‹ Histoire du Bas-Empire, commençant à Constantin-le-Grand (volume 4)Chapitre 1 sur 13 · LIVRE CENT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CENT-TROISIÈME

SUITE DU KEGSE

D'ANDROMC II PALÉOLOGUË.

Il se formoit en Asie, depuis un (iècle, une puissance A?r. 129^.

qui devoit inquiéter TEurope et renverser Teiupire

grec. C'étoit celle des Ottomans, dont il est nécessaire

de connoître l'origine, parce qu'elle se trouve liée

auK grandes scènes de Thistoire moderne, et plus par^

ticulièrement à l'histoire de Constantinople. Cette ori^

gine remonte à la grande irruption des Mongouls et

des Tarlares, dont les rapides conquêtes avoient , plus

d'un dcmi-sîècle avant l'époque où nou§ sommes (de

1206 à 1227), changé la face de l'Asie. Les vastes

montagnes situées entre la Chine, la Sibérie et la mer

Caspienne , étoient peuplées d'une multitude de hordes

qui formoient ilcs émigrations lorsque la population

devenoit trop nombreuse. Témugin , si connu dans

l'histoire sous le nom de Gengis kan'*^ , les réunit

toutes, et sut en faire un peuple victorieux et conque-^ '

rant. Il fut proclamé grand-kan ou empereur des Mon-»

gouls et des Tartares. Ces deux dénominations sont in-

différemn^ent appliquées à la nation par quelques his-^

" L'auteur de. rhistoirc gèntîalo- toirt généalogique ^éié dcnXe ipztnn

gique dc8 Tartarea donne l'étymo- descendant de Gengis-kan. Des Sué"

logie de ce ipol. On disait Zingis' dois, prisonniers en Sibérie-, la Ira-

Aa/z avant Voltaire , qui d fait adopter duisircht sur le manuscrit mongouîi

celui de Gc/igrM-Aart» ^«>i, en langue Cette traduction fut imprimée eùi

toongoule, signifie grande et f^isîiiX. 1726, à Leyde, 2 vol. in-ia. le signe du superlatif. Cette his-

toriens. Cependant la première a été restreinte à la is famille impériale, tandis que la seconde s'est étendue ^n indistinctement à tontes les peuplades du nord. .gj

Les pays que les Tartares inondèrent avec la^apidité t» d'un torrent , soit sous Témugin , soit sous ses succès- , seurs, sont séparés par de telles distances, qu'ils parois- ^ soient garantis de toute invasion de la part du même i peuple. Cependant, dans un très-court espace de temps, -^ on vit la Chine conquise deux fois, la Perse envahie, . ainsi que la Russie , la Pologne et la Hongrie. En moins , de six années (de }i'i6 à 1242 ) les Tartares parcourent , le. quart de la circonférence du globe, passent le Volga, , ]e Kama , le Don , le Borysthène , la Yistule et le D^^ ^ nube; brûlent Moscou ^ ravagent la Pologne jusqu'aïut , frontièresdeTAlleniagne, détruisent Cracovie et Lublin; ^ ne laissent en Hongrie qu'une ville et deux forteresses; ^ enfin la pauvreté des habitans de la Sibérie et la rigueur du climat ne les mit point à Tabri de leur férocité. La terreur se répandit dans l'Europe au point que le pape crut devoir leur envoyer des moines de Saint-Dominique pour apaiser et convertir ces barbares. Mais le grand* kan répondit que lesenfans de Gengis et de Dieu étoient revêtus du pouvoir de soumettre ou d'exterminer les nations , et que , podr éviter lamort , le pape devoit venir •upplier en personne. Heureusement l'empereur Frédéric II sut faire usage d'une milice plus formidable que celle du pape, et d'armes plus puissantes que les foudres de l'Eglise. Il écrivit aux rois de France et d'Angleterre , aux princes allemands , pour leur faire sentir le danger. Les barbares échouèrent devant le <;hâtean de Neustadt en Autriche , et décampèrent à l'approché d'une armée d'Allemands.

