‹ Histoire du Bas-Empire, commençant à Constantin-le-Grand (volume 4)Chapitre 2 sur 13 · I8T0IE1 DU BA8-11IFIRS · texte numérisé non relu

I8T0IE1 DU BA8-11IFIRS

femmes de despotes , a6n qu'elle eût le pas sur les itres dames de la cour. Si le prince avoit dëdai|pné de isulter Eudoxie lorsqu'il Toffrit au crâle cle Servie, n'eut pas plus d'égards pour son pupille , et crut pou- Hr en disposer sans son aveu. Mais Alexis l'avoit prérenu en épousant la fille d'un seigneur de l'Ibërie riche puissant. Furieux de ce contre^temps , Andronic voulut lire casser ce mariage , et pour y parvenir, il eut re- 1rs à sa ressource ordinaire; c'est-à-dire au clergé, dénonça lui-même au tribunal ecclésiastique son ne- , comme s'étanl marié , quoique mineur, sans sou intement. Le clergé disenta longuement. La majorité, :11a tête de laquelle étoit le patriarche, trouva le mariagt i^liile , faisant principalement valoir la grossesse de la jrane princesse. Eudoxie, mère d'Alexis ^ voulant re« toQraer à Trébizonde auprès de son fils, et craignant ipe Tempereur n'y mil obstacle , feignit de blÀmer Alexis , et promit de le forcer à répudier sa femme. Andronic fut sa dupe, et la laissa partir; mais elle approuva la conduite du prince et se moqua de son frèrf fiand elle ne fut plus en son pouvoir. L'empereur , n'osant résister à son clergé , fut obligé de renoncer à ton projet. Pour dédommager la fille de Churansk, il lui promit son propre fils, l'ainé des enfans qu'il avoit eus d'Irène. Mais cette impératrice , outrée de dépit , déclarât ({n'elle s'y opposerait de tout son pouvoir. Andronic, ponr avoir la paix, feignit d'abandonner cette idée, espérant que par la suite il disposeroit Irène à l'adopter* Depuis le retour d' Andronic à Constantinople , U patriarche Jean n'étoit sorti de sa retraite qu'à l'occasion da mariage d'Alexis, et pour filîre partie du tribunal qui le déclara valide malgré l'empereur. Anflronic l'engageoit à reprendre ses fonctions, et chaque Jour l'en pressoit avec de vives instances. Elles furent inutiles , et Jean déclara qu'il resteroît dans son couvent jusqu'à ce que Tempereur s'y présentât avec les

principaux nienilires du clergé en nombre suffis pour former un synode, devant lequel il feroitun ex| de ses plaintes : il ajouta même que, si cette demai lui étoit refusée /il abdiqueroit. Au lien de le preni au mot et de punir cette témérité, Tempereur lui t^rda ce qu'il demandait , indiquant le jour où la c( f^rence auroit Ileo. La manière dont il s'y rendit est nouvel aveu de sa fiiiblesse. Ce fut pendant la nuit , a* les ecclésiastiques qu'il avoit choisis, au nombre dcj quels étoit Pachymère « qui , dans sa volumînei Iristôii^e , n'onblie aucune des particularités de a conférence singulière dans laquelle on voyoît le cl d'un vaste empire paroître cteviant un moine qu'il avoj fait évéque ," et recevoir ses réprimandes. Elles ne lé| furent pas épargnées; et , si Ton met de côté 1 infractiol a£& convenances , on «st forcé de convenir qu'elle étoient méritées. Jean conservoit delà rancune de U maïiière dont il avoit été traité à Sélîvrée : il avol d^anciens et longs reproches à faire. Il n'en onnt ancu0 Il commença par te mariage de Simonide avec Urosd Il en fit voir l'absurdité, puisque la princesse n'avofi que huit ans, tandis que le craie étoit à^é de quarante* cînqans. 11 peignît l'opprobre dont s'étoit couvert Tem pereur en donnant sa fille à un homme déshonoré pai la licence de ses mœurs , par rhabitnde de ne jamaii tenir sa parole, acaiséméme d'avoir commis im double inceste avec -la femme de son propre f#ère et la sœur dt cette princesse, qui ^toil religieuse. Le patriarche prétendoit connoître cette particularité de la mère du roi des Serviens , qui la lui avoit confiée en le priant d'empêcher le mariage de s{on fils avec Simonide. Il prétendit ensuite qu'Urosc, s'étant engagé par serment à reconnoîtrela fille de Tertère pour femme légitime, iln'avoit

• Pachymère est estimé comme fauts qui semblerbient devoir s'extémoin des ëvénemens qu'il raconte; cluro : c'est d'être obscur et prolixe, mais quelquefois il rwunit deux de-

HISTOIRE DU BAS-IMPI&S. Si

abandonner sans devenir parjure. On doutoit même cette union piit être annulée. De ces faits qui ne ernoient que la famille impériale, le patriarche passa ; reproches d'un intérêt général. Il traça avec hare le tableau des maux dont Téta^ étoit accablé, U gence ou l'incapacité des ministres, les abus vexas de Tadministration , enfin le poids des impôts , qui nt également au - dessus des besoins de Tempire, toit sagement gouverné, comme au-dessus des fas de ceux qui dévoient les payer. Il termine par des ^sentatii)ns énergiques à Toccasion d'une taxe noument établie sur le fer et le sel, et par des plaintes tes contre Andronic qui avoit souvent refusé de sndre. Ce discours causa dans rassemblée une sur- I d'autant plus grande, qu'on n^avoit pas l'idée de la bilité d'articuler de tels reproches en face de celui en étoit l'objet et qui avoit en main l'autorité suie. Si ce langage eût été tenu au sein du sénat et ;rands officiers de l'empire, une pareille démarche it mérité tous les sutTrages. Mais le lieu , l'orateur iassiâtans étant également déplacés, on humilioit litement l'empereur, et une action louable eu elle* le et courageuse n'étoit plus qu une imprudente rîté. Andronic, habitué au commerce des prêtres» t dissimuler et dévorer un outrage. Il écouta pa-« ment et sans changer de couleur les dures vérités 1 venoit de lui faire entendre. Il répondit au re-^ le du mariage de Simonide par la raison d'état»

pour rendre la paix au peuple , ex^eoit un sacri* ussi coûteux de sa part. On auroit pu lui répliquer c'étoit sa faute s'il n'avoit pas d'autres moyens

puissance, et s'il n'existoit pas d'armée à oppoix entreprises du crâle. Andronic tâcha de prouver te que Simonide était l'épouse légitime dTJrosc; es mariages entre souverains ne sont point assu-«

aux mêmes formalités que les autres , surtout

quand ils cmt rinlérét public pour excuse. II prit adroï^ tenient pour juge l'assemblée , qui témoigna sa recoosioissance par d'unanimes applaudissemens. Reprenant la parole, il répond à Tarticle relatif aux impôts en re* présentant qu'il avbit été forcé par d'impérieuses ci^> constances dVn mettre sur lé fer et le sel; que ce n'était qu'à la dernière extrémité qu'il l'avoit fait, et après avoir réformé sa maison et diminué le traitement de» officiers et dignitaires de l'empire. Il rappela la coiiduite de quelques - uns de ses prédécesseurs qui , sans avoir les mêmes besoins , avoient mis sur leurs sujets dal taxes bien plus onéreuses ; comme si l'exemple d^une injustice fatsoit loi pour en commettre une autre ! Pas^ sant ensuite aux reproches personnels du patriarche sur la nature de leurs relations, il fit une distinction entre . 1^ demandes que lui faisoit ce prélat ; désignant lei ^ unes comme faisant partie des devoirs qui lui étoient , imposés par ses fonctions , et les autres comme de purt , bienveillance. Il prétendit n'avoir jamais refuse les pr^ , mièces , et que , s'il n'avoit pas toujours accordé les , secondes , c'étoit moins sa faute que celle des circon-' . StaTiCes. Ândronic finit ce discours étudié en priant le , patriarche d'oublier le passé; en promettant d'avoir plus ; d'égards pour lui; enfin en lui tenant un langage affec*^ tueux qui désarma sa colère. Il promit de retourner aa. palais patriarchal, et tint parole dès le lendemain. Cette, longue apologie , faite en termes mesurés , prouve (si, Pachymère n'a point prêté sa plume à l'empereur) qu'Ândronic ^^oit prévu tous les reproches qui lui se^t roient adressés; si réellement il Tavoit improvisée, elle, démontrerolt que ce prince s'éloit formé à la discussion, en assistant à tant de conférences ecclésiastiques, eu les provo<]uant même, et ce mérite, fort médiocre dans le chef i\\u\ gouvernement , et même rien moins que désirable, explique^oit son goût pour ces assemblées. Oll <iiroil ^u'il nepouvoii s'en passer. £n effet , après ceUi

