LIVRE QUATRE-VINGT-TREIZIÈME
ALEXIS III L'ANGE, dît COMNÈNE.
J.SAAC, trahi par ceux qu'il avoit comblés de favears, Av- iM devoit apprendre au nouveau prince que les bienfaits Nie», l ne peuvent retenir dans le devoir que ceux qui les méijtent. Mais un crime dont on profite ne donne que de foibles leçons. Alexis se flatta d^attacher pour toujours à •iH personne, et les chefs de la conjuration et 1^ soldats mêmes qui s'étoient déclarés pour lui au premier ttgnal de la révolte. Il commença par répandre à pleines mains l'argent de la caisse militaire. Cette source étant épuisée , il prodigua les pensions sur les meilleurs fonds du domaine, sur les recettes des deniers publics. Toutes les requêtes, quelque déraisonnables, quelque efiBrontées qu^elles fussent , étoient signées aussitôt que présentées. Il ne lui restoit plus à distribuer que les dignités de l'empire; il les abandonna les yeux fermés à tous ceux qui osèrent y prétendre , sans avoir égard ni au m^te , ni à la naissance , ni aux services passés. L'impudence à demander valoit tous les titres. Cette profusion in*- Iseosée avilissoit les dignités mêmes , et étouifoit le sendment de reconnoissance dans ceux qai , croyant les mériter , se trou voient moins honorés de leur promo- 4on nouvelle que dégradés par l'indignité de leurs collatéraux. Après s^être ainsi dépouillé lui-même , et mis hors d'état de continuer la guerre, il laissa ses soldats «prendre leur congé , et les barbares en liberté de ravager Ja Thrace. Pçur lui » comme si son retour n'e^
376 HISTOIRE DU BÀS-EMBiIKE.
été qu'an voyage de plaisir , il revint à Constantinople à petites journées , s'arrétant à loisir dans tous les lieux de son passage où il trouvoit quelque amusement. Sa femme E^nphrosyne lui prëparoit une magnifique en- U trée. Quoique le peuple de Gonstantinople pût être ja- fti loux que les soldats l'eussent prévenu , il applaudit ce- Itil pendant , par une acclamation générale , au choix quik ':< avoient fait. Une partie des sénateurs plaignoient en ^s silence le sort dlsaac , et n'osoient découvrir leurs sen- h timens. Mais lorsque Euphrosyne prit possession du '^ grand palais , le bas peuple , qui ne peut souffrir dans i^ ses maîtres les vices qu'il se permet à lui-même, mal |j disposé à l'égard de la princesse, dont les mœurs né- \ toient pas sans reproche, accourut à la place publique, j; et s'emporta en invectives contre la nouvelle impéra- \ trice. On crioit de toutes paris : Plus de Comnines ! c*esi une race épuisée, dont il ne sort plus que des tyrans ;plus i dAnge ! Jamille stérile qui ne produit que desai^rtons. { Mais, plus embarrassés à choisir qu^à rejeter le choix j déjà fait, ils proclamèrent empereur un astrologue, nommé Alexis Contostéphane, qui crut avoir pour lui le suffrage des planètes. Son illusion ne fut pas longue. Les seigneurs enfermés dans le palais avec Euphrosyne sortent à la tête de leurs domestiques, fondent sur celle multitude désarmée, la dissipent en un moment, se saisissent de son idole, et la jeltent dans un cachot. et.l, i, Euphrosyne contribua plus qu'Alexis même à pro- Cance ^^^^^ '^ couronnc à son mari par ses intrigues , et à ■ /».ao5. l'assurer sur sa tête. Elle étoit petîte-fille de Grégoire Gamatère , qui , sous le règne du premier Alexis , s' étoit, î par son mérite, élevé d'une famille obscure jusqu'à la charge de grand-trésorier. Le mariage de cet aïeul avec une princesse de la maison de Ducas avoil fait prendre à Euphrosyne le surnom de Ducene, Elle avoit toutes les qualités aussi brillantes que dangereuses dans son sexe , une âme ferme et hardie , un courage viril , une
éloquence pleine de force et de grâce ^ une beautë qu'elle savoit rendre plus piquante par les recherches du luxe et par Tenjouement de son esprit. Sans autre religion que celle de la politique , elle étoit peu délicate sur les principes de Thonneur, qu\ine philosophie effrontée lui faisoit mépriser comme un préjugé vulgaire^ sacrifiant tout à ses vues ambitieuses, jusqu'à sa propre personne. Indépendante de son mari , qui sembloit fermer les yeux sur ses galanteries , elle partageoit hardiment avec lui toute Tautorité souveraine , donnant des ordres sans le consulter, quelquefois même contraires à ceux qu'il avoit donnés ; en sorte que l'empereur avoit deux maîtres , souvent peu d'accord ensemble. Dans les audiences des ambassadeurs , elle parolssoit sur un trône à part ^ qui surpassoit en magnificence celui de Tempereur, avec un suporbe ornement de tête , et un grand collier des plus éclatantes pierreries. Séparée d'habitation , elle recevoit les adorations des courtisans, qui, du palais de l'empereur , alloient porter à celui de l'impératrice des hommages encore plus humbles. Les parens mêmes du prince, revêtus des premières dignités, briguoient sa faveur par les offices les plus serviles, jusqu'à la porter dans sa litière , que la hauteur ainsi que l'or et les pierries dont elle étoit chargée , rendoient fort pesante. Ils raéritoient par leur bassesse de périr sous le fardeau, comme l'empereur , par sa honteuse insensibilité, se rendoit digne du mépris de tout l'empire. ■•
La nouvelle impératrice gagna par argent, tant dans Niceu i.i , le sénat que dans les magistratures, ceux qui paroissoient peu favorables à la révolution. Le clergé fit acheter son suffrage ; mais il ne le vendit pas chèrem(?nt. Un prêtre monta dans le jubé de Sainte-Sophie, et, malgré le patriarche , qui ne vouloît pas se rendre si aisément , il proclama Alexis empereur. Enfin le patriarche se KHunit , et toute la ville courut au palais se prosterner "ikvant nmpëratrice , (|ui prodiguoit les caresses les plus
378 UISTpIRE DV BAS-SKFIllS.
déduisantes. II n'en coûta pas une goutte de sang, soumission universelle prévint Tarrivée du prince. . qu'il se fut rendu au palais , il en fit ouvrir les por^ ^ et se montra au peuple avec un visage tranquille etrein. 'Les courtisans, ainsi que lui, avoient déjà 01 son crime, et leurs flatteries outrées les rendirent cules au peuple, qui ne perd pas sitôt la ménioi forfaits. Plusieurs gémis^oient en secret; ils ne pouv^^ <
voir sans soupirer le nouveau prince revêtu des c: 2J
mens de son frère ; et cette usurpation dénaturée semblait être le présage des derniers malheurs. Il couronner , selon l'usage, dans Téglise de Sainte-So On fut frappé de ce qui lui arriva au sortir de Ym comme du plus sinistre pronostic. On lui avoit ar un beau cheval arabe : cet animal, comme s'il saisi d'horreur, frémissant , dressant l€$ oroUles , nant la tête, s'élevant sur lef pieds de derrière,^ long-temps de le recevoir sur son dos ; et , lorsqu'à de caresses et de manège de la part des écuyers, Ve^^ M reur fut venu à bout de le monter, le cheval ne le ^» J pas plus tôt qu'il se cabra , et le jeta par terre si -f « ment, que sa couronne en fut brisée. Cependant^ ^ n'en reçut aucun mal , et sa chute ne blessa que E — gination du peuple.
Dédaignant le nom d'Ange, soit qu'il ne le cr^:» — assez noble, soit pour faire oublier son frère, S: celui de Çomnene, On s'attendoit. que, -pour j son usurpation, il alloit relever l'honneur de l'en et réparer les pertes que l'incapacité de son frère causées. Mais, au lieu de songer à repousser les bar^E^ qui insultoîent en liberté les villes et ravageoie ^f campagnes de Thrace, dès qu'il se vit revêtu ^^) pourpre, ébloui lui-même de la splendeur qui X^^nn* ronnoit, il s'endormit dans l'indolence, laissant écouktj^ de ses mains tous les trésors de l'empire , jusqa'i ce ^ qu'enfin , réveillé par le bruit des séditions et dt ,
JH18TOI1LE DU BÀS-*KMPI&E. S79
'«S, il s'aperçut trop tard qn'il rnanquoit des fonds Maires pour se mettre en état de défense. Il n'y avoit CKCore trois mois qu'il ëtoit sur le trône , lorsqu'un ^n hardi prit le nom d'Alexis , fils de Manuel; et, Kriant sur les traces du premier imposteur qui avoit «ué ce rôle quatre ans auparavant , il alla implorer 'Sance du sultan d^Ancyre. Le sultan le reçut à bras Ms; non pas qu'il fût dupe de la fourberie, mais il SDien aise de susciter des embarras à l'empereur pour lui vendre son amitié à plus haut prix. Ee Alexis , soutenu des Turcs , ne tarda pas à piller Kitière, et l'emperenr fit partir des troupes sous la mite d'un eunuque, son chambellan, nommé Eono- ^«. Celui-ci, n'ayant fait voir que son incapacité, ^^reur résolut de marcher lui-même , et d'entamer ^me temps une négociation secrète avec le sultan c^^re. Le prince turc y prêta volontiers l'oreille ;
il demandoit cinq cents livres pesant d^argent ^oyé, et une pension annuelle de trois cents livres, cjuarante pièces d'étoffes de soie de la fabrique de ^^s en Béotie , renommée alors pour ces sortes d'ou-
. Ces propositions paroissant exorbitantes, l'empassa en Asie ; et , quoiqu'il ne trouvât sur sa - que des peuples soumis en apparence , il s'aperçut ^4]ant qu'ils n'étoient pas moins favorables à l'impur, et que le succès de ses armes décideroit seul ^ préférence. Il se trouvoit même des gens assez ^is pour faire en sa présence l'éloge de son rival , ^ ib relevoient la bonne mine , la haute taille , la ^ et l'adresse à manier un cheval. Alexis, peu ca-^ \^ de soutenir la majesté impériale , entroit en con- ^tion avec eux et plaidoit sa cause. Enfin , voyant t sa présence ne lui donnoit aucun avantage , il brûla elques châteaux qui tenoient pour le rebelle , et reprit chemin de Constantinople, laissant en Cilicl^ Manuel mtacuiène. Ce général , aussi peu instruit que son
38o HISTOIRE DU BÀS^KMPIRS.
maître, n'osa marcher contre Tennemi, dont Farmée croissoit tons les jours par le secoars des Tnrcs; et cette guerre paroissoit devoir être funeste , sans un événemeat imprévu qui la termina. Le faux Alexis fut assassiné par un des siens , dans un château où il passoit la nuit.
Berold.con- Occupé à se défaire de cet imposteur, Alexis ne fit \ GuilL Tyr. aucuue Opposition à la marche d'une armée allemande ;
18* \q '^^Cjïii traversoit les terres de l'empîjje pour aller secourir |,
iO
Mainbour^, Igs chrétiens de Palestine. Le pape Célestin m avoit 1 croîs. L 7. fftrmé une nouvelle croisade, que Ton compte ordi- l nai rement pour la quatrième. La guerre que les rois de France et d'Angleterre se faisoient alors avec acharnement les empêcha d'y prendre part. Mais Temperear Henri vi , qui travailloit de toutes ses forces à s'emparer du royaume de Naples et de Sicile, sur lequel il avoit des droits par sa femme Constance , fille du roi Roger, profita de cette conjoncture pour achever la conquête. Il mit sur pied trois armées : il en conduisit une en Italie, où il s'empara des places qui restoient encore aux Normands , et détruisit par toute sorte de cruautés la race illustre de Tancrède de Hauteville, qui régnoit avec gloire depuis cent cinquante ans. La mort le surprit à Messine avant qu'il passât en Syrie. Mais il avoit déjà envoyé un corps de troupes par mer en Palestine , sous la conduite de Valeran de Limbourg , et de Con- ■ rad,évêquede Witzbourg. Le troisième corps d'armée, ■ sous le commandement de Conrad , archevêque de ■ Mayence, et d'un grand nombre de princes allemands, j prit la route de terre jusqu'à Constantinople sans ren- | contrer aucun obstacle. Alexis prêta même des vaisseaux pour conduire les croisés au port d'Antioche. Les Grecs prirent si peu de part au reste de cette expédition , que leurs historiens n'en font aucune mention. Il me suffira de dire qu'après de hauts faits d'armes et de brillantef victoire^, cette croisade fut aussi inutile que lès denx précédentes, et que la mort de l'empereur Henri rap
HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. 38l
pela en Europe au bout de trois ans les princes allemands , qui ne laissèrent en Palestine que la mémoire de leur courage.
Pendant la révolution qui donnoit à l'empire un Aiv. 1196.^ nouveau maître, les Bulgares et les Valaques s^étant NiceuLi, avancés jusqu'à Serres en Macédoine, avoient taillé en pièces ce qu'ils avoient trouvé de troupes grecques, fait prisonnier leur chef Âspiétès, et pris plusieurs châteaux. De retour ensuite en leur pays avec quantité de butin, ils avoient répondu avec hauteur aux députés que leur envoyoit Alexis pour traiter de paix , proposant des conditions é\ honteuses , qu'on ne pouvoit les 'accepter sans flétrir à jamais l'honneur de l'empire. L'empereur, irrité de leur insolence, fit partir avec une nombreuse armée son gendre Isaac , auquel il avoit djonné le titre de sébastocrator. Ce prince avoit quelque réputation dans la guerre ; et le succès d^ l'entreprise d'Alexis en détrônant son frère donnoit aux Bulgares bne grande idée du nouvel empereur. On avertissoit Asan qu'il ne dovôiî pas s'engager légèrement daps une guerre contn* utt oiniemi tout autrement redoutable que rcmpercnr îsaac. Asan, qui connoissoit mieux Alexis, réponiluit qu'il no falloit pas juger du mérite 4a nouveau prince par un succès qu'il ne devoit qu'au mépris que l'ancien s'éloit attiré : « Il y a (dîsoil-il) « assez long- temps que nous combattons les Grecs pour t connoitre ceux, d'entre eux qui se distinguent par « leur valeur : avez-vous jamais vu Alexis dans les bat tailles? Qui de vous a-t-il blessé de sa main? A qui « a-t-il fait prendre la fuite? Pensez-vous que sur le » trône il soit plus redoutable qu'il n'étoit à cheval ? • Sur quel fondement le croyez-vous plus courageux . que son frère? » Et leur montrant sa pique où pen- Ipient divers rubans à la manière desBulgares: « Voyez ces rubans (leur disoit-il); ils voui» paroissent plus ^ beaux les uns que les autres, parce qu'ils sont de di**
38d flISTOI&E D0 BA9-£MFtâS.
« verses couleurs : ils sont cependant du mtaie fli ^ travailles par le même ouvrier. Il eii est de même i (c saac et d'Alexis; Tun réduit à Tobscurité, l'autra «< vêtu de la pourpre , tous deux nés dans le /nême f <c et sortis du même père. Allons avec courage combs *< les Grecs tant de fois vaincus ; ils se sont fait eix « depuis peu un nouvel ennemi , c'est Dieu mêmes «< se révoltant contre leur prince légitime. » Après ^ ainsi relevé le courage de ses soldats « Asan march Amphipholls. Il laissa d'abord prendre au génér nemi quelque léger avantage , pour aiguillonner mérité. Il n'eu fallut pas plus à Isaac, jeune et prés^ tu^ux , pour se juger invincible. Sans s^ faire inst^ des forces des Bulgares , dès qu'il apprend qu'ils ^ gent le territoire de Serres , il fait sonner la trom^ monte à cheval , et , courant le premier à toute l'espace de dcfUx lieues, suivi de toute sa cavalerie son infanterie , qui arrive hors d'haleine , sans d o un moment de repos à ses troupes , il charge l'eone et ne s'aperçoit des embuscades où il se trouve en loppé que lorsqu'il ne peut plus échapper. La p grande partie de son armée est taillée en pièces, Taol se sauve à Serres. Il est pris lui-même par un solà patzinace, qui, dans l'espérance d'en tirer une gros rançon , le cache d'abord avec soin ; mais Asan en e averti , et , se l'étant fait amener, il le garde dans l fers. •
îiceuLx, Après cette victoire, qui ne laissoit plus de Gn dans ce, pays, Asan retourna en Bulgarie, où il tro\] la mort qu'il avoit bravée en tant de batailles. Il av admis dans sa familiarité la pins intime un offic nommé Ivan , qui lui ressembloit par le dérèglemenl ses mœurs et par une audace déterminée. Le sébas crator , prisonnier , le crut propre à lui procurer la berté. Dans ce dessein, il l'excitoit en secret à se défi d'Asan , lui représentant que la mort de ce tyran
UISTOIAE SU BÀS-EMftRE. 383
evoit la couronne de Bulgarie. Il lui proAiettoit en âge sa fille Théodora et le secours de Tenipereur. , tout ambitieux qu'il ëtoit, n'avoit pas encore à. ses sollicitations, lorsque Asan lui-même, par m prudence, précipita sa perte. Il découvrit que la de sa femme vivoit avec Ivan en commerce de ()éb^. Fier et outré de colère, il mande Ivan dès la suivante. Ivan , se doutant bien qu'un tel ordre * lé à pareille heure , n'annonçoit rien que de fâ«- )t , remet au lendemain. Asan renvoie aussitôt, et ait dire qi^U est étonné de sa désobéissance : quil ne sur-le-champ. Les réflexions du coupable dans btervaile lui avoient fait soupçonner la cause de mpressement. Il consulte ses amis, qui lui conseil-^ d*aller au palais avec une épée sous sa robe. S'il se ente, lui disent-ils, de vous faire des reproches , ^ Mcherez de V apaiser par une humble soumission; "i" emporte et se dispose à prendre des voies défait^ tnet cet homme violent et sanguinaire ; mais son^ ^ ne luiyorter aucun coup qui ne soit mortel, Ivan '^e conseil. Dès qu' Asan l'aperçoit, il entre en fureur, ^urt à son épée; Ivan s'élance sur lui , et le renverse ^l d'un seul coup. Il rejoint aussitôt ses amis : // *' plus temps de balancer^ leur dit-il; Pierre et leurs ^ensne différeront pas de courir aux armes. Il faut P^er, si nous trouions vivre. Rendons-nous maîtres. la Bulgarie, Si nous ne réussissons pas , // nous rêstt une ressource; c'est de nous jeter entre les >^ de l'empereur. Cet avis étant approuvé de tous , la nuit même ils assemblent leurs partisans, et vont nparer de Temobe, la plus forte place du pays, si'^ ! sur un des sommets du n^ont Hémus. Pierre vint Y assiéger; mais, jugeant la place imprenable, il v& it de la réduire par famine, et Ivan, se défiant de forces , eut recours à l'empereur , lui offrant de le