Les lieutenans du grand-kan trouvèrent dans leur pouvoir et dans leur éloignement les moyens de se pro-n curer rindépendance,etdeneplus reconnoitre de suprématie. Chacun adopta un régime conforme à sa situa;^

RlgTOIRE DU BÀS-tXPIRC. 3

lion ; If» uns conservèrent la simplicité des mretirs pnrstorales, et les autres prirent cellesdesvill«*s<ie TAsie. Mais il falloità tonsnn nouveau cnlle. Après un moment d'in^ certitude entre TËvanf^ilc cl le Koran, ils se décidèrent pour la religion de Mahomet. Ije sultan deX^artzme gouverna les étals de Perse avec sagesse , et les défendit avec un courage héroïque ; mais enfin il succomba sous le nombre. Après sa mort , son arunn», composée de hordes turcomanes, se dispersa ; plusieurs chi^fs de cette armée s'enrAlèrent au service d*Aladin, stillan d'fconium , et furent les obsctirs ancêtres de In race ollo<« mane. Orthogrul , sujet et soldat de ce sultan , établit à Surgos, près du Saugarius, un camp de quatre cents tentes, qu'il gouverna pendant cinquante-deux ans. C'est le père du calife Othman. Il s'appela d'abord Thawnn , et donna son nom à cette nation ottomane dont il de* vint le chef 9 et qui détruisit Tenipire grec. Itéloit plac4 sur les frontières de Pempire. Sa religion lui prescrivoit legTici, c'est-à-dire la guerre contre les infidèles. Cet oit donc un devoir à remplir que d'être toujours les armes à la main et d'attaquer les Grecs. Voici la marche qu'il suivit pendant un règne de vingt^sept années. A chaque campagne il recrutoit et augmentoit son armée. Au lien de se retirer du canton dont il venoit tle s'em-* parer, il ccmscTvoit les positions susceptibles de défense. Après avoir abandonné au pillage les châteaux et les villes, il en répafoit les fortifications. C'est ainsi que ^ cessant peu à peu de mener une vie errante, il parvint à donner à son peuple une patrie. Tels furent l'origine et 1rs progrès des Ottomans. Les historiens ont varié sur leur chef, qu'ils représentent , les uns comme un brigand , fléau de l'humanité, les autres comme ua héros. De tous les écrivains modernes , celui qui parott avoir apporté dans l'histoire le plus de bonne foi , le plus d'amour pour la vérité , le plus d'exactitude, et qui se soit le mieux servi du flambeau de la critiquci a dit qu'Othman

'4 HISTOIKE DU BÀS^EMPIRE.

étoit doué à un degré éminent de toutes les vertus dun soldat , et quUl profita des circonstances de temps et de lieu qui favorisaient son indépendance et ses succès. ^ Cette opinion , qui tient un juste milieu entre les deux autres, nous semble préférable.

Othman portoit aux- Grecs une haine implacable. Quand sa religion n^auroit point approuvé ce sentiment , ^ il auroit été justifié par une perfidie dont il avoit failli devenir la victime , et qu'il est bon de rapporter. Un seigneur grec, gouverneur* du château de Jarissar, invite aux noces de sa fille les Turcs les plus distingués habitant dans son voisinage^ et fait à Othman des instances plus vives qu'aux autres. Il avoit le projet de le faire arrêter : mais Othman fut averti , et dès-lors il se crut en droit de prévenir la trahison par la trahison, çt d'employer contre les Grecs l'arme dont ils faisoiént un si fréquent usage. Il confie au gouverneur de Belejiki , gendre futur et complice de celui de Jarissar , un complot chimérique, qu'il assure être formé par les Turcs ses rivaux, qui , pendant qu'il seroit aux noces, dévoient attaquer sa résidence. Pour inspirer plus de confiance , il le prie de recevoir ses femmes , ainsi que ses effets les plus précieux. Le gouverneur de Belejiki , ne voyant dans cette prière qu'un moyen de s'emparer plus facilement de sa proie, lui accorde ce qu'il lui demande. Othman fait habiller en femmes quarante jeunes gens , favorisés dans ce déguisement par les longs voiles en usage alors comme aujourd'hui , et les envoie avec des caisses contenant des armes et des torches au lieu de trésors. Pendant la fête on met le fmi au châ-

« Gibbon , histoire delà décadence la motive suiBsammeDt : de manière

•t de la chute de Tempire romain , que , blânaant et justifiant à la foi»

chap. 64. cette haine, ils font éprouver au lec-

* Les auteurs de Thistoire byzan- teur un sentiment pénible, et cet

tlne traitent , à cause de cette haine, embarras que «cause un jugement

Othman de fléau , et transmettent contredit par les preuves. ^u m&mt temps i« récit du fait qui