foele patriarche avoit facilement tiliienne, rempereor l'empressa d*eo convoquer une nouvelle , dans laquellt il exprima son repentir et les remords qn*il ëprouvoil pour avoir concourn à la déposition de Tëvéque d'E<« phèse, et Tavoir ni^me fait enfermer , parce qu'il s'étoil décbrë contre les écrits du patriarche Grégoire. Eufia il annonça qu'il vouloit dédommager ce prélat. L'assemblée applaudissoit à cette intention , lorsque le pfti» triarche Jean et les évéques de Smirne et de Philaddphie lacomhaMirent avec aigreur. La discussion s'anima : lean , qui ne supportoit point la contratliction , se retira pour la seconde fois dans le couvent de Pammacariste, (t u'jr voulut avoir communication avec personne. Les évéques, que cette humeur fantasque fatiguoit, et supposant le même mécontentement dans Andronic , lui présentèrent un mémoire contre le patriarche. N'appor* teraucun soin dant le gouvernement del Eglise ; rendra des dérisions sans consulter le corps épiscopal, et réfirmer celles prises par ce corps ell plein sjnode ; laisser les bénéfices vacans pour s'en approprier les revenus ; y nommer au mépris des lois qui prescrivoient l'élection ; confier la régie des biens de l'église de Coustantinople à son fils Ephraïm , qui en dépensoit les revenus dans la débauche : tels étoient les cheGi d'accusation contre Jean. L'empereur étoit d'autant plus disposé à les ae^ cueillir , que , dans la pnérile frayeur que lui avoit inspiré l'anal hème lancé par Athanase, il croyoit n'eu être entièrement affranchi que lorsque ce patriarche serait replacé sur son siège. Mais Jean , dont la retraite a'étoit qu'une ruse, en sort le 25 octobre et se présente devant Andronic , qui lui demande sa bénédiction et k prie de reprendre l'exercice de ses fonctions. C'étoit ce que désiroit le patriarche. Pour éviter le reproche de contradiction auquel il s'exposoit en revenant dé luintme après avoir si formellement exprimé Tintention contraire 9 il eut recoufs h un pieux stratagème. Il sup-

ft4 BI$TOTll« DU BAS^SMPIILS.

posa Tapparition ci*tin jeune homme qui , pendant li nuit, lui avoit aclre$^é ces mots : Si vous m^aimez, paissez,' mes agneaux. C'éloit donc uniquement par obéissance et par amour ile Dieu qu'il revenoît prendre soin de son troupeau. Le plus grand nombre des évêque^ , à quî de pareils moyens ëJoient familiers, ne crurent point à ce conte ; mais IVmpereur se ^arda bien d'en douter. Tout ce qui sortoit des lois de la nature avoit droit dé lui plaire, et sa disposition à croire étoit en raison de ■• rinvraisemblance du fait dont on lui faisoit le récit; i Cette imposture lui fit rendre ses bonnes grâces et soft k estime au patriarche. Il alla même jusqu'à faire des Ai* x marches au - dessous de sa dignité pour ramener à ce prélat les évéques qui ne vouloieut plus communiquer avec lui. Tout entier au soin de réconcilier des prêtres, il négligeoit les affaires de l'état. Leur situation s*ag« -^ grava tellement, qu'il fut obligé de sten occuper. jj

A». i3oi. Nous avons laissé les Turcs s'a vançant dans l'intérieur ., de l'empire au point d'inquiéter la capitale; reculant ^.^ ensuite et se jettant surd'autres provinces, ils y portoient ,^ le pillage et la mort. La conduite d'Andronic pendant ; qu'on dévastoitsesétats,suffiroil pour motiver le jugement i^ qu'on doit porter de ce prince, si toutes les actions de sa r longue vie n'éloient autant de preuves de son incapa- ^ cité. Que faisoit-il pendant les incursions des barbares? Des projets de mariage , dont le plus absurde fut le seul exécuté; d«s réponses aux pamphlets écrits contre lui; = des consultations sur un écrit trouvé dans un pot; enfin des convocations d'assemblées pour réconcilier do prêtres, recevoir des réprimandes, ou discuter quelques = questions oiseuses. Ce n 'et oient pas des moyens vigou- > reux de résister aux Turcs; et si ces barbares eussent . eu un chef habile et une bonne discipline, c'en étoit fait de l'empire. Mais s'ils ne le renversèrent point alorSf ils en dévastèrent les provinces, au point d'interrompre le cours des occupations théolo^iqueâ de l'empereur« H

HrSTOIHI DV BA8-1MPT1LE. 9$

«ntit en même femp^ le danger et rinipossibilitë d*y

lésister par la nullité de ses ressources. Celles auxquels

il avoit ordinairement recours, son patriarche et soa

dergé, ne pouvoient lui rendre aucun service dans cette

circonstance; et, par sa faute, il n'avoit ni troupes en

état de faire la gnerre, ni général capable de la bien

'faire. Il étoit donc dans la position la plus critique,

iorsqu'il e^ fut tiré par nn secours inattendu. C'étoit

l'arrivée sur les frontières d'une horde d'Alains, qui

demandèrent à défendre Tempire. Ou a vu dans cette

iistoire ^ Torigine de ce peuple nomade. Chasseur et

{oerrier tour a tour, il avuît fait trembler les Mèdeset

Pénétré dans les Gaules. Le parti qui se pré&entoit avoit

ervi récemment sous Nogaïa. L'empereur Taccueillit

ivec enthousiasme, et mit dans sa conduite avec les

Uains une imprudence excessive. Il leur accorda des

listinctions qu'ils ne demandoient pas , des présens

mxquels ils nesongeoient point, et greva le trésor, déjà

nirchargé de pensions qui contribuoient à Tépuiser, de

nouvelles pensions pour les nombreux officiers de ce

nirps. Il assigna même aux soldats une paie plus forte

que celle qu'il accordoit aux siens. Il parloit sans cesse

de leur bravoure, de leurs faits d'armes, qu'il exaltoit

aux dépens de la milice nationale, sur la(|uelle il ne

« Tome 9, liv. 19, p. 4»^* Les dé Tant Ammicn-Mtirccllîn, le» Alaîns

taîls qae donue IjC Beau ne tont et éloient li- niéme peuple que les AJas-

ne peuvent être que des 100 jcctures, sa^ètes ; ce qui .-nigmenle les diffi-

poisquc lea bi>lonens varient sur culié^, puisqu'on n'a point assez de

cette origine. Quand on en est réJuit noliun> sur ce dcruier peuple ))Our

■n coo}rctures sur un fait histori- faire niéiiie une coujeciure. L'idée

)oe, il ne faut omettre aucun des de faire des Alairis un peuple noble

témoignages sur Ies<]uel8 le lecteur plaii à l'imuginulion -t elle a souri à

prat établir son opiuîon. Il n'est donc Le Beau (t. a, liv. 19, p. 407 )• M>û

pw inutile de compléter ceux qu'i elle est plus poétique que positive,

rapportes Le Beau. Ainsi à Pro*opc, et l'histoire, qui ne doit admettre

lont il adopte l'avis, on peut oppo- que d«s fuils, n'a point de place pour

ler Joscphe et Pfolumée, qui pré- les fictions, ou ne leur en donne une

^deot que les Alaios, au lieu d'être qu'en leur conservant leur caractère

Sarmates, ëtoient Scythes, et les essentiel.

placeat aotom du mont Imatb* Soi-

«6 HISTOIRE D0 lAS^BlfPIRl.

