ANDRONIC
li conduite ambitieuse de Rocafort n'étoit pas propre hn, i3o8. étouffer le germe des dissensions qui causèrent plus mal aux Catalans que toutes les forces des Grecs et trahisons dont ils avoient été tant de fois victimes. Minand auroit pu le démasquer en se réunissant à dcax rivaux. L'avarice de ce prince étoit un moyen réunir les différens partis , de les confondre , et de len faire qu'un corps invincible. Avec plus de généro- P^éet de dévouement à la cause , Rocafort eût profité de ^te occasion, et les Catalans auroient conquis faciletient Tempire. Ils avoient tellement épuisé le pays , qu'il e présentoit èju'un désert et des ruines à une grande stance de Gallipoli. La Thrace ne leur offroit plua icune ressource, et les cultivateurs, las d*ensemencer terre pour des étrangers après l'avoir laissée inculte v ftoient retirés de ce canton. Les Catalans se voyoient ns la nécessité d'aller chercher une autre contrée; ais il falloit , pour se déterminer sur le choix et sur i moyens d'exécution, agir de concert, et la discorde gnoit entre les soldats comme parmi les chefs. Malgré s justes sujets de mécontentement qu'il avoit contre irmée, le prince Ferdinand offrit sa médiation pour omettre l'union dans les esprits. Ses soins ne furent as sans succès. Touchés de son zèle et de ses représenallons ,4^$ principaux officiers se réunissent, et, dans Mie assemblée nombreuse, fixent la ville où Ton îroit s'établir , la route qu'il falloit prendre, et le jour du départ. On choisit Chrislopole « , ville qui, par sa posi-
' aujourd'hui Emboli.
Iil8 âlStOIRE DU liÀS-Éïll^lltfc.
lion , rëunissoit tous les avantages que recherchoîen Catalans. Placée sur la frontière entre la Thrace < Macédoine, elle leur ofiroit les moyens de faire , sui leurs besoins, des incursions dans ces deux provin et son voisinage de la mer facilitoit l'arrivée des sec du côté de l'occident. Itnitant les conquérans qui truisen t ce qu'ils ne peuvent conserver , ils dématitelè les fortifications de Rhédeste, de Madyte, deSélyml de Nona, de Pactya, d'Examiles, de Mégarix e Gallipoli. Ils contribuèrent ainsi de loin à la chui l'empire en favorisant l'invasion des Turcs. Raymc Muntaner, qui de gouverneur de Gallipoli fut gouverneur-général de l'armée , fit embarquer sur trc six galères les familles et les effets des Catalans, et i duisit ce convoi à Christopole. Afin d'éloigner toute casion de querelle, les généraux des deux partis mi entre eux dans leur marche un jour d'intervalle. R fort se mit le premier en route. Ferdinand, Béreng< Ximénès le suivirent. Malgré la sagesse de ces pré tions, on n'évita point ce qu'on a voit craint. A c journées de Christopole, Rocafort et sa troupe s'a tèrent dans un village au milieu d'une plaine fei couverte d'arbres à fruits. Les soldats , s'étant dispc de tous les côtés, ne se trouvèrent point rassemblé lendemain à l'heure du départ , qui fut différée. Au i ment où il alloit l'effectuer, les troupes commam par Bérenger, qui , pour éviter la chaleur , s'étoient n. en route au point du jour, parurent à la vue de a de son rival. Rocafort , qui probablement chercl l'occasion d'assouvir sa haine , feignit de croire Bérenger, violant les conventions, avoit rintentioi l'attaquer. Au lieu de provoquer une explication l'auroit détrompé, il s'élance à la tête de sa caval sur les soldats de son rival, qui se défendent avec gueur. Bérenger paroît,et leur crie de déposer les an Mais le frère de Rocafort , et un de ses parens non
Iman-de-Saint-Martin , tombent sur le guerrier et le nt. On se bat avec acharnement. Les Aragonois fuit maltraités , parce que la division de Rocaftrt ëtôit mcoup plus nombreuse. Celui-ci , craignant pour Tinit , dont la mort auroit été vengée, fit cesser le carge et retirer ses troupes. L'infant arrive, serre dans
bras Bérenger , Tinonde de ses larmes , adresse des 3roches amers à Rocafort , qui répond que ce malheur )it la suite d'une méprise. On rendit les derniers deirs au guerrier , dont la destinée étoit de perdre parmi i siens une vie que la trahison avoit respectée. Xiénès d'Ârénos, malgré les prières de Ferdinand , relut de se séparer des Catalans, excusable cette fois de rmer ce projet, que l'exemple de Bérenger justifioit sez. Il prend la route db Constahtinople après avoir it offrir ses services à l'empereur qui les avoit acceptés. e«prince lui fit un accueil flatteur, et , pour se Tattaler , lui donna en mariage sa nièce Théodora , et ladilité de grand-duc qu'avoit possédée Roger Deflor, et ji ne l'avoît point préservé d'un «ort cruel. L'infant , /ant une seconde fois sommé vainement l'armée de
reconnoître en qualité de lieutenant de Frédéric, embarqua sur les galères pour l'île de Thasc, où il ouva Mnntaner qui ne le précédoit que de quelques istans. Le récit de ce qui s'étoit passé pendant Tabsence i ce dernier lui causa autant d'indignation que de lagrin. Il reconnut Ferdinand pour lieutenant du roi e Sicile, et obéit à Tordre que ce prince lui donna de e pas se séparer de lui. En ayant obtenu la pet^mission 'aller conduire aux Catalans leurs enfans et leurs emmes, il s'approcha du camp, remit les registres, les lires et le sceau de l'armée , et résista aux vives instances |ue lui firent ses compatriotes, même Rocafort , pour ester avec eux. Il blâma hautement la conduite qu'on kvoit tenue, et se rembarqua , annonçant qu'il croyoit le son devoir de rejoindre le prince. Les Catalans, qu'il
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avait ramenés avec lui au camp , se part trent en trou bandes : Tune alla rejoindre Ferdinand Xii: énès ; l'autr0 se réunll aux troupes de Rocafort , et la troisiènoet, qui ne vouloit servir sous les ordres d'aucun des deux, passa dans Tile de Nègrepout. Muntaner resta quelque tero(fk' dans rîle de Thase avec Ferdinand. Ils y furent aceueillii parTicin Jacquerie, qui témoigna sa reconnoissance aa ; gouverneur de GallipoK , à qui il devoit sa fortune et ' la possession de la meilleure place de cette tle.
Kocafort se trouvoit sans rival à la tête des Catalans dont il pouvoit disposer à son gré, n'ayant aucun compte à rendre, et ne reconnoîssant aucun pouvoir au-dessui du sien. Son armée, toute composée de soldats aguerris, ëtoit de huit mille hommes. Il eut l'intention d^aller assiéger Cbrîstopole; mais elle et oit à Tabri d'un coup de main, et les Grecs venoient d'en augmenter lès fortifications et la garnison. Renonçant au projet de s'gnparer de cette place , il franchît le mont Rhodope , entre ,^ en Macédoine, et s'empare de Cassandrie : c'étoit Tan- 'cienne Potidée, située dans une province fertile, sur le bord de la mer. Les Catalans y prirent leurs quartiers ' d'hiver. De leur côté , Tinfant et Muntaner s'étoient rendus au port d' Almiro dans le duché d'Athènes. Ayant ^ des plaintes à faire contre les habitans qui avoicnt maltraité ses gens, le prince, écoutant plus son ressenti- * ment que sa prudence, ravagea le pays, et , malgré les ■ représentations du sage Muntaner, voulut descendre dans l'île de Nègrepout et visiter la capitale. A peine y étoit-il entré qu'on Tarrêta pendant que les vaisseaux vénitiens qui étoîent dans la rade attaquoient les siens et s'en emparoient. Il fut remis à Thibaut dé Sipoys, François envoyé par la cour de France pour faire des partisans au comte de Valois, qui ne renonçoit point aux droits que lui avoit donnés Catherine de Courtenay au trône de Constantinople. Thibaut livra Ferdinand au duc d'Athènes. Cherchant les moyeps de disposer les»
BISTOIRE DU BAS-EKPIRI. l5i
*a!a1ans en faveur de son niattre , apprenant qu'an des »lu8 efficaces seroit de gagner Rocafort, isachànt enfin que e général désîroit d'avoir en sa possession Muntaner et aromez Palacin, arrêtés avec Tinfânt, Thibaut part ivec ces deux prisonniers, se rend à Cassandrie, et les ivre à Rocafort. Celui-ci fit décapiter sur-le-champ Gromez sans autre forme de procès, et parce qu'il avolt été toujours attaché aux intérêts de Bérenger et de Ferdinand Ximénès. Sans l'estime et T^mour des soldats que Muntaners'étoit toujours conciliés,il eût éprouvé le même sort. Après cette expédition, Rocafort, voyant que les cours de Sicile et d'Aragon ne pouvoient que le consi^ dérer comme leur ennemi, sentit la nécessité d'avoir un appui. Il écouta les propositions de Thibaut de Sipoys^ le reçut comme lieutenant-général du comte de Valois, et le fit reconnoitre en cette qualité par son armée, qui prêta serment de fidélité a ce prince. Muntaner fut reconduit à Nègrepont. Le duc d'Athènes lui accorda là facilité de voir don Ferdinand dans sa prison. Il en profita pour concerter avec lui sur les moyens d'obtenir sa liberté. Sur la demande du comte de Valois, le duc d'Athènes envoya l'infant au roi de Naples, son beaufrère. Tels sont les événemensqui arrivèrent dans le cours de cette année aux Catalans. L'ambition d'un de leurs chefs les divisa, les afifuiblit, et prépara leur perte. Avant de continuer le récit de ce qui les concerne, nous sommes obligé de reprendre celui de l'histoire d'Andronic , que nous avons été forcé d'interrompre.
Les Turcs , en dévastant les provinces de l'Orient, empêchoient ce prince de se livrer à son goût dominant pour les discussions religieuses. Il étoit contraint de s'oc>. cuper tfeux, et de prendre des mesures pour les repousser. Othman s'empara de toute une province : Ephèse il tomba au pouvoir de Saïsan , émir turc; elle fut pillée : Nicée , Paphîe , Tricoccia , éprouvèrent le même sort. La trahison augmenta les dangers de l'empire. Beaucoup
t32 HISTOIRE BU BAS-EMPIRJK.
de seigneurs riches et puissans firent des traités partico* liers, soit avec les infidèles, soit avec les princes latini. De ce nombre étoient Constantin Ducas , Libadaire, et Jean Monomaque , gouverneur de Thessalonique , qui entretenoient des liaisons avec le comte de Valois. Ua des gendres de l'empereur , grand primicier , nommé Cassien , voulut profiter de ces circonstances pour se rendre indépendant. Ayant reçu Tordre de revenir de Mésotbynie pour se iustifier d'un délit qu'il avoit commis, il refusa d'obéir^ se retira à Chèle, place fortifiée dans une île à l'entrée du Bosphore , et résolut ce s'y maintenir. Mais des habitans de Tile le saisirent , et le menèrent à Tempereur, qui l'envoya dans la prisoa qu'avoit occupée Cotanyze , parce que Cassien avoit menacé la cour de se venger comme ce rebelle. Un obscur aventurier , nommé Drynis , se disant de la famille des Lascaris , se fit dans le même temps uo parti, conspira , traita avec les Catalans. Ses lettres ayant ! été interceptées , il fut condamné à une prison perpétuelle. Ces complots et ces trahisons inspiroient à Tempereur la crainte et la méfiance. Un accident y mit le . comble: ce fut l'incendie de Constantinople. Le feu prit près de la porte du Cynégion , dans le plus beau quartier de la ville, le jour d'une solennité religieuse. L'intolérant Athanase adressoit sans cesse des reproches aa . peuple du haut de sa chaire , souvent des menaces; et . quelquefois on y joignoit des châlimens. Le feu s'étant . déclaré le soir après une procession , les habitans lui ; demandèrent si c'étoit le résultat de ses litanies. Le patriarche répondit en attribuant ce malheur à leurs crimes. Les plus beaux hôtels devinrent la proie des flammes , ou du pillage qu'elles favorisèrent. Un grand nombre d'actes et de papiers ayant été consumés ) beaucoup de débiteurs nièrent leurs dettes. Des contestations et des procès eurent lieu. L'empereur établit pour juge Athanase , en qui il avoit toujours la mêaie
HTSTOIKE I)U BAS-EBiriRE. l33
confiance. Il Ini sacrifia le patriarche d'Alexandrie, qui se tenoit toujours éloigné de celui de Constantinuple. Ce prélat reçut Tordre de retourner dans son diocèse* Il obéit sans répugnance , s'embarqua; mais, étant contrarié par les vents , il fut obligé de relâcher dans Tîle de Nègrepônt. Etant dans une auberge à Culée, ville peuplée de Latins , il auroit été brûlé comme hérétique; sans un propriétaire qui représenta à ses compatriotes que les habitans d'Alexandrie pourroient venger la mort de leiîr évéque.On lui fit grâce delà vie à condition qu'il sortiroit de Tilesansiiélai. Pendant qu'il se rendoit dans son diocèse , Athanase s'empara de ses bi* ns. Celui-ci profita delà faveur d'Andronîc pour persécuter les ecclésiastiques sans distinction , dépouillant les uns 'de leurs emplois • fatiguant les antres par des pénitences, causant dans tnut le clergé le désordre et le trouble. On s'assembla ' pour faire de respectueuses représentations : • elles furent inutiles; et Tempereum'en témoignoit que plus d'égards an fanatique Athanase, qu'il regardoit comme un saint protégé du ciel. Un trait , quoique puéril en Ini-méme, mérite cependant d'être rapporté pour donner l'idée de l'inexplicable avenglemetit d'Andronîc. Un Arménien, ayant abandhnné l'église romaine pKHir embrasser le rîte grec , reçut des reproches dé son apostasie. Il menaçoît ses compatriotes du courroux d' Athanase. L'un d'eux parle du patriarche avec dédainvet pendant qu'il se retiroit se foule le pied. Andronic .voit dans cet accident un miracle , convoque une assemblée nombreuse, y fait transporter le blessé, lemontre comme un exemple de la protection que le ciel accordoit visible^ ment au patriarche. Celiiî^ci prit un tel empire sur l'enipereur , que le prince ne fatsoit rien sans le consMter:^ passant des jours entiers à prier avec lui , et le comblant de présens. .¥ . - . r
Rdcafort, dont Tandace et Vambition croissoîenf par 4h. i3o les succès et l'impunité, ^onblioit qu'il n«'comrofiiu)oit
l54 HISTOIRE DU BAS-EMPIKE.
pas à des esclaves, mais à des soldats. Il devenoit de jour pà jour plas arrogant; il avoit envers les ofAciors nné f* haiiteur humiliante ; dans Texcès de son orgueil il ne : niënageoit même pas Thibaut de Sipoys , quoiqu'il '- Teût fait reconnoitre pour lieutenant de Charles di - Valois. Voulant secouer un joug qui leur paroissoit ;;insupportable, les officiers s^idressèrent à Thibaut pour le prier de les délivrer de la« tyrannie de Rocafort. Thibaud , craignant que ce ne fût un piëge que loi tendoit ce dernier, répondit avec prudence et de manière à ne pas donner des armes contre lui; ensuite il fit aa ' général, avec tous les ménagemens convenables , des représentations sur la dureté de sa conduite envers le> officiers de son arniée^ Mais Hocafort les reçut avec aigreur, en faisant sentir à Sipoys qu'il lui devoit le rang qu'il occupoit à la tête des Catalans, et qu'il étoit tou),ours dans sa dépendance. Thibaut, piqué, résolut de se venger. Il attendit l'arrivée de son fils , qui devoit être parti de Venise pour lui amener six galères. Dès qu'elles furent dans le port, il se concerte avec les ennemis de Rpcafort, et convoque le conseil, annonçant qu*il avoit à jcommuniquer une affaire importante dont on devoit ^'occuper sans délai. Ro(^afort s'y rend sans aucun soupçon et dans la plus grande sécurité. A peine est-il entré que de nombreux reproches se font entendre. En homme accoutumé à se faire obéir, il répond avec insolence, mêlant les menaces aux injures. Tout le conseil se lève spontanément et forme un cercle autour de lui. La crainte succède à Taudace , il est interdit de ce mouvement. On Ten veloppe , on se saisit de sa personne, ainsi que de son frère : on les livre tous deux à Sipoys, qui les fif conduire sur ses galères. Les soldats se réunissent, se portent au logement de leur gériéral et pillent ses trésors. Mais 4e lendemain , apprenant que Thibaut étoit •parti avec ses. vaisseaux, emmenant leur général avec lui y ils se reprochent leur conduite * attaquent ceux qui
HISTOIRE î)tf BAS-EMPIRE, l35
Voient le plus contribué à 1% perte de Rocafort, et se ►attent contre euit. Le sang coule, quatorze des prin-' îpaux officiers sont tués, et l'armée des Catalans pe wésente plus qu'une troupe désunie, par là même facife i vaincre , et qui n'est plus à craindre. Sîpoys livre locafort à Robert, roi de Naples, qui fit mettre les leux frères dans un cachot de la ville d'Averse, avec »rdre de les y laisser mourir de faim. Le comte de Valois 'enoit de céder ses droits à Philippe , prince de Tarente, ils de Charles ii, roi de Sicile, qui devoit épouser sa ille. La niort récente de Catherine de Courtenay renloit ces droits plus incertains encore qu'ils ne l'étoient. ^ette circonstance explique la conduite de Thibaut de Mpoys.
