , leurs festins , leurs plaisanteries. ^ c.'^o! Nourri dans l'inforlune , n'ayant jamais reçu qu'une Rob, de éducation subalterne , que l'exemple de son père ne cor- Gunther» rigeoit pas, il oublioit qu'il étoit empereur, et la g^^î*^ *^^'^„^°"*3 . françoise ne s'en souvenoit guère. On lui en fit des v^^pan. n , c.\ proches ; et, pour se relever, il monta tout à coupa une chron.Stù fierté arrogante. 11 ne receyoit plqs les Latins qu'avec ^^^«'«* . hauteur; il se livroit entièrement aux seigneurs grecs. CAr. JLu^c. Mais, toujours imprudent , il choisissoit pour ses amis et £i^a^^p conseillers ceux qui avoient élé attachés à son oncle , ^ ^- . les plus grands ennemis de son pçre. Isaac en étoit indi- /. 3. gué: il ne Tétoit pas moins de le voir méprisé de ses ^^^^^^^"^-^ sujets , et d'entendre nommer le jeune prince jivant lui 5 , 6. il^ns les acclam4ti(As publiques , comme s'il n'eût éiéRayn,^
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y Ç^^« qne Tombre de son ils. Mais Isaac lui-même n'âoit «rt. 39. ' pas plus sonsë. Aveugle , accablé de goutte , courbe 'vLl*^'^î' ^0* Iw infirmités qui avoient devancé la vieillesse , il ^ a'étoit cependant persuadé, sur la foi des astrologues ses parasites, qu'il recouvreroit la vue , la santé , la jeunesse même , et qu'il deviendroit monarque universel. II se préparoit par des folies à ces iperv^iUeux événe* mens. Entre plusieurs extravagances, il fit transporter de THippodroine dans son palais la figure du sanglier de Galydon : c'étoit , selon ses astrologues , un talisman .dap^ lequel étoit renfermé le foyer des séditions dq peuple , fort semblable à ce furieux animal. On avoit pitié dlsaac; mais on haïssoit Alexis , qui avilissoit, disoit-on , Tempire et Téglise grecque , en payant tribut aux Latins, et s'asservissant au pontife de Rome , jusqu'à faire prononcer dans les diptyques le nom du pape Innocent. Le triste spectacle des ruines de tant d'édifices» dont on attribuoit l'incendié aux François , aigrissoit jcncore le ressentiment. Dans un accès de colère , OR abattit une belle statue de Minerve , haute de trente pieds , et posée sur jjne cplonne, dans la place de Constantin, parce qu'ayant un bras étepdu vprs l'occident, on l'accusa d'appeler les Latins , et de les inviter à venir détruire Constantinople,
La plupart des seigneurs n'étoient pas moins animés que le peuple : avec plus de présomption et de fierté qne deprudeni;;^ et de force , ils ne parloient que de prendre les armes, et de se venger de tant d'insultes. Les empereurs, plus par timidité que par sagesse, n'écoutoient pas ces bravades. Le plus accrédité dans la ville, à cause de sa haine contre les Latins , étoit Alexis Ducas, surnommé Murzuphle ; ce qui , selon le langage qu'on parloit alors en Grèce , signifioit qu'il avoit les sourciU joints ensemble et pendans sur les yeux. Il étoit de l'illustre fajmillc des Ducas, et proche parent des cmper reurs. Dévoré d'ambition , et capable des crimes les plu*
HISTOIRE DU BÀS-'EMPIEE^ /^'j'f
noîr^ , il commença par s'insinuer dans les bonne? grâces du jeune prince ; et quoiqu'il eût été un des plus zélés partisans de l'usurpa teui* , quoique, selon quelques historieus, il eût même été éraplôîpë à crever les yeu3^ à Isâac« cependant Alexis ,'plds aveugle qde son père, le mit au nombre de ses amis , et dodn^ toute sa confiance à ce perfide. Il Tbonora de la charge de protovëstiaire , i^ne des premières dignités de l^eropire. MurzupMe usa de tout son pouvoir pour faire aux Latins tout le mal dont il étoit capable. Son dessein étoit de se rendre pai' ce moyen encore plus agréable au peuple , et de Tenga* ger à se défaire de ses deux faiitâmes d'eihpereurs pour le mettre à leui* place. Ây^nt rassemblé ses amb et quelques soldats dévoilés à ses volontés , il sort un jour dé la ville , et va tomber sur un corps dé François qui s'étoient avancés jusqu'à la pointe du golfe. Il espéroit ^ par cet exemple de hardiesse , entraîner après lui \e^ gens de guerre , et peut-être même déterminer les empereurs à lui envoyer du secours. Il fut trompé dans ses espérances. Les empereurs firent arrêter aux portes ceux i^ui vouloient courir à sa suite; et les François le reçurent si mal, qu'aprèsf avoir perdu la plus grande partie de sonr' escorte ,«1 eut lui-niême beaucoup de peine à se sauver^ Etant entré dans Gonstantinojple, et né trouvant plus-p^sr* sonne qui voulût le seconder pour aller attaquer les La-^ lins, il se mit à travailler sourdement à soulever le peuple.
L'année étoit écoulée, et la recette des revenus dé Ak. l'aoii Témpire étant achevée, les empereiirs'devoient être exk état d'acquiiter leur dette. Les croisés , voyant approcher le terme de leur départ , redôubloient leurs instances. On les aniusoit par dé petits paienvens'et d6 grandes promesses^. Le marquis; Broniface,- à qui' la parenté et la reconnoissance devoierlt' dënner le plus grand crédit, ^ pressoit vivement Alexis f- il h nof^açoitrâême des suites' ^nestes que pburroièfit avoir son infidélité et l'impa-^' jJ^HÉnc^ des croisés. Le prince prétoit plus volontiers'iW
4^8 HISTOlkE D0 BAS-EÏIPIRt.
reille aux conseils de Murznpfale, qui ne cherdhoit qti*â ie mettre aux prises avec les Latins. Fatigués enfin de tant de remises, les croisés se déterminèrent à faire signifier au jeune empereur qu'il eût' à payer sur-le-champ, oo qu'on lui déclaroit la guerre. On choisit poitr cette commission Conon de Béthune, Geoffroi de Villehardouin, Miles de Braibans^ et trois seigneurs vénitiens, lia partirent aussitôt , non sans crainte d'être arrêtés et peut-être maltraités en chemin. Arrivés an palais de Blaquemes , ils y trouvèrent les deux empereurs , rim-^ J>ératrice , et grand nombre de courtisans assemblés. . Conon de Béihune , Torateur des croisés i adressant la parole au vieil empereur, s'exprima en ces termes; « Sire i les barons et le doge vous parlent aujourd'hui « par ma bouche. Vous savez les services qu'ils vous ont « rendus , et personne ne les ignore. Vous vous êtes eiï- « gagé par serment, vous et votre fils ^ à leur enlénioî- « gner votre reconnoissance. Ils en ont la promesse i « scellée de votre sceau; il semble qtie voti^ l'ayez ou- ! * bliée. Ils vous l'ont ^rappelée plusieurs fois, et noof •« vous la rappelons encore aujourd'hui en présence clé «« votre cour. Si vous l'exécutez , vous ferez justice, et « nous serons en paix. Sinon , sachez que nos barons « ne vous tiendront plus ni pour empereur ni pour « ami , mais qu'ils se feront raison par toutes les voies « qu'ils pourront aviser. C'est ce qu'ils vous signifient i ^ aujourd'hui avec franchise. Ils ne savent point user de « surprise, ni faire la guerre sans l'avoir déclarée. Tel <« est le sujet de notre ambassade. C'est à vous , Sire, \ « à prendre tel parti qu'il vous plaira. » Un défi si hafdi j fit pâlir toute l'assemblée. Peu accoutumés à la liberté \ françoise , les Grecs en furent étrangement surpris, et } le tinrent à grand outrage. Il s'éleva un murmure con- ■ fus ; se regardant les uns les autres : jamais , disoîent- ' ils, personne n'avoît eu l'audace tle défier en face l'em* pcreur de Constantinople. L'indignation montoît a» *
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visage d'Alexis , et se rëpandoit comme un sombré nuage sur toute rassemblée. Avant que l'orage éclatât, "les députés partirent ; et , étant promptement remonté» à cheval, ils ne se crurent en sûreté que lorsqu'ils furent hors de la ville. Leur rapport acheva de déterminer les croisés, et dès ce jour la guerre commença entre les François etlesOrec^. Ce ne fut plus qu'hostilités de part et d'autre. Partout où les deux iiations se rencontroient^ tant sur mer que sur terre, on en venoit aux mains ^ et les Grecs étoient toujours battus.
Pour suppléer au courage, ils s'avisèrent d'un stratagème qui devoit faire périr la flotte des croisés. Ils remplirent de matières combustibles dix -sept grands vaisseaux , et attendirent un vent propre à les pousser au rivage de Galata. Le vent de midi s'étant levé au milieu d'une nuit, ils mirent le feu à ces brûlots, et les laissèrent aller au gré du vent vers la flotte latine. A l'approche d'un si furieux incendie^ on eût dit que toutef la ville embrasée venoit heurter la flotte pour la réduiref en cendres. Uo grand cri s'élève dans le camp, on conrt aux armes. Les Vénitiens , plus exercés aux opérations de.niarine , se jettent dans leurs chaloupes ; ils vont , avet autant d'intrépidité que d'adresse , accrocher les brûlots ; et les remorquant à force de rames jusqu'à la l'entréer iki canal, ils les abandonnent au gré des vagues , qui les emportent au courant. Toute la ville étoit accourue att hqwd de la mer ; tout retentissoit de cris. Les babïtans ^ pleins d'ardeur et d'inquiétude, exprimoient par les averses inflexions de leurs corps les mouvemens et les divers accidens de leurs navires. Plusieurs se jetoienf ■jjltnfi dfit birqnr^ , et allôient tirer sur les Vénitiens pour leor faire quitter prise ; ils en blessèrent un grand ùotùt- ^n. Pendant ce même temps la cavalerie latine étoil ^uiftie en bataille , dans la crainte que les Grecs ne pro&-< I:as0ënt de cette alarme pour venir les attaquer du c6t# tte la terre. Elle se tint sous les armes jusqu'au }our , qp^
48à HISTOIRE t)Ù BÀS-EMPIRlf.
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les brûlots furent tous écartés, et allèrent se conslimer dans la Propoutide. Les Latins ne perdirent qu'un vaisseau pisan rempli de marchandises qui furent la proie des flammes. Ils rendirent* grâces à Dieu de les avoir sauvés d'un si gfrand désastre / qMÏ aurott infailliblement entraîné leur pferte.