. versoit que du mépris. Enfin il exigea que la cavaleiie grecque cédât aux Alaius leurs chevaux et leurs armes* On auroit tout au plus pardonné à un |>rince île vingt an&cel enthmisiasnie irréflé(hi. Un prince sage auroit établi une concurence salutaire entre les Alains et ses troupes, et se seroit servi des premiers pour inspirer aux secondes une noble émulation. Mais Ândronic les leur sacrifia. Dans le traité qu ils passèrent s^^ec lui , ces nouveaux alliés obtinrent, au^silôl qu'ils le demandèrent, trois conditions. La première étoit de n'être jamais rcnfei'mé.s dans des places ou dans des villes murées; coutiiiiod également reitiarquable , soit qu'elle ait en pour motif une précaution de prudence pour conserver aux solilats leurs mœurs et leurs habitudes, soit que la méfiance Tait dictée. La seconde, de n'être point incorporés dans les troupes de l'empire et de rester toujours distincts d'elles; la troisième enfin, de n'être jamais conduit que par leurs propres officiers. Les deus dernières conditions paroissent avoir été adoptées par les Suisses, qui se vendent depuis trois siècles. Laservile complaisance d'Andronic étoit faite pour révolter les Grecs et leur inspirer contre ces auxiliaires une jalousie (|ui , n'étant que trop motivée, devoit finir par nuire aux intérêts de I état. LVmpereur fit trois corps des Alains. Il envoya l'un en Asie, l'autre au gouverneur des Alisons, qui avoit besoin de secours. Le troisièn^e, considéré comme Télite de la troupe, devoit servir sous les ordres de Tempereur Michel, que son père avoit projet de mettre en campagne. A peine le premier corps . qu'on envoyoit eu Asie, eut- il passé le détroit deGallipoli (aujourd hui celui des Dardanelles), qu'il s'abandonna au pillage, traitant de même amis conmie ennemis. Cette conduite excita des plaintes d'autant plus amères , que les éloges donnés par Aiulronic à ces nouveaux venus avoient éié plus exagérés. Un pareil démenti lei mortifioit: heureusement ces pillards, qui st

UISTOIEE BU BÀS-SHVimB. È'J

bitfoient bien , conlribnèreiit an gain crune bataille qne leflP Grecs livrèrent aux Turcs peu de jours après; el décidant de la victoire par leur bravoure , ils rëparèreot ainsi le tort qu'ils venoient de faire à leur réputation*

Pi»ur leur en imp<»ser davantage et les cdnlenir dans Av. iSo*. les bornes du devoir, Andronic envoya son fils, rem*^ pereur [^lichel, en Orient. Il y prit le commandement de ramriée. Ce joune prince montra beaucoup d'ardeur; ce qui plut aux Alains, qui n'ainioient qu'à se battre. Il diercha reiinenii, qui se fit d'autant moins attendre, qu'il eiprimoit hautement de son côlë le désir d'en venir aux mains, l^sdeux armées étoient en présence, lorsqu'au moment du signal tons les officiers grecs font des observations à Michel sur le danger auquel il exposoit sa personne et ses troupes; ils représentent que la confiance des Turcs est une (.reuve de leur supériorité; . ^*ils ne demandent le combat que parce qu'ils sont certains de la victoire; qu'une défaite seroit un malheur plus grand dans la circonstance que dans toute autre ; enfin que ce malheur deviendroit sans remède si le prince perdoit la vie ou la liberté. Au Heu de tén^oigner Viiidignation que lui faisoit éprouver un conseil aussi pusillanime, Michel fait sonner la retraite. Les historiens supposent que ce fut contre son gré, mais sans rien rapporter qui puisse autoriser leur conjerture. Le désordre de la retraite avoit l'air d'une fuite. L'armée entre dans Magnésie. Les Turcs prennent ses bagages et se présentent devant les murs de la ville au moment oà l'on venoit d'en fermer les portes. Ils campèrent dans les environs , surveillant la place sans Tassiéger. Les Alains , accoutumés à une vie agitée ou paisible , se plaignent de l'inaction dans laquelle on hs tiont. Ils expriment hautement le désir d aller se mesurer avec Tennemi, représentant que, quand ils prenoient les armes, c^étoit pour s'en servir, et ïu)u pour se livrer à des exerdces qui n^out d*autre résultat que ia fatigue el l'ennui ;

aS HISTOIRE BIT BAS-EMPIRE.

que lenr coutume ëtoit de se battre, de vaincre, et.de jouir ensuite tranquillement du fruit de leurs victoiriss; qu'ils étoient faits pour la gloire ou le repos ; qu'on leur refusoit également Tun et l'autre; enfin ils annoncèrent qu'il falloit les mener au combat ou leur donner leur congë, bien résolus à ne pas prendre d'autre parti. Cette déclarai ion jetoit Michel dans le plus grand embarras. La retraite des Alains le lais&oit sans ressources. Il avoil sucressivement perdu ses autres alliés. Âsan, Tancien roi de Bulgarie, qui étoit venu à son secours, venoit de mourir : le prince Michel , despote , qui lui avoit amené des troupes, tomba malade et repartit avec elles. Les meilleurs soldats désertoient. La retraite des Âlaim» alloit rendre sa situation désespérée. Il ne négligea rien ^ de ce qui pouvoit les retenir , employant tour à tour les '^ prières et les promesses. Enfin il parvint à les faire '■ consentir à rester encore trois mois; mais ce ne fut ' qu'après que le prince leur eut promis avec serment ■' de ne point s'opposer à leur départ lorsque l'époque '^ seroit arrivée, et de leur faire distribuer alors des sommes î d'argeiït dont ils déterminèrent eux-mêmes la valeur^ ?' .Michel, aux abois, fut obligé dé tout accorder. Pour If tenir sa parole, il sollicita son père avec les plus vives ^i instances, en lui faisant connoitre les engagemens qu'il 'i avoit pris avec les Alains, et l'extrémilé à laquelle il se ^f ttrouvoit réduit ; faisant voir que ces événemeils auroient ' sur l'état une influence nuisible. Mais Andronic, qui oe ^ savoit ni prévoir ni prévenir le danger, n'envoya que ^î' jdes secours insuffisans. A l'expiration du terme convenUf ^i les Alains firent les préparatifs de leur départ. Michel, i qui ne pouvoit ni les retenir ni se passer d'eux, voyant \ qu'il couroit les plus grands risques eu prolongeant soa^^ ^jour à Magnésie, forme le projet d'en sortir furtive- ^ ment , se proposant de prendre tant de précautions, que 1 personne ne s'aperçut de sa fuite. Il attendit ime nuti'^ , obscure et orageuse pour se mettre en route. Maîs.oii '\

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. ^ 2g

SVoU pënëtrë son dessein : le bruit s'en répandit dans la ville. Ali moment du départ, non-seulement les troupes mais tous les habitans , sans distinction d'âge ni de sexe, sortent spontanément des maisons pour suivre le prince. Les ténèbres, la foule qui se pressoit, causèrent beaucoup d'accidens. La terreur se répandit rapidement dans le pays, et de là dans les provinces voisines. Ceux qui demeuroient dans des villes en sortoient, croyant voir fennemi. Les Turcs profitèrent de ce désordre pour soivre et harceler les fuyards, qu'ils massacroient sans pitié , mettant le feu aux maisons. Une multitude innombrable périt : ceux qui échappèrent se retirèrent à Pergame , dans les murs d'Adramytte et dans les environs de Lampsaque. L'épouvante fut telle , qu'on en vit plusieurs traverser THellespont et chercher en Europe nue nouvelle patrie. Le jeune Michel avoit cherché un asile à Pergame; et, ne s'y croyant point en sûreté, il se retira bientôt à Gyziqueavec quelques soldats. Maïs les Turcs, qui raettoient beaucoup de prix à s'emparer de cette proie, se dirigèrent aussitôt vers cette ville; A leur approche, l'empereur en sortit pour se retirer à> Péges, place située sur le bord de la mer. Les fatigues, les contrariétés, le chagrin , la honte que lui causoit une expédition aussi désastreuses, le rendirent malade au point que sa vie fut dans le plus grand danger. On en instruisit Andronic, en lui demandant les médecins les pins habiles de la capitale. Alarmé pour son fils, l'empereur lui envoya les siens sans délai. Mais croyant moins à l'efficacité de leurs remèdes qu'à celle de la protection de la Vierge, il fit chanter une messe , puis envoya par un moine, au prince Michel, les restes de l'huile des lampes allumées pendant la célébration des saints mystères. Pachymère raconte avec une admirable luMme foi qu'à l'instant où le njoine se mit en route, Michel se sentit soulagé ; nulil vit en songe une belle dame qui lui ôta du corps un clou , cause et siège du mal ; qu'à

3â HISTOIRE DU BÀS-EUPIKE.

fait que suivre les instructions de son gouvernement ; il ajouta que, si Tenipereur vouloit rendre tous les effets qu'il avoîf fait confisquer précédemment , et dont les Vénitiens réclamoîent en vaîn la restitution . ceux-ci ne refiiseroîrnt point de se réconcilier. Andronîc accepta sur-le-champ une proposition qu'il avoit rejetée dans une position moins humiliante que celle dans laquelle lise trouvoît. Il envoya des ambassadeurs à Venise pour renouveler les anciens traités aux conditions exigées par la république.

