IVRE CENT-SIXIÈME
JEAN PALEOLOGUE.
LUI qu'Andronic avoît voulu s'associer à Tempireet Ah. i34i; fut toujours le fidèle compagnon de ses travaux , )ît naturellement avoir la confiance de l'impératrice. oit Cantacuzène. Les courtisans, jaloux de sa faveur ie son crédit , espéroient qu'à la mort du prince il Iroit l'un et Tautre; mais ils furent trompés dans attente , en voyant les dispositions que prit le grandlestique. Il agit sans délai, comme tuteur du jeune ice et régent de l'empire. Il renouvela les commisis de tous les gouverneurs , des agens du pouvoir* , les receveurs du fisc, dont la mort.de l'empereur lendoit les fonctions.*Dans les lettres qu'il fit expé-* ' aux financiers il ajoutoit à quelques avis des me- ?s , dans le cas où ils seroient tentés de profiter du ngement de maître pour prévariquer dans l'exercice eur charge. Ces mesures firent murmurer hautement ennemis. Â leur tête étoit cet Alexis Apocaaque dont 1 pu remarquer Tesprit inquiet et le goût pour l'inne. Il résolut de rallier autour de lui tous les métens et d'agir auprès de l'impératrice. Déjà même voit représenté Cantacuzène comme un ambitieux vouloit s'emparer du trône ; mais cette accusation /oit produit aucun effet sur l'esprit de la princesse* autre ennemi dont on étoit loin de suspecter les inions, ce prêtre éhi patriarche par les soins du grande lestique, prélendoit qu'il devoit être régent i parce
9l4 BISTOtRfi DU BlS-£MPtftt.
qu'en partant pour sa dernière expédition, Andron l'a voit chargé de veiller sur rimpératrice et ses enfam*^' et pendant sa maladie ce prince venoit de le prier lanceSr des excommunications contre ceux qui voudroiedi troubler l'état. II raettoit en avant un principe que léê} clergé se contentott de mettre en pratiqtie : c'étoit qu«|i= y Eglise devoit gouverner V empire comme l'dme gouverna le corps. C'est sur ce principe et sur les recommanda t ions de l'empereur mourant qu'il fbndoit ses prëtention8.f = 11 négligea les fonctions patriarchales, et vints'înstal au palais près de l'impératrice, qu'il im port unoit sans cesse par des avis. Cette démarche inconvenante et har^ die prouve que l'ambitieux prélat comptoit sur la foi'* blesse de Cantacùzène , qui auroit dû exprimer sort' indignation contre un serviteur ingrat qu'il avoît comblé^l d'honneurs et placé sur le premier siège de l'Orient. Att • lieu de le faire conduire dans un couvent, il se contenta de lui adresser des reproches pleins de douceur, voulant bien même descendre jusqu'à comparer la validité dei titres que chacun avoit à faire valoir. Un incident força le patriarche d'ajourner son projet. Le roi de Bulgarie; \ malgré ses traités , vouloit pr<9(iter de l'occasion qu'of^ i froient une minorité et une régence presque toujours j orageuses pour agrandir son royaume aux. dépens d< i Tempire. Cherchant un prétexte, il réclame Sismani l'un des fils de Michel , son jprédéceseur , qui vîvoît à Constantinople comme un simple particulier. En le de* mandant il déclaroit qu'il le mettroit à mort dè9 qu'il Tauroît en sa possession, et qu'il feroit la guerre, si rod différoit de le lui livrer. La cour de Constantinople fut embarrassée. Cantacùzène fit convoquer un conseil pour savoir quel parti l'on prendroit. L'humeur se mêla d§ la discussion. George Chumne , intendant de la bouche, parla le premier , quoiqu'il n'eût aucun rang; et ce fut pour dire qu'on ne devoit pojnt faire attention aux qualités de ceux qui composoient rassemblée ; qu'il
HISTOIK£ DC BAS-EMFIBE. 2ll5
plloit discuter unavis^qiiand bien même il seroît énoncé lar une personne obscure. Cette proposition ëtoit ëvi« kemment dirigée contre Cantacuzène. Il garda le sirâce , croyant que Tiropératrice chasseroit Chumne* !iette princesse n'en ayant rien fait , Démétrins Torlice releva avec beaucoup de hauteur le propos de ^intendant, demandant si Ton vouloit changer la con- •litntion de Tempire en un état populaire. La dispute lUoit si engager, lorsque Timpëratrice la fît cesser par ►in ordre précis de s'occuper de Tobjet qu'on devoit mettre en délibération. Le grand-domestique, pour ne point parler, prétexta une incommodité. Les opinions r^irent partagées : les uns dirent qu'il falloit sacrifier Sism^n à Tintérét de Tétat , et les autres que ce seroit ^ déshonorer que de le livrer. Chacun persista dans Son avis avec un tel acharnement , que la discussion étoii au moment de dégénérer en une querelle sanglante. Le patriarche crut concilier tous les esprits en propolant de faire mettre Sisman dans Téglisc de Sainte-Sophie , qui seroit un asile inviolable. L'impératrice ayant invité Cantacuzène à donner son avis, celui-ci fit remarquer que , la demande de Sisman par Alexandre n'étant qu'un prétexte , on avoit laissé de côté la question principale; qu'on devoit examiner s'il falloit faire la guerre à ce roi, si l'on étoit en mesure, et prendre les moyens d'y être. Il termina son avis par quelques réflexions qui prouvoient qu'il avoit fait attention à l'injure de Chumne. Le lendemain il alla trouver le patriarche pour le prier de déclarer de sa part à l'impéra- Irîce qu'il comptoit exécuter incessamment le projet qn'il formoît depuis long - temps d'abandonner les affaires pour vivre dans la retraite. Le patriarche fit les représentations que la décence exigeoit de sa part, et s'acquitta de la commission. L'impératrice parut très-affligée ; et quand elle sut que le propos tenu par Chumne dans ras»eiï>blée éteit une des causes^ du parti que prenoit
Ui6 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
legFand-domestique, elle refusa d'accepter sa dëmissi et, chargeant le prélat de lui rappeler Tancienne lia qui avoît existé entre Andronic et lui , Tengagen qu'il avoît pris envers le prince de proléger ses en et de tenir le timon des affaires, elle lui fit dire qu propos d'un brouillon ne pouvoit le faire manquer parole. L'intention qu'exprinioit Canlacuzène éloit sincère ? a voit - elle pour motif le besoin du repos e désir de la retraite, ou seulement le dépit que lui c soit l'insolence impunie de l'intendant du palais e projet de connoître les véritables sentimens de l'im ratrice? Ces détails ne nous ayant été transmis que Cantacuzène, il est difficile de connoître. avec cerlil Ja vérité. M^ais ce n'est probablement pas s'en éca que de croire à la combinaison de ces causes. Quoi q en soit , le patriarche fit encore une démarche inut et Cantacuzène lui parut inébranlable dans sa résc tion. Cependant , après avoir déclaré que rien ne pou le faire changer de projet, il ajouta que, si la p2 avoit besoin de ses services, si quelque danger la i naçoit , il sortiroit de sa retraite pour voler à son seco Le patriarche transmet cette réponse à la prince qui, dans un discours très-long rapporté par l'histo ( juge et partie ), exprime la douleur la plus profoi et fait au grand - domestique, pour l'engager à rc auprès d'elle, des prières si touchantes, qu'il ne pi résister.
Il se rendit auprès de l'impératrice, avec laquel entra dans de longues explications, lui prouvant si, comme on en âvoit fait courir le bruit, il a voulu s'emparer du pouvoir , il l'auroit fait sans c tacle, et la conjurant de ne point écouter les propos r veillans dont l'envie ou la haine le rendoient 1 ol Il la prévint qu'en reprenant le timon des affaires, i 'proposoit d'administrer avec sévérité et de rendre Justice rigoureuse; cette conduite dçvapt augmente
HISTOIRE BU BÀS*£MPIRE. ^17
ombre de ses ennemis , il deviendroit infailliblement iiir victime, si Timpératrice Tabandonuoit et si elle 3ntinuoit de leur prêter Toreille. Anne convint de la érité des observations de Gantacnzène, déclarant qu^il >^avoit tenu qu'à lui de s'emparer de l'autorité , que Qêr4ie il le pouvoit encore , et que, s'il ne possédoit pas empire, c'étoit par une suite de sa modération et de a vertu. Elle lui promit avec serment de ne jamais Icouter ses ennemis et de ne point l'abandonner. Il con« lentit après ce serment , fait devant le patriarche , à reprendre la direction des affaires. Ce prélat et le grandloniestique , après avoir pris congé de l'impératrice , J*'ent retinrent long - temps ensemble dans l'église de &aint-Démétrius, martyr, située dans l'enclos du palais. Cantaciizène , rappelant au patriarche tout ce qu'il Ivoit fait pour lui , le pria do le défendre contre ses envieux auprès de l'impératrice pendant qu'il seroit absent. Le prélat répondit par les plus grandes protestations, et promit de faire tout ce que son bienfaiteur lui 3eniandoit. Pour ne laisser aucun doute sur sa sincérité, 11 récita sur sa tête l'hymne du Trysagion <*, et jura de ne jamais le tromper. Délivré de ses soupçons et plein J'espérance, Cantacuzène résolut de s'appliquer au gouvernement de l'empire *. Dès le jour suivant , il convoqua dans le palais impérial les ambassadeurs du poi des Bulgares. Ils parurent avec une contenance fière ; et, montrant le traité de paix entre leur roi et Androaic , ils demandèrent qu'on reprît ce traité ou qu'on leur livrât Sisman. L'impératrice ayant donné Tordre de leur répondre à Cantacuzène, celui-ci leur dit qu'ils n^étoient point venus pour le sujet qui anroit dû les amener , le renouvellement de l'alliance ; que les Romains n'étoient point dans l'habitude de livrer ceux qui
* Uymnc où le mot saint est ré- linople sous le patriarcbat de Propèté trois fois , et dont Tusagc a dus , en 446. pommencé dans Téglisc de Gonstan- ^ Gç sont ses propres expressions.
990 EtlSTOIRE DU BÀ8*EMPIRÏ.
intrigues ne pouvoient avoir de succès sans le conc de l'impératrice , et Timpéralrice avoît pour Gant zène de Testime et de la bienveillance. Il falloit détruire son crédit auprès de cette princesse. Pon parvenir , Apocauque sema Tor et l'argent parmi femmes de la cour ; toutes lui furent vendues et de rent des instrurnens dociles qui n'agissoient que d'api ses plans. Toutes exprimèrent des doutes sur le gra domestique , des craintes sur son ambition , des s çons sur ses projets; ces attaques, rarement direct répétées tous les jours avec adresse , pouvoient d'an moins manquer leur effet sur l'esprit de l'impéralri que personne ne se chargeoît de défendre Cantacuzè Le patriarche, sur lequel il auroît cru pouvoir coni parce qu'il l'avoit tiré de l'obscurité pour le placer le premier trône de l'église d'Orient , le patriarche joignoit à ses ennemis. Il éloit secrètement à lenrt et c'étoit celui que la princesse consultoit avec plus confiance. Elle étoit donc sans cesse sous l'influence d' concert unanime de délations secrètes. On commençap la persuader de l'inconvenance de la proposition qu'avoir faite le régent pour le sacré du jeune empereur. On le lai présenta comme choquant la décence et blessant toustaj égards dus à la mémoire d'Andronîc, parce qu'un sacei et un couronnement étoient toujours accompagnés à fêtes et de réjouissances. En vain Cantacuzène s'autortf* par l'usage et des exemples , en vain il montra l'util»*' du conseil qu'il donnoit , insistant sur le danger des in' norités , sur la nécessité de faire reconnoîlre solennel^ ment le prince et de rendre sa personne plus respectab' par une cérémonie imposante et sacrée ç l'impératr»' persista dans ses refus, priant le régent de lui permet^ de payer le tribut à l'opinion publique , qui blâm^ toute distraction à la juste douleur causée par la pet de son royal époux. Voyant que les motifs les plus U portans ne produisoient rien sur l'impératrice , il so€
la quelque changement dans son esprit ^ et voulut r à ce sujet une explication avec le patriarche. iÎtcI le tranquillisa de nouveau par des protestations; pour ne laisser aucun doute sur la sincérité de son ;age, il le blâma de ses soupçons, assurant que la icesse a voit en lui une confiance sans borne; qu'en royant elle croyoit voir encore l'empereur ; enfin elle songeolt sans cesse à tous les services qu'il avoit dus, soit à son mari, soit à Tétat. Cantacuzène in- *orDpit cette déclaration en disant au prélat : Si je dois^ tre que l'impératrice est dans ces sentimens , que 5-je penser des vôtres? A cette question le patriarche lève , atteste le ciel de sa loyauté , de sa re-^ inoissance envers son bienfiûteur ; et , sans y être >voquë, s'engage par serment à le défendre contre ses nemis. Rassuré parce langage , et toujours trop con- Qt, Cantacuzène fit les préparatifs de son départ. Par I soins , toutes left mesures avoient été prises pour reusser les BulgarA , si leur roi vouloit faire la guerre* avoit renouvelé tous les anciens traités avec Orchan, llan de BIthynie, et, pour tenir en respect les autres lissances musulmanes , équipé une flotte en grande ïrtie à ses frais ; mais il commit une faute grave en «fiant au grand -duc Apocauque le commandement î cette flotte. Après avoir fait toutes ses dispositions, alla prendre congé de l'impératrice , laissa sa mère après d'elle , et partit de Constantinople pour se rendre Didymotique , emmenant avec lui une partie de la oblesse de cette capitale , qui ne le suivit que par resûct humain , et parce qu'il lui reprochoit sa honteuse «iveté. Il en agit de même avec celle de Thrace, qu'il Uigea pareillement à servir. Etant à Didymotique, il Pprït qu'Alexandre, roi de Bulgarie, étoit campé près eStilbne , ville de la frontière. Il lui envoya dire que^ ! terme dont on étoit convenu venant d'expirer , il
SQ2 BISTOIRE DU BlS^EHPtltl.
£alloit qu^il s'expliquât et fit savoir s'il voiiloit la gtn QU la paix. Le roi,' voyant qu'on avoît ritde ses r naces ,et qu'au lieu de lui livrer Sisman, on parois disposé à le défendre , demanda la. paix , renoir les traités, et retourna dans son palais de Teraove.
L'expédition contre la Bulgarie s'étant ainsi termii le régent mena son armée dans la Chersonèse, on Turcs faisoient des ravages^ Il les battit à deax repr différentes, ce qui força leur chef Giaxe à conclur( paix.
De retour à Didymotique ; il s'occupa du soin de £ de nouvelles levées pour compléter ses troupes. Pend son absence ^e la capitale, Âpocauque forma Je pr d'enlever l'empereur, et de le renfermer dans la t d'Ëpibales, qu'il avoit fait construire à grands frais] de Constantinople. Elle étcit à la fois d'une hauteu d'une épaisseur prodigieuses. Si ce coupeûl réussi, il loit forcer l'impératrice à le nommer premier minis dispensateur de toutes les dignité^ et à consenti mariage du jeune prince avec une de ses filles. Il ai ainsi régné sous le nom de son gendre. Au momen ce projet alloit s'exécuter, un de ses complices le dé vrit à l'impératrice, qui doubla la garde de Temper et prit toutes les précautions nécessaires pour échouer le dessein d'Apocauque. En se voyant dé vert , celui-ci s'enferma dans la tour d'Ëpibales , n de s'y défendre, si l'on tentoit de l'attaquer. Gant zène l'envoya investir par des troupes sons les ordn Manuel Tarchanibte, surnommé Curirice, Apocai lui fit dire qu'il ne se réfugioit dans celte forteresse pour se dérober à ses ennemis , qui , après l'avoir cal nié, en vouloîent à ses jours; qu'il lui conseîlloît d'in son exemple, l'avertissant que sa vie n'étoit pas pli sûreté que la sienne. Le régent répondit qu'il son toit qu'Apocauqu'e fut innocent, l'exhortant, s'il nt
HISTOIRE DU BAS-EMPItK. 9â5
lit pas, à rentrer dans le devoir; autrement, qu'il seuil rigoureusement puni, parce que sa forteresse ne le iferatitiroit pas de la justice.
Sur ces entrefaites les babitans du Péloponèse dë- ^ntèrent au grand-domestique Jean Sidère, gouverneur h plusieurs villes de ce pays , et Tévêque de Cosme. La population de la Morée se composoit alors des naturels ril de Latins. Tous étoient de concert pour secouer le bug des princes de TOccident , qui ne songeoient à eux lue pour leur faire payer des impôts. Pendant le voyage |Q^Ândronicavoitfait en Acarnanie , ils avoient envoyé in secours de Nicéphore des gens de guerre qui revintent en chantant les louanges de Cantacuzène , pont* h(M|uel on avoit conçu dans le Péloponèse une telle eslime, qu'on vouloit l'avoir pour gouverneur. L^ lettre lent les députés étoient porteurs se terminoit ainsi: « Sî rimpératrice et vous, avez agréable les offres que « nous vous faisons de vivre sous la domination des ■ Romains, vous n'aurez qu'à venir prendre possession » de nos villes, et à nous gouverner comme il vous t plaira. » Cantacuzène reçut avec magnificence ces amlassadeurs, et promit d'aller au printemps suivant, viiter leur pays. Pour leur donner un gage de la fidélité le sa promesse, il leur confia Jacques Brûlas, un de ses imis , qui devoit les suivre dans la Morée et l'y attendi*e. Srolas étoit chargé d'étudier les mœurs, les usages, les lispositions des esprits. Cantacuzène sentoit toute l'im* x>rtance de cette acquisition ^, et la prudence exigeoit
* Le rôle que joue Cantacuzène bas les événemens dont il est l'historien doit inspirer naturellement jaelque défiance; et, pour se garantir de toute prévention, il faut comparer ses récits à ceux de Pficéphorc Grégoras : c'est ce que nous faisons. Cantacuzène présente Tac- <]iii^Uion de la Morée comme une ^Obicsiioo très-utile* à rcmpirc , dont
elle recule les bornes ; Grégoras | comme une conquête, et l'envoi de Brûlas comme un moyen : ce qui potirroit iaire croire qu'il n'y avait qu'un parti de conjurés. Mais Cantacuzène ne pouvoit penser alors y comme on le verra par sa conduite , à se mettre à la tête de l'empire. IJ y fut forcé par les circonstances > ou pré lendit l'avoir (ité, *
fi24 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
qu'il connût la disposition réelle des esprits et Vé\a choses, afin de ne point agir avec légèreté. Ce fut bablement le motif pour lequel il envoya son ami le Péloponèse. Quoi qu^il en soit , une circonstance ticulière auroit été de nature à faire suspecter ses ir lions , s'il en avoit eu de mauvaises ^ . Il est questio rindiscrète démarche de ses amis , qui lui rendirent plutôt voulurent lui rendre des honneurs qu'on n( voit qu'au souverain. C'étoient Synadène , protosti et gouverneur de Thessalonique ^ Crèle, Constsi Paléologue, oncle de l'empereur, Jean Lange, Z placon , grand-papias, et tous ceux qui avoieut des vernemens. Ils lui envoyèrent des députés qui^ d's leurs instructions , épièrent l'occasion, se prosterm contre terre pendant qu'il se promenoît à cheval , ramenèrent à pied chez lui. Il leur témoigna son contentement avec aigreur, et menaça de renvoyer qui le salueroient autrement qu'ils ne dévoient le I Soit que ce traitement en indisposât quelques-uns que dans le nombre y il eût des espions qui ne loient que le sonder , nous en verrons bientôt plus qui se rangèrent parmi ses ennemis , et l'accusèrent voir entrepris d'usurper la couronne.
Nous touchons à l'époque où la ligue secrète , qui voit jusqu'alors attaqué le régent que d'une mai détournée, se disposoit à le faire à force ouverte, et noit tous les moyens de le contraindre par Tinjusti la violence à commettre le crime dont on Tacci Avant d'entrer dans le détail de ces intrigues et d iniquités, il est nécessaire de dire un mot de la
^ Le caractère de Cantacuzène pardonnnit hors de proposai
i/cst rieti moins que celui d'un am- à l;» sliiccrllti d<'s proh-stalions
))ilieux; cl jusqu'à c€ qu'on l'ait ré- rcxj)érii'nce lui f'uisoil un dcv
duil à jouer le rôle dont on l'accu- n'y aj<)ul«T aucunement foi.
fioit , il a prouvé qu'il n'y ëtoil nul- bien n'a r il pas été dupe d'A
Icnicnt propre. Il ne connoissoit pas que, mOme après les Ualiisuii;
les iivniiucs , les cboisitsoit mui , tocs de celui-ci 1
HISTOIRE DU BAS-EMPia£. dflS
lile d'Etienne ; crâle de Servie. A la nouvelle de là kori d*Andronic , voyant le sceptre entre les mains d'un ifant de neuf ans, il arma, parcourut la Macédoine, illa cette province, et s'avança jusqu'au-delà de Thessa- )nique. Gantacuzène auroit pu le faire repentir de sa tiauvaise foi , mais , occupé de l'expédition du Pélupolèse qu'il vonloit proposer à l'impératrice, et du projet le se rendre auprès de cette princesse pour la faire conientir à cette entreprise, il aima mieux se contenter de a soumission du crâle, et renouveler l'ancien traité, uette affaire terminée , il partit pour Constantinople.
Près d'entrer dans cette capitale, il aperçut plusieurs lersonnes remarquables par leur fortune ou leur rang , |ai , prévenues de son arrivée , étoient venues à sa rencontre. Dès qu'elles le virent, elles descendirent de cheval )onr le saluer. Comme cet usage étoit nouveau , le récent ne leur dissimula point la contrariété que lui faioit éprouver une pareille démarche. Il se rendit ensuite luprès de l'impératrice. Il lui trouva l'esprit inquiet , igité, l'humeur chagrine et triste. Elle attribuoit sa nélancoltêà une incommodité qui lui étoit survenue, ^our la distraire, Gantacuzène lui rendit compte de ses opérations, l'entretint du projet d'acquérir le Pélopolèse, de l'offre des habitans de ce pays, et lui fit voir es avantages sans nombre que procureroit cette possesion. Il finit par l'exhorter à avoir plus de confiance lans des promesses dont elle verroit bientôt l'effet*
Tous les jours il rendoit ses devoirs à l'impératrice, »t tous les deux se concertoient sur les mesures à pren- Ire pour l'intérêt de l'état. Un jour Tune de ces confé** rences fut troublée par une rumeur qui paroissoit venir de la partie du palais occupée par les tribunaux. Le régent crut que c'étoit une dispute de plaideurs; mais le bruit ^tant considérablement augmenté , il sortit pour eoconnoitre la cause. Il vit le vestibule inondé de mi- Vitairesqui appartenoient aux principales familles delà
mST. DU BAS-EBIP. TOH. XI. A 5
aâ6 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
cour ou (le Tétat , et le patriarche au iiiilleu de €etl jeune noblesse I et disputant avec elle. Il s'agissoit C^ntacuzène » à qui ces jeunes gens prélendoient qoN ne rendoit pas les honneurs qui lui étoient dus. Ils sV prenoient au patriarche , qui se dëfendoit avec beaui de chaleur, soutenant que le régent recevoit tout que prescrivoil Tëtiquette^. Au moment où la dû sion ëtoit assez vive pour dé^inérer en querelle, Caol cuzène parut, et sa présence imposa silence à toul monde. Elle fit cesser l'embarras du prélat, dont la tnation Ci)mmençoit à devenir très -critique. Mal régent, après avoir jeté sur cette assemblée di» re| sévères, apostropha le patriarche, et lui reprocl compromettre sa dignité en disputant avec de jt étourdis. Pour adoucir Vaigreur avec laquelle il M|î(. repris ^ le prélat j il le reconduisit jusqu'à son chefili quoique l'étiquette lui défendit de passer la porte intérieure du palais. Cantacuzène alla sans délai rendrt. compte à Timpératrice de ce qui vcuoit de se passer, et la pria de faire à ces jeunes gens les réprimandes qu'ils mcritoient , ajoutant quil les auroit punis Aai-méme, s'il ne devoit pas les emmener incessamment avec luL La princesse fit venir les principaux , et leur adressa dtl sévères reproches sur la double injure dont ils se rea^j
^ Rien n'étoit si minutieux que cette étiquette, et tout à la fois si important. Gonstantia, le fondateur de lu nouvelle Rome , y attachoit le plus grand prix. Lc« règlcmcns de cette étiquette formèrent une loi fondamentale de l'état, qui reçut le titre de dixfine hiéinrchic. Par cette loi , chaque rang étoit marqué avec un scrupule religieux; une multitude de cérémonie», de saluts , de révérencett, de positions, de gestes, étoient indiqués avec une puérile exactitude.
EUca étoient en si grand nombre , que la oonnoissancc en demanduit
une étude longue , beanooap d^ temps et d'attention ; st l'oD regaf' doit cette é'ude comme tellemoil grave , que c'étoit un Mcrîlégc que de la négliger. Lo coda Tliéodosira l'exprime formellement. Sit pUuA sacrilcgii reus , qui div.oa prmnptà nci-lexevit. Cantacuzène nv dit pat.
si les réclama lions de ces jeuneii groi en sa faveur étoient conformra à la divine hiérarchie f ou si« daaa i^ définse , le patriarche se iq^doit anr cette loi, w
* Ce sont les propres paiolA 4f Cantacuxèoe ( ilv. 5 , ch. i3 )• '
mSTOIRK DO BAS-lMPIftm. it^
Ht coopables, soit envers elle, en sopposant qu'elle mcloU pas justice au régent , soit envers le patriarche, par son caractère et ses fonctions , mëriioit leurs ects. Cette leçon fut donnée en présence de Canta^ ne«
n «'occupant des préparatifs de son départ , il sont aux moyens dassurcr la tranquillité de Tétat* oit â son avis lui faire courir des risques que de ne se rendre maître d'Apocauque. L'impératrice penqu'il ne falloit pas lui imposer d'autre peine qna à laquelle il bembloît se condamner lui-même en *mant dans une forteresse. Le régent paringeoit opinion; mais, comme il éloit obligé d'emmener en Occident , il aurolt voulu ne pas laisser la [xposée aux tentatives de cet ambitieux. Sa forto** |ant imprenable , ou demandant , pour être prise, ICC de temps et des moyens dont l'emploi eût dé* lus les projets, Cantacuzène proposa de lui par* et de se servir de lui. L'impératrice ne dissi'» ^int la surprise que lui causoit une aussi étrange [on. Ce qui la rend plus inexplicable encore *t de celui qui la faisoit, c'est le^détail dans »ntre à celte occasion, dans son histoire, sur \i la vie d'Apocauque; détail qui prouve qu'il lit aucune confiance. Né dans fa Bithynie, de :urs, Apocauque avoit commencé par être » préposés à la recette des impôts. Il se mit d'Andronic Asan , oncle de l'empereur. Il le [ent6t pour se donner à cebiï qui étoit chargé iribotions dans l'Occident, et qui lui confia lès fonds et l'envoya vers le vieil Androuic. Apo- \eWi remit les fonds de son m«nttre «comme étant If, et obtint pour récompense la place de son Faiteur. Mais , ayant commis des malversations dans ;rcice de cet emploi , il se cacha, fit offrir ses serfêt Syrgias au îeuiie Andronio. Il suivit son parti ,
Sà^9 ^ HISTOIRB DU BÀS-EMPIUEJ'
plus pour se soustraire à la punition qu'il avoit e rue , que par affection pour le prince. Cantacuzène faire ministre d'état sous ses ordres. Il entra dans les intrigues de Syrgias contre le grand* domestiq dans celles de l'impératrice mère. Cantacuzène , en triomphé, Apocauque n'eut rien de mieux à faire demander son pardon. Il l'obtint , et fut nommé g( de l'armée navale contre les Turcs , ensuite revêtu dignité de médiateur. Ayant dénoncé le grand-d( tique , il fut destitué de ses fonctions , puis en e nouvelles. C'est après une longue énumération , nous ne présentons qu'un sommaire , que le régcn mande encore une fois non-seulement la grâce d' cauque , mais son rétablissement dans l'exercice < fonctions. L'impératrice se laisse fléchir, non sans ] On envoya quatre commissaires à la tour d'Ep pour offrir au perfide Apocauque son pardon. 1 voulut point croire , et répondit qu'il persistoit ds projet de se défendre. Il baissa le ton quand le r vint lui-même en partant de Constantinople, et li claraque, ne se fiant qu'à lui, il se remettoît entière à sa dispos^îon sans aucune condition ni réserve, jours dupe, Cantacuzène lui conseilla d'aller se aux pieds de l'impératrice , et continua sa route se rendre à Didymotique, et s'y préparer à la gu( Avant son départ, la princesse lui avoit deman fille aînée en mariage pour le jeune empereur. C cuzène remit les fiançailles à son retour , sous pn que les affaires publiques ne pouvoient souffrir a délai; mais, en effet , dit-il lui-même, pour défi ses amis ) qui l'avoient prié de ne rien conclure leur parti ci p|ition. Ce refus inexplicable donna 1 beaucoup de conjectures sur les intentions de G cuzène; un tel mariage devoit flatter Tambitior lui prêtent ses ennemis. Si l'on suppose qu'il voulc gner lui-même, on est obligé de convenir que
HISTOIRE DU BIS-EMPIRE. M9g
ne fols il avoit volontairement repoassë l'occasion dit isfaire ce dësir. Il nous paroit plus vraisemblable attribuer ce refus à Tinstabilité de son caractère , à fluence qn'exerçoient sur lui ses amis; et toute sa duite jusqu'au moment où il fut poussé à bout one du poids à cette conjecture.