HISTOIRE DU BAS-EMPIRi:; 3

tean de Belejiki. Le gouverneur , son beau-pere et lenrs gens s'y rendent en hâte. Des soldats qn'Othman avoit mis en embuscade tombent sur les Grecs , et les taillent en pièces. Othroan s^empare ensuite des deux châteaux, de leurs gouverneurs , et même de la mariée , qu'il fit épouser à son fils Orcan. Beaucoup de guerriers célèbres n'ont point dans leur agression une excuse aussi légitime» Cet événement rendit Olhman l'implacable ennemi des Grecs. Partout il excitoit la haine contre eux , et leur cherchoit des ennemis. L'empire étoit en danger , et sa chute certaine, lorsqu'un général habile Ten garantit ; mais elle ne fut que différée. Le protovestiaire Tarchaniote avoit un fils, nommé gouverneur dans rOrient par Ândronic, qui lui confia les meilleures troupes. Il s'appeloit Alexis Philanthropène. Il réunissoit au courage d'une jeunesse impétueuse le sang-froid et le calme que donnent les ans et l'expérience. Il savoit inspirer aux soldats le respect et l'amour. Il parvient ea peu de temps à reprendre aux Turcs leurs conquêtes, et les rejette au-delà des frontières de l'empire. Il fut arrêté quelque temps près de Méladun par une femme qui commandoit un château très-fort , construit sur les ruines de l'ancien Didymion des Milésiens. G'étoit l'une dès femmes de Soliman pacha , seigneur turc. Elle s'étoit enfermée dans cette forteresse avec une bonne garnison; Philanthropène croit pouvoir s'en emparer par ruse.U fait proposer à cette nouvelle amazone de l'épouser, quoiqu'il fût marié , et de déposer à ses pieds sa fortune et ses conquêtes. Elle répondit qu'elle se défendroit jusqu'à la dernière extrémité. Honteux de ce refus, et voyant sa gloire compromise, Alexis réunit tous les moyens qui sont en sa puissance , fait donner Tassaut, et s'empare de la place. Il fit distribuer, suivant son usage , tout le butin à ses soldats.

Soit que le -trésor fut épuisé , soit par négligence , soit que l'on crût que l'armée devoit pourvoir elle-même 4

au milieu d'eux des envoyés de Libadaire. Ce gouver-* : neur iravoît que de mauvaises troupes, sur lesquelles il*' • ne. pouvoîlcor^ipter, parce qu'elles étoienl mal disci- := |)ttnées, et n'àvoient point encore fait la guerre. Il . lie pouvoil y sans une folle témérité , les opposer à . \ l'armée de son rival , toujours victorieuse. Au lien de I

combattre il prit donc le parti de négocier et de re- r rôurir à la ruse. Instruit de la méfiance des Cretois, ^ il envoie à leurs chefs des émissaires chargés de pro- « mettre, au nom d'Andronic, amnistie pour<eur troupe^ £3 i^t de grandes récompenses, s'ils vouloient livrer Philan-- :j thropène, quOeur avoit confié la garde de sa personnel ] Coralzès et ses officiers convinrent, avant de donner .1 \uie réponse définitive, de faire une dernière démarché [ auprès du général pour l'engager à prendre le titre et , les attributs du chef de l'empire. S'il se rendoit à leurs vœux, c'ëtoît une preuve de sa sincérité, jet les Cretois! dévoient lui rester fidèles : s'il les rejetoit, il en falloit conclure qu'il taisoit des arrangemens secrets aux dépens de ceux qui avoient embrassé sa cause, et, dan3 cette supposition , il étoit^u-gent de le prévenir. Tel fut le raisonnement d'après lequel les Cretois continueroient ou cesseroieut d'être fidèles à leur général. De sa réponse dépendoit l'événement. Les principaux Cretois vont le trouver, et lui représentent qu'il importe à sa sûreté, comme au succès de sa cause, de i3aroitre à la tête de son armée avec les attributs impériaux; que les soldats en auront plus de courage , et ses partisans plus de confiance ; enfin qu'un grand nombre de citoyens attendoient , pour se décider, cette démarche, qui seule • pouvoit mettre un terme à leurs incertitudes. Au lieu de dissimuler le <lépit que lui causoient ces observa=tions, Philanthropène exprima son mécontentement, prit un ton absolu, l'air dédaigneux, et traita de pusillaninnté les craintes qu'on paroissoit lui témoigner, l^es Cretois traitent aussitôt avec I^ibadaire , acceptent