Ail. i3o3. Les événomens arrivés dans Tannée i3o2 avoient été tous désastreux, et la chute de Tempire se préparoit . âous un prince sans énergie pour le bien , et qui , ne fai- i sant que des fautes, ne savoît les réparer que par ^k . nouvelles fautes. Nous Tavons vu contractant d'ignobles ■ alliances, accueillant des étrangers, et leur faisant de honteuses avances, abaissant ses sujets, et leur inspirant un mécontentement fondé, cherchant eatin des res* sources chez les autres, parce qu'il ne savoît pas tirer parti des siennes. Nous le verrons suivre toujours la même marche, et présenter constamment le spectacle d'un prince foible, incertain, superstitieux, et quelquefois cruel.

Ayant garanti ses frontières du côté de la Servie par un mariage, il crut pouvoir faire usage du même moyen dans une circonstance pareille. Soliman pacha, chef dei Turcs voisins des Grecs en Asie, faîsoit des incursioni sur les terres dépendantes de l'empire. Pour les garantir) , Andronic crut se faire un allié de Soliman en lui dpn- '^ nant une femme. Un compagnon d'arme de Nogaïai Tartare de nation, et nommé Cnximpaxis, s'étoit', après la catastrophe de ce prince, réfugié à Constan* tinopleavec sa famille. Pour faire sa cour à l'empereuri il se convertit , et reçut le baptême. Andronic crut qu'en mariant la fille de ce Tartare avec Soliman, celui-ci non - seulement respecteroit les frontières, mais les

m.STOlDE DU BÀS-EMfiat. 53

fffoît respeclerpar lesaiilres chefs des Turcs. Poiirniîeux parvenir à ce but , îl imagina de donner le commande-^ loent d'une province à Soliman an moment où le ma* rîageseroît f»iît. Ce projet lui paroisboît un coup dVtat. Soliman, prit la fenmie qu'on lui ofTroit, fut nommé gouverneur de Nicomédîe , et ne changea pas de conduite. Amnrat, autre chef d'un parti de Turcs, ravajeoîl la Me'solhinie, et le nouveau marié préféra sa cause à celle d'Andronic. Cette aventuie ne lui fit point ouvrir les yeux sur la nullité des ressources (\ull employoit et sur la petitesse de ses \ues. Il ne lui fal* loît qu'une occasion pour le prouver de nouveau. L'appariUoft subite d'un guerrier la lui fournit; Andronic ne Hmaissa point échapper. Il est question de Roger Deflor, que l'histoire nous présente tantôt comme un aventurier, tantôt comme un héros, et qui paroît avoir en tontes les qualités propres à jouer ce.^ deux rôles. Il étoit né à Tarragone le i4 juillet ia()2. Son père, d'origine allemande, avoit été successivement attaché à l'empereur Frédéric et à son petit-fils Conradin , dont il prit le parti, et pour lequel il périt dans la batàVile de Taglîacozzo , le 23 août 1268. Le vindicatif Charles d'Anjou voulut punir non-seulement les partisans du jeune prince, mais encore leur postérité. I\<»ger Diflor^ âgé de six ans, fut compris dans la proscription générale. Il vivoit à Brindes avec sa mère, dans Tindigence ft l'obscurité. Un Provençal, chevalier du temple, obligé de relâcher dans ce port pour y radouber son vaisseau, vit Roger. Lui trouvant l'air martial, d'heureuses dispositions, il le prit à bord et se l'attacha , prévoyant que cet enfant étoit destiné à de grandes a\entures. Roger répondit aux soins de son bienfaiteur. A quinze ans il ptissoit pour im marin habile. Il se signala par quelques exploits contre les Maures. A vingt , il prit .rhabit des templiers, et fit sa profession à Barcelonue , dans une maison de cet ordre. Le grand maître lui confia

le commandement d'une galère de la religion, avec laquelle il inspira la terreur dans les mers du Levant. Dans lie^ dernières croisades il passa en Palestine avec quelques autres chevaliers , et s'établit à Saint-Jean-d'Acre. Ilétdil , dans cette place lorsque Mélec-Tasërat , sultan d'Egypte » ^. se présenta à la tête d'une armée pour assiéger la ville. ^ Pendant la durée du siège , Roger se distingua par sa ^ bravoure et son audace. Dans une sortie qu'il commaii- .,. doit , il culbute les ennemis , leur enlève Tétendard dé ; Mahomet, et tue leur général de sa propre main. Mais, t-^ les assiégeans ayant reçu des renforts puissans, là place ^ fut prise d'assaut en 1291. Roger ayant prévu fj^tte cà- jtastrophe, et la regardant comme inévitable, offiÉkaux ^ principaux* habitans de les recevoir sur son vaiSseaUf ainsi que leurs effets les plus précieux. Il y fit pareil- ^ lement transporter les trésors de son ordre, pour em- ^ pêcher, disoit-il, qu'ils ne tombassent entre les mains des infidèles. Mais l'usage qu'il fit de ces richesses , en se ,; les appropriant au lieu de les restituer à l'ordre, prouve quelle étoit sa véritable intention , et peut aider à dé- . cider si l'on doit le ranger dans la classe des aventu- ^ riers ou dans celle des héros. Le grand-maître de Malte __ le dénonça comme un apostat et un brigand, et fit beaucoup de tentatives pour s'emparer de sa personne. L'im- . partialité exige que nous ne laissions pas ignorer le isi- lence de quelques historiens sur ces derniers faitis. Ils représentent Roger, au sortir de Saint- Jean-d' Acre, ^ occupé du soin de rassembler les chevaliers , les guer- ^ riers chrétiens débandés, et d'en former une petitt armée navale , avec laquelle il parcourt les mers , infestant les côtes de l'ennemi , battant ses flottes , et po^ ^ tant des secours aux chrétiens. Mais, comme ces m'ênï^ ^ historiens se taisent sur la restitution du trésor de Malte, ^ on peut croire qu'elle n'eut pas lieu. Roger étoit à Mar- *^ seille lorsqu'il apprit les démarches du grand^maitrte contre lui. Il leva l'ancre, et fit voile vers le port et '

HISTOIRE DU Bdi:S-£MFIAS. 35

Oéfies, ville dansliiquf lie il avoit des amis. Ticin Doria , rua d'eux , l'ayant aidé à former un équipage bien armé, fl offrit ses services à Robert , duc de Calabre, qui faisoit des préparatifs de guerre cootl^ Frédéric d'Aragon. Le duc reçut Roger avec mépris. Frédéric disputait à «ette époque le trône de Sicile auic rois de !Naples de la maison d'Anjou. Il appela Dcflor à son secours. Ce!ui*ci , piqué contre le duc de Calabre, se rendit sans délai près de Frédéric avec sa petite armée. Il baltit les Napolitains dans toutes les rencontres, et détruisit leur marine» Frédéric lui dut la conservation de ses états , la conquête de la Sicile , et le créa vice-amiral en réconipense de ses aervices. La paix ayant fait poser les ariues à ses ennemis, Roger se vit dans une inaction qu'il ne poiivoit supporter, n'osant congédier sa troupe, et n'ayant aucun moyen delà faire subsister. Elle étoit composée det]#ux n)ille aventuriers, sans patrie, pour qui la guerre , dont ils avoient Thabitude, étoit un véritab(^ besoin. La plupart , nés dans la Catalogne , avoient dès leil^ enfance quitté leur pays. Tous étoient également déterminés, avides de pillage, et propres aux coups de main les plus hardis. C'est dans ces circonstances que Roger, qui craignoit les poursuites du grand-maitre et celles du fougueux Boniface viii, à qui le chef de l'ordre avoit inspiré son ressentiment , vint offrir ses servicesà l'empereur de Constantinople. Sachant que les Turcs faisoient de g;rands progrès dans l'empire, il sentoit que son offre ne pouvoit qu'être acceptée avec recounoissance. Il ne se trompa point. Tel étoit Roger Deflor , nouveau per* somiage qui va paroître sur la scène , et que nous devons faire connoître, parce que nous allons lui voir jouer un i^^le important. Il propose à ses soldats de passer en' Orient. Ils accueillent ce projet avec des transports de joie. De son côté Frédéric l'approuve, enchanté de »e •débarrasser d'hôtes fort incommodes en temps dé paix. Quelques volontaires obtinrent la permission de coip-