Apocauqne suivit le conseil du rëgent, et fit à l'imratrice d'humbles soumissions. Du palais de cette incesse il se rendit chez la mère de Cantacuzène , lui ouvela ses protestations, offrant d'y ajouter des sers, qu'elle refusa, parce qu'elle aimoit mieux les "^iffffts que les promesses. Il alla trouver ensuite le pa« ij^iarche , et lui tint un tout autre langage. An lien dt ^tconnoitre, comme il yenoit de le faire , les obligations ^o'il avoit au grand-domestique , il feignit de n'en avoir -DQ'aa prélat, de croire qu'il s'étoit sans cesse occupé du iL^in de le défendre; enfin qu'il lui devoît non-seule- ^:|neiit la liberté, mais encore la fortune et la vie. Il n'é- ' toit point de sacrifices asse? grands pour reconnoître de tels bienfaits ; en conséquence , il venoit lui confier un «cret'de la ^us haute importance, et qui l'intéressoit personnellement. Après toutes les précautions néceslaires pour exciter la curiosité du patriarche, il lui dit que le grand-domestique vouloit le chasser de son siège ^ tà. Vy remplacer par Grégoire Palamas, son ancien ami. Le prélat , surpris, exprima des doutes , et demanda ^ des preuves. Apocauqne, qui n'en avoit point, mit à \ jeur place les sermens les plus exécrables ; ^ et , pour le ] Jmieux persuader de son dévouement et de son intention de partager ses dangers , il lui proposa sa fille pour jon fils» cette alliance devant rendre tout commun entre eux , le bonheur et les disgrâces. Cette proposition «Dombla de joie le prélat. Le$ articles furent arrêtés , les
• Ce sont les propres expressions éloit marie, et qu'il avoit des en- 4e Gantaouzèae (liv. 3, chap. 18). fans. Lorsqu'il fut élu patriarcht, Jbof «TODS oublié de dir« que Jean on mit sa femme dans on C9ttvfiit.
sSô HISTOIRE DU 1IÂ8-EMPIR&
dispositions prises^ et, suivant l'usage des Grecs « les eontractans firent rechange des reliques qu'ils portoi à leur cou ; formalité qui attachoit Tidée de sacrilégf*! la rnphiro d'un engagement, et ne faisoil presque t }our8 qu'ajouter au crime de celui qui viuloit ses9ef#' mens. Ils se concertèrent ensuite tous les deux snrlll'^ conduite qu'ils dévoient tenir envers Cantacuzène. A tauque fit sentir au prélat combien il seroii imprà dent de vouloir lutter ouvertement contre Thomme plus puissant de l'empire, et nécessaire de mettre leurs intérêts Timpëratrice. En conséquence, il falloitl que le patriarche confiât à cette princesse le projet qo*li voit le grand-domestique de Tégorger, ainsi que kl jeunes princes, pour s'emparer du trône; si l'impért* trîce veut des preuves, il faut lui faire voir que la re» cherche exige du temps; que le moindre délai causera sa perte ; qu'un voile épais couvre les démarches des conjurés; qu'en agissant dans l'ombre , il n'en vont pas avec* moins de promptitude; qu'ils sont prêts à frapper lear? coup; entîu ces assertions devront être accompagnées de ce langage persuasif que le patriarche sait^si bien faire entendre. Tels furent les conseils et les instructiooi d'Apocauque. Il se chargeoit de combattre Cantacuzène, si l'impératrice l'autorisoit , et le prélat serait fait alors premier ministre , et tiendroit les rênes da gouverne^ ment.
Voulant attirer dans son parti les personnes de rem* pire qui avoieut aujuès d'Ata:! , beau-père de CantacïH zè:ie, Ivî plus d'influence et derrôdit, il agit en censée quence , et s'adressa plus particulièrement à celles quii pouvant avoir à ^e plaindre du régent ^ seroient nioini dîfnosées à le liéfemlre ipi'à le combattre. Il commença p.u' As ui Androiiic, beau-^tère de Cantacuzène. Depuis six ^'iiPC'CS ses deux eufans languissoientdans une prison dVtai juiur des crimes dont ils étoicnt accusés « et qiâ ne tendoient à rien moins qu'à bouleverserreaipire. H
HISTOIRE OU BAS-EMPIRS. 3i5l
l^roît, à différentes époques, et récemment encore, hit auprès de son gendre, pour .obtenir leur liberté, des démarches toujours inutiles. Le régent lui ayant Elit observer qu'il ne pouvoit prendre sur lui d'ouvrir Ui prison à ses deux enfans, sans faire une injure grave B rimpératrice , et sans lui causer de justes inquiétudes, et qu'il falloît préliminairement disposer cette princesse p rindulgence, Âsan avoit été d'autant plus satisfait de ces observations, que le grand^domestique lesterminoit liar la promesse formelle d'employer son crédit à son retour d'Occident, et de se rendre caution de la fidélité de sesdeux beaux-frères ^. Apocauque présenta sous un autre point de vue ces faits et cette promesse. Il n'eut pas de peine à prouver que, si Cantacuzène avoit pris quelque intérêt au sort de ses beaux- frères , il l'auroit fait voir en saisissant les occasions qui s'étoient offertes à lui mille fois : il en rappela plusieurs ; montra que It grand-* domestique jouissoit d'un pouvoir absolu ; chercha les véritables motifs de sa conduite , assurant que celui qu'il donnoit n'étoit qu'un défaite ; enfin déclara clairement que c'étoît à lui qu'étoit dlpe la prolongation de leur emprisonnement. Pour dissiper tous les doutes, il donna beaucoup de détails sur la faveur dont il avoit joui auprès du régent , sur les confidences qu'il lui avoit faites à cette époque de leur intimité , et mit dans le nombre de ces confidences le projet de laisser les deux fils d'Âsan vivre et mourir en prison , parce que leur valeur et leur talens les rendoient dangereux. Ces raisonnemens spécieux firent impression sur l'esprit d'Asan, et l'ébranlèrent. Sa tendresse pour ses enfansle rendoit crédule ; et je rôle que lui faisoit jouer Apocauque dans le projet qu'il lui communiquoit acheva
' Cette cîrcon«taDce prouve en- pris un parti pour ou contre deux
cote la foibletfse du caractère de GAn- frères , suivant qu'ils étoient iono*
facuzène. Av«c la fermeté néces- cens ou coupables. saire dans un homiAe d'état , il anroit
j|l34 HISTOIRE DU BAS-EMPIRB.
nir qu'il n'en étoit rien. C'éioit ôter aux protestai aux serinens, toute leur valeur, inspirer desdoiii lieu de la confiance, et courir le risque de produii eifet contraire à celui qu'on se proposoit. Une invraisemblance est cette triple proposition de ra< pour la même fille , offerte successivement au fi patriarche, au grand-drungaire , enfin à l'Italie moindre indiscrétion démasquoit Apocauque. Ces tradictions font présumer que Thistorien s'est p des. conjectures sur les moyens employés secrète par son ennemi, et qu'il lui étoit en effet diffic cpnnoitre : mais comme les faits constatent l'intri le complot, s'il est permis d'avoir des doutes sur ï titnde des moyens^ il ne l'est pas d'en conserve celle du récit des événemens.
Âme de ce complot, Apocauque y consacra te • niomeiis de sa vie. II réunit plusieurs fois les ca dans le palais du patriarche. On y convint de la n qu'il falioil adopter et suivre. C'étoit d'aller sépar chez l'impératrice; d'y tenir le même langage régent , afin que celte conformité d'avis et d'accus frappât davantage l'esprit de cette princesse. A son frère Conslantin firent les premières ouvertur ajprès avoir renouvelé l'expression de leur dévou aux intérêts d'Anne , ils dénoncèrent formellemen tacuzène comme conspirant contre l'état. Anne, ét< les reçut fort mal, et répondit sèchement qu'elle roit jamais le moindre doute sur l'attachement d( tacuzène. Elle imposa silence a Zampée, ainsi qi fib , qui tinrent le même propos. Ghurane, son fi gendre Stratagopule, et le grand-drungaire , n\ nenl pas un meilleur accueil, et reçoivent Toi ne plus tenir de pareils propos, parce qu'à son re grand- domestique pou voit tirer une juste vengea leurs calomnies. Ce résultat décourageoit les co qui , sans Apocauque , auroient abandonné leur
HISTOIRE DU BIS-EHPIRE. 5l33
, choqoâ le régent dans la conférence qui se tint i présence des ambassadeurs du roi de Bulgarie. Aponque Tassure que Cantacnzène étoit toujours ulcéré ir ce propos, et qu'il proposoil des^en venger. La donmr de son caractère étant connut de Cbumne , il conrrvoit des doutes, lorsque son ami les dissipa par des ssmens, et lui persuada que le seul parti qu'il eût à, rendre , c'étoit d'entrer dans le complot qu'il lui corn- ^oniqua.
Pour ne rien négliger, Apocauque crut devoir s'aresser aux serviteurs les plus affectionnés de Timpérarice , afin qu'en leur entendant tenir le même langage i«ie les conjurés, celte princesse fût plus disposée à jroire l'accusation dont Cantacnzène seroit l'objet. L'un le ceux qui avoient le plus de crédit sur Jeanne, étoit \rtot , venu de Savoie avec elle. Sa prudence et sa va** «ur le»fireot estimer d'Andronic. Apocauque lui persuada que le régent tenoit sur Zampée sa mère et sur ni les propos les plus désobligeons , trouvant mauvais :|u'qo eut reçu des étrangers , et qu'on eût en eux la moindre confiance. Les mêmes moyens donnèrent lieu au même résultat ; et l'Italien fut gagné par les protestations , les sermens , l'offre d'un reliquaire , et celle 4'ane fille déjà deux fois promise.
- Tels sont , en les abrégeant , les détails que donne 4^antacuzcne sur les premières intrigues d' Apocauque <laos le complot dont nous verrons bientôt l'exécution. Pour éviter les répétitions, nous avons omis à dessein une particularité qui se retrouve dans tous les^discours ^tt' Apocauque tient aux conjurés : c'est l'aveu de Tin^posture et de la fausseté de l'accusation dont il charge Gantacuzène ; c'est une exhortation ( toujours la même ) à soutenir le mensonge et le parjure. Cet aveu paroît peu vraisemblable. En présentant le régent comme ayant le projet de se défaire de l'impératrice et des jeunes princes, il valoit mieux en être persuadé que de conve-
2l36 HISTOIRE Dt7 1IAS-£HPfR£>
prëlat , qui tenta de démontrer le danger que Toi roit par le moindre délai , représenta le parti qv le régent dans la capitale comme formidable ' nombre de ses amis et leurs moyens ; ce nombre i qu'augmenter ; et la présence de Cantacuzène, c reviendra pas seul, consommera la ruine de ïé termine son discours par prier la princesse d'é Âsan, à qui Ton ne pouvoit supposer Tintenti perdre son gendre par des calomnies , et de plor propre fille dans le désespoir. Les argumens < avoient , il en faut convenir , une force irrésistible , que le succès du complot supposé le mettoit au pi rang en faisant sa fille impératrice : il sacrifioit en df nonçant son gendre , son propre intérêt à a Tétat. 11 se servit du refus qu^avoit fait Cantacu }fi princesse au sujet du mariage entre sa fille el Paléologue, et tira de ce refus une preuve de ses vaîses intentions envers le jeune prince <». Le de ment d'Âsan devoit paroitre d'autant plus granc le siècle où l'on voyoit des actes de cette espèc passé depuis long-temps, et que la seconde Rome avoit point offert d'exemple. Les mœurs du temp caractère des Grecs rendoient peu croyable cet ex vertu. La position d'Âsan et ses rapports avec son { justifioient complètement celui-ci, et dévoient conclure qu'il ne preuoit parti contre Gantacuzèi parce qu'il n'en attendoit rien , et qu'il trouvoi
ftonnable ou de spécieux à dire dans l'aveu qu'il fait de l'indii
Ja circoQStance. Oubliant c[u'il a , Télu ; le second , par le ré
dès l'origine , présenté le patriarche fait de plusieurs actions du
comme un homme nul, qui n'avoit qui démentent l'idée qu'ei
point Je talent de la parole , il lui l'historien,
met dans la bouche les plus beaux « Il aime mieux être e
discours du monde. Gantacuzène ne que d'awoir un gendt'e qui
peut éviter le reproche d'inconsé- Ce sont les expressions ra
quence ou de contradiction. Le pre< par Gantacazène.
mier est mérité par l'élection du ^ C'est ainsi qu'on appel
patriarche, qu'il obtint du clergé en stantinoplc. mnployant la force et la ruse , et paq
^ UISTOIEE DU S1S-£MP1R£« aj^
vantages à se mettre au nombre des conjurés. Mais .réflexions ne peuvent se faire qe'après l'événement ; l'impératrice n'avoit pour défendre le régent que iroe qu'elle lui portoit, et que depuis long-temps altéroit par des attaques répétées.
princesse qui, au rapport de Cantacuzène, ne voit ni croire ce qui lui paroissoit incroyable , ni er de croire ce que lui certiftoieni tant de personnes es de foi, se livrant à la plus vive douleur , prit le là témoin de la pureté de ses intentions, et remit intérêts et ceux de ses enfaus entre les mains du pa* rcheet d'Asan, les laissant maîtres de délibérer sur mesures que dictoient la prudence et la sûreté de t. A peine ce consentement fut-il donné, que les jurés firent garder à vue la mère du grand>domesué, son fils Andronic, la femme de Mathieu, son fils é, qui, tous les trois, étoient alors à Constantino- . Apocauque fut fait gouverneur de cette capitale, résumant bien qu'il lui scroit difficile de se faire obéir r les personnes formant les classes an -dessus du iple, il jugea qu'il falloit commencer par leur in- |||»irer de la terreur , et conséquemment armer ce peuple #t l'exciter. En peu de temps il se rassen)ble , et se porte |Dr la maison de Cantacuzène pour la piller et la dé- ■^Iroire : mais la mère du régent ayant paru sur une ierrasse pour s'informer de ce qu'on demandoit, la vue ite cette femme respectable dissipa l'attroupement. Alors le nouveau gouverneur tourna sa fureur contre les amis H le& partisans du grand-domestique. Les uns furent Irrêtés, les autres s^chappèrent par la petite porte de ?prphyrogénète : ils étoient au nombre de quaranteleux, et conduits par Apelmène, intime ami du régent, iortis de la ville, ces derniers députèrent vers l'impérarîce Nicéphore Cantacuzène , cousin du grand-domesique , et Jean Gabalas , qui ne s'étoit pas encore proloocé. Tous deux étoient chargés de faire des excuses à
a^O UISTOIRE DU BAS-^EMPIUI^
à la patrie , et i^ordre est donné de s'emparer de s sonne , ou , s'il résiste , de le combattre.
Quoiqu'il fût instruit de ces circonstances, C cnzène , toujours fidèle à son système, toujours t( risant , ne voulut agir que lorsque le délai qu'il lui-même assigné pour le retour de ses envoy expiré. L'impératrice lui dépêcha un officier n< Syrace , chargé d'une lettre dans laquelle elle lui < doit de se mêler des affaires publiques, de sor Didymotique,et de commander les troupes, lui qu'elle ne lui donnoit point le motif d'une p; défense , parce qu'il l'apprendroit bientôt avec le f Apocauque a voit écrit de son côté une lettre t géante , mais la princesse ne voulut point qu'd envoyée , et ne l'obtint qu'avec beaucoup de peine usant de son autorité.
. A la lecture de la lettre de l'impératrice, les par de Cantacuzène frémirent d'indignation, et pro rent de prendre les armes. Le régent mit l'affai délibération. Dans un discours très-long il rappe services, et, témoignant l'horreur que lui inspin guerre civile, il exprima le désir de se livrer à l'i: ratrice pour éviter un aussi grand fléau. Ses pari lui répondirent que cette démarche ne l'erapêch point , parce qu'elle n'auroit d'autre résultat que surer au plus vil , au ptqs méprisable des hommes torité souveraine , et qu'aucun d*eux ne voudroît J2 se soumettre aux ordres d'Apocauqpe. Tous déclar qu'ils appeleroient plutôt à leur secours le roi des gares ou le crâle de Servie, pour remettre à l'un < princes les provinces dont ils étoient gouverneurs, < places dans lesquelles ils commandoient. Ils fin par l'exhorter à se revêtir des marques de la di impériale pour remplir les intentions ou plut^ ordres d'Andronîc, qui pendant sa vie avoit voulu socier à l'empire , et , dans ses derniers momens , lui
rivit , pour le salut de Tétat , de prendre les rênes du
Lverneroent. Les amis du régent, paroissant inëbran-
Aes dans leur résululion , Cantacuzène trouva leur
fis raisonnable et juste , et cependant eut Tair, dans
discours , de donner à son consentement tous les ca-
ictèresde la résignation. Il leur fit sentir que le succès
leur cause dépendoit de leur union , et pria ceux qui
partageroient pas Topinion générale sur le parti
l'on prenoit, de le déclarer avec franchise et de se
tirer; enfin il avertit qu'il établiroit de Tordre , une
:ipline sévère, et que ceux qui rie s'y sonmettroient
,et pilleroient ou troubleroient les citoyens, seroient
;oureusement punis.
Cantacuzène, dans les dispositions qu'il avoit prises ir la guerre d'Occident , s'étoit fait précéder de ^troupes soudoyées , qui Tattendoieiit à Chalcidile, ville de |Ihrace , sous les ordres de Mathieu , l'aîné de ses enfans. Jfi les fit venir à Dîdymotique pour assister à son cou- |ionncment. Il envoya sa femme au fort de Bérée pour ,H)ettre en liberté ses deux frères qui y étoient détenus. Ainsi les vœux d'Asan se trouvèrent remplis d'une luanièré à laquelle il ne pouvoit s'être attendu. Le ré- Kent fil passer dans les villes de Thrace et de Macédoine des proclamations pour y faire reconnoître son autorité : dles étoient accompagnées de lettres particulières adressées aux commandans. Ces lettres et ces proclamations forent reçues par les uns avec respect et l'intention utf obéir, et par les autres dans des sentimens contraires. Des agens d'Apocauque ayant rencontré quelques-uns ie ceux qui les portoîent , les saisirent , les garottèrent et les envoyèrent à Constantinople. Les conjurés furent j transportés de joie d'avoir en leur possession des preuves ; de la rébellion du grand-domestique. Ils les remirent à 1 l'impératrice après lesavoir publiées. La princesse envoya ' ces lettres à la mère de Cantacuzène pour la convaincre i du crime de son fils. Celte femme , douée d'une grande
HÏST. DU BilS-EMP. TOM. XI. ï6
34^ -HISTOIRE D0 BA8-XMPIRK.
fermeté de caractère ^ répondît qu'il auroit fallu c vaincre Cantacnzène et Tëconter dans le temps qn' Taccusoit ; qu'en tenant cette conduite , rimpératri auroit évité bien des maux ; qu'ayant , elle, des preo de riiijustice du gouvernement par les traiteniens qu' lui faisoit éprouver en la renfermant chez elle, et la violation du droit des gens envers les envoyés de fils y elle pensoit qu'on Tavoit réduit aux dernières ext mités; enfin qu'elle croyoit donner un bon conseil rappelant que les qualités , l'expérience et les talens dt Cautacuzène, dévoient faire faire quelques réflexiooà sur le parti que l'on prenoit envers un homme qui avoii plus d'inclination au bien qu'au mal. On la rëcomp de sa franchise en l'enlevant de sa maison ponr la mettrel en prison dans Tintérienr du palais, en pillant ses menblcs et confisquant ses biens.
Quand les urnemens impériaux furent prêts, on fixa sa 26 octobre le jour du couronnement. Voici le récit qti'ea fait Cautacuzène ^: « Tout ce qu'il y avoil à Didymotique <' de personnes de quelque qualité que ce soit se tronva » devant le palais du nouvel empereur. Là il mit pre- « mièrement la robe impériale en présence de l'assem- <( bléc. il prit ensuite les brodequins de pourpre. Ses '( parens lui chaussèrent le pied droit; les principani *f des Latins soudoyés lui chaussèrent le pied gauche. «( Il prit lui-même le bonnet qui avoit été mis aux pieds [ << de la mère de Dieu, et le mit sur sa tête. Quand il fut « vêtu de la sorte, la proclamation fut commencée par « ceux à qui cette charge appartenoit. On proclama <c premièrement Anne Timpératrice, et Jean son fils <( l'empereur , et après eux Jean Cantacnzène, et Irènesi " femme. On observa le même ordre en récitant leurs « noms dans les prières publiques, et l'on fit aussi meo- « tion de celui de Jean, patriarche de Constantinoplc
* Hist. des empereurs Aadronic et Jean Paléologue , par Cantacuzèoe} liv. 3 y chap. 27.
Après la proclamation , Tempereur alla , suivi de tonte la cour, faire ses prières dans Tëglise de Saint-George, surnommé Patéocaslrien, Il y donna Tordre de la chevalerie à quelques Latins. De retour à son palais, il y dîna avec Timpëratrice sa femme, en présence de toute la cour. Jean et Manuel, frères deTimpératrice, et Jean TAnge, cousin de Tempereur, les servirent à table. Le lendemain on reprit le deuil de la mort d'Andronîc «. »
Des circonstances fort minutieuses en elles-mêmes, bais auxquelles Tesprit du temps et la manie d'interlîréter et de chercher des présages donnoient beaucoup Timportance, troublèrent Tesprit de Cantacuzène. Dans Ks vétemens qu'il prit le jour de la cérémonie, la robe k dessous se trouva trop étroite , et celle qui la couvroit Ifeaucoup trop large : un passage de TËvangile du jour ^nonçoit aux apôtres des persécutions et dés trahisons. m en fit rappiication au nouvel empereur; on vit Vans la robe trop étroite un mauvais augure, au lieu de liy voir que la maladresse d'un tailleur. Cantacuzène ^voya consulter Tévéque de Didymotique, qui passoit pour un prélat instruit et vertueux; mais il étoit piqué fc ce que dans le couronnement on s'étoit passé de soù intervention. Il répondit Çu'il n'éioit pas honnête de bi mander ses affaires lorsqu'elles étoient faites; qu*il ^oUoit que celui qui avoit mangé des figues vertes en ^ les livres enflées ; il lui raj^ela l'avertissement qu'il
« Ce deuil se portoit ea blanc. Le de l'associer à Tempire. Les deux
^U de Cantacuzène, offert textuel- fils d'Asan restèrent avec lui, et le
^nent , peut donner lieu à quelques rëHultat de l'odieuse conduite du
«marques. D'abord il ne parle plus père fut de voir ses enfans dans le
t« lui qu'en se servant du titre d'em- parti d'un homme qu'il forçoit à la
^treur : ensuite il se l'ait nommer le rébellion; et sur la tâte de sa filie
I^rnier dans la proclamation, et re* la couronne qu'il avoit eu l'air de re-
Onooit ainsi l'impératrice Anne et pousser en dénonçant son gendre,
«ao Paléologue. Par cet ordre il et qu'Irène n'auroit jamais eue, si le
^soit revivre le droit qu'il avoit reçu prince Asan fûl demeuré fidèle à
i* A ndronic , dont la volonté , d'après CanUcuzène. ^ téaioignage de Cantacuzène , étoit
lui avoît donné un jour de se délier d^Apocauqne, et la réponse qu'il. reçut de Cantacuzène, que peut un œ contre une pierfe ? Cependant i'évéque adoucit ses re^ inonlrances ^n lui prédisant le succès de son entreprise^ mais aprèjs; beaucoup de difficultés et d'obstacles.
Ayant l'esprit plus tranquille , Cantacuzène se préJ para à la guerre, eX commença par l'organisation de armée. Il en fit assembler les officiers, ainsi que ce qui étoient revêtus de quelque dignité. Devant eux» protesta de nouveau de la pureté de ses intentions, prit' le ciel à ténioin ^de la nécessité où il étoit rédnit prendre les armes pour sa défense. Il les remercia leur zèle , exigea que ceux qui avoient leur famiUje daiA les villes ennemies y retournassent, ne voulant poioR que leur affection causât le mafheur et la ruine de leiuï enfans et de leu^s femmes. Il fit ensuite payer les troupeSi en ajoutant à leur prêt une gratification , et ne retint auprès de lui que ceux qui n'étoient point mariés. Hforma seize cohortes, dont il donna le commandement à ses deux beaux-frères Manuel et Jean , qui dévoient prendre des positions aux environs de Constantinople, et se camper sur les bords du fleuve Mêlas pour empêcher les sorties de la garnison. Il se réserva le soin de .faire déclarer en sa faveur Périuthe et Sélivrée , qui prélendoient. rester neutres, et ne reconnoître aucun des deux enipereurs. La possession d'Andrinople étoit importante. Les principaux habitans reçurent avec joie les lettres de Cantacuzène ; mais la populace, excitée par deux ouvriers nommes Brane et Francopule , profita de l'occasion pour piller les riches, lès enfermer. dans une tour et se porter aux derniers excès. Ce fut la première étincelle d'un incendie qui embrasa toutes les villes de Thrace et de Macédoine , dont la population fut dèslors divisée en deux partis, l'un pour et l'autre contre Cantacuzène. Dans toutes, le clergé lecombattoit par des excommunications et des libelles. De tous côtés les gen5 ,
ni n^avoîent rien profîtoicnt de l'occasion pour piller
» autres. A ce sujet il remarque lui - niAiie qn*il
^mble qu'il y a plus de probité en temps de paix quen
temps de guerre, parce que le premier temps ne fournit
)ini l'occasion de mal faire.
Le peuple d'Andrînpple, s'étaut saisi des principaux
ibitans, les envoya à Conslanlinople chargés de
laines. Craignant d'autant plus la vengeance du nouvel
ipereur que la ville étoit sans garnison , ils envoyèrent
^ni^nder du secours au roi de Btdgarie. Il y vint en
iligence, comptant mçttre sous sa domination cette ville,
seconde de Tempire ; mais on lui déclara qu'on l'ap-
îloit corfime allié, non comme souverain. Survces
Ltrefaites les troupes campées sur les bords du flçuve
[élaSf voyant Cantacuzène menacé par les Bulgares «
iteçolèreiU malgré ses ordres, et même une partie déserta
tour entrer à Constantinople. Jean Yatace, capitaine
;dcs Açyraïtes , fut de ce nombre. Le roi de Bulgarie ,
||! n'ayant pu s'emparer d'Andrinople comme il l'auroit
'Voulu, crut pouvoir sans risque diviser son armée
pour parcourir la Thrace et la piller. Mais une partie
(al complètement battue par Jean , qui revenoit avec sa
troupe des environs de la capitale, et l'autre par
des Turcs qui, profilant de la guerre civile, commet-
> toienl mille dégâts dans la province. Le roi, hors d'état
. de faire résistance, si Cani.icuzènerattaquoit, lui envoya
jl demander la paix. Elle lui fut accordée. Le nouvel em-
r pereur crut ensuite devoir faire une dernière tentative
auprès de l'impératrice en lui députant deux envoyés :
l'un nommé J(»an Polhe, appartenoit à l'Ange, échan-
son, et l'autre étoit son fidèle DéinélriusScuropule. Le
premier fut mis en prison , et le second dans un cachot
obscur, après avoir été fiisligé, rasé et promené dans les
places publiques. Syrale, l'un des amis de-Canlacnzène,
^'prouva le même trallqment, Toutes les yUies.de>la
^4^ HISTOIRE D0 BAS-EMPtEE.