Alexis n'avoit pas moins a craindre de ses sujets que! des croisés; et c'étoit moins par haine contre ceux-ci que pour satisfaire le peuplie de Constantinople qu'il avoît entrepris de brûler la flotte, à laquelle ce prince ingrat dévoil son retour et son rétah!i.>sriiieut. Dans la perplexité ou il se trouvoit, ?J (vi\ tenté dé »e réconcilier avec les croisés. Il leur liëputa lé traître Murzuphle, dotïï les p^erfides conseils étoient la cause de tous les malheurs. Il leur faîsoit dîré que c'étbît malgré lur qu'on exerçoil contre eux des actes d'hostilité ; que, pour lui , il les honoroit, il les aimoit toujours eoraroe ses libérateurs; mais qu'ils sa votent que le peuple étoit une bêteféçoce, bieii difficile à apprivoiser : que c'étoit le peuple qui leur faisoit la guerre, qui lui refiisoit l'argent nécessaire pour s'acquitter à leur égard : que, pour achever de remplir ses cngagemens, et se mettre lui* |^ même en sûreté à l'abri de leur protection , il leur ou- ■ vriroit Je palais de Blaquernes, où ils meltroient garni- * son, et tiendroient en bride toute la ville. Pour gage î^ de sa sincérité, il leur donqoit son serment, et pour •' otages plusieurs seigneurs de sa cour. Les chevaliers, ''^ pleins dé franchisé, acceptèrent des offres si av,inta- ; ' geuses. Dès le lenderriain matin le marquis de Mool- ^ ferrât , suivi d'un nombre de soldats qui dévoient composer la garnison , alla se présenter à là porte Ai • Blaquernes sans bruit , pour ne pas alarmer les habitans. Il attendoif qu'on lui ouvrît secrètement, coraiDC-^ on l'avoit promi», lorsqu'illui vint un message de fem'* pereur qui lui faisoit des excuses, et lui maudoit qu«/J-' l*ehtreprise ayant été découvcrlCj le peuple, soulW -
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intre lui , ne lui permettoît pds de Texécater. Il fallut îtourner au camp , et Ton garda les otages que ce prince tns honneur ne songea pas même à redemander. Celit le 25 janvier.
Tout Constantinople ëtoit en alarme. Murzuphle, busant de la confiance de T^mpereur pour le perdre, iroit eu soin de répandre dans la ville , par ses émislires, le dessein formé de livrer aux François la forteîsse de ^laquernes , et le peuplé , outré de colère , s'emortoit en injures contre Alexis. On le traitoit en face B traître , de parjure , d^ennemi de l'empire. On crioit e toutes parts : Alexis n'est qiiun esclave ; il nous lui un maître. Le prince effrayé se renferme dans son alais ; le peuple , à la suite du sénat et du clergé , court Sainte-Sophie. On y délibère sur le choix d'un emerenr. On demande l'avis de Nicétas; c'est l'écrivain lême qui nous a laissé l'histoire de ces temps malheueux ; il réunissoit sur sa tête les premières dignités de empire. Ce judicieux magistrat, quoique peu court!an, fit cependant ses efforts pour calmer la sédition. Qu'allez -vous faire (s'écrioit- il) ? Vous venez de ' rendre la couronne au père ; vou^ l'avez mise encore sur . la tête du fils , et vous voulez maintenant l'arracher à tous les deux. Je ne parle ni de la justice , ni de la honte dont vous couvrira votre inconstance. Considérons seulement notre propre sûreté. Quel que soit l'erap^eur que vous choisirez, pensez que l'armée des Latins est à vos portes. .Croyez-vous qu'ils verront tranquillement détruire leur ouvrage? Ils pren- ! dront les armes, ils viendront attaqvier sur le trône : même le malheureux fantôme que vous y aurez placé, t Avez-vous assez de forces pour défendre votre choix ? c Juçez du succès par les maux que vous avez soufferts , c et que voiïs souffrez encore ». Le peuple, qui n'écoute {ue ses passions , l'interrompit par ses cris : Nous ne voulons plus de la race des Anges ! tyrans de leur pa^
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48fi HISTOIRE DV BA8-E1IPIRE. |
trù\ vendus à nos ennemis. Nous ne sortirons pas d'ici que nous n'ayons un nouveau maître. Oq cherche donc un empereur. On fait passer en revue les noms les plus distingués : ceux que les uns proposent sont rejetés par les autres. Aucun des seigneurs ne peut réunir les suffrages. On jette les yeux sur les sénateurs ; plusieurs d'entre eux avoient leurs partisans qui leur offroient le diadème. Sur leur refus on usoit de violence, et , Tépée sur la gorge ou vouloit forcer leur cpnsentement ; mais la crainte de la mort n'étoit pas assez forte pour faire accepter ce présent funeste » que l'ambition a M souvent recherché au péril de sa vie. La couronne étoit devenue un fer ardent jeté au pied de tout le monde , auquel personne n'osoit toucher. Dans cet embarras on engagea enfin le peuple à ]*emettre la délibération , et trois jours après il se trouva un homme pins foible que hardi, qui se laissa nommer empereur; c'étoit un jeune imprudent, de famille noble, nommé Nicolas Canabe.
Alexis, informé de ces troubles, ne savoit à qui avoir recours. Toujours trompé par Murzuphie, il Tenvoie de nouveau au camp des croisés pour implorer leur assistance. Le traître se jette aux pieds du marquis de Montferrat , et l'amène secrètement au palais. Dans cette triste entrevue, on ne trouve d'autre ressource que de faire entrer les François dans le palais de Blaquernes pour défendre l'empereur contre la fureur du peuple. Boniface retourne au camp pour en amener des troupes. Murzuphle, de son côté , instruit le peuple de ce nouveau complot, il rassemble toute la famille des Ducas; il gagne par argent l'eunuque Constantin, toujours prêt à se vendre. Par son moyen, il se rend maître des Varangues , gardes-du-corps de l'empereur. Il avertit te habitans que les Latins doivent s'introduire la nuit suivante ; qu'ils aient à faire bonne garde , et qu'ils loi labsent le soin du reste. La nuit venue, il se rend'
appartement d'Alexis , dont rentrée étoit toujours ouerte au protovestiaire ; et le trouvant endormi : Levez- *ous , prince , lui crie - 1 - il d'une voix tremblante , omme s'il eût été dans le plus grand effroi ; saucez 9oire vie : le peuple , les seigneurs , les Varangues sont \ voire porte ; ils ont appris que vous appelez les Lains ; ils vont fondre ici et vous égorger. Alexis, plus aortx]ue vif, se jettes entre ses bras comme dans son uoique asile : le perfide l'enveloppe dans une robe de ihambre et le conduit par une porte dérobée dans un abinet écarté , où il étoit attendu par une troupe de atellites. On met Alexis dans les fers ; on le jette dans la horrible cachot. Isaac étoit alors malade au lit. Â :etteaffreuse nouvelle, il est saisi d'un tremblement soulaio, qui sb termine par. l'agonie. Il étoit dans sa cinquantième année; et ce prince infortuné , plus heureux dans sa disgrâce qu'il ne le fut ensuite sur le trône , leitibla n'être sorti de prison que pour périr au grand jour.
Hhs le matin Murzuphle assemble le peuple : il rend UHDpte de ce qu'il a fait;, qu'il a prévenu t irruption des Latins ; quHl a écarté le traître qui açoit conjuré %çec eux la perte de la ville ; qu'a présent le peuple est te maître de choisir un empereur, de le couronner , de Vopposer aux barbares ; que c'est a eux d'achever l'ou- \irage qu'ils n'ont fait qu^ ébaucher au milieu du tu- ' mulU ; que, pour lui, il y a long-temps qu'il a voué ses sen^ices à la patrie ; qtiils'y dévoue encore par un nou- \?eau serment, et qu^il est prêt h verser tout son sang pour elle ; qu'elle n'a qu'à hi assigner le poste qu'il doit remplir. On applaudit à ce généreux sacrifice. Les uns «zomlpnt qu'on lui confie la garde de Ih ville ; les autres km nuimnandement de l'armée; la plupart Te demandent pour souverain ; c'étoit le prix qu'il attendoil de ses forfaits. Enfin presque toutes les voix se réunissent à le proclamer empereur. Quelques-uns cependant tien-
« Jurées. Des scélérats , des parricides , des rebeOei à « Dien et aux hommes 9 c^est justice, c'est piété même (( de les exterminer. Ils ont perdu tous les droits de «t l'humanité : leurs terres , leurs possessions , leur lie « mêmci appartiennent aux exécuteurs de la vengeance « divine. Prenez les armes , et croyez ique le so#reniin <c pontife vous accorde pour cette guéirre religieuse les* « mêmes indffigences que pour combattre les infidèles. » Ces discours , conformes aux maximes reçues en ces temps - là , embrasoient les croisés ; ils ^se dbposent à attaquer de nouveau Constantinople. Murzuphie, ne pouvant plus tenir secrète la mort d'Alexis, voulut do moins persuader qu'il n'y avoit point de part. Il lui fit .de magnifiques funérailles. Alexis fut enterré dans l'église dès Apôtres avec toute la pompe accoutumée dam les obsèques des empereurs.
La guerre étant inévitable , il falloit songer à la défense , et la principale consistoit dans le zèle et l'attachement du peuple. Murzuphie s'en fit aimer par une familiarité grossière , par des bravades , par une affectation de justice» de tempérance, de courage infatigable. Toujours une massue de fer à la main , c'étoit , disoit-il , de quoi écraser cette poignée de lâches ennemis. Mais, de tous ses parens, il n'avoit pour lui que Philocale, son beau - père. Les autres , qui en effet ne méritoient aucune estime , gens sans honneur et perdus de débauche , ne pouvoieut souffrir sa dureté et sa rudesse, qui s'annonçoit par le ton même de sa voix. Il coniptoit beaucoup surJes conseils de Philocale, aussi méchant que lui , et plus habile. Pour le mettre à la tête des affaires, il dépouilla de toute dignité Nicétas, grand logothète, quoiqu'il n'eût rien à lui reprocher que sa vertu , et mit Philocale à sa place. Celui-ci, pour n'avoir à parler qu'à son gendre et n'être pas contredit dans le conseil, feignit d'être tourmenté de la goutte, et ne sortoit pas de son lit. Le trésor public étoit vide;
en inquiétude les croises, sans leur causer aucun doromage. Les généraux Jiatins qc #'fsndormoient pas; ils s'avançoient jusqu'à la porte de Blaquernes sous Tétendard de la croix , et de là les soldats, les valets même 'de Tarmée défiolent les Grecs par des railleries. Il arrivoit quelquefois que les officiers grecs , piqués de ces insultes et honteux de leur poltronnerie, sortoient avec lenrs troupes; mais, toujours battus et repoussés , ils rentroient bientôt dans la ville en moindre nombre qu^ils n'en étoient sortis. Pour ne pas perdre le temps en ces petits combats de peu d'effet, Henri de Hainaut, frère de Baudouin , entreprit uiH expédition plus importante. Il prît avec lui Jacques d'Avesnes , Baudouin de Sauvais, Eudes et Guillaume de Champlite, avec environ mille soldats; et, étant parti sur le soir, après avoir marché toute k nuit, il se trouva le matin aux pieds des murs de PWllée, ville située sur le Pont-Euxio à l'endroit où se terminoit la longue muraille bâtie sous l'empire d'Anastase. C'étoit l'ancienne Phinopolis , célèbre dans les temps fabuleux par le palais de Phinée, qui reçut chez lui Jâson et les Argonautes. Les habitans, quoique surpris , se défendirent pendant quelques heures avec assez de courage; mais ils furent enfin forcés par escalade, et la ville fut saccagée. Le pillage dura trois jours. On y enleva quantité d'or, d'argent, de bétail et de prisonniers, qu'on envoya par mer au camp des croisés. Les vainqueurs , débarrassés de ce butin , se mirent en marche pour le retour. Cependant Murzuphle , informé de cette excursion , 'sortit pendant la nuit de Constanlinople avec une troupe beaucoup plus nombreuse , et alla se poster en embuscade sur le chemin. Les Latins, croyant n'avoir rien à craindre, marchoient sans ordre et sans précaution. Les Grecs les laissent passer et se tiennent couverts, jusqu'à ce qu'ils aperçoivent Henri , qui fermoit l'arrière-garde. ils sortent alors de l'embuscade, et chargent avec vivacité la petite
armée à l'entrée d'une forêt. Les Latins, sans s'effrayer, se mettent en ordre en un moment et font volte-face ; le combat s'échauffe et devient furieux. Les Grecs , qui s^attendoient à une prompte déroute, perdent peu à peu courage. Henri et les autres capitaines n'en veulent qu'à Murzuphie; ils ne cherchent que lui. Peu s'en fallqt qu'il ne fût pris; il n'échappa que par la vitesse de son cheval , laissant sur le champ de bataille son bouclier , ses armes, et grand nombre de ses gens , entre lesquels étoient vingt officiers de la première distinction. Mais la perte la plus sensible aux Crrecs fut l'étendard impérial : c'étoit une image célèbre de la sainte Vierge, que les empereurs ne faisoient porter devant eux que dans les occasions périlleuses. Baudouin , dans sa lettre aa pape , dit qu'on en fit présent à l'ordre de Citeaux : Rhamnusio prétend qu'elle fut transportée à Venise , et que c'est elle qu'on expose à la vénération des fidèles dans l'église de Saint-Marc, les jours de fête de la sainte Vierge.