Les chevaliers hospitaliers de l'ordre de Saint' Jean Ak» i3io, le Jérusalem, cherchant, après la prise de Ptolémaïs lar le soudan d'Egypte, un asile, le trouvèrent d'abord lans l'île de Chypre ; mais des querelles avec le souverain de cette île qui contrarioit leurs opérations les léterminèrent à changer de résidence. L'île de Rhodes * cor convenoit. Les Grecs et les Turcs l'occupoient; et -omme elle appartenoit aux premiers , les seconds 3ayoîent un tribut à l'empereur de Constantinople ^ mais ils étoient plus maîtres de Tîle que les autres. Les chevaliers , n'étant pas assex puissans pour conquérir Itle, eurent recours à des puissances européennes. Leur grand maître, Foulque de Vîllaret, se rendit à Poitiers, DÛ se trouvoient alors Philippe le Bel et Clément f , réunis pour consommer la ruine des templiers. Il fit •cntir à ces deux souverains l'importance de l'île de Rhodes pour seconder les projets des croisés, protéger leurs flottes, et nuire aux Sarrasins ainsi qu'aux Turcs. Le pape et le roi de France accueillirent cette idée , encouragèrent Villaret, qui reçut du souverain pontife {uatre-vingt-dix mille florins, avec lesquels itarma des vaisseaux et leva des troupes. Beaucoup de croisés se
l36 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
rassemblèrent sous ses drapeaux. La délivrance de JPaleslineétoit le but apparent, et la conquête dé Rh( le but réel de Texpédîtion. Les musulmans et les Grecil" VIvoient dans une profonde sécurité , croyant ^I^W^ n'étoit question que des lieux saints , lorsque la floltp débarque inopinément dans l'île , et Villaret assiège capitale. Par des négociations auprès d' Andronic, l'ordre -? $oliicitoit en même temps la cession de cette île, pffrantv de la tenir à foi et hommage ,.et d'avoir trois cents che- ? valiers toujours prêts à marcher contre les infidèles, hvià lieu de prêter l'oreille à ces propositions, le prince, podf >.. qui Rhodes n'étoit qu'une possession onéreuse , fitjaeau- j^ coup de sacrifices pour secourir les habitans, et leuf 1 envoya des troupes qui furent battues par Villaret,? après une affaire sanglante. Cette victoire ouvrit les r portes de la ville , qui se rendit le i5 août i3io. La conquête de cette île entraîna celle des îlp voisines , et d'une réunion de chevaliers fit une puissance dont la force ^ influa plus d'une fois dans les affaire.de l'Europe. Mais elle excila d'abord la haine des Grecs, celle des musulmans et la jalousie de la république de Gênes. Elle s'étoit vu enlever deux fois Rhodes par Vatace et Michel Paléologue; mais, en perdant la possession , elle avoit conservé ses prétentions sur celte île. Elle ne vit donc que des usurpateurs dans les chevaliers. Un motif particulier Tanimoit contre eux. Gênes faisoit la contrebande, et dans certaines occasions ne reconaoissoit ni amis pi alliés , arborant le pavillon des Turcs pour combattre les chrétiens, vendant aux musulmans les femmes et les enfans que ses vaisseaux prenoient sur les rivages d'Europe , se conduisant , en un mot , comme une association de pirates qui se joue 'du droit des gens. Un vaisseau génois avoit été prjs par les chevaliers, qui refusèrent de le rendre. La république, pour se venger, excita les Turcs contre eux. Othman vint assiéger Rhodes , qui fut défendue avec une telle* valeur, que les
niSTOIRE DU BAS-EMPIRE. lOJ
HMiégcans n'eurent d'antre parti à prendre qu'à se rem-
iMirqiier honteusement.
Les Catalans 9 privés de leurs généraux et de leurs
^incipaux officiers, étoient abandonnés à eux-mêmes.
Vs sentirent enfin que la discorde rendroit leur porte
certaine et prompto. ils se réunirent et convinrent de
loisir quatre chevaliers pour les commander et diriger les opérations militaires sous les ordres dn conseil des douze. Ilsconlinuoienl de séjourner à Cassandrie, n'ayant
;^ aucun projet, lorsqu'ils vin^nt arriver Roger Deslau , chevalier de Roussillon, accompagné de plusieurs envoyée que leur députoit Gauthier de Brienne , duc ' d*Athènes. Ils étoient chargés de leur proposer de passer an service de ce prince, qui leur olTroit tous les avantages que leur avoit promis Andronic, une solde plus forte et payée six mois «ravancr. Leur éloignement des états du duc, dont ils étoient séparés par une vaste éten-
R- due de pays, par des montagnes et des fleuves, les mettoit dans rimpossihilité de contracter les engagemens qu'on leur proposoit ; mais ils acceptèrent toutes les cortdilions qu'on leur oOVoit, dans la supposition qu'ils troiiveroient les moyens dese-rcndreà Athènes. Bientôt Cassandrie étant épuisée, les Catalans se virent obligés (le songer aux moyens d'en sorttr. Thessalonique les tentoit par sa position et ses ressources: c'éloit le séjour
I des deux impératrices, qui y avoient déposé leurs trésors.
, Les Catalans résolurent d*en faire la coiupiéto; mais ce
' projet n'ayant point été tenu secret, Temperour fil fortifier Thessalonique; il y rassembla dos troupes et des provisions > construisit une muraille qui défcndoit rentrée de la Thrace. Quand les Catalans se présentèrent, ils étoient attendus; ils furent repousses. Les passages leur étant fermés , ils traversèrent la Macédoine, et prirent Jeurs quartiers d'hiver en Thessalie, dans la vallée de Tempe. Au printemps, ils pénétrèrent dans Tintérieur <le' la province. Jean Ange Ducas , gendre de Xn, i3i
I'38 HISTOIRE DU BÀS-EMPIRS.
r^mpereiir Ândronic, quoique brouillé avec ce prioèrj ne vit pas sans inquiétude les Catalans au milieu ses états. Le succès des armes étant douteux avec armée aguerrie qui n'avoit rien à perdre , il ent recoui aux négociations, et fit offrir à ces hôtes dangereux Fargent , des provisions et des guides pour les conduii dans les états du duc d'Athènes. Ils acceptèrent sans hé^ siter. Dès qu'ils furent sur les frontières de l'Attiqtieff Gauthier de Brienne leur envoya des députés pour lenh rappeler les engagemens qu'ils avoient contractés ave lui. Les Catalans les ratifièrent, et servirent sous * ordres du duc, .qui, avec leur secours, reprit à ses voîsînij trente villes dont ils s'étoient emparés dans une guem précédente.
i5i2. Quand il eut reconquisses anciens domaines, il traitai ; ses alliés avec indifférence, refusa de les payer, et finit.j par les sommer d'évacuer le pays. Les Catalans, pous- , ses à bout, se saisissent de plusieurs places, et fonll contribuer le canton où elles sont situées. Le duc rassemble ses troupe$, bien supérieures en nombre à ses ennemis, dont Tarmée se composoît de quatre mille hommes d'infanterie et de trois mille cinq cents cavaliers. Celte petite armée campa an milieu d'une vaste plaine, En attendant Gauthier de Brienne, ils métamorphosent une partie de cette plaine en un marais fangeux , au moyen de rigoles nombreuses qu'ils creusèrent pour détourner l'eau d'un ruisseau et celle d'un aqueduc. L'herbe étoit assez élevée pour cacher ce travail. Gauthier arrive avec ses troupes et se range en bataille. Sachant combien l^premier choc des Catalans étoit à craindre, il veut les prévenir, et fond sur eux à la tête de sa cavalerie. Elle se trouve bientôt arrêtée dans là boue, hors d'état d'avancer, et culbutée par celle qui le suivoit, ayant reçu la même impulsion. Le duc fut tn< l'un des premiers, et son armée entièrement défaite. Leï Catalans, aprèscette victoire , entrèrent successivement f
HISTOIRE DU BÀS-EMPIRS. 1*>9
lièbes qui les reçut, et dans Athènes qui ne fit aucaiie Esistance. Toutes les villes et forteresses imitèrent cet lernple , et les Catalans devinrent ainsi possesseurs de ^tiiqiie. Ils sentirent qn'il leur falloit nn chef qui les Hivernât. Deux chevaliers étoient échappés à la mort ins 1-e dernier combat ; c'étoient Boniface de Vérone
Roger Deslau, que Gauthier de Brienue leur avoit ivoyés à Cassandrie. Le premier étoit seigneur de Pîle e Nègrepont , et allié des Vénitiens et des François qui (enienroient dans cette ile. Cette circonstancedéterminâ >tat-étre les Catalans à choisir Boniface; mais il les vfusa. Ils s'adressèrent ensuite à Roger Deslau, qui ne rt aucune difficulté d'accepter. Ils lui firent épouser la 'cuve de Thomas de Sonia, seigneur de plusieurs îles ituées aux environs du Péloponèse.
Andronic, à qui rétablissement des Catalans dans *Attique rendoit la sécurité, revint aux occupationsqu'il à'abandonnoit jamais qu'avec peine et momentanément, Pest-à-dire, aux affaires de l'Eglise. On avoit enfin réussi I le dégoûter d'Athanase. Les historiens varient sur la ^anse de leur rupture : les uns l'attribuent à une peinture faite sur le marchepied du patriarche, et qui représentoit Teroperenr ayant un mors et ime bride à la bouche, -et conduit en paradis par Athanase; les autres, à l'avidité de ce prélat , qui , malgré le décret d' Andronic, permettoit à Vun de ses officiers de faire contribuer ceux qui recevoient les ordres sacrés. Peut - être ces deux causes concou|||rent-elles à la disgrâce du patriarche. II «voit trouvé mauvais que les auteurs du tableau n'eus- -teot été condamnés par Andronic qu'à une prison perfétaelle, au lieu de la mort qu'il vouloir leur faire infliger. L'empereur ayant refusé de les punir plus sé- 'l^menty Alhanase se retira dans un monastère, refusant de remplir ses fonctions patriarchales. Le siège d« Constantinople resta vacant pendant deux années. Fatifué de l'humeur d' Athanase, Andronic prit enfin le
l4o HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
parti de le remplacer, et de rassembler un synode pou ^ faire procé<ler à Télection, qu'il dirigea comme il avd toujours fait. Il est à croire que , si le clergé eût été librt ilauroit choisi un autre que N iphon /homme ignorali qui ne savoit pas écrire ni même signer son nom , mal habile aux affaires, à Tintrigue, d'un caractère sonpl et d'un esprit délié. Il fit valoir sa place avec un taleil égal à son avidité , se mettant à la tête de Tadministra tiou des couvens, les engageant à construire pour i< jeter dans des dépenses dont il profitoit. Tout moyei d'acquérir du bien , de gagner de Targent , étoit lëgttirà à ses yeux. Il avoit un luxe insolent, éclipsant rempi reur par la magnificence de ses équipages, la somptno site de ses meubles , la profusion de sa table , et la beani de ses chevaux. Il n'éloit pas vraisemblable qu'un prëli qui menoit une pareille conduite voulût jamaissé mêh des affaires ecclésiastiques; il en fut autrement , et ce ce qui causa sa perte. Il n'ighoroit pas combien Ac dronic désiroit de faire rentrer dans l'Eglise les arsi nites, qui, depuis Tannée 1264, en étoient séparés. N phon propose à l'empereur la reprise de ce projet , dai lequel on avoit toujours échoué jusqu'alors. Andron accepte avec empressement. C'étoit une faute, une in prudence , parce qu'on rendoil à une secte oubliée , avili toute l'importance qu'elle avoit perdue. En continua de ne plus s'en occuper, de la laisser dans l'obscurît c'en étoit fait d'elle. En effet , les arsénites, réduits à dernière misère, erroientde tons côtés, ^uverts de hai Ions, et n'inspiroient aucune pitié, parce que leurdo< trîne étoit intolérante et leur fanatisme cruel. Ils cor servoîent toujours dans leur avilissement les mêm prétentions. A l'appel de Niphon ils répondirent ( exigeant des conditions ridicules. C'étoit la translattt du corps d'Arsène dans le temple de Sainte-Sophie, suspension du clergé pendant quarante jours , un jeûfl des prières publiques, une amende honorable. La hou
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voit empêcher Andronic d'accorder de pareilles deandes; mais il étoit porte pour les arsénites, et, n'ayant oit à aucun genre de gloire, il en mettoit à la réunion ces sectaires. II ne refusa rien, et Niphon, quin'avoit un scrupule, accorda tout ce qu'on demandoit. La Hiitence publique a lieu ; la translation se fait avec e grande pompe. Au nom d'Arsène, et devant le corps cet ancien ëvéque , le patriarche donne au peuple une olution solennelle. Les arsénif es regardoient ce triome comme illusoire, si Ton ne mettoit à leur disposition toutes les places importantes. Andronic commenit à se fatiguer. Il accorda <les pensions aux principaux, n'écouta point les autres. Ceux-ci, mécontens, renouvelèrent le schisme, et sortirent de Constantinople. Pour se consoler de ce résultat, Niphon, qui s'étoit rendu lus odieux au clergé par cette démarche inconsidérée que par sa conduite, se livra de nouveau à l'intrigue. /San insatiable avidité croissant avec le succès et l'impunité, il trafiqua publiquement des emplois, et causa tant de scandale , qu'on fut obligé de le déposer dans un synode, par une sentence qui fut rendue le 1 1 avril i3i5. se retira dans un monastère , après avoir occupé le trôiie patri^rchal pendant près de quatre ans.
Les prétendans à l'empire grec firent, dans le cours Ak. i3t3. de cette année , des projets pour le reprendre et le par- ^lager, et ces projets inquiétèrent l'empereur Andronic. C'étoit Philippe de Tarente, à qui Catherine de Valois avoit apporté en dot le titre d'empereur de Constantinople. Ce trône imaginaire avoit tant de prix, que le duc /de Bourgogne , à qui Catherineavoitété fiancée, vouloit épouser cette princesse malgré elle. Son refus et sa protestation contre un acte, fait dans son enfance ne suf- I firent pas, ni les instances du pape Clément v , ni celles J du roi de France. Il fallut des dédommagemens au duc, et, pour obtenir son désistement , le prince de Tarente fut obligé de consentir au démembrement de son futur em«
l42 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
pire. Un tel sacrifice âtoit toute excuse an dnc de Boi gogne ; il céda. Le mariage se fit , et , dans le contrat en fut dressé en présence du roi de France, uneinfinii de clauses y furent stipulées , toutes relatives aux droil éventuels d*après diverses chances qu'on prévoit; niaei on oublia la principale, quoique la plus probable. GV toit la non*possession de Tempire qu'on partageoîti rinsuffisance ou plutôt la nullité des moyens nëcessaii pour le reprendre. Philippe n'avoit que deux mille valiers .et quatre mille fantassins^ Le pape Clément^ âme de ce projet, donna des indulgence à cette arnu et fulmina contre Ândronîc une excommunicatipn d'uo valeur égale. Le roi de France, Philippe-le-Bel , que triste résultat des précédentes croisades n'avoit point dé^ goûté de ces expéditions hasardeuses, inutiles et loiiH^ taines, promit à son neveu des hommes, de l'argent, son intercession auprès de son gendre Edouard, rc d'Angleterre, pour en obtenir des secours. Il espéroîîfj que la reprise de Constantinople faciliteroit celle de là i5i4. Palestine; mais ce roi mourut en i3i4 , et tous ces projets restèrent sans exécution. Comme ils avoient fail beaucoup de bruit , Ândronîc n'étoit pas sans inquiétude. Un ennemi qu'il oublioît éfoit plus à craftidre pour l'empire grec que le pape, le prince de Tarente et les rois d'Europe ; c'étoient les Turcs. Après s'être séparés des Catalans , qu'ils refusèrent de suivre dans l'Attique , ils résolurent de s'en retourner dans leur pays. Andronic voulut faciliter à ces hôtes incommodes la sortie de ses états. Il convint avec eux de leur fournir àeL provisions et des vaisseaux , s'ils consentoient à s'abstenir du pillage. Pour protéger leur retraite, il les fit escorter par le stratopédarqueSennachérim, qui commandoîl uû corps de trois mille hommes. Arrivés àGallipoli, les Turcs étoient prêts à s'embarquer, lorsque cet officiel jugea qu'il seroit honteux de laisser ainsi partir des barbares chargés des dépouilles de ses compatriotes. 11 réso-
HISTOIRE DU BàS-EMPIAE. \l^'5
|t donc de les égorger pendant la nuit. Ce projel ne puvoit s'exécuter sans prendre ^es missures qui inspipient une défiance que des indiscrétions confirmèrent. ^ Turcs se tinrent sur leurs gardes, se saisirent d'une
Eteresse, et s'y retranchèrent bien déterminés à s'y . endre jusqu'à la dernière extrémité. ISennachérim Bvpya vers Androuic pour faire part à ce prince de la lioation dans laquelle il s^étoit mis, et demander ses irdre^f L'empereur, qui l'auroit approuvé , s'il eût réussi kns son entreprise, ne fit aucune réponse, se réservant k se prononcer après révénement. Pendant ces délais ps Turcs appelèrent leurs compatriote^, et bientôt se Ifouvèrent en assez grand nombre pour tenir tête aux rrecs et pouvoir tenter sans imprudence le sort des thaïs. Michel reçoit l'ordre de son père de rassembler armée I et de chasser les Turcs. Cette armée, plus kbreuse que redoutable, étoit formée d'une multile d'individus étrangers aux fatigues de la guerre. Elle avance sans précaution , est battue aussitôt qu'attaquée , oe trouve son salut que dans une fuite honteuse et rompte. L'empereur Michel auroit été pris, sans ledéloement des officiers de sa garde, qui se firent tuer pour sauver. Il se retira dans Andrinople. Les Turcs s'emtrerent de ses équipages, de ses trésors, et de la coume impériale. Châles, leur chef, la posa dérisoî rement sa tête , insultant au prince à qui elle appartenoit, désola le pays et resta maître de la Thrace. Constan- )ple étoit dans la stupeur, et l'empereur ne savoit à k1 moyen avoir recours, lorsqu'un ceigneur, nommé lilès, se présenta devant lui, offrant de marcher contre Turcs et de les chasser. Philès, parent de Paléoloî, vivoît dans la retraite, et menoît une vie contem- Ive. Ândronic accepte ses offres, bien persuadé qu*il envoyé par le ciel, et le laisse maître de former la ïHpc qu'il juge nécessaire, et de prendre les disposî*qiii lui paroîssdnt les phis favorables à ses desseins.
l44 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
Philès choisît ses soldats, les discipline , les exerce i| manœuvres , et parvînt à leur inspirer de la confiad Quand elles sont suffisamment exercées, il les met 1 campagne, et marche à la rencontre de Châles, qui fi venoit chargé de butin. Il l'attaque, le défait complet ment après une très-vive résistance, et le poursuit àà la Cherso»èse de Thrace. Les Turcs ne pouvoient ^ sortir qu'en s'embarquant , et THellespont étoit coûvéj de vaisseaux grecs ou génois. Ils n'eurent d'autre rà source que de s'enfermer dans une ville fortifiée, et i s'y défendre.Philès, ayant reçu des renforts, les y assi Les Turcs firent deux sorties qui n'eurent aucun sa Voyant les murs tomber sous les attaques des Grecs, 1 prennent le parti de fuir à la faveur des ténèbres de i nuit et de se livrer aux Génois. Plusieurs se troll pèrent , et se réfugièrent sur les vaisseaux des Grecs, qil les massacrèrent. Quant.aux autres, ils furent misai fers par les Génois, et vendus comme esclaves. Andron créa Philès protostrator, et récompensa ses compagnoi d'armes.