384 HI8TOIR1 BÙ BA8-Xl»imX.
mettre en possession de Ternobe , et par ce moyen tonte la Bulgarie , s*il vouloit le sauver. fùM. Li, La négligence d'Alexis , qui ne pouvoit quittes plaisirs , laissa perdre une occasion si favorable, contenta d'envoyer quelques troupes sous le comr dément du grand* écuyer Manuel Camyze. Ce g^ ne fut pas plus tôt sur la frontière de Bulgarie , q^ Soldats se mutinèrent et refusèrent d'aller pla& . . Nous ne connaissons que trop, s'écrioient-ils, c^fs^ nestes montagnes , où nous aidons déjà laissé tarifé .nos camarades Cest nous mener à la ffiort; et zuiotM sans être attaqués que de leur terreur, ils se débandeft et prennent la fuite. L'empereur marche en penooD avec une plus grande armée; il éprouve la même déi obéissance , et est contraint de retourner sans avoif tii l'épée. Ivan f n'espérant plus de secours, et voyant l'ai mée de Pierre grossir de jour en jour, s'échappe de-Bi) et se sauve à Constantinople. Pierre devint painl possesseur du trône, mais il n'en jouit pas long-tenq Il fut assassiné lui-même, et la couronne demeora Jean , le troisième des frères , connu sous le nom Joannice. Ivan fut bien reçu à la cour d'Alexis. C'étc un homme en qui la vigneur du corps égaloit les taie et le courage, mais hautain , cruel, qui ne put janis plier son caractère féroce à la douceur des roœc grecques. Isaac le sébastocrator étoit mort subiteme dans les fers, avant l'exécution du forfait dont il Ai l'instigateur. Sa fille Théodora, qui en devoit être prix, n'avoit encore que quatre ans, et étoit élevée so les yeyx de l'empereur, qui se rendit garant de la parc de son gendre. Le bas âge de la princesse rebuta Ivai qui aima mieux porter, ses hommages à Anne Cou nène , mère de Théodora , et devenue veuve par mort d'Isaac. Elle étoit encore jeune , mais trop aimai pour accepter la main d'un barbare tel qu'Ivan , que
HISTOIRE DU BÀ8-£MPIRK. 385
icitë natarelle conduisit à sa perte. Mais auparavant endit de bons services à l'empire , en se tenant en des près de Çiiilippopoiis, et s'opposant comme une 'rière aux incursions de ses compatriotes. La mort du faux Alexis ne fit pas cesser les ravages Air. 1197. I Turcs. Ils assiégèrent Dadibra en Paphlagonie, et ^û?e<* '• ># aaoud, sultan d'Ancyre, qui se trou voit au siège en 'm! de Gai" -rsônne, jura qu'il ne se retireroit qu'après la prise ^^"^^^"'/^ ^ la ville. Les assiégés, sans autre ressource que leur n ^f». 54. Curage, se défendirent pendant quatre mois. L'empe- '^ur, au lieu de secours, leur envoyoit des prouiesses. I4 place étoit commandée par des collines , d'où les tnnemis Taccabloient de pierres et de traits ; ils avoient .coqpé tous les passages des vivres ; ils empoisonnoient les iQPrces qui y portoient Teau, en sorte que les habitans mouroient de faim et de soif. Enfin Tcmpereur leur envoya quelques troupes sous la conduite de trois jeunes )fBciers sans expérience , qui en arrivant tombèrent dans me embuscade. Tout fut pris ou tué. On conduisit auoor des murailles deux des chefs prisonniers, les mains iées derrière le dos , et un héraut crioit aux habitans : Regardez vos défenseurs ; vous périrez comme eux 'i \ivous nHmplorez au plus tôt la clémence de l'invincible Mçsoud, Les assiégés, dénués de toute espérance, demandèrent enfin à capituler. Ils proposoîent de rester ians la ville en payant un tribut; cette condition fut rejetée. On leur permit seulement de sortir avec leur famille et les effets qu'ils pouvoient emporter , et la ville fut livrée aux Turcs, qui s'y établirent. Les habitans le dispersèrent dans les contrées voisines, à l'exception d'un petit nombre, qui, par attachement à leur patrie, obtinrent de Masoud la permission de bâtir des cabanes tox environs , et préférèrent à l'exil* un misérable esclavage.
L'empereur, pour se tirer d'inquiétude du côté des
Turcs , fit la paix avec eux en accordant à Masoud tout
386 niSTOI&B DU BA8-E1IPIB.S.
ce qa'il demandoit. Il redoutoit bien davantage Henri, empereur d'Allemagne , qui^ s'étant rendn mattre delà Sicile, se préparoit à passer en Orieo^, et portoit ses vues ambitieuses jusque sur l'empire grec. Isaac r^oit encore, lorsque ce prince , ne cherchant qu'un prétexte j de guerre, lui envoya demander la restitution de toot | le pays depuis Duras jusqu'à Thessalonique ^ comme | lui appartenant par la conquête qu'en avoit faite le roi Guillaume , dont tous les droits se trouvoîent réuais dans sa personne. C'étoit sans doute un droit bien mal j fondé, et les autres sujets de querelle qu'il cherchoit , à l'empereur ne Tétoient pas davantage. Il prétendoit que Manuel, par ses intrigues, avoit animé le pape contre son père Frédéric, et l'a voit fait chasser d'Italie. Sur de pareils fondemens, il déclaroit qu'il falloit acheter la p^ix à grands frais , ou se réapudre à la guerre. Il demandoit de plus qu'on envoyât une flotte considérable au secours des Allemands en Palestine. Isaac, pour calmer cet esprit bouillant et impétueux , lui avoit envoyé un ambassadeur du premier rang. Mais Henri, ne rabattant rien de ses prétentions , en renvoya deox ^ autres, dont l'un avoit été son gouverneur^ dans son L enfance, homme fier et arrogant, qui avoit formé le f prince sur son propre caractère. Celui-ci s'acquitta de r sa commission avec hauteur, témoignant le plus grand t mépris pour les Grecs et pour l'empereur même, rele- è vant le courage invincible des Allemands , et demandant 1 des montagnes d'or. Une telle insolence auroit été msl reçue de tout autre que d'Isaac; et d'ailleurs ce fiitdans cette conjoncture que la conjuration éclata et qu'Isaac fut détrôné.
cet. L i, Alexis, parvenu à l'empire , n'osa exposer à une nouvelle guerre sa puissance mal affermie. Il consentit a payer les sommes que demandoit Henri; et , par une vanité imprudente, comme s'il eût voulu embraser davan tage l'avidiié des ambassadeurs allemi^uds, il afliecti
HIBTOiaS D^U BA§-KKMàX. 387
d^ëtaler à leurs yeax une grande magnificence. Le joar de Noël il se montra revêtu d'une robe semëe de pier- Feries , et donna ordre à tonte m cour de parottre dans l'équipage le plus brillant. Ce spectacle, loin d'ëblonir iea Allemands et de leur inspirer du respect , ne leur donna que du mépris pour une nation qui conservott tant de luxe au milieu de tant de foiblesse, et les excita plus vivement à life dépouiller de ces richesses qui ne couvroient que des esclaves. Comme on leur faisoit remarquer eet éclat de Terapereur et de toute sa cour : ■Voilà, dirent-ils ^ un beau parterre. Pour nous, nous iaissons ces parures à nos femmes, et nous en amusons nos en/ans. Nous ne réservons pour nous que le fer ; ,^êst le fer gui taille tor et les pierreries; c'est lui qui gagne les batailles. Sur Tinspection de cette opulence 9 ftlûdemandèrent cinq mille livres d'or de pension annuelle. L'empereur, hors d'état de payer cette somme , .fit partir Ëumathius Philocale pour en obtenir la mot dëration. Eumathins étoit préfet de Gonstar\tinople , «xtrémement riche , et pour le moins aussi vain. Il de< .manda la permission de faire le voyage avec tor/ce la , «pompe de la préfecture, et, à l'exception des voitures ^il^bliques qu'on lui fourniroit , il se charf^\i de tous les Irais de l'ambassade. Arrivé en Sicile , où éfèit Henri , •il n'y fut pas mieux reçu qu'un eovoyé ordinaire , et cet étalage d'ornemens bizarres Its rendit ridicule aux Allemands. Il obtint cependaut une diminution consilërable , en représentant soos Tor et les pierreries dont '4 étoit couvert la misère de l'empire. Henri se rabattit 4 seize cents livres pesant d'or. Mais il ne voulut pas baisser partir Ëumathius que cette somme ne lui fût «lise entre les mains. Alexis se trouva très-embarrassé à a'fournir. Il fallut taxer dans toutes les villes le clergé, e^at, le peuple, jusqu'aux derniers artisans. Cette laxe , qu'on appeloit la pension des Allemands , révolta mut l'empire. On orioit de toutes parts que l^mpercur
ruinoit l^ëtat par son luxe et par celui de ses par^^M ^ auxquels il distribuoit les gouvernemens , et qui, la j& 1 part sans yeux, qu'Andronic leur avoit fait arraclt^js enlevoient à tâtons les dépouilles des provinces. Ces ^^ meurs firent tant de honte à Terapereur , qu'il ren» à cette imposition*, et la remplaça en exigeant q lui mît entre les mains les vases , les offrandes » IV ^ c l'argenterie des églises , à la. réserve de ce qui se^^v)^^ aux cérémonies du saint sacrifice^ Ce furent de nouvoeV/str cris; on traitoit cette exaction de sacrilège. Il fallut eih ji core Tabandonner. L'empereur se réduisit à dépouiller les sépultures de ses prédécesseurs ; il fit enlever le$ précieux métaux dont elles étoient enrichies , et n'y laissa que les marbres. Il alloit en faire autant au tombeau du grand Constantin ; des voleurs le prévinrent et lui épargnèrent ce scandale. De tous ces enlèveravis il ne tira que sept mille livres d'argent, et une assez petite quantité d'or, dont il fit battre de la monnoie. On ep murmura , et la mort des deux ministres employés | à cette opération odieuse , qui moururent peu après, Fun d'hydropisîe, l'autre d'une fièvre ardente, fut regardée comme une punition divine. Henri étant mort à Messine le "28 septembre de cette année, cet argent demeura entre les mains d'Alexis, qui n'en fit nulle restitution.' 1198, Délivré de cette inquiétude, il lui en survint une nouvelle. Un fameux pirate génois, nommé Caphyre, couroit les mers avec une flotte , et venoit vendre à Constantinoplc les prises qu'il avoit faites sur les vaisseaux qui n'étoiént ni grecs ni des alliés de l'empire. Michel 1 Striphus, grand-amiral, prétendit avoir part au butin, .. et exigea de lui un gros péage. Caphyre , irrité, se met à courir sus aux vaisseaux grecs, infeste la .mer Egée et les îles , attaque Adramytte et l'abandonne au pillage. On lui laissa le temps de faire beaucoup de ravages. La marine de Tempire éloit en mauvais état, et le grand-
HrStOIRE DU BA8-£HPIRE. SSg
s'entendoit mieux à tirer des droits et à s'enrî- *à naviguer et à combattre. Enfin on fit partir irione avec trente vaisseaux. C'ëtoit un pirate îs , qui s'ëtoit rendu redoutable ; et que Terâpeac avoît par de grosses pensions attire à son serne s'en ëtoit pas repenti, et là bravoure de î avoît été plus d'une fois utile à l'empire. Elle ►as heureuse en celte rencontre. Il fut battu par e , et obligé de regagner le port de Constantinoperte de plusieurs navires. Caphyre , vainqueur, à Seste , où il sa voit qu'une autre flotte ëtoit k Il y arriva vers le midi , dans le temps que les* s et les soldats se reposoient'l^nr le rivage. Il enis les bâtimens avec les armes et les vivrès'dônt nt chargés. Devenu plus puissant par ce renfort, s descentes sur toutes les côtes, dans toutes les iposa des contributions, et les exigea avec ri- Uexis , ne se sentant pas assez fort pour le réduire armes, employa une ruse plus convenable à un u'à im empereur. Il lui envoya proposer la paix Génois, ses compatriotes et ses amis, établis à itinople. On lui promettôit six cents livres d'or, de terrain pour y domicilier plus d'aventuriers en avoit à sa suite. A ces conditions , Caphyre it à se donner à l'empire. Mais , pendant cette nén frauduleuse, l'empereur équipoit en diligence vaisseaux , à la tête desquels il mit encore Stiqui les chargea de Pisans, ennemis des Génois. ; l'armement est prêt, on va fondre sur Caphyre, )yant la paix conclue, n'étoit pas sur ses gardes, ttu y jpris et mis à mort. Stirione se rendit maître . les bâtimens, à la réserve de quatre qui lui ;rent.
autre espèce de piraterie, plus pernicieuse aux Nicet^L», échiroit les entrailles de l'empire : c'étoient les^*** ions des magistrats, qui achetoiènt des favoris et
5^ HifTQitv Bv Bât-mnKt.
des nainistjres le driHl de dévorer la to e dée
Au jcojnmencenient de $on règne, eiis voit déclaré
pitf on édit public qne les dignités et les raagistratarci^
ne seroient pkis vénales, mais conférées uniquement sa
mérite éprouvé et reconnu. Cétoit promettre le gonver-
nisment le plus sage et le plus heureux, et Tempereur étoit
disposé à tenir parole. Mais de cotltbien de lumières cl
de force n'a pas besoin un souverain environné de cor»
rqpteurs pour discerner les bons conseils, et- repooSKr
ceux qui tendent à les détruire ! Les pamds^ les coarti**
sans de Tempereur, qui dans les troubles (ftissés n*avoieift
travailléjc]U*à s'enrichir en pillant le bien des particnlicfk
et les revenus ptd>lics, ne ponvoient se détacher d'une à
doace habitude. Comme ils entouroierit le trAne , il ftl-
loit'les traverser pour y parvenir, e^^ ils avoient soinée
dépouiller les passans, et de leur vendre ce que le priocs
prétendait donner. G'étoit i leur recommandation qaei»
dîstribuoieaf les honneurs et les places ; Taveugle coa-i
fiance du prince, qui ne voyoit pas mieux les mancenvrei
de sa cour que ce qui se passoit au bout du monde , ste
rapportoit à leur jugement. Les femmes surtout avoiei^ fi
grand crédit, et les bijoux» les pierreries, l'argent, étoient k
la monnoie la plus honnête dont on achetoit leurs 8off pu
frages; en sorte qu'on voyoit élevés aux premières chargeii k
décorés même du titre de sébaste , des inconnus , desbl^ fc
bares, et, ce qui étoit moins encore, des Grecs sortis d^ p
la poussière ôti ils avoient ramassé de l'or. Ces hommes ^
de néant, revêtus de grands titres qui leur avoient coAti ^
cher, s'en dédommageoient sur ceux qui devenoient leort ]■
sujets, et la haine qu'ils s'attiroient rejaillissoit sur Teai'* -
pereur. Les peuples, qui ne voient le prince que dans ses 's
représentans , loin de les respecter, maudissoîent el les n
i%présen(ans et le prince. '^ k:
Ëuphr0syne^ plus clairvoyante que l'empereur, crut \^
devoir arrêter ce désordre. Ce n'est pas qu'elle n'en eM
teléfé ^ue grande pai1ie,8i elle en eût profité seule, mais
HI8T0IRB BU BlS-XMPIftl. Sgi
Ah regardoit comme un vol tout ce qoi tomboit en rautres mains; et d'ailleurs, considérant Tempire comme on bien propre , elle ponsoit que, pour le conserver, il itoit besoin d'user de ménagement, et qu^un brigandage ans borne iroit enfin à le détruire. Elle fit donc entendre i son mari qu'en conséquence de son édit, il falloit que es charges fussent gratuites, ou que, si Ton en tiroit de 'argent, ce devoit être au profit du trésor. Il s'agissoit de roQver un ministre capable de tenir la main à cette réonme; elle proposa Constantin Mésopotamite , et le iriace l'accepta, quoique peu prévenu en sa faveur, parce [Q^il avoit été bien avant dansiles bonnes grâces de son rère Isaac. C'étoit un homme insinuant , adroit , mais rane ambition démesurée, qui éclipsa bientôt tous les •trcs. Il se rendit maître absolu de Tesprit de Tempe- •ar ; rien ne se donnoit plus que par son canal. Ce grand oavoir, appuyé de l'impératrice, enflamma de dépit tous eux qui se virent anéantis. Il n'y eut pas jusqu'aux plus roches parens d'Ëuphrosyne qui en conçurent de la aine contre elle-même. Basile Camatère son frère ^ kodronic Contostéphane son gendre, qui avoit .épousé I fille Irène, résolurent de la perdre dans l'esprit du* !fi|ice. Us en trouvèrent l'occasion dans le libre accès ip'elle donnoit auprès d'elle à un jeune courtisan , bOiluné Vatace, d'une très-belle figure, et doué de Wtes ces qualités dangereuses qui intimident une crtu moins aguerrie que celle d'Ëuphrosine. Comme 'fmpereur étoit sur le point de marcher contre les lolgares, ils lui demandèrent une audience secrète. ^^ après lui avoir protesté dans les termes les plus iiergiques que les liens les plus forts étoieut ceuv liii les attachoient à sa personne; qu'ils étoient prêts lui sacrifier non-seulement les liaisons les plus intimes, elles de l'amitié et de la nature même, mais encore sur propre vie, ils ajoutèrent que c'étoit avec un Btr^me regret qu'ils alloient loi décoj^vrir les dan-**
g«reii8e& intrîgue$ d'une per6oaae qui hm était dièfé
aum-bien qu'à liii,. et.qui,. Bprès luiy-tenoit la ipn*
mièrçt place 4a09 leur cœur, « %>|re épouse (dirent-il^ip
^ en déshouorant la couronne que vous lui ayez niii9
«^r la télé, f^U awi à notre famille le plus san*^
«jglant affront;: Pour vous., prince , votre rang subliinr/
« vous élève fort, au-dessus de rinjure; la honUrat
<f peut monter jusqu'à vous, niais l'atteolat y peut
M .fi.tteîndrei Considérez votre péril , inséparable du nAtn.