Malgré^es grands préparatifs de Murzuphle, il n'igQoroit pas combien il devoit peu compter sur le courage de ses sujets , et ce qu'il avoit à craindre de celui ' des ennemis. Il tenta ^onc un accommodement , et envoya demander aux princes une entrevue. Tous rejetoient la proposition avec horreur; c'étoit, disoientils, se déshonorer que de traiter avec ce monstre exé- , érable. Dandolo fut d'un autre jvis ; il représenta qu'il falloit sacrifier à l'utilité publique les plus justes répugnances , et voir si l'on pouvoit se procurer la paix en conservant l'honneur de Dieu et des croisés. Il se chargea ^ui-nrême de la négociation ; et de l'aveu des barons il se rendit sur sa galère à la pointe du golfe. Murzuphle y vînt à cheval. Le doge lui reprocha d'abord son horrible parricide, et lui déclara qull seroit très-difficîle d'engager les Latins à prendre aucune confiance dans un homme qui , au mépris des lois divines ethumaim,
49^ HISTOIRE DU BÀS-EMPIRB.
a voit , par la plus cnielle perfidie, trempé ses mains dans^
le sang de son prince. Murzuphie essayoit en vain de se
justifier par des réponses artificieuses , que Dandolo
détruisoit d'un seul mot. On en vint enfin à traiter de$
conditions de paix. Le doge demandoit cinq mille livres
dW payables sur-le-champ: de plus , qu41 aidât les
croisés à la conquête de la Terre-sainte , conformément
à la promesse qu'en avoit donnée Alexis, et qu'il jurât
de nouveau obéissance à l'église romaine. Murzuphie
consentoit à tout, excepté an dernier article : il protes-
toit qu'il se laisseroit hacher en pièces^, qu'il s'enseve-
liroit lui et tous les Greës sous les ruines de l'empire,
plutôt que de soumettre J'église d'Orient au pontife
romain. Son opiniâtreté étant invincible , les deux
princes se séparèrent, déterminés de part et d'autre à
en venir aux extrémités.
ruiehard. On travailloit de part et d'autre depuis trois moiSf
1*36 *" ^èi '^^ habitans à se fortifier , les Latins à se mettre en étal
Du Çange, d'attaquer avec succès. Déjà le tillac des vaisseaux étoit
Murz.c.2, couvert d'échelles , de batistes, de monceauxjie pierres
StatiTcoim, ^^ ^^ javelots. Au haut des mâts étoient suspendus ces
à c. 1 ad 6^ ponts hardis qui n'attendoient que le moment de s'élever
4. * ^ en l'air et de porter sur les mitrailles le fer et la mort.
^^Hen'lT^l ^^ printemps commençoit , et il étoit temps de terminer
2,c. 20. une guerre qui suspendoit l'exécution de la principale '
jvrtrMi,<?.i! entreprise. On assembla le conseil pour prendre une
?"'^^*^''"^- dernière résolution. Quelques barons pensoient quon
chron. Cas- ne fouvoit SOUS témérité attaquer as^ec si peu de troupis
ciiron. Lu- ^'^^ ^'^'^ devenue imprenable par tant de noui^eaux
^^' jj ouvrages ; qu'à la tête d'un million dhabilans éloil
pevg, maintenant un chef plus vaillant et plus habile qu'A-
ChrofuSti. ^^-^'^ / 9'^^ l' Unique moyen de s'en rendre maîtres étoit
Anioru (Jg Iq réduire par famine , en ravageant les campagnes
Monté. et lui enlevant les places d'alentour qui lui procuraient
sius. L?"'^ '^ subsistance , et dont il seroit facile de s'emparer. Mais
Sabellic. L \^ autrcs s'tîcrioîcnt que le retardement était plus f*
sin.
HISTOIRE BU BÀS*£MPIRE. 49*
^^ que toutes les forces des assiégés ; que moins Odor.Retyn. restoit de soldats y moins ils en avoimt h perdre, L^i^^Ti^^. r les chicanes cPun loriff siéffe en diminueroit J^^ ^^S^* rs te nombre ; que , sans une flotte immense, i/aoe. mpossible d'affamer une ville environnée de trois conn'^^^^' Pourquoi d'ailleurs désespérer de prendre une ^^^f^^^^*^' ju'on avoit déjà prise une fois ? que le souvenir du premier succès servirait les vainqueurs mieux utes les machines de guerre, et ôteroit aux vaincus fiance que pouvaient leur inspirer leurs nouveaux 'atifs. Cet avis remporta, et, tout étant prêt pour ' en action , on fixa Tattaque au neuvième d^avril , edi avant le dimanche de la Passion, ne doutoit pas du succès; et, pour prévenir les ies et les querelles que pourroit faire naître entre inqueurs le partage d^une sî riche conquête , ils con- 3t entre eux des articles sûivans. « i^ Après que, le secours de Dieu , la ville sera réduite au pouvoir croisés , tons obéiront sans réserve aux coramans , qui seront choisis par le suffrage commun des nçois et des Vénitiens. » Sous le nom de François it compris tous ceux qui composoient Tarmée des s, de quelque nation qu'ils fussent, excepté les iens. '< 2.** Tout le^butin troi^é dans la ville prise , juelque nature qu'il soit , sera fidèlement portç s le lieu marqué pour le recevoir , sans qu'il soit mis à personne d'en détourner aucune partie. 3.° Les mçois et les Vénitiens partageront le butin par por- 1 égaliiS Les François paieront sur leur part aux litiens le reste de ce qu'ils leur doivent pour le er de leurs vaisseaux. 4»® Le blé et les autres subances seront déposés en magasin , moitié pour les mçois , moitié pour les Vénitiens , et leur seront lartis pour leur nourriture journalière tout leteibps ils resteront ensemble. S'il s'en trouve de reste à r séparation , on leur en tiendra compte. 5.° Les
49^ HISTOIRE DU BÀS-EMPI&E.
« Vénitiens, dans toute Tëtendue de rempire, conser- « veront les titres , honneurs , privilèges dont ils jotiis- « sent dans leur pays, tant pour le spirituel que pour tt le temporel; ils seront gouvernés selon leurs lois et « leurs coutumes, tant écrites que non écrites. 6.° Pour « donner un nouvel empereur à Constantinople , on « nommera , par le suffrage commun de toute Farinée i « six électeurs François et autant de vénitiens, qui choi- « siront dans Tarmée ou dans la flotte celui qu'ils jute geront le plus capable de rétablir , gouverner, défendre « l'état, et d'y maintenir la piété envers Dieu, l'obéis- « sance. à la sainte église romaine , et la dignité de « l'empire. Celui qui sera élu par la pluralité sera « connu pour empereur par tous les croisés. S'il arrivoit « que les François en nommassent un et les Yénitiem « un autre, le sort en décideroit. 7.® L'empereur possé- « dera en domaine le quart de la conquête , avec les deux » palais de 9ucoléon et de Blaquernes. S.*' Le clergé de* » la nation qui n'aura pas eu l'honneur de donner l'em- « pereur donnera le patriarche, et celui-ci sera mis « en possession de l'église de Sainte-Sophie , et disposera « de radmînistration de cette église. 9.° Les ecclésiasli- « ques des deux nations auront le gouvernement des « églises comprises dans les terres échues en partage à «« leur nation. On leuf assignera , sur les revenus de ces - « églises, les fonds nécessaires pour une subsistance hon- K nête, pour reiilretien des églises, et pour les dépends « convenables au culte divin. io.° Les François et les « Vénitiens s'engageront par serment à denjieiirer pen- « dantun an , à commepcer du dernier jour du présent « mois de mars, au service de l'empereur età lui ren- « dre respect et obéissance. ii.° Ceux qui s'établiront sur « les terres de l'empire prêteront foi et hommage i « l'empereur selon la coutuoïe; ils jureront de s'en te- « nir au partage qui sera fait de la conquête, et de ne « s'en jamais départir. 12.° On choisira entre les Fran-
UISTOIRE DU BÀS-EMBIRE. 49^
« çoû et les Vénitiens douze commissaires ou davantage, « qui, après avoir pr^té serment, distribueront selon « leur conscience , à la pluralité des voix, les fiefs, char- « ges et dignités , comme aussi détermineront les devoirs « et services auxquels les François et les Yéuitieus seront « tenus envers l'empereur et l'empire; ils mettront les « feudataires et les vassaux en pleine jouissance de leurs « fiefs, charges et dignités, avec pouvoir de les trans* «< mettre à perpétuité à leurs héritiers mâles ou femelles, « et d'en disposer à leur volonté , sauf les droits de « Tempereur et de l'empire toujours réservés. i3.° Hors « les redevances et les services auxquels les vassaux et les « feudataires seront obligés par la condition de leurs « fiefs, l'empereur demeurera chargé de tout le reste pour « la sâreté et l'utilité de renupire. i4*" On ne recevra sur « les terres de l'empire aucune personne des nations « qui seront en guerre avec les François ou les Vénitiens, « tant qjie cette guerre durera. i5.<* Les François et les •f Vénitiens emploieront leur crédit auprès du pape pour « rengager à confirmer les présentes conventions el à pro* « nonq^r l'excommunication contre ceux qui les viole- « roieut ou refusÀroient de s'y soumettre. i6.® L'empe- « reur jurera d'observer, faire exécuter et maintenir « inviolablement les partages, collations et règlemens « ci-dessus exprimés. S'il se trouve quelque chose soit « à ajouter , soit à retrancher , la décision en appartien- « dra aux douze commissaires f rançois et vénitiens , « assistés du marquis de Montferrat et de six conseillers ic de sa nomination. 17.® Le doge, par un honneur par- < iicalier qu'on défère à sa personne , ne sera point tenu m de prêter serment à Pempire ni à l'empereur pour les m services ou devoirs des fiefs ou dignités dont il sera « revêtu ; privilège qui lui sera personnel , et ne s'éten- « dra pas à ceux auxquels passeront ensuite ses fiefs et « dignités. » Telles furent les conditions arrêtées entre