Le trône patriarchal de Constantinople étoit toujooi vacant. Las de le voir occupé par des prêtres fanai ques ou scandaleux , l'empereur crut qu'il seroit pli heureux dans son choix en faisant élire un laïc. C< toit faire un affront au clergé ; mais le clergé obéi soit servilement à l'empereur. Le synode nomma doi à sa recommandation Glycys, intendant des postes, qi jouissoit d'une grande considération , réunissant à l'ii telligence des atîaires une probité sans tache et à vertus à l'instruction, s'exprimant* avec grâce et facilil Dès qu'il fut élu, sa fenmie se retira dans un couven Il vouloit commencer par se faire moine; mais, coiua il auroit été obligé à une abstinence contraire à Ta dél catesse de sa santé, et dont le patriarchat ne le dispei soit pas , Ândronic s'opposa à ce projet. Il traita toujoo Glycys avec de grands égards , et le consulta dans 1
HISTOIRE BU BÀS-XMFIRK. 'i45
affaires. Ce fut par ses conseils, et plus encore par ceux ^e Théodore Métochite , grand logothète , qu'il gouverna i*enipire« Ce dernier jouissoit de tonte sa coniiance. Il ëtoit premier ministre et favori. Les contemporains ont tracé de Métochite le portrait le plus flatteur, le douant ' de tous les talens , de toutes les qualités, et de rinstruction la plus étendue. Mais , à juger de la valeur de ces ^éloges , soit par les ouvrages de Métochite parvenus - )usqu*à nous , soit par les plans ou les actes de son ad- * luinist ration , on est forcé de convenir qu'il fut et médiocre auteur et 'mauvais ministre. De nombreuses liutes attestent sa négligence et son incapacité. Elles n'empêchèrent point qu'Andronic ne le conililâl de faveurs et de dignités. Il lui donna pour geUilic le prince Jean Paléologue, son neveu, (ils de Constantin Por- Air. i3i6. 'pbyrogéaète, { u'il laissoit dans l'obscurité. Ce jeune prince en ;Ortit, grâce à la mauie d'Andrnnîc pour les mariages, et probablement parce qu'il étoil alors le seul de la famille impériale dont l'empereur pût disposer. La faveur de Métochite rejaillit sur le gendre. Jean fut fait panhypersébaste, et l'on ajouta de nouverux attributs à cette dignité. Il eut la permission de porter un vf^tement ^ et des brodequins jaunes , et de garnir d'un liseré de cette couleur la selle et les caparaçons de son cheval. Cette ^ circonstance, minutieuse en elle-même, méritoit d être F rapportée, parce que la couleur jaune ^loit réservée aux W personnages de la plus hante distinction , et que tous r n'avoient pas mênie le droit de la porter.
L'impératrice Irène , séparée d'Andronîc , comme A». lUy.,
•eus Tavons rapporté , passoit sa vie à Thessalonique
^t s'ennnyoit au milieu de sa cour. Pour se distraire ^
elle faisoit de fréqnens voyages à Drames , ville de
Thessalie. Dans celui qu'elle y fit cette année elle y fut
emportée en peu de jours par une fièvre imilammatoire.
, Simonide, femme du crâle de Servie , lui fit rendre les
-* derniers devoirs. Son corps fat transporté à Conslanli-
^ niST. nu BAS-EMP. TOM. XI. lO
j4S j^istoire du bas-empire.
d'une semblable menace , ordonne sur-le-champ le part de sa fille. Celle-ci supplie en vain un père en la crainte dominoit la tendresse. Ne pouvant surraon sa répugnance , Simonide se résout à prendre le v( plutôt que de se rendre en Servie. Dans ces temps de perstitieuse ignorance, Tautorité souveraine étoit foi par Topinion publique à respecter un cloître. En e entant son projet à Gonstantinople , Simonide expoi son père» qui auroit passé aux yeux du crâle pour I de connivence avec sa fille. Elle crut donc devoir^ tendre Toccasion , et se mit en route. Arrivée à Serr elle feignit une indisposition causée par la fatigue voyage, afin de se reposer dans cette ville pendant qi ques jours. Dès la première nuit elle prit les hal monastiques, et s'offrit le lendemain dans ce costu aux regards de ceux qui Taccompagnoient. A Téton ment qu'ils éprouvèrent à la vue d'une pareille m^ morphose succéda la fureur. Ils se seroient peut - é portés à quelque extrémité, lorsque le prince Constant frère de Simonide , qui se trou voit à Serres , usa de i autorité pour forcer sa soeur à reprendre ses premi vêtemens. Il la livre ensuite aux Serves, et les charge la mener au crâle.
Air. iSao. ,La sauté du patriarche étoit altérée au point q\ ne pouvoît plus continuer d'exercer ses fonctions, demanda et obtint d'Andronic la permission de les i diquer. L'empereur lui donna le monastère de la Cyr tisse. Les vertus de Glycis , son savoir , la régulai de sa conduite, lui avoîent concilié l'estime générale le rendoîent difficile à remplacer. On éhit Gérasin prêtre et moine, vieillard ignorant et sourd. Androi ^présida, comme il avoit toujours fait , à ce choix. Andronic avoit marié son petit - fils à la prince Irène, fille d'un duc de Brunswick, croyant lui fa tenir une conduite plus régulière et mettre un fi^i k ses passions. Mais le jeune prince continua de
■ ISTOI&E DU BAS-IMPIRS. ?40
tsfaire. II voyoit souvent une dame de qualîtë dont
vnoeurs étoient scandaleuses. Soupçonnant on rival Sféré , il fit investir isa maison par ses gardes avec rdre de tuer celui qui se présenleroîl. Un étranger Mant près d*eux, ils le percèrent de leurs flèches. C'é« M le prince Manuel , frère d'Andronic. On le trans* rta dans son palais , où il expira bientôt. A cette
ivelle , son père , Tempereur Michel , dont la santé
\uis long - temps étoit languissante , succomba sous dds de*la douleur, et ne survécut que huit jours à fils. Il mounit le 12 octobre i320y n'étant âgé que
quarante-trois ans. C'étoit un prince médiocre , fils iHD père plus médiocre encore , et dont la mémoire -été flétrie par la perfidie avec laquelle il fit assassiner loger Deflor. Du reste, comme il n'avoit que le titre
empereur, et qu'il étoit aveuglément soumis à la cour Constantinople, on ne peut rien présumer sur se&
lens dans Tart de régner , n'ayant fait qu'obéir pen-*
int sa vie.
Le jeune Andronic ne vit dans la mort de son père st du prince Manuel qu'un heureux événement qui le rapprochoit du trône. Au lieu d'être affecté de leur perte ou d'éproqver des remords, il eut beaucoup de peine à dissimuler sa joie. L'empereur , indigné de soninsensibilité , de ses dérèglemens , résolut de le déshé-nter et de faire passer sa couronne sur une antre tête. Pe semblables projets n'ont l'approbation {[énérale que lorsqu'on fixe son choix sur celui qui réunit tons les mffrages : autrement on ramène l'intérêt sur le prince f u^oD veut exclure , et Ton ne fait que donner plus de K>rce à ses droits. C'est ce qui arriva. L'empereur destina la succession à Michel Catarrhus, bâtard , fils du priiice Constantin , qui , ayant épousé malgré lui la fiUe de Musalon , ne voulant point avoir de commerce avec file, vivoit en concubinage avec une femme nommée C^t^rrha.. Ce fut ce bàlara qu' Andronic fit venir à s^
fSo JHISTOIRE DU BAS-EMPI&Ef
cour, élever sous ses yeux , et qu'il voulut revêlîr ai pourpre impériale. Il Ta voit toujours à ses côtés, é les assenniblées , dans 4es synodes , dans les récepti( d'ambassadeurs, dans les conseils, enfin dans toutes cérémonies. Il exigeoit pour luî les respects dus à Tf ritier légitime. Michel Catarrhus n'avoit rien qui} justifier un tel choix. D'une intelligence bornée , d' caractère altier, il n'avoit pas assez de bon spns po sentir qu'il rievoit au moins plaire à son bienfaiteu il lui résistoit souvent, et couroit h risque cfe Téloigr de lui par ses manières et son indocilité. Mais la liai étoit la passion qu'Andronic aimoit le mieux à sat faire. Non-seulement ilsupportoit les défauts de Miel pour se venger de son petit-fils , quoique le bâtard ( plût à toute la famille impériale , mais il le corabi de caresses. Cette conduite causoit beaucoup d'humi au jeuneÂndronic,qui ne Tattribua d'abord qu^aux priées d'un vieillard; mais il ne tarda pas à en concev de sérieuses inquiétudes, quand Tintenlion de Texcl du troue lui parut formelle. L'enjpereur la montra lia acte d'autorité qui ne laissoit plus aucun doute. ' chel Paléologue avoit fait une loi d'après laquelle t les fonctionnaires militaires ou civils dévoient , à la ni du prince associé à Tempire, prêter serment à sa fenii il sesenfans, ou pctits-enfans, et renouveler celui qi avoient fait à l'empereur. Cette formalité devoit i remplie à la mort du prince Michel, et conséquemm le jeune Andronic, son fils, recevoir les sermens pi crits. Mais l'empereur défendît à ses sujets de ren hommage à d'autres qu^à lui seul , et leur ordonna reconnoitre celui qu'il lui plairoit de désigner p< successeur.
Cette infraction de la part d'Andronic aux lois d lui-même avoit profité excita des murmures. Une n lution aussi rigoureuse envers son propre fils supp tt'ua cdié die l'énergie et des moyens / de l'autre
HISTOIRE DU HAS-tMPimV; fSl
andes fautes, on plutôt de ces crimes odieux pour leslels il n'est point de pardon ; et quand on la prend rtte résolution » la politique exige qu'on s^erapare austôt de celui qui en est Tobjet , afin de le mettre hors '^tat de niiire , et d'éviter une guerre civile. Mais le ieil et foible Aiidronic étoit incap;^l)le de faire ces rékexions ; et nous verrons que , pour n'avoir point callilé son projet , au lieu d'une guerre civile , il en eut r0isàsotitenir,fut obligéde partager l'empire, etd'abdijUtr ensuite. Un seul fonctionnaire osa refuser de se côn- •rnier à l'ordre d' Andronic, déclarant que sa conscience ^i faisoit un «fevoir de comprendre le jeune prince dans e serment qu'on exigeoit de lui. C'étoit Cantacuzène , lepnls grand - domestique : il n^étoit alors que paraëmomène. Il prêta le serment suivant l'ancienne foriiule. L'empereur dissimula le ressentiment qu'il éprouoit de ce refus , d'autant plus marquant qu'il n'y en ni point d'autre. De son coté , le jeune Andronic , loin e témoigner des craintes à son aïeul , ou de se plainire , continuoit de lui rendre des soins respectueux, /empereur en eut de l'inquiétude , ne pouvant douer qne le jeune prince ne fut sensible à l'exclusion lont il étoit menacé, et craignant qu'il ne se portât à [uelqiie extrémité. 11 crut donc qu'il étoit prudent de lé aire snrveiller , et d'avoir adprès de lui quelqu'un qui ni rendit compte de ses actions. Il jeta les yeux, pour -emplir ce râle , sur Syrgiane , fils d'un seigneur allié I la famille impériale. Il avoit en deux fois Tadminisrartion d'une province, et deux fois été destitué à cause le ses projets ambitieux. Ç'étoit un homme doué de {Vaiids talens , et particulièrement de celui de Tintripie. Il savoit se concilier l'amour du soldat et des citoyens par ses profusions. Convaincu de vouloir se faire indépendant et souverain dans la province confiée à soa commandement , il fut condamné à tïne prison perpéidelle. Mais Tempereur » assiégé de SQSKcitation& , lui
l.Sa HISTOIRE BU BAS-KMPIEB«
rendit la liberté, après avoir exigé de lui un ser de fidélité sur une image de la Vierge. Il reparut à cour , plut aux courtisans , et bientôt s'iosinua dans bonnes grâces d' Andronic , qui le choisit pour espioiii lui donna toute sa confiance. Syrgiane avoit sa fortune faire : Tempereur étoit vieux ; une longue carrière roissoit s'ouvrir pour le jeune Andronic. Telles sont circonstances d'après lesquelles ce confident , neeonsa tant que son ambition , lui sacrifia son devoir , ^t tr l'empereur. Il alla trouver secrètement le jeune pri; et lui fit part de la mission dont il étoit chargé, conseillant de se retirer en Thrace ; de s'y^faire un pa ce que le mécontentement des habitans rendrait facile offrant enfin de diriger Texécution de ce projet , tf cire rame , d'y consacrer sa fortune et ses soins , et nfl mettant d'autre condition à ce dévouement que d'avoir la première place dans la confiance d'Andronic. Li prince le remercia , mais voulut consulter Jean Canta*?! cnzène, grand-domestique, son ami, qui commandoil dans la Thrace , où Syrgiane devoit le remplacer. Celuici se. rend auprès de Cantacuzène. Tous deux se concertent. Le grand-domestique est d'avis d'observer, d'être armés sans le paroitre , de se tenir sur ses gardes, et de se préparer à l'événement. Syrgiane fut obligé di céder, quoiqu'il eût voulu un parti violent et prompt. Après lui avoir remis le commandement de la Thrace Cantacuzène prit la route de Constantinople, laissant! Gallipoli sa famille , afin de se réserver un prétexta pour faire des voyages dans cette ville sans exciter de soupçons. Il arriva près du prince au moment où celui-c venoit d'acquérir une noiiielle preuve de la haine d< son aïeul. Dans leurs précédens démêlés il avoit ofiieri à l'empereur de rentrer dans la classe des citoyens afin de lui ôter tout ombrage : Andronic avoit refusé Sa haine étant augmentée , il se rappela l'ofifre fait< dans un moment de dépit , trois ans auparavant ; et dà
HISTOIRE DU BAS-IMPIRS. iSS
vers son petit -fils un sénateur ponr lui dire qu'il ktoit la proposition qu'il lui avoit faite , comme ; étoit récente, lui promettant de Taffection et des Is, comme au prince à qui le trône devoit apparun jour. Le jeune Ândronic répondit qu'il rétrac- ]ne offre faite il y avoit long-temps , et sans ré^ )n; qu'il seroit insensé sMl rejetoit une couronne Dieu lui avoit destinée ; qu'on devoit lui faire son es, s'il avoit mérité de la perdre; ajoutant que, reement aux fautes légères qu'il pouvoit avoir coms , il siipplioit Tempereur de les lui pardonner. i réponse ne fit qu'augmenter la colère d' Andronic. bt dans cette circonstance qu'arriva Cantacnzène. î concertèrent tons les deux sur le parti qu'ils deit prendre , et convinrent de s'assurer d'une place qui p^'it leur servir d'asile et de point de ralliement leurs partisans. Christopole, place fortifiée par ature et l'art , fut préférée à Andrinople , trop ne de la capitale , et trop éloignée de la mer. Ce )ier point convenu , il fallut songer aux moyens Toitre le parti, et de le rendre redoutable. Cantane se chargea de ce soin. Il gagna bientôt Alexis rauqne et Synadène. Le premier avoit , par son gue et ses talens, fait dans les finances une rapide me : le second étoit protostrator, et revenoit alors gouvernement qui lui avoit été confié. Tous deqx •vouèrent à la cause du jeune Andronic. Cantacalui procura un puissant allié : c'étoit le crâle de ic. II avoit envoyé près de l'empereur un moine mé Caliînique , pour réclamer un corps de deux e Comans , que le prince retenoit à son service audu délai conv* u. Ce moine ne tarda point à s'a« evoir de la mésintelligence qui régnoit entre l'aïeql petit-fils. 11 vit en secret celui-ci ; et de ces confées il résulta un traité entre le crâle. et le jeune Anlie. On fit ensuite des enfôlemens^ A canse de
f5^| HISTOIRE DÛ BAS-EilFIRE. .
Syiiadène » dont la famille habitoit Andrînople, choisit celle ville pour point de réunion , et Ton devoir renoncer à Christopole.