les propositions qu^ii leur faisoit , prennent de concert arec lui toutes les précautions Convenables ; et , de part et d'autre , ajoutent aux serpiens les plus redoutables pour se garantir une fidélité réciproque, l'échange de ce qu'ils avoient de plus précieux, c'est-à-dire de leurs reliques. Les commissaires détachèrent de leur cou celles qu'ils port oient , et se les donnèrent réciproquement. Cette. cérémonie rendoit le parjure .plus odieux. Libadaire range ses troupes en bataille ; son rival fait mettre les sieniies sous les armes , les harangue , et va se mettre à la tète des Cretois, ne doutant point de la victoire. Ceux-ci, quand les deux armées sont à la portée du trait, entraînent leur général, et le livrent à Libadaire. L'armée de Philanthropène, n'ayant plus de chef, est aiissitdl vaincue qu'attaquée. On en fit un horrible carnage. Aucun des Turcs enrôlés sous les drapeaux du rebelle ne fut épargné. Lîbadaire, qui craignoit qu'on ne lui enlevât son ennemi , qui dans les fers le faisoit trembler 9 prit sur lui de le condamner à perdre la vue, supplice qui n'étoit infligé que par Tempereur. Philanthropène fut livré aux Juifs , qui remplissoient les fonctions de bourreaux. Plusieurs de ses partisans, et particulièrement les moines, subirent la même opération. Libadaires'empara des trésors et de là famille du général, que celui-ci avoit fait déposer à Nymphée, dans la tour de Porphyrogénète.

Pendant que cet événement se passoit, les deux empereurs étoient dans la dernière consternation. Â la nouvelle de la révolte de Philanthropène, ilsr craignirent de perdre le trône et la vie. Ils connoissoient les talens et Thabileté de ce général. Ayant mis à sa disposition les meilleures troupes de l'empire, il leur paroissoit impossible de réduire ce rebelle. Dans cette extrémité ils sonfeoient à composer avec lui, et s'occupoient de lui offrir le titre et la dignité de César avec les revenus nécessaires , lorsqu'un courrier vint leur annoncer la prise

10 HISTOIRE BU BlS-£lfPIRE.

de Philanthropène et la destruction de son armëe.Androv; nl^c sort sur-le-champ de son palais avec sa garde et i%i cour, se rend au monastère des Hadéges, et s'y pro4.c sterne aux pieds de la Vierge, à l>*intercessîon de laquelMb il attribue le changement que venoit d'éprouver s% situation; ensuite, pour récompenser Libadaire, il 1^^ nomme stratopédarque. ^^

Les Turcs, furieux de la sévérité avec laquelle Liba^'^j daire avoit traité leurs compatriotes , ravagèrent «1^, mirent au pillage tout le pays situé entre le Popt-Euxiià^^ et la mer de Rhodes. Il étoit nécessaire d'envoyer ii%,j généml et des troupes capables de les repousser. L'em^^ij^ pereur choisit Jean Tarchaniote dont il connoissoit \m., talens militaires, et n'écouta point le patriarche qii^^ vouloit le détourner de ce choix , parce que ce général ^ étoit schismatique : c'étoit un motif de plus pour loi ^ donner des occupations qui Tempêchassent de se mêlepl ^ des affaires de TËglise. Tarchaniote justifia les esp^ . rances d'Ândronic; il battit les Turcs, et les força de , s'éloigner des frontières de l'empire, quoiqu'il eût uno armée qui méconnoissoit la discipline militaire. Les officiers vivoient dans le faste et la mollesse; une partie des soldats, que le pillage avoit enrichis, s'affranchis* soit du service, dont le poids accabloit les autres : ceux-» ci tomboient dans le découragement ; ceux-là ne rece-» voient ni ne transmet toi en t d'ordre. Tarchaniote exigea de l'égalité, soit dans les devoirs à remplir, soit dans la fortune des soldats : comme elle ne venoit que du butin ^ il voulut un partage entre tous, et le prescrivit. Cette mesure lui fit des partisans et des ennemis. Il se forma UQ parti de mécontens qui setliguèrent et dénoncèrent leur général comme un ambitieux , un autre Philan* thropène ayant des projets de révolte et voulant secouer le joug impérial. Cette accusation trouva des gens dis-<posés à la croire. L'évêque de Philadelphie, Théolepte, ennemi personnel de TarchaniotCi dont il avoit toujoum^