SB' filSTOIRE DU BAS-EMPIRÏ.

battre sons les ordres de Roger, qii^Is proclamèreat capitaine-général de cette expédition. IVon convint d'envoyer une députation à l'empereur pour régler les conditions qu'Ândronic accepta sans hésiter (comme il fai« soit toujours quand il étoit dans Terabarras ), quoique, les ambassadeurs fussent très-exigeans. A leur arrivée Roger mita la voile, et sortit du port de Messine. Sa flotte étoit composée de vingt-six navires équipés» Dans l'intervalle du départ de l'ambassade à leur retour, le bruit de cette expédition s'étant répandu , la troupe s'é- •; toit grossie de Siciliens, d'Âragonois, et d'Almoga- ^^ vares. Ces derniers descendoient de ceux qui avoient ^r détruit en Espagne Tempirc romain, et disputé ce pays ^ aux Sarrasins. Accablés par le nombre , obligés de céder h à ces nouveaux conquérans, ils s'étoient jéfugiés dans iil des montagnes inaccessibles, y vivant en sauvages, vêttls "s de la peau des animaux qu'ils tuoient à la chasse, et ^^ se nourrissant |le leur chair. Leur nombre étant aug- 'i. mente, ils sortirent de leurs forêts pour piller les habî- î tations les plus voisines , et devinrent peu à peu redon* L tables. Leur armure consistoit dans un réseau de fer, un *: petit bouclier, une épée, et quelques dards, qu'ils lari- « çoient avec une force irrésistible. Les rois d'Espagne l s'en servirent. Ils en formèrent une milice invincible, •< acharnée aux combats, et que la victoire ou la mort : pouvoient seules désarmer. On croit que Roger avoit quatre mille Almogavares sur sa flotte, et deux mille a Catalans; et l'on fait monter cette troupe à huit mille > hommes, en y ajoutant les Siciliens et lés Aragonois; ^ tous gens déterminés, robustes, ne respirant que la : guerre et le pillage. A cette époque les états les plus puis- ^ sans pouvoient rarement mettre des armées plus îonsi*- «, dérables sur pied , chaque soldat et chaque cheval devant ^ ^tre entièrement revêtu de fer ou d'airain , et l'éducation ainsi que l'armure d'un guerrier coûtant seule le travail ide longues années.

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. Jj

La flotte appareiUa dans le mois de septembre i3o3; A son entrée dans le port de Constantinople, on fit des Uies publiques. Les deux empereurs et les personnages les plus distingués accueillirent de la manière la plus flatteuse Roger et ses compagnons d'armes. Andronic leur assigna le quartier de Blaquemes. Il leur paya, sans qu'on le lui demandât , quatre mois d'avance de la solde convenue. Cette solde étoit beaucoup phis considérable que celle des troupes nationales , et de plus, en raison des campagnes de chaque soldat ; de manière que le prince récompensoit des services auxquels il étoit étranger. Gomme il ne savoit point s'arrêter , il fit distribuer auxoFBcicrs, outre la haute, paie qu'ils recevoient, des présens auxquels ils ne pouvoient prétendre qu'après des actions d'éclat. Il résultoit de cette con* duite irréfléchie que l'empereur , ne se réservant plus de moyens, couroit risque de rendre le soldat indifférent aux événemens. Quant à Roger, il commença par l'élever à la dignité de magneduc, titre qui répond à celui de généralissime des armées de terre et de mer. C'étoit une des premières charges de l'empire. Mais ce n'étoit point assez pour Andronic , s'il n'cmployoit le grand moyen auquel il avoit coutume de recourir , et dont plusieurs exemples récens auroient dû le dégoûter. Il vouloit marier son nouvel hôte , et se l'attacher par le& liens du sang. Le craie de Servie, dont il avoit fait son gendre, ternissoit un peu l'éclat d'une pareille alliance, et diminuoit le prix qu'on y pouvoit mettre. Cependant Roger, sans état , signalé par le pape et le grand-maître du temple comme un dépositaire infidèle, comme un spoliateur de l'ordre , n'avoit pas le droit d'être difficile. Il accepta donc pour épouse Marie, fille d'Irène sœur d'Ândronic et d'Âsan, roi détrôné de Bulgarie. Les noces se firent avec une pompe et une prodigalité également déplacées dans la circonstance où l'on se trou* ypît.

5i giitoîiiK ntr BAs-EMPiRC.

Oif H prëtendn qu'Andronic, en comblant Roger de fsint d'honneurs, avoît un motif qui faisoit supposer dans ce prince une étendue de vues dont il n'a point donne de preuves dans le reste de sa vie. Les historiens grecs ayant transmis des détails à ce sujet, c'est un devoir pour nous de ne pas les omettre. On a donc prétendu <^fa'en attirant Roger Deflor , il avoit l'intention de s'opposer aux François. Charles, comte de Valois, frère <le Philippe le Bel , vonloit chasser l'empereur du trône de Constantinople , parce que Catherine de Courlenay, qu'il vcnoît d'épouser,' avoit sur ce trône des droits, qui «ont nuls quand la force des armes ne les seconde pas. C'étoît cette même princesse dont l'alliance , recherchée par Andronic pour son fils aîné, le prince Michel, avoît été sur le point de se conclure. Fille unique de Philippe !«', petite-fille de Baudouin, empereur de Constantinople , Catherine de Courtenay avoit été élevée à la cour de Charles ii , poi de Naples, son oncle maternel. Pbiliptpe le Bel la réclamoil , parce que sa présence ëtoit nécessaire en France pour Tadministration des biens qu'elle y possédoit ; mais ce n'étoit qu'un prétexte, il ▼ouloît la marier. Charles ne la laissa partir qu'à condition qu'elle ne feroit qu'une courte absence, et qu'elle ne se marieroit jamais sans son consentement ; ce qu4l pouvoit exiger comme étant son tuteur.^ Il craignoit qu'elle n'épousât un prince qui ne fût point assez puissant pour reconquérir le trône auquel elle avoît droit. Voici l'origine de ce droit. Baudouin et Philippe , son fils, pour récompenser les services de Charles i**", grandpère de Catherine du côté de sa mère, a voient concédé à ce prince la seigneurie directe de la principauté <rArh<Vic; celle des terres données à la veuve de Mainfroi, prince de Tarente, et de plus enfin les îles de l'Archipel , à l'exception de quatre. Catherine , comme héritière, ratifia cette donation en faveur de Charles ii , son oncle, par un acte qu'elle sîgn.i. Le roi de Naples tran»;

mit à Philippe, prince de Tarente , son fils , et à ses héritiers, ses droits sur la principauté d'Âchaïe, le royaume d'Albanie, etc. , pour tenir le tout en fief des rois de Sicile, sons une redevance annuelle; mais le trône de Sicile ëtoit occupé par Frédéric , frère de Jacques, roi d'Aragon , et au préjudice de Charles ii, au père duquel cette île avoit été enlevée à la suite des vêpres siciliennes. Ainsi Tcxercice de droits fort litigieux eo eux-mêmes , sur des royaumes ou provinces éloignés * sembloit dépendre d'abord de la possession d'une tle dont il falloit s'assurer. Boniface via, le plus chatouilleux des papes sur les prérogatives pontificales , et le plus ambitieux pour en acquérir de nouvelles , occupoit aloFS le saint-siége. Ses prédécesseurs s'étoient toujours considérés comme seigneurs suzerains de la Sicile ; il se gardoit bien de mettre en doute une pareille prétention , et de rien omettre de ce qui pouvoit la faire valoir. Fré< déric refusoît de lui faire hommage de la Sicile , et Boniface dé&iroit qu'elle rentrât sOus la domination des princes de la maison d'Anjou , plus soumise que celle d'Aragon. Il ne négligea rien pour arriver à ce but. A force de tentatives et de négociations , il parvint à obtenir de Frédéric la cession de cette île , à condition qu'il épouseroi^ Catherine , impératrice titulaire de Constantinople. Le pape et Charles ii s'engageoient à donner cent mille onces d'or pour la conquête de l'empire grec; Ce projet ne plut point à Philippe , qui fit tout ce qui dépendoit de lui pour en empêcher l'exécution. 11 fut aidé par Catherine, qui l'aimoit , et qu'on marioit pour la seconde fois à son insu. Elle représenta que Frédéric , en cédant la Sicile, se trouveroit sans état, sans dopnaine , avec un titre qui, en le plaçant au rang des souverains , exigeroit une cour et une représentatioa qu'il seroit dans l'impossibilité de tenir : circonstance qui rendroit le titre dérisoire. Frédéric , approuvait ce$ raisons , préféra la couronne de la Sicile dont il

40 ïltSTOIRE BU BAS-EMPIRE.