Pendant toutes ces menées le prince atloit touj rendre ses devoirs à Tempereur , qui le traitoit mépris devant les sénateurs , qu'il faisoit asseoir, lah debout son petit-fîis. Celui-ci dévoroit en silence outrages* Mais Tordre que lui donna son père d plus parottre en sa présence lui fit perdre patienc lever Tétendard. Il fait venir Syrgiane à Constantin! et rassemble les chefs de la confédération pour les sulter sur les mesures qu'il falloit prendre. Synadèi Syrgiane proposèrent àes moyens violens ; le pren de s'emparer d'Andronic, et le second de s'en déf Cantacuzène exprima ^indignation que lui causoi avis. Syrgiane, jaloux de ce personnage, qui étoit avant que lui dans les bonnes grâces du jeune pri réplique avec aigreur et lui reproche l'intention de loir toujours faire dominer son opinion, Cantacn s'attache à faire voir l'énormité du crime qu'on vo commettre, les dangers auxquels on s'exposeroit , e mène la question qui étoit de sauver le jeune Andn et non de détrôner son aïeul, encore moins de lui la vie. Le prince, prenant la parole à son tour , dé que,' loin de vouloir rien entreprendre contre Tempe il s'offriroit à ses coups plutôt que de se défendre, s'il dans l'impossibilité de fuir : il exhorte les conjn ne se permettre aucun propos injurieux contre son ; On examina s'il ét^it nécessaire de sortir de la cap pour se m€ttre en sûreté. Tous les avis furent unani et le prince partageoit cette opiniot^orsque tout à on le vit dans Tincertitude et conclure qu'il falloil core attendre, parce qu'Andronic pourroit chan, son égard. Ainsi cette réunion fut inutile. Syr{ repartit pour la Thrace , et les choses restèrent da même état. Il étoit averti des démarches que fais*
HI5TOIEE DU BAS-SMPIRE. l55
|i grand- connétable et le grand logothète Mëtochlte ^ |>our le réconcilier avec son aïeul, et croyoit au succès de ces démarches, sachant la faveur dont jouissoit Më- Ipchite. En elTet, Ândronic, qui le croyoit un grand j^lrologue, s'enfermoit souvent et long-temps avec lui g|pnr connoitre Tavenir. Mais la haine dominoit le Ifjeillard , et le jeune prince se flattoit en vain. Sa perte l^t résolue. Ândronic décida qu'il seroit jugé dans une |||semblée composée des évéques et des dignitaires, et l^iidaniné à une prison perpétuelle. L'exécution de ce
rjet devoit avoir lieu dans les premiers jours d^avril. 5 de ce mois l'empereur fait donner à son petit-fils tordre de se rendre immédiatement au palais. Le jeune ^i/adronic questionne Tenvoyé, qui lui dit qu'il sonprlQnqe qu'on veut lui faire subir un interrogatoire. D'après cet avis, les amis et les partisans sont avertis, Can.tacuzène étoit absent. Le protostrator se rend seul , ft. fait voir au prince, qui parôissoit résolu d'obéir à l'erdre qu'il venoit de recevoir, le danger dans lequel il se trou voit,, ayant l'empereur pour juge et partie. Ces représentations sont interrompues par l'arrivée d'un * second officier qui renouvelle Tordre en termes plus pressens. Le prince obéit. Synadène le suit jusqu^au \ palais. Cantacuzènc, en rentrant chez lui, ayant appris \ ee qui se passoit , vient retrouver le protostrator : tous [ deux rassemblent leurs affidés et les officiers du jeune Andronic; ils cernent le palais au nombre de trois cents. Malgré la promptitude qu'a voit mise l'empereur, il ne liTCMSSoit point; et le jeune Andronic, las d'attendre, lortit et vint s'informer des mesures que ses amis avoient prises. Pendant qu'il les approuvoit, se recommandani à leur bravoure , l'eunuque Catlîcrinite vint l'averttp que l'empereur étoit arrivé, Andronic entra seul dans la laUe du conseil. Parmi les )Uges on remarquoit le patriarclie Giérasime, Théolepte, évéijue de Philadelphie, Mélocbite et Aeropelilc , tous deux grands- logo tbètesi
iSQ HfSTOIRE B0 BAS-EMPIRS.
^t Nicëphore Chunine, garde du Caniclée. L^empei
prenant la parole, accusa sans préambule son petil
d'être un homme dur, intraitable, arrogant, qui
coutolt que ses passions et refusoît de lui obéir. Le j<
prince interrompît avant la conclusion, demanda
pectuêusement à se défendre , et le vieil Andronic n
Ten empêcher. L'accusé rappelle les reproches qi
avoit eus à lui faire, et qui ne prouvoient qu'une gn
légèreté dans sa conduite. C'étoient des courses à chc
des parties de chasse et d'autres divertissemens de <
espèce , auxquels il avoit eu tort de se livrer , pui
l'empereur blâmoit ces amusemens frivoles; mais
ee n'étoient point des crimes, et que depuis long-te
il avoit changé de conduite. Andronic , furieux , repr<
à son petit-fils de n'être pas chrétien. C'étoit «lors
plus grande injure et l'accusation la plus grave. Ca
cnzène et Synadène, ayant entendu l'empereur él
la voix, s'avancent au secours de leur jeune maître , q
croient en danger. Le vieil Andronic, averti d
mouvement, se sauve avec précipitation au fond d(
palais; il consulte Métochite, et le charge d'aller tro
son petit-fils, de lui dire qu'il le regarde toujours coi
coupable ; mais qu'il veut bien lui pardonner à co
tion qu'il s'engagera par serment à persévérer dai
foi, à ne jamais conspirer, à révéler ses complices, <
à ne jamais fuir de Constantinople. Le jeune princ
pondit en disant qu'un serment étoit inutile , si, coi
on l'en accusoît, il n' étoit pas chrétien; qu'il n';
point assez de fortune pour se faire un parti ; qu
amis ne lui avoient jamais donné de mauvais conseil
qu'enfin , si jamais il entendoit parler de quelque p
contre lui, bien loin d'attendre, il prendroit pronr
ment la fuite. L'empereur, qui avoit suivi les p
Métochite, écoutoit à la porte; il entre furieux , a
saut de violens reproches à son fils, qui fit ses sou
sions, et, malgré les obstacles qu'y mettoit Andff(
>aisa les pieds. C'étoît alors un devoir de rendre le »r au visage. Le vieil empereur ne put s'y refuser, >n crut ou fit semblant de croire que les deux princes !nt réconciliés : mais le père vouloit toujours coure; les noms des partisans de son fils, et celui-ci per-
dans son refus. Le premier prit le parti de le sépare ses plus fidèles amis. Cantacuzène reçut Tordre er dans le Péloponèse en qualité de gouverneur ; il ia, parce qu'il y avoit perdu son père. Alors Tem* ur l'envoya en Thessaliè pour s'opposer aux progrès Catalans, qui, depuis qu'ils s'étoient emparés du lé d'Athènes , s'agrandissoient aux dépens de l'em- . Ils avoient récemment envahi une partie des états ean Ducas, despote et prince de Thessaliè, dont la t rendoit Andronic héritier de ses domaines. Can* zène ne pouvoit éluder une mission ainsi motivée ; i il demanda l'argent, les troupes eèles provisions ssaires. Tout lui fut accordé. On ne lui donna que
jours pour sortir de Constantinôpte. Le protostra- *eçiit l'ordre de partir sans délai pour son gouvernet. De pareilles mesures , pour isoler le jeune Andro-
n'étoient pas de bon augure. Il fut averti par un t anonyme que son aïeul vouloit le faire arrêter, patriarche Gérasime, qui s'intéressoit à son sort, [Tonfimia cet avis. Cantacuzène et le protostrator 'inrent de ne pas s'éloigner de leur maître, et d'un lez-vous à quelque distance de la capitale , où le jeune ce devoit les venir joindre. Syrgiane tint des troupes es pour protéger sa fuite. Un jour, au lever de Tau* , le jeune Andronic sortit de la capitale avec une ibreuse meute, des oiseaux de fauconnerie et les ipages de chasse. Il se rendit auprès de ses amis, et
avec eux la route d'Andrinople, où sa présence a la plus grande joie aux habitans de cette ville, qui» lis la mort de l'empereur Michel , n'avoient plus de ice dans leurs murs.
iSS' HtStOlâE tot BÀS-EMPlilt.
LK. i5ai. Le vieux Andronic, instruit de ce départ, don •ordre à Manuel Tagaris, grand-stratopédarqiie , prendre une escorte suffisante et de lui ramener son fi pieds et poings liés,* mais Tagaris lui fit sentir la diffi culte de cette entreprise. Le jeune prince n'étoît poin parti sans s'être concerté avec ses amis; sans avoir p toutes les mesures pour assurer sa Retraite t san» êti^ déterminé à une défense vigoureuse, ne pouvant se di simuler le sort qui lui étoit réservé. D'ailleurs, non^ seulement on ignoroit le nombre de ses partisans, mai on lî'avoit point de certitude sur les dispositions ' l'armée, et l'on ne savoit pas si elle éloît plus porli pour l'aïeul que pour le petit-fils. Telles furent lés co sidérations que fit valoir Tagaris, et qui détournèrent! vieillard de son projet. Ayant toujours une grande coti fiance dans les sermens, il en fit prêter à ses sujets u nouveau par leljuel ils s'engageoient à ne pas prendre! parti (ïAndronic Paléolùgue. C'est ainsi qu'il l'appeloîf pour faire voir qu'il ne le regardoit plus comme prince' impérial; mais en faisant ainsi songer au bâtard Xjn'iï vouloit lui substituer, il élablissoit un parallèle tout à? l'avantage de celui qu'il prétendoît exclure. Malgré le serment on vit sortir de Constantinople des sénateurs^ des officiers, des dignitaires, des citoyens qui se rendl- ■ rent auprès du jeune prince. Les autres villes imitèrent cet exemple. En peu de temps Andronic eut une arnnce nombreuse; mais, comme on n'avoit point de magasins," ' cet événement n'ayant pas été prévu, il y eut beaucoup * de désordre. Des brigands en profitèrent pour piller dcf ' tous côtés. Les caisses publiques furent enlevées , les moissons ravagées et beaucoup de maisons brûlées, hé vieil empereur eut recours à ses moyens ordinaires, c'est-à-dire au clergé; mais au lieu de le faire mettre en' prières, il Tarme des foudres de l'Eglise, et par son ordre tous les partisans de son fils furent excommuniés. Le patriarche Gérasime étoit mort le jour de 1»
fitSTOIHK BU lAS-BMFtEC. iSq
ùte du prince. On croit que, si\ eûl vécu, il auroil (ait ^'empereur des représentations sur les armes dont il ftit usage, et %|ui ne servirent qu'à augmenter le du jeune Andronic. De tons les cAtés on venoif se sous ses drapeaux , et l'en^pereiu* voyoit abaniner les siens. Effrayé de cette désertion générale , il ita vers son petit-fils Callicrinite, premier cétonite, Théolepte, évéque de Philadelphie. De juge do jeune lie , ce dernier devenoit ainsi ambassadeur auprès ce prince, qui avoit paru devant lui comme un cou* Ac. Ces deux envoyés éloient chargés d'offrir la paix de souscrire à toutes les conditions. La mère de Syr- (De les accompagna comme une autre Volomnie : \h son mari n'étoit pas un nouveau Coriolan. Les i^ilbassadeurs parurent pendant que le prince passoit He revue générale de ses trmpes. L'objet de leur mislOn circule bientôt de bouche en bouche; les soldats les iveloppent, menaçant de les tuer. Caliicrinite, épou* intéy tombe à genoux; Tévêque oppose aux sabres vés sur sa tête un maintien calme, et s'exprimant en :imnie qui ne craint pas la mort, les désarme par sa »ntenaDce. Andronic, ayant pris à part les deux eniyés, leur déclara qu'il navoit pris les armes que pour i défendre; que dans ce moment il ne pouvoit les faire épotser à son armée, parce qu'elle étoit trop exaltée; ne pour celte raison il ne pouvoit conclure de traité; ûais qu'ils pouvoient tranquilliser son père, et lui Bsurer que bientôt il seroit content de lui. Les ambasideurs rendirent compte au vieil Andronic de Tattakement des soldats pour son petit-fils, et des bonnes ispositioQs de celui-ci. Après leur départ le jeune mlronic assemble son armée pour se plaindre de la lanière avec laquelle les envoyés de son père avoient fcé reçus, et communiquer; les propositions de Tempeeur, qui offroit d'accorder tout ce qu'on demanderoît- I invita cette multitude à donner son avis* Tous s'é-
l6o IllSTOIRE DU BÀ8-EMPIRE.
crièrent qu'ils ne voiiloient point de la paix; qu'il fall
exiger Tabdication d'Àndronic, ou marcher sur Const
tinoplcy déclarant que, si le jeune prince ne partageoit
cette opinion , ib pourvoiroient à leur sûreté. Il répoi
en les remerciant de leur zèle , et en remettant Tai
blée au jour suivant pour s'occuper de cette affaire,
méritoit uu sérieux examen. Le jeune Ândronic
la nuit en conférence arvec Syrgiane, Cantacuzène,
protostrator et les chefs principaux. Tous approuvèi
la résolution de Parmée, convenant cependant qu'on
pouvoit attaquer la capitale sans exposer la vie de l'ei
pereur, et qu'il ne falloit point abandonner le plan qo'c
s'étoit fait de ne jamais manquer aux égards qui
étoient dus. Le lendemain Ândronic harangue ses troiil
pes, et leur expose, en les voyant toujours exaspérëes'i
qu'il seroit imprudent deniiarcher sur Gon«tantinopl|
avant de s'être assuré des dispositions des pays et dâ
villes situées sur les derrières de l'armée. Cette observi-ï
tion fut inutile; un cri général se fit entendre, et toirt
les soldats demandèrent à marcher sur-le-champ : \h
sommèrent Cantacuzène de s'expliquer. Cet officier parh
dans le sens de son maître, donne plus de développe-
mens à son opinion , et démontre les dangers d'ua
attaque contre une ville immense qui pouvoit résiste
€t être secourue. Sa voix ne fut point écoutée, et 1«
troupes persistèrent avec une telle opiniâtreté, qn'enU
refusant on couroit les plus grands risques. Ândronic â
vit donc obligé de diriger son armée sur ConstantinopU
Mais, fidèle à ses principes, il écrivit à son aïeul, Tin
struisit de tout ce qui se passoit, des vains efforts qu'i
avoit faits pour arrêter les soldats; lui traça la conduil
qu'il devoit tenir pour opposer une résistance apparent*
dont il profiteroit, en Texagdrant, pour faire prendi
son armée une autre direction. Ayant satisfait à €
devoir, il s'avance à petites journées. Il rencontra ii
corps de trois cents hommes que YcnceslaSi roi de Buî
HISTOIRE DU BÀS-EMPIRE. l6i
r^arie, mettoit à sa disposition sous les ordres d'un offi- ^"cier nommé Martin : mais on sut bientôt qu'il ëtoit ^'chargé d'enlever le prince. L'empereur avoit envoyé à Pson petit-fils Eugénie, sa cousine, nièce de Michel ^Paléologae; elle venoit remercier le jeune prince et le fprîcr de la part du vieil Andronîc d'attendre, pour faire entrer son armée à Constantinople , qu'il eût mis ses jours en sûreté , en se retirant dans un couvent , ayant le projet de se faire moine. C'ctoit un peu tard pour le bien de l'état. Touché jusqu'aux larmes, le prince rassemble ses principaux officiers, et les harangue pour [leur prouver qu'il ne pouvoit saus irnpie'lé refuser la paix que lui faisoit offrir son aïeul. Il a soin de leur cacher le projet de retraite, craignant qu'on ne Tobligoât aie laisser exécuter. Cette circonstance est remarquable • pour apprécier la sincérité des intentions du jeune Andronic. Son discours ayant produit l'eflFet qu'il désiroit, il renvoya de suite Eugénie à l'empereur , avec une lettre dans laquelle, conservant toujours le ton respectueux, s'excusant sur la nécessité des circonstances devenues impérienses au point qu'il n'avoit pu les maîtriser, il propose un accommodement, dont les conditions ctoient la cession du pays compris entre Selivrée et Christopole, ainsi que des impôts , des troupes et des villes de ce pays. Le vieil Andronic se réservoit la capitale et» son territoire, les villes d'Asie, les îles , et du côté de l'occident la Macédoine et les provinces situées au-delà de Chrîstopole, jusqu'aux frontières de la Dalmatie. L'impossibilité de congédier ses troupes, qui ne vouloient point servir l'empereur, forçoit à ce partage. Le prince terminoit * en exprimant l'espoir de remettre un jour à son aïeul kut ce qu'il paroissoit s'attribuer^ ainsi que sa propre personne. La sincérité de ce langage ne peut être révoquée en doute. L'empereur passa subilement de re;ccès de la consternation à celui de la joie, et prouva de nouveau qu'il ne savoit pas plus se modérer dans l'amour
l6a HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
que dans la haine. Il donne à son petït-fils les éloges les plus exagérés ; il veut qu'on le reconnoisse poiir em] reur; il fait lever Texcomniunication lancée contre luij et ce criminel d'état, d'une conduite scandaleuse, digni d'exécration , qui avoit mérité tous les supplices, est toatj à coup un héros et le plus sage des hommes. Ces louangèt^ firent bientôt place aux reproches. Apocauque avoit^ accompagné la princesse Eugénie; il étoit porteur d(f traité. L*empereur, qui se plaignoit de cet homme, prétendit que son petit-fils ne le choisissoit que pour le con« trarier. En renvoyant le traité signé, il fit adresser ces reproches par Bardale, son premier secrétaire, et Gallicrinite, un de ses chambellans, au jeune prince, qui répondit qu'Apocauque n'avoit aucun caractère , et ne devoit être considéré que comme un particulier porteur d'actes. Ainsi finit cette première guerre civile : mais la paix n'eut qu'une très-courte durée. Andronic ramena son armée à Andrinople; Irène, son épouse, vint l'y joindre. Il visita les villes de sa dépendance , et s'y fit | reconnoître pour empereur, distribuant des récompenses à ses partisans. Quelques mois se passèrent ainsi , et la paix paroissoit assurée, lorsque le prince reçut des lettres dans lesquelles on le prévenoit des intrigues de Syrgiane pour le perdre auprès de l'empereur. Cet avertissement se trouva fondé. Syrgiane étoit jaloifx de sa femme, à qui le jeune Andronic faisoit un accueil inquiétant, et de Cantacuzène , dont le crédit étoit plus grand que le sien. Le prince ne changea point de manières; et mémei après avoir communiqué au gouverneur de la Thrace les avis qu'on lui donnoit, il lui proposa de lui rendre la liberté pour passer au service de l'empereur, l'assurant qu'il ne le trouveroit pas mauvais. Syrgiane répondoit par des protestations, se plaignoit avec une feinte colère des soupçons injurieux dont il étoit l'objet, et crioît à l'injuslicfe. Sa prompte retraite en Thrace et la conduite qu'il y tint donnèrent la mesure de sa franchise.