« Pensez'vous qu'une épouse ingrate et infidèle ne s'sP |r
«. forcera pas de vous, précipiter du trtoe pour y placée
« Tobjet qu'elle vous paéfère? Faites périr Yatace; et
«c malheureux mérite là mort la plus prompte. Mme
« dissimulez avet la coupable. Contentez-vous de 'hk
« retirer l'autorité qu'elle prostitue» A votre retour èr
•« la guerre, vous prendrez les mesures les plus sàiiit;
« pour la punir. » L'empereur, frappé comnie d'oi
coup de foudre , mais aussi timide qu'irrité^ suivit Uat
conseil. Il envoya sur-le-champ massacrer Yalace|i|:
s'en fit apporter la tête, qu'il foula aux pieds en proft4
rant des paroles indignes de sortir de la bouche d'oft in
empereur. t
icet^L2, Il partit aussitôt pour Cypsèles , à dessein d'arrêter i|
Les courses des Yalaques et des Bulgares , qui , sous tt ;,
conduite de Chryse , ravageoient le pays de Sernii'^ï.
,Chryse étoit un Yalaque de petite stature , mais d'otf «
grand courage.. Dans le temps que Pierre et Asan s'é-' t
toient révoltés contre les Grecs, se croyant lui-même^ è
plus digne de la couronne , il s'étoît séparé d'eux, fUi ;$
à la tête de cinq cents hommes, il avoit passé an sef* n
vice de l'empereur. Les relations qu'il conservoit avctf >
ses compatriotes , et le bon traitement qu'il leur faisoib
lorsqu'ils toniboient entre ses mains, firent soupçonDef-
sa fidélité : on l'arrêta ; mais peu de temps après , s'étan^
)iiistifié auprès de l'empereur, on lui confia la garde ^
d'une placé importante, nommée Strummize, en IVlacc^
HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. SqS
Mne. On ne fut pas long-temps sans s'en repentir; il e rendit maitire de Strummîa^, et fit à Ferapire une nerre ouverte. Alexis marcha en personne contre ce oavel ennemi , et rassembla soji armée à Cypsèles. lais, pen constant dans ses projets, et ne s'éloignant «l'a regret de la vie molle de la cour, il s'en tint aux irëparatifs , et deux mois après son départ il revint à Sonstantinople.
Lia mort de Yatace fit trembler Timpcratrice/ Plus Ile avoit été hautaine; plus elle devint humble et ram- 4inte devant les confidens de son mari ; elle les sup- »lioit à mains jointes de prendre sa défense. Les uns , ODchés de compassion , plaidoient sa cause auprès de •empereur, et traitoient de calomnies les rapports par ■Kiaels on avoit voulu la noircir. D'autres , plus inlexibles , conseilloient au prin<?ie de tenir ferme et de K pas se déshonorer à la face du monde entier en ouvant les bras à une épouse dont il avoit lui-même Itfdar^ l'infidélité par la punition du complice. Il prit m milieu entre ces deux avis. Il continua d'admettre Ëaphrosyne à sa table , mais d'un air si contraint et kvec tant de marques d'une aversion profonde, qu'elle cntit bien qu'elle étoit perdue , si elle ne payoit de liesse. Elle demanda hautement qu'on lui fît son As, et protesta qu'elle consentoit à subir la peine |ni seroit prononcée , si elle étoit juridiquement cooraincne; mais elle supplloit Tempereur de ne se décider |ae sur des preuves certaines , et non par les suggestions l^une artificieuse malignité. L'empereur, voulant éviter Rn jéclat flétrissant pour lui-même , se contenta de faire «iterroger à la question les femmes et les eunuques de Shnpëratrice. Il crut en savoir assez pour la bannir de la présence , mais non pour lui ôter la vie. Ainsi, après i^avoir dépouillée de toutes les marques de sa dignité , il b fit sortir secrètement du palais sous l'habit d'une Eemmë du commun , sans autres domestiques que deux
Ucet,
filles barbares qui n'enlendoient pas mCme la grecque. On la mit ainsi dans une nacelle qni la. duisit à un monastère à Tentrée. du Pont * Eoûn^ n'y demeura que six mois. Ses accusateurs n'; voulu que lui ôter son crédit , et ne s'étoient pas.» giné que leur maître fût jamais capable d*nne résolnli vjjgpureuse. Ik s'étoient flattés qu'^n rabaissant syne , ils prendroient sa place , et qo'H^ gouvei eux-m^na^ Teroperear. Mais, voyant que Mësopo' proBloit seul de la disgrâce de l'impératrice « et qa^ ne leur en revenoit que Texécration des un& et les leries des autres , ils se réunirent avec toute la pour apaiser l'empereur , ce qui ne fut pas plna dîfts cile qu'il n'avoit été de Tirriter. Euphrosyne fut pelée, et, prenant droit de l'injustice qu'elle p avoir soufferte , elle regagna bientôt la tendcesse dt mari par ses adroites complaisances ^ et devint puissante que jamais. Pour ne pas réveiller l'orage ,. parut avoir oublié les chagriqs qu'on Iniavoit si et cette modération politique fut vantée comme l'eftil sublime d'une magnanimité héroïque. ^
/. 3, Le retour de Timpératrice, loin d'affbiblir le ponvotc de Constantin Mésoputamite , raffermissoit davants|b Soutenu d'une main si puissante, il se crut en état cPii|p ]^ brasser toute espèce d'autorité. Il refusa comme unes^ ploi trop au^dessousade son rang celui de premier il*» crétaire qu'il avoit exercé sous le règne d'Isaac, d qu'Alexis lui offroit de nouveau. Son ambition étoit dt régner dans l'église comme daps l'état. Il étoit clerc rt avoit le grade de lecteur. Il demanda le diaconat ; é l'empereur , qui ne savoit lui rien refuser , le fit ordoaiMt par le patriarche. Dè& qu'il fut dans les ordres sacrés^ il déclara à l'empereur qu' il ne pouçoii plus en etmsciefue^ se mêler des affaires ciçiles ; que les saines canens Orfendaient aua^ ecclésiastiques de serçir en menu tempt Dieu et le siècle , ei que ces deuxjonêtions etani inamh
HIBTOI&I DU BAS-SMPIAK. SgS
\ataUs f il ailoil abandonner le palais. Jj>mpereur , ei croyoit ne pouvoir se passer de ses services , força t: patriarche Xtphilin de l'autoriser par une dispense à iniiir les deux emplois sans blesser la discipline ecclë* Mtiqoe. Peu de temps après il fut nommé archevêque de iheasalonique V le premier siège de l'empire après celui B CoDstantinople , sur lequel sans doute il portoit ses HS. C'eût été là le moment de quitter la cour pour riler la chute où le précipita bientôt sa trop grande lëvation. Mais l'ambitieux ne regarde que la hauteur h il aspire, sans baisser la vi^e sur les abimcs dont elle Il environnée. Il falloit s'éloigner quelque temps pour lier prendre possession de son archevêché. De peur que «Mlqo'im ne prit sa place auprès du prince, «il la fit Mtler par ses deux frères , qu'il introduisit dans la Mifidence d'Alexis, et qui ne s'en éloignoient jamais ; a les appeloit par raillerie les ^endans d'oreilles de ^gmpereur. L'absence ne fut pas longue. Constantin , fai avoit précipité le voyage et l'installation , revint plus ■lotain que jamais ; et ce qui accrut encore son orineil, c'est que l'empereur, ayant entrepris dans cette mijoncture une nouvelle expédition contltokChryse , y iëfiarit mieux qu'il n'avoit fait auparavant ; ce qui fut iltribué, non pas au mérite du prince, dont Tincapa* tité étoit connue , mais ^ux sages précautions et aux lîspositions du ministre. Il étoit au comble de la gloire , la fui le moment de sa chute. Devenu insolent , et croyant aoovoir impunément écraser les antres hommes qu'il Niyoil ramper sous ses pieds, il fit nàttre contre lui* a^éme une dangereuse cabale. Michel Stryphnus, grandlaairal par sa charge , mais par sa conduite le pirate de (Vmpire, qu'il pilloit sans retenue , irrité des entraves |ae Constautin mettoit à son avarice , étoit à la tête le ses ennemis. Le ministre , accusé de faux crimes , le trouva nulle ressource dans un maître aussi Ibible ]q' Alexis. Il fut dépouillé du ministère , et le patriarche ,
Ucet,l, i
S96 JlMTdlÏLE ht BÂS-tirtlÉk.
soit par oràtf de Tempefenr, soit par la haine qite \à\ prétentions de Constantin lai aboient inspirée , a] formé on synode de qnelqnes prélats vendns à la faveôr'j le déposa comme coupable de crimes énormes qui furent jamais prouvés. C'est ainsi que dès causes in)i dans les auteurs de la disgrâce produisirent un effet dans celui qui en fut la victime. Son exemple très-salutaire à Théodore Irénique, son successeur le ministère. Homme de bien , éloquent , laborieux très-attaché à ses devoirs , il ne se laissa point enii par les vapeurs de la fortune, et conserva dans cel élévation la douceur de mœurs et l'aimable simplit de son premier état. Nullement jaloux de prérogatii plus difposé à relâcher, les liëAs de son autorité les resserrer outre mesure , il n'essuya aucun re^ Chéri de tout l'empire , il n'eut jamais à combat que les caprices et l'imprudence de son maitfe.
L'enlèvement de deux chevaux fut cause d-urie qui fit perdre à l'empire plusieurs villes de Phi Le sultan d'Egypte envoyoît à l'empereur deux siers arabes. Comme ils passoient par la Lycaonie, chosroës , sdltan dlcone , s'en saisit; et Tun d'eux s'^ tant peu après blessé dans une course, il se repenl d'avoir pour un sujet si léger troublé la paix avec Ter pire, et envoya fttîre des excuses à l'empereur. Il pro^ testa qu'il n'açoilpas eu dessein de garder ces cheval que y l'un d'eux étant devenu boiteux ^ il n*osoit lui ri çoyer t autre ; mais qu'il saurait bien F en dédommi par un présent de plus grande valejur. C'en et oit a! pour calmer une âme généreuse qui n'auroit consid^ que rhonneur. Mais Alexis, plus sensible aux petit choses qu'il n'étoit affecté des grandes, devint plus fiï par la satisfaction qiie lui faisoit le sultan ; et plutôt de l'écouter, il aima mieux se mettre en colère :'îl arrêter et jeter en prison tous les marchands turcs gr^cs qui faisoient le commerce d'Icône', saisir let
HI8TOia£ DU BAS-IMPIR.S. 3^7
BeH; et au lieu de les faire vendre au profit du fisc, s qui dans une telle violence auroit du moins eu Pair 'oi|ft procédure régulière , U les abandonna au pillage, le saltan , irrité , fut le plus tôt en campagne ; il ravage m bords du Méandre, saccage deux ou trois villes, et iarche vers Antioche de Phrygie avant qu'on sût dans ( pays que son armée approchoit. Il étoit nuit , et il se roit sans peine emparé de cette ville par surprise, \ns une rencontre singulière. Un des principaux habits marioit sa fille, et toute la ville retentissoit du bruit et timbales et des trompettes. Le sultan, persuadé que iéibient des signaux militaires, et qu'on étoit averti de Ml arrivée^ crut le coup manqué , et se retira.à Lampe pbdu Méandre. Il emmenoit une foule de prisonniers, Ijoe prince , hoipnme d'esprit , résolut de s'en faire des ijets fidèles. Il s'y prit de la manière seule capable de ftgner le cœur des hommes ; ce fut de les traiter avec jatë. Après les avoir fait enregistrer sur un rôle, où il^iparquoit leur nom, leur pays, le nom de celui qui l^^avoit pris, s'ils avoient perdu quelqu'un de leurs Ifets, si on leur avoit enlevé leurs fils, leurs filles, leurs nmes, il leur fit rendre tout ce qui leur avoit appar- IBO. Il mit ensemble ceux de chaque famille , de chapp contrée, et les partagea en troupes de cinq raille goomes. Il prit grand soin de leur subsistance; et Knmec'étoit le temps de l'hiver, il porta ses attentions ^ritables jusqu'à leur fournir de quoi se chauffer. C'éjljt un spectacle digne des temps héroïques de voir le Bnce lui-même, une cognée à la main, leur abattre |^.arbres, et les Turcs, à son exemple, travailloient |nr eux comme pour leurs frères. Arrivé à Phîlomé- Itaiy il leur assigna des domiciles et des terres fertiles, |ir distribuant les instrumens de labourage , et de quoi Ipêmencer. Il leur déclara que, si leur premier maître fc.réconcilioit avec lui, il les renverroit sans rançon; Iton 9 qu'il les maintiendroit pendant cinq ans exempts
598 HMTOiaS ou BAtf-XHJPI&B.
de tout irop6t ; et que^ ce terme expiré , il n*exig
«fu'iioe contribution très-supportable- qui ne crd
jamais , et que les frais de perception n'augmenti|
pas , selon rusa{(e de Tempire grec. Après ces géoér
dispositions il retourna à Icône. Cette bumanitë
prince barbare, qui Tétoit moins que les empe
grecs, lui attacha- irrévocablement le cœur de ces
sonniers ; ils se virent plus libres et plus heureux <
n'avoient été sous leuf maître naturel. Non-senlenie
oublièrent leur terre natale, mais même quantitéde(
jaloux de leur bonheur, des villes^ entières , vinrent
empressement embrasser la qualité de sujets du p
dlcone. En abandonnant l'empire , ils croyoient
non pas leur patrie , mais le fardeau multiplié àa
positions, la misère, les contraintes, ly-saisies, le
sons , en un mot , toute la terreur des exactions fisc
souvent aussi funestes aux sujets que les désastres
guerre. L'empereur avoit,d'abord envoyé contre li
tan un corps de troupes sous la conduite d'Andi
Ducas , à peine en âge de porter les armes. Aussi m
autre chose que d'enlever quelques troupeaux,
mena at^ssitôt à Constantinople , comme si c'eût et
tant de prisonniers. Enfin l'empereur se détacha
peine du séjour délicieux des îles de la Propontic
vint à Nicée et à Pruse pour arrêter les ravage
^ Turcs; mais il ne put être plus d'un mois éloigné
plaisirs, et revint sans autre avantage que de
montré en Bithynie.
Atf. 1199. Alexis fatignoit ses troupes par des marches c
Nicet, L 2 , nnelles. Tantôt en Europe, tantôt en Asie, il se m
Du Cariée ^ Icur tête commc pour aller chercher l'ennemi
Tarn, p. ao5^ avant que de l'avoir vu , il rebroussoit chemin.
les jardins de Constantinople il ne s'occupoit q
batailles; en campagne, il soupiroit après les p
de Constantinople. Ses soldats, plus voyageurs que
rîers, harassés sans aucun fruit par tant de mouvei
HISTOIRE DU BAS-BMflRl. Sqq
piittoient avec peine leors foyers « où ils ne dévoient pppofier que la misère et la honte , au lieu de cette Ipoce vanité que donne la victoire. Ils eurent ordre ■pendant de marcher encore Tannée suivante , et le ■qdaz-vous fut marqué à Cypsèles. Us y attendoient empereur , lorsqu'ils apprirent qu'il étoit aux portes • la mort. Tourmenté depuis long-temps par de fré^ tasntes attaques de goutte , et ennuyé des remèdes lents m médecins , il réspiut de se guérir lui-même par une pération vigoureuse , dont il croyoit le succès infailiUe.. S'étant donc un )our enfermé avec ses chambel- I0S, sans permettre l'entrée aux médecins, il se fit dans n. jambes de profondes incisions avec on fer ardent, et fasia aux premières douleurs ; mais bientôt leur vioyit sa philosophie en défaut. On ouvrit toutes portes, on appela tous les médecins; il fallut en reir aux premiers traitemens; et comme la goutte fenontoit , on fut plusieurs jours à craindre pour sa h^ Euphrosyne étoit dans de mortelles alarmes : attamtt au trône qu'elle alloit perdre avec son mari, elle hlprchoit un successeur aussi facile à gouverner. Elle falvoit que trois filles. Eudocie l'aînée avoit été mariée ir Isaac son oncle à Etienne, roi de Servie, dans le Mpa que son père étoit encore retiré auprès de Salami ; et cette alliance l'écartoit du trône de Constanti- ■ple. Les deux autres ét.oient veuves; Irène, d'Andronic feDtostéphane ; Anne, d'Isaac Comnène. On n'avoit mde de songer au fils d'Isaac , qui avoit cependant les iMts les plus légitimes. Ainsi le conseil'de la princesse Ipartageoit en autant d'opinions qu'il y avoit de têtes, ^tM:on nommant celui dont il espéroit le plus d'avance. L'intérêt personnel alloit jusqu'à proposer des lÀos au berceau. Jean le sébastocrator , oncle de l'emlueur y et Manuel Camyze, avoient leurs prétentions; ils iU s'écartoient l'un l'autre, et chacun des deux irait préféré à son rival le dernier de l'empire. Les
4oO HISTOIRE Bt^ÀS-EMPl&E.
trois frères d'Alexis , et Jean Cantaouzène , mari à^lrioxi leur sœur, tons aveuglés par Andronic, n'osoient Kj mettre sur les rangs; mais ils y mettoient leurs fils.Ot| voyoit même des hommes vils, des inconnus, enrichii: par des emplois mendiés ou achetés , quelques-uns m(me par des trafics honteux, porter leur audace îusqQ'aai trAne et former des cabales pour y parvenir. L^empiic ctoit tellement avili , qu'il n'y avoit personne qui nett. ccût eu état de le gouverner, et tellement dépourvu de mérite, que, dans un si grand nombre de contendanif nul ne paroissoit digne de commander aux autres Pendant cette agitation de la cour , Targiée r campée à Cypsèles , sur la droite de THèbre, un de Valaques passa le Danube, et vint par Tautreci du fleuve courir jusqu'à Zurule. C'étoit le t^oips l'année où L'on célébroit en l'honneur de saint Geor dans un bourg voisin de cette ville , une de ces fil auxquelles la dévotion d'une part, de l'autre tout ce y est contraire , attirent des provinces entières. Led des barbares étoit.de troubler la fête et d'enlever offrandes, les marchandises et les pèlerins. Un brouiln lard les fit égarer, et au lieu de prendre le droit chfr mi a', ils descendirent jusqu'à Rhédeste , vers la Proponi; tide. Dès que Théodore Branas, gouverneur deThra avoit été averti de leur marche , il avoit écrit à moine, nommé Rhacyndite, qui avoit coutume de rendre des premiers à cette fête pour recueillir les moues des fidèles. II le chargeoit de publier sa lettre, de renvoyer tous ceux qui vicndroient , en les averti saut du danger auquel ils alloient être exposés. Le frè craignant que sa quêle n'eu souffrît , si rassemblée dissipoit, fit tout le contraire de l'ordre qu'il avoit r Il supprima la lettre, et, contrefaisant Tinspiré, prêcha aux assistans que peut-être ils entendroientdi (lue les Valaques venoient sur eux, mais que c'éloi tics bruits sans fondement; et qu'après tout saint Geon ■•
niSTOIRK DU BÂS-ËMPIRÉ; 4^^
(nefricr encore plus redoutable qu'il n'avoit été durant i vie, sauroit bien les défendre. Cependant les Valaques iarchoient à Zurulc. Sur la nouvelle certaine de leur pproche, Talarnie se répand entre les pèlerins; les uns aient , et sont pris par les ennemis; les autres, encore n très-grand nombre, prennent un parti plus hardi et dns sage dans la conjoncture : ils se renferment dans 'église, et Tentourent d'une palissade de leurs chariots, |a'ils garnissent de tout ce qu'ils ont de braves gens, rrraés de traits et de pierres. Les barbares^ qui tie s'atendoient pas à la résistance, ne jugèrent pas à propos {^attaquer cette nouvelle forteresse; ils se contentèrent le piller les marchandises, et s'en retournèrent avec letif proie. Comme ils passoient près de Byzie , un corps 3e troupes grecques , qui y étoient en garnison, tomba Rir eux , les mit en fuite , et reprit une grande partie la butin. Mais il ne le garda pas long-temps. Tandis |de les vainqueurs avides ne s'occupoient qu'à se disl^ter les dépouilles, ceux qui avoient pris la fuite re- Hennent sur eux, les taillent en pièces à leur tour, et Remportent ce qui leur avoit été enlevé.