494 UISTOIRE DU BÀS-£MPia£.
les croisés , dans le camp devant Constantinople , an mois i(
de mars 1204. t
Après qu'elles eurent été confirmées par serment , ils jj procédèrent à l'exécution. Comme on vouloit n'attaquer ^ fa ville que par mer , toutes les troupes se réunira au f, bord du golfe. On transporta dans les vaisseaux les ar- ^^ mes» les vivres, les chevaux, les équipages; enfin toute j| l'armée s'embarqua le 8 avril. On divisa d'abord la flotte en autant d'escadres qu'il y avoit dans l'armée de dîfférens corps; on les aligna ensuite à peu de distance l'ane de l'autre , la proue tournée vers les murailles. La ville et la flotte se donnoient mutuellement un spectacle aussi | beau que formidable. D'un côté , tant de navires rangés sur la même ligne , chargés de machines et de guerriers, dont les armes étincelantesjançoient des éclairs et me- <. naçoient de la foudre, couvroient la mer dans l'étendue d'une demi-lieue. De l'autre , de hautes murailles, hérissées de lances et de javelots , bordées de J>alistes , ^ de catapultes, de bouches d'airain prêtes ^ vomir le fea grégeois , couronnées de tours prodigieusement exhaussées , et garnies de tout ce qu'un art homicide a yivsnté pour la perte des assaillans, sembloient défier les croisés et leur préparer une tempête plus terrible que celles de la mer. Mais les croisés ne craignoient que la hoote d'une défaite; et les Grecs, quoique moins généreux, aimoient mieux cependant périr avec honneur sur leurs murailles que d'être égorgés dans leur ville avec leurs femmes et leurs enfans. Le neuvième d'avril, au point du jour , toute la flotte ensemble leva l'ancre et eut bientôt traversé la largeur du golfe. Les uns sautent à terre , plantent les échelles au pied du mur, et inonteoi à l'assaut, malgré tout le fracas qui fond sur ïeurs têtes. Les autres, sur les vaisseaux , mettent en mouvemeol toutes leurs machines pour abattre les défenseurs; ils dressent et font tomber sur les murs leurs ponts-levis ,
ni portent les iassailiaos sur les courtines , où Ton se bat coups de main. Murzuphle avoit fait planter sur une Qtiinence dans la ville une tente d'écarlate, d'où ilcoodéroii Faction et aninioit les soldats par ses regards et ar ses înonvemens. L'acharnement étoit égal de part et 'antre; mais la hauteur des tours, d'où il toniboitsans scse sur les croises une pluie de feu , de pierres , de ivdots, donnoit aux Grecs un terrible avantage; et uniHe on combattoit en plus de cent lieux différens , t 4}Uje le nombre des assiégiés étoit infiniment supéïCOT y les nuées de traits qui partoient continuellement rëcipitoient du haut des échelles et des ponts-levis les 1ns hardis des assaillans , les uns morts, les autres blesis. L'attaque dura jusqu'à midi sam ralentir le courage es soldats croisés. Mais les capitaines, qui couroient isque de* perdre toute leur armée ^ ayant même déjà lerdu plusieurs de leurs machines, que le feu grégeois voit réduites en cendres , donnèrent à grand regret le ignal de la retraite, et les soldats, ressentant plus vî~ ement la honte et le désespoir que la fatigue et les blés- * ures, remontèrent dans les vaisseaux avec beaucoup de précipitation , et encore plus de danger , étant accablés ['une grêle de traits jusqu'à ce qu'ils fussent hors d'inalte. Cette journée fut plus meurtrière pour les croisés |De pour les Grecs , à qui cet avantage causa une exréme joie. Les vaisseaux se retirèrent , les uns hors de a portée des traits, les autres encore assez près, pour idresser aux murailles et en recevoir les coups de pier- -iers et de mangonneaux.
Sur le soir, les principaux capitaines s'assemblèrent iasks une église voisine pour délibérer sur le parti qu'ils dévoient prendre. Tous et oient également consternés de L'échec qu'ils venoient de recevoir ; mais les avis étoient BiSerens: les uns vouloient qu'on changeât l'attaque ait qu'on allât assaillir la ville par le bord die la Propon- Ljide, où la muraille étoit plus basse et sans aucun nôu-
vel ouvrage , parce que les Grecs ne s'étoîent pas attendus à être attaqués de ce côté-là. Les yénitîens, qui connoissoient mieux cette mer , représentoîent que le fond n'étoit pas tenable , et que , malgré les ancres , les vaisseaux seroient emportés dans THellespont par les courans. Cette raison n'arrétoit pas plusieurs capitaines , qui, n'ayant consenti qu'avec peine au siège de Constantinople , et rebutés encore par le mauvais succès de cette Journée , ne demandoient pas mieux que d'être emportés dans l'Archipel et forcés à changer de dessein. Mais les autres, en plus grand nombre, résolus de réparer leur honneur par un nouvel effort, décidèrent qu'on passeroit le lendemain samedi et le dimanche suivant à faire les dispositioq| nécessaires pour un second assaut; que les navires seroient accouplés ensemble deux à deux pour assaillir chaque tour; l'expérience leur ayant fait connoître qu'un navire seul ne suffisoit pas pour Vattaque d^une tour, où se trouvoient beaucoup plus de défenseurs que le navire ne portoit d'assaillans. Ces mesures prises, on attendit le lundi pour retourner à Tassant.
Dès le matin de ce jour, la trompette annonça sur la flotte le commencement de Tattaque. Les deux partis n'étoient pas exempts de quelque sentiment de crainte. D'un côté la fatigue du combat précédent et l'invinciblt opiniâtreté des croisés ébranloient le courage des Grecs; de l'autre, l'échec déjà essuyé faisoit respecter aux Latins ces terribles murailles et ces défenses menaçantes qui les avoient repoussés. Pour renouveler leur ardeur, oa fit crier par un héraut que le premier qui monteroitsur le mur auroit cent marcs d'argent pour récompense. Aussitôt les vaisseaux, joints deux à deux, s'avancent rapidement sur la même ligne , et chaque couple s'attache à une tour. Les pierres partent des balistes; les ponts- j levis s'abattent, et sont bientôt couverts d'une foule de^^ gfterriers; les échelles , plantées au pied des murs, $0»**^
lin Instant chargées de soldats, qui montent à la file ("empressent de gagner les créneaux. Du haut des rs et des courtines tombent de toute part , et de la in méme'des femmes, auxquelles la peur tient lieu courage , des pierres , des pièces de bois , des masses toute espèce , des flots de feu grégeois ; et cet affreux ige renverse , fracasse , écrase les uns , tandis que les res périssent environnés de flammes que rien ne peut indre. Les capitaines animent, encouragent, pressent
corabattans et de la voix et de l'exemple. Il étoit a midi, et les Grecs avolent l'avantage, lorsqu'un it de nord se lève pendant ce furieux combat, et usse près du mur deux vaisseaux liés ensemble . nom- ^s la pèlerine et le paradis , que montoîent les evêques
Soissons et de Troyes. A peine l'échelle élevée sur la me de la pèlerine est appliquée contre le mur, qu'on it déjà au haut de la tour un François nommé André (Jrboîse , et Pierre Alberli, Vénitien , qui sont suivis une foule de leurs camarades. Les Grecs qui la défendent sont massacrés %\ se précipitent eux-mêmes. Le ave Alberti, couvert degloire,^st tué par un François li le prend pour un Grec, et qui, reconnoissant son erur, alloit se tuer lui-même, si l'on n'eût arrêté son fsespoir. Les drapeaux des deux évêques sont les preliers plantés sur la muraille. A ce signal le reste de la otte s'embrase d'une nouvelle ar^ur ; c'est à qui saura le premier sur le bord et montera à Tescalade. On >nverse les défenseurs; en un moment on se saisit de aatre autres tours , d'où l'on saute dans la ville. Les éliers au-dehors frappent et abattent trois portes. Toute armée entre à grands flots , et avec elle la terreur et le arnage. Un seul ennemi met mille Grecs en fuite. Ihaque croisé est un lion qui, de ses seuls regards, chasse avant lui un troupeau de cerfs. Murzuphle sembloit ésolu à tenir ferme et à mourir les armes à«la main, îa garde, rangée^ devant sa tente, lui.formoit une barrière.
IlïST. DC BAS-EMP. TOM. IX. 52
La vue de Pierre de Bracheiix , chevalier du BeauvaisiSf guerrier de haute taille et que l'épouvante représentoit aux Grecs comme uq géant , courant à la tête de sa troupe, effraie et les gardes et Murzuphie; foos prennent la fuite; les uns gagnent la porte de Blaquernes; les autres dispersés se sauvent avec Murzuphie par divers chemins au palais de Bncoléon^ où ils se barricadent comme dans une citadelle.
Les rues de Con^tantinople, quoique fort larges , ne Tetoîent pas assez pour donner passage aux fuyards. Quelques-uns, ramassant ce qui leur restoit de force et* de courage , résistoient encore et disputoient leur vie. Cependant le massacre ne fut pas aussi grand que Tanimosilf des vainqueurs devoit le faire craindre, et Ton ne doit pas s'en rapporter sur ce point à la description horrible qu'en ont faite les historiens grecs. Portés de leur nature à l'exagération , ils ne l'ont pas épargnée dans une peinture tracée par la haine et le désespoir. Un écrivain latin , postérieur à ces temps-là , a eu tort de dire, sans doute sur la foi de ces histopiens , qu'avant la prise de Constant inop le les cfoisés étaient des saints, et quaprès la prise ce furent des diables. Ils ne furent jamais ni Ton ni Taulre". Selon les auteurs les plus dignes de <:royance, les prêtres et les moines, qui se t renvoient en grand nombre entre les croisés, travaillèrent avec tant de zèle à calmer la fureur de la victoire, qu'il n'y eut dans la ville que deux mille hommes de tués; encore Je furent-ils presque tous par ces Latins qu'Alexis avoit chassés de Constantinople , comme nous l'avons raconté. On rapporte que les croisés, depuis qu'ils furent entrés dans la ville, ne perdirent qu'un seul homme, qui se tua en tombant dans un fossé avec son cheval. Comme la nuit approchoil, et que les habitans , qui ne s'étoient pas sauvés hoT&des portes, s'étoient renfermés dans leurs maisons, Ja fatigue et la crainte de s'engager dans une Ville immense, dont on ne connoissoit pas les détours.
dëterminèrent les vainqueurs à sonner la retraite , et à se rassembler dans la grande place, où ils tinrent conseil, et résolurent de se loger cette nuit près des murailles et des tours dont ils s'étoient rendus maîtres. A la vue de tant d'églises, de tant de palajs qui sembloient être autant de forteresses , et qui ponvoient être défendus par un peuple innombrable, ils pensoient qu'il faudroit peut-être plus d'un mois pour en être, tranquilles possesseurs.