Aé reça avec une froideur méprisante, accrëdila les fruits qui se répandoient sur ce général. L^anibition et le désir de se venger lui firent même concevoit^ une entreprise téméraire; ce fat de prévenir les ordres de l'empereur, et d'arrêter le général au milieu de son armée, ne doutant pas plus de Tapprobation^'Andronie que de la réalité des projets qu'on supposoit formés par Tarchaniote. Long-temps il attendit une occasion favorable : elle se présente enfin. Le général, pour gdftter un moment de repos, s'étoit retiré dans une maison de campagne , n'emmenant avec lui que quel* . qnes domestiques. L'évéque, instruit de cette circonstance, rassemble des gens armés et se présente à la porte de la maison du général ; celui-ci se réfugie dans on couvent voisin , et s'y barricade. Théolepte Tinvestit, et , avant de commencer l'attaque , lit à haute voix tous I les chefs d'accusation contre le général , qui répond et ^ fait des reprélftitations à l'évéque sur l'inconvenance de son action. Théolepte n'en devient que plus furieux , et donne le signal à sa troupe. Tarchaniote, n'ayant aucun ' moyen de résistance, a recours à un expédient qui : donne une idée de la superstition de ce siècle. Il fait I paroitre aux yeux des assaillans une image de saint George : à cette vue tous ces guerriers prennent la fuite, abandonnant leur intrépide évéque , qui reste seul. Tarchaniote auroit pule châtier; mais il dédaigna de le faire. Dégoûté du service, il le quitta. L'empereur le fit arrêter et mettre en prison, soit qu'il ajoutât foi aux dénonciations faites contre lui, soit que cet officier eût doijhë quelque nouvelle preuve de son zèle fanatique pour les arsénites. Cet oit un pays bien mal défendu que celui où le général le plus habile préféroic à la guerre les discussions théologiques.

La retraite de Tarchaniote remit les provinces de a«« 1297; rOrient dans le danger dont il les avoit délivrées. Ses iQccesseurs , qui n'avoient aucun de ses talens, se firent

12 HISTOIRE DU BÀS-EMPTRE.

battre , et les Turcs augmentèrent de nombre et ( dace. Après avoir ravagé les frontières, ils s'avaiic< vers^onstantinople , au point de causer dans celt pitate de vives inquiétudes. Les niécontens répand des libelles contre Tadministration , et même c< remperev|r. Andronic, oubliant toute convenance n'ayant point le sentiment de sa dignité, crut qu'il de son honneur de réfuter publiquement celui d pamphlets dans lequel il étoit le plus mal traité. Il voque les grands de l'empire , le sénat , le clergé évêques, les courtisans, les principaux citoyens dans cette assemblée imposante et nombreuse^ il nonce un discours dans lequel il répond à tous le proches que lui faisoit Tauteur du libelle , et teri cette singulière apologie par sommer ce pamphle de se nommer : ce que celui-ci n'eut ^arde de faire, silence fut regardé comme un aveu de sa défaite. C dans le même temps qu'on publia l'analmme dont avons parlé, et qu'Athanase avoit lancé clandes rnent contre Andronic. Des enfans, qui cherch des nids sur le haut des colonnes de Sainte-So| trouvèrent Je vase qui. renfermoit cette excommui lion. La forme de l'écrit, les sceaux qui l'accoi gnoient leur impriment une sorte de respect ; î portent au patriarche, qiii, reconnoissant que c'est excommunication fujminée par son" prédécesseur , pêche son frère Méthadius vers Andronic pour le plier de se rendre au palais patriarchal, étant l'impossibilité de se transporter à celui de l'empe Méthodius annonce une. affaire de la plus grande portance : elle paroissoît telle en effet aux yeux d dronîc comme à ceux du patriarche. Le prince immédiatement l'envoyé. En prenant connoissan l'anathème, il tremble , jui croyant sur le bord abîme; il convoqua immédiatement un synode, < posé du patriarche d'Alexandrie | de l'évêque d'Ej