Thrace, à Texception de Pamphyle, de Prine et d'imi fort nommé Emputhion , s'ëlant déclarées pour I^id"!] pératricei le bien qu'il avoU dans ces places fut abandonné au pillage. Asan , nommé général de Tarmée Constantinople, s'avança dans cette province pour côm-j battre celle de son gendre. Mais la rigueur de la saij les empêcha d*en venir aux mains. Les étrangers voisii des terres de Tempire ne. laissoient pas échapper ai occasion aussi favorable d'exercer leurs brigandages, le firent impunément. L'empire grec se trouvoit dai l'état le plus déplorable. Cantacuzène fit sur Andrinopl une seconde tentative aussi inutile que la première.^ Pour avoir des secours ou des alliés, il envoya des ambassadeurs à Monomaque, gouverneur de Thessalie; i^ Synadène, protostrator, gouverneur de Thessalonique;. à Guy de Lusignan, (ils du roi de Chypre et son allié. Le premier refusa de les recevoir; le second, piqué I contre Cantacuzène de ce qu'il avoit fait son entreprise 1 sans le consulter, se plaignit de son injurieux oubli., et renvoya les députés. Quant à Lnsignan , il reçut plus mal les ambassadeurs, et sous leurs yeux fit piller les biens de leur maître. Après s'être ensuite expliqué de la manière la plus injurieuse sur le compte de celui qui lesenvoyoit, il ordonna, contre le droit des gens, qu'ils, fussent mis en prison. Il rompit en6n le traité qu'il avoit conclu avec Cantacuzène, dont Manuel , le second de ses enfans, devoit épouser la fille de Lusignan. Le pillage, fait par les ordres de ce dernier, eut lieu dans un grand nombre de villes et dans les provinces où Cantacuzène avoit des biens. D'après l'énumération qu'il présente lui-même, sa fortune étoit immense. Sans compter ce que ses amis mirent en sûreté , ni le don qu*il fit de deux cents vases d'argent , la portion de ses trésors que l'on confisqua suffit pour équiper une flotte de aoixante-dix galères. Le nombre de ses troupeaux étoit
HfSTOfKE DU BAS-EMPfR«. ^47
prodigieux •. On a calculé, par les mille paires de bœufs qui ëtoient employés à la culture de ses dom^'^ines, qu'il rievoit avoir soixante-deux mille cinq cents acres de libour. Si Ton songe que ses possessions étoicnt en grande partie dans la Thrace, province la plus mal(rait(^e par iôiis les partis, et que sa probité ne fut jamais al laquée Ifi suspecte, on aura lieu de s'étonner d'une pareille lEM*tiine. Ses ennemis avouent qu^au milieu des déprédations publiques il garda seul une modération et une Menue que personne n'imita. La grande faveur dont il |omt auprès d'Andronic et les libéralités de ce prince; ^eavent expliquer Tétat florissant de son ami , sans ^iter à celui-ci le reproche de n'avoir point appris à #ûn maître à être un peu plus économe tlu trésor jpoblic.
Les deux armées n'exerçoient aucun acte d'hostilité, parce que la rigueur du froid suspendoit leurs opérations. L'une étoit à Constantinople et l'autre à DidyiBotique. Cantacuzène commençoit à perdre courage, K voyant abandonné des trois principaux chefs sur lesfloels il avoit cru pouvoir toujours compter. Il sentit, mais trop tard, la faute qu'il avoit commise en ne leur ► confiant pas , non les projets qu'ils lui supposoievit , puisque la révolte étoit spontanée , mais la nécessité dans laquelle il s'éloit trouvé de prendre la pourpre, et les raisons qu'il avoit eues de le faire. L'abandon de 3ynadène l'affligeoit le plus, parce que, depuis longtemps, ils éloienl liés d'intérêt et d'amitié. Sa défection , effet de l'amour -propre blessé, ne fut pas de lonjrne durée. Synadène eut des remords de sa conduite envers son ami. Serepentant d'avoir écondnit ses and^issadeurs, il lui envoya un homme fidèle et discret pour lui promettre de lui livrer Thessalonique au retour du prin-
• Cinq mille bête» à cornes , cia- mens, trois ceni» mulets, cinq cents quante mille porcs, deux cents cha- âaes, et :ioixautedix mille moulons, me^ox , deux mille cinq cents ju-
â/|8 HISTOIRE DU BAS-EMPIftl.
temps , et rengager à venir alors se concerter avec loi l'assurant que ce voyage auroît pour sa cause des sultats avantageux. Ce message adoucit le chagrin Gantacuzène, ctt ranima son courage. Dans le ni temps , Crèle, chef de parti , qu'une troupe bien di plinée et de grandes richesses rendoient puissant dai im. temps de guerre civile, vint hii oifrir ses servi Crcle , jadis étoit passé du service des Serviens à celai des Grecs avec un corps de militaires bien; déterminés^ et, par l'intermédiaire de Cantacuzènc, il avoit obt des faveurs d'Ândronic le jeune. Il ne Toubliolt point venoit se mettre à sa disposition. Il fut reçu comme devoit rêtre. Sa bravoure , son activité , son caractè entreprenant, ses compagnons d'armes étoient, da les circonstances , une ressource précieuse. Il enga le nouvel empereur à tourner ses armes vers l'Occident, l'assurant qu'il en tireroit les plus grands avantages.'Ce conseil étoit assez important pour mériter d'être attentivement examiné. Cantacuzène rassembla donc les principaux officierset tous ceux qui étoient chargés dequelqœ commandement.il lesconsulîa pour avoir leuravissurle choix du théâtre des prochaines opérations militaires. Ceujx qui étoient de Constant inople vouloient qu'on, marchât sur cette capitale, prétendant qu'à Tapprochc de Tarmée une grande partie des habitans se déclareroit pour elle ; que la prise de cette ville étoit aisée, et qu'ainsi Ton se trouveroit en peu de temps à la fin des travaux et des dangers. Ceux qui avoient quitté les provinces occidentales disoient au contraire qu'on devoit aller de ce côté , parce qu'on ne trouveroit aucun obstacle , et que les peuples étoient disposés à recevoir l'empereur : ils soutenoient que ce seroit une grande imprudence que d'attaquer en ce moment Constant!nople, à cause de la multitude d'ennemis qui s'y trouvoient , qui tous étoient puissans, qui , ne voulant poiat que la population restât neutre , l'aigrissoient contre
HISTOIRE DU BA-S-^£MPIRE. s/f^
ManUicuzètoe , et la forçoient de prendre un parti. Eu KDinmençaut par aller prendre possession dès provinces Mcidentales , on en reviendroit avec des forces snffil^otes pour achever glorieusement une si grande entre- Mti^, Les ofBciers de troupes soudoyées et ceux de la naison de l'empereur , qui , dans celte discussion , ftoient dégagés de tout intérêt personnel, annoncèrent ppi'ils iroient partout où le prince voudroit les mener. Cantacuzène adopta Tavis de ceux qui vouloient aller Ifers l'Occident, dont les nations s'offroicnt en quelque IDrte d'elles-mêmes, faisant voir que ce seroît agir lODtre la prudence et courir le risque de les avoir pour ^neniies, si Ton ncgligeoit de répondre à leurs avances. On se prépara donc à celte expédition , qui paroissoit teéonir en. effet plus de probabilités pour le succès. Le reste de la mauvaise saison fut employé à fortifier DidymotÎQue , que l'empereur regardoit commesa capitale, et qu'il lui étoit important de conserver. Il fit creuser toutiautour des fossés larges et profonds , et pcj^rsonne , pas mênie le clergé , ne fut exempt de concourir aux travaux.
:^ Tous les préparatifs étant achevés et l'époque du dé- ^j^. ^^^ part ( qui avoit été fixé au 5 de mars ) étant arrivée , l'armée se mit en marche. Cantacuzène laissa l'impératrice sa femme à Didymotique avec ses trois filles , 'et Nicéphore Dticas , qui venoit d'épouser la troisième , et qui , trop jeune encore , ne pouvoît supporter les fatigues de la guerre. Il confia la garde de la place à un corps de cavalerie chargé de repousser les attaques de la garnison de Coustantinople ou celles des villes voisines. Ce corps étoit sous les ordres de Tarchaniote, deOlabas el de Jean Paléologue primicîer de la cour. Huit capitaines, dont chacun commandoit mille hommes, de- . voient défendre les faubourgs, dont l'étendue exigeoit , one garnison particulière, Manuel-Asan , son beau-frère , ^voit le commandement général. Cantacuzène erome-
aSo HXtTOMU HO llf-^BHf tmit
noil âvfee hit 99$ deux fils Manuel et Mathieu , <
Asaa , Ange , échanson , son cousin , et plu^iews m
personnes de qualité* et se faisoit précéder de Goiu
tin , fils de Michel Ducas , despote , pour prépare
logeniens el oi^ets nécessaires à l'arni|éc. Mais, coi
aucune des villes de la Tkrace ne lenoit pour Ter
reur , ce Constantin , craignant pout^ le succès f
cause* et particoKèremenl pour les biens quMl possé
abandonna le parti de Cantacuzène, et se retira
Guy de LiisigAan. Le besoin de fourrages déten
rempereiir à camper près de Béra , fort situé daui
plaine à TeRnbouchure de r£bre« où l'on trouvoi
pâturages abondans* Il tenta de s'emparer de ce
quif4B*étoit défendu que par des moines ; mais^voi
empêcher ses troupes de piller le monastère, il p
du temps à d'inutiles négociations. Les moines
sèreut d'écouter aucune' proposition , parce qu'^
précédemment livré le gouverneur qu'ils avoient er
pieds et poings liés à Constantinople , ils craign
d'être traités avec trop de rigueur , et ne se fioiei
aux promesses qu'on ponrroit leur faire. Tandis
perdoit du temps, Jean Yatace, qui commandoit
les environs un corps de troupes impériales , se jeta
dant la nuit dans le fort avec une garnison suffis
et, par cette action hardie, ôta tout espoir de s'er
parer à Cantacuzène ,que ce contre- temps força r
camper; Il alla mettre le siège devant Anastasi<
Yatace le suivoit à une journée de marche, pour
un engagerpent qui ne pouvoit que lui être désavant
à cause de Tinfériorité de ses troupes. Elles étolent
posées de soldats qu'il avoit amenés de Constantii
ou tirés des villeS'de la Thrace. Il tenta de s'intn
dans la ville; mais tousses efforts furent inutiles
Tempercur mettoit de soin à garder les avenues
vigueur à pousser le siège. Yoyant qu'il lui éloit i
sUkla d'entrer dans la place , Yatace fit proposer i
HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. a5l
ppQzènede seconcerterensoinble, l'assurant qo"!! le servipi t avec zèle , s'exciisant sur la nécessité du parti qu'il proit pris, et lui conseillant d'aller trouver l'impératrice , pétendant que l'opinion qu'on avoit de sa foiblesseétoit la Wpole cause de la guerre , et qu'on feroit la paix dès que ES. forces et ses moyens seroient connus. L*empcreur, jpii ne prenoit les armes que pour sa défense , se mon*
ri disposé à s'entendre avec Y atace, et le pria d'indiquer lieu , le jour et l'heure où tous les deux pourroient p voir et s'entretenir. Cantacuzène, fidèle au rendez-
E38, attendit Yatace , qui ne parut point, et remit l'envue au lendemain. Ensuite il lui fit dire qu'en ayant ; conférences avec lui , il craignoit de se nuire; qu'il jkvoit qu'on se défioitde lui, et qu'on cherchoit Toccasion bie perdre ; enfin , qu'ayant laissé sa femme et ses enfans p Constantinopie , il étoit obligé, de peur de les exposer Pide mauvais traitemens, d'agir avec beaucoup de prupence. L'empereur répondit qu'il aimoit et désiroit la btix, mais que, pour l'obtenir en augmentant ses forces, il ne vouloit point de sacrifices.
- Pour donner de nouvelles preuves de la sincérité de ^désir , Cantacuzène fit encore des démarches. Il écrivit po patriarche, lui rappela les sermens dont il étoit à la jfcnsle témoin et le dépositaire; ceux qu'avoit faits l'imi^ratrice de ne jamais le condamner sans l'entendre, <enx que lui-même avoit prêtés spontanément , et par lesquels il s'étoit engagé à prendre sa défense. Il lui Cusoit voir que c'étoit pour ne les avoir pas tenus que .'empire étoit désolé par la guerre civile , le plus terrible de tous les fléaux ; enfin il lui prouvoit que ce .l'étoit ni par timidité ni par foiblesse qu'il faisoît cette dernière tentative, puisque son armée étoit plus redoutable par la valeur et 4e nombre que celle de ses ennemis, mais qu'il n'avoit d'autre motif que l'intérêt de l'état. Un moine , se dévouant par amour de la paix, se chargea de porter et remettre ^ette lettre. Le patriarche
202 UISTOfRE DU BAS-*£MPIRC.
non-seulement dédaigna<l!jr, répondre, maïs fit m le moine en prison , comme un criminel qui s'enter avec les ennemis de l'empire. Si ce prélat avoil moins ingrat et plus dévoué à son pays , la réconc tion eût été facile par les dispositions dans lesqu étoît rimpératrice. Cette princesse commençoit al< revenir des préventions qu'on lui avoit inspirées ce Cantacuzène. Elle se repentoit de la légèreté avei quelle elle avoit permis de prendre 'les armes , de sa grande facilité à prêter l'oreille aux détracteurs di gent. La conduite odieuse d'Apocauque, ses trahii se présenloient à son esprit. Un jour, se trouvant avec quelques dames de sa cour , elle exprima d« elles la crainte quelle éprouvoit d'avoir été trompe le compte de Cantacuzène. Elle ajouta, qu'en exami attentivement sa conduite depuis le commencerae: la guerre , elle n'y voyoit rien qui prouvât qu'il ei mais eu l'idée de conspirer contre elle ou contr enfans; qu'elle étoit fâchée d'avoir écoulé des dis< dépourvus de fondemens, au lieu de s arrêter aux qui dévoient faire tenir un autre langage. Les perse qu*elle sembloit ainsi consulter lui demandèren dans l'état des choses, et Cantacuzène s'étant fait clamer empereur , il y avoit quelque remède au L'impératrice répliqua qu'il étoit facile ; que l'c devoit pas trouver extraordinaire que celui qui , pei la vie d'Andronic, avoit exercé l'autorité souver quoiqu'il n'en portât point les marques extérie continuât de l'exercer sous la pourpre impériale; n'y auroit d'autre différence que le costume ; qu fils étoit trop jeune pour régner de quelques an enfin que le mariage projeté entre Hélène , fille d gent, et Jean Paléologne , terrilîneroit la guerre entretien fut rapporté au paracémomène Apocaii .^ui , se croyant dans le plus grand danger , se hi se concerter avec le patriarche et les autres com[:
•a peur est contagieuse entre des coupables. Celle d'AiQcauque se communiqua rapidement. Chacun vit sa ^rte dans la réconciliation, dans le mariage du prince 3vec Hélène , et résolut à tout prix d'empêcher Tune et '.Autre.
Après s'être concertés , ils virent que leur seule respurce étoit dans l'impératrice. Tout dépendoit de cette l^incesse ; il falloit donc ou la séduire par la persua- Son , ou ta contenir par la terreur. Ils parurent devant Ûlà, lui répétèrent les calomnies dont ils l'a voient en* ^retenues , et les augmentèrent ; expliquèrent leur conpHÙte par le danger que couroit la famille impériale
rnfiée à Canlacuzène, et s'attachèrent particulièrement démontrer rcxistence de ce danger. Unis pour la défense des intérêts de cette famille , ils lui sacrifioient Ifturs biens , leur honneur et leur vie : ce seroit une gKlieuse injustice que de payer un tel dévouement par BQ traité secret et fait sans leur participation avec il'ennemi de l'état. Ils ne sont point éloignés de la paix , ^urvu qu'elle soit avantageuse, et qu'on les consulte avant de la conclure. Ils terminent ce long discours, en demandant à Timpéralrice qu'elle ne la fit point sans avoir leur avis, et désignant à cette princesse le patriarche, comme étant le dépositaire de leurs pensées les plus secrètes et de leurs dernières résolutions. Sur un signal du patriarche, ils le laissèrent achever cette comédie. Ce prélat, parlant en ministre inspiré et comme agité d'unesaiute indignation, apostropha Timpératrice., et lui denianda quel démon envieux de son bonheur pouvoit lui inspirer un projet aussi désastreux que celui de se réconcilier avec Cantacuzène? Il lui déclara sans aucun ménagement que, si, contre toute raison, elle persistoit dans ce projet , ils en viendroient tous aux dernières extréaûtés, c'est-à-dire qu'ils commenceroient par riramoler , elle et ses deux enfans, au salut de l'état , plulôt que de recevoir celui qui. en étoit le plus impla-
â56 HISTOIRE DU BAS-EHPiaK.
nés d^in jour à l^antre ponr la réponse qu'on lenr ave promise , et qu'on ne leur donnoit pas, ils clemandèi à retourner dans leur couvent. Les révoltés ne vouloit point faire cette réponse, craignant que les moii ne la publiassent , et qu^on ne vit que c'étoient eux causoient la guerre. Ils eurent recours à nn dernier pédicnt : ce fut d'oilrir aux religieux des dignités ecci siastiques. Le seul Macairc se laissa corrompre l'appât du sicge archiépiscopal de Thessalonique ; on I] nomma sous une condition à laquelle il eut Tindignil de consentir : c'éloit d'accuser ses confrères d'être pai sans de Cantacuzène , et de le noircir par les calomnij déjà répétées tant de fois. Macaire s'acquitta de son à la grande satisfaction de ceux qui le lui avoient doni Quand il eut pris possession de Tarchevêchié de Theî Ionique, il n'y eut aucune espèce de vexations qu'il se permît contre tous ceux qu'on supposoit conserw quelque attachement à Cant^cuzène. Quant à ses frères , ils furent punis ponr n'avoir point trahi leur science. On fit enfermer Isaac dans le monastère dePé| trée; Sabas, dans celui de Cora. La grande réput.itioi de ce dernier imposa quelques égards à ses persécuteuni mais il les refusa^lédaigneusement , disant qu'il serôlj coupable s'il rocevoit des soins de gens qui ne vouloicni que la guerre et le meurtre. Les autres moines fiirenl ignoniinieusenient chassés. Telle fut l'issue d'une ambassade dont Cantacuzène at(endoit un autre résultai^ mais qu'il auroit mieux prévue s'il eût mieux connu la hommes, particulièrement ceux avec quiilavoit aflailM et qu'il lui étoit impardonnable de ne pas connoître.
Apocauque , pour augmenter sa puissance^et. celle à son parti , résolut de faire couronner le jeune empereur , parce que c'éloit une époque où les faveurs, la dignités , les récompenses étoient prodiguées à la cour Les conjurés , qui étoierit maîtres , vouloient partager entre eux les principales, et distribuer les autres
HISTOIRE BU ÈÀS-£M1^IRé: dS^
Mrs créatures. Cette proposition de couronnement^ iite précédemment par Cantactizène , et repoussée bmme si elle eût été injurieuse ^ devoit surprendre i i&rce que -les motifs pour lesquels on Tavoit rejetée jjjfcistoient toujours. Le principal étoit qUe le jeune Mnce n'avoit point encore atteint Tâge fixé pour cette liErénionie. Apocanque et le patriarche , bravant le rehroche qu'on pouvoit leur faire d^étre en contradiction Pirec eux-mêmes , firent indiquer par l'impératrice le 19 povembre pour le jour du couronnement , qui eut lieu kans aucun appareil ; et le 24 décembre pour celui sacre, qu'on célébra avec beaucoup de poiiipe. Au bilieu des cris de joic^on entendoit des imprécations ihtre Gantacuzcne. A cette occasion , Apocauque se fit »nner la dignité de grand-duc , Isaac Asan Celle de tnhypersébaste. Paléologue , gendre d'Apocauque , et ihumne, furent faits grands-stratopédarques , et Zabaprotosébaste. Le patHarche , qui étoit parvenu au te des honneurs ecclésiastiques , ne pouvant montei* jHtis haut , fit dans son costume quelques changemens >ur l'embellir , et particulièrement pour le distinguer Je celui des autres patriarches* Ceux-ti ne portoient ipi'une mitre dont la couleur étoit blanche : le prélat nniit de côté la sienne , et la remplaça par une mitre H'or enrichie de broderies. Il adopta , pour signer son ^>om , une encre vertç , dont l'usage fut interdit à tout nntre qu'à lui. Dès qu'Apocauque fat grand-duc , il idhangea de ton et de conduite. Jusqu'alors , craignant qu'on ne découvrit ses vues ambitieuses et son projet de ■Remplacer Cantacuzène , il avoit mis quelque affabilité dans ses manières, faisant passer devant lui les membres da conseil ^ et prodiguant ces marques de politesse qui ne coûtent rien , ne prouvent rien , mais produisent toujours de l'effet. Dès qu^il fut grand-duc, il cessa d'être communicatif, devint arrogant, et s*empara de toutes les affaires , grandes et petites. 11 prit
!àSS HISTOIRE DU BAS-ftHPI&K.
rintendance générale des finances; il donna lescom gnies des gens de guerre et les gouvememens des n et des provinces à ses parens ^ et distribua des r penses à ses créatures. Comme la noblesse ne pouvi voir son élévation sans jalousie , il Téloigna des affai afin qu'elle n'eût plus d'influence sur le peuple. Il coi inença par les parens de Cantacuzène , qu'il pouvoit primer avec plus d'impunité. Quand il les eut obligés se retirer , il persécuta les autres nobles par des mes vexatoires , qu'il avoit soin de mettre sur le compte l'impératrice ou du patriarche.
Il s'acharna plus particulièrement à la mère de G tacuzène, qu'il tenoit depuis fRusieurs mois étroi nient enfermée. D'après ses ordrej , on lui retran graduellement les choses les plus nécessaires à la vie rhiver on la laissa sans feu ; l'on adopta un système pi;ivations dans lequel on mit un raffinement cruel, i retrancha plusieurs mets de sa table : ceux qu'on I accordoit , servis brusquement ,^ étoient soumis à recherche qui en augmentoit la malpropreté '. D satellites gagés ne la perdoient point de vue , se tenant] impudemment dans la même pièce qu'elle , vomissani mille injures contre son fils , s'annonçant des nouvelle!, fausses, telles que la prise de Cantacuzène , sa condain*' nation , son supplice, sa mort. Elle ne put résister t de pareils traitemens 9 et tomba sérieusement malade. Lei^ femmes qui lui demeuroient fidèles demandèrent avec in^^ stance qu'on lui envoyât un médecin. Apocauqae refusa^ de manière à ôter toute envie de revenir à la charger L'impératrice , qui fut icitormée de ces faits , en fit det reproches au patriarche , et donna l'ordre à son médecia de se rendre auprès de la piiH^cesse malade. L'impi*
* Les marmitons enfonçoîent de- qu'on pouvoit lui écrire clandestine^
Yant la princesse leurs mains sales ment. f^o/*. bist. de Gaalacuzène»
et grasses dans les vases , sous le liv. 3 , cbap. 35. jprétexto d'y rechercher les lettres
ntStOlKE BU BAS-EMPIRE. jffSt)
wable prélat voulut forcer le médecin à promettre par erment qu^ilne prescrlroit aucun remède. Celui-ci, ayant Ppondu qu'alors sa visite étoit inutile, on l'obligea de la ldre,afin d'avoir Tair d'obéir à l'impératrice ; mais en le vévenant que, s'il s'avisoit de soulager la malade , il N^devolt imputer qu'à lui tous les maux qui lui arri* broient. Effrayé de ces menaces , le médecin fit à la ère de Cantacuzène une courte visite, pendant laquelle terreur le rendit muet. N'osant proférer un mot dent les gardes , il indiqua par signes que la malade it besoin d'être saignée , et se retira promptement* femmes qui la soignoient ne purent obtenir de hirurgien. Consumée par la fièvre , accablée de chain , elle mourut le 6 janvier, entre les bras de Théora , sœur de l'empereur Andronic , et veuve de îchel , roi des Bulgares. Cette princesse , réfugiée à nstantinople , où elle avoit pris l'habit religieux , renant à quelle extrémité la mère de Cnniacuzène ioit réduite , alla lui prodiguer trop tard d'inutiles l^ns , et reçut son dernier soupir. C'étoit de sa part une rque de sa reconnoissancepour les témoignages d'int qu'elle en avoit reçus jadis. Elle fit déposer son ps dans le monument de ses ancêtres y le, monastère Marte , construit par l'aïeule de la défunte , qui oit soeur de l'empereur Michel , le premier des Paléoes. C^est ainsi qu'étoit traitée une femme issue du g impérial , et parente de Jean , prince régnant, près avoir rendu les derniers devoirs à la mère de Gancazène, Théodora fit des reproches à l'impératrice f la dureté avec laquelle elle avoit été traitée. La princru^ se justifier en ijejetant tout sur ses ministres, en protestant de son Â^kiorance. Peu d'instans après mort , Apocauque fit faire des perquisitions rigou-* uses des biens et de l'argent. Ces recherches fu-* Jrent accompagnées d'excommunications contre ceux §ui pourroient être détenteurs ou dépositaires. La plu»
!}6o HISTOIRE BU BAS-ElfPÎRK.
part rapportèrent les sommes qui leur avoient ét( fiées. Tout fut partagé, sous la direction d'Âpoca' entre lui, Zabalas, protosébaste , Cinname, trésori les eunuques dont les conjurés se servoient. Le s la mère de Cantacuzene parut faire quelque impr sur Fesprit de l'impératrice ; elle hasarda de no l'expression de son désir pour la paix. Mais les min la menaçoient ; et , pour mettre de leur côté les ; rences et le prétexte du bien de Tétat , ils lui mer des espions , qu'ils avoient préalablement instrr leur rôle , et qui lui rapportèrent que , cessant dissimulation , Cantacuzene disoit ouvertement < $eul moyen de terminer la guerre étoit de la ni< mort avec ses enfans , et de faire supplicier le patrie le grand-duc et leurs adhérens. On avoit eu s( disposer dans la salle du palais , pour entendre c< port , des témoins qui , n'étant point dans la c( ration , crurent les premiers la déposition qu'ils e doient , la publièrent avec un air de persuasioh q permettoit p^ de douter de leur véracité. Ces téi de bonne foi, qui ne soupçonnoient aucun snbtci rendirent ainsi de grands services aux conjuré profitèrent de la disposition des esprits pour faire rer que celui qui parleroit d'accommodement déclaré ennemi de l'état , et traité comme tel.