Selon cette résolution, ils allèrent passer la nuit près des murs. Le comte Baudouin se logea dans les tentes d'écarlate de Murzuphle ; Henri son frère devant le palais deBlaquernes; le marquis de Montferral plus avant dans la ville. Le comte de Blois étoit resté malade dans son vaisseau. Une fièvre opiniâtre, dont il avolt langui pendant tout Thiver, privoit les croisés du secours de ce prince, également estimé pour^sa prudence et pour sa valeur. Tandis que les croisés se reposoient, Murzuphle,
- toprmenté par ses remords, songeoit à se soustraire au ^ traitement qu'il mérilbit. Il assembla auprès de lui ceux '^ qu'il crut attachés à sa personne , sous prétexte d'aller ^' avec eux surprendre les François. Mais au lieu d'exécuter ^ cette action généreuse , il prit les chemins les plus éloî- ^- gnés des quartiers où campoient les croisés , et sortit dé
- ^ Constantinople par la Porte dorée, avec ce qu'il put em- J' porter de plus précieux du palais de Bucoléon. Il emme- ^ ,*noit avec lui Euphrosyne, femme de l'usurpateur Alexis,
-^et sa fille Eudocie , que ce prince , aussi esclave de ses *^^passîons qu'injuste et cruel, avoit épousée pendant le ** '|i*ge, du vivant d'une autre femme, qui n'étoit pas ellev*idême plus légitime, ayant succédé à une première '^'tiicore vivante. Il avoit régné deux mois et quatre jours. "-*^€rand nombre de Grecs se sauvèrent cette nuit , soit par ^ %kier, soît par terre, à l'insu des croisés, qui ne songeoient ^'-«Hn'à leur sûreté. Il survint encore à cette ville infortui5'''ii(!e on accident également fâcheux pour les vainqueurs
500 VI8T0IEE DU BÀS-CKJPIftS.
et pour lés vaineas. Qàelqaes Allemands de Isk tai marqiSis; de Mpotferrat , craignant d'être atta^fiié les Grecs» mirent léTfeu aux maisons d'aientoa jBamroe se communiqua dans une assez grande étei et enleva aux vainqueurs^une partie de leur batiiy, toit le troisième incendie depuis l'arrivée des crou dura toute la nuit et le lendemain jusqu'au soir;c Ion YiHehardoubii ce flëau consuma dans Gonsi nople pltil de maisons qu'il n'y en a voit alors dae trois plus grandes villes de France.
En moins de six mois Constantinople avoit vu empereurs p dont trois avoient perdu la vie , les autres ëtoient fugitiGiyet avoient peu d'espérance de h server. La flamme dévoroh une partie de la ville ^ •
ennemis établis dans Tenceinte . n'attendoient m
|ovir pour la saccager. Cependant , tant est violen aveugle la foreur de Higner, il se trouva des hon assez d&espérément ambitieux pour chercher ei le diadème parmi les cendres de la ville « et pour se puter un malheureux sceptre qaf| failoit arrache des malos d'an ennemi vainqueur. Dès qu'on sut Murzuphle avoit abandonné Constantinople, Théo l)iicas et Théodore Lascaris, tous deux de naîsf illustre, tous deux connus par leur courage , aspin au titre d'empereur. Ils courent avant le jour à Té de Sainte-Sophie; ils y sont s\iivis du patriarche clergé et d'une troupe de peuple. Chacun des deiu vaux fait valoir ses prétentions. On dispute , on bal) les avantages de l'qn et de l'autre; enfin on se de en faveur de Lascaris. Il est proclamé empereur; n par une modestie forcée , il ne veut prendre que le 1 de despote, jusqu'à ce qu'il ait, dit-il , rétabli, affaires de l'empire , et rendu à la couronne impér son ancien lustre. Il en étoit en effet plus capable qo cun autre Grec, si ce miracle eût été possible. Dès q fut élu , il se rendit avec le patriarche dans la gra
HISTOIRE DU BÀS-EMPIRE. 5oi
place; une infinité de peuple s^y assemble autour de hii. « Citoyens ( s'écrîe-t-il ), l'ennemi est sur nos « têtes : nous avons devant les yeux la mort ^ ou , ce qui K est plus affreux encore , un honteux esclavage. Mais « plus le péril est pressant, plus il nous sera glorieux « de nous en délivrer. Comptez le nombre de vos a ennemis, et considérez le vôtre. Une poignée debar- « bares détruira-t-elle un empire établi depuis vingt ^ siècles? C'est la main de Dieu qui les a traînés ici, « qui les a enfermés dans Tenceinte de nos murailles , « comme des bêtes féroces dans un parc où elles doivent « périr. Prenez les armes , tout peut vous en servir , jus- « qu'aux tisons de l'incendia. Si vous êtes Romains, la « victoire sera facile. Et quand il faudroit mourir , ba- « lanceriez-vous de rendfë le dernier soupir entre les «c bras de votre patrie vengée, plutôt que^, lâches déser- « teurs, vous laisser entraîner chargés de fers dans une « terre étrangère? >» Puis se tournant vers les Varangues : « Et vous, braves soldats, gardes fidèles et invin- « cibles de vos princes, suivez-moi au combat. Votre «( salut n'est que dans la victoire. Plus vous êtes redou- K tables, moins vous avez de grâce à espérer. Mais si ■K votre valeur vous met dans un plus grand danger de la «V part de l'ennemi^ elle doit aussi attendre d^votre chef ■r de plus grandes récompenses. » Ses paroles furent interrompues par le son de la trompette qu'on entenâit des :Aivers endroits où campoient les ennemis. Aussitôt les Grrecs, sourds à la voix de l'honneur et n'écoutant que •A crainte, pâles et tremblans , se dispersent comme une r^lée d^oiseaux au bruit des chasseurs.
L^aurore commençoit à poindre , et l'ardeur du pil- B^ge devançoit les ordres des généraux ; les soldats imiRBtiens étoient sous les armes. Accablés de misère et de i^iigue , ce jour alloit les enrichir ; et , déjà frappés de K^odeur du butin de la plus opulente cité de l'univers, Mr n'avoit de peine qu'à les retenir, de peur que, sedisr
persant dans cette vaste étendue pour courir après leur proie 9 ils ne le devinssent eux-mêmes. Les barons , qui conservoient, dansTivresse même de la victoire, les scntimens d'humanité inconnus à la. multitude, firent crier par un héraut qu^on épargnât la vie des habitaus , rhonneur des femmes et des filles : ils abandonnoient le reste aux soldats, en les faisant souvenir qu'ils dévoient , sous peine de la vie , rapporter tout le butin dans un magasin général , d'où ilseroit distribué à chacun dans une proportion équitable. Les évéques ajoutèrent la peine d'excommunication contre quiconque en détourneroit la moindre partie. Pour le dépôt , on assigna trois églises , et on en donna la garde à nn certain nombre de François et de Vénitiens d'une probité reconnue. On étoit près de courir au pillage , lorsque le comte Baudouin vit arriver une troupe de prêtres et de peuple portant des croix , des images de saints et des reliques; ils se prosternoient à ses pieds ^ et, fondant en larmes, demandant grâce de la vie , ils embrassoieot ses genoux et ceux de ses capitaines. Il en ^ut pitié, et les recommanda à ceux qu'il laissoit pour la garde du dépôt. Alors les princes partagèrent à leurs troupes les différens quartiers de la ville. Le marquis de Montferral alla attaquer le palais de Bucoléon. Ceux qui en avoient j la garde , ou qui s'y étoient réfugiés, se rendirent aussitôt, à condition qu'ils auroîent la vie sauve. On y trouva une quantité prodigieuse de toutes les richesses que l'opulence et l'orgueil accumulent dans les demeures des monarques. Il y avoit aussi grand nombre de femmes et j^^ de filles des premières maisons de l'empire , entre lesquelles étoient deux grandes princesses, Agnès , fille de Louis VII, roi de France, mariée d'abord au jeune Alexis, fils de Manuel, ensuite à son meurtrier Andronic, et Marguerite de Hongrie, veuve de l'empereur Isaac, dont la beauté captiva le marquis de Montferrat, qo* l'épousa dans la suite. Pendant ce temps-là, Henri' ,e
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frère de Baudouin , s'eroparoit du palais de Blaquemes , <|.ù l'on ne trouva pas moins de trésors. On mit des gardes dans ces deux palais. L'armée se répandit ensuite dans la ville; Le butin fut immense ; on ne peut exprimer la quantité de richesses en or , en argent , en pierreries^ en fourrures exquises, en étoffes, en vases, en meubles précieux; Villehardouin , témoin de ce pillage, et qui en étoit encore ébloui en le décrivant, s'écrie que depuis la création du monde jamais il ne fut fait un si grand butin dans une ville conquise ; et Baudouin , dans sa lettre au pape, dit qu'il ne croit pas qu'il y eut autant de richesses dans tout le reste de TEurope. \jes femmes, les enfans, les vieillards qui n'avoient pu fuir couroient éperdnment à la rencontre des soldats , et , ne pouvant autrement se faire entendre , ils mettoient leurs doigts en croix pour protester qu'ils étoîent chrétiens, et crioient d'une voix lamentable : Saint roi marquis , ayez pitié de nous ! C'étoit le marquis de Montferrat qn'ils imploroient , parce qu'ils le connoissoient davantage, et qu'ils le croyoient déjà roi de la ville. Quoiqa'on ne doive pas croire toutes les horreurs et les excès de débordement et de cruauté que les historiens grecs imputent aux croisés dans ce désordre , on ne doit pas Qon plus se persuader que les ordres d^humanité et de modestie donnés par les généraux aient été scrupuleusement observés. Il y eut sans doute do sang répandu, et ce seroit un miracle que Tavidité et l'emportement rnilitaire n'eussent pas arraché par violence ce que l'ariiour de la propriété ou de Thonneur vouloient reteoir. Les évêques avoîent aussi prononcé excommunication contre ceux qui pilleroient les églises ; elles furent pillées; les soldats en enlevoient l'or et l'argent, et les ecclésiastiques, se faisant scrupule de souiller leurs mains l^ar l'enlèvement des choses profanes, emportoient les t^roix, les vases sacrés, les reliques et les reliquaires*. Clles excès, inévitables dans le saccagement d'une ville.