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.: i;>

tous ceux qui se trouvoieni à Consfantinople,* [ue des moines les pins versés dans la science du anon. On entendit avec une silencieuse terreur, lire de ce formidable écrit; il étoit adroitement i pour produire le plus grand effet sur des esprits nimes. Athanase commençoit par provoquer sur toutes les malédictions, et par^e voaer lui-même pplices éternels, s'il avoit manqué sciemment à un t ses devoirs. Avant de lancer Tanathème, il Tapsur lui-même dans le cas où il se seroit écarté de e doctrine dans une circonstance de sa vie. Celte tion oratoire éloit évidemment prise pour inspiis de confiance et prouver la persuasion qu'il avoit innocence et de sa sainteté. Passant ensuite aux , il \ts vouoit irréçocablenient à ranatheme , les zhani du sein de l'Eglise. II terminoit par ces Périsse avec eux celui qu'ils ont poussé à me avec tant de cruauté. Ces paroles épouvantèrent nie, à qui elles étoient adressées. Il prie en trcm^ l'assemblée de. occuper des moyens à prendre me conjoncture aussi fâcheuse. Les évêques penqu' Athanase seul .pouvoit annuler Tcxcommuni- . Des canonistes , envisageant cet acte sous son 3le point de vue, prouvèrent qu'il ne devoit caucune inquiétude , étant produit par la vengeance 3lère; qu'étant furtif et clandestin, il étoit de nul' enfin, quand bien même il seroit valide, le s avoit le pouvoir de l'anéantir, étant au-dessus inase, qu'il avoit droit de f^re comparoitre et de T. L'assemblée partagea l'opinion de ces canoquant à la précipitation qui avoit dicté cet ana- ; mais elle persist^à croire qu'il ne pouvoit être [ue par celui qui Tavoit prononcé ; quelques-uns •eut même qu' Athanase n'en avoit plus le pouet qu'aucune puissance sur terre ne pouvoit infirrette excommunication.- C'étoit déclarer le mal

l4 HfSTOIR£ DÛ BAS-EltPlUï.

sans remède. Heureusement pour le foible Andronie7 cet avis ne fut que celui de la minorité de rassemblés L'empereur, croyant qu'il ne pou voit prendre tropdl précautions, exigiea qu'on envoyât à Tancien patriarcht une députation pour savoir s'il avouott Técrit dont dl s'occupoît, et s'il étoît toujours dans les mêmes sentW' mens. Athanase convint que cet anathème étoit le frdi de la colère ; qu'il devoit être considéré comme nnif déclarant qu'il Tannuloit en tant que de besoin y û qu'avant de quitter le siège patriarchal , il avoit en Tidl teiition de le détruire. Andronic voulut que cette àéêm ration fût écrite. Athanase le fit dans les termes les pMJ expre^ifs, et le cfalme se rétablit ^ans les esprits. \m autre événement les troubloit à la n^éme époque , lÉ causoit dans la capitale de l'empire une consternati<Ml générale : ce fut un tremblement et des inondatiool telles , que les historiens les ont traitées de déluge darii leurs descriptions. ^

Air. 1298. Au mois de mars 1298 , le patriarche Yeccus mounN dans la citadelle de Saint-Geor^, où depuis pIusienA années il manquoit de tout. On prétend qu'AndronA avoit pour ce prélat une grande considération , et qn¥ vouloit le rappeler. Ce qui rend cette intention douteuse? c'est le dénùment dans lequel il le laissa , ponvanH adoucir les rigueurs de sa prison et pourvoir au moîw à ses besoins, s'il ne lut rendoit pas la liberté. La perse* vérance de Veccus , qui sacrifia les honneurs et les dignités à son opinion, lui a concilié Testime générah dans les églises grecque et latine. La première, le croyant dans l'erreur, mais de bonne foi, le plaignit et le regretta ' la seconde loua hautémen| sa xpnduite et sa doctrine.