Pendant que ces événemeps se passoient à Coi tinople, Cantacuzene s'étoit, comme nous l'avor mis en campagne. Ayant échoué devant Béra, i être plus heureux, en mettant le siège devant Ai siopole, qu'il pressa vivement quand il vit que ^ avoit plutôt le dessein de retarder ses opérations, < demandant des entrevues auxqaelles ce dernier ne \ pas, que l'intention sincère de se concerter avi sur les moyens de faire la paix. Pour réparer le t perdu , il ordonne à ses troupes de se préparer assaut général , et fait en conséquence toutes les d
HISTOIRE DU BAS-EMPiae. a6i
^4bns nécessaires. Au point du jour tout fut prêt; on ^^pttit avec acharnement. Le soir on dressa les échelles, ''^'on approcha les machines dont on a voit besoin ; -^s la nuit suspendit les opérations. Les assiégés en T^fifèrent pour paroitre sur leurs murailles et oécla- 4 à Cantacuzène qu'ils offroient de se rendre, s'il vou- -ft accorder une amnistie. Il reçut avec joie cette nou- 4ie, et leur (it dire qu'il oublieroit tous leurs torts et 4r accorderoit ce qu'ils lui demandoient, s'ils vouloient 4 envoyer des députés avec lesquels il conviendroit conditions et concluroît un traité. Les premiers de ville, tant du clergé que de la bourgeoisie, se préitèrent en effet. Ils s'excusèrent d'avoir pris les armes itre lui, et se justifièrent par le serment qu'ils ayoient Kt précédemment à l'impératrice, de s'opposer à tousi ennemis de cette princesse et de prendre les armea ir elle. Cantacuzène les reçut avec douceur, et leur tpédia des lettres dans lesquelles il leur accordoit ce 'ils désiroient; mais une personne attachée à la mai^ de l'empereur sortit avec eux, les accompagna idant quelque temps , et leur conseilla de ne point idre leur place, parce que l'empereur étoit obligé de ft rendre le lendemain à Thessalonique, et que même Havoit donné des ordres à cet effet* Les ambassadeurs, Ivant de rentrer dans la ville, firent dire à Cantacuzène fo'ils ignoroient la dernière détermination des habilans. C'étoit pour colorer la conduite de ceux-ci, dan$ le cas où, profitant de Ta vis qu'on leur donnoit, ils ne voudroient point ouvrir leurs portes malgré le traité. Ce fut en elTet ce qu'ils firent : ils se préparèrent à se défendre de nouveau. Le jour suivant,^ les ambassadeurs parurent sur les muiCflles, annonçant qu'on n^étoij; point d'accord , et que , puisque l'empereur devoit se rendre à Thessalonique , ils délibéreroient pendant son absence, et lui feroient part, à son retour, de leui^ dicrnière résolution. Au lieu de les punir , eo recooi^
•■ - -o-i-TïT-m
ùaxks}e$ mqfs^^slroopes. qu'il leur envoya* Il en ci le gpnYernement à^ Jean Asan , son beaii4rère. La < 4Uioi]f dqiift Çrél^iivcit fait dépendre .sa jondion i remplie, Cantaqij^e le fit sommer de. tenir sa fnease. Ce chef de pi^rti , qui vQuloit bien avoir pi |a bonnç fqrtqne de l'empereur, mais non aux fati qu'elle pou voit, coûter, fit une repose ëva&ive , nii 9vapt quelques prétextes pour se dispenser de pre les arngfe^. Cantacuzèoe , devinant ^es intentions, à des ordres pour que son arnç|ée.ne sorte point du ca part avec fte3 deux fils, Manuel et Mathieu, preod ^orte çie trois cents hommes de cavalerie , et se rei deu3^ jours à la demeure de Créle, Celui-ci, gago^ cette démarche 9. l? rççoît de son mieux, le garde dant le joqr suivant , et le lendemain se met en t ;^vec lui. L'armée témoigna beaucoup de )oie de Ti yée de Créle, q^i pouvoit, soit par des secour hommes, en çheyaux, eq argent , soit par ses U militaires, ètrç d'une gsande utilité. Quant au pj stratoi*, il étoit retombé d^ins ses irrésolutions. Il : laissé s^ femme et ses enfans à Constantinople, et gnoit pour eux les traitemens cruels dont la mère < amis de Cantacuzène venoient d'être victimes. S dène, apfii du poqvqir, désiroit d'attendre Tévénei pour se d^<^|der ep faveqr du ppuvpir. Cet état certitude l'empéçhoit de réprimer par des me; sévères ceux qqi daus T^essalonique preuoient tfiment les arme^ cqntre Cantacuzène , et dont Tin nité ne faisoit qu'^ccrpitre et le norpbre et Taudac comptoit toujours pouvoir Içs contenir par le | dévoué à Tempereur, composé des soldats de la garr e^ d'une portion des ^abitans ;; car , s'il n'osoit pre le parti de Cantaçu9S>ène , il ne vouloit pas plus Tal donner tant que ^a cause ne seroit point désespé fpais ces délais e( ces hésitations affoiblirent son ci p{ fes moyens 4ç ^^P^^^P.f^*. \i^^. factiçux se réuni
onr, soulevèrent la populace, chassèrent les nobles Is supposoient partisans de Tempereur, en prirent qties-uns, et tuèrent plusieurs gens de la maison du ostrator. Ils pillèrent les maisons des riches, et, lant deux ou trois jours, Thessalonique offrit le l.icle d'une ville tombée entre les mairts d'un vainir irrité. Le jour et la nuit on voyoit des bandes ourant les rues en poussant des cris affreux. Les rds, devenus riches de pauvres qu'ils étoient, s'emrent de Tautorité. Synadène n'évita la mort que par lite, et se retira dans le fort de Gynaïcocastre, où édemmeA il avoît mis une garnison. Il fit avertir délai Cantacnzène, en l'invitant à venir le trouver tiptement, et l'assurant que, s'il se hâtoit, ils pour* it tous les deux prendre Thessalonique, parce qu'il t laissé dans cette ville un noyau de partisans qui endoient que l'occasion. Cantacuzène, qui ne savoît oujours en profiter, a des conférences avec Crêle, emande une partie de ses troupes, convient du jour l viendra le joindre, et part pour aller trouver le ostrator; mais il s'arrêta devant Rentine, forteresse il voulut se rendre maître ; ce qui donna le temps troupes impériales de se joindre à celles de Guy de gnan et de se jeter dans Thessalonique. Laissant : cents hommes de garnison dans le fort, l'empereur ince du côté du fleuve Galice, et rencontre Synadène i de mille fugitifs. Tous, à sa vue, descendent de al; le protostrator s'avance le premier et lui baise cd; les autres suivent son exemple « : c'étoit le cérélial par lequel on reconnoissoit pour empereur celui li Ton rendoit cet hommage. L'empereur se baissa K)n cheval pour saluer le protostrator, et parla aux
lanlacuzène a soin de rendre le cérémonial constatoit la puis-
te de cette cérémouic un peu sancc : il avoît plus de valeur encore
e dans une circonstance où il pour celui dont cette puittsance étoî\
agir. Mais , dans Tcmpirc grec» douteuse qu cootestée*
a68 HISTOIRE BU BAS-EHPIRE.
résolution, marche vers le fleuve Araxus avec ses soldais;' dont quelques-uns le suîvoient moins par inclination! que par force ou respect humain. L' Araxus, grossi dans« son cours par des torrens, étoit débordé de manière à ce qu'il devenoit impossible de le traverser sans le plus grand danger, ou plutôt sans s'exposer à une perte certaine. Ne pouvant triompher de cet obstacle , Cantacozène revint à Gynaïcocastre , avec le projet de tenter le passage lorsque le fleuve seroit guéable , et de profiter de ce délai pour faire faire à ses troupes les provisions nécessaires. Ce contre-temps causa la plus grande joie an protostrator, ainsi qu'à ses adhérens.
Sur ces entrefaites, le grand-duc Apocauque arrîvoit d'Eubée à Thessalonique avec une flotte de soixante et dix vaisseaux qu'il avoit fait construire et équiper aux \ dépens de Cantacuzène , au moyen de Pargent confisqoé > par ses soins. Cette expédition n'étoit qu'une vaine parade et n'avoit aucun objet d'utilité , parce qu'une flotte ne pouvoît nuire à l'empereur. A son entrée à Thessalonique , il apprit ce qui se passoit dans l'armée de ce prince et la répugnance qu'éprouvoit à le suivre une partie de ses troupes. Il dépêche aussitôt vers le protostrator, et lui fait les offres les plus avantageuses s'il vouloit abandonner Cantacuzène, et les menaces Ici plus terribles, s'il persistoit à le défendre, annonçant que, d'après le choix qu'il auroit fait , sa famille seroit, on comblée d'honneurs et de biens, ou exposée aux plui cruelles persécutions. Synadène, qui avoit déjà pris en secret sa résolution et vouloit déserter la cause de sob F ami , ne fut pas embarrassé dans le choix. Seulement il pria le grand-duc de confirmer par serment ses promesses. Apocauque, pour qui les sermens n'étoient qu'un jeu, le fait sans hésiter. La nouvelle de cet arrangement, s'étaut répandue dans l'armée, y causa beaucoup de troubles en raison de la diversité des sentimens: les uns vouloient suivre le protostrator , et les autres le com--
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 2Ùg
battre. Dans ce desordre qui pouvolt avoir les suites les pins fâcheuses , Cantacuzène rassemble les officiers et ceux que Ton connoissoit pour hésiter d^s cette guerre , ou même pour la blâmer. Il leur reproche leur foiblesse , eu l'opposant à la fermeté dont ils avoient jusqu'alors donné des preuves ; leur demande s'ils ont perdu quelque bataille y si les affaires sont réduites à une telle extrémité, qu'ils soient obligés de se rendre ou de périr; si quelque grand désastre, inconnu de lui, renversoit leurs espérances. Il leur déclare que rien ne Tébranle dans ses résolutions ni ne diminue son courage; que, si la crainte des persécutions dont on menace leurs parens ou leurs amis agit sur eux au point de leur faire commettre des bassesses, ils peuvent prendre congés aller oîi il leur plaira, parce que de même qu'il ne les a point engagés I contre leur volonté , de même il est bien résolu de ne I pas les retenir contre leur inclination. Ce discours produisit son effet. Ceux qui continuèrent à vouloir se ■ retirer le firent décemment, en faisant des vœux pour : sa prospérité. Il leur défendit de se mêler avec ceux qui ^ restoient, et les vit passer devant lui avec une conte- [ nance ferme, dissimulant le chagrin que lui causoit f cette défection. Dans le nombre de ceux qui l'abandon- \ Qèrent étoit Apalmène. Né dans une classe obscure, il ^ devoit tout à l'empereur, qui , remarquant dans ce jeune [ homme les plus heureuses dispositions , l'-avoit fait élever, et bientôt comblé de faveurs. ll'devint le plus riche et le plus considéré des officiers de son armée. Les talens et les qualités brillantes d'Apalmène sembloient lui mériter cette élévation et la lui faisoient pardonner. Mais Torgueil le plus chatouilleux gâtoit ces précieux dons de la nature. Les plus hautes dignités lui paroissoient au-dessous de son mérite. En donnant aux princes de son sang les principales charges, l'empereur commettoit une injustice à ses yeux. Il vouloit être le second dans l'empire , et si ses vœux ambitieux eussent été
Û^2 IfllSTOIRE DU BilS-'EaPlRE^
première occasion, de la préférence qu^il avoient d( d'abord à son rival. £n général , ils n'eurent pas li 6e féliciter d'avoir abandonné Tempereur. Sachan les Serviens assiégeoient Edesse, il envoya sa cav au secours de cette ville. Les deux Paléologues él chargés de cette expédition. Quand les Serviens "> que les Grecs étoient en plus grand nombre qu ils leur abandonnèrent leur camp à la première att Après l'avoir pillé , les cavaliers retournèrent à [ salonique. Apocauque , au moment de partir Constantinople, fit maltraiter deux ambassadeui voyés par Cautacuzène au crâle de Servie ; c'é Constantin Paléologue, protosébaste , et Arsène placon. Ils étoient logés chez un berger, dans le I de David, près de Prosague. Leur hôte s^étant cot avec ses parens et ses amis, ils se saisirent de ces envoyés , les lièrent , violant ainsi les droits de VI talité, les conduisirent à Thessalonique, et les livi au grand-duc, dans l'espoir d'une récompense, cauque leur donna les biens de ces ambassadeur servant à ceux-ci les derniers outrages. 11 fit met prison le protosébaste. Zamplacon fut abandonn matelots , qui l'emmenèrent sur une galère, lui m des vétemens ridicules, le forçant de tenir un flac dans chaque main , le frappant et le proclaman suite patriarche de Caniacuzene, Après l'avoir bafoué, l'on eut la cruauté de le jeter dans un c. Apocauque partit ensuite sur ses vaisseaux poi tourner à Constantinople. Il envoya par terre la lerie.
Cependant Cantacuzène continuoit sa route obstacle, et débarrassé des troupes du grand-d arriva le soir près du fort de Prosague, construit si hauteur. Ce fort appartenoil jadis aux Grecs; mai dant la guerre des deux Andronics il fut livré au3 viens, qui le conservoient. Un seigneur du pays, ne
[ichel , en étoit propriétaire. Il igiioroit quels éloient *s soldats qui s'oiVroicnt à sa vue , dans ({iieile intention s arrivoient; et, de son côté, Cantaciizène ne s^ivoit oint s il avoit alTaire à un ennomi. Daos le doute, lichel rassemble des cavaliers et de l'infanterie, et se lispose à bien se défendre. Voufant dissiper son inceritiule , il s'approche, et reconnoissant Cantacuzène, pour eqnel il avoit une estime profonde, il le saine cunime mipereur, lui livre passage , et lui fournit tous les vivres qu'il put se procurer. Cantacuzène pa^se un jour à Pro- &ague pour faire reposer sa troupe, et le lendemain tra« verse le fleuve Axius, se dirigeant vers Scopie, ville qui (le la puissance des Grecs étoit tombée en celle des Serviens. Arrivé sur le bord d'une rivière , dans le voisinage de Beles^ , il aperçut des troupes sur 1 autre bord. Il ordonne à Tun des siens de traverser à la nage ; et , t supposant que ces troupes étoient commandées par Libère, le plus puissant seigneur île 4a Servie, il l'envoie saluer et prier de lui indiquer un endroit guéiible. Il ne se trompoit point : c'étoit en clTet Libère, qui lui rendit le service qu'il lui demandoit. Il reçut l'empereur comme un souverain, le garda pendant trois joins dans I SCS domaines avec son armée, et lui conseilla d'aller attendre le craie à Scopie, promettant de le disposer en sa faveur. Fidèle à sa parole , Libère partit en liiligenciî pour se rendre à Morake , où le craie passoit alors pour lûcner Hélène sa femme voir son frère Alexandre , roi de Bulgarie. Libère fit au prince le récit des malheurs de Cantacuzène, lui annonçant qu'il venoit lui demander du secours contre ses ennemis. Il représenta combien il luiseroit glorieux d'aider le prince à monter sur le trône. Ce qui probablement acheva de déterminer le cale , ce fut l'échec que ses troupes a voient essuyé sous ks murs d'Edesse : il brûloit d'en tirer vengeance, et rempcreur pouvoit le, seconder dans ce projcit. Etienne cl sa femme résolurent de suspendre leur yoyae^iî; ils
^ÏST. DU BAS-EM?. TOM. \l. l^
2^4 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. j
envoyèrent leur fils Pondanus à Cantacuzèoe pour lei prévenir qu'ils alloient à sa rencontre. A cette nouveUc[] il partît de Sropîe pour venir au-devant d'eux. L'entre-j vue eut lieu dans le village de Prîstiné. Ils prodiguèrent] à ce prince le.s marques de respect et les honneurs leti plus grands. Le crâle voulut que son trône fût plus élevé^ que le sien, qu^il eût la droiie, qu'il marchât devant luij dans les cérémonies ; qu'au lieu du salut en usage dans\ la Servie, il reçût celui qu'on pratiquoit à la cour i grecque ; c'est-à-dire, qu'on descendit de cheval pour lui J baiser le genou : le crâle descendoit le premier, et Can-J tacuzène le saluoit sans mettre pied a terre. Ce dernier 1 entre avec beaucoup de complaisance dans le détail des honneurs qu'on lui rendit. Un peu moins d'honneurs et une volonté plus franche de le secourir auroient mieux valu. Quoique le crâle sût fort bien pour quel motif, venoit Cantacuzène, il lui en fit la question. Celui-ci ' lui répondit qu'il ne pouvoit supposer qu'il ignorât ce qui lui étoit arrivé depuis neuf mois que duroit la guerre civile : qu'il venoit pour lui demander des secours s'il pouvoit lui en donner, en le priant de lui dire la vérité ^ans restriction , afin qu'il sût à quoi s'en tenir, et cherchât d'autres moyens de pourvoir à sa sûreté. L'empe- , lour vouloit connoître les intentions du crâle, et pifjuoit ^ .son amour-propre en faisant dépendre le refus de la tirule impossibilité. Le prince des Serviens l'approuva <ie s'exnrînier avec tant de franchise, et lui dit qu'il avoît des forces plus (|ue suffisantes pour défaire tous ses ennemis, et qu'il les ernploieroit volontiers à son ser- , vice. Il y mit une condiilon qui prou voit que rinlérct j personnel passolt avant tonte aiiire eonsiJération : c'étoit ih cession de toîilei: les villes et <hi pays depuis Thessa- | lo:;ique jusqu'aux frontières occidentales de l'empire. \ai lui faisant cette demande, il hii dit que, ilans les rircons^arices où il se trouvait , ses pr(»'entioîis ne de- \(îi<'îiî pi'^s 0\vi* o:^'ceiiIves , et qu il SL-roii trop heureux
HISTOIRE DU BàS-EHPIRE. ^76
avoir le reste de rempirc. Cette réflexion n^ëtoit pas ropre à disposer l'esprit de Caiitacuzène, qui lui déara que non-seulement il ne lui Hvreroit jamais aulne ville, mais qu41 les conserveroit toutes avec soin , t Tempire dans toute son intégralité. Le crâle, surpris le la hardiesse et de la fermeté de rcmpereur, ne dissibuloit pas son mécontentement; et, sans Hélène, les kùx princes seroient devenus ennemis. ^\\e manda Kngl-quatreServiens les plus qualifiés ; ollo les consulta In présence de son mari ; et , de son consentement , elle N^mina la question relative à Cantacnzène. « On ne 'peut nier ( disoit-clle ) qu'il ne dépende enlîcrement de nous. Il faut prendre le parll le plus utile. Si nous Voulons le maltraiter, nous «')vons deux moyens; le tuer , ou le renvoyer sans secours : le premier seroit nn crime odieux; leseconfi , une maladresse qui nous Couvriroit de honte. Le renvoyer, c'est le livrer à ses ennemis. Le rétablir sur le trôni, en lui faisant promettre de ne point se départir de notre alliance, et de ne jamais exiger que nous lui rendions les villes prises avant son règne, tel est, je crois, le meilleur parti que nous ayons à prendre. » Le crâle permit IX autres conseillers de dire leur avis. Libère seul prit I parole pour dire qu'il adhéroit à l'opinion d'Hélène ; \ï*îl n'étoit pas possible d'eu avoir une plus favorable iix intérêts de la Servie, et qu'il exhortoit de Tembrastr sans en chercher d'autre. On suivit cet avis. Le crâle Kmercia la princesse de lui avoir donné un conseil si ilntaire et si glorieux pour lui. Il alla trouver Cnnta<** Qzène , et lui dit qu'on préféroit son amitié à des ribesses, comni^ aux villes les plus populeuses; qu'il Ouvoit donner ses ordres, et qu'on lui obéiroit : on ^ lui demandoit pour prix des sacrifices sans nombre n'en alloit faire pour lui que la promesse de ne jalais exiger, quand il seroit sur le trône, la restitution M places prises avant son règne. L'empereur répondît
en exprimant sa reconnoissance , et par la pron qu'on lui demandoit , mais en raccompagnant de q ques menaces , si l'on n'observoit pas bien les trai menaces peut-être déplacées dans Tétat des choses, q qu'il prétende , en les racontant , qu'on admira son trépidité. Le traité portoit que les deux princes den reroient unis par une alliance inviolable pour défense mutuelle; que le craie ne s'accorderoit jai avec l'impératrice ou son fils Jean Paléologue; e que les villes prises par les Serviens avant la conclu de ce traité resteroient en leur possession. Un inci faillit à rompre cet accord. Etienne vouloit que Ca cuzènelui livrât Crèles, comme un rebelle qui devoit puni. L'empereur rejeta cette deniande comme i rieuse, lui faisant observer que, s'il etoit capabi trahir son allié, il ne poiitroit inspirer aucune • tiance , parce que ce seroit de sa part une per odieuse. Après bien ^s débats, le crâle abandonna idée. Tous les articles étant convenus, on désira de et d'autre de faire le serment en présence de l'ar vêque de Servie , prélat pour lequel on avoit une gr vénération. On le fit donc venir. La veille du jour c pour celte cérémonie , une nouvelle discussion s'< j)Our un sujet imprévu. Crèles voyant la défection (! partie de l'armée de Cantacuzène , sachant qu'il mandoit des secours au crâle , craignît d'être aband de l'empereur; et comme il en avoit trop fait pour t ver grâce auprès du grand-duc , il se trouvoit da situation la plus critique. Pour se tirer d'enibarrs imagina d'apaiser la colère d'Etienne par quelque sent d'un grand prix. En conséquence «îl s'empar Méloniqne, et la fit offrir au crâle pour en obtenii pardon. Etienne reçut cette proposition avec la grande joie. Le lendeniain, jour où l'on devoit pi serment, Etienne demanda qu'on fit mention de C comme de son sujet, et de cette place comme de
1^1 appartenir, puisqu'il en étoit devenu maître avant |a prestation du serment. Cantacuzène prétendit que if^étoit une inFraction au traité. Le crâle répliqua vivement , eu appela au texte même de la convention , qui ^ortoit qu'il retiendroit les villes prises sur les Grecs avant le traité, qui ne faisoit loi pour les contractans j{ue du moment où le serment auroit été prêté. Canta- .-^uzène fut obligé de céder. L'archevêque reçut ensuite rje^ doubles sermens. Immédiatement après la cérémoi:|Ue, le crâle assembla les vingt-quatre notables de sou pjroyaume, en retint quatre auprès de lui, donnant à ^}*empereur les vingt autres avec des troupes à sa dispoition. Ils avoient ordre de lui obéir, et de prendre loutes les mesures nécessaires pour son service. On se répara à marcher sur Didymotique. Pendant que ces ëvénemensse passoicnt,Giiy deLusignan prit les troupes fiui étoient dans Thessalonique, assiégea Rentine, et Ja prit. Il maltraita la garnison , fît frapper de verges .les deux cents soldats que Cantacuzène avoit laissés dans cette place, les dépouilla de leurs effets; enfin condamna les uns à Texil , et fit enfermer les autres.
P(;ndant que Cantacuzène négocioit en Servie un traité qui ne pou voit rester long -temps secret, Apo«- ,^uque retournoi t à Constant inople en triomphe. Em- .barque, comme nous Tavons dit, il aborde à Polystyle, dont les babitans se soumettent à son obéissance. Il fit monter à bord ceux qui lui étoient suspects, et laissa les iQtres sous la surveillance de Gudèle , échanson de Timfératrice. Ensuite il écrivit aux babitans de Didymo- [iique pour les inviter à qnitter^le parti de l'empereur, ils dévoient savoir que Cantacuzène avoîl fui devant iJui : conséquemment ils n'avoient rien de mieux à faire ^u'à se soumettre. Ne doutant point qu'ils ne le fissent, it leur indiquoit dans sa lettre le lieu sur lequel ils dévoient se rendre en grande députaliixn pour venir audevant de lui^ et leur recommandoit de lui amener son
frère £an. Cette impertinente lettre inspira d'à quelques craintes, parce qu'on ne pouvoit Texpli qu en supposant un succès décisif. Détermines cepen à ne pas se rendre au grand-duc, ou mieux instruits la situation des affaires de Pempcrcur, les principal citoyens de Didymotique y firent une réponse outra*' géante. « Ils témoignoient de Tétonnement sur Pextn- « vagante vanité d'Apocauque; lui rappcloient Vwr f' famie de sa naissance et de ses mœurs , lui disant que « personne n'a voit oublie que sa première condition fol « d'être valet de Macrène, chargé de lever les imposi- « tions sur les jardiniers; sa seconde, de passer au ser- « vice de Nicolas, qui avoit le même emploi; sa troi- « sième, de servir Stratège, receveur des gabelles, qaUl «c fit destituer. » Continuant cette énumération, ils fe j font souvenir des obligations qu'il avoit à Cantacuzène, sans lequel il auroit été puni honteusement, et qui, en arrêtant le cours de la justice, a commis une faute grave et encouru des reproches fondés. Ils terminoient par protester qu'ils n'ahandonneroient jamais ce prince. Nous vous faisons^ disoient-ils, i//?^ réponse telle qui voire lettre la mérite , et nous vous la renvoyons par ceux qui l'ont apportée , sans leur faire aucun mal, par respect pour les lois. C'étoit une leçon qu'on donnoit aa grand-duc sur l'indigne conduite qu'il tenoit envers les ambassadeurs qu'on lui envoyoit. Il attendoit cette ré-, ponse pour faire voile de Polystyle. Il est aisé de concevoir sa fureur quand il la reçut. Il fut amplement dédoniningé par le patriarche et ses complices à son arriva dans la capitale. Ils le proclamèrent vainqueur illustre, et général , sans avoir de rivaux.
Sa battre avdit causé de vives inquiétudes à l'impératrice , fenmïe de tjanlacuzène , ainsi qu'au jeune Asan paice qii ils naî^rtoient qu'on n'eût peur d'Apocauquc Ils se defioîoïii [)rlncî[)a!enient de Comitopule et dt Vatace, officiers de l'empereur Jean Paléologue , qu
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. â^Q
pcommanHoient chacun mille hommes d'inFanterie dans Ues fanbonrgs de Didymotique. Dans le doute, ils vou- ^ lurent connoitre la disposition des esprits; on saisit Toc- ^casion de les sonder. Un jour que. beaucoup d'officiers '«t de soldats se trouvoient au palais, Asan leur parle des lettres d'Apocauque , réfute les mensonges dont elles ëtoient remplies; et, supposant que Cantacuzène avoit des revers, eut l'air de les consulter pour savoir comment ils se conduiroient. Comitopule, après avoi'r fait an exposé motivé du parti qu'il avoit pris de s'attacher à l'empereur, dont avant de se décider il avoit examiné toutes les actions, s'écria que, s'ilétoit malheureux, ce . seroit une lâcheté de ne pas redoubler d*efforts. Il prot pose de lui renouveler le serment de fidélité , ainsi qu'à • l'impératrice mère, et d'envoyer vers Cantacuzène pour lui déclarer que tous étoient prêts à tout souffrir pour son service. VatiAce approuve le discours de Comitopule, et dit qu'il partageoit son avis ; en conséquence le serl ment fut renouvelé. Le prince Asan donne l'exemple , i ainsi que l'impératrice. Tous deux n'avoient pas de ^' nouvelles de Cantacuzène. Le jour où le serment fut j spontanément prêté , un homme se présenta de sa I part; il s'appeloit Protite. Au lieu d'une lettre de j créance, il n'avoit que l'empreinte du cachet de l'emi pcreur , qu'il avoit été obligé de conserver dans sa bouche pour éviter les recherches. L'empereur Tavoit en effet chargé d'aller trouver Irène à Didymotique, et de lui faire le récit de ce qui s'étoit passé devant Gynaïcocastre, en ayant soin de taire les circonstances qui ponrroient affliger l'impératrice, telles que la défection du protostrator, et la désertion d'une partie de ses troupes. Irène remit à cet homme des lettres pour Cantacuzène. *
Le peuple des environs de Didymotique n'étoit pas à beaucoup près aussi-bien disposé pour le prince que les habitans de celte ville. Les agens ou soldats d'A-
280 ÎIISTOinE DU BAS-EUPIRie.
pocauqnc Text-îtoîenl à la révolte. Une nnît iows paysans se rassemblent, s'arment, et, marchant snr ville , paroissent à la pointe du jour devant les portent attaquent les murailles, et , se joignant à la populace ào faubourgs, menacent les habitans, et les somment de*!' rendre. Indigné de cette conduite, Asan fait ouvrir tel portes, sort à la têle de la garnison, tombe sur ct^j canaille armée, et la dissipe en un instant. Il profila ik cette occasion pour détruire les faubourgs, qui, dansw» sioge, pouvoîent être très-nuisibles à la place. Les maisons furent démolies; les charpentes servirent de hou jde chauffage, et ceux qui y demeuroient furent obligés d'aller chercher retraite ailleurs. Tant que les paysans étoient restés fidèles à Cantacuzène, l'armée de Constantiuople n'avoit formé aucun projet pour se saisir de' Didymoti(pie , parce qu'elle auroit trouvé des obstacles insurmontables dans la population des* campagnes. Dès que cette population se fut prononcée, on eut l'idée de former le siège de la ville. Les circonstances auroient été favorables immédiatement après la révolte, et pendant que Tempercur éloit en Servie; mais il falloit à la têle des opérations du cabinet deConslantinople un homme habile et brave , et le grand-duc n'étoit qu'un vil et lâche intrigant. Le projet d'attaquer Didymotique ne reçut d'exécution que lorsqu'il n'étoit plus temps, et quand il falloit y renoncer.
Dès qu'on sut à la cour qne l'empereur négocîoit avec le craie de Servie, on mit tout en œuvre pour empêcher la conclusion du trailé, ou pour le faire rompre. On alla beaucoup plus loiii : calculant sur l'ambition oii la cupidité d'Etienne , on tenta de sédnire celui-ci pour l'engager à livrer son hôte. On lui fit proposer de fixei lui-même le prix d'un service aussi important. Oii. oiîroit les villes de l'empire qui avoient toujours été pt»^séxlccs ou convoitées par les craies ; on offroit nîcn^< pour Ton des enfans dn prince régnant une (lessa?v\i
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. a8l
^«in Palëologne , à condition que Cant«')cuzcne seroit ^ mort ou vif, car on se contentoit de sa tête. Ces positions faites au nom de l'impératrice , mais sug- ^es par Apocanque , furent portées à la cour du cràle ' deux ambassadeurs. Cétoient George Luc, Tuu ennemis les plus acharnés de Tempereur, et Ma- *e, ce moine fait archevêque de Thessalonique pour ir trahi les intérêts de Cantacnzène, et s'ctn* mis nombre de ses calomniateurs. Soit qu'il n'écoutât rhonneur et le devoir, soif que sa fen;me profitât ion influence, Ëfienhe rejeta avec indignation les )ositions qu'on lui iit , prolestant que, quand on lui neroît la couronne impériale, il ne consontiroîl jas à se souiller d un crime aussi détestable. Les amadeurs furent même obligés de repartir sur - Ic- "np; mais Apocanque, qui les reçut fort mal à leur ur, les renvoya sans rendre aucun compte du ré- )t de cette ambassade, exigeant d'eux qu'ils fissent fiouvelles tentatives. Ils se bornèrent à demander ^tienne fit seulement mettre Cantacuzènc en prison , répugnoit à le livrer, oiïrant toutes les villes de cidcnt , à l'exception de Thessalonique, L'accueil du î fut le même. La princesse Hélène alla plus loin ; les reprit avec aigreur, et les chassa de sa présence eur reprochant leur bassesse, et la honte dont ils se /roient en se chargeant d'une pareille mission. La ' imita cet exemple. Les principaux Servions les rent hautement d'extravagance pour avoir cru que prince éloit capable de commettre un crime qui mvrifoit d'opprobre. Un seigneur, nonmié Couace , iporta même au point de les menacir de la mort, ne faîsoient une prompte retraite, et s'écria devant quils vouloieni crever t œil de l'empirey comme s'ils '^noient d'y voir clair. INlacaire, furieux de ces rages, eut riiupiuleiîce de paroîlre en la présence iantacuzène, el tie lui adresser les plussauglans repro-
âSil HISTOIHE DU BAS-EMPIRE.
ches, Taccusant d'ijigratîtade envers Andronîc, dontâ ne reconnoissoit les nombreux bienfaits qn^en consfHrant contre sa veuve et ses enfans, prétendant que Dieu |l commençoit à le punir en le rendant errant et vagabond; qu'il se déshonoroit en cherchant des secours chez des barbares toujours ennemis des Grecs; enfin il termina fcl cette mercuriale par une exhortation pathétique, dam [I: laquelle il le pressoit de faire ses soumissions à Timpé^ rat rice, ainsi qu^au patriarche , afin den dbtenir son pardon. Cantacuzène, qui aimoit beaucoup à faire des ; discours, ainsi que le prouve son histoire, ne laissa n point échapper l'occasion d'en adresser un au moine i apostat, au lieu de le faire chasser. Il lui rappela , ce qu'il i savoit aussi-bien que lui, les démarches qu'avoient : faites à i>a prière les religieux du mont Âthos pour ob* tenir la paix, l'inutilité de ces démarches; mit en parallèle la conduite de Macaire avec celle de ses couragenx confrères; compara ce moine à celui qui, pris de vin, croit que les objets dont il est environné tournent autour de lui ; lui montra le siège de Thessaloniqiie comme le prix de son apostasie , les marques de sa dignité comme les témoins importuns de son crime et de sa honte; lui citant des passages de TEcriture-sainte , il remit Tentretien à d'autres temps, et le congédia. Macaire et George repartirent pour Constantinople, confus tous les deux du résultat de leur ambassade.