étoît possesseur n celle dp Constantîno'ple qu'on Inîrpfomeltoît. Catherine de Conrtenay fut, quelque temps jc «près , fiancée par Philippe le Bel au fils aîné de Jac-"" rpies i«^ , roi de Majorque. Le contrat et oit dressé lorsque ^ re prince se fit moine, aimant mieux la bure de saint - François que l<^ pourpre royale et la main de Cathe- l rine. Enfin , après tant de projets de maria^çe formes '*■ et rompus, cette princesse épousa Charles de Valois, . frère de Philippe le Bel. Comme ils étoient parens à lin degré qui , à cette époque , forçoit d'avoir recouçs k «u pape pour obtenir des dispenses , on les demanda. K Boniface, toujours occupé de son intérêt , ne les accorda "i: qu'après avoir fait prendre à, Charles TengagemenlH? dVnlever la Sicile à Frédéric et de chasser les Arago-'ï: \\m> de la Pouille. Ces promesses faites avec serment, '.. Téveque d'Amiens publia la dispense dans la maison -■ des frères-précheurs , à Paris, le 28 janvier i3oi. Ca- ;. iherine céda tous ses droits sur l'empire de Constantinople au comte de Valois, qui partit au printemps pour l'Italie, accompagné de cinq cents chevaliers françoîs. Il avoit à concpiérir le trône de Sicile pour un autre, et pour lui celui de Conslantinople. Il devoit commencer par chasser les Aragonois. Il sf* rend d'abord dans la ville d'Agnani , résidence de Boniface. Il ^pose au saint-père qu'il est temps de faire valoir les droits de la postérité de Baudouin à l'empire de Constantiiiople, parce que l'on avoit à craindre que les Grecs ne se prévalussent de la prescription. Boniface, qui ne laîssoit échapper aucune occasion d'établir ou d'exercer une prétention, fait délivrer au comte un acte par lequel il le confirme d.ins tous ses droits sur Tempire. Ce qui valoit mieux comme moyen de conquête , ce fut la concession du produit d'un décime extraordinaire que le pape accorda sur tous les biens ecclésiastiques. Le comte de Valois alla rejoindre ensuite à Rome Charles 11, qui l'alleiidoit pour lui remettre deux diplômes. Par le

DISTOIRE BU BAS-EMPIRK. ^i

premier, le roî de Naples transmettoît an comte, en ks confirmant , tous les traites que Charles cF Anjou son père, et lui-même, avoient faits avec Baudouin et- Philippe 1*' pour la conquête du trône de Constantin nople. Dans le second, le roî s'engageoit à ne contracter lacune alliance avec Andronîc. Cette convention fut icceptëe par Robert , duc de Calabre , fils aîné de Charles ii. Il y avoît loin de ces concessions et de ces traités, toujours inutiles ou nuls sans une armée, à la possession du sceptre de Tempire. Boniface avoit engagé Charles de Valois dans la guerre de Sicile; elle fut terminée par un traité de paix avec Frédéric, qui promit m comte des secours lorsqu'il se mettroit en campagne pour la conquête de l'empire. Cette première condition remplie, Charles espéroil pouvoir commencer Texécution de son projet ; mais Philippe son frère avoit besoin de loi dans la guerre qu'il soutenoit contre les Flamands. Il le rappela. Ce second obstacle levé, il en vint un troisième dans la rupture entre le roi de France et Boniface, sans le concours duquel l'expédition contre les Grecs ne pou voit avoir lieu. Charles se vit donc obligé de l'ajourner et d'attendre les év^nemens.

Tel étoîl le rival qu'Andronic avoit à craindre. Tels étoient les droits de ce rival ; droits aussi nuls que les ressources, puisqu'ils étoient les mêmes que ceux de Baudouin, qui n'en avoit point eu lui-même, et qui n'avoît du le trône qu'à la force. Nous avons cru devoir entrer laos ces détails pour faire connoître la nature des préentions, les moyens qu'on avoit de les réaliser, et tombien les craintes de l'empereur avoient peu de ^,

*bndenient.

Nous avons laissé ce prince mariant Roger Deflor avec sa nièce, et prodiguant l'or, malgré la pénurie dn trésor public. Il donna des fêtes brillantes qui durèrent plusieurs jours ; mais elles furent brusquement interrompues par nne querelle entre les AIraogavares

4a HISTOIRE DU BlSi-EMPIRE.

el les Gënois qui demeuroient à Constantinople. C querelle, qui devint grave et sanglante, n'eut, < le principe, d'autre cause qu'une plaisanterie adn par deux Génois à un Âlmogavare sur la singulc de son costume et l'originalité de sa figure. Le de sauvage, qui n^entendoit point raillerie , réponi tirant l'épée, et fond sur les Génois. Ceux-ci, < leur fuite , sont secourus par leurs compatriotes. L mogavare appelle à lui les siens. On se bat; le i coule, l'alarme se répand dans toute la ville. Les Dois du faubourg de Fera courent aux armes , se : fiissent , et marchent vers le quartier habité pai Almogavares , qui , secondés des Catalans , font une résistance. L'empereur avoit vu de son palais le i mencement de la querelle. Ne soupçonnant point qu pût s'aggraver, indisposé d'ailleurs contre les Gér qui plus d'une fois avoient agi en maîtres, il n'( pas fâché de les voir un peu corriger. Mais, quand i la dispute devenir un combat en règle, il dépêcha i salon , grand-drungaire , pour rétablir la paix et ! déposer les armes. li étoit trop tard. On se battoit tant d'acharnement, que cet officier fut tué dans la m Roger seul put arrêter la fureur des Catalans et la r entière des Génois , dont trois mille périrent • cette afiFaire. Ceux-ci devinrent les ennemis irréco liables des premiers , qu'ils contrarièrent dans la i toutes les fois que l'occasion s'en présentoit. Les Gé possédoient des établissemens et des comptoirs toutes les provinces de l'empire. Le commerce exe qu'ils faisoient dans l'Orient les rendoit redoutable: d'immenses richesses qui les mettoient en état d'éqi: des flottes , de soldeç^es armées , et de se faire cr aii des rois les plus puissans. Ândronic, par sa néglige couroijt risque de se brouiller avec eux comme ave .Vénitiens, et de les voir se liguer contre lui. Ma haine que ces deux nations avoient Tune pour Ta

HISTOIRE SU BÀS-EMPiaB. 4^

ï tin obstacle qui le sauva. Il seAtit qu'il ialloit ser les Génois des Alniogavares. En conséquence , il il passer la troupe de Rofçer en Orient, où les Turcs coDtinaoient à faire des progrès.

Ils menaçoient Cyzique. La situation de cette ville la

rendoit importante. Ellegarantissoit Constantinopleda

t^é de l'Asie. Avant de partir, Roger, qui craignoit

i|iie le commandement de la flotte ne fût confié à un

Génois, pria Tempereur d'y nommer un officier de son

armée. Andronic y consentit. Il nomma Ferdinand

4*Aonez , noble castillan , renommé par son courage et

ses talens-dansTart militaire. L'empereur, pour se l'ai*

tacher, ne manqua pas l'occasion de le marier. II lui

fit épouser une dame de sa famille. Tous les préparatifs

étant faits, Roger partit avec sa troupe, ayant sous ses

ordres un corps d'Alains restés au service de l'empereur,

et un détachement de triAipcs impériales.