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princes croiséa le II ; S( jflises ellet vielencefteier-' eées 6iir lesÉfcn i, et sur les filiee*consacrées à
Dieo. jS>» 5arAr ^ dit-U, que Viftte. eohquête, loin ^atiU T» Us Grecs à, l'obéissance çù*ils doipsni à f^^t de Rome, les en a éloignés danHmtagcpar Fhorreyr qui leur ont inspirée contre les Latins ces forfaits^ ces oeuvres de iénkhres. '^
Les généraux , poigir épargner le massacre , laissoient ouvertes les portes <le la ville : tous les chemins d'alentoqr étoient remplis de fugitifs qui, poussant des cris lamentables f pleuroient, l'un sa maison et sa fortone, TaiAre une fçmme et une fille que l'insolenee des vainqueurs lui a voit enlevée. L'historien Nicétas , nn des personnages les plus distinga^ de l'empire, raconte lui-même son désastre^ Sa demeure , conforme à sa dignité, ayant été consuméepar les flammes^dans le seeood b incendie , il, s'étoit retiré dans une makon obscure et détournée , où 1 ardeur du pillage attira l'ennemi , à qni tien n'écbappoit. Nicétas dut alors son salut et celui de sa famille à un marchand vénitien , son ami , qui) s'étant déguisé en soldat et posté sur la porte , repoussoit ses compatriotes, en leur criant que cette maison étoit à lui^ qu'il s'en étott emparé le premier. Mais, voyant accourir^me troupe de François dont l'emportement n'avoit point d'oreilles, il prend Nicétas et sa femme , qui tenoit un enfant à \i mamelle , charge sar leurs épaules deux autres petits enfans qu'ils avoient encore , et les traîne enchaînés comme ses prisonniers. Il passe ainsi au travers des ennemis, et les conduiù une antre maison où il les croyoit plus en sûreté. lis y furent cachés cinq jours ; et comme leurs parenset leurs amis vtuoient s'y rassembler autour d'eux , craignant d'attirer l'avidité des vainqueurs, ils prirent le parti de ^ fuir hors de la ville. La fureur étoit ralentie ; niais \^
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soldats, répandus dans toutes les rues , ne laissoient passer personne sans le dépouiller, s'il étoit bien vétiv, ou chercher sont ses lambeaux s'il ne cachoit pas de l'or ou de l-argent. La beauté desfeihnies et des filles co^roit le plus grand risque après la richesse. Nicétas fit un peloton de sa compagnie , ^e couvrit lu^méme et les autres d'habits qui ne pouvoient faire envie , et fit barbouiller de boue le vidage des filles , qu'il mit au milieu de la troupe. Il traversa ainsi la ville pour atteindre la Porte dorée. Ses précautions n'empêchèrent pas un soldat françois de démêler la beauté d'une jeune fille , qu'il arracha des bras de son père. Nicétas , à force de représentations et de prières auprès des officiers, vint à bout de la faire rendre , et gagna enfin Sélymbrie. Le patriarche l'accompagnoit , monté sur un âne , n'emportant de tous ses trésors qu'une méchante tunique. Cette révolution cruelle bouleversa toutes les fortunes ; la sordide pauvreté prit la place de l'opulence ; la lie du peuple et les paysans s'enrichirent des dépouilles des palais et des églises, que les soldats leur vendoient à vil prix.
Les croisés passèrent le dimanche des Rameaux et la semaine sainte en actions de grâces et en processions. Mais on ne peut guère douter que la joie de la victoire n'ait donné quelque atteinte au sérieux de leur dévotion. Après la fête de Pâques , le marquis de Montferrat , le doge et les autres princes procédèrent à la distribution du butin. Les plus honnêtes gens avoient fidèlement rapporté ce qui leur étoit tombé entre les mains. Mais, dans le plus grand nombre , les conseils de T^arice avoient fait taire la conscience, et l'avoîent même emporté sur la crainte. Quelques-uns furent découverts , et punis de mort. Le comte de Saint-Paul fit pendre , l'écu au cou , un de ses chevaliers convaincu d'avoir retenu son butin. Tout ce qu'on put recouvrer ayant été rassemblé , on en fit le partage. On mit le quart à part
5O0 HI8TOIEK DU BAS'-EVPIEr.
pour ;celui qui aeroit éliMmperenr. Le reste fot dm8#pir moiliéentre 1^ François et les Vénitiens. Ob prélevasor la part des Françob ce qa^ils Revoient eadtÊé aim Vënitiens t qni forait alors entièrement pajés. Le reste fat départi de teHe sorte « ^ue le' chevalier ent le donble do siniple cavalifr f et celni-ci le double du iantassin. Au moment de la prise de la ville , le doge avoit proposé aux François de laisser aux Vénitiens tout le butin , à condition que* ceux-ci donneroient à chaque die- ^ vali^r françois quatre cents marcs , aux prètres^et atn cavaliers deux cents , et cent à chaque fisntassin ; ce que
* les François n'avoient pas accepté. Mab , quand on en vint au partage , il ne se trouva plus que vingt marcs pour chaque chevalier , dix et cinq^pour les deux autres classes : tant il y avpit eu de butin ^ soit emporté en enfoill par les fugitifs, soit détourné et retenu par les soldats. Il seroit trop long de faire rénumération des
* statues , des vases pi^cieux , des piarreries , dea orne* mens de toute espèce dont les deux nations firent entre elles le partage. Le trésor et Téglise de Saint-Marc s Venise sont encore aujourd'hui enrichis des dépouilles de Constantinople ; et les reliques enlevées sur les autels de cette ville se sont répandues dans tout TOccident. Telle fut la fin du premier empire de Constantinople , dont les fondeniens , après une durée de neuf siècles, pendant lesquek ils a voient résisté aux attaques de tant de barbares^succoni' bcrent enfin à un fléau plus funeste aux états que les plus formidables ennemis : ce fut, dit un historien de ce tempslà, l'ignorance, la négligence, l'incapacité, la vie dissolue des princes mal élevés , livrés au plaisir , au sotnmeii « à la bonne chère , ne songeant qu'à recueillir des fleurs en hiver , et au printemps les fruits de l'automne.
Villehard, Après la répartition du butin le premier soin des It^^ibi ^Du princes fut de s'assembler pour choisir un empereur. U ^n^r 3'agîssoit non-seulement da gouverner, mais de relever hist. Const! uu empire qu'ils venoient d'abattre et qui crooloit depuis
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plusieurs siècles ; et c'étoit un buvrage plus difficile NiceuCorut. que la conquête. D'ailleurs quel attrait pouvoit «voir ^GesU'ïnnoc. une couronne qui ne donnoit pour sujets qu'un peuple ^j^'P^H' misérable , dépouillé depuis peu de tous ses biens , Chr.Albenc, n'obéissant qu'à regret ^ un maître étranger , dans lequel htst'!const!' il ne verroit jamais qu'un tyran et un ravisseur. Chacun Rluannus. cependant , ne voyant dans la puissance souveraine que boutreman. l'éclat emprunté qui la décore , désiroit , soit pour lui- f ^^,%f ' même , soit pour son chef, le titre de successeur du grand . Onens Constantin. Rien ne fut conclu dans cette assemblée que p, ^3^6. le jour auquel on se rassembleroit pour nommer, selon la Maunbourg. convention, les douze électeurs. Ce jour étant arrivé , on ' %nomma du côté des François six ecclésiastiques, tant ^
par estime de leur probité et de leur discernement que parce qu'ils étoient plus désintéressés , i^ pouvant euxmêmes prétendre à cette dignité : c'étoient les évêques de Soissons , de Troy es , d'Halberstadt , de Bethléem , qui faisoit dans l'armée l'office de légat du saint-siége, l'ar* chevêque^élu de la ville d'Âi^re, et l'abbé de Loces. Les Vénitiens furent Vital Dandolo, amiral de la flotte, Otho4^uirini , Bertuccio Contarini , Nicolo Navagieri , Pantaléon Barbo, et Jean Basegio, ou, selon, d'autres Michieli. Après avoir fait serment sur les saints Evangiles qu'ils n'écouteroient que leur conscience, et qu'ils ne donneroient leur voix qu'à celui qu'ils croiroient le plus capable , ils convinrent du second dimanche après ^ Pâques , neuvième de mai , pour procéder à l'élection. J)ans cet intervalle , l'atteiHe d'un si grand événement agitoit tous les esprits. Chacun prenoit le rôle d'électeur et donnoit d'avance son suffrage. Le marquis de Montferrât , le comte de Flandre et le doge réunissoient toutes les voix. Tous trois déjà souverains, tous trois recommandables par leur vertu , leur sagesse et par une valeur héroïque. Les Vénitiens se déclaroient pour leur doge: Ce vieillard, disoient-ils , n'a point acheté t expérience aux dépens des forces de sa jeunesse ; il em
5oà HI«TOlEX DV BÂ8-XIIYimtt '
€onsêrpê tout le feu , ioùté la vigm» ; c*éÉt un aimi^ pUùmdi lumières; e^esi lui i/ui & pris Constanthofie: Les FrançoU'se partageaient entre Bandooia et Boni- SS6t%>, il eraignoient sealèmenl que Pélection n*excitAt une dangerense jalonaie. Mablei, remède^ diaoit--mi^*est . iacile; il ne iant qne faire i celai des deax qui ne sera pas élu an sort si avantageux , qo*il ne puisse regretta la couronne inipëriaie. Dès le matin du neavième de inai> le palais de Bucoléon et la grande place qui étoit devant se trouvèrent remplis d'une foule innombrable. Les barons, les soldats , tout c% qui restoit d'habitans à Gonstantiiiople , attendoîent avec impatience ces dodze personnages qui alloient décider du sort dé l'empire. On avoit choisi ce lieu par considération pour le doge , qiri y faisoit sa decneore. Les électeurs , s^ étant rendus ^ s'enfermèrent dans la chapelle du palais; et, après avoir assisté à la messe et imploré les lumières du ciel, ils délibérèrent sur le choix qu'ils dévoient faire; La balance penchoit d'abord en faveur du doge : les évéqnes de Soissons et de Troyes se déclaroient pour lui^et les Vénitiens alloient se joindre à eux , lorsque Pfln^lëon Barbo , également respectable par sa sagesse , sa fermeté d'âme et son zèle pour la religion et pour la patrie, s^adi^ssant à rassemblée: « Sages électeurs (dit-il), )e « vous vois disposés à conférer à notre doge l'autorité u impériale, et je pense comme vous qu'entre tant 'de « hésos il n'en est aucun qui soit plus digne de ce rang « auguste. Cependant, ce l^i vous étonnera sans doute, « je suis persuadé qu'il en est plusieurs qui doivent loi « être préférés. » Un début si contradictoire excitant un murmure général : « Ecoutez-moi ( dîl-îl ), et je voudrois « que Dandolo lui-même fût présent ; j'ai tant de con- « fiance dans la droiture et l'élévation de son âme, que « je ne doute pas qu'il n'approuvât lui-même mon avis. « Cet empire que vous allez renouveler, environné de « tant d'ennemis, ne pourra se conserver, il est vrai,
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« sans de grandes forces navales , et les Vénitiens sont « seuls en état de les fournir. Notre république- peut « par de puissans secours défendre Constantinople , « cpmme sa flotte a pu la réduire. Il lui sera plus facile « d*y faire voler des vaisseaux que ni au comte de « Flandre , ni même au marquis de Montferrât , de <« tirer de leurs états des escadrons de cavalerie. Mais « notre république court risque de se détruire elle<- « même, si Mie se met en possession de l'empire. Sans « parler des cabales et des divisions que fera naître « parmi nous dans la suite Tambition de régner, et qui « déchireront notre sein j qui peut nous cassurer contre « le danger que nous aurons continuellement à craindre «. de la part d'un compatriote devenu empereur? Maître « de toute la Grèce et d'une partie de TOrient , enflé de « Torgueil de la puissance souveraine, demeurera-t-il « soumis à nos lois? reconnoitra-t-il sa patrie? Dan- « dolo sans doute est par la hauteur de son âme au^ « dessus de ces sentimens ; mais qui nous répondra de « ses successeurs ? Qui nous assurera que Venise ne sera « pas écrasée par la lourde masse de l'empire, que le « siège de la république ne sera pas transféré à Constan- « tinople, et que notre liberté ne recevra pas de mor- « telles atteintes ? C'est au milieu de nos lagunes c)ue « s'est élevée cette puissance qui se fait respecter de « l'Europe entière; détachée du sol qui l'a vue naître, te transplantée sur les bords du^ Bosphore, elle dégé- « nérera sans doute ; elle cessera d'être la nôtre. Venise, « reine des mers , ne sera plus qu'une ville sujette , une « dépendance de l'empire grec. On peut me répondre « que Dandolo et sa postérité cesseront à la vérité d'être « Vénitiens, mais que Venise aura l'honneur d'avoir « donné des maîtres à la Grèce. C'est une condition que « Dandolo n'accepteroit pas lui-même. Plus glorieux « d'être le chef d'une république victorieuse que le « souverain d'un état vaincu, il ne consentiroit pas à
5lO HISTOIRE DU BÀS-SMPIRS.