Ces négociations , quoique inutiles, ne laissèrent pas d'être désagréables à Cantacuzènc, et de lui faire sentir qu'il étoit dans la dépendance du craie de Servie. I^a conduite de celui-ci ajoutoit encore à la supériorité qu'il des oit atK circonstances ^ et quoiqu'il n'eût fait que son devoir, il pouvoit passer pour être généreux et délicat en refusant les offres les plus séduisantes. Il avoil tous les avantages de position. Les principaux officiers des troupes qu'il venoit de mettre à sa disposition firent ces réflexions, et se crurent obligés de les com-
Oinniquer au crâle. Ils lui représentèrent donc que c'étoit manquer de prudence que de conférer à un étranger la fleur de son armée; qu'au premier moment Gantacuzène pouvoit se réconcilier avec Timpératrice; qu'alors les Serviens seroient sacrifiés à cette princesse; que ptut-être la conquête de la Servie seroit une condition de la paix entre les deux partis ; enfin que ce seroit agir sans prévoyance et contre les intérêts de Tétat que de laisser ainsi Tempereur maître des meilleures troupes, (t partir sans exiger de lui des sûretés. Ils proposèrent de retenir comme otage le fils aîné de Cantacuzène. Libère , imi d'Etienne, le pria de plus de faire épouser sa fille à Vlanucl , le plus jeune des enfans du prince. Le crâle , trouvant ces propositions raisonnables, les transmit à l'empereur, plutôt comme une prière ou une grâce que :oiTime une demande, en lui promettant que, s'il avoit la bonté de les accorder, ses gens le serviroient avec arjeur, et que leur dévouement pour sa personne seroit sans bornes. Cantacuzène , jugeant que ces mesures itoient utiles aux deux nations , qu'il devoit écarter tout soupçon, accorda ces demandes sans hésiter, disant [ju'il laissoit son fils -comme un gage de sa fidélité , et comme le gendre futur de Libère , à qui il vouloit témoigner sa reconnoissance pour les services qu'il lui avoit rendus. Libère, pour lui exprimer la sienne, se prosterna à ses pieds. C'étoit par sa puissance et ses richesses le second du royaume. Il tenoît le premier rang après le crâle. Ces conventions ne furent faites que verbalement, et chacun des deux princes contractansse contenta de la parole de l'autre.
Vers la fin de Tété le crâle, accompagné de la princesse Hélène son épouse, reconduisirent Cantacuzène jusqu'aux frontières de l'empire grec, et, faisant des voeux pour le succès de son entreprise , se séparèrent de lui- L'empereur mena son armée, composée en grande P^rtiG de Serviens, devant la ville de Phères , dont Guy de
;S84 HISTOIRE BU BÀS-£MPIRS«
Lusignan venoit île partir pour aller prendre posseir sion du royaume d'Arinéiiie que lui laissoit son père. Ce départ parut une occasion Cavorable à Cantacuzène mais il se trompa. Voulant conférer avec les habitans pour leur persuader de se rendre , il leur envoya des députés, qu'ils reçurent à coups de pierre, en déclarai»l qu'ils traiteroient ainsi tous ceux qui viendroient leur parler d'accommodement. Une circonstance fâcheuse tint long-temps l'armée devant cette place sans qu'il lui fut possible ni de faire le siège ni de se retirer pour d^autres opérations : ce fut une épidémie qui se mit parmi les Serviens. Un capitaine de cette nation , nommé Practe , qui avoit acquis une grande réputation militaire, tomba malade, ainsi que Libère, et les soldats furent attaqués de fièvres causées par leur intempérance. Le miel , le vin doux , dont on fait peu d'usage en Servie, avoient pour ceux de cette nation un attrait au- ' quel ils ne surent pas résister. Beaucoup d'officiers mou Furent, et près de quinze cents soldats. Les Grecs, ac- [ coutumésàcesalimens, n'en éprouvèrent aucune incom- . modité. Les Servions, découragés autant qu'affoîblis, , demandèrent à retourner dans leur pays. Cantacuzène, ne pouvant contraindre des soldats malades , rassembla les commandans, tâcha de ranimer leur courage. Il y ; parvint, mais les Grecs lui donnèrent plus de mal. Ils j ne dissimnloienl pas leur mécontentement, et vouloient ; quitter les drapeaux de Tempcrenr. Voyant la division régner parmi ses troupes, ainsi que l'esprit d'insubordination , il les harangua. Il leur dît qu'il u'avoit poiut entrepris la guerre pour acquérir des biens ou de Thonneur, mais pour se rendre aux sollicitations qu'ils lui avoient faites, afin qu'il les prole'geât contre les cruautés d'Apocanqne; que ce n'ctoit qu'à leurs instantes prières qu'il avoit pris le diadème; qu'ils dévoient se souvenir qu'il ne l'avoit fait que d'après leur serment de ne jamais l'abandonner , quand même la fortune lui seroU
mSTOIRE DU BàS-EMPIR£. a85
contraire; il leur rappela les reproches qu'ils adressèrent i ceux qui désertèrent sous les murs de Gyuaïcocastre, %t qui étoient moins lâches qu'eux , puisqu'il possédoit à celte époque plus de ressources qu'il n'en avoit ; enfin il leur représenta l'infamie dont ils alloient se couvrir ea se retirant. Il ajouta qu'il ne vouloit point forcer leur inclination, qu'il les laissoit entièrement libres dans lenr volonté comme dans leurs actions, et qu'il invitoit ceux qui consentoienf à rester avec lui pour partager ses travaux et sa gloire à s'avancer, afin qu'il connût ses amis. A l'instant les Grecs se partagent en deux bandes. La plus nombreuse, mettant le genou en terre, le salue , se retire, et va joindre les ennemis à Christopolis. L'autre, qui n'étoit plus que de cinq cents hommes environ, lui promit d'être fidèle à ses anciens sermens. Les Serviens, indignés de cette défection , ^ réunissent à cette troupe en jurant qu'ils ii'abandonneroient point Cantacuzène. Une partie des déserteurs revint, parce qu'ils s'aperçurent qu'on les trompoit sur les conditions iju'îls proposoient. L'empereur les reçut, en leur faisant jnelques reproches sur leur légèreté.
L'échec reçu devant Piicres, l'épidémie des Serviens, la défection des Grecs , causèrent la plus grande joie aux ennemis de Cantacuzène, et particulièrement au grandduc. Ces nouvelles avoîent été tellement dénaturées avant d'arriver à Constantînople , que , dans cette capitale , on disoit publiquement qu'il ne lui restoit que dix hommes , et qu'il venoit de se retirer au mont Athos pour y cacher sa honte, s'y démettre de la puissance souveraine, enfin y prendre l'habit monastique. Ce ne furent que fêtes et réjouissances publiques, comme si Tétat venoit d'être sauvé. Le peuple couroit en foule à l'église de la mère de Dieu , qu'on appeloit Hodégétrie , et les personnes de qualité étoient obligées de s'y i^^ndre à pied pour éviter de mauvais traitemens ou Jw insultes. On punîssoit comme traîtres ceux qui ro-
fusoient de prendre part à la joie commune. On en même mourir plusieurs. De la capitale ces nouvelle répandirent dans les provinces. Celles qui étoient siti au-delà de Thessaloniquc » tenant pour Cantacuzè )ouissoient de ia tranquillité, pendant que les habit de tout le pays entre cette ville et Constantinople, visés en deux factions ennemies Tune de l'autre, étoi toujours près d'en venir aux mains. Les personnes condition suivoient son parti , parceque lui seul pou'i à leurs yeux arrêter le cours des calamités publiqi mais la multitude, qui » dans un mouvement , n'a i à perdre, se portoit contre lui. Pour plaire au grai duc, les gouverneurs particuliers des villes se permir des actes de barbarie. On suspendit dans Tair Patricic à qui Ton fit souffrir mille tourmens à cause de son vouement à Gantacuzène : pour le même motif Syc fut jeté dans un cachot obscur, après avoir été fusl publiquement. Asanine, femme de Michel A5an,épro le même supplice, parce qu'on Taccusa d'avoir reçu lettres de l'empereur, et qu'on exigeoit qu'elle les p sentât , quoique ce prince ne lui eût pas écrit. Un mo; odieux employé par Apocauque prouve jusqu'à c] ])oint il poussoit la rage , et que rien n'étoit sacré pi lui. Des prisonniers, désirant de se confesser, et n'ay. pas la liberté de choisir un prêtre , en demandèrent i Le grand-duc fit habiller en moine un nommé Glyc connu par son ivrognerie et d'autres vices plus hontei il interrogea chaque pénitent sur Gantacuzène. Gos qi tîons inspirèrent de la défiance ; vt qnoiqii'on n' aucun soupçon du rôle que jouoil Glycas , on ne lui aucune confidence. La nouvelle de la relraife de l'eir reur au mont Athos fit croire que les perscrntionsc seroient , puisqu'il n'étoit plus à craindre, éîaiit m au monde , et , sous ce rapport, n'affligea que ses véi tables amis.
Mais elle n'eut qu'une courte durée. On sut bient
HISTOIRE DU BAS-EMPIRK. sS^
le, loin de prendre le froc, il continiioit ses opérations ililaires. Eln revenant de Phères, il s'avança sur Edesse in de s'en^parer de cette ville. Mais il avoit été prém\\ par le craie, qui venoit de gagner la garnison. En îrtu «lu traité par lequel il étoit convenu qu'Etienne li rendroit toutes les conquêtes qu'il feroit sur les Grecs i Sun absence , il réclama cette place. Le cràle parut ispo^é à la lui rendre, inais.rempereur, qui ne vonit point rester dans Edesse, et qui ne songeoit qu'à idymotique, la laissa entre les mains de ce prince. Le *aiul-duc menaçoit en effet Didymotique. Supposant le les habitans n'étoient point d'accord, et sachant que antacuzène s'éloignoit de Phères avac les Serviens , il isserobla tout ce qu'il y avoit d'infanterie et de ca varie, soit à Constantinople , soit dans la Thrace , et fit imroer la garnison et les citoyens de se rendre. On lui ipond par des railleries , et, désespérant de les réduire, lOt à cause de la bonté de leurs murailles que parce iVils dévoient être résolus à bien se défendrg pour évir la vengeance à laquelle ils s'étoient exposés précémiment par leur réponse à sa lettre, il n'osa s'approler des murs de la ville, et se contenta d'assiéger le fort Emputhion , situé dans le voisinage de Didymotique. employa, pour s en rendre maître, un grand nombre e machines. 11 eut, pendant ce siège, des intrigues serètes avec quelques habitans de la ville, dont la possesion lui faisoit tant d't'uvie. i^lais elles furent inutiles. 3q courrier iU^ Canlacuziîue y pénétra sur ces entre- *»tes. Il venoit de la part de ce [iriuce démentir tous les puisqu'on avoit f<iit courir sur son conjpte, rxpli{|iier ^ retraite de Piières , et donnt»r des roiisoi^iirmens ^<*pres à tran(|uiUiser .^cn amis, i^a confiance fut raui- ^1 et l'on déclara d«^ uojiveau (jue i.a cause ne seroit •*uais abandonnée. Apo^.uKjue, averti i^iie !es S.ylhes, Mrés eu grand nombre sur lev»- teire.s «le ren»|)ire, me- '•*Çuient Andrinople, lève en lonle halo ie sié|j'j cl îim-
a88 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
puthion pour porter des secours à cette ville. La gam et les habttaiis de Didymotique, s'apercevant de c retraite précipitée et du désordre avec lequel on la fais sortent de la ville, pillent les bagages et le camp grand-duc.
Tout le pays étoit devenu stérile, parce qu'on cultivoit plus les terres, attendu qu'elles et oient t jours ravagées. Les Scythes parcoururent la Thracei y rien trouver , par le soin que prenoient les payj ile transporter tous leurs efTcts et leurs denrées dan. villes. Ces barbares vinrent camper devant Scopole, se trou voit sur leur route. *Les habitans de cette ^ eurent la témérité de vouloir les attaquer. Michel , gouverneur, leur ût à ce sujet d'inutiles représentati Le traitant de perfide qui vouloit les trahir , ils s' parèrent de sa personne , le mirent en prison , se | mettant de le châtier à leur retour comme un part de Cantacuzène. Pleins de vanité , ils forcent la garn à les suivre. Elle y répugnoit , parce qu'elle sento folie d'un pareil projet ; mais elle aima mieux mo en combattant contre les Scythes que d'être exterm par une populace en fureur. Ils se croyoient teller sûrs de la victoire , que chacun portoit une corde [ lier son ennemi. Quand ils arrivèrent près du c. des hiïrbares ils jettent de grands cris et s'élancent impétuosité, craignant que leur ennemi ne leurécl pat. Les Scythes , accoutumés au combat , mon rapidement à cheval , dans la persuasion qu'un c d'infanterie venoit les attaquer. A peine ainsi mo sortent-ils de leurs retranchemens , que les habit; épouvantes , prennent lâchement la fuite. Corani [)ays étoit plat , ils n'avoient point d'asile pour se rautîr: tous furent taillés en pièces. Quelques caval restés en arrière parvinrent à se sauver. Apocauque jii qu'il suffisoit à sa gloire d'avoir attaqué, sans pou' le prendre, un fort de peu d'importance et de s"
lilSTÛiRE DU BAS-EMPIRE. ^tii
lontrc dans la Thrace. Il donna le commandement de •n arniëe à son gendre Andronic Paléologue, protorator, et partit ponr aller recevoir à Constantinopic es complîmens sur les succès de sa campagne. Le pro- )strator faîsolt quelques courses autour de Didymotique t se retiroit aussitôt : la garnison sortoit à son tour srsqu'il ne parolssoit point, allolt piller les villes voîtnes , enlevoit des convois , les grains , les provisions , ^ fourrages , et rentroit ensuite avec des approvisionemens suffisans pour soutenir le siège sans crainte 'être pris par faniine. Le protostrator n'osolt Tattaquer , t ne revenolt jamais que lorsqu'elle étoit de retour dans intérieur de la place.
Malgré la triste situation des affaires de Cantacuzèue, ni auroient été entièrement désespérées si ses rivaux ussent eu plus d'habileté, les Thessaliens lui députèrent es ambassadeurs pour le prier de recevoir les peuples e cette province au nombre de ses sujets. Depuis loiig- ;mps Ils avoient formé le projet tie le reconnoitre pour ;ur souverain ; mais l'occasion de le faire ne s'étoit oint encore présentée. L'empereur, les remerciant de îur affection , voulut leur exposer la situation dans lajuelle il se trouvoît. Connue Ils le prioieut de venir les ouverner en personne, il leur fit voir qu'il ne pouvoit e rendre à leur vœu , parce qu'il falloit qu'il achevât on entreprise , et cjue la guerre civile fût terminée. Mais ' > attendant il pouvoit leur donner pour gouverneur fian l'Ange , despote , son proche parent , qui , par sa bravoure , sa prudence et ses talens , étoit en état de les défendre contre ceux qui seroient dans rinlention de les attaquer. Quoique ce capitaine lui fût très-ulLIe , il lonseiitoit à le leur donner comme une preuve de Tinlérêl qu'il prenoit à leur sort. Les ambassadeurs se retirèrent fort satisfaits pour rendre compte à ceux qui les avoient envoyés. Les Tiiessaliens répondirent qu'ils ac^ ^P'ïroient Jean l'Ange ou tout autre avec recounois-
^'«r. DV BAS-EMP. TOM. M. 19
UgO HI8TOIEE DU BAS-EMPIRE.
sance , pourvu qu'il leur fût donné par Cantacuzène. Ce prince nomma donc Jean T Ange gouverneur , et loi fit expédier'des lettres scellées de la bulle d'or^ qui, par une circonstance remarquable, méritent une attention particulière. C'est Thabileté avec laquelle il saisit Toc-t^ casion de déclarer solennellement la position dans \»quelle il se trouvoit , et de mettre dans son vëritabk point de vue le rôle qu'il jouoit. La calomnie • acharnée > à sa poursuite , dégradoit ce rôle et faisoit de Cantacozène un intrigant ordinaire , voulant satisfaire ton ambition par le meurtre d'une reine et de ses enfaos. fl h falloii donc rétablir les faits afin de répandre sur ta conduite comme sur celle de ses ennemis le jour éclatant de la vérité. C'est le but qu'il se proposa. Il importe de le laisser parler lui-même ^. « Voulant faire coq- N nottre à tout le monde qu'il n'avoit point pris lei « armes pour attenter à la vie de l'empereur Jean, mais « qu'il ne les avoit prises que par la nécessité de se i^ te défendre contre l'impératrice sa mère , qui ^ étant 1^ « trompée par les calomnies de ses ennemis , lui avoit -y <t déclaré la guerre , il dresse les lettres de gouverneur • « de Thessalie , qu'il donne à Jean TAnge , au nom de : « l'impératrice et de ^empereur Jean , alin que les Thés- : «< saliens sachent qu'ils doivent leur rendre obéissance ■. <c aussi-bien qu'à lui , ou même plutôt qu'à lui. » Après k-. un sermon plus long que ceux que toujours on retroav»!; dans ses lettres ou dans ses discours, il rappelle le dn4M|' en vertu duquel il est associé au gouvernement de TeiiH^ pire ; droit fondé sur la volonté d'Andronic , qui le lin y iît exercer de son vivant , et qui voulut à sa mort qu'il >
^ Histoire de CaDtacuzeDe , liv . 3 , de« lieux commuoi sur !•« SomâiiUf
chap. 53. En lisant cet historien , parce que lei Grecs vouloUnt ab*^
on voit qu'il a voit la prétention d'être liiinent être Romains , XtX étoJI b
orateur, et les défauts de ceux qui fondement de réloquencc de ce fi^
éloicnt ou vouluîcnt passer pour ôtre de , ou le canevas sur lequel traraii*
orateurs. Beaucoup de citations tirées loicnt toug ceux qui parloiiat Mfc
de ri^crilure eainte ou des pOies ; public^
HISTOIRE DU BAS-EMPIRC. SQl
ntînuât Je gouverner l'état. Après avoir indiqué le and-duc Apocauqne comme son ennemi personnel, ji le calomnioit auprès de Timpératrice et tyrannisoit tte princesse, il passe à Jean TAnge , dont il rappelle I services. « Désirant de le récompenser, je lui fais expédier ( dit-il ) ces lettres scellées de la bulle dW, par lesquelles j'ordonne qu'il soit gouverneur durant toute sa vie des pays et des forts de la Yalachie, et qu'il les maintienne dans mon obéissance. Quoiqu'il soit peutélre inutile de rapporter les articles qu'il a jurés , néanmoins parce qu'il est toujours louable de marcher dans un chemin uni et sûr , je. les marquerai ici. Ces articles sont, qu'il sera ami de mes amis, et ennemi de mes ennemis; que non -seulement il me gardera la fidélité , mais qu'il la gardera aussi à l'empereisr Jean Paléologue; qu'il fera mention dans toute la Valachie de l'impératrice Anne et de l'empereur Jean , son fils , selon la coutume des métropoles , des évéchés et des monastères ; que, si j'entretiens la paix avec les Catsrians , l'Ange l'entretiendra au$si ; si je leur fais la guerre , il la leur fera de même. »
£11 s'exprimant ainsi, l'empereur supposoit sans doute , paix rétablie ; car il étoit impossible d'être à la fois dèle à Cantacuzène, proscrit par l'impératrice, et fidèle
cette princesse , qui mettoit sa tête à prix.
Apocauque , par l'intermédiaire de Grêles, négocioit vec Etienne. Il fit dire à ce prince qu'étant sur le oint d'aller par mer en Macédoine , il désiroît ardemuent de conférer avec lui , et de faire un traité de paix. jQ crâlc consulta Cantacuzène pour savoir si cette entrevue lui causoit quelque contrariété. LVmpereur n'ayant [ait aucune objection , la ville d'Amphipolis fut choisie po\)r lieu du rendez-vous. Etienne et le grand -duc avoîent des projets fort différens. Le premier vouloit
s'emparer du second pour le livrer à Tempereur. Le but
d' Apocauque étoit de séduire le crâle , et de le faire
âCya HISTOIRE I>U FÀS-EMPIRE.
consentir à Télévation de son gendre Ândronîc Paléoul logtie sur le trône impérial ; enfin d'obtenir du priua! qu'il abandonnât Cantacnzène. Celui-ci , se fiant at rrâle , bien Toin de s'opposer à ce qu'il allât trouvée le grand -duc, l'accompagna jusqu'au lac d'Almyre^ d'où le crâle dcvoit partir dès qu*il auroit appris l'arri^, véed'Apocauquedafislesenvirons d'Amphipolis. Srurcefy entrefaites, Crèles, âme de cette intrigue, mourut enhj portant avec lui son secret ; car. jamais on n'a bien conaii^ ses intentions , ni le but qu'il se proposoit en rappro-,; chant deux personnes qui ne pouvoient bien s'enteflk^< dre qu*aux dépens de Cantacnzène. Â la nouvelle dtL cette mort, Etienne revint sur ses pas pour prendrey .possession des villes et pays que Crèles avoit occupéSi Apocauque, ignorant cet événement ,continuoit ses préparatifs de départe Comme il agissoit toujours avec ostentation , il faisoit équiper une fk>tte nombreuse pour en imposer au crâle. George Chumne , grand stratopé- <larque, quoique ennemi de Cantacnzène , étoit proba^ blement mécontent du grand - duc , dont l'insolence croissoit avec le pouvoir. 11 alla trouver l'impératrice, et lui fit des représentations sur les dépenses inutiles d'Apocauque, qui disposoit une flotte considérable pour combattre un ennemi cantonné dans des pays éloignés de la mer. Il fil même voir les avantages que procureroit la paix, la facilité de l'obtenir dans le moment, et finit par exhorter à la conclure. L'impératrice répondit à Chumne que son avis étoit sage , qu'elle le soumettroit à l'examen de son conseil ; mais , quant à l'expédition maritime, qu il parloit trop tard, que tous les? frais étoîent faits , que même les matelots avoient reçu . leur solde, et qu'on ne pou voit se dispenser de mettre à > Ja voile. Le véritable motif de cette réponse étoit l'assurance que lui avoit donnée Apocauque en s'engageant de lui ramener Cantacnzène chargé de fers. Elle redoutoit «a vengeance , parce qu'elle la méritoit par les alTruuts
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 2g>-
4fbe recevoîl l'erhperenr dans ses amis , dans ses parens ïiftrnellenienl persécutes , et qu'elle auroit pu garantir, ^^out étant prêt, Âpocauque fit voî!e vers Âmphipolis, "■niant , disoit-il, chercher Gantacuzène. Son voyage ne •bt pas de longue durée. La mort de Grêles et l'absence 4ri'Etîenne le rendoient sans objet. Il revint àConstanti- •fcbple , n'ayant point osé chercher un autre dépositaire ^flfeses secrets. L'inconstance d'Etienne , la conduite qu'il Sltit plus tard envers l'empereur, le caractère d'Apocaufi^oe , celui de Crèl^s même , agent principal dans cette Ptotrigne, et qui n'étoit point, à beaucoup près, à l'abri
Èls la corruption , sont autant de motifs de croire que antacnzène auroit été victime de sa confiance et de sa Nécurilé. •
* Après avoir pris possession des biens de Grêles, et mi» idans les villes que la mort de ce dernier faisoit rentrer |tn son pouvoir des garnisons formées de ses meilleures Itroupes, Etieni# rejoignit l'empereur; et, voulant s'eaviparer de Phères, il en fit approcher son armée. Il com-r liiiença , avant d'attaquer , par envoyer sommer les ha* ihitans de se rendre à son allié l'empereur Gantacuzène, |to les informant du traité d'après lequel il s'éloit obligé la être l'ami des villes qui se soumettroient à son obéis-* Innce , et l'ennemi de celles (jui refuseroient de le reconnoître. Il les avertissoît que, s'ils vouloient s'y soumettre, il retireroit ses troupes sans leur faire aucun Âal, sinon qu'il ravageroit leurs terres. Ils répondi* v^ent qu'ils aimoient mieux s'exposer à toutes les pri- ^tions et braver tous les dangers plutôt que d'obéir à Cantacuzène. Ges sentimens leur étoient inspirés par Constantin Paléologue , intime ami et confident d'Âpo-' cauqiie , qui lui avoit promis de faire proclamer empe- ^urAndronic, celui qui avoit épousé la fille du grand-duc. L'évêque se joîgnoit au gouverneur , et partageoit sa» laine. Gantacuzène , voulant éviter à celte ville les malleurs de la guerre , crut devoir envoyer aux habitant
^94 HISTOIRE DU BAS-EMPmE.
un homme qui jonissoît de toute sa confiance, et devoit les exhorter à le reconnoitre pour empereur, le promettant de ne point mettre de garnison dansPhères,' et de ne pas leur donner un autre gouverneur , exigeastf seulement qu'on fit mention de lui dans les prières piH hlîques. Il leur faisoit dire que, s'il revenoit victorieof de la Thrace , ils se soumettroient comme les antres ; et, dans le cas contraire , qu'ils suivroient le parti de Jean Paléologue. Cette proposition , qui dans Cantacnzène pouvoit être TcfFet de la bonté, ne devoit passer auxyenx' de rebelles que pour Taveu de sa foiblesse. Ils la reçurent par des outrages ; répondirent qu'au lieu d'avoir la témérité de leur donner des avis , il feroit bien mieux defo^' tifier son parti; rt, massacrant ensuite son envoyé^* coupèrent son corps en quatre parties, qu'ils attachèrent au haut des quatre tours. L'empereur , au lieu d'user de représailles , leur renvoya un citoyen de Phères, nommé George , qui avoit été pris , et ()li'il chargea de leur reprocher leur barbarie. L'attentat cominis sur le député de Cantacuzène jeta l'épouvante parmi ses soldats : ils craignirent un sort pareil ; et , prévoyant le traitement qu'on réservoit à ceux qui seroient faits prisonniers, ils voulurent sans différer sortir de ce pays, et demandèrent à l'empereur d'aller sur-le-champ i Didymotique pour y rétablir leurs affaires, ou pour} mourir avec leurs amis plutôt que d'être massacrés pai des barbares. Ne pouvant résister à leurs pressante sollicitations, il consentit à partir; et, prenant congi du crâle, il se mit en route avec le peu de troupe qu'Etienne mit à sa disposition. Celui-ci resta encor quelques jours devant Phères , dont il ne s'éloigna qu lorsqu'il n'y eut plus rien à piller dans les environs.