HISTOIRE DU BAS-EHPIRE. l6S
Quand on apprit qu'il s'ëtoit rendu auprès du vieil flLndronic, on ne douta plus de la guerre. Andronic rassemble sans délai ses troupes, leur annonce qu'an mépris des traités son aïeul se préparoit à Tattaquer , et qu'il fauf se préparer à la guerre. On lui répond par des acclamations. Après avoir pris des mesures pour la défense de ses provinces, il vint mettre le siège devant fiéraclée, dont les habitans venoient de se révolter. Mais, «ette ville étant fortifiée et la saison rigoureuse, son armée ne tarda point à se décourager, et même elle ne dissimula point le désir qu'elle avoît de voir la paix rétablie. Du consentement d'Andronic, ils députèrent vers l'empereur un soldat nommé Calochérète, chargé d'une lettre dans laquelle on faisoit au prince des observations sur l'infraction des traités, sur la nécessité de rétablir 'la concorde dans la famille impériale ^ et l'on demandoit la paix, en mêlant à la prière les reproches et les menaces. L'envoyé fut fort mal reçu. Dans son impatience, le jeune Andronic s'avançoit vers Constantinople pour aller lui-même connoître les dispositions de son aïeul. De Rhége il lui envoya de nouveaux ambassadeurs, qui avoient ordre de revenir sans délai. C'étoit bien mal connoitre le vieil Andronic. Ils furent retenus pendant deux semaines. Le jeune prince arrive aux portes de la capitale, fait inviter les sentinelles à prévenir l'empereur ; mais ses envoyés sont reçus par une grêle de traits qui les oblige à se retirer. Les troupes restèrent campées dans les environs pendant trois jours. L'intempérie de la saison força le prince à les ramener à Dîdymotique, pour les y mettre en quartier d'hiver. Le frère du crâle de Servie l'abandonna pour se ranger sous les drapeaux de l'empereur: Syrgiane l'inquiéta par des mesures actives et vigoureuses , et par la corrup- ■' tion. Il débaucha le gouverneur de Sténemaque et deZépène, se saisit de fVhédesté, d'Aspres et de Sergence, la première par trahison , les deux autres à main
l64 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
armée. Ces événemens causèrent tant de chagrin au jl
Ândronic, qu'il en tomba malade , au point que sa sai
ne se rétablit jamais. L'empereur avoit envoyé à Tbt
salonique son fils , le despote Constantin » avec ordre
s'emparer de l'impératrice, veuve de Michel et mi
d'Andronic, pour la faire conduire à Constantîno]
Cet ordre fut exécuté avec une brutalité révoltante. Si
ces entrefaites , Urosc, crâle de Servie , mourut ,
Simonide en fut délivrée. Elle partit aussitôt pour
venir à Constantinople. Comme Urosc avoit consti
quarante-huit monastères, les moines en ont fait n
saint. Ce saint eut à la fois deux femmes, vécut
concubinage avec une troisième, fit au même instai
deux traités, l'un avec Andronic, et l'autre avec Chark
de Valois, s'engagea par serment à changer de religion:
si les Latins reprenoient la capitale, et resta schisma*
tiquer prit dans la guerre civile le parti du fils conti
le père, trahit ensuite le premier, et se joua toujoni
des conventions qu'il avoit conclues.
Lw. i522. Le jeune Andronic se trouvoit dans une position crî-^
tique, n'ayant pl«s les moyens de solder son armée.?>
Cantacuzène les lui fournit de ses propres deniers, et'
vint à son secours. Ils commencèrent la campagne par^
le siège et la prise d'Aspres. Il envoya d'abord sommer
cette ville de rentrer sous sa domination, promettant^
d'oublier le passé. Mais les habilans reçurent celte pro-|i
position avec un mopri^ insultant , et même tirèrent sup'i
les envoyés. Le prince fil donner Tassant, et s'empara de i
la place. Il traita avec douceur les assiégés, leur fit rendre*!
ce qui leur avoit été pris par ses soldats, et laissa la gar- \
nîson libre de se retirer ou d'entrer à son service. L'in-ri
fanîerîe se rangea sous ses drapeaux ; la cavalerie , ne ^
'voulant point abandonner la cause de l'empereur , usa ^
de la liberté qu'on lui donnpil. Le jeune Andronic eut la (
générosité de leur faire délivrer de Targenl et des pro- s
visions. Ce premier succès fut suivi de plusieurs autres* i
I HISTOIBE DU BÀS-EMPIRE. l65
lirelle , Rhédeste y Sergence , se rendirent , et les affaires ■ jeune prince comniençoient à se rétablir. Il auroit k goûter les plaisirs de la vengeance, s'il avoit eu moins k noblesse dans Tâme. On venoit de lui livrer Conbntîn Palëologue , igrand-stratopédarque , qui Tavoit idignenient trahi, non-seulement en débauchant les roupes confiées à son commandement, mais en traitant rec barbarie tous ceux qui restoient fidèles au jeune rince. L'un des plus dévoués étoit Syrpane. Paléologue i sépara de sa femme, de ses enfans, le fit frapper tous ts jours par des bourreaux, marquer à ia joue avec un ar rouge , et finit par le mettre au cachot. Syrpane Brvint à s'évader, à rassembler assez de partisans pour ^mbattre Constantin. Celui-ci fut livré par les siens d jeune. Andronic, à qui Syrpane demanda la grâce e son ennemi. Cette demande parut d'autant plus Uraordinaire, qu'il portoit sur sa figure la marque des Qtrages qu'il avoîl reçus. Frappé de celle grandeur ^âme, Andronic lui accorda la grâce de Constantin, a s' écriant qu'un empereur devoit imiter l'exemple pe lui donnoit un barbare, qui rendoit le bien pour s mal. Les troupes du prince battirent compté ement dles de l'empereur à Thessalonique, et s'emparèrent a prince Constantin, frère du vieil Andronic, à qui elui-ci destinoit la couronne. Il fut conduit au jeune irince; et comme il craignoit la mort, il prit la robe è moine. Tous*les soldats Tauroient mis en pièces, si on neveu ne les eût apaisés. On crut satisfaire les pastons du jeune Andronic en maltrai^nt son oncle. On e mit au fond d'un puits, dans lequel on lui jetoit des jimens. Andronic fit cesser ce traitement dès qu'il en Qt connoissance , et donna des ordres pour que son «cle fût transporté dans un lieu sain , et qu'on eût pour ni tous les égards dus à son rang. L'occasion de se enger se présente encore , et le prince s'y refuse. Conîantin Paléologue , grand-papias , Zaridé et Senna-
]66 HISTOIR.E BU BAS-EHPIRE.
chérîm ,. protallagator, lui sont amenés pieds et poiD|
liés. Tous les trois avoient insulté à la mère du prii
en la livrant au vieil Andronic. Ils méritoient des su]
plices pour les traitemens quUls avoient fait éprouver
rimpératrice. Le prifice se conten'^a de faire couper
barbe et les cheveux aux deux derniers, et de mettre
premier en prison. Peu de temps après, il leur par*
donna à tous les trois. L'empereur avoit appelé les Turqi|
à son secours contre son petit-fîls. Ils s'étoient rénnifl
aux Grecs, et marchoîent contre le jeune Andronic. C§
prince ne les attendit pas. Il partit de Didymotique^
s'avança contre eux et les mit en déroute. Ils se réfil'
gièrent à Constantinople, où l'empereur voulut, mail
en vain , les retenir. Dans le même temps Tîle de Lemnpi
envoya des députés au jeune Andronic pour lui demandèl
un gouverneur, déclarant qu'elle ne vouloit plus recoa
noître son aïeul. Ce dernier, voyant les progrès qui
faisoit le parti de son petit- fils, consulta pour savoir d
qu'il avoit à faire, non son sénat ou ses conseils, mal
TEcriturc sainte. Il l'ouvrit au hasard, dans le desseii
de se conformer aveuglément au conseil qu'il trouveroi
dans le premier verset offert à sa vue. Les historiens n<
désignent point le verset d'après lequel ce prince super
stitieux se décida. Ils ont seulement conservé la lettr
qu'il écrivit à son petit-fils, dans un style dévot et daa
les termes les plus soumis. Cette lettne fut portée a^
jeune Andronic par Isaac , moine du mont Athos. Malgr
l'expérience, qui ne lui permottoit pas plus de doute
de la mauvaise foi que de l'incapacité de son aïeul , 1
jeune prince étoit disposé à lui remettre son armée, si
provinces et sa personne. Cantacuzène partageoit cett
opinion. Tous deux croyoient obtenir par ces généreo
sacrifices une solide paix; Mais il falloit le conseutemef
des officiers et des troupes : on tînt plusieurs assemblée
La juste méfiance des uns, Tambition des autres, re<
dirent la négociation difficile. Enfin le prince arract
BISTOIRE BtJ BAS-EMPIRE. 167
Ial6t qn^il ne Tobtlnt une adhésion an parti qu'il oposoit ^. Le moine Isaac fut chargé d'aller rendre .compte à l'empereur de tout ce qui se passoit, et particulièrement de la répugnance qn'avoit montrée l'armée. Le jeune Andronic demandoit, en remettant tout à son lîeul 9 que chaque soldat conservât l'arpent de terre qui lui a voit été accordé , que la solde des troupes fût payée ; enfin, quant à ses propres intérêts, il s'en remettoit à lai. La surprise de l'empereur fut égale à sa joie. II redevenoit ainsi maître de tout l'empire. La capitale fit des réjouissances pnbliqties; la cour admira le désintéressement du jeune prince ; le vieillard sortit de Conitantinople pour aller au-devant de son petit-fils, qui s'avançoit pour lui rendre hommage. L'entrevue fut [touchante. Andronic passa quinze jours au palais impérial; on le traita comme Fauteur de la prospérité publique, et ^n ne manqua pas de le combler d'éloges, en attendant l'occasion de tenir un langage contraire , comme on Tavoit déjà fait.
A peine le jeune Andronic a voit-il déposé les armes. Ah. i3a3.' qu'il fut forcé de les reprendre , non pas* encore contre son aïeul, mais contre les Bulgares. Yenceslas, roi de ce peuple et beau- frère d' Andronic, venoit de mourir. , Il laissoit la couronne à Tertère son fils. Les troupes de celui-ci firent des excursions sur les terres de l'empire et s'emparèrent de Phillibe, ville anciennement fcâtie par le père d'Alexandre, et cédée au jeune Andronic par son aïeul. Maître de cette place, les Bulgares marchent sur Ândrinople. Le prince, qui étoit retourné à Didymotique, rassemble des troupes, bat ces barbares, les poursuit, et les fait rentrer dans leur pays. Il y entre r bientôt après avec une armée nombreuse, qui revint chargé d'un butin immense.Cette campagne finie, Andronic se rendit auprès de l'empereur. Il apprit à son retour
' Od lui déclara par acclamation quil étoit le maître , et quiljèroit 9t ifu'ii lui plairait.
que Syrgîane étoit en prison. Le résultat de la rëcon-^ y* cîUation des deux princes ne ponvoit que lui étredésavasH tagenx. Voyant son ambition trompée e( ses intrigues inutiles , il en conçut un dépit violent. Il se plaignoiC^ amèrement, recherchoit tous ceux qu'il supposoil devoir^ être mécontens, et plus particulièrement Âsan , surnommé Androrâc ^ qui chassé , par le petit-fils , do Péloponèse, dont il éfoit gouverneur, n'avoit reçu du grand -père aucune récompense. Il étoit fils d'Asao, Tancien roi des Bulgares et despote de Romanie. IIIécouta Syrgiane, eut l'air de partager ses opinions, et lle dénonça à Tempereur, qui fit mettre en prison le^= mécontent. Cet ambitieux étoit tellement haï du peuple, que sa maison fut pillée et détruite de fond en comble. On lui fit son procès. Mille voix s'élevèrent contre lui; I mais en l'accusant on n'avoit pas de preuves. Ândronicconsulta son pelit-fils , qui se récusa , parce çiu'ayant à se plaindre de l'accusé , il ne pouvoit être son juge. L'empereur le condamna à une prison perpétuelle, dans laquelle il devoit être enchaîné à un poteau.
Le jeune Andronic reprit une seconde .fois les armes *. contre les Bulgares, et voici à quelle occasion. Tertère ii \ ne régna que quelques mois. Après sa mort , plusieurs ^ villes se soumirent à l'empereur. Dès lors il y eut deux l)artis en Bulgarie. Les grands et le plus grand nombre des citoyons décernèrent la couronne à Michel , gouverneur de Vidène , et Finstailèrent à Ternove. Un partie se déclina pour Boésilas , frère du dernier roi, qui vivoit à CoMiitantînople. Boésilas se mit en campagne, ' conquit une partie de la Biilfïarie , et offrit à l'empe- ' 'reur de se reconnoître pour son viissal , s'il vouloit lui périmât tre de prendre le litre de despote. Le jeune Androuic , de sou côté , rçprenoit ios vîlît^s que Tertère avoit enlevées aux Groc^. Il fut arrêté devant Philippopole , en Thrace , pendant quatre mois. (]onime il devoit concerter ses opérations avec Boésilas , il confia
? siëge à George Brienne , qui prit la ville en peu de Kirs et s'avança vers Potuque , où Boësllas devoit se endre. Mais celui-ci , retardé par un accident, n'arriva as; ce qui fit manquer la campagne. Michel, son rival, ft beaucoup de progrès , et Boésilas fut oblige de se Buver à Constantinople. Michel, ayant épousé Théoicra Paléologine , veuve de Venceslas et sœur du jeune Lindronic, fit la paix avec IVmpereur, et m^nie cou* lot un traité d'alliance. Cent vingt mille Tartares sep- ItDtrionaux entrèrent en Thrace et désolèrent ce pays; ^ndronic parvint à les battre près d'Andrinople , et lélivra son pays de ces barbares.
Le vieil et dévot empereur, pendant que son petit- Bis combattoit les ennemis de Tétat , put se livrer à son |oût pour les adaires de l'Eglise. Une dos plus imporlaotes étoit l'élection d'un patriarche à la place de Géraslme , mort l'année précédente. Àndronic choisit |Dn moine du mont Athos nommé Isaïe, éloigné du pacerdoce à cause de ses mœurs scandaleuses et de son bcapacité. Il fut élu le 3o novembre i'i'i'5. Son premier voin fut d'obtenir le rappel de l'échansOn Alexis Phi- [bnthropène, qui, vingt-huit ans auparavant, avoit eu îes yeux crevés pour avoir voulu se faire déclarer souverain par son armée.
. Le jeune Andronic , à peine de retour à Gonstanti- Aw. i5a4,
^ople, apprit la mort de sa femme , la princesse Irène.
Vin aïeul voulut qu'il se remariât. Après s'etn» concertés
jioas les deux pendant long -temps , ils fixèrent leur
"hoix sur Jeanne, fille d'Amédée v, comte de Savoie,
H députèrent , pour en faire la demande , deux an)bassa-
Uars au prince régent , qui étoit déjà entié pour le
Hûême objet en pourparler avec <les envoyés du roi de
france. Le comte de Savoie préféra l'alliance d'An-
i^onic, parce que Jeanne recevoit le tilre d'impératrice.
Cantacuzène , dans son histoire des deux Andronics ^
conclut de cette préférence q\ie nofiseulemeut les har^
nouveau crâle de Servie , en fit son gendre , et se con^ certa avec lui sur les moyens de s'ériger en souverain Les deux fils de Métochite, grand-logothète , entrère dans le complot. Le crâle leva des troupes et les conduisit avec Jean sur les terres de Tenipire, qu'ils ravagèrent. Andronic le vieux ofifrit à son neveu la dignité de César.- Celui-ci l'accepta , promettant de rester tranquille. Il net jouit pas long-temps de cette dignité, étant mort subi-: tement peu de jours après qu'elle lui eut été accordée. \\'
Le jeune Andronic avoit établi sa cour à Didymotiqoe.- £n s'y rendant il apprit qu'une bande de Turcs désoloient* ^i le pays, et marcha contre eux. II les battit ; mais il fat' blessé et courut les plus grands risques. Dans le méme = temps les provinces asiatiques étoient ravagées par Othman. Il enleva aux Grecs une multitude de villesT situées sur le Méandte , la Bithynie, et la ville de \ Pruse, qui étoil importante et qui resta toujours sous la dominaiion des Turcs. Olhman , après celte conquête, mourut à Néapolis. Les Grecs, à la puissance desquels j il porta un coup mortel, et les Turcs, qui lui doivent 1 la leur, ont, dans le langage qu'ils ont tenu sur ce | prince , exagéré le mal et le bien. Il ne fut ni aussi cruel que Tout peint les premiers , ni aussi parfait que le représerttent les seconds.
On fit dans le même temps à TEurope un appel inutile pour une nouvelle croisade. Ce fut un noble vénitien nonmié Marin Sanuto. Etudiant avec soin les moyens employés dans ces expéditions hasardeuses et la marche qu'on avoît tenue, il imagina un plan d'opération que même aujourd'hui on ne lit pas sans intérêt, à cause des détails qu'il donne sur la géographie, la marine , la construction des galères , le commerce de l'Inde et de l'Arabie. Sentant qu'une croisade ne pouvoit avoir lieu sans l'intervention d' Andronic , pour l'obtenir il démontroit aux souverains de l'Europe la nécessité de renoncer au projet de conquérir le tr6ne de
I^onstantinople. II pressoit en même temps le vieil em- Dereiir de renoncer au schisme et de se réunir aux Eiatins contre les infidèles; ils^offroit pour être intermëliaire dans cette importante négociation. Andronic ne répondit point à ses avances. Les princes européens parurent mieux disposés et goûtèrent le projet de Sanuto , que le silence de l'empereur fit abandonner. Un prince plus habile que ne Tétoit le foible vieillard auroit tenu probablement la même conduite , n'oubliant pas combien le séjour d'une armée de croisés avoit été funeste i l'empire grec un siècle auparavant.
Au moment où ce projet étolt proposé , les habitans de Crète ou Candie se révoltèrent contre les Vénitiens, i]iii envoyèrent dans cette île Jnstinien-Justiniani pour mettre les rebelles à la raison. La sédition fut si considérable , que la république se vit au moment de perdre cette île qu'elle avoit achetée du marquis de Montferrat. X'histoire a conservé le souvenir de la conduite de ^^lichel Psamérilinge, chef des révoltés. Vaincu par les Vénitiens, il lue son cheval , présente son sabre à l'un de ses esclaves : « Coupe-moi la tête (lui dit-il ), porte- « là au général ennemi ; il te récompensera , et tu m'é- « pargneras l'horreur de me voir entre les niains de nos « tyrans. Jouis avec eux de ma mort. » Après plusieurs actions meurtrières , les Grecs rentrèrent dans le devoir. L'empereur refusa de venir à leur secours.