Vrosc, crâle ou roide§erWe, aidé de ce Cotanitsi

dont nous avons parlé, et qui s'étoit évadé de sa prison î

dévastoit les frontières occidentales de l'empire. Lei

' troupes que commandoit de ce cAté le grand -connétabU

Tarchaniote Glabas ëtoient insuffisantes pour Tepoussel

UI8TOIBE DU BAS-EMPIRE. l5

bServiens. Glabas ne dissimula point la situation des pEiires. Il déclare qu'il failoit renoncer à Fespoir de rëlaire jamais ce peuple sauvage qui^ se réunissant pour IDe expédition , se dispersoit aussitôt qu'elle étoît faîte, ||;trouvoit un asile assnré dans des forêts impénétrables. Pae alliance paroissoit au connétable être le seul pioyen d'arrêter et de contenir ces barbares. Mais le pâleavoit tant de fois violé les traités conclus avec lui, jpi'il n'inspiroit plus aucune conBance. Andronic , qui tageoit Topinion detson général, ne vit d'autre exient que de proposer au roi des Serviens d'épouser lœur Eudoxie. Celte princesse étoit veuve de Jean ninène, prince des Lazes, ou souverain de T^ébide. Elle le plenroit sans cesse. Laissant la couronne prince Alexis Comnène, Tainé de ses deux enfiins, le vint avec l'autre à Constantinople. L'offre de sa ÎD, faite à son insu, fut acceptée avçc empresset. Outre l'avantage qiie Irouvoit lecrâledans cette ion, il avoit besoin de la protectioB d' Andronic pour rer le trône à ses enfans. Vrosc, surnommé Milatin , cupoit au préjudice d'Etienne, son frère aîné, qui avoit été exclus parce qu'il étoit boiteux. Celui-ci oit une vie obscure et tranquille , et se résignoit à sort ; mais il n'avoit pas renoncé au sceptre pour ses ns; et comme ceux du cràleétoient bâtards, Etienne voit espérer qu'on rétabliroit en faveur des siens ordre de succession à la couronne. Ces prétentions n'ant pliu lieu du moment où il naitroit des enfans n mariage légitime entre le crâle et la sœur d'Annic.On passa un traité pourconvenir de cette alliance, l'empereur exigeoit qu'on lui livrât la fille de Tertère , j. ni de Bulgarie, et Cotanitze; la première, parce qu'elle ^ ri?oit ea concubinage avec le crâle ; et le second y parce {j ^ Andronic vouloit le punir et se venger. Vrosc n'hé- JAoit point à les sacrifier tous les deux. Dans toute cette ^ li^ociation , on avoit oublié l'article principal , sans

iG JIIâTOI&£ DL £A?-£5IPIât.

lequel le traité oe pouvoit recevoir d'exécnlion : téU^>f le consentement d'Ëudoxie.Non-seulcfiienl elle lerefdi^ positivement, mais exprima le mécootentement qU*ë||: éprouvoit de voir qif on disposoit d'elle avec autanti^b. légèreté. Elle déclara qu'elle Ae vouloit point se reraÉrier, quelque avantageux que fut le parti quon lui pw posoit ; que , si jamais elle changeoit d'avis, cenesertfe point en faveur d'un homme qui auroit quelque tffl^ semblanceavec le craie de Servie. L'empereur fit d'ini^ tiies efforts pour vaincre la répugnance d'Eudoxie. PaiÉ dédommager Vrosc, il lui donna sa propre fille , maigff la révoltante disproportion dage qu'il y avoit entre dK et le crâle , car elle étoit à peine sortie de Tenfance, es Vrosc avoit quarante-cinq ans. Simonide faisoit lesdS lices de sa famille, qui ne pouvoit se passer d'elle, % qui , malgré cette circonstance , en fit le sacrifice aiR intérêts de la politique. Celte victime fut conduite i Thessalonîque par Andronic lui-même , malgré la neig<< et les rigueurs d'un froid excessif. Le prince partit I< 6 février, et s'arrêta d'abord à Dripée pour y attendrai son frère Constantin Porphyrogenète , qu'il avoit h barbarie de traîner à sa suite dans une cage. Il craignoi que sa mère , pendant son absence , ne mit ce prince ei^ liberté. Andronic étoit tellement honteux de cette al-* liance , qu'il n'en avoit point fait part au patriarche Jean. Mais celui-ci, en étant informé , résolut de faire!. des représentations au prince sur un mariage quibleS'. soit toutes les convenances. L'empereur, soupçonnant son dessein , ea prévint l'exécution en lui^ donnante l'ordre, avant de se mettre en route, d'aller l'attendre à Sélivrée. Le patriarche s'y rend , y passe plus d'u* mois sans voir arriver le prince. Il paroit enfin avectoute sa cour. Au moment où le prélat alloit le haranguer en sortant de l'église, l'empereur :Iui demande brusquement sa bénédiction pour sa fille, et continue sa route. Jean ne perd point cour.ige, et reste à Sélivrée