Le lendemain de son départ , Cantacnzène s'aperçii que le crâle ne lui avoit donné que le rebut de » troupes. Découragées par les courses qu'elles avoiei faites depuis deux mois , craignant qu'on ne les men:
BISTOI&E BU BlS-XMPiai. IqS
en Perse ou dans les Indes , ayant perdu i*espërance âe revoir leurs familles , elles leur avoient fait passer leurs chevaux , leurs armes et leurs effets. Le dëcou* v^gement enlrainoit Tinsubordination , et de pareils M>idats ne pouvoient qu^étre au moins inutiles , s'ils xi'étoient dangereux» Craignant que son autorité ne lut méconnue, s^il en usoit pour rétablir la discipline « ne voulant pas d'ailleurs rentrer à Didymotique avec ^es moyens aussi foibles, parce qu'il ne pourroit résister à une attaque sérieuse, Cantacuzène résolut de retourner vers le crâle pour lui demander un secours capable de lui faire tenir tête à Tennemi. Si ce projet , quand il l'annonça, fit plaisir aux Serviens, il n'en fut pas ainsi des Grecs , qui déclarèrent qu'ils préféroient la mort à ce parti. Ils airooient mieux souffrir mille tourroens que d'aller dans un pays couvert de brouillards que le soleil ne dissipoit jamais, sur un sol où l'on ne }ouissoit point de ses rayons et dont les habitaus étoient plongés dans la barbarie. Cantacuzène se trouvoit ainsi placé entre deux écueils. Il fit aux siens d'inutiles remontrances pour les engager à lui obéir, mêlant les menaces aux reproches , aux prières ; il n'en put rien obtenir. Obligé de céder, il prit le chemin de Didymotique. Un hasard heureux le tira du double embarras que lui causoit la nécessité de faire la volonté de ses troupes , et de suivre une marche contraire à ses intérêts. Il rencontra près de Christopolis un homme à pied nommé Racodydonte , que lui dépéchoit l'impératrice Irène pour le prévenir que le protostrator Paléologue Tattendoit à Péritbéorion avec un corps de troupes considérable tant en cavalerie qu'en infanterie ; que , de son côté , le grand - duc , arrivé récemment avec ses soixante-dix vaisseaux , faisoit débarquer des soldats. La princesse terminoit sa lettre par prier Tempereur de ne point paroitre, à moins qu'il n'eût des forces supérieures à celles de ses ennemis. Cet avis étoit faux en partie, et
9(j/& lilSTOIRE Dtr BAS-EMPIJUE.
donne par le protostrator , qui , dans cette occasion^ rendit, contre son intention, un service important à Ga tacuzène. L'impératrice Irène avpit effectivement énvoy Racodydonte à son mari , avec une lettre dans laqnelli elle lui disoit que les habitans de Didymotique rattea->li;, doient avec la plus vive impatience. Cet homme ayantAj été pris par un parti ennemi 9 fut conduit au protôstra* tor , qui l'interrogea pour savoir s'il étoit chargé d quelques dépêches. Cet homme lui remit la lettre dont il était porteur. Ândronic Paléologue, qui craignoitia valeur de Cantacuzène et ne vouloit point se mesurer avec lui, crut faire un coup très- habile en empêchant, ce prince d'arriver. En conséquence, il paya grassement le porteur , promît de faire sa fortune et celle de sa, famille , s'il remettoît une autre dépêche à l'empereur, en lui faisant croire qu'elle venoit d'Irène. L'envoyé consentit à tout , reçut l'argent et la lettre qu'on substiluoit à celle que la princesse lui avoit remise. Le pro? toslrator , croyant l'empereur plus redoutable qu'il ne Tétoît, l'éloîgnoît par ce moyen , et pensoit de plusse faciliter la prise de Didymotique. Le fait est que les ^ habitans de cette ville commençoient à se lasser ; que les forces d'Apocauque , réunies à celles du protoslra- . tor , étoient infiniment supérieures à celles de Cantacuzène , et que ce prince, n'ayant avec lui que des soldais mécontensetdesétrangersindisciplinésquin'attendoient que l'occasion de fuir pour retourner dans leur patrie, • çouroit à une perte certaine. Dès que les Grecs eurent connoissance du contenu des dépêches de l'impératrice, et q4i'ils crurent qu'une armée formidable les attendoit, ils perdirent l'envie de continuer leur route, et demandèrent à l'empereur de les conduire en Servie, le priant de remercier Irène de la bonté qu'elle avoit de leur donner des avis aussi salutaires. Quand Âpocauque connut la vérité , quand il sut que l'empereur n'avoit avec lui que des troupes bien inférieures aux siennet»,^
HISTOIRE Dr BAS-EMPIRE. ' 297
if par le nombre 9 soit par la disposition des soldats, et 'il n'avoît rëtrogadë qne sur nn faux avis d'Andronîc ilëologiie, il traita celni-cî avec beaucoup d^aigreur. nelques personnes accusèrent même le protostrator de rfidie, prétendant qu'il favorisoit Cantacuzène. Il fut lîgé de se justifier. Apocauque repartit pour Constanlople , portant dans cette capitale la nouvelle de la ite de l'empereur. Il y fut reçu comme le défenseur
le libérateur de Tétat , et l'on fit des réjouissances ibliques. Apprenant à son retour que Chumne le strapédarque avoit conseillé la paix , il le fit renfermer ^ec son fils. Dans l'ivresse de ses succès, il devint d'une rogance insupportable envers tout le monde, et se ontra bientôt ingrat envers ceux qui lui avoient rendu rvice, en soutenant ses impostures atiprès del'impéraîce. Quand il crut n'avoir plus besoin d'eux, il les riva de leurs charges, pour les exciter à se plaindre et !s punir ensuite. Constantin Asan et son fils ne furent oint à l'abri de son ingratitude. Il les fit garder à vue hez eux^ et les punit ainsi de la faute qu'ils avoient 3mraise en prenant part à ses intrigues.
Pendant que Cantacuzène retournoil en Sçrvie auprès n crâle, lesMIUtans de Didymotique, qui comptoient nr ce prince, "^apprenant qu'il s'éloighoit d'eux, tom- »èrent presque dans le désespoir. Ils étoient près de se évolter. L'impératrice Irène ne perdit point courage, ille les assemble et les exhorte à ne pas croire ainsi eurs affaires désespérées. Elle leur explique la démarche lu prince , qui devoit revenir avec des forces imposantes , |u'il étoit allé chercher, leur faisant voir que, s'il avoit ontinué de s'approcher d'eux, il auroit évidemment été âctime du dévouement qu'il leur portoit. Elle réussit à es calmer. Le conseil , réuni d'après ses ordres , s'ocupa de la situation des affaires et des moyens d'y re-»nédier. On convint d'envoyer une ambassade au rot e Bulgarie, Alexandre, pour lui demander des secours,
2^ HISTOItS BU BAS-SMPIBI»
en rassurant que, lorsc^he l'empereur seroil de retoorj lui en témaîgneroit sa reconnoissance ; et que, s'il comboît dans les combats, la ville se sépareroit de Te pire et seroit remise entre ses mains. Leur projet n'i pas cependant de la lui livrer : mais deux motifs engageoient à faire cette proposition, dont ils ne toient pas le danger. Le premier, éloit Tespoir d'obtc de ce prince par cet appât un prompt et puissant cours ; le second , de faire croire aux assiégeans que , s'i)|s les réduisoient à Textrémité , ils se donneroient Bulgares. Alexandre reçut avec joie cette propositi( et promit d'envoyer des troupes. Mais Tissue de négociation fut loin de répondre à Tattente des habiU de Didymolique. Par Tune des conditions ofifertes, roi de Bulgarie étoit personnellement intéressé à la de Cantacuzène, puisqu'il devenoit par cet événei possesseur de cette ville. Il fit donc tout ce qui dé| doit de lui pour empêcher le retour de ce prince, commença par envoyer vers le crâle de Servie et bi princesse Hélène ime ambassade chargée de les prier <h retenir Tempereur en prison, ou, ce qui seroit ploc dans ses intérêts, de le faire mourir. Cette demande; étoit faite par un roi qui devoit avoir fm Etienne, sotk\ beau-frère , plus de crédit qu' ApocauqufS , et dont Tia* fluence sur sa sœur ne pouvoit être douteuse. Mais Hé-; lène avoit de la générosité ; elle fit rejeter avec horreur par son mari une proposition qui tendoit à leur faire commettre une noire perfidie. Alexandre , en faisant cette démarche , envoyoit en même temps une armée assez nombreuse pour investir la ville , et , sous prétexte de la défendre, la serrer étroitement. La garnison iusqu'alors avoit fait des sorties dont le but étoit de se procurer des denrées et des provisions pour la nourritnri des habitans. Elle se portoit même à d'assez grandei distances et revenoit toujours chargée de butin. Mais depuis l'arrivée des Bulgares, il n'étoit plus possible A
Drtir sans tomber entre les mains de ces alliés, et sans n être entièrement dëpooillës. Le premier dëtachemetit [m se hasarda h courir la campagne fut pris par ces Mrëtendtis amis, et perdit chevaux, armes et bagages. ides hommes qui en faisoient partie furent renvoyés tout Kvii. Les officiers bulgares répondirent par un démenti Mix plaintes qu^on leur adressa , disant que les plaignans iMroient été dépouillés, non par leurs soldats, mais par Les partisans d'Apocauqne , qui battoient la campagne. Pour les convaincre , on les mettroit dans le camp afin de reconnoître les spoliateurs , qu^on avoit eu soin de ftcnir à l'écart. Ce manège ayant recommencé. Ton ne tertit pins, et In ville fut réduite à la plus grande deftresse. L'impératrice Irène, voyant qu'il valoit mieux ^voir affaire à Tcnnemi qu'à de tels alliés, les remercia de leurs services , en les priant de se retirer. Nais ils attendirent qu'ayant reçu de leur roi 'l'ordre de la se- "^ourir, ils ne pouvoient sans crime retourner chez eux. '^ette réponse jeta les habitans dans la consternation, ^li'ëvéque essaya de lenr rendre le courage en leur fai- -^ant d'abord un sermon sur ce qu'en doutant que Dieu vtnt à leur secours, ils méritoient d'en être abandonnés : prenant ensuite le ton d'un prophète, et feignant une subite inspiration , il annonça que , ne connoissant point Cantacuzène, et craignant qu'il n'eût, dans le parti ' qu'il avoit pris de se faire proclamer empereur , moins ^consulté le bien de l'état que son ambition , il s'étoit mis * en prières , suppliant le Très- haut avec ardeur pour en ' être éclairé ; que l'esprit saint venoit de lui révéler que ' le prince régnoit par l'ordre de Dieu ; qu'il rendroit la paix à l'empire , et , par un gouvernement sjige , feroit le bonheur des Grecs. Il termina son discours par pré- "^ dire que, dans sept jours, les Bulgares fuiroient dans le plus, grand désordre, et qu'on les verroit s'écraser mutuellement ; enfin qoe Didymotîque seroit ainsi dé« 'livrée. Dans ce siècle, on ajoutoit foi à toutes les pré-
dictions , et dans leur situation les habîtans avi besoin de croire, pour retrouver l'espérance et le rage avec elle. Ils furent donc consolés, se résîgnèi mais attendirent eumêmetempsTépoque annoncée une impatience extrême. Continuant son rôle de phète, Tévêque écrivit au grand-duc sur ce ton, lui d que Dieu lui avoit révélé que Cantacuzène seroît pereur; qu'il auroit la tutelle du jeune Paléologue lui , grand - duc , devoit se contenter d'être son s trop heureux de commander sous lui l'armée na que, s'il s'opposoit à cet ordre de Dieu, il anro châtiment épouvantable. Pour lui inspirer plus de fiance , il lui avouoit qu'ayant craint que Cantacuzè fût réellement un rebelle, il s'étoit prosterné aux des autels , conjurant le saint des saints de lui décoi la vérité; qu'une voix s'étoit fait entendre, pronor ces paroles : Je veux, je commande et j'ordonne Jean Cantacuzène soit empereur. Il ajoutoit que 1 nité ne lui dictoit point le langage qu'il lui tei qu'il éloit loin de prétendre au don de prophétie <ctte faveur ne lui avoit été accordée qu'une fois ; seroit coupable de ne pas lui donner de salutaires ; tîssemens , de lui laisser une perfide espérance , \ ïie point le désabuser de son erreur et de Tidée ti peuse qu'il avoit de vaincre Cantacuzène. Apoca ieç\it la lettre , la lut , et n'y fit pas de réponse^. 1 çlace qu'il avoit étoit celle du crime. Elle ne le nu point au-dessus de son siècle et n'excluoit point la reur qu'imprime la superstition. Dans le délai près les Bulgares apjfïrenant par leurs espions que les T leurs mor(f Is ennemis, ceux dont ils craîgnoient le la fureur , venoient de débarquer à Tembouchu TEbre , s'enfuirent avec une si étrange précipitai qu'ils s'écrasoient les uns les autres. Ilssedéband» et se cachèrent si bien , qu'on ignora ce qu'ils et devenus.
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. ^Oi
. Aniir, sultan d'Ionie , et souverain de Sroyrne, dont X père avoit été lié intimement avec Cantacuzcne, qui Jti rendit d'importans services auprès d'Andronic, aprenant l'état dans lequel étoit réduit ce prince, résolut « venir à son secours. Il sut que la ville de Didymo-^ ique , qui lui restoit Bdèle et q}ii donnoit un asile à sa eninie , à ses enfans, à ses amis , étoit vivement pres- ^ par les. ennemis de Tempereur, et près de tombet în leur pouvoir. Sur la connoissance de ces faits, il com* Ane ses opérations , équipe une flotte de trois cent paatre- vingt-dix b&timens de transport, y fait monter ''ingt-neuf raille hommes de troupes d'élite , et vient llKirderdans le voisinage de Didymotique. 11 fit prévenir le son arrivée l'impératrice Irène. Cette princesse enroya au-devant de lui la noblesse et la garnison , qu'elle dbargea d'offrir de sa part au sultan mpt chevaux, tant pour lui qiie pour ceux de sa suite. Elle le prioit de ne pas trouver mauvais s'il n'y en avoit pas davantage : sa position et le dénûment dans lequel elle se trouvoit m'étoient que de trop bonnes excuses. Amir reçut avec joie ces chevaux , et les fit donner aux plus âgés de ses officiers. Il demanda avec inquiétude si son ami Canta*cuzène vivoit toujours , et rendit des actions de grâces au ciel de ce qu'il lui avoit inspiré le désir de venir à son «ecours« Après avoir donné des éloges à ses soldats sur le xourage avec lequel ils avoient supporté les fatigues de la traversée, il en choisit deux mille , et marcha à leur léte vers Didymotique. Les envoyés d'Irène le prièrent de monter à cheval ; il les refusa , répondant que ses compagnons d'armes roéritoient autant que lui d'eu avoir ; rnais, puisqu'on n'en avoit point , il vouloit aller à pted avec eux, et leur donner l'exemple. Il marche de la sorte jusqu'à la ville. Il y reste quelque temps , peh-» dant que les habitans alloient de tous c6tés chercher des provisions. Il en fit apporter de son camp , et laissant neuf mille hommes pour la garde de ses vaisseaux^ H
5o2 UlStOl&fi 0U BÀS-EMPIRC.
partit avec Us vingt inilU autres pour aller trot! Tempereur. Tous éloient à pied , à Texception des c pins âgés. A son approche de la muraille qui défen Christopolis , ceux à qui la garde en étoit conBé retirèrent ; Amir la 6t percer en plusieurs endroi campa son armée auprès de cette muraille.
L'arrivée d'un pareil secours sembloit devoir rét: les afiPaires de Cantacnzène, mais il ne fut pas de loi durée, et s'il vint sans avoir été prévu, il dispan même. Les habitans de Phères conçurent beaucoup c quiétude en ayant une armée dans leur voisinage craignoient le pillage, et de plus, voj'oient aveccha que la cause de l'empereur u'étoit rien moins que d< pérée. Ils se consultèrent sur les mesurés qu'ils avo à prendre. Ils imaginèrent un moyen qui leur réui ce fut de suppoier une lettre de Cantacaxène, laquelle t remerciant Amir de la peine qu'il avoit | et des sacrifices qu'il venoit de faire pour le secouri le prioit de se retirer de peur de lui nuire , parce qi crâle le verroit avec humeur et jalousie; et ,ne pou croire que l'empereur eût imploré son bras, il luisat le plus mauvais gré de cette démarche. Amir, n'ayan cune défiance , crut que cette lettre étoit réellemef Cantacuzène. Il éprouva d'abord de l'incertitude , n chant s'il falloit se retirer ou continuer sa route. 1 dant qu'il hésitoit, deux cents soldats moururent de f et il apprit que trois cents matelots étoient morts si flotte ; cet accident le détermina. Voulant partir délai ^ il écrivit à l'impératrice pour lui faire part « résolution qu'il avoit prise, et pour s'excuser de ce la rigueur de la saison l'empêchoit d'aller prendre c d'elle. Il mit à la voile pour retourner dans son | Obligés de braver le froid pour se procurer des vi^ les habitans de Didymotiquc sortirent un joui nombre d'environ quatre cents. Mais, dans leur ex sloui ils furent engourdis au point d'être forcés (
HISTOIRE DU BIS-XMPIRK. 3o5
mdre nnx ennemis. Une partie alla dans une petite iUe nommée Litilze, dont le gouverneur, dévoué secrètement à Cantacuzène, les fit enfermer en leur donnant 8 moyens de s'évader ; ce qui le fit accuser de trahison. ^utre partie fut dispersée. Tous errèrent de c6té et dDtre. Quelques-uns trouvèrent Thospitalité. Aucun pi mourut cependant , et il ne manqua personne ; mais \ plupart rentrèrent presque nus.
l Les sorties étoient fréquentes , et Texpérience que la Av. iSiS. pmison et les habitans acquirent dans ce genre de iPlerre les rendit redoutables. Fatiguées de ces excuril#ns, les villes de Thrace offrirent de se rendre à Timlératrice; mais celte princesse ne put suivre son inlination. En faisant là paix avec ces villes , celle de Ndymotique , qui , depuis long * temps , ne subsistoit pi'anx dépens de ses voisins, auroit été réduite à la mi- Ère la plus complète, ne pouvant plus les piller, dans m supposition où la paix seroit faite. Elle força donc tkupëratrice à rejeter ces offres ; ce qui la jeta dans le Mus grand embarras, combattue entre son penchant et li nécessité. A cet embarras se joignoit l'inquiétude que W cansoient le silence et Téloigncment de Cantacuzène. I^oar Ten tirer, Michel Tarchaniote, qui commandoit La garnison, résolut d'aller trouver ce prince. Il partit, obligé de s'écarter des routes pour ne pas tomber entre |pf mains des ennemis, de traverser des lieux inhabités, les montagnes ; il arrive enfin après mille détours sur les terres du crâle, et trouve l'empereur , avec lequel il ^'entretient et se concerte. Ce prince n'étoit pas moins Eoquiet que rimpératrice; ne sachant quelle conduite leoir avec le crâle, qui promettoit plus qu'il ne tenoit , M dont le zèle s'affoiblissoit insensiblement; avec les Serviens, qui ne se soucioient plus de l'accompagner; livec les siens, parce qu'il n'a voit plus d'argent, ayant dépensé tous ses biens pour cette campagne sans aucun résultat. Il ignoroit quelle route prendre , ni même s'il
Oo4 UISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
devoît rester 9 ayant de tous côtés des obstacles à i battre. Tarchanîote retourna près de Timpératrice, sans doute il dissimula une partie de la ^iluatic son mari.
Sur ces entrefaites, U reçut une consolation d'à plus inattendue, qu'elle lui fut donnée par un ho dont il ne pouvoit en espérer. Il se nomnioit Ar| et étoit né dans une classe obscure. Le crâle venoit choisir pour aller conférer avec les habitans de B dont il étoit particulièrement connu. Cette circons motivoit le choix d'Etienne. Cet homme vint tn Tempereur, lui rappela les services que lui avoitrc son père , assura qu'il avoit hérité de ses sentiment fit observer qu'il ne falloît pas mépriser les petit comparant à la souris qui avoit rendu la liberté au il finit par lui offrir son entremise auprès des hat de Bérée, en lui confiant qu'il avoit cette missio crâle, mais qu'il étoit cer^;ain que cette ville préféi sa domination à celle des Serviens. Cantacuzèn demanda quels étoient ceux à qui il devoit écrire, pêne lui nomma les principaux habitans. L'emp se rendit ensuite auprès du crâle, et le pria d'écri .son nom, parce que tous ses envoyés avoient ju présent été tués ou maltraités. Etienne y consenti même autorisa Arpène à dire de sa part aux hal de Bérée qu'il lui étoit indilFérent qu'ils reconiu; l'empereur ou lui. Arpène s'acquitta de sa commi avec intelligence et zèle. Il présente aux habitant semblés la lettre du crâle pour être lue en publ remit ensuite aux principaux celles qui leur étoient é en particulier. Depuis long-tenjps cette vilie, me de la domination des Serviens, qu'elle ne pouvoil < dans les circonstances , parce que par sa position t éloio;nement elle ne pouvoit être secourue ni prt des Grecs, désiroit de se soumettre à remi)creur tacuzène, Elle profila de Touvertiire faîte par A
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 3o5
ir envoyer à ce prince trois cléputds pris dons les îs ordres. Astrapère, qui représentoît la noblesse,
fit part des dispositions de ses compatriotes. Délernés dès Torigine à le secourir, s'ils ne Tavoient pas t , c'étoit par la crainte de lui nuire dans Tesprit du Ue; mais ce prince n'apportant aucun obstacle à Tacmplissement de leurs vœux, ils le prioient d'arriver oniptement. Cantacuzène, après avoir remercié ces pûtes, rendit compte au crâlc de l'objet de leur mîs- )n. Ce prince, agréablement supris de ce que la ville î Bérée ne suivoit pas Texemple des autres et consenit à le recevoir, hâta lui-même cette aflaire. Hélène, )nt le zèle ne se démentoit pas pour l'empcTeur, lui ^nseilla d'abandonner le projet qu'il avoit de se rendre Didymotique, et d'aller plutôt à Bérée sans délai avec n corps d'Allemands qui , étant soudoyés par Etienne ,
tenoîent toujours prêts à partir; au lieu que, pour s autres troupes, il falloit de l'argent et des préparafs. Cantacuzène suivit le conseil de la princesse. Après avoir remerciée ainsi que le craie de leurs soins hospiiliers, il partit avec les Allemands et quelques Grecs uî lui étoient toujours fidèles, et se rendit à Bérée. les habitans lui ouvrirent leurs portes, le reconnurent our empereur, et lui promirent de le servir généreuement et sans paie. Cet exemple fut suivi par les villes le Platamon , située sur les bords de la mer, de Stanlose, et par les forteresses de Pétrée et de Sosco. Eu lyant réuni toutes les garnisons, il forma une armée tvec laquelle il étoit en état d'exécuter quelque entremse. Il fit venir Jean l'Ange, son cousin, qui comnandoit un corps de cavalerie tliessalieune, et, marchant vers Thessalonique, il s'arrêta sur les bords du leuve Galyce, espérant que les aniis qu'il avoit dans :ette ville auroient assez d'influence pour lui en faire mvrîr les portes; mais il se trompa. L'^s partisans d'Apocâuque étoient en plus grand nombre que les siens,
5o6 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
et plus puissant , parce qu'à rimitation de leur chef; it sa voient se faire craindre, trouvant tous les moyens bons pour arriver à leur but. Se doutant que Cantacozène ne seroit pas venu si avant , à moins d^avoir quelque intelligence dans la ville , ils firent une surveillance rigoureuse , et Tempereur ne put exécuter soa projet. Il resta campé dans le voisinage.
Dès que le crâle de Servie , inconstant et jaloux par caractère , vit que Bérée et d'autres villes s'étoient rendues à l'empereur, et que ce prince pourroit bientôt se passer de ses secours, il voulut les lui retirer pendant qu'il en avoit encore besoin. Il se repentoit de Tavoir laissé, partir, et du bien qu'il lui avoit fait. Il se reprochoit la générosité de sa conduite , et calculoit tous les avan* . tages qu'elle lui faisoit perdre. Mais, sans la princesse Hélène, il ne l'auroit.pas tenue, et s'il ne s'étoit pas déshonoré par une perfidie , elle seule en étoit cause. . N'étant plus maître de Cantacuzène, il ne pouvoit ni i l'arrêter ni le livrer à ses ennemis; mais, voulant lui faire le plus de mal possible , il fit avertir Michel Monoraaque , connétable et gouverneur de Thessalenique, du projet de l'empereur; et, lui recommandant d'être sur ses gardes, lui conseilla d'attaquer ce prince avant qu'il ne se fût fortifié. Pour afToiblîr en même temps Cantacuzène, Etienne rappela les troupes quil avoit mises à sa disposition , et donna des ordres positifs pour que leur retour eût lieu sans délai. Mais les Allemands, an lieu d'obéir, se présentèrent à l'empereur et lui déclarèrent « que la coutume de leur pays étoit « d'assister généreusement ceux qui étoient dans l'op- « pression ; qu'étant venus à son secours et commandés " par lui , ils ne pouvoient ral)andonner dans son « besoin sans trahison, crime le plus honteux, le plus « infâme, et pour lequel ils ont le plus d'aversion ; c'est « pourquoi, loin de le quitter, comme il leur a été « commandé , lis ne prendront congé de lui que lorsqu'il'
sera rAablî dans ses étals. » Ils le prièrent de les raaener à Bérée, et lui recommandèrent de se défier du râle. Canlacnzène les loua de leur générosité, les emercia de leur zèle, et donna les ordres de départ. Le our même il reçut des lettres de ses amis, qui lui manbient de Tliessalonique qu'Apocauque venoit d'y ar- 'iver avec une flotte de cent im vaisseaux , et qu'il Ittendoit un renfort i\c cavalerie de Constantlnople, de Ihrace et de Macédoine. N'ayant pas un moment à perdre, il conduisit ses troupes sur les bords du fleuve Axius, dans l'intention de le traverser. Comme ce fleuve lervoit de limites aux possessions du craie, il craignoit Ifii'en le voyant passer de l'autre côté, l'on ne reconnût (qu'il étoit en mauvaise intelligence avec Etienne. Il y jlvoit dans le voisinage un corps de Serviens qui pouvoit ■concevoir des soupçons en voyant prendre cette marche; le manière que l'empereur se trouvoil dans la situation plus critique. L'armée d'Apocauque étant beaucoup Iplns considérable que la sienne, il ne pouvoit Tattendre l'ians courir les plus grands risques , et se voyoit arrêté par lun- fleuve débordé qu'il élolt impossible de traverser fedans le moment. Les Servions, campés tout près, lui [envoyèrent proposer leurs services contre l'armée de ^Thessalonique. Leur intention étoit, comme on le sut ensuite, de marcher avec lui, de voir commencer le t<^ombat, et de se ranger du côté du vainqueur contre le -Vaincu. Cantacuzène assembla les principaux officiers de son armée, et consulta principalement ses fils Michel et Mathieu «, ainsi que l'Ange, qui se dislinguoient tous
'^ L'un des deux, d'après le traité Ois, exigeolt qu'on le lui rendît à sa
^t avec Etienne, auroit dû rester première réquisition. Xi fiembleroit
*U otage auprès de ce prince. Mais étonnant que le crâle n*cût point
^antacuzcnc ne parle plus de cette réclamé Totage, si la princesse Hé<
^ndition , et ne dit point si elle fut lènc n'expliquoit tout ce qu'Etienne
exécutée. Du reste , une clause dont a fait de bien et de généreux pendant
^Ou avons oublié de parler à l'article le séjour de l'empereur à la cour de
4« ce traité rcndoit la condition Servie.
^ulle. Gantacuzène, en accordant son
3o8 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE«
les trois par leur prudence. On fut d'avis de s'exposer moindre danj^er , qui éloit le passage du fleuve. Oni prépara. Dans la nuit, un paysan d'un village nora Gaurolée se présenta pour parler à l'empereur, ayanl disoit-il, à lui communiquer une affaire importanti C'étoit pour 1 avertir qu'un corps de Serviens, co mandé par Bozice , arrivoit , d'après les ordres du crâle pour s'opposer au passade , tailler en pièces les prerai qui traversiToient TAxins, et donner ainsi à l'armée Thessalonique le tenips d'arriver. Le paysan ajou qu'il connoîssoil un endroit où le fleuve étoit guédb^lsans aucun danger, et s'olTrit pour y conduire l'armé On accepta. Le passage eut lieu sans accident. Les Se viens , qui attendoient sur un autre points voyant a lever du soleil l'armée traver:.ant le fleuve en ordre sans risque, ne purent lancer que quelques traits inutile Ils se dissipèrent dès que l'empereur fui de l'autre côlé. Ce prince défendit à ses soldats de les poursuivre , afin de ne donner au crâle aucun sujet de plainte. Il récompensa généreusement le paysan qui lui avoit rendu un service d'une ausbi haute importance, vA rentra dans Bérée sans aucun obstacle. Le même jour, et quelques heures après le passage , les troupes irApocauque arrivèrent siu' l'autre bord, et, fort contrariées de ne plus y trouver Canfacuzène, retournèrent sur leurs pas. Moins politique qu'esclave de ses engagemens, ce prince, après avoir fait des distributions d'argent aux Allemands pour reconnoître leurs services, les renvoya au crâle, en les chargeant j d'une lettre pour ce prince, dans laquelle il se plaignoit ] de ceux qui avoient voulu l'euipêcher de passer le fleuve, contre la foi des traités. Etienne, qui ne s'étoit point encore ouvertement déclaré, chercha les moyens de l'apaiser, et dans ce but lui envoya les deux capitaines commandant les troupes qui avoient tenté d'inquiéter son passaii;e , aihi qu'il les punît. Cantacuzcne leur fit des reproches, leur pardonna , et leur fit même des présens.