Il semble que rien ne devoît troubler Tharmonie qui régnoit entre les deux princes. La générosité de Tun, qui, deux fois maître de Tempire, l'avoit rendu deux ^fois à son aïeul ; la reconnoîssance que l'aulre avoit ^exprimée en faisant sacrer et couronner son petit- fils, paroissoient devoir garantir la paix , et la rendre •olide et durable : mais avec un prince foible, superstitieux , accessible aux préventions, il n*cst ni garantie ni sécurité. Le jeune Arulronic reçut des avis auxquels il refusa de croire. On le prévenoit que son aïeul vou-
1^6 HISTOIRE DU ftlS-KUPIRE.
officiers places par son aïeul , et qu'il avoit chasses d gouvernement. Il rëpontlît , en prouvant quUls éi^ autant de tyrans qui accabloient le peuple de tions. Par la troisième et dernière accusation, on choit au prince d'avoir forcé les gardes du trésor délivrer quatre mille pièces d'or, sans l'autorisati l'empereur, à qui il s'étoit engagé d'obéir com sujet à son souverain. Andronic ne nia point ce mais il le justifia en prouvant qu'il n'étoit point et qu'on lui devoit des sommes bien plus considé Après avoir donné ces explications , il entra dai détails circonstanciés sur les projets qu'avoît cont le vieil Andronic. Pièces en main , il prouva c fait. Il avoit intercepté des lettres que ce prince écrî au protovestiaire , et dans lesquelles l'intentioa prendre les armes contre le jeune Andronic étoitclal ment exprimée. Il en donna connoiss^ce , et terflO cette lecture par celle d'une lettre adressée au prota . tiaire par son beau-père Cocalas , grand-logarîste , étoit présent à l'assemblée. Celui-ci recommandoît à gendre beaucoup de précaution relativement à sa • respondance, et pour empêcher qu'elle ne tombât ei les mains du prince ; il Tavertissoit que ce dernier < entouré de créatures vendues à son aïeul , et qui 1 tendoient qu'un signal pour le lui livrer. Avant i lecture , le grand-logariste avoit pris un ton impertii avec Andronic ; il fut frappé comme d'un couj foudre , et , pour cacher sa confusion , îl se retira < l'assemblée. Tous les commissaires , convaincus Tinnocence du prince , et de l'injustice dont il ( l'objet , l'exhortèrent à ne pas réclamer dans le mou la totalité des sommes qui lui étoient dues depuis sieurs années, soit pour sa maison , soit pour la sold ses troupes. Ils repartirent ensuite pour aller rei compte de leur mission; mais ils avoient été prévi par le grand-logariste. Lorsqu'ils se présentèrent à IN
eur , ils en reçurent un accueil brusque, l'ordre de retirer , et de ne point reparoître , jusqu'à ce jqu'il eât convenable de les faire appeler. Les comnnsires ne laissèrent point ignorer ce qui s'étoit passé , et récit qu'ils en firent augmenta Tintérét qu'on porit au jeune Andronic. L'empereur en fut alarmé ; ais, au lieu de calmer les esprits j il décria de nouveaii n petit-fils, et les plaintes qu'il faisoit contre lui oient le sujet de ses entretiens. Il alla mériie au point donner des ordres pour rassembler le patriarche et s évéques ^ et leur députa un sénateur chargé d'accuser n son nom le prince d'avoir voulu lui enlever la counne. » Il ne pouvoit laisser le trône à un étourdi ^ !$ sans cesse occupé de la chasse ^ qui nourrissoît une it meute de mille chiens^ autant d'oiseaux de faucontv nerie, et un nombre égal d'officiers et de valets ; à un « homme qui passoit sa vie dans la débauche , qui avoit « fait poignarder son frcrc, enfin, qui ne savoit pas *c gouverner ses propres aflaires. L'intérêt de l'état « exigeoit impérieusement l'expulsion d'un pareil. « homme. » Tels furent les griefs du vieillard. C'étolent les mêmes qu'il avoit articulés lors de leur première rupture. Il ne faisoit que lés répéter. Il concluoit par demander que l'on retranchât le nom du jeune prince des prières de l'Eglise. Le clergé fit des représen-
^tatIons, insista pour que les commissaires fussent entendus, ajoutant que ce seroit une odieuse injustice que de .les refuser. Cette résistance ne fit qu'aigrir Andronic, r qui répondit que personne n'avoit droit de lui dicter la conduite qu'il devoit tenir; et , sachant que le patriarche preiioit ouvertement la défense de son petit-fils , il lui fit dire de se mêler des affaires de l'Eglise , et non de celles de l'état. Isaïe , loin d'être intimidé, tint un langage plus hardi. Ce prélat déclara avec énergie qu'en montant sur le siège de Constantinople , il n'avoit point ^ pris l'engagement d'obéir aux caprices de l'empereur,
HISX. DU BAS-EMP. TOM. Xt« tSi
ruais celqi de le ramener à son devoir toutes les qu^U s'en écarteroit. Il rappela la belle conduite du j Andronic dans he temps où il traitoit d'égal à égal son aïeul ; il fît observer que $ts fonctions patriarcl Tobligeoient à défendre ceux qui étoient injustei persécutés, et conséqnemment le prince , à le protc qu'il commettroit un crime en l'abandonnant ; ei rappelant l'auguste cérémonie du sacre , il finit inviter l'empereur à ne pas prêter aussi facilement rcille à la calomnie. Le vieillard , outré de ces rei trances, fit conduire immédiatement en^rison ceuj venoient les lui faire de la part d'Isaïe. Ce prélat, loi s'adoucir» rassembla le peuple , et prononça une i diction contre tout ecclésiastique qui supprimei conformément à l'ordre de l'empereur , le nom d dronic des prières publiques. Le prince , furieus enfermer dans le monastère de Mangane le patriar après avoir forcé quelques évoques à prononcer co ce pontife une sentence d'interdiction.
r. i328. Cette violence montroit assez au jeune Andronic tout espoir de réconciliation étoit perdu. Il rassembla conseil. Cantacuzène et Synadène furent d'avis de pi dre les armes et de se mettre en défense, parce que les moyens étoient épuisés. Quoique le prince en c vint, il voulut persister dans lesystèmequ'il avoit adc et tenter encore des démarches pour ramener son ai Il fut d'avis d'aller à Constantinople, et d'avoir entrevue avec le vieil Andronic, accompagné du gr< domestique et du protostrator. Il s'avance vers cette pitale, sous une escorte de treize cents hommes. Il arrêter sa troupe à quelque distance de la ville, s proche de la porte Gyrolienne avec trente personnes lui étoient dévouées et ses deux amis. La porte < fermée et les murs couverts de soldats. Reconnois: Marulesqui les commandoit , il le prie d'aller obteni l'empereur la permission de le saluer , et de lui rer
HISTOIRE DU BAS^EBIPfRK. ^J ^g
«fes devoirs. Il lui rapporte Tordre de se retirer sans dé* lai. Un messager ëtoit chargé de la part dn vieillard d'accompagner cet ordre d'injures grossières, et s'ac« quitta de sa commission, Andronic, sans être ëmu^ «alue Marules et sa troupe , se retire, rejoint son tfscorte^ et se rend à Sélivrëe. Il fait des préparatifs de guerre, rassemble son armée , en met une partie sous les ordres dn protostrator, qu'il charge de défendre la Thrace contre les entreprises de la garnison de Constantinople, et s'avance à la tête de ses troupes vers la Macédoine , où celles du vieil Andronic étoient campées. Elles étoient commandées par Michel Asan , neveu de l'empereur , Démétrius, despote, l'un de ses fils , et Paléologue , protovestiaire. Le jeune prince fait attacher au haut d'un étendard le serment et le traité de son aïeul, et marche avec intrépidité sous cette bannière, attestant le ciel de son innocence et de la bonté de sa cause. Il écrit ^eniaite à Démétrius son oncle et aux principaux A'ficiers pour leur dire que , sachant qu'ils le cherchoient pour le combattre , il avoit cru devoir , étant le plus jeune , leur éviter une partie du chemin; qu'il leur donnoit avis de son arrivée, afin de ne pas les surprendre. Ce ton leur en imposa ; quoique leur armée fût supérieure à celle du jeune Andronic , au lieu de l'attendre ils se retirèrent daris la ville de Phères, ville très-forte et bien approviâonnée. Le prince campa près de cette place, et tient ton quartier-général à Sienne, qui lui avoit ouvert ses portes. 11 fait reposer ses troupes pendant deux jours. Le troisième il les range en bataille, et les conduit au pied desmufrsde Phères; elles y pasisèrent tout le jour et la ntiit suivante sans être attaquées. Les généraux <le l'armée ennemie se concertent pour savoir quelle mesure il convient de prendre. L'ardeur des soldats du prince, ^r contenance assurée, le bel ordre qui règne dans lôirs rangs, inspirent des craintes à ceux du parti con- ^1 teire. On prend la résolution de ue pas*sortir de ta yille.
l80 . âiiSTOIRE Dû HAS-^EM^tat.
Impatient de ne Toir rien paroi tre, Andronic envolé , provoquer Ténnemi. Insensibles à son défi, les géné^ rànt répondent qu'on est sur la défensive , et qu'on nt ! sortira point de la ville. Un siège pouvoit être long, douteux, parce que ia place étoit forte; le succès méroe '■■ . n'étoit pas décisif. Andronic se délerniine à rentrer dans Sienne. II y est averti que, s^il vouloit s'approcher de Thessalonique, il lui seroit facile de s'en rendre maître , parce qu'il y avoit un parti considérable qui lui feroit ouvrir les portes. Il profite de cet avis, part sans délai ' avec Cantacuzèoe et Télite de ses troupes, feint de prendre la route de Drapa , et se porte sur Thessalonique« Le gouverneur de cette ville étoit Chumne» grand-stratopédarque. Instruit que des amis du jeune Andronic dévoient se présenter, il leur envoie Tarchevéque pour les avertir qu'ils seroient traités comme des espions. Au lieu de rencontrer ces prétendus émissaires, ce prélat fut fort siA'pris de trouver le prince et ses officiers , suivis d'une armée. Interdit à cette vue, il se retire sans rompre le silence. Andronic approche des murs ; ses partisans paroissent en foule sur les remparts, en imposent à la garnison , dont une partie se réfugie dans la citadelle, qui ne tarda pas à se rendre dès que le prince fut entré dans la ville.
De Thessalonique il se dirige sur Edesse, dont le gouverneur le reçut avec les honneurs de la guerre. Castorie, Bérée, Achride, se rendirent sans coup férir» Voyant ces succès , le protovestîaire eut recours an prince de Servie, qui avoit sur pied une armée considérable. Mais ce prince, ayant appris que les troupes d'An** dronic étoient bien disciplinées, qu'elles se battoient avec ardeur, ne crut pas devoir se mesurer avec lui. II. refusa d'épouser la querelle du vieil Andronic. Seulement il offrit aux Grecs trois villes fortifiées^ où ite seroient en sûreté s'ils consentoient à s'y renfermer. l\0 acceptèrent cette proposition. Le protovestiaire moiiruC
HISTOIRK nu BAS-EHFIRC l8l
àe chagrin. Le jeune empereur rentra dftQS Thenalonique. II y reçut un courrier de Synadène. qui Im faisoit part de la victoire qu'il venoit de remporter sur Tarmëe impériale, commandée par Constantin Âsan. Il avoit poursuivi Tennemi jusqu'à Constanlinopie, fait beaucoup de prisonniers, et trouvé le général au nombre des morts. Andronic, qui ne perdoit pas de temps, fit une revue générale de ses troupes , les compléta , remonta la cavalerie , voulant entretenir son armée en bon état. Averti d'une alliance que son aïeul venoit de concinre avec le roi des Bulgares, il se dirige vers la capitale , sachant qu'un corps de trois mille Tartares, soldés et envoyés par ce roi , s'approchoit de cette ville. Il dé» pêche vers ce monarque un exprès, pour le prévenir que, s'il ne rappeloit pas ses Tartares, il alloit les faire l tailler en pièces. Michel , qui s'étoit fait rendre compte de la situation desaffaires du jeune Andronic, fut effraye de ses menaces, et donna l'ordre de faire rétrograder sa troupe. Délivré de cet ennemi, le prince continua sa marche. Un incident le favorisoit. Une querelle entre des Génob et des Vénitiens avoit déterminé ceux-ci à diriger une flotte de quarante vaisseaux sur Galata , riche entrepôt du commerce de Gènes. Cette flotte interceptant l'entrée de Constanlinople , cette ville fut réduite aux abois. Cet état de détresse n*eut que peu de durée , parce que les deux républiques se réconi^ilièrent, Gamaris vint offrir au jeune Ândroaic de lui lifter hi capitale. Le prince accepte } tous deux se concertent : Camaris rentre , s'abouche avec ses complices , fait avertir le prince du jour où la garde des remparts doit leur être confiée , et de l'endroit où seroit son poste. Des échelles sont préparées ; de petits détachemens s'avancent pendant la nuit avec toutes les précautions convenables. L'escalade se fait sans accident ; la garnison es( surprix-: l'armée arrive ; en un moment le jeune prince est maître lamcQiipférir de Constantinople. G'^toitli; 24 mai 1^8.
Il est l)ien certain que celui-ci tomba deux fois dana rentière de'pendance de son pctîl-fils; que ce dernier rendit deux fois le trône à son père; qu'il remporta plusieurs victoires, montra du talent dans ses campagnes , et, ce qui n'est pas moins utile que le talent, dé rhabilelé dans la persévérance avec laquelle il entretînt ses troupes dans Ifi discipline militaire ; il n'est pas xnoins certain qu'il agît toujours généreusement avec ses ennemis. Comment concilier ces faits avec l'accusa- ] tîon d'une ambition démesurée, d'une vie crapuleuse, d'une passion sans bornes pour la chasse? accusation méritée, quant aux deux derniers chefs, par le prince, dans sa première jeunesse, mais reproduite contre là vérité des faits, et répétée jusqu'à satiété par Grégorasi Ctt historien réduit à dix mille les vingt-quatre mille pièces d'or accordées au vieillard. En admettant cette réduction , celui qui administroit la maison de l'ancien empereur a voit toujours les moyens d'empêcher Us bestiauûç du voisinage d'entrer dans les cours de son palais, et les volailles d'en parcourir les appartemens : circonstances rapportées soigneusement par Nicéphore. Il prétend qu'on força le vieillard de se faire moine, et Cantacuzène assure que le jeune Andronic en eut un extrême chagrin , parce qu'il vouloit rendre à son grandpère l'autorité souveraine. Il ne faut les croire ni l'un ni l'autre dans ce fait. Nous avons vu que l'empereur offrit, lorsque le prince fut le maître de l'empire, de prendre l'habit luonastique. Comment plus tard Tauroît-on contraint de le faire, et lorsque, dépouillé de la puissance, il ne ppuvoit plus inspirer de crainte? 11 finit par prendre cet habit , et Texamen de sa conduite pendant un long règne fait regretter qu'il K^ait pa$ commencé par là. Il auroit fait un moine fort recomniandable dans les idées dç ce temps. Quant au regret du jeune Andronic , et principalement au projet que }ui suppose Cantacuzène de rendre le isceptre à son aïeul'^
niSTOIBE ^DU BAS^EMPIRE. 1 85
rt historien a trop compte sur la crédulité de $e$ lechirs. Quand un prince à porté la couronne pendant Kelque temps, il n'a point Tenvie de la déposer, et Een moins encore de la mettre sur^la tête de'celui qui jjfcnx fois a voulu le flétrir par un procès criminel. En Ihumë, les faits.importans sont les mêmes dans les deux ikistoriens: ils diffèrent dans le détail des circonstances |i des moyens pour arriver à ces faits ; le bon sens IjNscrit de choisir celui des deux dont le récit présente rapport entre les moyens et les résultats; c*e$t Can-izène : tels sont les motifs pour lesquels son témoiia|^e nous a paru devoir être préféré a. Revenons au me Andronic.
D|8 qu'il fut assis sur le trûne , il s'occupa du soin de fformer les abus de l'administration et de l'ordre judilire. Il aûroit pu goûter les plaisirs de la vengeance. lëCochite, grand-logolhète, étoit son ennemi person^ :l. Il Ta voit gravement offensé. Toujours il excita le icil empereur contre son pelîl-fils : l'on savoit qu'il étoit 'auteur des guerres civiles. Gomme ennemi personnel In jeune prince, il avoit mérité son mécontentement, comme grand -logothète, uni châtiment rigoureux \t ses prévarications. Andronic se contenta de l'envoyer 'Didymotique, dans un monastère. Mais le peuple, l'il avoit long-temps vexé, pilla son palais, en dégrada bâtimens : on enleva les meubles. On trouva dans le village un inventaire de ses biens, fait par Métochite !me, avec le nom des dépositaires à qui il les avoit ifiés. Ses richesses et oient immenses; elles furent coupées au pro6t du fisc. Andronic fit venir le messager
' Dmi d'ftutrci ciroonitancei , domestique , régent , ne resucmbte
II adoptooi , comme od ie verra, point à Cantacuzène empereur : ea-
cdoi de Grégorai. On nous repro- core moins à Cantacuzène moine ;
chen peut-être de changer de lae- et Cantacuzène historien est encore «
fige aur Cantacuzène , mais nous ne quoique le même > un autre person-^
liisont que le iuwre dans sa con- nage. 4ltfttf C(Uitaeu»ftDe lëoéral , grmd*
l88 HISTOIRE hV BAS-EMPIEE.
il forme le projet de chasser les Grecs de TOrii coaimence par assiéger Nicëe. Bientôt cette v réduite aux abois. L'empereur, averti par Cont gouverneur delà Mésothynie, rassemble des trc la hâte et traverse le Bosphore. Orchan , instruit ( marche, détache de son armée huit mille homme sis et s'avance du côté de Philocrène, petite vill< time près de laquelle les Grecs étoient campés, approche, Ândronic met ses troupes en ordre de b les harangue, et leur donne des avis sur la manié se bat Tennemi , afin d'adopter une tactique dii de celle qu'on suivoit ordinairement : c'étoit d cher en ordre, au petit pas, et de fondre au gran sur les Turcs an moment où Ton seroit à la po trait, parce qu'on éviteroit. ainsi d'en être atte combat s'engage; les Grecs suivent les instr d' Andronic, et repoussent Tennemi. Mais on ne { remporter une victoire complète à moins de h dans les lieux où il se réfugioit ; c'étoicnt des presque inaccessibles. Cantacuzène fit abandonne! jet qu'on avoit de tenter une entreprise aussi deuse. Etant maître du champ de bataillé', on ] se retirer sans honte dans le camp. Les Turcs, fdire aux Grecs un mouvement rétrograde , sor leur embuscade et les harcèlent dans leur retrai nouvelle afiaire s'engage; les Turcs, battus de ne rentrent dans leurs montagnes. Mais Andronic fu et comme il resta pendant quelques jours dans s; on fit courir le bruit de sa mort. A cette nou% soldats veulent se débander. Cantacuzène fait d' efforts. Dans cette confusion, des officiers, eOti tumulte , transportent l'empereur sur un vaisses le faire passer à Constantinople. Les soldats se ps en plusieurs bandes. Orchan , qui ne les perdoit | vue, envoie contre eux des détachemens qui e ~ un très-grand nombre. Plusieurs généraux périrc
HISTOIRE DU BÂS-IMPIRE. I89
ni pages de l'empereur, le butin , tout fut pris. Nicëe^ IQsi abandonnée, se vit obligée de se rendre au vain- Jkmr » qui tr<iila les habitans avec humanité. C'est dans Me ville qu'il conçut le projet d'organiser dans ses Ihits une administration solide et durable. 11 créa des jbchas pour gouverner les provinces eu son nom , des bdis pour juger les procès, enfin une discipline mili- |ire pour contenir $es soldats , qui ne reconnoissoient m joug quand ils étoient en campagne. Orchan fixa îége de son empire à Pruse, qu'il embellit par un td nombre de monumens, et quitta le titre d'émir ir celui de sultan.