- Dès que les douleurs de la goutte eurent donné quelque NiceL /. 3, îelâche à l'empereur, il se rendTt à Cypsèles, d'où il^' *'
krit la route de Thessalonique. Son dessein étoit de abâticr la révolte de Chrjse, qui s'éloit rendu maître Tan canton de la Macédoine. Ce rebelle faisoit sa prinripale résidence dans une forteresse nommée Prosaque, >ù l'art avoit secondé la nature pour la rendre imprebable. Au bord du Vardar s'élevoit uti cercle de mon- 'HgTies , fermé du cAlé du fleuve par deux énormes^ Poche rs , qui, se joignant par le pied, ne laissoient ^tre eux qu'iui passage étroit et escarpé, traversé encore d'une épaisse muraille. Un double chêiteau cou vroit Il cime de ces deux rochers. Chryse y mit une forte hrnijBon de vieux soldats avec une immense provision Ib vivres. Tout le contour fut bordé de machines; et
fliST. DU KAS-EMP. TOM. JX. 2t>
4oa HIStOIRE DU BAS-EHPIRS.
comme Tenceinte étoit crime vaste étendue, elle rei!r^ fermoit des plaines et des bois, où pabsoient un grand nombre de troupeaux. Il n'y manquoit que de l'eau, lé terrain ne fournissant aucune source; et le roc ne per-« mettant pas de creuser des puits, il falioit en aller puiser dans le Vardar. Au milieu de cet asile, Chryse secroyoit en état de braver toutes les forces de l'empire. Les olB-i ciers les plus sages conseilloient à l'empereur de commencer par s'emparer des autres places dont Chryse étoit maître, et de n'attaquer celle-ci qu'après avoir, par des succès, inspire à ses soldats assez de courage pour escalader des rochers et combattre la nature même. Mais les eunuques et les jeunes courtisans tournoient cet avis en ridicule : V avoit-il rien de difficile à tem- \ pereur? Pourquoi ne pas attaquer l'ennemi dans son fort, dont la prise èmporteroit tout le reste? Vouloit' on passer Vannée dans ces affreuses contrées ^ tandis que les charmes de t automne les rappeloient aux dérh t cieuses retraites de la Propontide ? Ces discours seni- bloient être des raisons à un prince voluplueux. On marcha droit à Prosaque, et Ton prit en p.nssant plu- [ sieilrs châteaux. Ou brûla des moissons et des granges. *■ Les Turcs auxiliaires firent grand nombre de prison- ! niers, et l'empereur n'eut aucun égard à ceux qui Ini \ représentoient qu'il ne devoit pas laisser entre les mains I de ces infidèles des chrétiens en danger d'abjurer lenr ' foi pour se délivrer d'esclavage, et qu'il valoit mieux dédommager les Turcs par d'autres libéralités.
On campa devant le mur de clôture, et sur-le-champ > on commença l'attaque. L'ardeur des soldats s'anima au-delà de toute espérance. Couverts de leurs boucliersj; tenant en main leurs épécs ou leurs arcs , ils grim^ poient aux rochers ; et , parvenus au haut de la muraille^ ils se battoient à coups de main contre les défenseurs: Après bien des efforts et un grand carnage , ils vinreol
^ bou| de s'ço^parec ^u mur. Mais il falioit cacore cW
HISTOIRE DU bas-'Empiue. 4o5
liàlader les deux châteaux bâtis sur la cime des rochers; IjCS phis hardis et les plus alertes gravissoîent comme tles chevreuils aux avances des pierres, et ^uiodoient avec des cordes leurs camarades qui les suivoient. Il falloit eu même temps combattre rennemi qui leur disputoit tous le^ postes. Eniîu, à force de l'ati«ues,, après des prodiges de hardiesse et décourage, ils parvinrent au pied du château , et s'aperçurent alors que tant de travaux étoieut perdus par la, négligence du commandant des ouvriers , et par cçlle du pi iute , qui ne savoit ni récompenser, tii punir. On manquoit de pioches, de pics, et des autres outils nécessaires pour saper la muxaille et ouvrir une brèche. Après en avoir demandé.en \aîn , le désespoir letir donnant des forces , ils se servoienC de leurs mains et de leurs armes pour détacher les piçrjes. On tarda même long-temps à leur envoyer <les échelles , et les plus impahens se faisant des échelons de leurs épées, qu'ils enfonçoient entre les joihlures des pierres, alloient se suspendre aux créneaux pour les abattre, au risque d'en être etix-mêmes écrasés. Enfin, épuisés par tant d'eftprts , consumés par les brûlantes' ardeurs du soleil, après <ivoir. perdu grand nombre de leurs camarades ils redescendirent, maudissant l'empe-. ,3feur, qui savoit si mal profiter du courage de ses trou- ^pes. En efièt, les Valaques avouèrent ensuite que la prise :^ela place, et de Chryse même, él oit infaillible, si l'oni ^'^ût secondé Tardeur des soldats. Lé lendemain ils voulurent recommencer l'aîlaque; mais ils trouvèrent l'enroiemi mieux préparé , et encore plus opiniâtre que la - veille. Les machines Jouoient en plus grand nombre et ^vec phis de succès. Il tomboît un terrible orage de ■ pierres énormes, qui , se brisant en plusieurs éclats sur *ljes pointes des rochers, formoient une grêle meurtrière. 'J^es machines étoient servies par tin ingénieur, étranger l^jfcirt habile, qui s'étoît d'abord donné, à l'empire; maiçi' peinai payé , il avoit passé au service de Chryse. La nuli
4^ BISTOIRl Dr BitS^IMPIKl.
Miivante les auiëgët firent nnt aortie , bHMèi^iM I«ima« chines dés Grecs, et, ayant surpris les gardes avancéeir les ponssèrent jusqu'à la tente dii protoveslbûre , qui, s*tftant réveille au cris des fuyards, se sauva en chemiaep Sa tente fut pillée , et son équipage servit de déguise-» ment et de ruée aux barbares, lis passèrent lé reste de la nuit à faire rouler de haut en bas des tonneaux videiy qui, bondissant avec le fracas dit tonnerre , glaçoicot d'effroi le coeur des Grecs , comme si' les rochers ou \é dal même s'écrouloient sur leurs têtes. L^eniperenr, sans espérance , qu'il perdoii toujours le premier, presié d'ailleurs dé retourner à ses^ plaisirs, iit proposer là psii^ à Chryse; et, pour Tobtenir, il lui céda en propriëté Strummize,' Prosaque et le pays d'alentour. Quelque temps après, pour conserver son amitié, il lui donna etf iliariage une prince^e de son sang, comme je lé dirst dans la suite ; et soiii un prince tel qu'Alexis, un avetK liirier barbare se rendit assez formidable pour faire re« éhercher son alliance par la famille impériale. Les $^ tions de cette campagne, dignes des efforts de l'ancienne' Grèce , faisoicnt assez connottre qa*il restoit encore dans le cœur des Grecs des étincelles de valeur quW auroit pu rallumer, et que les soldats manquoient plutdi d'un chef vaillant et habile qu'un tel chef n'auroit L manqué de braves soldats.
i^M. Â peine l'empereur avoil quitté la Macédoine , que' les Patzinaces y entrèrent. Partagés en quatre corps, ili' embrassèrent dans leur ravage nué grande étendue de pays. Ils osèrent même insulter les places fortes , et stlaquer des châteaux situés sur des montagnes. Mais ill^ s'attachèrent de préférence aux monastères , où ils es* , ^ péroient trouver plus de richesses; et n>alheur aux laoi^ nesr qui n'abandonnèrent pas par une prompte fuite (te qu'ils avoient de plus précieux. Pas un n'échappa an'i tranchant de leurs épées. Ces barbares > après avoir U'^*' krement parcouru toute la province , se retirèrent char*;
niSTOIllE DU BAS-EMPinC 4^$
^ de dépouilles. Pendant que la Mncédoîne ëtoit co alarmes , la cour de Constanlinoplc ne s'occupoît que .de divertisscmens et de fôtcs. L*empereur marioit ea secondes noces ses deux lîllcSf devenues veuves dans l(i ileur de leur jeunesse et de leur beauté. Il leur avoit d'abord cherché des alliances chez les nations étrangères, éti il préféroit les princes qu'il craignoit davantage. Enfin «a timide politique cédant au goût des princesses, 41^^*^ Paléologue répudia sa i'cmme pour épouser Irène , que Tambition seule lui rendoit plus aimable : Anne Tuft mariée à Théodore Lascaris , jeune seigneur déjà renonmié pour son courage. \\ étoit Tatné de six frèref pleins de valeur. O prince, qui fut dans la suite la ressource de Tempire grec , est le premier Lascaris nommé daru rhistoire, <pioiqu'elle attribue à cette famille une noblesse ancienne. On étoit alors à la veille du carême; et les Grecs , [>lus raisonnables en ce point que les autres nations chrétiennes, se préparoieut h la pénitence par le retranchement des spectacles et des divertissemeni publics. Les jeunes époux obtinrent de Tempereur qu^il ■erclâchÂt de cette sévérité. Maïs il voulut que les jeux Fussent renfermés dans Tenceinte du palais, et ne perrnit pas au peuple d'y assister. On dressa un théâtre, on prépara un cinpie dans lo palais de Blacpiernes ; et , par Une régularité bizarre, plus indécente que la licence, Ie9 princes, les nu'nistres , les sénateurs et leurs enfant firent le rôle <le comédiens et de cochers.
Ces réjouissances furent troublées par une fâcheuse louvelle (\\\im reçut de Philippopolis. Ivan secompor- Loit en maître dans cette contrée. Chargé d'arrêter lei Bourses des Valaques et des Bulgares, il abusoit de Ui commission pour se rendre indépendant, et, sou« >r^texle de servir Tempire, il servoit en eflct ses vues imbitieuscs. il attiroit à lui par ses libéralités grand lonnbre de ses compatriotes, dont il se faisoit des soldat^ I la placie des troupes grecques qu'il congédiolt. Il cop^r.
'^o6 PISTOIRI PU 9AS-BMVII1Ï.
'troisolt des forts sur- les sommets du mont RëmnsJi)!' âvertissoit Tempei^eur de ses intentions per6des; maif' •ïe prince, prévenu de bienveillance pour ce barbait^ aur]nel il avoît fiancé sa petite-fille, appronvoit sa coniduiie, le combloit de présens, lui acéordoit toutes m demandes, et lui donna même le nom d'Alexis. l\ ne fct désabusé que par une révolte déclarée. Elle éclata 4ontà coup, et Tempereur, pris au dépourvu, tenla d'abord les voies de cohciliatfon. Il envoya au rebelle uû eunuque de ses ^mis pour lui rappeler ses engngemens et les bienfeits de Pemjpereur, qui, malgré son infidélité, ëloit très-disposé à lui pardonner. Eh attendant qu'il pût rassembler une armée, il fit partir les troupe» 'de sa maisoh, qui étoient les seules en état d'entrer en campagne, et mit à leur tête ses deux gendres, sîccompaghés de Manuel Camyze, grand-écuyer , de tous les seigneurs de la famille îriipérîale, et des officie de la cour. L'eunuque étoît un traître, qui, loin détourner Ivan de son entreprise, Ty afiFermît davantage, et fui conseilla de se cantonner dans les montagnes, où il seroit en sûreté. Les princes niontroîent d'abord beaucoup d'ardeur; mais elle se ralentît bientôt par la difficulté d'aller relancer druis son fort ce furieux sanglier, entre les rochers du mont Ilémus. On fut d'avif de s'arrêter à reprenthe les places dont il s'éloit rendft maître. On prit par escalade, le château de Cri/Jmei et il en coûta la vie à plusieurs braves guerriers, doulle plus distingué fut George Paléologue. Ivan, qui joignoit la ruse à la valeur, surprit les Grecs par un stratagème. Un autre révolté, nommé Jean, s'étoît emparé de la ville de Thrace appelée autrefois Dêbelius, et alors Ztigora. Il s'étoit allié avec Ivan. Celui-ci W descendre dans la plaine de nombreux troupeaux ave quelques prisonniers grecs ; c'étoit , disoit-il , un pré sent qu'il envoyoit à son ami. Il avoit placé ses tron en embuscade , afin de tomber sur les Grecs , qçi
HISTOIRE BU BàS-EMPIRC. 4^7
manqiieroient pas d'accourir, tant pour enlever cette proie que pour délivrer leurs prisonniers. Tout arriva comme il l'avoit prévu. Les Grecs, enveloppés comme dans un filet , furent pris ou tués. Camyze y perdit ]a liberté. Cet événement abattit le courage des Grecs ^ et releva celui des rebelles. Ivan , n'ayant plus rien à craindre, traversa les campagnes, nuissacra , prit, rançonna tout ce qu'il trouva de Grecs, et pénétra jusqu'à Abdère, vers l'embouchure du fleuve Nestus. Naturellement féroce et sanguinaire, il se faisoit dans ses festins un divertissement cruel de couper en pièces ses prisonniers. D'un autre colé, l'empereur, quin'éloit guère plus humain, au lieu de délivrer Camyze, ne songea qu'à tirer lui-même profit de sa captivité. Il s'empara de tous ses biens, qui étoîent très-considérables, se félicitant d'avoir g«gné par la défaite plus que ne lui auroit rapporté la victoire; et, pour s'aflVanchir des justes plaintes de la famille du prisonnier, il fit enfermer la femme et le fils <le cet infortuné général, qui avoît tant de fois exposé sa vie pour le servir.
Cependant , l'armée étant assemblée, Alexis se rendit jçicc$ji à Andrinople, où il demeura plusieurs jours à déli-*^*^-bérer sur les moyens de réduire un si redoutable ennemi. Le nom seul d'Ivan faisoit trembler ses troupes, et la présence de l'empereur ne les rassuroit pas. Ivan employoit la ruse, mais c'éloient des ruses de guerre: Alexis crut user de représailles en mettant en œuvre la perfidie. Il lui envoya des hommes affidés pour l'inviter à venir trouver l'empereur, très-disposé, disoienfils, à faire un accord avec lui. En attendant sa réponse, on s'avança vers Philippopolis, et Ton emporta de force un château, où quantité de barbares furenfc pris et réduits à l'esclavage. Ivan ne vouloit écouter aucune proposition que l'empereur ne lui eût assure par lettres patentes la possession paisible des places et flfs terres dont il s'étoit emparé, et qu'il ne lu; eût
n^is entre les mahns * \^ 'priiieieiEfe «i fiaifcést prnii^. laquelle il demanfloit inénfie.les oi^eiT!en& inipériau^ Xi^enipereur lui promit tout, et lé. traité fut )uré dt jpart et d'autre\sur les saints ]^vafijgiie$. Mais dès que^ sur cette assurance, Ivan se fpt rendu auprès. d'Alexis» il fut arrête et mis dans les fers. Son frère Mitus fut banni àe Tempire. Pn reprit sans peine toutes les places dont Ivan s'étoit\saisi; et Alexis crut avoir acheté à bon 'marché nn infâme succès c^ii ne lui coûtoit qu'un parjure. La destinée de Théodora, promise à Ivan, étoit de passer sa vie avec un mari barbare; elle fut, deux ans après , donnée en mariage à Chrysp , adonné au vin et à ta débauche, qui la traita avec Tuépris. * En l'absence deTempereur, Ëuphrosyne avoit main-r tenu la tranquillité dans Constant inople, malgré une
action, dangereuse qui cherchoità soulever le peuple.
lus ferme et pliis Vigilante que son mari, elle avoit î^touffé la sédition naissante eii faisant arrêter et punir' pontostéphane, chef des mécôntcns. Elle avoit eu asset de force. pour faire lUde action de vigueur, elle en eut trop peu pour ne pas s'enivrer des louanges qu'elle en reçut. Se croyant ' supérieure à son sexe par son courage, elle en oublia toutes les bienséances. Elle ne s'occupoit que des exercices qui sont faits pour les hommes. On la xoyoit vêtue eu homme, un oiseau sur le poing, courir les forêts à la tête d'une troupe de chasseurs, dont elle se piquoit <le surpasser la force et la hardiesse. N'étant plus retenue par aucun frein, elle se mit en tête de pénétrer dans les secrets de l'avenir, et se plongea dans les ténébreux mystères «le la magie. Environnée d'imposteurs, elle se livroit à des pratiqîiès extravagantes. On muliloit par son ordre les plus belles statues de Constantinople, on en brisoit les têtes à coups de marteau. Elle fit fouetter, à la vue de toute la ville, une statue d'Hercule, ouvrage antique et fort estimé. Le peuple , dont elle devint I^
^ISTOIR£ DU BAS-EHPIUÇ. i^OQ
risëe, n*osoît parler hautement de celte princesse altîère; mais on se dédommageoit de cette contrainte en Instruisant de ces oiseaux qui imitent la voix humaine; après leur avoir appris des traits satiriques, on les iaissoit aller en liberté. C'éloit par leur organe, préférable à celui des courtisans, que Timpératrice apprenoit ce qu'on pensoit d'elle.