• On seroit dans l'erreur, si Ton croyoit que ces évé-

neroens avoient suspendu le zèle d'Andronic pour les

«flaires de l'Eglise. Il s'en occupoit toujours, et par sa

maladresse se mettoit dans l'embarras. Les évéques de*

mandoient le rétablissement de celui d'Ephèse^ et le

patriarche Jean y mettoit toujours obstacle. Voyant

lOQtes leurs démarches inutiles , ils se liguèrent contre

ce patriarche. Ils avoient , comme nous l'avons dit , at*

laqué son administration. Us essayèrent de décrier ses

moeurs. Hilarion , évêque de Sélivrée , se mit en avant»

U dénonce le patriarche à l'empereur , l'accuse d'un

crime honteux , avouant n'en avoir pas été le témoin ,

nMiis assurant tenir le fait d'un homme irréprochable

et digne de foi. Cet homme, mort récemment, étoit

tonnu pour être un imposteur. L'empereur reçut mal

le délateur ; mais, au lieu de le punir, il lui ordonna

ée se taire. Cette conduite étoit moins propre à détruire

Taccusation qu'à l'accréditer. Hilarion ne manqua pas

^ Caire ses confidences en demandant le secret. Le pa^

triarchc , instruit <)es bruits qu^on faisolt courir sursoS' compte y convoque les évéqucs , exigeant la condamnai' tion du calomniateur et une réparation publique. L'avP semblée, composée en grande partie de partisans d'Hila*; ' rîon , ne parut pas disposée en faveur du prélat calomni^' qui sortit furieux, jurant qu'on ne le verrait siéger ai milieu des évéques qu'après la punition de celui Sélivrée. 11 retourne au monastère dePammacaristevriJ*^ fait passer à Fempereur un acte par lequel il se dëmeîr'' de sa place, parce qu'ayai>t été diffamé, il ne pouvoifr^ plus paraître en public. Andronic, quiaimoit beaucoopT' les assemblées du clergé, ne laissa pas échapper l'occa*' sion jl'en convoquer une. Il réunit dans son palais le corpi^ épiscopal, les moines et beaucoup d'ecclésiastiques. 0# examina la question de savoir si la démission du pa<fF trîarche éloît valable et conforme à l'esprit des canoniff Cette question s'embrouilla , 8e prolongea : les uns, ë^^ c'étoit le plus grand nombre, prétendoient que le pa-' trîarche étoît engagé par son serment , et qu'il ne pou-voit plus, sans crime, reprendre l'exercice de ses fonc-** lions ; les autres représentoient que le serment qn'iP avoit fait n'étoit que conditionnel , et conséquemment^ nul en lui accordant ce qu'il demandoit. Parmi tous ces' jurisconsultes ou théologiens , celui qui se distingua It^ plus par la subtilité de ses raîsonnemens, cefut Andronir^ lui-même , au rapport des historiens. Ce fait explique' son goût pour les synodes , les discussions et les prê^re^^ Après avoir longuement péroré , il ne prit point decon* clusion , et laissa la question problématique. Comme on étoit loin de s'accorder , on convint qu'on s'en rap^ porteroit à la bonne foi du patriarche , qu'on le pren* droit lui-même pour juge, et qu'il seroit sommé de^ déclarer son opinion sur la valeur de son serment. Cetter décision le mit dans un cruel embarras , parce qu'il craignoit également de perdre le «tége patriarchal on d'être accusé d'inconstance , et de se voir blessé dam

son amonr-prepre. Il avoit compti* siirlaroiblesse d'An* •jSronîc , mais il oiiblioit que Tinfluence qu'où exerce i4ar lin prince foible exige une action continue, et que .l'absence la détruit. Reconnoissant son erreur et sa faute. il fit une réponse évasivc à ceux qui vinrent rintorro* ^r. Il leur dit , quant au serment sur lequel on lui ;<leman(loit son avis , (|ue ce n'étoit qu'une formule dont il se ser voit souvent poutimprimer à ses discours le sceau [de la vérité ; qu'on devoit savoir qu'il u'avoit jamais .exigé de serment de personne, parce qu'il pensoit qu'on .n'avoit pas le droit de faire intervenir la Divinité dans -les conventions humaines. Quant à la validité de sa démission , il déclara qu'il adopleroit le jugement de ceux ^ qui il appartenoit de prononcer sur ce point, pourvn pCpi'il fût rendu à l'unanimité; mais que si trois seule- Iment différojent dans leur avis, il nerenonceroit point «asa dignité. Cette réponse ne faisoit qu'augmenter les Ldifficultés , parce qu'il se réservoit des ressources. Quels ^étoient ceux qui pouvoient prononcer? et dans qui Jean . reconnoissoit ce droit? On l'ignoroit, et le patriarche Lpouvoit toujours le contester. Ensuite l'unanimité qu'il ^igeoit paroissoit impossible. La réponse du patriarche [^occasionna une vive discussion qui dégénéra bientôt en ^dispute ; l'aigreur s'en mêla : l'on en vint aux injures « .ti l'assemblée se sépara sans rien décider. L'em|>creur jngea qu'il falloit laisser les choses comme elles étoient, et le patriarche dans son couvent. Mais conmie ce projet ivoit besoin de discussions, il entama de nouvelles coulérences avec les arsénites. L'expérience qu'il ac({uéroit .«1 dissertant dans les synodes lui fit croire qu il avoit iSiez de talent pour les persuader, et que la conversion jjde ces fanatiques lui étoit réservée comme une récomise due à son zèle. En conséquence, il résolut de ne point réunir de docteurs et de ne consulter personne. Afec le caractère d'Androuic , on pense que le mysièrr <ionnede l'importance aux actions les pUisiudifféronlos.

une nation dont la conduite étolt une suite d^oflenses rÊtre suprême; d'autres appeioiênt un examen sévi sur le moine prophète, afin de voir s'il étoit digne, la pureté de sa doctrine et de ses mœurs, de la fav insigne qu'il supposoit lui être accordée par Dieu. .Ldl| plus raisonnables provoquoient la méfiance, craignoien^ .que cet oracle ne fût un stratagème dont on découvrr^ l'oit bientôt le motif. Ils faisoient en outre observer qui| Tétiide attentive des phénomènes de la nature pouvoitj donner à Vhomme le don de les prévoir, et d'en annoa-j cer le retour ; conséquemment , qu'il n'y avoil rien dej surnaturel dans cette prédiction, qui d'ailleurs étoal| faite de manière à mettre à couvert 1 honneur du proH phète. Si les fléaux arrivoient, c'est que Dieu étoit tnM irrité y que les prières n'avoicnt pas été faites avec ai^ deur et sincérité. Si l'on ne voyoit rien paroitre, c'eiP qu'elles avoient désarmé la colère divine. On ne prit^ aucune décision; mais l'empereur, mécontent de ce résultat , Timagination toujours frappée de la visite nocturne du moine prophète , convoque dès le lendemain une assemblée beancoup plus noq^breuse que celle de la veille. Il y débite un long discours: rappelant toutes les circonstances de la prédiction et ses suites, s'exprimant avec enthousiasme, il atteste que ce n'est qu'après un examen réfléchi qu'il a reconnu dans la prophétie qui occupoit tous les esprits les caractères et conditions d'après lesquels on ne pouvoit , sans crime, la méconnoître et refuser d'y croire. Puis, se levant à la fin de ce discours, il s'écrie, en s'adressant à Tasseni- . Liée : jéllons voir le saint homme. Ce saint homme , qu'il ne nouuuoit point, étoit le patriarche Athanase, Les historiens, en racontant ce fait, se taisent et sut les motifs qui firent prendre it l'empereur une telle résolution, et sur les personnages dont il se servit pour l'exécuter; car il est probable qu'il n'agit point seul. Quant au motif qu'il pouvoit avoir, sa pusillanimité

peut autoriser à croire qu'il agissoit d'après rinflucnce de l'analhème et celle de la prédiction , qui , se comhi* ^ nanl ensemble dans sa tête, y causoient une terreur dont il ne pouvoit se défendre. Quoi qu'il en soit , Andronie entraine rassemblée, et , pour ôtcr toute excuse, fait donner des chevaux à tous ceux qui vouloient eu trouver une dans leur âge ou leurs infirmités. Quant à Temperear, il marche à pied malgré la saleté des rues, et se met à la tête du cortège, sachant seul Tasile du saint homme vers lequel il le dîrigooit. La ctffîosîté grossit cccortége d'une foule innombrable qui voulait counoîtrc le nouveau prophète. Ou arrive à la porte du couvent où demeuroit Athanas^ Depuis plus de neuf ans il n'en ëtoît point sorti, et n'y avoît reçu personne. Dès que Vempereur paroit, Athauase se présente un bAton à la main et la tête couverte d'un chapeau de paille. Cette circonstance pourroit faire présumer que l'empereur Tavoit fait prévenir, et concluro que l'un éloil fourbe et l'autre dupe.^Ia vue d' Athauase le mystère cesse, et Ton connolt le prophète dont Andronic vonoit de faire QQ si si p(tmpeux éloge : on le salue, ou se prosterne à ses pieds, on le proclame patriarche: le clergé le prie avec instance d'en venir remplir les fonctions : le peuple demande à grands cris sa bénédiction : Athauase la reftïse par modestie, se contentant de leur donner, par humiliiét sa main à baiser. Il ne voulut point revenir sur le trône patriarchal, alléguant son âge et sa santé: mais il se réservoît^n rôle plus important; c'étoit d'éclairer le prince dont on surprenoit la religion, de lui feiire connoltre les abus sous lesquels le peuple gémissoit. Il y parvint, en déplorant ces abus, eu plaignant ce prince de ce qu'il n'avoit personne auprès <le lui pour lui faire cou noître la vérité, enfin ru insinuîuit la disposition dans laquelle il étoit de se dévouer pour remplir un emploi si dangereux. Audrouic déclare cpie dans tout l'empire il n'y avoit personne qui piil cxer-