« cet échange. Quel Romain auroit voulu devenir le roi « de Carthage?Et nous, qu'aurons-nous gagné par la « conquête, si elle nous fait perdre une de nos plus « illustres familles? Considérez encore que par çptte « élection vous allez vous mettre hors d'état de remplir « le principal objet de votre entreprise. Les autres <« princes se sépareront de vous, et emmèneront leurs M troupes. Souvenez-vous du danger auquel la jalousie <c du comte de Saint-Gilles laissa la Palestine exposée « lorsque Godefroi de Bouillon fut élu roi de Jérnsalem. <« Raymond, piqué de la préférence, non content de se « retirer lui-même , entraiàa tous les autres seigneurs, te et sans un miracle de la main du Tout-puissant, « Jérnsalem étoit perdue. Nous courons aujourd'hui la « même fortune. Si vous êtes fidèles au serment que « vous avez fait en prenant la croix, il ne vous reste « qu'à choisir entre le marquis de Montferrat et le « comte de Flandre. Ces deux princes puissans, estimés fc de toute l'armée , respectés des vaincus mêmes , sont « également capables par leur prudence et leur valeur w de conserver la conquête dont nous partageons la « gloire. Pour prévenir les efifets d'une funeste discorde, « convenons que celui des deux qui sera honoré de vos « suffrages cédera à l'autre , sous la condition de foi et « hommage, le domaine de Tîle de Candie et tout ce que « l'empire possède encore au-delà du Bosphore. Parce «< moyen, vous les attîicherez Tun à l'autre. Si vous « prenez un autre parti, vous les perdrez tous deiix,et u avec eux l'espérance de recouvrer la Palestine. >»
Ce discours fit impression sur les esprits. On approuva ce qu'il avoit proposé, et Ton ne songea plus qu'à décider entre le marquis et le comte. Le choix fut long-temps balancé; il sembloit d'abord s'arrêter sur Boniface : ce prince tenoit le premier rang entre les croisés, qui l'avoient choisi pour leur chef, et les Grecs eux-mêmes le reconnoîssoîent déj^ pour leur maître. Les
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grandes qualités nécessaires à un souverain ne donuoient à Baudouin sur lui aucun avantage. La politique vénitienne fixa enfin cette incertitude. Ces habiles républicains craignirent de rendre trop puissant un prince dont les états en Italie confinoient avec les leurs. Comment résisteroient-ils aux prétentions de Montferrat , qui deviendroit redoutable , s'il étoit armé des forces de Tempire? Cette considération les détermina en faveur de Baudouin , et ils entraînant tous., les suffrages. La délibération avoit duré tout le jour et la moitié de la nuit suivante. Les barons, qu'on si grand intérêt tenoit en inquiétude , n'avoient pas quitté le palais, ni le peuple la place et les environs, où Tagitation des esprits et le choc des inclinations diverses excitoient ce murmure qu'on entend sur la mer aux approchesd'un orage. Enfin, à Theure de minuit , Nevelon, ëvêque Soissons , chargé d'annoncer le vœu des élecletirs , s'avança sur le vestibule , «et élevant la voix: €^e moment y s'écria -t- il, qui vit naître le Sauveur donne aujourd'hui la naissance au nouvel empire sous la protection du Tout-puissant, Fous avez pour empe- "^ei^" Baudouin y comte de Flandre et de Hainaut. A ces :iiGjjts il s'élève un cri unanime et des Grecs et des croifc<s : Vive t empereur Baudouin ! et ce cri cent fois ré- ^té retentit par toute la ville. Les instrnmens militaires accompagnent et animent^ l'allégresse publique. On se félicite d'avoir pour maître un descendant de Z^harlemagne , un parent de Philippe- Auguste, un Grince renommé pour sa sagesse et sa justice. Le mar- (^uis de Montferrat est le premier à lui baiser la -main, ^t son empressement généreux excite les applaudissetaens, et lui fait plus d'honneur que la couronne. Il se ^int aux autres seigneurs pour élever Baudouin sur un bouclier, selon la coutume, et le porter à Téglise de Sainte- Sophie. On Je place sur un trône d'or à côté du grand i Xitel , et l'on redouble les acclamations. Pour donnQc:^
Sl2 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
aux barons le temps de se montrer avec un éclat conve^ nable à la pompe du couronnement , on le dififéra au vingt -troisième jour de mai^ quatrième dimanche après Pâques. Cet intervalle de quinze Jours ne se •passa pas sans réjouissances; il y eu eut de très -brillantes, et le mariage du marquis de Montferrat augmenta encore la joie publique. Il épousa Marguerite de Hongrie, veuve de Tempereur Isaac. Cette princesse, engagée dans le schisme par son premier mariage, rentra par le second dans le sein de Téglise romain^. Ces fêtes furent mêlées de larmes. On pleura la mort d^Eudes de Champlite, qui, après avoir affronté avec gloire tous les dangers de la guerre , mourut alors de maladie. Il fut enterré avec grand honneur dans Téglise des Apôtres, sépulture du grand Constantin et de ses successeurs. Il laissoit un frère /Guillaume de Champlite, compagnon de ses explois , qui réunit sur sa tête les récompenses que tous.deux avoient méritées.
Le jour marqué pour le couronnement étant. arrivé, cette auguste cérémonie fut célébrée avec la magnificeoce en usage dans l'empire grec. Le lecteur sera peut-être bien aise d'en trouver ici le détail. Au soir de la veille, Temperenr, accompagné do» sa famille et de ses amis, se transportoit au palais de Bucoléon , où il passoit la nuit. Au point du jour, les officiers de l'armée et le peuple de la ville s'asscmbloient autour du palais. Le nouvel empereur donnoit au patriarche sa profession de foi écrite de sa main : le patriarche, Camatère étant absent^ Baudouin la remit au légat du saint-siége. Avant que l'empereur se fit voir, un sénateur jetoit au peuple, du haut des degrés, ce qu'on appeloit epicombio; c'étoient de petits nouetsd'étotîe, qui renfermoient chacun trois pièces d'or, trois drachmes, trois oboles; ce qui pouvoit faire de notre monnoie actuelle entre quarante et cinquante francs. On en jetoit autant qu'il plaisoit à l'empereur; c'étoit ordinairement au nombre de diï
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rùille. L>mpereur paroissoit «muite assis snr un bou^ clier élevé sur les épaules des principaux seigneurs : et furent pour Baudouin le marquis de Mohtferrat , le doge , tes comtes de BIoîs et de Saint Paul. A sa vue, tout retentissoit d'acclamations. Descendu du bouclier^ on le conduisoit à Sainte-^Sophie. Là , dans une petite chapelle de charpente construite pour cet usage , on le revétoit de la pourpré et du diadème , bénis auparavant par les évèques. Son ornement de tête étoit à sa volonté, soit un voile , soit un bonnet orné d'or et de pierreries^ On chantoit4a messe, pendant laquelle il étoit assis sur un trône d*or élevé sur une haute estrade tapisséede drap d'écarlate. Pendant le saint sacrifice, le patriarche, accompagné de plusieurs évéques ^ montoit sur l'estrade ^ et, aprèsde longues prières, il oignoit du saint chrême U tête de l'empereur en forme de croix , et entonnoit lé irisagion , que chantoit toute l'assemblée. Le prince montoit ensuite au jubé, où plusieurs évêques avoient déposé la luronne impériale, qu'ils avoient prise dans le sanctuaire. Le patriarche la mettoit sur la tête de l'empereur en chantant à haute voix i(|fo;, il en eM digne; ce qui étoit répété par les évêques , et ensuite par le peuple. Pendant ces acclamations, un officier lui présentoit d'une main un petit vase rempli de poussière et d'ossemens, de l'autre un flocon d'étoupe, auquel oii niettoit le feu , pour lui rappeler au milii^u dé cette pompe flatteuse la brièveté de la vie et té néant des grandeurs humaines; L'empereur étant descendu du jubé, oa le couvroit d'un manteau de drap d'or par-dessus sa robe de pourpre. On lui mettoit dans la main droite une croix, den^ la gauche le livre des Evangiles. Il marchoit ainsi en procession , escorté à droite et à gauche de ses Varangues armés de leurs haches j et suivi d'environ cent gentilshommes sans armes. Les diacres et les prêtres marchoient ensuite deux à deux. La procession finie ^ il remontoit sur son trône. Au temps de la conitnunioià
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5l4 IfIStOIEE BC BlS-EMPIRÉ.
il a'^pprochoit cte Paotel , el recevoit dans sa mieiiii ta sainte hostie, qn'ii portoit à sa bouche. If comrruinioit iôDas les deux espèces , à l'usage des Grecs. li ne prenoit pas, comme le peuple, le vin consacre au travers d'un chalumeau d'or ou d'argetit plongé dans le ealice ; il lé bùvoit dans le calice même ^ ainsi que les prêtres. Après avoir teçu le pain béni qui se distribuoit à la fin de la messe, et entendu la prière par laquelle l'officiant la terminoitf il baisoit la main desévéques, et montoità )a galerie'de catécumènes pour se faire voir au peuple^ qui renouveloit ses acclamations. Il sorloit i^nsuite seul à èhevai , tout son cortège le suivant à pied. Les rues par où il passoit étoîent tendues de riches tapisseries. De retour au palais, il se m.ettôit à table ^ où il étoit servi par le despote et le grand*domestique.