L'empire çtoit tranquille du côlé des Turcs. Il en Nicet.l.: étoît redevable à Tambilion des fils d'Azzeddin, qui ^M.'deGu déchiroient mutuellement par des guerres sanglantes. Ç*"» ^" Rokneddin, le plus remuant et le plus vaillant de tous, n ^ p.b^. chassa d'Icône son frère Kaïchosroës, qui , après s'être retiré auprès de Dhahcr , ûls de Saladin et sultan d'Âlep, ne pouvant engager ce prince à le secourir, se Tendit à Constanlinople. Il espéroit trouver dans Alexis la même bienveillance que son père avoit éprouvée de l'empereur Manuel. Il n'y trouva qu'une froide indifféirence , et retourna en Asie , où , pour éviter les poursuites mie son frère, il alla se jeter entre les bras de Livon, roi ^'Arménie. Livon, allié de Rol^neddin, voulut bien lui donner asile, mais non pas le secours qu'il demandoit pour rentrer dans ses états. Ce refus le détermina à retourner à Constantînople, où il passa le reste de ses jours dans la triste condition d'un souverain dépouillé, ^u'on croît aider assez en plaignant son infortune.
L'année suivante une armée innombrable de Comans An. laoi :^int se jeter en Thrace; et, portant de toutes parts le Nicet.l.: vnassacre et l'incendie sans trouver de résistance , ils ^' ^' auroient pénétré jusqu'aux portes de Constanlinople, sans une attaque inattendue qui les obligea de rega* ^er leur pays. Les Russes, nouveaux chrétiens, briiloient de zèle pour la religion qu'ils avoient embrassée. JVnimés par leur archevêque , sans avoir aucune alliance avec l'empire, sans être appelés au secours, indignés seulement d'apprendre que des chrétiens étoient en
?roie à des infidèles , ils prirent les armes. Romain, un
4lQ HISTOIftX D0 lAS-EMPliiS*
id^, leurs princes, qui rëgnoil à JEIalicz spr )e Niester] se mit à leur tête , entra dans le pays des Comans , et ^ur rendit tons les ravages qu'ils faisoient sur les terres de l'empire. Cette diversion força les Comans d'abaor (donner la Tbrace pour aller défendre leurs foyers; Mais , au lieu de se venger , ils y trouvèrent leur perte; Ayant voqlu secourir un autre prince russe, nommé Rurica , qui étoit en guerre avec Romain , ils perdirent une grande bataille, où l'élite de leurs guerriers resta sm la place.
Sous un maître tel qu'Alexis, la policé n- étoit pas mieux observée dans Constantinople que la discipline dans les armées. La force tenoit lieu de loi , et l'impanité encourageoit Taudace. Un banquier nommé Caio* mode avoit, par un commerce très-actif et très-étendu, amassé des biens immenses. L'usure et l'avarice , toujours d-iutelligence, grossissoient tous les jours son trésor; et quoiqu'il aiTectât une sordide pauvreté, l'éclat de l'or renfermé dans ses coffres perçoit au travers des enve^ loppes dont il le couvroit, et éblouîssoît les yeux avides des courtisans. Les princes mêmes avoient souvent essayé de le décharger d'une partie de sa fortune; mais il avoit toujours su la soustraire à leurs recherches. ]Bnfin de jeunes seigneurs , trouvant scandaleux qu'un misérable possédât tant de richesses qui se perdoient comme dans un abtme , tandis qu'ils nianquoient souvent d'argent pour leur jeu et leurs autres débauches, firent le complot de le délivrer d'un fardeau qui ne pouyoit lui causer que des soucis. Ils forcèrent pendant la nujt les portes de sa demeure, fouillèrent dans tous les recoins sans rien trouver, et, ne pouvant tirer de sa bouche aucun éclaircissement , ils prirent le parti de le garder prisonnier dans sa maison jusqu'à ce qu'il eût découvert son secret. Une pareille violence n'avoit pu s'exécuter sans éclat. Des le matin tous les négocîans de jConstantinople s'assemblent dans leurs différens bui
HISTOIRE BU BÀS-EMPIRK. 4U
ireanx ; ils se rendent ensemble au palais du patriarche* G'étoit Jean Caniatère, frère de Timpératrice, qui deux ins auparavant avoit succédé à Xîphiiin. liste menacent de le jeter par les fenêtres, s'il ne leur donne surle-champ une lettre pour l'empereur, et s'il n'obtient l'élargissement de Calomode. Le prélat s'employa si bien auprès du prince, que Calomode fut aussitôt tiré ics mains do ces satellites titrés; mais l'histoire ne dit pas qu'ils aient été punis , comme le méritoit une violence >i criminelle.
On auroit peine à croire à quel point l'indolence
d'un monarque peut enhardir la scélératesse , si l'histoire
de Constantinople n'en fournissoit des exemples. Jean
Lagus étoit prétein* de celle grande ville, et en cette
qualité il jngeoit les délits contre la police, et avoit
rintendance âes prisons. Il se proposa dans cette charge
de s'enrichir lui et sa famille. Il étoit dépositaire des
aumônes que les âmes pieuses faîsoient en faveur des
prisonniers; il les recevoil comme une pension que la
•religion lui payoit, et c'étoit son profit le plus légitime.
11 en tiroit bien davantage des voleurs qu'il tenoit en
prison: il regardoit ceux-ci comme ses commis. Maître
et bienfaiteur des geôliers, il faisoît sortir de nuit ces
brigands, et les envoyoit piller les maisons et les rues
•de la ville : i\ leur retour il partageoil le butin avec eux;
et son équité d;ms la distribution , les profits qu^ils
faisoient sans rien craindre, la prison étant pour eux
un sur asile, les agrémens qu'il leur procuroît pour y
vivre à leur aise, tout cela lui att^choît le cœur de ces
scélérats, dont il méritoit mieux qu'aucun d'eux d^
tenir la place. L'empereur, enfin averti de cet horrible
manège, en fut d'abord très irrité , et promit de le
• punir. Mais sa paresse , différant toujours ce qui ne
éouffroit aucun délai, fut prévenue par une sédition,
qui le fit trejmbler lui même. Lagus ay^nt condamné
4l9 KltTOIM pu l^S^SVFyil^
«u fonel tm artiian qai Vi^vpii mérité , I pqriiVradei ce malfaiteur arojeaièredt toai ceux < r im« tnélkr al coarorent eniemble à la maison du prêteur pour \ê mettre eil pièces. Il s'évada et échappa de lear mains. Le peuple se joignit aux artisans, et chargeant de lédictions et Lagtis et Alexis mémie, les uns s^empaièrent de la maison du préteur, les autres coururent 1^ Sainte-Sophie. Aux portes de cette église étoit garde de Varangues; le peuple force la garde, entre cfi foule, demande à grands cris un autre empereur. Alezî étoit alors à Chrysopolis. Il envoie une partie de se|^ gardes, et à leur tête .Constantin Tarnice, préfet de^ .Constantinoplc, pour dissiper cette émeute. A la vaeda^ Tornice , le peuple devient plus furieux ; on Taccable pierres; on tombe en foule sur les gardes malgré leurs lances et leurs épées; la fureur ne connoit point ^ danger; on les met en faite; on enfonce les portes des prisons , on pille l-église des prisonniers. On alla forcer la prison du palais où étoieiit renfermés les crimiae||l d'état , lorsque Alexis Paléologiie , gendre de Temperear, arriva suivi de toutes les troupes de la n^aison impériale. Cette vue intimida pour un moment les séditieux, mais ne les calma pas. Coux qui avoie^it des armes dans leurs maisons coururent les chercher; et, revenant surle-champ joindre les autres, ils vont affronter la mort» persuadés que les cpées des gardes ne suffiront pas au massacre d'une si grande multitude , et quHIs écraseront enfin, par le poids de leur foule immense, et les soldats et les armes. Pendant ce temps-là on faispit pleuvoir du haut des toits les tuiles et les pierres, il partoit des fenêtres une grêle de flèches. Tout le jour se passa en ces combats, qui coûtèrent la vie à quantité de soldats et de citoyens. La nuit étant venue, pn se sépara; et ce qui marque bien ce qu'étoit alors et le peuple de; Constantinople et son souverain , c'est qu'une épseutft
HISTOIRE DU BAS-El^PIRf. 4'^
fei sanglante n'eut aucune suite; tout fut tranquille le lendemain; le peuple ainsi que l'empereur sembloient avoir oublié ce qui s'étoit pas^é la veille.
Jamais occasion ne parut plus favorable pourun usur- -^''^•' pâleur. Tout se remuoit dans Tempire. Le prince ëloit Héprisé ; le peuple cherchoît \m autre maître : mais aeiix qui osoient se mettre sur les rangs ne valoient ^s mieux qu'Alexis; lenr ambition n'étoit soutenue Paucun courage, d'aucun génie. Un certain Jean Comlène , surnommé le Gros ^ à cause de Tépaisseur de sa aille devenue énorme par les excès de table, se fit une Sabale d'un assez grand nombre de partisans qu'il s'tf- N>U attachés par l'appât de la bonne chère. Le complot ttant formé, ils vont droit à Sainte-Sophie. On dé- Mche une des couronnes d'or suspendues au-dessus de l'antcl ; Jean la met sur sa tête, et sort a/rcompagné de n troupe , qui le proclame empereur. Le peuple , auprès duquel il avoit le mérite d'être inconnu, s'attroupe Éelour de lui en grand nombre. On le conduit avec ac- Maraation au grand palais, dont on enfonce les portes. Alexis étoit encore à Ghrysopolis. Jean prend séance sur fe trône d'or, donne les ordres, distribue les premières Hiarges de l'empire. Ses partisans, avec une foule de tîtoyens , se répandent par toute la ville en criant : Fhe ^empereur Jean Comnine ! On travaille à détruire les ^tais de la famille impériale^ Tout est rempli de cris^^ w tumulte, de poussière. La nuit vient, et Jean ne Ibvige ni à faire garder le palais, ni même à en relever i^ portes. Hors d'haleine , et plus accablé d'embon- Point que de fatigue, il n'avoit d'autre soin que d'étan- Slier sa soif, très-difficile à éteindre. Ses soldats, dis- Ekrsés çà et là, faisoient la patrouille dans la ville. Le Ibeûpié s^étoit retiré, comme une volée d'oiseaux , oha- Blin dans sa demeure, et attendoit le jour pour piller i^ maisons opulentes. Alexis ne lui en donna pas le Kmips. Il fait partit en diligence tout ce qu'il avoit d/»
4l4 BISTOIKB J>V nis-^ÙtlKik • |
paréns et de geos de guerre autour île lui. Ils amvèi&i long'temps avant le jour , rassemblent les VaifÂQgik^ tombent sur les divers pelotons de gardes, et, àprëag;! avoir aisément tâiillës en pièces, ils marchent au pa assomment le stupidç ùsurpateurv et portent ^i l'empereur f qui revient à Gonstaatiuople , et 1 pendre toute sanglante au batit de Tarèade de la gr place. On expose le cadavre nOonstrneut en gfo sur un lit, à la porte du palais de Blaquernes. ravoir abandonné quelque temps aur regards du pe- q on le jette sur le rempart pour servir de pâtur^^ ^, chiens. et aux oiseaux dé proie. Quelqtie mépris ^ méritât ce malheureux, le prince se rendit hn-wuéi méprisable, et par Cet ordre inhunriain, et par la i^iosité barbare de repaître ses yeux d^un si affi spectacle. On arrêta les conjurés , et on les força les tourmens dé la question à découvrit* leurs coi plices. 'kl
Alexis ne trouvoit point de profit qui fût honteux o^ve criminel pour réparer les pertes que lui causoienl profusions insensées. Après avoir épuisé tontes lesres*: sources de la finance la plus odieuse, il s'avisa defîHrt a le métier dé pirate. Il y avoit un grand commerce éta*i ]p bli entre Coustantinopleet les villes maritimes du Pont^ ri« Ëuxin, surtout avec la ville d'Aniise, alors très-flori saute, où tous les marchands d'Asie, tant grecs qti turcs, avoient de riches comptoirs. Il donna six gale à Constantin Francopnle, et l'envoya sur lePont-Euxi sous prétexté de rechercher les marchandises d'un va seau grec qui, venant de la rivière du Phase, av fait naufrage près de Cérasonte. Mais ses ordres sec étôient de courir sus aux vaisseaux marchands qui * loient au port d' A mise ou en revenoient, et de l^v piller. Constantin s'acquitta parfaitement de sa coninv sion. Il n'épargna aucun de ces bâtimens. Il massacroillv àtt précipitoit dans la mer ceux qui vouloient defenJnle
HISTOIRE DU BAS-EMriRK. 4^^
bien; il jetoit les antres tont nussnr le rivage. Après
: mois de croisière, Constantin revint à Constant!-^
e avec un riche butin , que l'empereur fit vendre au
t du fisc. Ce fut en vain que les navigateurs dé-^
liés vinrent porter leurs plaintes à l'empereur ; on
^s écouta pas. Les niarchands dlconc s'adressèrent
kneddin, qui députa vers l'empereur pour deman-
cstîtution de leurs effets. L'empereur se justifia paf
lensonge, en désavouant Constantin, sujet rebelle;
t-il, et déserteur de l'empire. Cependant, comme
cigissoit de paix avec Rokncddin, il consentit à lui
îr, outre la pension annuelle, une somme d'argent
r dédommager les négocians d'Icône. Peu de jours
îs , Rokneddin intercepta des lettres de l'empereur
Bssées à un de ces scélérats nommés balhéniens ^ qni
oient le métier d'assassins. Alexis promettoit dé
ndes récompenses à ce malheureux, s'il tuoit le sul-
. Le bathénienfut pris, et la paix rompue. Les Turcs
vengèrent de cet infâme procédé sur plusieurs villes
ils pillèrent. Un des premiers officiers de l'empire
t se joindre à eux. Michel l'Ange, fils naturel de
a l'Ange, oncle de l'empereulr, avoit été chargé de
leillir les impôts du district de Mylasse en Carie.
ûque mécontentement le poussa à la révolte : il se
it de la caisse et prit les armes. Ayant été battu par
troupes de la province, il se retira auprès de Rok-
din, qui le reçut volontiers, et lui donna une ar-
*. Michel attaqua les villes du Méandre, et les traita
i cruellement que n'auroient fait les Turcomans.
Kis partit au mois de novembre pour l'aller com-
re, et, selon sa coutuhaje, il ne fit que se montrer
Asie. Le reste de l'année se passa en marches et en
jvemens inutiles. L'hiver fit retirer les deux armées
s avoir rnesuré leurs forces;
kyant renvoyé ses troupes à Constantinople, comme ^^* "^*
Ver de cette année avoit toute la douceur du prrn-i
2 ' iJ • -I I ■ ' t . . ■ . . . „ •' '■• t- ■
AIP HBITOIAl BU lASr^EMynlf
temps t U rtfaoloi de le ^nssèr en diverV wefhenff în ilè# lied charrnimtee de la Prq>ontide*'U s'entlu «ivec aes couriisaos et les dames de sa côof. Këiniii le même vaisseau , ce n'ëtoient que }eax , festins , d et cpncerts. Après s^étrt longtemps promené lé lei golfe d*Astaqae, il se rapprochoit de Constantin f cwsqo^nn furieax ora|e viùf trpnbler ses platsirsr < faire voirde près tontes les horrenrsdif naufrage. 1 fnùlte et lé dësordre des rnanœn vres , les cris , les v les gëmissemens des.^enrtisans et surtout des fen fnélés au mugissement des vents et àes flots, formoiie concert bien différent de celui qu^avoit interrom tempête. L'empereiir, devenu le jouet des vagues, sonnage alors beaucoup moins important que k Aier des matelots , n'atténdoit qàe la mort. Enj force de travaux , après bien des coups de mer , oifi ; ^it Tile du Prince, d'oà Ton gagna le port de Cil doine. Alexis, ayant pris quelqnesîours de repos, tra le Bosphore et se rendit au grand palais. S^étantd par les jetix du Cirque qu'on dônuoit au peuple cette saison , il voulut passer au palais de Blaqui Mais, dans ces temps d'ignorance, les empereurs soient faire un pas sans consulter les planètes, el position ne se tiouvoit pas alors favorable. 11 dcn donc jusqu'au carême dans le grand palais. Le trième de mars lui fut annoncé comme un jour reux, pourvu qu'il, partît avant le lever du soleil Vaisseau Tattendoit à Tancre pour le transporter à ^uernes. Toute sa famille étolt assemblée dans se partement, et il se levoit avant le jour , lorsquUm 1 blement subit ouvrit là terre au bord de son lit. l 3es chambellans fut englouti dans un profond al l*empereur fut préservé ; mais son gendre Alexis P logue et plusieurs autres pensèrent y périr, et f grièvement blessés.
ficeu Li, La cour de Constantînople reçut en ce temps-
ont inouï, qui ne demeura impuni qu'à cause de sa p" Cangt, >lesse, Eiidocie , fille aînée d'Alexis , a voit été , comme"^B'"* '' * * ai dit, mariée à Etitiiine, rr>t de Servie. Ce prince, es avuir régné |)eii de temps, avuit pris l'habit de ine sur le mont Papyce, laissant ses étals à son fils ! , de même nom que lui, qu'il avoil eu d'une pre- ;re femme. Le jenne prince traita sa belle-mère avec ucoup d'honiiour, il la laissa maîtresse d'une partie royaume ; et , devenu passionné pour ette , il poussa n la tendresse au-delà des bornes fixées par les lois uutes les nations et par la nature même. Son père tt mort, il épousa £udocie,et en «ut plusieurs en- 1 : excès inrruyable dans un siècle et dans une nation lus Larbarf. Une p^ission si révoltante s'éteignit au t de quelque temps, et eut les suites qu'elle méri- . Ils en vinrent à se reprocher mutuellement leurs >rdres. Ceux du prince n'étoient que trop publics. La icesse, suit qu'elle fût réellement coupable, soit in la soupçonnât injustement, essuya le plus hore traitement dont on puisse flétrir nue vile courtine. Le roi l'ayant fait dépouiller de tousses habits, hassa du palais, couverte à demi de misérables lam- X. Volk , frère d'Etienne , mais plus sage et plus moé, avoit employé les remontrances et les plus inites prières pour l'engager à ne pas se déshonorer -même par un procédé û atroce à l'égard de la fille jitempereur. N'ayant pu l'eu détourner, il reçut irlui In princesse; et, après l'avoir revêtue, il la fit duire à Duras. A celli! hnnjtlianle nouvelle Alexis ,
auroit dû armer loUlM les forces de l'empire pour ;r unsisaugUnlotilrage, «fil -lutre cho6a«>"«'l'en-
er À s..t fiUe des tiabiti conrornie» à sa ditt"'*' >ne
4l8 HISTOIRE DU BIS-EMPIRE.