HISTOIRE I)U BAS-EMPIUK. ôoq
Apocauque, voyant CaiitacuzèneeiiianctcdansBérée, roploya, pour lui nuire, les armes «lonl il savoil hahisment se servir; c'est-à-dire la nise et la perfidie. Il ntania une double négociation, dont Tune avoit un î>jet oppose à l'autre. Par la première, îl vouloît lav «erre , et demandoit la paix par la seconde. Le nierae oiir il envoie deux ambassadeurs au nale pour Texciter H prendre les armes contre Cantacuzène, et députe vers «luî-ci un nommé Synadène, cbargé d'une lettre dans ^quelle il protestoil avec serment de ses dispositions feniicales, jurant que cV'toit malgré lui qu'il lui faisoit :<ai guerre, et le priant de lui faire part de ses résolutions. Caidigné de ce conflit d'imi)udence et de fausseté, Canti0Guzène lui répondit une lettre remarquable par son ftiergie et sa dignité. « Il est passé le temps où, dupe de fc«s sermens, il croyoit à la sincérité de ses protestations ; 3^ croire de nouveau, seroit de sa part une preuve de Stupidité. Mêlant au mépris une ironie sanglante, il le compare aux plus fameux capitaines de l'antiquité, et ■e met au-dessus des Pompée et des Sylla, parce que feosqu'à présent il a toujours été invincible, tandis que ^es guerriers ont été quelquefois battus. Voulant lui donner encore une preuve d'amitié, il lui montre qu'il ai'a rien de mieux à faire que la paix, puisqu'il ne peut 4îrer aucun résultat de la guerre. « Des trois partis que « vous pouvez choisir (lui dit-il avec dédain), aucun ne « peut vous être utile. Il vous faut ou retourner à Con- ^ stantinople , ou demeurer à Thessalonique, ou me j-venîr combattre. Est-il rien de si honteux que de faire ^ tant de dépenses pour lever des armées nombreuses ' sans oser en venir aux mains avec son ennemi ! Ne ' vous appliquera-t-on pas ce que disoit cet Athénien , < qu'une armée de cerfs commandée par un lion éioii ' plus formidable qu'une armée de lions commandée « par un cerf? Vous vous couvrirez donc d'opprobre T en retournant encore à Constantinople. Que pouvez-
3lO HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
«c VOUS espérer en restant à Thessaloniqiie? Il vous « des sommes inmienses pour entretenir une a « navale ; ressource ingénieuse et nouvelle dans «f guerre dont le théâtre est dans l'intérieur de Teni « et comme vons avez épuisé les trésors, vous ne u verrz pas l'argent nécessaire pour prolonger l'exis « de celte inutile ressource. Mais il vous faudr « trésors pour séduire le craie, comme je suppos « vous en avez le projet ; car il nç se contentera p; ce villes que vous lui offrirez, par la facilité que « auriez de les reprendre et le peu de confiance q « dans vos paroles. S'il vous reste un peu de juger « vous ne demeurerez point à Thessalonique.
« n'aurez donc à prendre qu'un parti, c'est de me « bataille, et Dieu m'en est témoin, vous ne p w janiais rien faire qui me soit plus agréable. «< dans les environs de Bérée, et je m'engage à « attaquer dans les trois jours. Si j'y manque, j'a *< sur moi ce que j'ai le plus en horreur, la honli « confusion. Mais au moins, venez en personne, *( voyez pas vos lieutenans; commandez vos troupei « même ; ne demeurez pas en sûreté sur vos vaîsî *< et cessez de ressembler à ceux (jui donnent les j( « peuple, et dirigent, sans y [)rcndre part, les co
^ sanglans des gladiateurs Tout vous est d
« maintenant , au lieu que tout m'est aisé. Si vou « à Constantinople, je vous y suivrai : si vous r « Thessalonique, mes troupes demeureront dans « cantonnemens, elles y sont fort bien. Si vous « vous battre, ce que je souhaite ardemment, i i< prêt ; mais soyez à la tête de votre armée. Vous i « demandé ce que j'avois envie de faire , et j( « réponds en vous indiquant ce que vous devc
« vous-même. »
Furieux de cette réponse, Apocauque asseml conseil de guerre pour délibérer sur les moyens
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 3ll
enger. Il rendit compte de la démarche qu'îl avoît faite t du résultat. La plupart de ceux qui composoient ce oiiseîl dirent franchement que, s'élant entretenus enemble de la situation des choses, ils avoîent remarqué es difficultés dont parloit Cantacuzène ; c'est-à-dire elles de trouver des fonds pour entretenir Tarmée. Honomaque, grand-connétable, qu'une longue expéience , des talens et des vertus avoient rendu cher an lernier empereur, prit la parole et fit entendre le langage de la vérité. Déclarant que c'étoit à ses yeux une acheté que de la trahir, il annonça qu'il alloit la dire, juoîqu'il n'ignorât point que d'illustres personnages 'étoient perdus par leur sincérité. Rappelant la conduite le Cantacuzène depuis le commencement de la guerre, l le présenta d'abord à la tête d'une armée si puissante, |u'on n'osa l'attaquer, ensuite abandonné par les siens levant Gynaïcocastre, conservant un courage que tout utre auroit perdu, et luttant avec constance contre la . nauvaisc fortune ; se retirant en bon ordre chez les Seriens ; s'y conduisant de manière à se faire considérer, ion comme un étranger, comme un suppliant, mais omme un prince digne de monter sur le trône; en mposant tellement par ses vertus, qu'on a refusé les iropositions les plus séduisantes, les plus avantageuses aites pour obtenir qu'on le livrât, et que même on les refusées avec indignation ; se conciliant si bien l'estime t l'amour du soldat , qu'on en voit beaucoup dans 'armée ennemie qui lui sont tous dévoués. Que faire lans un tel état de choses? Si l'armée du grand-duc se étire, toutes les provinces se soumettent à Cantacuzènei^ lu , ce qui seroit plus nuisible pour l'empire, au crâle le Servie. Pendant qu'on voit encore entre les deux partis un certain équilibre, il faut faire la paix, elle st facile. Plus tard cet équilibre sera rompu aux dépens e l'armée impériale, et la puissance de Cantacuzène era considérablement augmentée. Monomaque finit
3l!l HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
par ilîre au grand-duc que , si Timpératrice, le pairiarc
el le conseil lui avoiciit donné un pouvoir absolu, il él
de son devoir d'entrer en négociations pour terraii
la guerre, parce qu'il ne pouvoit rien faire de plusul
à Tétat. Si ce pouvoir n'existoit pas, si le grand-(
craignoil de déplaire, le grand-connélable le prie de
donner un vaisseau pour aller à Constantinople propc
son avis, pronietlant de revenir dans le plus court dé
Celle opinion réunit tous les suffrages. Apocauqi
dissimulant son dépit, évitant de répondre et de don
iivs éclaircissemens sur la nature des pouvoirs don
éloit revêtu, prenant de l'empire sur lui-même, pj
cjue Monon>a(pie en avoit sur toute l'assemblée, n'o!
point se livrer, suivant sa coutunie , à la colère
contint assez pour ne faire que quelques gestes qui pi
voient seulement qu'il ne partageoit pas l'opinion
iiérale, et se contenta de dire, en levant la séai
Quelle paLv peut- on faire avec Cantacuzene?
Voyant l'inutilité de ses démarches, Apocauque tous ses soins à détacher le craie de Cantacuzene. Il voya tant d'ambassades à ce prince , lui fit tant de pré et de promesses, qu'il parvint à le déterminer. Etic ne déclara pas d'abord la guerre à son allié : soit < suivît les conseils du grand-duc, soit que ce fût son caractère , il vouloit commencer par lui faire guerre souterraine. Il envoie demander aux habitai Bérée les en fans des prinri[)ales fanulles, afin d'j un gage certain de leur fidélité envers l'empereur. C pour les indisposer contre ce prince, parce qu'à sujet ils seroient pri^és de ce quils avoienl de < ber ; et pour les engager ensuite à le lui livre échange Aqs otages qu'ils auroient envoyés. Cantaci ie remercia de celte marque d'intérêt , et lui fit qu'on n'avoit pas besoin d'une pareille précaution s'assurer (1,î la ridélité des habitans de Bérée. Ab craie eut rotour:5 à un autre moyen : ce fut, pour al
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 3l5
tacuzcne à sa cour, de le prier <lc venir Taîder do ronseilsy (ioniiant pour prétexte la situation critique 3 laquelle il se trouvoil vis-à-vis des Hongrois» dont missance lui causoit de justes alarmes. Il lui falloir guerrier qui réunit la prudence à la valeur, et la :sse à l'activité; en un mol , Cantacuzèue. Le plégo oit pas très-adroit , mais peut-être Tempereur y it-il tombé , puisqu il a la bonne foi de dire que ses s l'avertirent de se délier ''. 11 répondit qu'il lui éloit Possible de sortir de Bérée au moment où celte ville l menacée |)arses ennemis; et, pour Aler au crâle, t prétexte de rupture, et lui faire voir en même temps ibien crand^- éloit sa confiance, il lui envoya Manuel, ^lus jeune de ses lils, et l'Ange sou cousin. La preuve t sans réplique , mais l'imprudence pouvoit être rême, parce que le ci aie luanquoit de délicatesse et ivoit retenir et vendre fort cher des otages aussi préjx. Il n'en fil rien cependant, et Canlacuzène parle retour comme de l'envoi , sans faire aucune réflexion, avoit chargé ces jeunes princes de savoir d'Etienne sujets sur lesquels il désiroit d'avoir ses avis. Le le, n'ayant rien à leiu* dire, les entretint de choses lifférenles, et les renvoya. Bientôt après il leva le sqne , et fit déclarer que, voulant assister l'impérîce Anne et Jean Paléologue de tout son pouvoir, 'ompoit les traités et les sermens faits avec Canta- ;ène. Celui - ci rendit gr»^ces à Dieu de ce que le le n'avoit pas eu celte envie pendant qu'il éloit en sa issance.
Vpocauque, de son côté, qui ne vouloit point se meer avec l'empereur, tâchoit de délacher de sa cause hahitans de Berée. Il leur manda secrètement qu^l oit, à n'en pouvoir douter, que ce n'éloît point par liuation pour cet ennemi de l'état qu'ils suivoient i parti, mais par la nécessité de se garantir de Tat-
m^. dé Canlacuzène, liv. 3 , cbap. 6i.
5l4 HISTOIRE DU UÀS-EMPIRE.
taqne des Servîens; qu'il les avertîssoit que le venoît non-seulement de l'abandonner, mais ( déclarer la guerre; qu'en continuant de tenir poni tacuzènc, ils s'exposeroient à toute la fureur d'Eti qu'ils auroient à supporter tous les fléaux de la gi au lieu qu'en livrant le rebelle à l'impéralrice, seroient récompensés, et recevroient de la coi faveurs et des privilèges; enfin que, s'ils refusoie réuniroit ses troupes à celles du crâle , et les punir leur conduite. Les plus épouvantables menaces t noient celte lettre. Après l'avoir montrée à Car zène , ceux à qui elle étoit adressée répondirent rejetoient sa proposition comme si elle étoj^ in par le démon; que tout ce qu'il écrivoit n'étoit q suite de mensonges ; qu'ils étoient résolus d'user è leur pouvoir pour retenir l'empereur au milieu ( que, s'ils prenoit les armes, ils le suivroient ave< et combattroient avec ardeur sous ses drapeaux; l'intérêt de sa cause l'obligeoit à les quitter, il ei teroit leurs coeurs avec lui ; qu'en quelque endro fût ce prince , ils se montreroient toujours dignes estime et de ses bonnes grâces ; enfin qu'ils se rioi ses paroles menaçantes, l'invitant à songer aux su| que lui réservoit la justice divine, qu'il ne cesî braver par l'impudence de sa conduite. Voy moyen sans résultat , Apocauque eut recours à ui digne de lui : ce fut l'assassinat. Il y avoit dans 1 sons un homme nommé AUusien , à qui l'exercic chasse avoit donné une adresse merveilleuse pon de l'arc. Le grand-duc lui oftrit la liberté et des \ considérables, s'il vouloit lancera Cantacuzène ur traits empoisonnés dont il avoit l'habitude de se contre les bêtes fauves. Il lui fit voir combien ce treprise étoit aisée, parce que l'empereur , tous h se dépouillant de ses habits pour se délasser de la c du jour, se promenoit et prenoit le frais sur une te
HIST(\]R£ DU BAS-EMPIRE. 3l5
Ilusien n^igiioroit pas cette circonstance ; il étoit )ranlé. Pour achever de le déterminer, Apocanque lui romit avec serment de faire la fortune de toute sa imille. Il cède, et part pour Bérée. Il rôile autour de la Trasse, et voit le prince qui s'entretenoit avec quelquesns de ses amis. Il se pose sur une muraille, ajuste et ande son arc; mais la flèche lut échappe des mains, et )mhe dans Tintérieur de la ville. II fut obligé d'attendre ue Tempereur rentrât, parce qu'il en auroit été vu, s'il toit allé ramasser la flèche. Il retourna chez lui dans intention de revenir le lendemain. Le soir il va rerendre son poste, et le trait lui échappe encore une 3Îs de la main. Le surlendemain, observant avec plus 'attention ses mouvemens, il prend la flèche et l'ajuste 'une main plus sûre; niais , soit que Témotion qu'il evoit éprouver influât sur son action, soit que la corde e l'arc, quoique neuve, ne valût rien, elle se rompit au reniier elTort , et le trait resta entre ses doigts. Croyant oir dans cet événement l'intervention de la Provi- «née, et ne doutant point qu'elle ne prît un soin pariculier de Cantacuzène, Allusien court à l'instant néme se jeter aux pieds de ce prince , y dépose son rc et ses flèches , et lui fait Taveu de sou crime. L'empereur lui pardonna.
Apocauque, voyant qu'aucune de ses tentatives ne ui réussissoit , vouloit retourner à Constantinople ; nais il n'osoit s'y montrer sans avoir remporté quelque ivantage sur son ennemi. Il convoque un nouveau onseil. Monomaque ne pouvant douter de son aversion )Our tout ce qui tendroit à la paix , proposa de négo- ;ier auprès des amis de Cantacuzène, de lâcher de les :orrompre, et si l'on n'avoit ni le temps ni l'argent lécessaires pour y parvenir, de livrer une bataille qui erminât la guerre, ajoutant que l'empereur avoit délaré hautement qu'il ne la refuseroit pas quand même 1 seroit certain d'y mourir. Cet avis fat nnanimement
3i6 nrsToiuE dit bas-kmpiue.
adopté. Les moyens dn corruption plalsoient pir grand-duc , parce qu'ils étoient dans son carac mais ils exîgeoient des sacrifices qu'il ne se soucîoll| de faire. Il trou voit qu'il éloit dangereux de comb; incommode de rester h Thessalonique , et honlei retourner à Constantinople sans avoir rien entn Monomaque, devinant sa pensée, lui demandi vouloit commander l'armée à sa place, ou lui pern de la conduire à Bérée, promettant de ne point approcher de la ville , de ne pas descendre de cli et faisant voir que de celle manière on acquern gloire d'avoir attaqué l'ennemi sans s'exposer a sard du combat. Apocauque approuva ce dernier m qui le tiroit d'embarras. Monomaque partit sans < conduisit ses troupes devant Bérée, en ayant st les y tenir hors de la portée du trait. Les Turcs avoil avec lui se débandèrent pour piller les en\ de la ville. Ils firent beaucoup de dégâts, tuère prirent du monde , brûlèrent des maisons , enle^ des bestiaux, et n'omirent aucun acte d'hostilité, pereur fit faire à Monomaque des reproches de ce lieu d'employer les Grecs h le combattre, il laisse étrangers ruiner la province; il Tinvitoit en i temps à désigner le jour du combat. Moriomn(]i: pondit qu'ils pouvoient faire tous les deux, rhac son cote, ce qu'ils croiroient être dans liMirs intért ne parla point du jour qu'il avoit choisi pour bataille. Il resta jusqu'à midi vis-à-vis de la vill«' ; retirant ensuite, il attendit le retour des Turc auxiliaires prirent d'assaut le fort Pydna, dont 1; nison éloit du parti de Cantacuzèue. Us ramei avec eux Théodore Pépagomène, l'un des comma de ce fort, et le remirent au grand-duc. Celui-ci , l'avoir fait fustiger, commanda qu'on le tînt ex l'ardeur brûlante du soleil, et défendit de lui d aucun rafraîchissement, à moins qu'il ne renon
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. Sl-J
irli de Cantacuzone, et ne vomît des imprécations ntre ce prinn». Mais Théodore aiiua mieux mourir le de consentir à celte bassesse. Kffrayés de cette uauté, les habitans de Platauioii se soumirent au and-duc. Moiiomaque lui rendit compte de son expétion ; et quoiqu'il n'en eût pas fait partie, car, malgré
sécurité que devoil Uii donner ce plan, il étoît pru- -nimeiit resté à Thessa!oni(]ue, il retourna dans la tpitale pour s'y vanter de cet exploit.
Cantacnzène désiroit de faire avertir son allié le iitaii de Lydie du besoin qu'il avoit de son secours; iais les côtes étoicnt étroitement gardées par les vaisaux d'Apocauque. Pour tromper la vigilance des agens 5 celui-ci, l'empereur fit venir un homme sur, nomtë Prince, pour l'envoyer auprès d'Amir. Il lui comlanda de faire construire une barque dans une maison Irlîculière. Quand cette barque fut achevée, on la ansporta pendant la nuit loin île l'endroit de la côte irdée par les ennemis; on y mit des voiles, et Prince, à peu de jours, aborda, par un vent favorable, à myrne. Dos qu'Amir eut reçu la lettre de Cantacu- :ne, il secoua la poussière qu'il avoit sur sa tête, et îmercia Dieu <le ce qu'il lui avoit conservé son ami. Il
croyoit mort en Servie, d'après un faux bruit de l'in- Mition d'Apocauque. Il fit aussitôt équiper une flotte ; près de deux cents vaivsseaux. Li» grand-duc, instruit * ces préparatifs, envoya vers Amîr des ambassadein*s larges de présens et de promesses d'argent, s'il vouloit e point assis'er (];)ntaru'/èn\ Amir répomlit avec anchise, et déclara que rien ne l'emperberoit de voler 1 secours de sou allié. Il refusa les pr'\^(-ns, pane que, isoit-il, ce seroit une bassesse de les iccepter comme ni, et de faire ensuite la guerre coiume eiuiemi. yant pressé les préparatifs, et mis sur se; vaisseaux ;s provisions et de l'arfrent , connue si l'expédition îvoit être d'une longue duréa, il partit de Sn^yriie
5l8 \ HISTOIiE DU BAS-EMPIRE.
pour Eubée, où des vents contraires roblîgèren
s'arrêter. Pendant son séjour dans celte île un vai
de Ptelée ayant été pris par les siens et conduit da
port, il s4nforma de Cantacuzène, et demanda
passagers s'ils en savoient des nouvelles; ils répond
que le grand-duc éloit parti avec une armée con
rable pour assiéger Bérée. Amir, imaginant qii
deux ennemis étoient aux prises, éprouvoit un <
violent du retard qui Tenipêchoit d'arriver au se(
de son ami. Dans son impatience il rassemble les |
cipaux de son armée pour les consulter sur ce qu'il
à faire ; il leur rappelle le but de son expédition,
prépare au grand sacrifice qu'il veut exiger d'eus
les considérations les plus propres à leur en donn
courage. « Celui qui n'entreprend , leur dit-il , qu
<f choses aisées, ne fera janiais rien de grand ni d
« ncreux , s'il se laisse vaincre par le moindre obs
<f Notre dessein est de secourir Cantacuzène ;
« prouvons, vous et moi, que les fatigues et les ha
« que nous bravons pour sa cause nous sont plus agre
« que le repos et la paix. Je n'ai pris les armes ni
« m'enrichir ni pour acquérir de la gloire, mais
« le défendre et le venger. Je le chéris au point c
« mort me feroit désirer la mienne. S'il suco
« pendant notre absence, rien ne pourra calmer l
« de ma douleur : s'il est victorieux, nous ne pai
«f rons point sa gloire. Ce seroit une folie que de
« contre les vents et les tempêtes. Je n'ai garde de
*< proposer une entreprise aussi vaine que péri II
« mais il en est une autre qui nous. fera plus d'hon
«Brillons nos vaisseaux, allons en Macédoin(
« terre, puisque les vents se refusent à nos vœux.
M vous conseille rien que je ne veuille faire avec
« Je vous donnerai l'exemple; le premier, je m
« le feu moi-même à mon vaisseau. Ceux qui n'os
w me suivre auront des bâtîmens à leur disposition
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 5ïg
(tourner dans leur patrie. » On ne fit point d'objecà cet avis,^que même on eut l'air d'approuver. Il
eut cependant que soixante capitaines et leurs sol-
qui voulurent courir avec lui les hasards du voyage.
autres promirent de se rendre en Macédoine pour [rejoindre dès que les vents le permettroienl. Cette
dation prise , la flotte passe d'Eubée au rivage de
îde, et là le sultan avec ses soixante officiers firent de leurs vaisseaux les armes et provisions néccsires- Mais au point du jour le vent ayant changé, on nit les choses comme elles étoicnt; on appareilla, et > le lendemain on débarqua près de Thessalonique, is un lieu nommé Clopar, où le brave Amir espéroit Over Apocauque , et le battre. Ce ne fut pas sans une ïême contrariété qu'il apprit que cet homme étoît >arti pour Constantinople.
^ cette nouvelle les Turcs pillèrent les environs de Ax. 1344. lessalonique. Amir choisit cinquante de ses meilleurs ^eaux , y mit des troupes, et les fit partir pour tydna , d'où ils pouvoîent aller à Bérée sans aucun ^acle, et se réunir à l'emper.eur. Cantacuzène, qui vouloit point rendre le mal pour le mal , fit avertir villes de la domination du craie de Servie de l'arrivée I Turcs, afin qu'elles se tinssent sur leurs gardes. Il rivit au prince Etienne pour l'informer des mesures 'il prenoit dans ses intérêts, parce que, quoiqu'il eût mpu les traités d'alliance contractés entre eux, il )ablieroit jamais les services qu'il lui avoit rendus; le prévenoit qu'il recommandoit à ses alliés de passer r ses terres comme sur celles d'un ami , de n'y faire .cuii dégât; mais il le prioit de prendre de son côté s. pipeau tions, parce qu'on n'étoit pas toujours maître
ses propres troupes. Après avoir employé environ linze jours à toutes ces dispositions, il confia le comandenient de Bérée à Manuel, le second de ses enfans, irtit de celte ville avec la fleur de ses troupes et i'ar-
mée des Turcs qui éloit venue le trouver, et se mell
campagne', s'avança du côté de Thessaloniquc
qu'Aniîr sut que Tempereur s'approchoil , il m
cheval avec les principaux de son armée pour ail
devant de lui. Aussitôt qu'il l'aperçut , il descendit
prosternant pour le saluer, s'avança à pied. Ca
eène l'envoya prier de remonter à cheval ; ce q
fit qu'aprçs beaucoup de difficullés. Ils se retirèrei
leurs tentes et demeurèrent pendant sept jours a
virons de Thessaloniquc. Amir députa vers les h«
de cette ville pour les invitera reconnoîlre l'em]
offrant de leur rendre leurs prisonniers. Pour ne
aucun doute sur la ferme résolution qu'ils avoîer
de se défendre jusqu'à la dernière extrémité, ils
dirent en commettant d'horribles cruautés. Ils ]
un Paléologue, sonpçonné^dêlre partisan de Ca
zène, le traînèrent dans la place publique, l'y
crèrent, coupèrent sa tête , qu'ils promenèrent d
rues, déchirèrent son corps, dont ils attachèrent V
ties aux portes de la ville. Se saisissant ensuit
citoyen nommé Gabal^s, ils le mutilèrent et le t
Ils coupèrent à d'autres le nez et les oreilles , et le
seront de la ville, afin que l'empereur ne co
aucun espoir de les réduire. Frappé d'horreur,
cuzène ne voulut point rester. Ayant de l'aversio
les mesures sévères, au lieu de tirer une trop juf
geauce de pareils forcenés, il déclare à son alli
veut s'éloigner sans délai de cette ville. Amir bl
non sans raison, un tel excè> de bonté, qui pouvoi
les suites les plus fâcheuses. Puisque les cruautés
un moyen d'eçipêcher l'empereur de poursui
siège, il étoit possible que les ennemis de ce
crussent n'avoir rien de mieux à faire qu'à
l'exemple de Thessalonique , dès qu'on le laîss*
puni. Cantacuzène, persistant dans son projet
les représentations de son ami , renvoya son
niSTOIBE DU BAS-IMPIRE. Ssîi
)nge , son cousin , dans leurs gouvernemens , avec les oupes qu'ils en avoient amenées; donna des chevaux à Hix cents des principaux Turcs; choisit six mille fanssins (les plus braves et des plus aguerris; partit pour ^Thrace avec Amir, et donna Tordre au reste de l'arïée d'aller par mer Tatlendre à Périthémion, dont il >uloit taire le siège. Les villes des environs se soumirent ns attendre qu'on leur fit des sommations. Les Abdétes livrèrent, pieds et poings liés, leur gouverneur* *étoît Gudale , échanson de l'impératrice, qu'Apotiiqiic leur avoit donné pour le récompenser de son Svouement et de la haine qu'il portoit à Cantacuzène. eini-ci le fit mettre en liberté, et même hii donna des résens : ensuite il nomma iln autre gouverheUr.
L'empereur, qui ne voyoit pas sans tm extrême charîn son pays désolé par la guerre civile, crut devoii* lire encore une tentative pour la faire cesser. L'arrivée *Annir rétablissoit ses affaires, augmentoit ses moyens, t ne permetloit pas de supposer qu'une telle démarche ùt pour motif la foiblesse ou la crainte. Il choisit acques Brûlas , officier de sa maison, qu'Amir fit acompagner par Salatine , qu'il chargeoit de dépêches par- Icnlières pour concourir au même but que son allié. lantacuzène répétoit dans les siennes les mêmes proestations relativement aux accusations calomnieuses lont il étoit Tobjet ; peignoit la désolation des provinces ; tonjuroit Anne de revenir de son erreur, et se justifioit l'avoir accepté le secours des Turcs, par l'exemple d'Apo- Stauque, qui, le premier, avoit appelé ces barbares. Le Koltan exposoît à l'impératrice que, depuis long- temps ^ il étoit lié de l'amitié la plus étroite avec Cantacuzène; que c'étoit à sa considération qu'il avoit autrefois secouru l'empereur Andronic contre les Phocéens et les ■Albanois; que, par suite de ce même sentiment, il s'étoit interdit toute excursion sur les terfies de l'empire ; que celte conduite et ces égards n'étoient dus qu'à l'amitié
llfâT. i)U BAS-EMP. TOM. XI. 21
Ir.
3â2 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
qull avoit alors pour Cantacuzène. Changeant ensoi de ton en continuant de parler de ce prince , il di qu'il n'osoit plus se dire son ami, et qu'il n'avoit cette présomption depuis qu'il éloit parvenu à l'empi mais qu'il mettoit sa gloire à être son serviteur; qol cette qualité, au lieu de lui envoyer des secours, il venu les lui amener en personne, prévenant même demande qu'il auroit pu lui faire a ce sujet. Aroir ti minoit sa lettre par d'instantes prières à l'impérat pour qu'elle fit la paix, afin de garantir des horreurs la guerre , les provinces où ce fléau n'avoit point en pénétré, et d'en réparer les ravages dans les autres. Malgré l'expérience et le triste sort de tous les ara sadeurs de. Cantacuzène, Brûlas eut assez de dévo ment pour se charger d'une mission aussi dangerei mais il ne tarda pas à s'en repentir. Il remit ses d ches. Le barbare Apocauque le fit prendre; et, api avoir ordonné qu'on le rasât, ce qui éloit une ma d'infamie, qu'on lui coupât le nez, et qu'on lui les janibes, il le fit traîner dans cet état sur les pi publiques, et jeter en prison. Quant à Salatîne,ra bassadeur d'Amir, le grand-duc le combla d'égards de présens, et lui remit une lettre pour son maître, disoit au sultan, dans cette lettre, qu'il faisoit uneac* tion indigne de lui en assistant un rebelle; qu'on ne éi serviroit jamais de ce rebelle ni pour commander avec les enfans d'Andronic, ni pour obéir avec les sujets de l'empire; qu'on n'en vouloit pas même dans les emploil les plus vils et les plus abjects, tels que ceux de palefrenier ou de marmiton ; qu'on étoit résolu de le poursuivre jusqu'à sa mort , et que toute idée de se réconcilier avec un pareil homme étoit un crime d'état. G'ëloit en effet pour rendre cette réconciliation impossible qu' Apocauque se portoit à de tels excès, parce que, la craignant comme \é plus cruel malheur qui pût lui arl'îver, il vouloit augmenter d'un côté les torts de rin>î |
rîce, et de l'autre allumer dans le cœur de Canta- Aène une colère implacable. Amir porta sa lettre à Unipcreur sans l'ouvrir. Le prince lui en fit des reprol^s , lui demandant s'il croyoit qu'il eût la moindre î^fiance. « Ce n'est point ce motif, lui répondrt le sultan, laiis parce que je sais qu'on vous noircit de mille camunies à Constantinople : )e pense qu'Apocauque me f^Qt un langage injurieux sur vous ; et , dans cette suppo- ^ion , j'ai voulu que sa lettre ne fût connue que de vous ^' de moi , afin de la détruire , si ma crainte est fondée , a d'en faire usage, si je me trompe.» Cantacuzène, sen- P^le à ce procédé, remercia son ami , et vit bientôt que S6 soupçons n'avoient que trop de fondement.