>e retour à Constantinople, Andronic, après s'être ^*' **'*®* iri de sa blessure, s'occupa de la réforme des tribusur lesquels on lui avoit fait les plaintes les plus tves. Il destitua tous les juges , et les remplaça par des imes connus par leurs lumières. Il leur fit jurer rendre la justice gratuitement, et pour les mettre à iri de la corruption , il leur assigna des revenus sufinins.
f La santé de l'empereur étant rétablie, ce prince fit un
ppoyage en Thrace, et séjourna successivement dans les
viles de Didymotique et d'Andrinople. 11 étoit accom-
Igné du fidèle Cantacu'zène, dont il ne pouvoit se pas-
'. Ce fut pendant la route qu'Andronic lui fit part du
jet qu'il avoit formé de l'associer à l'empire, et de
lartager avec lui l'autorité souveraine. Il rapporte <<
hmê les plus grands détails l'entretien qu'ils eurent
Visemble à ce sujet ; l'un , déduisant les motifs qu'il avoit
'e faire ce partage, et l'autre ceux de son refus. Pré-
Dyant bien que le silence des historiens sur ce fait , qui
le pouvoit être rapporté que par lui , le rcndroit dod*
'en^ Cantacuzène atteste Dieu de la vérité de son récit.
iâ suite des événemens pourra motiver peut-être Topi^
(oion qu'on doit avoir de sa sincérité. Quoi qu'il en soit,
f Caotacfttàne ^ Ut* 2 > oba^. 9.
19a HISTOIRE DU BÀS-^£MP1&£«.
après deux ipiirs de durée. Le malade demanda < d'une fontaine consacrée à la Vierge, en but, se mieux , et recouvra la santé par degrés. On ne qua pas de regarder comme un miracle son rét ment.
Rendu à ses fonctions ^ le jeune Ândronic af
toutes les mesures prises par Cantacuzène pen
longue maladie^ Une seule fut blâmée, et Tévé
justifia le prince. Le grand - domestique avoit
Syrgiane gouverneur de T Occident , et les.
étoient à ses ordres. Andronic , qui n'avoit po
blié la conduite de cet intrigant , trouva que C
zène avoit commis une imprudence. On en fut
convaincu lorsqu'on apprit que Timpératricc
de l'empereur , croyant la mort de son fils ci
voulant régner à sa place ^ n'aimant ni la pri
qui il laissoit la couronne , ni Cantacuzène i
donnoit le pouvoir, entreprit de se faire un par
ce but , elle rechercha Syrgiane , qui avoit
été Tobjet de son mépris , l'adopta pour son fil
.confia ses intérêts. Elle exigea des habitans de
Ionique un serment par lequel ils la reconn
pour souveraine et s'engageoient à combattre p
Le rétablissement d' Andronic fit avorter les p
cette princesse ambitieuse. Le grand - domesti<
posa de révoquer Syrgiane. L'empereur préfe
laisser dans son gouvernement. Il fit mettre e
Constantin , louant Cantacuzène de la résista
avoit opposée aux grands qui vouloient se défa
prince. Métochite fut pareillement rendu à la
Pendant la maladie d' Andronic, son aïeul se 1
et prit le nom d'Antoine, Nicéphore Grégorai
qu'il y fut forcé par le protostrator. Cantacu:
sente cette action comme spontanée de la part
empereur. Il est certain qu'elle eut lieu pend
sence et la maladie de son petit - fils , conséqi
BI8TOIE1 DU BÀ9-IMP11LI. ïq5
que celui-ci y fut ëtranger. Il est probable que le vieili|ird , connoissant les dispositions qui assuroient le 4rône à la veuve et Tautoritë à Gantacuzène , n'espérant rffas d'en être aussi bien traite que son petit-fils, prit le seul moyen qui lui garantissoit la paix. Si Ton examine .les goûts d'Ândronic ii ; si Ton se rappelle que ce qu'il aimoit le plus, c'ëtoit les disputes théologiques ; si l'on rsonge à la considération dont jouissoient les moines rdans ce siècle, on conviendra qu'il ne pouvoit prendre pç un meilUeur parti ,' soit qu'il voulût rester tranquille W ou )ouer encore un rôle en ce monde. Si l'influence des |l religieux ëtoit grande alors, celle d'un empereur moine lldevoit être considérable.
f . Les Turcs reparurent en Thrace par détachemens ^* ^^^ |:qui pilloient cette province ; Ândronic se mit à la tête te de ses troupes et les chassa. Cette expédition faite , il rek.' poussa les Serves, qui assiégeaient Achride , et prit au ^xrâle plusieurs forteresses. Pendant qu'il étoit à Chalci- Indice, Arsène Zamplacon, papias, lui dénonça Syrgiane I comme un conspirateur. Le prince assembla un conseil ï devant lequel l'accusateur devoit fournir ses preuves. I Plusieurs ëvénemens firent traîner ce procès en longueur. I Une nouvelle irruption des Turcs força le jeune Ânt dronic d'/aller les chasser de Rhédeste , dont ils venoient ( de s'emparer. Il les poursuivît, et les obligea de se remi barquer. Il fut moins heureux contre les Serviens. f ■ Michel, roi des Bulgares, son beau-frère, étoit at- \ taqné par le crâle de Servie ^ dont il avoit répudié la f iœur pour épouser celle d' Andronic. 11 cnvoyoit prier \ celui-ci de réunir ses troupes aux siennes pour le secourir dans une guerre à laquelle il ne pouvoît rester " étranger. L'empereur se mit donc en campagne ; mais, ^vant de rejoindre Michel , il apprit que ce roi venoit |r de mourir des suites d'une blessure qu'il avoit reçue f dans un combat contre le crâle, qui, violant une trêve ^ conclue , étoit tombé sur lui. N'ayant pas de forces suf-
HIST. DU BÀS-EMP. TOM. XI. l3
194 HISTOIRE DU BAS-l^HJ^lRlf,
fisantes « Ândronic se retira. De retonr h Constant nople, il apprend qii'Orchan assiëgeoit Nicomëdie, vil qui , quoiqu'elle eât perdu de son ancienne splendeu) ëtoit encore importante. Il repart aussitôt pour voler son secours. Averti de Tarrivëe de Tempereur, Orcha lui envoie des députés pour lui laisser le choix de faii la paix ou la guerre. On conclut un traité par lequ< le sultan s^engageoit à ne jamais inquiéter les villes in périales de TOrient, ni troubler la bonne intelligeni dans laquelle il se proposoit de vivre avec Androni Les deux princes se firent mutuellement des présen Le sultan envoya des chevaux , des peaux de léopard des (apis , des chiens de chasse , et reçut des vas( d'argent^ des draps de laine et de soie , avec un vétemen de Tempcreur. C'étoit chez les Orientaux une niarqu d'estime particulière.
Ândronic , n'ayant plus d'ennemis sur les bras, fit re prendre l'instruction du procès de Syrgiane. Zaro placon produisit une multitude de témoins qui char gèrent l'accusé. Craignant le résultat, celui-ci soUicit un nouveau délai. Zamplacon réclame, et demande qu'oi s'assure de la personne de Syrgiane, déclarant qu'il s rendoit en prison , conformément à Tusage où Ton ëtoi de s'assurer de l'accusateur comme de l'accusé. Syr giane expose qu'il suffit de donner des cautions, e fait consentir Cantacuzène à lui servir de répondani Mais la luiit suivante le coupable s'échappe, et se cach dans le faubourg de Galata: L'empereur, sachant com bien cet homme étoit dangereux, donne des ordres pou le chercher. Comme on ne le trouvoit pas, imaginai) que c'étoit par la négligence de ses émissaires , il vint i Galata faire des recherches lui-même, ou plutôt pom surveiller ceux qui les faisoicnt d'après ses ordres. Elle furent inutiles. Syrgiane étoit, conmic on le sut ensuite , dans la maison même où se lenoil Tempereur circonstance qui empêcha de supposer que le fugitif s\
HISTOIRE DU BjkS-SMPIRS, |g5
retiré. Après le ddpart d'Andronic, il s'embarqua, t descendre à Eiibée , traversa le pays de» Lucriens es Acarnaniens, pour se rendre dans celui des Alba- }, près de la Thessalie. Pendant qu'il avoit été goûteur d^Occident , il s'étoit fait conuoitre de ces peui. Il en rrçut rhospitalité, puis les moyens de se igier auprès du craie de Servie, ennemi d'Andronic. craie lui remit le conmiandement général des trou- . 11 commença par assiéger et prendre la ville de itéréa. L'empereur partit pour Didymotique dans le &eiu de s'occuper des moyens de punir ce rebelle. Un ateur, nommé Phrantzès, vint lui oiFrir $e$ seres. 11 fut convenu qu'il iroit défendre les places situées s de Castéréa ; qu il feindroit de trabir les intérêts son maître; <]u'il lâiheroit de s'aboucher avec Syrne, et qu'alors il s'enipareroit de ce traître et le reroit aux troupes impériales. Dès que Phrantzès fût ivé dans la ville dont il étoit nommé gouverneur , rgiane lui envoya proposer d'abandonner le parti kndronic et de se joindre à lui. Le sénateur accepta ^ Q conclut un traité; Syrgiane, dupe pour la preère fois, persuada facilement le crâle, et lui fit voir iibien il trouveroit de ressources parmi les Grecs » isque les sénateurs embrassoîent si ouvertement sa jse. Le craie fait avancer ses troupes sur les bords de kxius, dans le voisinage de Tbessalonique. De son lé l'empereur approchoit de cette ville. Phrantzès oit rendu au craie la place <lans laquelle il commanit. Ainsi qu'on en étoit convenu, Tempereur le fit ^clarer coupable de haute trahison , confisqua ses biens, it sa léte à prix: Le sénateur, courant des risques, Milut hâter le dénouement. Ayant prié Syrgiane de M:compagner dans une promenade près d'un ruisseau ommé le Galyce, il le fit massacrer par ses soldats. lantacuzène prétend qu'il outrc-passa les ordres d'Anironie, et Nicéphore qu'il ne fit que s'y conformer.
198 HISTOI&B BU BAS-EMPIIlK.
Celui-ci , qai ne laisse échapper aucune oceasion dij noircir Tempereur, le présente comme an assanûii d blâme son action. Syrgiane avoit trahi tant de finiij qu'il n'inspira aucun intérêt ; et s'il est vrai qo'en po*j litique Tutilité d'un crime le justifie , le memlre d'an ! traître dont la mort rend la paix au peuple ne méritt; aucun reproche, r. iKu Dans le mois de février mourut le vieil Andronic, dans la nuit qui suivit une conférence qu'il avoit eue avec des savans , à laquelle assistoit sa fille SimonidCi douairière de Servie. Ce prince avoit soixante-qaatone ans. Nicéphore Grégoras, son historien et son fidèle^ serviteur, jugeant que la mort de ce moine, oublié depuis deux ans qu'il vivoit sous le froc, étoit un évën^ ment assez intéressant pour que la terre en fût prévenue, raconte que plusieurs présages l'annoncèrent Une éclipse de soleil arrivée le 3o novembre i33i , voe autre de lune le 5 décembre , un ouragan , n'eurent lieu que parce que le vieil Andronic devoit mourir le 12 février. L'histoire de son règne, même d'après son panégyriste Grégoras , prouve que c'étoit un prince médiocre quant aux dons de l'esprit. Son peuple fut tonrraenté par des fanatiques qu'il encouragea ; opprimé par des ministres qu'il combla de faveurs au lieu de les pu* nir; ruiné par des traitans qu'il autorisa ; pillé par des barbares à qui son incapacité ne sut opposer de résistance; et déchiré par des guerres religieuses dont lui-même alluma le flambeau. Il eut sur le trône U superstitieuse dévotion d'un moine ignorant. On ne lai reconnoit qu'une seule vertu, la sobriété; qu'un talent, celui de la discussion. Sans être méchant, il fut quelquefois mauvais fils , mauvais père , mauvais frère , et toujours mauvais roi. Métochiste, digne ministre d'na pareil maître , le suivit de près , et trouva dansNicéphore , un panégyriste aussi véridique sur le compte du favori que sur celui du prince*
1II8T0II11B Dt BAS-SMPinS. 197
I* La naissance de Jean Paléologue combla de joie Androntc. Il ordonna des rëjoussances publiques, des goâtes, des tournois, exercices amenés de Savoie par les «hevaliers qui accompagnèrent Timpératrice. L'empevear s'y distingua au point de courir des risques. Im- ■nëdîAement après ces fêtes , il partit pour faire la guerre skux Bulgares, qui venoient de chasser sa sœur Théo- ^ora, pour donner la couronne au prince Alexandre, û\$ de Michel Strasciraire , et neveu du dernier roi. Â 4ieine sur le trône , Alexandre rassemble ses troupes , y joint un corps de Tartares, et s'empare des villes fron* tiëres soumises aux Grecs. Andronic entre en Bulgarie aille son armée, met tout au pillage, reprend Mésem*^ brie et plusieurs forteresses construites sur le mont Hémus contre les incursions des barbares. Il n'eut pas le temps de prendre Anchiale avant l'arrivé d'Alexandre. Les deux armées restèrent long-temps en présence à s'observer. Le roi des Bulgares fit demander la paix. L'empereur y mit pour condition la reddition d' Anchiale. Elle fut acceptée, et le traité conclu après quelques difficultés sur une clause d'échange. Andronic s'obligeoit à donner en retour Diampole , ville bien moins importante. La veille du jour où cet échange .devoit avoir lieu , un corps de Scythes arrive au camp d'Alexandre, qui voulut» contre la foi des sermens, profiter de ce renfort pour attaquer Andronic. Mais, comme l'empereur avoit conclu un traité de paix avec ces barbares, le roi de Bulgarie leur fit accroire qu'ils combattoient contre son oncle qui lui disputoit le trône. Andronic, averti par ses espions, dispose son armée, dont malheureusement il avoit congédié une partie. En s'avançant , il entendît le bruit rauque et dur de la trompette des Scythes qui dissipa l'illusion dans laquelle il étoit , ne voulant point ajouter foi aux rapports qu*oa loi avoit faits , et ne pouvant supposer que ses alliés ïnarchoient contre lui. Quand les armées furent ea
SOb HISTOIRE ÎHJ BÀS-XUPIllX.
prince, qui s'intéressoit à cette union, que de persiiti dans leur refus. Les évéques cédèrent, et Galëcas élu. C'étoît un homme médiocre à qui la nature ave refusé le don de la parole; et Cantacuzène ne consolt point l'intérêt de TEgKse en forçant de faire un pai choix. Nous verrons que par la suite il en fut cruelle meut puni.