Nicei. /. 3 , Jean ^ q^g ^qs auteurs nomment Joannice , et qui Gesta hmo' prenoit lui-méme le nom de Calojean ^ avoit succédé à ^DuCanee, Pierre 'soH frère dans le royaume de Bulgarie. Dèsqn^il fam.p. 019. fut sur le trône, il forma le dessein de faire rentrer le pays sous Tobéissance de Téglise romaine , et il envoya des ambassadeurs au pape Innocent m. Ce fut inutilement qu'Alexis fit tous ses efforts pour l'en détourner , lui promettant de le reconnoitre pour roi, et de lui envoyer un patriarche. Joannice reçut du pape le sceptre, la couronne , un étendard qui portoit une croix et les clefs de TEglise , avec le droit de battre monnoie à son coin, privilège dont les papes de ce temps - là s'arrogeoient la concession. Malgré le zèle que ce prince affectoit pour la pureté de la religion, il étoit cruel et fier , «prétendant tirer son origine de Tancienne Rome, comme lesValaques eux-mêmes se vantoient de descendre des Romains. Devenu plus ennemi des Grecs qu'il ne l'étoit auparavant , il vint attaquer Constantin près du mont Rhodope; il s'en rendit maître sans peine, et en détruisit les murailles. Le vendredi de la semaine de la passion il commença le siège de Varna. Comme la ville étoit défendue avec courage par une garnison latine au service de l'empire , elle ne fut forcée que le Samedi saint; et le prince barbare, quoique chrétien de nom , sans égard à la sainteté du jour, fit précipiter dans le fossé tons les malheureux habitans , les ensevelit tout vivans sous la terre dont il le combla , abattit les murailles, et retourna en Bulgarie après cette pâque sanguinaire.
La prise d'Ivan n'avoit pas rendu la liberté à Camyze. Il étoit demeuré entre les mains des Thraces révoltés, d'où Joannice Tavoit tiré en payant sa rançon, pour en faire son prisonnier. Cet infortune général ne cessoit de solliciter par lettres Alexis de le délivrer de captivité, l^as d'écrire sans recevoir de réponse, il s'adressa enfin à Ghryse , qui paya sa rançon à Joannice , et l'envoya ? Prosaque. Dans ce nouvel exil tl contiuuoit de press«^r
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 4l9
iperenr, en lui représentant qn^il lui abandonnoit regret tout le reste de sa fortune ; que de tant de is saisis par le prince il ne lui redeniandoit que deux 8 livres d'or qu'on exigeoit poar sa délivrance. Alexis, tant en balance d'un côté la parenté et les services jamyze , de l'autre son or, son argent, ses immenses iessions, trouva (]ue sa dépouille étoit d'un bien plus id poids que ni la justice , ni l'honneur , ni la reaoissance. Diaprés ce honteux calcul , il demeura :d à toutes les instances, et Camyze , n'espérant plus i de ce prince avare et ingrat, résolut de se donner hryse , et de racheter sa liberté en le servant contre ipire; Il se mit donc à ravager avec lui la Macédoine, s'emparèrent de la Pélagonie, prirent la ville de lape , emportèrent de force les places voisines , garent par argent ou par intrigue les plus éloignées , étrèrent en Thessalie par les vallons de Tempe, se dirent maîtres des plaines, franchirent ces montas renommées qui séparent la Thessalie du r^le de jrrèce, et jetèrent l'alarme dans cette contrée autresi fameuse , dont les habitans n'étoient pins que les bres de tant de braves guerriers et des plus heureux lies. En même temps un autre rebelle soulevoit la race. Jean Spyridonace, né en Cypre, dans la mîî, étoit venu à Constantinople pour y gagner sa vie travail de ses mains. Son extérieur n'étoit pas propre ;le ver sa bassesse. Un visage difforme , un corps encore s mal fait , des yeux de travers , sembloient le condam- *à ramper dans la poussière. Il n'avoit qu'un talent, et ut assez heureux pour trouver un prince qui en faisoit inde estime : c'étoit d'imaginer de nouvelles formes mpôts , dont l'éniditioh financière , si ingénieuse d'ailrs à inventer d'admirables secrets pour appauvrir les iples, ne s'étoit.pas encore avisée. Ce mérite l'éleva c emplois; et il devint garde du trésor ; pour récom- )sc de ses services , on lui donna le gouvernement du
pays de Sniolène en Thrace. Il a voit vu Tempercur de trop près pour Taimer ou le craindre. Il se voyoit dans une contrëe presque inaccessible. Il prétendit à Tindépendance , et cessa d^obéir aux ordres qui lui venoient de la cour. L'empereur relevoit d'une violente attaque de goutte, et ce mal douloureux lui avoit été moins sensible que te double regret d'avoir élevé un méchant homme tel que Spyridonace , et de s'être fait un ennemi de Camyze,son meilleur capitaine'.Ii partagea ses troupes en deux corps; il en donna un à son gendre Paléolo^ gue pour aller combattre Spyridonace ; il mit à la tête de l'autre Jean Eonopolite, pour faire la guerre à Camyze et à Chryse. Paléologue, aussi brave que prudent, n'eut pas de peine à vaincre Spyridonace ; il l'obligea de fuir en Bulgarie. Il n'étoit pas si aisé de se défaire des deux autres ennemis. L'empereur alla joindre Eonopolite ; il regagna Chryse, en lui mettant entre les mains la princesse Théodora , qu'il lui avoit déjà promise en mariage. Chryse rendit la Pélagonîe et la ville de Prilape. Camyze demeuroit en armes maître de la Thessalie; il fut battu et se réfugia en Macédoine, dans le château de Slane , qu'il reganloit comme imprenable. Il y fut cependant forcé. Strummîze fut rendue à Tenipereur, et Ton fit la paix avec Joannice. On ne dit pas quel fut le sort de Camyze.
Dans l'état de foîblesse où l'empire étoît réduit, les armes des Bulgares et les entreprises de ces aventuriers rebelles qui se rendoient maîtres de divers cantons de la Thrace et de la Macédoine, enépuisoient toutes les forces. L'empereur, alternativement occupé a se guérir de la goutte et à la mériter, paroissoit cependant quelquefois à la tête de ses armées ; mais c'étoîent des voyages de plaisir plutôt que des expéditions guerrières. Bientôt ennuyé de la vie militaire, souvent même avant que d'avoir aperçu l'ennemi , on le voyoit ren- Irer dans l'ombre de son palais , ou s'aller reposer, dans
HISTOIRE DU BÀS-EUTIRIU 4^1
les jardins de la Propontide, des fatigues qu'il n'avoit pas essuyées. Dans ces dernières années , il entendoit sans s'elTrayer le bruit des armes qui retentissoit du côté de rOccident. La croisade qui s^y prcparoit ne nienaçoit que l'Egypte et la Palestine. Des conjonctures imprévues, telles qu'un vent impétueux, détournèrent sur Constantinople la plus grande partie de cet orage, qui ébranla l'empire jusque dans ses fonde* mens, et porta sur le trône de la Grèce une race étrangère.
des chrétiens de Palestine, réduits à un état dé- Niceui,i, plorable, appeloient à leur secours les princes d'Oc- ^g^^'^^V/ï/iocident. Outre la principauté d'Ântioche, jointe alors ^*;'!^- , an comté de inpoli, il ne leur restoit de leurs con- AiW. Const. quêtes en Syrie que Tyr et Saint- Jean-d' Acre. Jérusa- ^^Jj^l"'- ^''^^ km étoit retombée en 1187 sous le joug des infidèles, ^^''on. Su. Saphadin, presque aussi grand guerrier que Saladin Sanut.i.'^, «on frère, avoit hérité de sa haine contre les chrétiens*; ^f'''* n, c. et Simon de Montfort, après une victoire qui lui coû- yilUhard. toit autant qu'une défaite, avoit été obligé de i2L\vejusquau cl avec les Sarrasins une trêve de dix ans. Tant de mal- î?» ^ '*'•
1 , , Du Confie»
heurs touchoient sensiblement le cœur paternel d'Inno- Aa^poiit'\ cent III , élevé en 11 98 sur la chaire de saint Pierre. Ce Ai^tiul. '^* pontife, recommandabic par ses vertus, par son savoir, OdoHc. par son zèle apostolique, digne de l'admiration àe Heroid. contous les siècles et de toutes les nations , s'il eût ren- ^^"',7/^ y» fermé son pouvoir dans les bornes que Jésus-Christ ^' ^^c. 20. ■ni-méme s'étoit prescrites sur la terre , et qft'il n'eût sîus 1. 1?"' pas étendu la main jusque sur le trône des rois, ne ^ "^g ^'^^^'^"*' "lit pasplus'tôt à la tête de Téglise, qu'il porta ses regards Doutreman. »ur la Terre-sainte. Foulques, curé de Neuilly-sur-Marne, ca?L\, c. lî ; ikisoit alors entendre dans toute la France, le tonnerre {•^? ^v'»*> J»ft menaces évangéliqucs. Prédicateur intrépide, i\ Fieury.hîsu 3soit les annoncer aux rois. La force de ses paroles , ^^/j'^' ^ * animée par la grâce divine , et soutenue de la sainteté de Maifnbourg. sa vie, pénétroit au fond des cœurs, et faisoit trembler 7.
4dd HISTOIRE DU BÀS-EMPlkc.
>, le vice jasque dans le sanctuaire. Ces siècles d'ignorance ëtoient asse2 heureux pour conserver la vraie lumière au sein de leurs ténèbres; le vice ne se pîquoit pas d^ëtre conséquent, et les âmes les plus corrompues retenoicnt du moins la foi de leurs pères. Innocent chargea Foulques d'être le héraut de la guerre qu'il méditoit contre les infidèles. Successeur de Pierre THermite, ou plutôt de Saint-Bernard, qui fut trop sage pour ceindre Tépée, le nouveau missionnaire parcourut la France et TAllemagne. Les mouvemens de son éloquence simple, mais persuasive, ranimèrent dans les princes et dans les peuples cette flamme de religion, qui ne s'éteignoit pas alors, même au milieu des désordres.
Innocent faisoit tous ses efforts pour engager les deux rois de France et d'Angleterre , à* se mettre à la tête des Croisés. Leur première expédition dans b Terre-sainte les avoit rendus ennAnis irréconciliables; ils avoient sans cesse les armes à la main pour s'entredétruire, et les prédications de Foulques, les lettres pressantes du saint-père, les instances du cardinal de Capoue, envoyé dans ce dessein, ne purent obtenir d'eux qu'une trêve de cinq ans. Toujours en défiance l'un de l'autre, ils ne jugèrent pas à propos de sortir de leurs états. Ils permirent seulement à leurs sujets de prendre la croix, et les seigneurs anglois sentirent même qu'ils ne feroîent pas leur cour à leur prince en s'éloignant de sa personne. Innocent avoit plus d'espérance du côté de l'empereur grec, plus foible à la vérité, mais cependant, plus capable d'aider les croisés par la proximité de ses états. Aussitôt après réleclion d'Innocent, Alexis lui avoit envoyé des députés avec des présens, pour le prier de le vliter par ses légats; 'e^ le Pape avoit satisfait à sa demande, l'exhortant • réunir les deux églises, et à travailler de concert ave« les Latins à la destruction du mahométisme. Il avoii
dans les mêmes vues , ëcrit au patriarche de Constan* tioople , et il proposoit un concile général poifr traiter les matières contestées, et procéder efficacement à la réuniop. Mais ce n'étoit de la part d'Alexis qu^un effet de vanité. Dès quHl eut reçu les légats du pape» il ne montra plus que de Téloignement et de la mauvaise volonté. Il répondît, apparemment dé^Tavis de ses astrologues , que le temps de la miséricorde de Dieu pour la délivrance de la Palestine n'étoit pas encore arrivé. Quant au concile géiijéral , il consentoit d'y envoyer des députés, pourvu qu'il se tînt en Orient, où avoient été célébrés les huit premiers conciles généraux. Il rclevoit l'empire au dessus du sacerdoce. Enfin il représentoit au pape que l'île de Cypre appartenoit à l'empire, et que, s'il n'attaquoit pas le roi titulaire de Jérusalem, qui s'étoit attribué la possession de cette tle, c'étoit pour épargner le sang chrétien. Il le prioit d'interposer son autorité, pour engager ce prince à restituer ce domaine aux maîtres légitimes. Quoique Innocent conservât peu d'espérance de rendre Alexis Ûvorable nux croisés , il n'oublia rien pour y réussir. U lui répliqua qu'il n^appartenoit pas aux hommes de fixer les momens que Dieu avoit déterminés dans ses décrets; que leur devoir étoit de mettre la iHain à Tceuvre en abandonnant le succès à la volonté du Tout-puissant. Il le.felicitoit de ses bonnes dispositions au sujet de la réunion. Mais , sur l'article alors le plus délicat et le plus sensible à la cour romaine , il combattoit les prétentions d'Alexis par les raisons et les .allégories reçues en ces temps-là, et tâchoit de montrer que le sacerdoce est autant supérieur à l'empire que le soleil l'est à la lune, qui emprunte de lui sa lumière; ces deux astres étant, disoit-il, le symbole des deux puissances. Quant à l'île de Cypre , il répondoit qu'il prendroit à ce sujet de plus amples informations. JËQ attendant, il exhortoit l'empereur à ne pas susciter
de nouveaux troubles aux chrétiens de la Te^re-sainte;
Les tollicitations d'Innocent eurent plus de suceèi auprès des prélats et des seigneurs de France, de Flandre, d'Italie et d'Allemagne. Pour attirer les peup^ par de puissans intérêts, soit spirituels, soit temporels, il accorda pleine et entière indulgence, et rémission de tous péchés, à ceux qui prcndroient la croix; il s'engageoit, lui et ses successeurs, à prendre sous la sauvegarde de saint Pierre leurs biens et leurs familles tant qu'ils seroient en Palestine ; il enjoignoit aux rois et aux princes de les aflPranchir de tout impôt, et d'anna*^ 1er toutes les obligations usuraires contractées avec les Juifs; il les déclaroit exempts de l'interdit jeté snr le royaume de France , à cause du divorce de Philippe Auguste avec la reine Ingelburge. Pour contribuer tiax dépenses nécessaires, il ordonna que les évéques et les \ monastères paieroient le quarantième de leur revenu; il se taxa lui-même au dixième , ainsi que les cardinaux; et , afin de donner l'exemple d'un sacrifice encore plus généreux et digne du chef de cette illustre entreprise, il fit fondre tout ce qu'il avoit de vases d'or «t d'argent. Le grand maître des hospitaliers rappela par des ordres pressans ses chevaliers répandus dans les diverses contrées "de l'Europe.
Les tournois étoient en ce temps-là le plus brillant théâtre où la noblesse françoise s'empressoit à signaler sa force et son adresse. Sur la fin de Tannée 1 191), on tint une de ces assemblées à Escry, château situé en Champagne, sur la rivière d'Aine. Au milieu de cette fêle guerrière, les comtes et les barons, brûlans d'ardeur militaire et de dévotion, senlimens qui souvent alors s]pllioient ensemble sans trop seconnoîlre, terminèrent leurs joutes par prendre la croix. Thibaut, comte de Champagne, et Louis, comte de Bloiset de Chartres» tous deux proches parens des rois de France et d'Angleterre , se croisèrent les premiers. Leur exemple fut suivi
\ grand nombre de seigneurs François ; entre les renommés furent GeofiFroî, comte du Perche , Mail de Montmorency , Gui , châtelain de Coucy , ffroi de Villehardouin , maréchal de Champagne, nous a laissé le récit de cette expédition , et les évêi de Troyes , de Soissons , d^Âiniens et de Nevers. commencement du carême de Tannée suivante, douin, comte de Flandre et de Hainaut, prît la K dans Téglise de Saint-Donatien, à Bruges; avec iesafemmeet ses frères Henri et Eustache, Hugues, te de Saint-Paul , Renaud , comte de Boulogne , lus dé mille chevaliers s'engagèrent à les suivre. Les tes de Norwic et de Northampton furent les seuls leurs anglois ; les autres se réservèrent à marcher à ûtede leur roi Richard, quiavoit dessein de retouren Palestine lorsqu'il auroit terminé ses différends Philippe Auguste. Plusieurs chevaliers italiens se lirent ensuite aux croisés. Les évéques de Baie et ilberstadt , Albert, comte de Spanheim , Berthold , te de Naumbourg , un autre Berthold, comte de lenelbogen , et plusieurs autres seigneurs allemands agèrent aussi les hasards de cette brillante entreprise, loitié de l'Europe se mit en mouvement. La noblesse, ne connoissoit d'autre gloire que celle des arpies , it seule formé une armée redoutable par sa valeur. ,r comptoit quatre mille cinq cents chevaliers , suivis un de deux écuyers. Il n'en vint point d'Espagne ; 'est^pas qu'elle en fût stérile ; c'étoit dans celte brave 3n les siècles de l'héroïsme : mais toujours en alartoujours aux prises avec les musulmans établis son sein , TEspagne étoil tout entière un champ ataille , et la vie des Espagnols une croisade perpée. Il seroit trop long de nommer, ici en détail tous personnages distingués qui s'engagèrent dans cette ce. On en peut voir la liste dans les auteurs qui ont en particulier l'histoire de cette croisade. Je ne
4^6 HISTOIRE DU BÀS-ENPIRE.
nomme pas non plus ceux qui dans le cours du voyage se séparèrent du gros de Tarmée pour passer en Syrie ^ ou ailleurs, et qui ne prirent point de part à la conquttè de Constantinople , objet propre de mon ouvrage.