Les raisons de politique qui déterminèrent lessuffrages en faveur dç Baudouin étoient appuyées de ses qualités personnelles. Aucun des princes croisés ne le surpassait ^n valeur gueicrière , aucun ne l'égalott en veitiis civiles. Il étoit dans sa trente-troisième année. Doux , afifôble , plein d'humanité^ il ne pouvoit voir un malheureux sans le secourir. Il souffroit sans humeur les contradictions , et renonçoit sans résistance à son propre avis pour en embrasser un meilleur. Il nemanquoit ni de lumières pour apercevoir la route qu'il falloit tenir dans les conjonctures les plus embarrassantes , ni de constance à la suivre. Sa piété trouvoit dans les plus grandes occupations le temps de la prière,* et la pureté de ses mœurs lui in* tèrdisoit même les regards qui auroient pu la ternir. Son aversion pour la débauche alloit jusqu'à la singularité. Deux fois par semaine il faisoit crier le soir dans' son palais : défense a tout impudique de coucher sous le même toit que le prince.
Dès qu'il fut en possession de l'empire , le marqnii de Montferrat lui demanda l'investiture du domaine de l'île de Candie et de tous les pays au-delà du Bosphorei
BiSTOIRE Ï)U BÀS-ÎBMPillK; Ôl5
tÈômkne il avolt été arrêté avant Télection ; ce qui fut exécuté sur-Iç-charop, suivant les formes du droit féodal. Peu de temps après , Boniface, peu content de ce partage, proposa l'échange des terres d'Asie avec le dir strict de Thessalonîque , qull demandoit à titre de royaume. Il regardoit comme plus avantageux cet établissement 9 qui le metfoit à portée d'être soutenu par Je roi de Hongrie, dont il vehoit d'épouser la scéur. Cçtté proposition rencontra des dif(icultés dans le conseil de Tempereur. On trouvoit du danger à former un royaume dans le sein de Tempire: un roi maître d'un assez grand jpays pourroit devenir le l*ival de Tempereur ; ce qui feroit naître la discorde et iruineroît les affaires générales. Cependant là probitéde Boniface ^ son attachement au bien public ^ son amour pour la concorde dont il avoit donné des preuves toutes récentes , firent t/iire ces craintes politiques. Après avoir prêté serment à l'empereur, il fut couronné roi de Thessalonîque. Il conser* voit l'île de Candie; mais, peu de temps après, il là. vendit aux Vénitiens, qui en sont demeurés maîtres jt^-^ qu'au dernier siècle , où , après la plus opiniâtre défense, ' ils ont enfin été forcés de l'abandonner aux Turcs , toute trempée de leur sang et dé celui des vainqueurs. Louis ^ leomté de Blois, fut investi du domaine de la Bithynie, «ous le titre de duc de Nicée, capitale de la province. PhilippopoIisdeThracefutdotinée, avec le même titre, à Renier de Trith. Ce baron, né à Valenciennes ,^t sujet naturel de Baudouin , méritoit une distinction ^rticulière. Tendrement attaché à son seigneur, qu'il avoit servi dans toutes les occasions, il l'avoit suivi dans son voyage , et s'éh)it signalé par une constance infatigable et un invincible courage. Guillaume de Champljte eut. en partage la principauté d'Achaïe, qu'il laissa en mourant à Geoffroy de Yillehardouin , neveu du iiiaréchal de Champagne. La principauté de plusieurs autres terres et grandes villes en Europe et en Asie fut
tiê érifàikiiBfeÉki-ii^tiki'.
. dbtitiâi anx tiarons îeè pilbs ccmsiâtfrablêi. Lés Y éDiliài^*
ootreTtte dé Candie, ibrent mis eb piDSsessioa det
lies àt TArthîfMsl , dn f^élopmèse , qn'bn eommençoit
iinoïKltlier là Èforée, de la Phrjgie et des cAtet derHel'*>
ttspànt.^'ATaiit lé conronnement , l'emperear àvoit
'partagé lès ^ndés charges i plasienrs seigneurs, qat
dèrbienit en remplir lies fondionaràla solennité de* sont
sacre: Lé dogéavoit été revêtu de la dignité de despote;
ce ^tre désîgrioit le premier de l'empire après Tenif
afférent: Geoffroy de YiHehardonin, maréchal de ChamH
.l^gne , avoif été nommé maréchal de Rmftains ; c'étoit
le nom qu'on doonbit dès*lors à la Thrace , eomme à
là principale partie de Tempire àt% (îrecs, qui nV
voient pas cessé de prendre le nom de Romains. Thievri
de Los avoit éfé fait grand sénéchal ; Gonon de Béthone,
prbtovésfiaire ; Machaire dé Sainte -Menehou, grand
"échansdn ; Miles de Braibans, grand -bonteiller, et
Manassès de l'Ile , grand'qtteux. Nous verrons dans là
Suite quelques 'cli^ngemffAs dans cette distribution de
dignités.
Après ces dispositions ^ Temperenr donna avis de son élection au pape , vers lequel il députa un chevalier du temple. Il invitoit le saint-père à venir en personne à Constantinople, à Texcmple de plusieurs de ses prédécesseurs , pour y tenir un concile général , y rétablir l'ancienne croyance , et étouffer entièrement le schisme, ftir d'autres lettres, il prîoit sa sainteté d'engager le plus qu'elle pourroit , tant d'ecclésiastiqties que d'autres personnes de tout sexe et de toute condition , à venfr habiter les terres de l'empîre , que la tyrannie des eni-» pereurs et la guerre précédente avoîent dépeuplées ; il leur promet toitnles établissemens. Il cnvoyoit au pape de riches présens , et grand nombre de reliques qui furent enlevées par des pirates génois sur les côtés de la 'Morée. Il écrivit aussi aux princes chrétiens une lettre g|i;cula^e où il leur rendoit compte des motife et det
HISTOIEE BIT BÀS-EMFIRE. Sl^
ëvénemens de cette guerre , de la perfidie et de la cruauté, des Grecs envers leurs propres princes. Il envoya ea particulier à Philippe Auguste des reliques tirées de la chapelle du palais de Bucoléon, et que Philippe distri-* bua aux diverses églises de son royaume. Il invita le cardinal de Capoue, qui étoit pour lors en Palestine, à venir à Constantinople pour y prendre la conduite, des afiaires ecclésiastiques sous l'autorité du saint-siége. Le pape, toujours occupé du projet de reconquérir la Terre sainte , fit savoir aux évéques de la chrétienté les promesses de Baudouin ; il les exhortoit à former dans leurs diocèses une nouvelle croisade, qui se joindroit à l'empereur pour aller faire la guerre aux infidèles , et remettre les chrétiens en possession des saints lieux : il promettoit à ces recrues les mêmes indulgences qu'il avoit accordées aux autres croisés. Mais il apprit peu après que le cardinal de Capoue , pour satisfaire amc désirs de l'empereur, avoit fait une trêve de six ans avec les Sarrasins , et qu'il s'étoit rendu à Constantinople, où il avoit été suivi d'un si grand nombre de Latins, que-f la Terre-sainte demeuroit presque abandonnée. Cette nouvelle l'alBigea sensiblement ; il en fit de vifs reproches au cardinal , et le blâma surtout d'avoir dispensé du voyage de Palestine ceux des croisés qui resteroient jusqu'au mois de mars prochain à Consf^ntinople pour maintenir le nouvel empereur : il lui ordonnoit de révoquer cette dispense, estimant beaucoup moins la conquête de Constantinople que celle de Jérusalem , et n'ayant même consenti à la première que comme à un moyen plus facile de réussir dans la seconde.
Selon la convention faite entre les François et les Vénitiens , c'étoit aux Vénitiens à nommer le patriarche. Jean Camatère s'étoit retiré à Dîdymotique avant la prise de Constantinople , et les Latins, ne reconnoissant pas un prélat schismatique, regardoient le siège comme 'Vacant. Le clergé vénitien établi depuis peu dans Sainte-
5l$ IIIstoiRÈ ta BAS-EMPilîE.
Sophie , s'assembla , et nomma Thomas Morôsînî , norble vénitien, digne de cette place ëmînente par sa verlu et ses lumières. Cette élection cependant ne se fit pas sans contestation. Quelques-uns ^ême en appelèrent »u pape ; mais cette opposition n^eut pas de suite ; ils se désistèrent de leur appel. Le nouvel empereur en écrivit au pape pour demander son consentement ; le marquis de Monlferrat , les comtes de Rloîs et de Saint-Paul, recommandèrent aussi par leurs lettres le prélat élu. Le pape, qui connoissoit son mérite pour l'avoir vu longtemps à Rome , lui rendoit lui-même un témoignage très-honorable ; mais il prétendoit qu'il n^appartenoil pas à des laïcs de disposer des affaires de l'Église, et qu'ainsi cet article de la conventioi> entre les croisés éloit nul de plein droit; que d'ailleurs les clercs de Sainte- Sophie, n'ayant reçu rinstitution canonique ni du pape, ]pi de ses légats, n'avoîent aucun pouvoir d'élire un patriarche. En conséquence, il rejetoit leur élection. Cependant , pour ne pas tfoubler la paix de la nouvelle çglîse, par estime pour le prélat élu, et par considération pour l'empereur et les princes , il déclaroit qu'il nommoit lui-même Thomas Morosini , et qu'il exhortoit l'empereur à le respecter et le maintenir dans la jouissance des droits de l'Eglise, dont le gouvernement lui éloit confié. Il blâmoit les François et les Vénitiens de ce qu'ils prétendoieut partager entre eux les revenus des églises , laissant seulement une subsistance honnête à ceux qui Ijcs desserviroient. Ç'étoit , disoit-il , continuer l'outrage fait à Dieu même dans le pillage des églises; il n'appartenoit pas à des mains profanes de toucher aux biens ecclésiastiques. ïl refusoit donc de ratifier la convention faite entre les deux nations, et de prononcer, comme on l'en sollicitoit, la peine d.'excommunication centre ceux qui en violeroient les articles. Après cette réclamation authentique en faveu.r des droits du sainlsîége et de ceux de l'église en général, Morosini, n'élan)
HISTOIRE Dtr BA8-EMPI&S; SlQ
encore que sous -diacre, le pape l'ordonna Inî-méme diacre , prêtre , ëvéque , et lui conféra le palliwn , avec tous les privilèges attachés à la dignité patriarchale. Il déclara que , par la grâce de Dieu , le schisme étant enfin éteint à Constantinople , il rendoît à cette église $t% anciens pouvoirs , et que désormais le clergé auroit droit d'élire un patriarche selon les formes canoniques , en cas de vacance du siège. La conquête dès Latins ne mît pas fin au schisme des Grecs généralement dans tout Tempire ; les villes qui demeurèrent attachées au partie (de Lascaris et de ses successeurs continuèrent d'être séparées de communion d'avec l'église de Rome , et tant que l'empire François subsista , il y eut deux patriar^ cheS| ainsi que deux empereurs.
FIN pu NEUVIÈME VOLUMIi.