5o «ISTOÏRE DU BAS-EM^rRÉ.

cer aussi clignement une aussi noble fonction que le vénérable Athanase : il le supplia de s'en charger dans sa retraite , puisqu'il ne vouloît point en sortir , d'y recevoir tous ceux qui auroient des sujets de plainte , et de les lui transmettre. Cet emploi donnoit au patriarche lin grand crédit, et le rendoît redoutable. Il vouloit être puissant sans le paroître, et donner à ses vengeances les formes de la justice. Son couvent fut inondé d'une foule de gen^ui dénonçoient les tribunaux et les officiers de l'empereur. Athanase accueilloit tous les plaignans, faisoit examiner de nouveau les jugemens rendus, pour les confirmer ou les casser. On s'adressoît à lui pour obtenir des faveurs d'Andronic; et ce patriarche étoit le canal des grâces , le prince ne refusant jamais aucune de ses demandes , espérant vaincre la résistance tju'il montroit pour remonter sur le trône patriarchal; car Andronic ne perdoit point cet objet de vue, pensant toujours à l'excommunication , et croyant qu'elle ne pouvoit être levée entièrement que lorsque Athanase seroit revêtu de cette dignité. Le peuple redemandoit son ancien pasteur, et secondoit les désirs d'Andronic; mais il n'en étoit pas de même du clergé. Le moment d'enthousiasme étoit passé; il ne voyoit dans l'événernent dont il avoît été dupe que ce qu'il falloit y voir, la fourberie de l'un des deux acteurs, la foiblesse et l'aveuglement de l'autre. Les évêques craignoient le ressentiment d' Athanase. Le replacer sur le siège de Gonstantinople , c'étoit en quelque sorte reconnoître qu'on n'avoit pas en le droit d'exiger sa démission ^ que cette démission avoit été extorquée ; c'étoit déclarer intrus le patriarche qui depuis plus de neuf ans en exerçoit les fonctions; enfin c'étoit frapper de nullité tous les actes de son administration : dès-lors on se replongeoit dans de nouveaux troubles. Ses partisans prétendoient qu'on étoit obligé de le rétablir sur le trône, parce que l'acte qui l'en avoit fait descendre

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 5i

n'étoît ni régulier ni canonique. Les plus modères consentoient à son rappel , pourvu que , laissant intact tout ce qu'avQit fait Jean , Athanase promit d'agir avec douceur , et de ne plus déposer de son chef aucun évêque. Voyant que la sévérité d' Athanase éloit le principal obstacle à son retour, Andronic voulut tirer parti de cet obstacle même. Il représenta que Tanstérité du patriarche avoit pour base la sainteté , la régularité des moeurs, la pureté de sa doctrine; qu'il étoit encore plus sévère envers lui qu'envers les autres. Quant à lui, chef de l'empire , il déclara être dans l'intention de provoquer pour son compte cette salutaire sévérité, la préférant à la flatterie. Ces exhortations ne persuadoient personne, parce qu'on savoit qu' Andronic avoit dans son pouvoir une garantie suffisante contre les prétentions d'Athanase, et que , quand il le voudroit, il sauroit s'affAnchir de son joug , en supposant que ce patriarche fût assez maladroit pour y vouloir assujettir le prince. Le clergé ne dissimula donc point la répugnance qu'il éprouvoit : elle étoit partagée, et dès-lors justifiée par le patriarche d'Alexandrie , prélat dont les vertus étoiênt reconnues, et qui avoit toujours désapprouvé la conduite d'Âthanase. L'empereur l'avoit consulté plusieurs fois sar le rappel de ce dernier, parce qu'il sentoit que son opinion étoit du plus grand poids et sans réplique aux yeux du clergé , qui se seroit vu dans l'obligation de suivre son exemple. Toujours ce patriarche éludoit la question. Obligé de s'expliquer un jour, et sentant que son avis déplaisoit à l'empereur, il se servit de l'allégorie pour faire connoître au prince sa façon de penser. « Un chat bl^nc, lui dit-il, l'effroi des souris, dont il faisoit un grand dégât, tomba dans une cuve pleine d'une liqueur épaisse ; il en sortit tout noir. Les souris, l'imaginant qu'il s'étoit fait moine, crurent qu'il avoit renoncé au régime Carnivore, et qu'à l'avenir* elles teroieni en sûreté. Dans cette idée elles sortent de

Sa HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.

leurs trous , et courent de tous les côtés ; le chat les épie, et, dans LMmpossibililé de les prendre toutes , se jette sur ie^ deux plus grosses et' les dévore. Les autres rentrent dans leurs retraites, surprises de voir que, malgré l'habit monastique, leur ennemi n'avoit rien perdu de ses inclinations. » Voyant Tinutilité de ses^ efFoj^ts, l'empereur eut recours à tm moyen qui ne fit qu'augmenter IVmbarras dans lequel il se trouvoît: il crut que, s'il réussissoit à obtenir la démission du patriarche Jean , il n'y auroit plus aucun obstacle. En conséquence , il fait le projet d'employer tous les moyens d'arriver a ce résultat. II regarde comme le plus puissant de tous une démarche personnelle et directe. Dans cet espoir, il se rend au monastèi^ où le patriarche s'étoit retiré : dès qu'il l'aperçoit, il s'incline et lui demande sa bénédiction. Jean lui dit : Vous me regardez donc comme le seul et véritable patriarche de Constant!nople? Sur la réponse approbative d'Andronic, le prélat prononce, au nom de la très-sainte Trinité, une excommunication contre tous ceux qui tenteroienl de rétablir Athanase. Interdit et frappé de ce coup, auquel il étoit loin de s'attendre, l'empereur se retira sans répondre un mot. Le motif secret de toute, sa conduite envers Athanase étoit l'espoir de le voir annuler i'anathème qu'il avoit lancé contre lui. Il venoit de s'en attirer un autre. C'étoit beaucoup trop de deux excommunications pour un prince aussi pusillanime. Il rassemble les évêques, leur communique ce qui vient d'arriver, les consulte, et leur demande un remède à ses inquiétudes. On n'en trouve point d'autre que de négocier de nouveau auprès de Jean , qui fut tellement importuné, qu'il fit passer à l'empereur une révocation de I'anathème qu'il avoit lancé contre tous ceux qui vouloient le rappel d' Athanase , leur donuctnt l'absolulion , mais sans apprdliver ce rappel, qu'il condamnoit et réprouvoit iàu contraire. Andrunic' ne lut aux évêques que la pre-

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filière partie de cet écrit , et ne leur fit point part de la

condamnation prononcée, parce qu'il croyoit que la

^ déclaration devoit faire cesser toute résistance, et ne

[ laissoit aucun prétexte au clergé. En conséquence, il ; convoqae une grande assemblée : on y passe deux jours : à discuter sans prendre aucun parti. Impatienté de cette ■ incertitude, Andronic se transporte à rassemblée, en feit sortir tous les partisans d'Athanase, et se rend avec eux auprès de ce patriarche. On le revêt des habits pontificaux; on ramène à Sainte-Sophie, accompagné d'une foule innombrable; enfin on l installe sur le siège patriarchal. L'empereur , devant ainsi terminer cette affaire, auroit mieux fait de faire cette' singulière dé^ marche avant de rendre publique la résistance du clergé^ et dans le moment où, pour la prenuère fois, il étoit allé trouver dans sa retraite le patriarthi» Athanase. Jean sortit de Constantinople le 24 août, lendemain de l'installation de son rival. Il alla finir ses jours à Sozopole» sa patrie , après avoir protesté contre la violence qui lui avoit été faite.

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