Après cet engagement solennel , il s'agissoit de prendre de justes mesui%s pour assurer le succès. On s'assembla pour cet effet d'abord à Soissons , ensuite i Compiègne. Thibaut, comte de Champagne, déjàre' nommé pour ses qualités héroïques, quoiqu'il ne ftù, âgé que de vingt-quatre ans, fut élu pour chef. On délibéra sur la route qu'on devait prendre. Celle de terre . étoit longue , difficXe , dangereuse : les malheurs de toute espèce qu'avoient éprouvés le roi Louis le jeuoe et les empereurs Conrad et Frédéric avec des arméa beaucoup plus nombreuses , détournoient de choisir ce chemin. Mais , d'une autre .part , les nouveaux croiiâ se trouvoient en trop grand nombre pour se mettre sv ^ mer, à moins que d'avoir une puissante flotte, qo'ili n'étoient pas en état de fournir. Ils résplurent donc de s'adresser à une puissance maritime. Les Vénitiens, les Génois , les Pisans se dîsputoient alors l'empire de la [^ Méditerranée. On se détermina pour les Vénitiens, qui .^ avoient plus de vaisseaux , et le plus grand intérêt d'abattre les musulmans. On choisit , pour traiter du passage , six commissaires qu'on crut les plus capables, et , on leur donna plein pouvoir de conclure cette impor- , tante négociation. ;
Arrivés à Venise, ils s'adressèrent au doge. C'étoit Henri Dandolo, un des plus grands personnages de sou siècle. Il étoit âgé de plus de quatre-vingts ans. Trente ans auparavant, l'empereur Manuel, selon les historiens , de Venise , en voulant l'aveggler par une cruelle per fidie , n'avoit fait que lui affoiblir la vue. Mais la vieillesse ne lui avoit rien ôté de sa vigueur , et les vivef lumières de son génie suppléoient avec avantage à h foiblesse de ses yeux. Animé lui-même de cette ardeui
le gloire qui embrasoit tant de seigneurs , il fit aux dettes Taccueil le plus gracieux. Il porta leur demande ïax différens conseils de la république. On convint de onmir des palandres ou vaisseaux plats pour le trans- M>rt de quatre mille cinq cents chevaux et de neuf mille ikayers , des navires pour quatre mille cinq cents cheraliers et vingt mille hommes de pied; des vivres pour leuf mois , à condition que les croisés paieroient quatre Darcs d'argent pour chaque cheval et deux pour chaque lomme ; ce qui montoit à la somme de quatre-vingtinq mille marcs. Ces conventions dévoient durer l'espace Tan an , à compter du jour qu'ils portiroient des ports le Venise. La république promettoit de plus d'équiper ta moins cinquante galères pour sa part, à condition {D'elle partageroit la moitié des conquêtes. Ce traité , lirrêté par le sénat, fut confirmé par tout le peuple as~ lemblé dans l'église de Saint-Marc. Après une messe iblennelle , les députés s'étant rendus à l'église , Geoffroî de Villehardouin prenant la parole au nom de tous: « Seigneurs ( dit-il ) , les plus hauts et les plus puîssans ■ barons de France nous ont envoyés vers vous pour * vous prier d'avoir pitié de. Jérusalem , qui gémit sous * «le dur esclavage des musulmans , et de vouloir bien « les accompagner pour venger l'injure faîte à Jésus- « Christ. Il vous ont choisis comme la nation la plus « puissante sur mer ; ils nous ont ordonné de nous jeter « à vos pieds et d'y demeurer prosternés, jusqu'à ce que « vous leur ayez octroyé leur demande, et promis de it secourir la Terre-Sainte. » A ces mots, les six députés se prosternèrent en versant des larmes. Le doge et les assistans attendrie, levant les mains en haut , s'écrièrent tout d'une voix qu'ils y consenioient , qu'Us le promet-toient, 'Le bruit de cette acclamation étant apaisé, le doge harangua le peuple, et le félicita de Thonneur que Dieu faisoit à la république de l'associer à une si sainte et si glorieuse entreprise. lie traité fut signé le lendemain,
4a8 HISTOIRE DU BÀS-EMPIRE.
et il fut décidé qu'on iroit attaquer l'Egypte, comme II, principale ressource des Sarrasins et des Turcs, dont la conquête entraîneroit celle de tous leurs états. L'occasion étoit favorable. Saphadin, sultan de Damas, avoit chassé le sultan d'Egypte; il étoit en guerre avec celui d'Âlep et avec plusieurs autres ; sa dureté le rendoit odieux à ses peuples. De plus, TEgypte étoit affligée de la faminei le débordement du Nil ayant manqué les années précë- . dentés. Une autre raison de voit encore déterminer les ^ croisée; c'est que le terme de la trêve conclue avec Sa- . phadin pour la Palestine n'étoit pas encore expiré. On fixa le rendez-vous k Venise pour le jour de Saint-Jean de Tannée suivante 1202, auquel la flotte se trouveroit appareillée. Les députés se transportèrent ensuite an grand palais, où le doge leur ayant délivré les lettres patentes, se mit à genoux, et, versant beaucoup de.lar-, mes, jura sur les saints Evangiles d'observer fidèlenientL, tous les articles dont on étoit convenu. Le grand conseil,;|] composé de quarante-six nobles d'une part , de l'autre les députés au nom de tous les seigneurs, prêtèrent le même serment. On dépêcha au pape Innocent pourl'in-. struire du contenu du traité , et lui en demander confir- J. mation , ce qu'il accorda volontiers , mais avec cette ; restriction , que les croisés ne causeroient aucun dom- i' mage aux nations chrétiennes , à moins qu'elles ne leur fissent obstacle , et qu'en ce cas même ils n'agiroient . ofFensivement qu'avec l'approbation du légat du saint- V siège. Les Vénitiens, qui avoient un dessein secret, re- F fusèrent de souscrire à cette condition. Les François empruntèrent de quelques banquiers de Venise deux mille marcs d'argent , qu'ils mirent d'avance entre les mains du doge pour fournir à la première dépense des vaisseaux , et prirent ensuite congé pour retourner en leur pays. Ils passèrent à Pise et à Gênes , pour engager ces républiques à concourir, avec eux; mais ils n'en tirèrent aucun secours. Il rencontrèrent au mont Cénis les
niSXOIRE DU BAS-EMPIRE. 4^9
comtes de Brienne et de MoDtbéliard , qui prenoient le chemin de la Fouille avec plusieurs chevaliers. Gautier dé Brienne alloit conquérir le royaume de Sicile, qu'il prétendoit lui appartenir du chef de sa femme, fille dn roi Tancrède, dont le fils Guillaume m avoit été dépouillé de ses états par Tempereur Henri. Il promettoit de rejoindre l'armée avant qu'elle fût partie de Venise. Mais ce seigneur, après quelques succès, périt en Italie.
Lie nîaréchal de Champagne , de retour à Troyes , eut la douleur de trouver le comte Thibaut dangereusement malade, et de le voir mourir peu de jours après, arei grand regret des croisés , qui comptoient beaucoup mr les qualités éminenles de ce jeune seigneur. Il fallut donner un autre chef à la croisade. Le duc de Bourgofjae , ainsi que le comte de Bar , s'étant excusé de se charger de cet emploi , on jeta les yeux sur Boniface^ aiarquis de Montferrat, prince généreux et expérimenté Sms la guerre. Il étoit cousin du roi de France et frère 9ë ce fameux Conrad de Montferrat qui devint gendre 3t l'empereur Manuel, et dont nous avons raconté les aventures. Ce prince , ayant accepté Thonneur que lui faisoient tant de seigneurs , se rendit à Soissons , où ils ftoient assemblés , et reçut la croix des mains de Tévêjoe et de Foulque de Neuilly dans l'église de Notre- Dame. Il partit ensuite pour mettre ordre aux affaires le son état , après avoir tiré parole des croisés et donné 9 sienne que tous se trouveroient à Venise au jour !Siarqué. Au carême suivant on fit encore une nouvelle >*îrte par la mort de Geoflfroi , comte du Perche , seigneur de grand mérite , qui chargea en mourant son T*re Etienne de la conduite de ses soldats. Les croisés ^•««mmençoient à quitter leur pays. Mais , malgré leur ^arole , fous ne se rendirent pas à Venise. Quelqueskids prirent la route de Marseille ; d'autres gagnèrent les ^rts de la Pouille , trouvant ce chemin plus sûr et plus ""■ilnmode pour passer , soit en Egypte , soit en Syrie.
43o HISTOIRE DU BAS-KMPIRS.
Une grande flotte , partie des côtes de Flandre
entrer dans la Méditerranée par le détroit de Gibr
sous la conduite de Jean de Nesie , Châtelain de B
ne rejoignit plus le reste de Tarmée ; et ce fut une
irréparable pour le comte Baudouin et pour ses f
ils a voient chargé ces vaisseaux de quantité de \r\
de leurs meilleurs soldats, sous la conduite de plu
chevaliers distingués, qui avoient juré sur les Ëva
de se rendre auprès d'eux. «
iVicet. /. 3, J[jes chefs des croisés, Boniface de Montferrat,
Gcsu^Jnnoc, douîu de Flandre, Louis de Blois, réunis à Venis
^^'h^\iu' leurs troupes, reçurent Taccueil le plus honorabl
tius. les logea dans Tile de Saint-Nicolas. G'étoit Téli
douin^t^Oti guerriers de TEurope, la plupart vétérans et d'un(
Du Cange.^ voure^éprouvéc. Le rivage étoil bordé de cabanes
part. 11 i c! les soldats, et d'écuries pour les chevaux. Tous les C2
^ Herold l ^^^^ent couvcrts de gondoles qui s'empressoient
3 , C. ao. porter l'abondance. La flotte, prête à faire voile, a
Ant, '* ' suffi à une armée trois fois phis nombreuse. Cet
Sabeiiicus, pjyg j^ quatre cents vaisseaux , les uns armés en gu
Oc^or.i^o;^- les autres construits pour le transport des cheva
"Doiiu^man, d'une prodîgicuse quantité de provisions. Le pape
const, ùeig. regardé con)me le chef spirituel de l'entreprise* 0
Maimhourf^. députa pour le prier d'obtenir du secours de l'emp
tLcuij,hist, ^e Constantinopie. Il répondit qu'il a voit déjà écri
ecvlés.L-j^y prince, et qu'il en avoit reçu la promesse de fourni
vivres aux croisés ; que , s'il manquoit de parole
croisés pourroient en prendre de force où ils voudrc
et qu'il leur en donnoit la permission. C'en éloit
alors pour tranquilliser les consciences. Cependai
Vénitiens, fidèles aux conventions au-delà même d(
promesse, sommèrent les comtes et les barons de
quitter à leur tour de leur parole , en payai
somme convenue pour le passage. Mais ons'aperçi
tort que faîsoîtà l'armée l'absence de tant de chevî
qui s'en étoient séparés. La quête qu'on fit dans lec
UTSTOIRE DU BÀS-£MP<IR£. 4^1
te put fournir qu^uiie petite partie de la dette , et un ;rand nombre de croisés, déjà ennuyés du voyage, paroient de s'en retourner. Le comte de Flandre , animé le sentimens plus généreux, proposa aux autres seigneurs de renoncer à leurs richesses plutôt qu'à leur lonneur , et n'eut pas de peine à y faire consentir lej lonites de Blois et de Saint-Paul, et le marquis de dontferrat. Ils firent porter au doge tout ce qu'ils avoient l'or, d'argent et de pierreries. Malgré ce noble sacriice, il manqnoit encore trente-quatre mille marcs d'ar-^ (ent. Henri Dandolo, qui n'avoit pas l'âme moins élerée , les en auroit volontiers tenus quittes; mais il étoit rhef d'une république économe, qui calcùloit la gloire. Pour tira!^ les croisés d'embarras, il proposa au sénat ie les employer à reprendre Zara , déjà plusieurs fois 9two\tée, et qui s'étoit donnée au roi de Hongrie, il persuada qu'un si important service méritoit bien qu'on Inmitt le paiement du reste jusqu'au temps où leurs conyiAtes les mettroient en état de s'acquitter. Cet expé- ;ttent fiit approuvé des Vénitiens, qvii, dès le commen- Dnnent , avoient conçu le dessein de profiter de la con- Jtactnre. Mais il trouva beaucoup d'opposition de la part des croisés. Les uns , qui souhaitoient de retourner dans leur pays, les autres, qui brûloient d'impatience Ae passer dans la Terre-sainte , s'écrioient qu'ils aboient ^aii vœu de combattre les infidèles^ et non pas les chrétiens leurs frères; que le roi de Hongrie^ maître de Sara, étoit non-seulement chrétien, mais qu'il açoit ^9ii-méme pris la croix avec le prince André son frire ; ^^ le siège de Zara auroit tout Voâieux d'une guerre ^mle, et même sacrilège ; puisque la bulle de la croisade ^ètappoit danatheme quiconque attaqueroit les croisés, ^ pape s'opposoît à ce siège-; il a voit envoyé à Vonîse -^cardinaMe Capoue pour défendre aux croisés de s'y tagager , sous peine d'excommunication. Mais Dandolo Combattit les raisons du cardinal; il fit voir que le- chef
45â HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
de t Eglise, dont la puissance est toute spirituell aucun droit sur les intérêts des souverains ; qiCil n enchaîner leur pouvoir^ ni se rendre arbitre de le et de la guerre ; que de couvrir de l'impunité des rebelles , ce seroit autoriser le crime. Il parla ave Je force et d'éloquence , que les croisés se rendir son avis. Il y en eut néanmoins plusieurs qui se chèrent des autres ; et le marquis de Montferrat , le pape avoit déclaré de vive voix sa volonté dar voyage que ce prince avoit fait à Rome, ne ^ prendre aucune part à Texpédition de Dalmati doge, ravi d'avoir réussi à maintenir unç si bell treprise, voulut en partager l'honneur. Il se fit att la croix solennellement dans l'église de SainT-Mai ses compatriotes, à son exemple , se croisèrent en grand nombre.
On achevoit les préparatifs du départ , fixé à I
de septembre, lorsqu'un événement imprévu fit b
cer les croisés sur la résolution qu'ils avoient pri
se porter en Egypte , et les détermina ensuite à chs
de route. L'usurpateur Alexis avoit enfermé Isaac
une tour de Constantinople, comme nous l'avon
conté. Maïs, après quelque temps de dureté et d<
gucur , il lui avoit laissé la liberté de recevoir de
sites. Isaac en recevoit surtout des Latins qui pass«
par Constantinople. Par leur canal , il entretenolt
respondance avec sa fille Irène, mariée à Philippe
venu roi des Romains, et il concertoit avec ell<
moyens de se veijger de son frère , et de remonte
le trône. Son fils Alexis le servoit utilement aupri
sa sœur et de son beau-frère. Ce jeune prince , qui
voit que douze ans au temps du désastre de son p
fut 'd'abord renfermé dans une prison. Son onch
rendit ensuite la liberté , et s'en fit mêmeaftrompa
dans son expédition de Thrace contre Carayze. Ah
par le conseil de son père , traita secrètement ave*
HISTOIRE BU BÂ9-£MPIRKi 433
iirrhateur pisan , qui promit de le transporter en Sicile. Le vaisseau piisan l'atteiidoit à Tâncre, près d'Athyras; où devoit passer l'armée impériale, et la chaloupé a voit abordé à terre sous prétexte de charger du sable pour lester le navire. Arrivé en c6 lieu , Alexis se jeta dans la chaloupe f qui le conduisit au vaisseau. L^idpérèar;' averti de son évasion, envoya visiter le natire; qu'un vent contraire empêchoit de s'éloigner. Alexis, qui s*étuit fait aussitôt raser et déguiser en nlatelot, ne fut pas reconnu. 11 passa en Sicile, et fit savoir son aventure à sa sœur , qui lui envoya une escorte poilf Tamener ea Allemagne. Il ne tarda pas à se mettre en èhemin ; et comme il travèrsoit l'Italie, il s'adressa d'abord au pape pour lui demander sa protection àdprès dès prinCés chré^ liens; il promettoil de soumettre au sàint-siégc l'église d'Orient. Le pape, tout occupé de la conquête de là Terrèï, sainte, n'écouta passes soUicitations, et le prince continua •■ JÊA route; c'étoit alors que tous les croisés se fendoient ^•'.86 toutes parts à Venise. Coriime Alexis passoit par Vé- » éoifiefily rencontra quelques seigneOrs et quantité de ^^Idats qui étoient eu route pour aller joindi'el l'armée. t II lui vint en pensée qu avec ud peu d'adresse il pourroit w profiler de cet armement , et le détourner sur Constdntinople poilr relever sa fortune et celle de son père. Il envoya donc à Venise pour conjurer les croisés de prêter leurs bras à une si jtiste entreprise , qui devoit les todronner de gloire, et leur procurer les plus gràndâ; L avantages. Le niarqùis de Moutferrat , en quittâtHit là t France , avoit passé par l'Allemagne , où Philippe l'avoit sollicité d'employet* ses forces à rétablir Isaac , ki Botiiface n'avoît pas fejeté cette proposition. Il étoit niême allé à Rome pour la faire agréer aii pape. Mais^ ne le trouvant pas disposé à y consentir, il étoit «fe^i .tourné dans ses états , sans s'occuper davantage deit'^ • jjrojet. L'arrivée des envoyés d'Alexis en réveilla .l'irWe; t Ils furent bien reçus. On convint avec eux que,;si'Alexii
HIST. lïU BA3-EMP, TOM. TX, 5^8
9'eng;ageoit à les'seconrîr pour taf éonqnête de la Terre-^ sainte, on lui prêteroit réciproquement dés secours. On lui envoya des députés qui dévoient raccompagner en Allemagne , pour traiter de cette alliance avec ï^hilippe et Irène. Les motifs qui déterminoient les croisés à 'écouter les prières du jeune Alexis étoient appuyé» dans le cœur des Vénitiens par le sentiment de leur vengeance particulière. Le doge ne pouvôit oublier le traitement cruel qu'il avoit reçu de Manuel ; et la réipublique, outre la saisie de ses vaisseaux et le pillage de ses marchandises à Constantinople, avoit essuyé de ee prince de sanglans outrages. Il avoit toujours favorisé les Pisans, alors ennemis de^ Vénitiens; et dans les -querelles sanglantes des deux nations, qui en ven'oient ^souvent aux mains, soit sur mer, soit dans renceînte de la ville , leà Pisans avoient toujours trouvé dans Manuel un zélé protecteur. De phis, Alexis, actuellement empereur , refusoit d'acquitter le reste de la somme str- -pulée par le traité de paix.