1354. Les Turcs recommençant leur irruption , s'emparanl des vaisseaux qu'ils rencontroient dans leurs cours0t maritimes, faisant beaucoup de dégâts sur les terres l'empire, Andronic crut qu'il ne pourroit jamais garantir d'un pareil ennemi sans le secours des Latins,^ -et que, pour l'obtenir, un des moyens les plus efficai séroit de paroître disposé à réunir les deux églises. Ct\ motif avoit été celui de Michel Paléologue dans le projet que son fils abandonna sans réflexion. Andronic fit part* des diw<(positions dans lesquelles il se trouvoit à deux missionnaires qui passoient par la capitale. De retour à Rome, ils s'empressèrent de transmettre au pape Is » confidence de rempereur. Jean xxii , qui vit combien la ' réunion de Téglise grecque illustreroit son pontificat, écrivît au prince des lettres affectueuses, le pressant' d'exécuter son projet, tâchant de prouver que c'étoit le seul moyen de se délivrer des infidèles. Le souverain pontife n'oublia pas, dans cette négociation , de s^adresser à l'impératrice, élevée en Savoie dans la religion catholique romaine, ainsi qu'au patriarche, aux principaux évêques, aux grands de l'empire; il entretint une correspondance secrète avec Jean Pisani, Tun des familiers d*Andronic. Quand il sut que les principaux Grecs ne contrarioient pas le projet, il députa vers Andronic les deux missionnaires après les avoir fait évêques, pour leur donner un caractère plus imposant. Mais dans cette négociation on oublioit le peuple, qui, d'après la manie du vieil Andronic et son goût pour les discussions, étoit accoutumé à jouer un râle, parce que ces discussions
HISTOIRE BU BÀS*-EMPIRK. «lOl
lient toQJburs publiques. Quand les missionnaîrei rent arrivés • Ton ne tarda jpas à connoitre le sujet de cir ambassade, et le peuple demanda que le patriarche t mesurât avec eux. Calëc^s, privé de la faculté de kivoir s'exprimer , chargea de ce soin Nicéphore , ïc, qui avoit une réputation d'éloquence. Cette marche langeoit la direction que Taffaire avoit prise , rompait I négociation , et remettoit en quesKon un grand ombre de sujets d'interminables disputes. Nicéphore Peignit de compromettre son savoir et sa réputation en ibasardant contre les théologiens du saint-siége. Il fit au atriarche et aux évéques qui se trouvoient à Constantieple un discours dans lequel il prétendoit leur prouver ! danger et Tinulililé de ces controverses, dont le réscTltat toit toujours de confirmer chacun dans son opinion. Jjes Dvoyés du pape furent congédiés, et l'on abandonna lé rojetd'union. Le pape s'occupoit en même temps de celui * 'une croisade, mais il mourut à la fin de l'année. Sonsuc* ssseur, Benoit xii , n'abandonna point cette entreprise. Am. iss&: « roi de France devoit en et re le chef; celui de Naplès, les enitiens, les Génois , tous les princes latins qui avoient es possessions dans l'empire grec, anroient fourni de argent, des troupes et fait partie de l'expédition. Anronic répondit à l'appel du pape qui le prioit d'entrer aas la confédération; il fit équiper une flotte qu'il tmiut commander en personne, contre l'avis de l'imératrice Anne et de la cour. Cette oppositi||| de la part 'une princesse née en Europe est remarquable. Elle troit supposer que Jeanne de Savoie calculoit mieux ue son mari la situation d'un empereur de Cpnstantiopie, qui, devant se considérer comme entre deux irueils, lorsqu'il a d'un côté les Turcs pour ennemis., et e l'autre pour amis les croisés, n'avoît pas de meilleur arli à prendre qu'à faire usage de ses moyens et de sa uissance pour être en état de résister aux premiers )n$ aucun secours étranger , de se passer des seconds, et ^
^iOU HISTOIKE DU BAS-£MPIâS«
d'înspîrerà tous du respect pour son autorité. Ane devoit savoir que parmi ces princes l'un avoit de! ientioiis «^ IVntpire grec, les autres à des portions empire , cl craindre qu'au lieu d'aller combatt infidèles,. ils ne restassent chez lui pour faire vak Ai\. i336. prétentions. Quoi qu'il en soit , il s'embarqua : flotte au printemps, se rendit au lieu désigné p Latins con)meipoint de réunion , les attendit long-t et ne les vit point paroître. Une querelle enti Vénitiens et les Génois, une autre enlrePhilippet lois et le roi d'Angleterre , venoient de détruire l'ail Les frais d'Andronic pour cette expédition ne I pasentièrerpent inutiles. Pendant qu'il croisoit dan tente des Latins, Dominique Catane s'emparoit d de Lesbos , et déclaroit ne plus se reconnoître c( , vassal du prince pour la nouvelle Phocée , que son dont il héritoit, tenpît à fief de Tempire. Domi ayant armé pour cette expédition onze galères gér l'empereur se plaignit amèrement aux Génois d lata , les menaçant de se venger sur eux de l'inj qu'il reccvoîL Mais ceux-ci s'élant mis dans nu e défense respeclable , Audronîc résolut de sp venger lementde Calane, et, dans celte inlenlion, partit rade de Cousianlinople sur une flolle nombreuse dirigea vers Gallipuli pour se rendre ensuite à L Mais an lieu de suivre ce plan , qui lui eût réussi , que les Lti^iens et les chevaliers de Rhodes aba noient Dominicpie, il alla débarquer à I île <le sans motif, ce qui donna le temps à Catane de fa préparatifs nécessaires pour assurer et prolonj résistance. La position de rempei;eur devenoit | faute d'autant phis critique , que Gènes arnioit galères pour secpurir Catane, et que les Génois d lata conspiroient avec les principaux seigneurs cour de Constantinople. Andronic eut infaillibl «uccombé, sans l'impératrice et Cantacuzène. Ls
HISTOIRE DU BAS-EMPI&B. Sto5
j aîdëe de l'épouse du second, découvrit le, cornet Tétouffa. Le graiid-doniestique, lié jadis avec un lir génois nommé Jean Spinola, eut des confères avec lui , et par son intervention et le crédit qu'il 1 sur Dominique , fit soumettre celui-ci; ce qui it à Tempereur de retourner à Constantinople, et donna le temps de faire les préparatifs nécessaires tr Pexécution de deux projets qu'il méditoit. Le pre- T étoit relatif à TAIbanie, et le second à TÂcarnanie, qn'il vouloit faire rentrer sous sa domination. Les nois , naturellement inquiets et remuans, prenoient leposoient alternativement les armes , suivant les instances. Ils pilloient, et par leur tactique le failit înrpunément. Après s'être rasseniblés pour Tatle, ils se dispersoient et se sauvoient avec leur butin is leurs montagnes escarpées. Ils furent cependant laits 9 et les Grecs ramenèrent de ce pays des troupeaux breiix «. Depuis plus d'un siècle, et lors de la conte de Constantinople par les croisés, TAcarnanie, [pire , TEtolieet ime partie de la Thessalie ne faisoient ts partie de Tempîre. Michel Ange Comnène , promt des circonstances, s'en étant emparé, se fit souvein indépendant. Ses successeurs en jouirent comme i. A l'époque où nous sommes, ces états étoient goulés par la veuVedu dernier prince, fille de Paléologue, îovestîaire, et régente au nom de Nicéphore, son fils pbié. Elle avoit fait empoisonner sou mari. L'empereur It dans la minorité du jtuiie prince et dans une régence hiccasion favorable pour réunir à ses domaines des |lH)vin«es qui en avoieut été distraites par un rebelle. Il iH'oya des ambassadeurs aux Acarnauiens pour leur l^ifier ses intentions. Le conseil fut partagé: les uns
' Cantacuzène prétend qu'il y agricuUeur et tranquille ; et , 8UÎ-
Wt trois cent mille bœufs, et douze vanl l'histoire, lés Albanois pilioient
sut mille moutons ; cxugératiou ri- sans cesse de tous côtés, et se réfu-
icule que le fait niéme dément, gioient ensuite dans leurs rochers, es troupeaux »u]tpobent un peuple
aQ4 HISTOIRE BU BAS-E'MPI&X«
ne vouloient point abandonner la maison des Goni: à qui ils avoient juré fidélité ; les autres ^ croyant A étoit impossible de résister à Tempereuc, ëtoient dlti de se soumettre. On résolut des deux côtés de s^enK^ porter à la décision de la princesse douairière* H; conseilla de prendre tous les moyens possibles d^éi^^ une rupture qui ne poqvoit avoir que les résultai plus fâcheux. Comme elle connoissoit Tascei Canlaciizène sur Andronic , elle crut qu^en dema à Tempereur d'accorder la fille du grand-dom au prince Nicéphore, ce seroit un moyen dlnté Cantaruzèiie. Cette demande et la permission pou Acarnaniens de vivre sous leurs lois et Jeiirs QflHHj furent les deux articles auxquels on s'arrêta. Des bassadeiirs se rendirent à Coustantinople. An approuva le mariage, mais trouva que c'étoit lui une injure que de ne pas vouloir vivre sous ses lois» conséquence, il leur répondit qu'il alloit marcher coi les Acarnaniens avec toutes les forces de Tempire. ambassadeurs ,dont les instructions secrètes leur fais< un devoir de consentir à tout pour éviter la .gu souscrivirent aux volontés du prince , qui partit Ah i337 ^î^î^^r ^^^ nouveaux états. Quelque temps après, parti de mécontens enleva le jeune Nicéphore, le embarquer pendant la nuit sur un vaisseau, qui conduisit à Tarente. On livra ce prince à Catherine Valois, impératrice titulaire de Constantinople. Le de cette action étoit d'inquiéter Temperenr, en r noissant des droits sur une partie de ses domaines à prince hors de sa puissance, dont on pourroit faise va les prétentions. Comme cet enlèvement se fit pen le séjour d'Andronic parmi les Acarnaniens, il prit parti de mettre dans chaque ville un^gouverneur dévool et de donner le commandement général de la provins au protostrator Synadène. Ces mesures contrarioient fa rebelles.
HISTOI&S DU BAS-EMPIRE. do5
ié retour dans sa capitale, le prince fut averti da |et qu^avoient les Tiircs de venir insulter Constantin He. Il fit, cie concert avec Cantacuzène, tous les préàitils nécessaires pour les repousser. IVIais ils dëbarhrent sur un autre point, et commirent beaucoup de ^5 pendant le temps qu'il fallut à Tarmëe pour les Eidre. Ils finirent par être complètement battus. Ilette expédition fut suivie du mariage de Marie Paléo- Ine avec Michel Asan, filsd' Alexandre, roi deBnlgarie. iironic éprouvoit une grande répugnance à donner sa k au chef d'un peuple qu'il considéroit comme barre; mais, cette union étant une condition du traité de ^, il falloit recourir aux armes, et l'empire étoit Éli2tt(é de tous les côtés. Le prince payoit les fautes et Ib^Sligcnce de son aïeul , qui , au lieu de prendre des Brares vigoureuses contre les ennemis de l'état, ne Pkoit occupé que de querelles religieuses. Pour reméwsr aa mal , il fit une nouvelle tentative auprès du pape
^0^ XII, et lui députa un moine de Calabre , nommé laam, qui partit accompagné d'Etienne Dandolo. imiis de lettres de créances de Robert roi de Naples, passoit pour un fort habile théologien, ils se rendiit à Avignon. Le pape les reçut en plein consistoire, envoyés exprimè?rent au nom de l'empereur le désir ce prince pour la réunion des deux églises , et dérèrent la nécessité d'un concile œcuménique pour ider la question qui depuis si long-temps séparoit recs des Latins. Afin que ce concile fûit réellement lëral, il fàlloit que les quatre patriarches et les évade l'église d'Orient en fissent partie ; mais, les Turcs mt maîtres des passages dans l'Asie mineure, il étoit ipossible de réunir ces prélats. Le moine arrivoit^ i à la nécessité de chasser les infidèles^ dont il rellrdoit l'expulsion comme un préliminaire indispen- Kblè. Le pape et le sacré collège , regardant la question ^mme décidée par les conciles , qui avoient prononcé
lo8 HISTOiaK DU HAS-EMl^iaK*-
transmit Toffre d'Àndronic, répondit que ce m
n*ayant acquis d'expérience que dans les opé
financières, étant étranger aux armes, il seroit i
dent de lui confier une expédition de ce genre.
cuzène ayant répliqué qu'avec d'habiles marin:
cailqne pourroit avoir des succès, Ai|dronic, n
quelque humeur, le laissa maître de faire ce qu^
droit , souhaitant que Tévénement ne justifiât p
craintes. Âpocauque fut donc nommé gouvernei
capitale et des iles du domaine de Tempire. Des s
considérables pour compléter celles dont il ani
devoir faire le sacrifice furent mises à sa dispi
Il retourne à Constantinople, transporté de joie
des arrangemens pour toucher en secret les som
trésor public, laisse croire au peuple que Texp
doit se faire à ses frais, et recueille partout des k
et des bénédictions. Tous ces préparatifs n'eurent
issue qu'une promenade du nouveau gouverna
mer, et la prise de neuf galères turques, avec lej
il entra triomphant dans le port de Constantinc
grand-domestique fut bientôt obligé de reconnoi
l'empereur -avoit mieux jugé que lui du protovi
Asr. i34i. Pendant rabsenccd'Andronîc, on avoit tramé pi
complots contre lui. On instruisît le procès des
rés. Dans le nombre éloîent des seigneurs de
distinction , et même des parens du prince. Au r
où l'on s'attendoit à les voir punir il leur pardo
contentant de leur adresser des reproches. Phr
ce sénateur, assassin de Syrgîane , avoit trem
Tune des conspirations. Son rôle eût élé de fain
ver les troupes qu'il commandoit; mais il mouri
de pouvoir exécuter son projet.
Pendant les intervalles d'une guerre à l'autre, nie se livroit à son goût pour les constructions, bâtir un grand nombre de forteresses, et se pi
[ relever Arcadiopolis , ville rondee en Thrace pai" rcadius, fils de Tbéodose le grand; mais la mort Ten bpêcha.
Aarlaani, ce moine calabrois dont nous avons parlé ^ Lqui de la religion romaine, dans laquelle il fut élevée |pit passé à celle des Grecs, s'étoit fait pardonner sou postasie dans son ambassade auprès du pape. Soit qu'il pt, pendant son séjour dans la ville d'Avignon, pris du t pour les discussions théologitiues, soiC que la rstition des moines grecs lui causât une juste réancCy il écrivit contre eux après avoir écrit pouc endre leur doctrine, et particulièrement les attaqua r la procession du Saint-Esprit , sujet éternel de distes. Les religieux du mont Athos , livrée à la contemtion , prétendoient goûter d'inelTables béatitudes en rbant la tête sur la poitrine, et voir sortir de leur mbril un rayon lumineux en fixant la région de tomac. Ils renouvcloient la secte des omphalop-^ ues. Barlaam dénonça cette folie. C'eût été pour le il Andronic une belle occasion en même temps qu'une nde jouissance qu'il n'eût point laissé échapper. Son tit-fils, plus raisonnable ou plus indifférent, ne se lêloit point de cette querelle, lorsqu'il ne put cepenlut se dispenser de convoquer un synode sur la dende qui lui en fut faite. Palamas, archevêque de hessalonique, s'étoit chargé de la défense des moines, deux athlètes se distinguèrent par une égale loqua- ^té. Barlaam parut avoir l'avantage dans cet assaut de fliophismes, si l'on eu juge par le résultat. Des cris me-. Tiaçans poussés par les moines, qui, par le nonibre, dominoient dans cette assemblée, interrompirent l'orateur, et lui firent prendre le parti de garder un silencejprudent. On interpréta ce silence comme un aveu tacite Rde sa défaite. Il se réfugia peu de temps après en Italie^ ihe pape, pour récompenser son zèle, le lit évêque de
flIST. DU BAS-EMP. TOM, XI. 14
)10 HISTOIRE BU BAS-EUFIftE.
Gléraci en Calabre. D'autres prétendent qaHl obtî cet évêché à la sollicitation de Pétrarque , à qui , dant son voyage d^ Avignon , il avoit appris le grec. des disciples de Barlaam ayant renouvelé la querel on assembla un second concile, dans lequel furent e damnés la doctrine et celui qui la défendoit.-
L'empereur , que Tennui et la longueur de la séa a voient fatigué ^ sortit malade, et se retira dans le nastère des Hodéges : le mal fit de rapides progrès; peu de jours on désespéra de la santé d'Andronic. médecins grecs et persans, les astrologues furent suites. L'amour de la vie fit payer par Andronic tribut à son siècle. Il pria Nicéphore Grégoras d'int roger les astres. Pendant qu'il Inttoit contre la mort Apocauque se présenta chez Cantacuzène pour Texh ter à se revêtir de la pourpre impériale, prétendant qiie, le prince ayant voulu Tassocier à l'empire, cette acti n'étonneroit personne. La manière dont fut reçu intrigant, Tindignation qu'on lui témoigna, ne le découragèrent point. Il alla trouver la mère du granddomestique, qui lui imposa silence, lui défendant di| donner à son fils des conseils aussi pernicieux.
Voyant qu'il n'y avoit aucun espoir de conserver Andronic, Cantacuzène se rendit auprès de l'impéra-' trice, afin de l'engager à pourvoir à sa propre sûrelé, ainsi qu'à celle de ses enfans. Elle le laissa maître de prendre les dispositions nécessaires. Il conduisit les deox enfans dans le palais, dont il doubla la garde, et mit auprès d'eux des gens qu'il savoit leur être dévoués. Lei 1 conspirations précédentes justifioient ces précautions. L'empereur mourut le mercredi i5 juin i34i , dans h: quarante-cinquième année de son âge, et la quinzième . de son règne, en prenant pour époqile celle de son] sacre. Marié deux; fois , il avoit pris ses femmes parmi ; les princesses d'Allemagne et d'Italie. La première éloit
HISTOIRE DU BAS-EMPTHE. 91 t
lié du- duc de Brunswick, tige de la maison de ce >in, et alors très-petit soui^erain d'un pays indigent sauvage <*. On ignore comment Andronic découvrit kgnès, qui y pour plaire aux Grecs, changea son nom celui à^ Irène ; comme Jeanne de Savoie , la seconde femme du prince , prit celui A' Anne ^ par le même knotif. Irène mourut sans enfans. Anne en avoit six lorsqu'elle perdit Andronic : Jean, Manuel, Théodore , princes, dont le premier succéda à son père, et trois ftiles : Tune épousa le fils du roi de Bulgarie; la slftonde fat mariée à Gattélusio, noble génois et seigneur de file de Lesbos. On ne sait rien sur le sort de la troisième.
Les historiens ont, en général, jugé trop sévèrement Andronic le jeune; ils n'ont point assez oublié les orages de sa jeunesse. Ce prince n'avoil conservé des passions lie cet âge qu'un goût trop vif et trop dispendieux pour la chasse. Les reproches que lui fait Nicéphore Grégoras, celui qui le traite le plus mal, quoiqu'à sa mort il ilit prononcé son oraison funèbre » ne supportent pas ^ne discussion sérieuse et dlsparoissent à Texamen. Une des accusations les plus graves concerne TindiUérence dvec laquelle Andronic laissa chacun s'habiller à sa guise, tandis que son aïdul avoit mis une grande importance à cet objet et fait les règlemens les plus sévères sur la forme des vêtemens et des coiffures. Sous le petitfils on vit dans les rues de Constantinople des costumes a la bulgare, à l'italienne > des vêtemens de toutes les "brmes et de tous les pays, et les jeunes gens quittèrent, le costume national. C'est ainsi que, passant d'un excès i l'autre, et d'une intolérance insupportable à Tindiflérence la plus complète, on tomba dans les inconvéaiens qui en étoient inséparables.
Les faits prouvent qu' Andronic eut de l'activité ;
d GibboD , t. la , ch* 63.
iiia HISTOIRE nu bàs-ehpiiie.
rintentîon de corriger les nombreux abus qui s^étoi glissés dans Tadministration ; de la générosité, pi qu'il pardonna presque toujours et trop souvent ; ei qu'il parut à la tête de ses armées, et paya de sa p sonne ; bien différent de son aïeul , qui , pendant triste et long règne de plus tl'un demi-siècle, ne montra que dans les conciles et dans les cérémoi publiques*
HISTOIRE DU B^S-XMPIBE. JlS