aiSTOIES BtJ BAS^EHPlkC. 1^

|M|Q^âa retour d^Andronic, résolu de lui parler. Comme tbféte de Pâques approchoif , le prince , voulant remaries devoirs de sa religion, et ne le pouvant sans la l^érmission du patriarche, lui dépécha pour l'obtenir un le ses principaux of&ciers. On suppose que Jean avoit fintention de la refuser , mais qu'une somme d'argent le rendit plus traitable. Quoi qu'il en soit , il l'accorda. tObligë de revenir à Constantinople pour soigner sa té, il s'enferma dans le monastère de Pammacariste, vouloir remplir aucune des fonctions patriarchales , învême recevoir personne , témoignant par cette con* ite combien il blâmoit celle de l'empereur.

A. peine entré dans Thessalonique , le prince le fit voir au chef des Serviens, qui commença par montrer mauvaise opinion qu'il avoit d'Andronîc en loi demandant des otages. La manière dont Tempereur s'étoit emparé de Michel, et que probablement Cotanitze ne iitflsoit point oublier du crâie, justifioit cette méfiance ijarieuse. Sa demande fut accordée. On se donna mu* llement des otages , dont l'échange eut lieu sur le fleuve Vardar, qui séparoit la Servie des terres de l'empire. Vrosc, n'ayant plus de craintes fondées, se met en toute, et livre lui-même à Tempereur Cotanitze et la fille dit roi des Bulgares. Alors le prince lui présenta Simoikide. Le craie la traita avec beaucoup de respect. Ils leçurent tous deux la bénédiction nuptiale , qui leur fut donnée par Macaire , archevêque d'Achride. L'empereur donna des fêles à son gendre, et distribua des présens à tous ceux qui Taccompag^noient. Il mit à sa disposition nn corps de troupes pour contenir les partisans d'Elienne. Les deux princes se séparèrent ensuite satisfiiita l'un de l'autre.

Pendant son séjour à Thessaloniqne , l'empereur y reçut une députation de la république de Venise , qui diemandoit le renouvellement des anciens traités. Elle exigeoit toujours la restitution des biens confisqués

l8 HISTOIRE DU BA8-XMPIAS.

qu'Andronic persistoil à ne vonipir pas rendre. lies bassadeiirs réduisirent leurs p.rëtenlions et se bornèi à demander moitié : le prince étoit sur le point de 4er, lorsque ses courtisans lui conseillèrent de h refuser, prétendiinl que Venise étoit dans imesituati( i n'inspirer de crainte à personne. Andronic les crutj et' les V^nihens se retirèrent avec la résolution de venger, Vempereur, avant de revenir à Constantinopl TjDuhit profiter du voisinage où il se trouvoit, à Th< salonique, du sébastocrator, pour se faire rendre ce pi'ince la ville de Démétriade en Thessaiie. Gel ville faisoit partie de la dot deThéaphano, sœur de fenin>ede l'empereur Michel, morte eu allant rejoindi le sébastocrator. Celui-ci n'osa pas refuser de rendrff fine ville qui ne lui appartenoit point, pui:$que le m%î| liage n'avoit pas eu lieu. IMais il y mit tant de lentearL qu'il finit par la garder, àv. ia99< Andronic croyait mériter les honneurs du triomp))||^ pour avoir livré honteus<>ment sa propre fille à un primée, barbare, dans le dessein de garantir de ses insultes Ujj^ frontières de Tempire. Il voulut donc rentrer en' ponip^ dans sa capitale. Précédé des onires qu il prescrivoi^ à ce sujet , il s'arrêta dans le voisinage de cette villf pour donner le temps de prendre les «lispositions conve-* Dables. Tous les habitans sortirent de Constant inopl^f le 22 novembre , et vinrent au-devant de lui. La foule ^ fut si considérable , que. la route étant encombrée, Veah ' pereurne put rentrer dans son palais qu'à la nuit, april '' avoir long- temps attendu. ii

A peine de retour , il se jette dans de nouveaux emr ' barras à l'occasion d'un mariage qu'il voulut faire pour ^ récompensi^r Chumne , préfet du Caniclée, dont il pro* ' J^ta d'unir la fille au prince Alexis Comnène, son neveiii ' souverain de Trébisonde. Cette jeune personne a voit une fortune considérable, et cotnme sa naissance étoit commune, Andronic lui fit porter les ornemens particuliers

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