La négociation du jeune Alexis avoît différée le départ de la flotte. Enfin , le 8 octobre , on mit a la voile , au bruit des trompettes et des acclamations de tout le peu- [ pie de Venise. Jamais flotte si nombreuse ni si magni- ? fiquement équipée ne s'étoit fait voir sur le golfe Adriatique. Elleétoit composée, selon Rhaninusio, de quatre cent quatre- vingts hâtîmens, dont deux cent quarante armés en guerre , soixante-dix chargés de vivres et des inacbines alors en usage dans les sièges, cent vingt palandres pour le transport des chevaux, et cinquante galères vénitiennes que le doge commandoit en personn*; pour la part de la république. Les combaltans étoient i au nombre d'environ quarante mille , tant cavaliers que ^ fantassins. Ils demeurèrent plusieurs jours à la rade de 1 Ttle Saint-Nicolas , pour y attendre le vent; et, après : avoir passé près d'un mois à réduire à Tobéissance de la i République la ville de Trieste, et d'autres places mari^ I
tilSTOlRE Î>17 BÀS-EMPIRC. 4^3
limes de l'Istrie , qui , s'éfant rëvollées , infestoient la mer cle leurs pirateries, ils arrivèrent devant Zara la veille de saint Martin.
Zara, située sur la côle orientale du golfe Adriatique, ^icetï L S ; à soixante lieues de Venise , environ à cinq lieues au Actytp.C a"; iiord de radciennc Jadêra, colonie romaine, ëtoit une *^'.^'„'^/'''^ ville riche , forte , peuplëc , énvîronnëe d'une mer semée et iùi Du, •d'écueilb. Elle né ténoit au continent que du côté du ^ud- Sàmit, /.3 J ouest. Le roî de llongrie, à qui elle s'étoit donnée cn^''^ ^* '^^ *•, se révoltant pour la quatrième fois contre les Véni- AW«cAr. tiens, y avoît mis une bonne garnisson. La haiiteur des Hvroid, i, inurs et la situation avantageuse d«* celte place arinon> î,' ^- l?çoit aux croisés un siège long et difficile que leur ar- Jihamnus: deur sut abréger. Les premiers arrivés jetèrent Tancre 'sàleUic. l. à la vue de la ville , et attendirent les autres. Le len- r* demain matin, se trouvant tous reunis , ils forcèrent /. ^,£-.7,9: rentrée du port en rompant la chaîne dont il étoît f^J^"'^^^''fi' fermé; et , malgré lès pierres, les javelots; le feu gré- FUwjr^hîsù geois que les habitans faîsoiènt pleuvoir du haiit dé leurs att, 48, 4^) remparts, ils débarquèrent et prirent terre de l'autre ^^* tôté du port , qui bordoit la ville au septentrion. Les habitans leur envoyèrent des députés pour lèiir offrir de s'en remettre au jugement du saiut-siége, et, sdr le refus des Vénitiens, ils suspendirent des croii autour de leurs murailles, comme une sajuvegarde et une protestation qu'ils mettoîent leur ville entre les mains de la religiotî. Ces pieuses démonstrations n'eurent aucuni iffet. On cohihiença l'attaque Oe joùr-là même, et l'on fit jouer toutes lès machines avec tant de violence, que dès le jour suivant les habitans députèrent au dogè,eé lui offrirent de se rendre à discrétion , sauf leurs personnes. Il les reçut avec bonté, et leitr dit qu'il alloît consulter les seigneurs, sans l'avis desquels il ne pouvoit riert Conclure. Les seigneurs acceptèrent la proposition avec joie, et accompagnèrent le doge pour aller conférer avec les députés qu'il avoit laissés dans son pavillon ; mà'h ait
. 436 HÎSTOIES DU BiS*£MPIAE. *
ne les y troava plus. Les mëcoDteDs , qui ne cherchoietit qu'à faire échouer Tentreprise , leur avoîent persuadé quHls avoicnt tort de se rendre ; qu'ils n'avoient à cralodre que les Vénitiens , contre lesquels il leur étoit aisé de se défendre , comme ils avoient dé}à fait , et que \is autres croisés, retenus par le saiut-siége^ ne les attaquerpient pas. Pleins de confiance en ces discours, les députés étoient retournés dans la ville. Les seigneurs , irrités de cette manœuvre , protestèrent an dog« qu'ils alloient employer tofttes leurs forces pour le rendre maître de la place. Ils tinrent parole; et pendant cinq }0urs ils battirent si furieusement la ville du côté de la terre et de la mer , que les assiégés, voyant déjà les roi-^ neurs attachés à leurs tours , demandèrent de nouveau à capituler. On leur accorda les mêmes conditions qu'auparavant. Les Vénitiens rentrèrent en possession de laf tille ; elle fut pillée ; ou abattit une partie des murs , mai^ on épargna les habitans. Comme la saison étoit trop avancée pour se remettre en mer , le doge proposa de passer l'hiver à Zara ^ où Ton trouvoit l'abondance. Ce qui fut accepté. On logea les deux nations séparément y les Vénitiens du c6té du port , les François ver» ] la terre. j
La distribution qui se fit des logemens selon le rang et la condition excita une sanglante querelle. Les Vé- , nitiens, qui se regardoient Cromnie propriétaires , s'étant emparés des maisons les plus belles et les plus com- i modes , la fierté françoise ne put souffrir ce partage. Des paroles on en vint aux armes, et trois jours après : la prise , sur le soir , on se battit avec rage. Chaque rue étoit un champ de bataille. Les insultes, les impré^- ^ cations, les cris se mêloient au cliquetis des lances et < des épées , et au sifflement des pierres et des javelots , qui , partant des machines , alloient porter la mort aux plus éloignés. L'acharnement général se partageoilt ^n mille combats singuliers î et les habitans , reléguéâ|
AH haut de leurs cv.:.ison$, rtj^ardoient avec une joie mélëe d'horreur 1 i-l^ féroces vainqueurs se déchirer muiHelIement conmii. ; ms un amphithéâtre, et exercer les lins sur les i\u:ï\ > !?^s fui-'^i^rs que les assiégés avoient /appréhendées po*:^ 'v\ mêmes. La terre étoit déjà jonchée <ie cadavres j 'l':- t^toît fait de toute l'armée , et la gloire de ceiie croi ;1. .ilîoit s'ensevelir dans Zara • si le doge et les h;;ronô riwrtr par le bruit affreux de^i combattans , m, r.isôi!;» î)r ^î:;/;'::»(»nt accourus. Ils se Jettent au travers r!e la n.elée; ^'f. ciiiploient la douceur, l'autorité, les mennces, ^:\ ^orce même, pour séparer (Ces forcenés. Ce ne fut pas sans beaucoup de peine. Tandis qu'ils ap:u>>>îont le combat dans un lieu, il se ralluraoit dans un -^iitre ; et cet horrible tumulte dura bien avant dans -a nuit. Les Vénitiens , moins forts en nombre , furent les plus maltraités. Mais les François perdirent aussi beaucoup des leurs. On regretta surtout Gilles Landas , seigneur flamand , estimé pour sa valeur, qui reçut dans Tœil un coup de lance dont il mourut sur-le-champ. Il faUut une semaine entière pour calmer les esprits et rétablir la paix entre les deux nations.
Le marquis de Monferrat , qui , pour obéir au pape ; n'avoit pas vouhi prendre part à l'attaque de Zara, s'y rendit quinze jours après qu'elle fut prise. Mais le pape, mécontent du peu d'égard qu'on avoit eu à ses volontés, écrivît aux croisés une lettre de reproches qui tomboient principalement sur les Vénitiens. Il les regardoit comme les auteurs de la désobéissance. Il défendoit auK croisés, sur peine d'excommunication, de prêter leur^ mains désormais à la destruction d'aucune partie de la ville; il leur ordonnoit même de s'y opposer de toutes leurs forces, et de faire restituer au roi de Hongrie tout ce qui avoit été enlevé à ce prince dans le pillage. Il leur faisoit espérer de les relever des censures qn'iU ^voient encourues eu secondant l'attentat des Vénitiens^
L*affection paternelle qui respiroU dans les repcoçhei niêmes crianocent toucha le cœur des barons fran-* (pis, toujours tendrenfient attaches au saint -sîége^ Ils envoyèrent IVévéque de Soissonç avec le chancelier d^ Baudouin et deux chevaliers pour apaiser le saiot-père, en s'excusant sqr la nécessité d($ satisfaire. leurs alliés, de qui dépendoit le succès du voyage. Ils dévoient aussi le consulter sur la conduite qu*iU tiendroient avec les Vénitiens, qui, ne croyant pas avoir mérité Texcom* fnunication , ne jugeoieut pas avoir besoin de s'en fairQ absoudrp. Le pape leur ordonna , pour satisfaction , à^{ rendre tout ce qu'ils avoient du butin de Zara , de s'engager paf une promesse authentique à la réparation^ des torts qu'ils avoient faits, et dç rfinou vêler leur ser-t^ ment d'obéissance au saint - siégo. A ces conditions il^ii leur envoyoit l'absolution. Quant aux Vénitiens , comme |ls ne voudroient pas sans doute rendre l'argent qu'ils avoient reçu phur le passage, il permettoit aux croisés de se servir de leurs vaisseaux , attendu, qu'autrement les excommuniés aurolont tout le profit, et les pénitens | porteroient toute la peine ; mais il leur recommanda ] de ne communiquer «vec eux que pour la nécessité, et ^ avec amertume de cœur; et dès qu'ils auroient passé la mer , si les Vénitiens persistoîent dans leur endnr- ; cissement , les croiîés dévoient s'en séparer^ et se bien garder surtout de se joindre à eux dans les batailles , de peur d'encourir la malédiction qu'avoicnt tant de fois éprouvée les armes des Israélites lorsqu'ils s'étoîent associés aux infidèles. Les Vénitiens n'obtinrent leur absolution que quelque temps après de l'évêque de Nicosie, au nom et par le pouvoir du cardinal de Capoue, alors en Palestine.
Un mois après la prise de Zara on vit revenir Iss députés envoyés à Philippe de Suabe. Ils étoient accompagnas de nouveaux ambassadeurs de ce prince, ^ui| ayan| reca audience du doge et des barons, expo-
HISTOIRE PU BAS-£HPia£. /flg
gèrent leur commission en ces termes : « Seigneurs croi- « séSf le puissant roi des Romains , plein de confiance « en votre valeur et en votre zèle pour la justice, îm- « plore votre secours en faveur du légitime empereur « de Constantinople ; et , en vous recommandant son « beau -frère, il croit le mettre sous la protection de « Dieu même. Défenseurs des droits divins et humains," « vous allez remettre Jésus-Christ en possession de son « héritage envahi par les infidèles ; ce sera un prélude « convenable à une si sainte expédition que de rétablir « sur le trône un prince dépouillé par un perfide usur- « pateqr. Le succès de cette première conquête , qui est « infaillible , sera le gage de la seconde , et un moyen « sûr d'y réussir. Quels avantages n'enretîrerez-vous pas \ ' % Alexis promet fous la foi des ser mens les plus invio- « labiés de remettre TOrientsous Tobéissance de la sainte « église romaine , dont il a fait autrefois une si noble « partie. Comme il sait que les dépenses de votre ar- « raement ont épuisé vos ressources , il vous fera pré- « sent de deux cent mille marcs d'argent, et nourrira « pendant un an toute votre armée. Il réparera Tin- « justice de Tempereur Manuel, en faisant estimer avec « une scrupuleuse exactitude, et rendre aux Vénitiens « tout ce qui leur a été enlevé tant en argent qu^en « marchandises. 11 vous accompagnera en personne dans « la conquête de TEgypte, ou, si vous le jugez plus à « propos , il vous donnera dix mille hommes à sa solde « pendant l'espace d'un an , et tant qu'il vivra il tiendra « en Terre-sainte cinq cents chevaliers entretenus à ses « dépens. Telles sont les conditions auxquelles il s'en- « gage. Prêtez-lui vos bras généreux dans une entreprise « plus glorieuse pour vous que pour lui-même , s'il est « vrai qu'il y a plus d'honneur à donner une couronna (K qu'à la posséder. » Les seigneurs répondirent qu'ils ^n délibéreroient. Le reste du jour et la nuit suivante 1^ passèrent eu vives coptestations. Les opposaas étoie^^
lie fit quelque pcrie. Il y eut même des seigneurs du .premier rang, tels que Simon de Montfort , accompagné de Tabbé de Vaux de Sernai, et de plusieurs barons , qui passèrent en Hongrie au service du roi Henri , croise lui-même , mais ennemi des autres croi&és depuis le siège de Zara , qu'une maladie Tavoit empêché de ser courir.
Les premiers mouvemens des chrétiens d'Occident .n'avoient causé nylle inquiétude à l'usurpateur Alexis. ;|ls ne dévoient pas entrer dans ses états ; et ne prenant pintérêt qu'à son propre repos , peu lui impurtoit que les IfSarra.sins , les Turcs ou les chrétiens fussent maîtres de da Palestine. Mais lorsqu'il apprit les démarches que 4fkisoit son neveu, il en conçut quelque alarme; et, regardant le pape comme le chef de la croisade , il lui adressa Hine lettre pressante pour l'engager à s'opposer au des- Htin du jeune Alexis. Il lui représenta que c' était au saini" yiige à ne pas souffrir que des armes destinées et comme bcpnsacrées à faire la guerre aux infidèles fussent plon^
E'es dans le sein des chrétiens : que l'attaque de Con^ antinople ferait échouer le projet de reconquérir la lierre- sainte : que les forces des croisés , épuisées dons pteite guerre injuste , îie seraient plus en état cPen commencer une autre si juste et si glorieuse : que le jeune llexis n'açait aucun droit à l'empire, étant né d'Isaac mnt que celui-ci y fût parce nu ; qu'en ce cas la cou- \ne devenait élecVwe ; qu'elle lui avait été déférée selon lois par une élection libre. Le pape lui répondit 'en effet le jeune Alexis s'était adressé au père comfmun des fidèles pour le tirer de l'oppression qu'il souff^oit aiftsi que son pire : que, le saint-siége h* ayant pas 'du^é à propos de se décider promptement sur une de- -mande de cette importance , le prince avait eu recours -«w.r croisés, au,xqueis il promettait de les secourir dQ^s \^ur dessein sur la Terre-sainte , de rentrer dans le sein ^^Iq winte église romaine, et cie remdf^ au pape thork^^
/|4a': ftfWOIitS BV BA8<^B1IFIMM
neur ittnAHsiumcê'quê Imdoii^ini tous les ehritk^i^ que lis croisés n^aooieni pas voulu s'engagsr sans cofk^ sisksrle pi^ * ç^St pour fui, il n'^çoii point encorsjormi^ de résolution décisitfe, et qu'il attendroii à lapriiuks* lorsquUI auroit reçu les doutés de Pempereur ffrec :« qu^ahrs tien délibéreroit a^ec ses frères les cardinaux ^^ et qu'il tâcheroit de le satisfaire ; que cependant le jeutm Alexis réunissoit bien des suffrages en sa façew » 4 cause de la rébellion de t église grecque contre le siige\ apostolique , dont il promettait de reconnaître la su} riorité. Il ne paroit pa$ que ce recours de Temi Alexis au saint-siëge ait en aucune suite. 11 senli^ ap| remment qu'il n'avoit rien à en espérer.
Cependant le pape , dont tous les vœux se portoîent^ uniquement au recouvrement de Jérusalem , n'étoit' rien moins que favorable à Tentreprise sur Constantin nople. Consulté par les croisés , il fit ses efforts pour lesi en détourner. Il leur manda que cette pensée ne powmt leur être suggérée que par l^ennemi du nom chrétien^qm^^ sous une apparence de justice et de piété , semait entre eux une dangereuse zizanie : qu'ayant d abord envisagé la Palestine y ils ressemblaient à la femme de Loth, et regardaient en arrière : que leurchangemen t avait dijk découragé grand nombre de croisés et relevé la hardiesse' des Sarrasins, Il les félicitoit d'avoir obéi à ses ordres pour la satisfaction qu'il avoit exigée d eux au sujet de Zara ; maïs il ajoutoit quils perdraient par leur nou^ celle desobéissance le fruit de leur repentir : qu'ils np dévoient pas se flatter d'être en droit d'attaquer les Grecs^ parce que ceux-ci n'étaient pas soumis à t église rœmaine , ni de détrôner Vempereur Alexis parce qu'A était usurpateur ; qu'ils n'étaient pas constitués Juge^ ni des uns ni de Vautre , et quHlne leur appartenait pask de les punir: qu'il leur ordonnait y en vertu de rautoriii apostolique ^ d'aller droit au secours de la Terre-sainte^ ^qns se détourner nia droits ni à gauche ; et qu'iflei
pveriissoii de se souv^enir qu'il leur açoU défendu , sur
peme d*excommurticaiion , de rien entreprendre sur
les terres des chrétiens, à moins que la nécessité ne les
y contraignît^ et toujours avec la permission préalable du
'' 'saint-siége , représenté par le cardinal-légat. Cette
lettre ne changea rien à la résolution des croisés ; et
> quoique , selon quelques auteurs , ils vinssent à bout
d'adoucir la répugnance du pape, on voit par la suite de
|kl'bistoire qu'elle ne fut jamais entièrement détruite.
l'est donc injustement que les historiens de Tempire,
flevés dans le schisnie , et par cette raison ennemis dé-
|Clarés de Téglisc romaine , imputent aux sollicitations
îf^t à la malignité du pape tous les maux que les Greq[
finirent à souffrir dans le cours de cette expédition.
444 ^iSTOÎâs r>V BAf ^KMPÎRC.