'Quand il fut certain que ses ennemis étoient résolus
E\ ne jamais faire la paix , il continua la guerre avec fetoins de scrupule. Ses négociations ne l'empéchoient 9^ de poursuivre le siège de Périthéorion. Pendant ■p^ou préparoit les échelles et les autres machines né- Bssaires pour l'assaut , les habitans des forts de Sainte- ?aix et de Pobisda vinrent laire leurs soumissions et ni demander des gouverneurs. Tous les gens de la cam-
Kgne se soumirent pareillement. Voulant se servir . jux, il leur donna pour chef Momitzile, auquel il l^nsa qu'ils obéiroient sans répugnance, parce qu'il ^oit connu par sa hardiesse dans les combats et sou |dresse dans les incursions. Bulgare de nation, il s'étoit Ra forcé de sortir de son pays à cause de ses brigandages. S'étant réfugié chez les Grecs, il avoit été emj^loyé par l'empereur Andronic. Comme il n'avoit point dt*autre occupation que de piller, il commettoit beaucoup de dégâts en Bulgarie, dont il connoissoit tous les détours. Ceux qui demeuroient sur les frontières achetèrent la paix pour être à l'abri de ses insultes; mais il ne put rester long-temps tranquille, et recommença le même train de vie. Quand , devenu suspect aux Grecs , odieux aux Bulgares, il vit qu'il ne pouvoit éviter d'étrfe
i;oi de Bulgarie. On^'adressa donc à ce printe ; ma: sft vendit cher* .IL jexigea d'abord les neuf villes d( province de Rbodope :c'étoientZépène, Qroëtzime, ristize , Sainte - Justine , Phiiippopole , Sténimaq Aëte 9 Béadne et Cçttzine. Chacune de ces places a autrefois quinze cents hommes de garnison 9 qui se ti voient, à cause de la guerre,, réduits .à mille, i furent cédées avec d'autant plus de facilité au roi Bulgarie , qn'on ne lui donnoit sur plusieurs qi droit sans possession , puisque l'empereur s'en étoit > paré, et qu'on aimoit mieux les voir entre les m d'Alexandre que dans celles de Captacuzène. A avoir accordé ces places et fait remettre à ce roi o qui reconnoissoient encqre Tautorité du grand-duc réclama le secours promis et sans lequel la cession r pas eu lieu,. Mais AlexaWire iiépondit que, dans sa < vention , il ne s'étoît engagé qu'à combattre Cant< zène , et non les Turcs qui désoloient la Thracc qu'il ne prendroit les armes et ne $e mettroit en ma que lorsqu'on les aujroit chassés de cette provinci étoit plus difficile d'exécuter cette nouvelle condi que la première. Cependant on chercha les moyens venir à bout. Apocauque, qui ne connoissoit que < de la séduction., et qui calculoit assez heureusen sur la corruption des hommes, commença par fair sjultan les offres les plus avant^tgeuses; niais elles fn rejetées avec mépris par Amir. Celle tentative é inutile, X>n eut recours à Tartifice.
Cantacuzène aVoit chargé un Grec nommé Mauror de distribuer chaque jour lout ce qui éloit nécessaire | L'entretien de la maison du sullan, ainsi que des T que ce prince avoît avec lui. Comme celte charge mci <^lui qui Texerçoit dans^des rapports journaliers < ces alliés , elle lui donnoit nécessairement sur eux grande influence , et l'empereur ne devoit la cor qu'à une personne d'une fidélité éprouvée, Apocauqu
HISTOIRE DU BAS^IMPIRE. ^ 52j
tens ces calculs , et des offres à Manromnte , qui ne ré« tisia point à la se'dnction. La langue turque lui étoit ^milière , et dans l^exercicede ses fonctions il en faisoit habituellement usage. Il conseilla donc aux conimaiic3ans de ne pas se fatiguer plus long- temps en restant BODS un climat qui leur étoit contraire; de prier Amir •le les ramener chez eux, en exposant à ce prince que ^eur présence éloît nécessaire dans leur pays ; qu'ils ■l'étoient pas venus pour consacrer toute leur vie au service de Cantacuzène; qu'il y avoîl dix mois qu'ils se 3)attoient pour lui, et que ce sacrifice éloil suffisant. Prévoyant le refus du sultan , le perfide Mauromate leur dit encore que , »\ ce prince tentoit de les retenir, il falloit le refuser ouvertement ; enfin que, s'il préfextoit le manque de vaisseaux pour leur transport, il se chargeoit , lui , d'en faire venir de Constantinople , ainsi que des récompenses pour eux, s'ils suivoient son conseir. Les Turcs furent d'autant plus facilement séduits que ce conseil flattoit leurs désirs. Ils allèrent trouver Amir, et le supplièrent de consentir à leur retour. Surpris d'une demande aussi imprévue , ce prince fit tout ce qui dépendoit de lui pour les retenir, leur représentant qu'en se retirant ainsi ils laiss^enl l'empereur à la disposition de ses ennemis. Tous ses efforts furent inutiles. Ils lui déclarèrent que , s'il ne vouloit point les accompagner, ils iroient à Constantinople, sachant qu'ils y seroient protégés; que de cette capitale ils retourneroient chez eux en passant par la Bithynie, la Phrygie, la Capîe et l'Ionie. Amir, qui vit que ce plan devoit leur avoir été donné , parce qu'ils étoient incapables de le combiner, tâcha, mais vainement, d'en découvrirM'auteur. Ils répondirent qu'ils ne pouvoienf le lui nommer , parce qu'ils avoient promis avec serment de lui garder le secret. Le sultan employa pendant quinze jours tontêson adresse pour les faire changer de résolution. N'ayant pu vaincre leur opiniâtreté , ni rien
3m.* BISTOtlK D0 BÀ8-SJfPimS.
g^foer stir lear esprit ^ il alla trouver I^mperteurf lii|i faire part de ce qui se passoit. L'abordant avec tristesse profonde et sincère, illai protesta qu'en | tant de^son pays pour venir à son secours, il étoit < l'inébranlable résolution de le servir jusqu'à ce qu'il terminé la guerre ; qu'il avoit, dans ce but , chois gens les plus dévoués et dont il n^uroît jamais pii s* çonner la défection ; que cependant ils s'étoient I corrompre par un agent inconnu d'Apocauque ; < quelques soins qu'il se fût donnés depuis quinze ; pour découvrir cet agent , il n'avoit pu y parveoi l'assoroit que , de retour dans sa patrie, il pnniro traîtres et se hâteroit d'en réuntr de plus fidèles venir aussitôt vaincre ou mourir avec lui.
L'empereur, affligé de cette nouvelle, vit le ct< auquel Texposoit le départ d'Amir, et ses ennemis tendre que ce moment pour fondre sur lui. Ne poi le retenir , il le pria d'envoyer à l'impératrice , î de partir , une seconde ambassade pour lui faire de velles représentations sur les maux de la guerre , i triste état des provinces ravagées par ce fléau , et la conjurer d'avoir pitié de ses sujets , et de faire la n ajouta i^'il prévoyoit bien que cette princesse i roit aucune réponse ; mais, comme elle av'oit inté le ménager, elle lui oflfriroit des vaisseaux et de Ta pour faciliter le transport dé ses troupes; qu'il ac( roit , ayant ainsi Iç moyen de leur accorder ce qi lui demandoient avec tant d'inslances, et de récom[ ceux qui n'avoient point partagé les sentimens d'i ordination du plus grand nombre. G'étoit d'aillei moyen plus prompt pour le sultan d'accélérer s< tour. Amir suivit ce conseil, et députa desambassî a l'impératrice. Comme l'avoit prévu Cantacuzèr ne réppndit rjen à l'article de leurs dépêches qui .cernoit la paix. Mais, en plein conseil^ Te grand-di: jLdcessa de vifs reproches sur la conduite de leur n
HISTOIRE BU BAS-ElfPIRE. Sdg
voit, disoit-il, avili la dignité de snllan en suivant itacuzène comme un esclave, en s'attachant ainsi à anse d'un rebelle proscrit et déshonoré; en ayant la sesse de lui servir de garde et de veiller à l'entrée de lente. Il termina par dire que, s'il étoit las du rôle itenx qu'il jouoit, et qu'il voulût enfin y renoncer, opératrice lui donneroit passage par l'IIellespont , et de •gent pour payer ses troupes. L'ambassadeur princil, impatient du langage outrageant pour son mattre e tenoit Âpocauque, lui adressa ce discours : « Il me enible que vous n'avez jamais eu d'amis, et que vous le connoissez que la haine. S'il en étoit autrement, oiis ne seriez pas si fertile en calomnies , et vous n'emploieriez pas le don de la parole à vomir des injures ivec tant de facih'té. Etranger au sentiment de Tamiié, vous faites un crime à mon maître d'avoir gardé 'empereur. Moi, je vous prierois volontiers de me lire quel est celui qui a tenu une conduite plus juste ît plus généreuse, ou du sultan à qui vous reprochez ion dévouement pour son ami , ou de vous que cet mû a comblé de tant de faveurs , de tant de bienfaits, et qui ne l'avez payé que de la plus noire ingratitude, le calomniant avec perfidie , et lui suscitant une guerre injuste. Vous ressemblez à ces fous furieux qui rongent leurs membres sans s'apercevoir du mal qu'ils se font. Amir, mon maître, a donc agi en homme de cœur, en ami généreux, et vous en scélérat ^qui ne songe qu'à faire le mal. >» Le grand-duc, pour l'éluirrasser, lui demanda s'il convenoit que son maître oit l'esclave de Cantacuzène : « Sans doute ( répliqua l'ambassadeur ) ; mais c'est un esclavage glorieux , celui de l'amitié et des devoirs quelle impose; esclavage bien différent du vôtre, puisque c'est celui de l'envie, de la jalousie, de la haine, et de ces passions honteuses dont vous subissez servilement le joug. ^> a leçon étoit forte, et causa d'autant plus de surprise^
i^u'on raitendoH mc&ns de ceux qui la fai^éftt/p qn*cm les traitoit de barlMires. Aussi le graad^duc i terrompit en disantqii^on n^avoit pas besoin de ren trances , et que l'objet de l'assemblée ëtoil de s'occt de ce qu'il y avoit à faire. Le conseil décida qu'on verroit au sullan George Luc, quiëtoit connu d prince, et passoit pour être très*habile dans l'art de gocier. Il se rendit en diligence auprès d'Amir. Celi fit quelques difficultés , et déclara ne consentir à 8< tirer que par égard pour l'impératrice, et pour obi son député. Le résultat de la convention fut qu'on verroit au sultan des vaisseaux pour embarquer armée, et de l'argent pour la payer. George Luc tourna dans la capitale ; Amir et Cantacuzène allé camper près de Trajanopolis , petite ville ruinée de long-temps, et dans la rade de laquelle les vàïssi dévoient arriver. L'empereur envoya Mathieu, soi aîné , prendre possession de Cumalzène , qui venoi se soumettre ; exemple qui fat suivi par les forter d'Asomate , Paraderne et Stytarion , situées dans le sinage.
Pendant son séjour près de Trajanopolis, l'empei apprenant que son fils étoit tombé malade à Gnraaiz et voulant aller le visiter, se mit en roule, ne pre avec lui que cinquante Grecs et deux Turcs, parce ( supposoit que icelte course pouvoit se faire sans ai danger pour lui. Ils passèrent la première nuit dan bourg ruiné, près duquel mille Turcs vènoient d( barquer pour piller le pays. Apercevant de loin le du bivouac de Tescorte de l'empereur , ils s'approc lentement et sans faire de bruit. Supposant qu'il y i une troupe en étal de leur résister, ils se partager quatre bandes pour envelopper le camp , et toi dessus à Timproviste. Ils n'attendoient que le sign leur chef, lorsque celui-ci, voulant connoitre le noi des ennemis qu'il avoit à combattre y envoie deux 7
HISTOIRi; BU BAS-£)M[PIRE. 53l
une foiïtaîné pour tâcher d'y prcudre qiielqu\in qui ti donnât les renseignemens qu'il désiroit. Ils y trou-' srent un domestique de l'empereur, qui s'enfuit à leur ^ect et leur échappa. Soit qu'ils craignissent les ^proches de leur coQiimandant, soit que la peur les tîsît , ils lui dirent qu'ils avoient manqué leur coup, Civils étoient découverts, et qu'ils avoient affaire à une rniée nombreuse. A ce rapport une terreur j)anique i^mpare des Turcs : au lieu de songer à l'attaque , ils ^ pensent qu'à se sauver eux-mêmes. Quand le jour mt arrivé , Cantacuzène continua sa route , apprenant le langer qu'il avoit couru. L'ennemi reconnut son erreur, i^ais trop tard, parce que l'empereur, ayant pressé le |S^ , s'éloit mis hors de toute atteinte. Après être resté luelques jours avec son fils, il revint près de Traja- Hople. Il apprit en route qu'un détachement de troupes CDpériales se proposoit d'aKaquer le fort d'Asomate. Il e vil posté sur une hauteur. Contre son avis, ses soldats ':oulurent l'attaquer malgré l'avantage de la position de ^ennemi : ils furent repoussés. Cantacuzène les exhorte I le suivre , faisant semblant de se retirer, afin que les jtnpériaux, croyant qu'ils fuyoient , abandonnassent «ur poste. Prenant en effet cette retraite pour une déroute , ils descendent de leur position , et, quand ils sont pn plaine, voient la troupe de l'empereur qui fait voilejàce , et tombe sur eux. Ils furent taillés en pièces.
. Apocauque avoit trop d'intérêt à éloigner le sultan pour.que les vaisseaux qui dévoient transporter 4'armce de ce prince éprouvassent le moindre retard. Ils arrivèrent en effet au port d'Ainos, où l'embarquement Revoit se faire , et se joignirent à trente galères qui appartenoient au sultan. Amir se sépara de son ami , lui promettant de lui renvoyer des troupes dans quinze jours , et de revenir lui-même le plus tôt qu'il pourroit pour 06 plus le quitter jusqu'à la fin de la guerre. Il arriva , par un concours de circonstances singulières, que le
nîëcontenlenient de aes troupes fut cause dn salut d< royaume, et qi^'en le^ formant en quelque sorte de trèr dans ses états , elles contribuèrent à les lt]i conse A peine ëtoît-il de retour , qu'une flotté de vingt-qi navires, partie de Rhodes, vint aborder à Smj prit un fort , et brûla plusieurs vaisseaux , sans qu\ pût l'empêcher. C'ëtoient les Latins , qui avoient i profiter de l'absence de ce prince pour s'emparer c partie de ses domaines. Son retour empêcha < n'eussent d'autres succès. Mais, si le sultan fût resté de son ami , la. conquête de Smyrne leur eût été f Cantacuzène, en apprenant cette nouvelle, se fé de n'avoir pu retenir les troupes de son ami, et rem Pieu de ce que les accidens qui dévoient lui êtr testes tournoient à son avantage.
ment, et, au lieu d'aller aux Serviens, arrivent à ir camp, montent sur les chevaux, et fondent soc ÉineruI , qu'ils assomment d'autant plus facilement, i^il De pouvoil ni fuir ni combattre dans les défilés où Venoit de s'engager avec tant d'imprudence. A cette iQvelle le craie perdit l'envie de continuer la guerre, ^reprit le chemin de son pays. Cet événement eut pour tintacuzène un résultat doublcmeiit avantageux. 11 le 9ivra d'un de ses ennemis, et lui donna un secours '■,w lequel il ne comploit pas. Les Turcs, après leur ctoire, vinrent lui oflrir leurs services pour l'aider à emparer de Gratianopolis : ils étoîent au nombre de jbis mille cent. L'empereur accepta leurs offres, et fit M présens à leurs envoyés. D'après le traité qu'il con- 3iit avec eux, ils s'engagèrent à rester avec lui pendant Ipiarante jours pour une somme qui ne leur seroit •lyée que quinze jours après leur arrivée. Cantacuzène , ^ ayant point d'argent, espéroit pouvoir en /aire venir i&ndant ce délai de Didymotique. Us acceptent avec Wte clause , et se rendent auprès de l'empereur. Le jlndemain, vers le milieu du jour, on vit s'élever tout coup au-dessus de Gratianopolis un tourbillon de Dmée : c'étoit le signal convenu pour l'attaque. Les ^i'isouniers le donnoient après avoir égorgé la garnison. ^ l'instant même l'empereur s'approche, et fait son ^trée sans obstacle dans une place importante , et dont ies circonstances augmentoiént le prix. Il y trouva l'arjeot nécessaire pour payer les Turcs. Un homme de la le du peuple avoit été tout à coup élevé a la première Magistrature de la ville, soît parce qu'il s'étoit fait remarquer par les injures qu'il vomîssoit contre Cantarùzène , spit parce qu'ayant trouvé un trésor, comme !e faisoient croire ses énormes dépenses , il avoit acheté îette faveur. Il s'appeloit Angelitze. Quand la ville fut )rise , on fit des recherches dans sa maison : il fut obligé
536 IIISTOIIE BU BÀS-£MPtlLË.
de rendre les sommes qu'il avoit cachées. Uempi Ie5 confisqua.
Quelque temps avant la reddition de Gratiano] ce prince avoit envoyé des ambassadeurs au roi de garie pour lui rappeler ses anciens engagemens, e gager au moins à la neutralité. Alexandre, au li faire une réponse à ses dépêches , partit avec son s pour se rendre dans la Morée y soumettre qin places fortes. Celle d'Hyperpiracion attendoit uni nison que ce roi avoit annoncée. Cantacnzène , d plus fort avec les Turcs , confie le commandenic Gratianopolis à Mathieu , ainsi que cehii des villes de Chalcidice, et se dirige à marches forcées v Bulgares. Mais Alexandre ne l'attendit pas. Au pr bruit de son approche il fait passer THèbre à ses ti avec tant de précipitation , que des chevaux et d dats se noyèrent, et que tout le bagage fut perd lieu d'uuQ garnison de Bulgares, Hyperpiraci reçut une qu'y mit Tempereur , et le roi de Bulg hâta de conclure la paix.
Ainsi débarrassé de deux ennemis puissans p sans coup férir, Cantacnzène vouloit attaquer 1( sième ; c'est-à-dire Apocauqne , qui, au lieu de biner ses opérations avec ses alliés, se tenoit rer dans Héraclée. Mais , au moment d'exécuter ce ] un événement le força de le suspendre. Momitzile brûlé des vaisseaux qui appartenoient au sultan les Turcs résolurent de le piuiir , et déclarèrent à pereur qu'ils ne marcheroient sur Héraclée qu qu'ils se seroient vengés. Voyant qu'il feroit pi retenir d'inutiles efforts, il leur donne un détach de Grecs pour les aider à poursuivre Momitzile. xiï , jugeant bien que Cantacuzène ne resteroit pa: tateilr oisif de cette querelle , et connoissant Th de ce prince, prit beaucoup de précautions, fit
l«s gens de la campagne dans les forts , et se prépara à livrer bataille. Mais, recônnoissant bientôt l'infériorité cle ses troupes, il se contenta d'observer celles de Ten- ■temi, de les harceler, ayant l'intention de les attaquer dans leur retraite. 11 alla les attendre près de la ville de Vérithéorion. De son côté, Cantaeiizène les attendoit à Cumatzène. Impatient do leur retour , il s'avance n'ayant ■ivec lui qu'un très-petit nombre d'hommes armés, et ■'arrête à Mîzène, ville ruinée dopuis long-ten)p5^ sAccablé par la chaleur du jour, il se laisse ^.'igner par Se sonmieil. Un songe, pendant lequel il croit entendre PVine voix qui l'avertit d'un grand danger, le frappe au fipoint qu'il s'éveille dans le trouble et l'inquiétude. Ses Éespions l'avertissent au moment même qu'on apercevoit Mes troupes ; il croit que ce sont les siennes. Conservant ^cependant quelques doutes, il envoya Tarchaniote en ^.reconnoissance pendant qu'il alloit firendre son armure. * Il achevoit de s'en revêtir, lorsque Tarchaniote revint , annonçant que c'éloit l'ennemi , et qu'il le suivoit. A l'instant même parut INIomitzile , qui , sachant (|ue l'em-* —^reur étoit à Mizène sans suite, accouroit, pour l'en- 'lever, avec mille houmies des plus lestes de son armée. Cantacuzène , conservant toute sa présence d'esprit , - dispose ses gens autour de lui , et marche en bon ordre sur la route de Cumatzène. Voyant la lenteur de cette ^marche, Momitzilé, qui s'altendoit à une fuite précipitée, craint qu'on ne veuille le faire tomber dans ■* quelque piège. Il divise sa troupe en trois bandes, et ^ leur donne l'ordre de s'avancer avec beaucoup de pré- - caution. Quand il eut passé les ruines de Mizène, dans lesquelles il supposoit quelque embuscade , recon;ioissant son erreur, il fond sur la petite escorte de l'empereur avec une extrême impétuosité. Cantacr.zène, qui i étoit derrière ses gens , les fait arrêter , cl se prépare au ' choc : il fut violent. L'empereur se bat comme un lion;
IlïST. DU BAS-EMP. TOM. XI. 22
338 HISTOIRE DU BÀS-EMPIRK.
son cheval tombe percé de coups. Un de ses officiers'^ nomme Lantzaret , lui cède le sien. Comme il y mon« toit, il reçut un coup de sabre sur son casque. Lantzari resta sur la place percé de dix-huit coups d'épée ou de^i lance. Enfin, après beaucoup de peine, le prince arri\ sain et sauf à Cumatzène , échappant à Momitzile , qui, craignant qu^on ne sortît de cette ville pour venir ai secours de Tempereur, se retira. Cantacuzène envoya visiter Lantzaret pour savoir s'il respiroit encore : il n'éloit pas mort de ses blessures. L'empereur le fit trai porter dans la ville, et prit tant de soin de lui, qu'i peu de temps il fut parfaitement guéri : il le récoi pensa généreusement. Michel Bryenne fut tué dans combat. Momitzile envoya à l'impératrice deux prû niers de marque qu'il avoit faits dans cette rencontre:^ c'étoient Orpalmène et Théodore Caballaire. Ce préseï n'étoit point désintéressé; le chef des partisans en de-| manda le prix. La princesse le créa despote. S'étant,a]i| peu de temps après, réconcilié avec Cantacuzène, Cfr-J lui-ci le fit sébastocrator , pensant qu'il valoit mieaXi l'avoir pour ami que pour ennemi, et quil étoit trop( puissant pour être châtié. Le terme que les Turci, a voient pris pour servir l'empereur étant expiré, iii demandèrent à se retirer. Ayant fait d'inutiles tentatives pour les engager à rester, il les renvoya en Asiç par l'Hellespont.
Jean Paiéologue étant attaqué d'une maladie assexj dangereuse pour exciter des inquiétudes , le patriarcbci qui étoit venu retrouver ce jeune prince à Héraclée, U{ ramena dans la capitale. Apocauque, informé de lait-^ traite des Turcs , et jugeant Cantacuzène affoibli par.'i cette défection , crut que c'étoit le moment d'attaquer Didymotique, regardée conime la principale ville et k boulevard de l'empire de ce prince. L'arrivée d'un secours que lui eiivoyoit le roi de Bulgarie, malgré soo
BISTOI&E DU IjàS-EHPTRE. 33^
té de paix, le fortifia dans son projet. De son côfév itacnzène, qui se dolitoit du dessein de son ennemi, ce qo'une entreprise sur cette ville et oit ce qu'il ît de mieux à faire , ne la perdoit pas de vue , et g;eoit à l'aller défendre. Laissant en Ghalcidice son avec des forces suffisantes, et son beau- frère Asan » la Morée avec des garnisons pour les villes qui reiDoissoient sa puissance, il prit avec le reste de ses bpes la route de Didymotiqne. Apocauqne partit léraclée pour se diriger sur le même point. 11 s'arrêta «Ht le fort d'Empulhion , qu'il avoit Tintention isiéger. Il fit dresser des machines pour battre les Irailles : mais leur élévation et leur épaisseur les met- I à Tabri , et rendoit ses efforts impuissans. Celte leresse étant abondamment pourvue de vivres et de Itaitions, la garnison fit une vigoureuse résistance, nocauque y perdit beaucoup de monde , et , désespé- It de prendre cette place, résolut d'en abandonner le ge. Pendant qu'il réfléchissoit au parti qu'il prenait , son gendre, le protostrator , se baignant dans pbre, fut entraîné par la rapidité du courant , et se JJïi. Le grand-duc prit le deuil, et fut dans Tafflictioa ■idant quelques jours. Il profita de ce malheur pour •>îr un prétexte de lever le siège. '
^opposant probablement que Cantacuzène croyoît fci facilement que par le passé aux expressions de re- ■Hr comme aux protestations d'amitié , il lui députa padène poqr lui dire que, s'il n'avoit pas pris le fortf feiputhion , c'étoit uniquement par égard pour lui et ' le souvenir de leur ancienne liaison. Il lui faisoit ttiéme temps demander une entrevue, ayant à l'en- •^tîir des affaires les plus secrètes comme les plus ^tirtantes , et qui ne pouvoient être confiées à d'au- • Il lui représentoit qu'il seroit bien allé le trouver, ^ qu'il ne le pouvoit tant qu'il porteroit les attributs ^souveraineté, parce qu'il manqueroit de respect à
rîmpëratrîce, ainsi qu'au jeune Paléologue. E craignant qu'il ne voulut point consentir à quitte costume pour le recevoir , il le supplioit de tn quelque moyen pour lui accorder urne confér L'expérience avoit rendu Cantacuzène moins créd moins confiant. Indigné de la fourberie d'Apocai il lui répondit qu'il étoit bien le maître de contînt siège d'Emputhion , s'il vouloit faire tuer ses sol qu'il n'étoit paa étonnant qu'il répugnât à le voir n des marques de la dignité impériale , parce qu( yeux malades sont blessés par l'éclat du soleil ; quant à lui , voulant bien avoir quelque complaii pour le grand-duc, qui paroissoit avoir tant d'env le voir , il trouveroit le moyen de le satisfaire prendre ni quitter les marques de la souvèraineti seroit en s'ofFranl à ses regards avec un casque , cuirasse et des cuissards , parce qu'on ne sauroit di guer aucun costume sous cette armure. Apocauquc prouva cet expédient , quoiqu'il n'eût l'air que défi ; et fit répondre qu'acceptant cette proposîtio paroîtroit dans le costume indiqué. Il partit auî pour s'approcher de Didymotique , et dépêcha l'ai vêque de Macra pour prévenir Cantacuzène, et lui qu'ainsi qu'ils en étoient convenus, il se présentoit, comme un ennemi , mais en ami. Il chargea ce p de lui remettre , en signe de suspension d'armes , l prelnte d'un cachet. L'empereur, en voyant un év^ crut, d'après le caractère de cet envoyé, qu'Apocai étoit de bonne foi ; il se prépare à le recevoir ,el bientôt armé de pied en cap. Il mit aux portes d ville dès sentinelles pour maintenir l'ordre , et défi aux autres soldats de sortir pendant la conférence, lieu de s'approcher, Apocauque envoie des gens de qu'il fait suivre du reste de ses troupes, avec ordre laquer. Us tirèrent, et mirent le feu aux maisons si hors des rcmparls. La garnison sort furieuse , fonc
factieux consentoit enfin à quitter la pourpre pour i;cntrer dans la société comme un simple particulier, et confondu avec les autres citoyens : et c'étoit dans on pareil moment , en arrivant au port , qu'on vouloit traiter avec un usurpateur qui s'avouoit vaincu, et traiter de puissance à puissance ! Il ne pouvoît s'expliquer un pareil projet. » Ce moyen éloit trèsdroit , parce que l'entrevue de Cantacuzèrie et d'Apoauqne pouvoit lui donner quelque vraisemblance , et le ,rand-duc inspiroit par ce mensonge des regrets. Il .nissoit par dire à l'impératrice que, par son imprulence , ayant ruiné les affaires , qu'il avoit mises en sî ipn état , et résolu de s'accommoder avec le rebelle, il e retiroit pour n'être pas témoin d'une pareille honte; |ne , si elle vouloit revenir à ses premiers projets et x>ntinuer la guerre , il la servîroit avec le même dénuement que par le passé ; mais que , si elle pcrsîstoit à viiuloir la paix, ce qui seroit pour elle une source de Biisères et de calamités , il se conduiroit, lui grandduc, comme il jugeroit à propos, et sauroit bien pourvoir à sa sûreté , étant plus en état que personne de faire avantageusement ses affaires. Le ton que prenoit cet in- ^trigant pouvoît en imposer ; et le patriarche donnoit |d'autant plus d'importance à ce langage, qu'il ne doutoit ipoint de sa sincérité. Apocauque sentoit qu'il valoit lieux le persuader et faire une dupe que de l'avoir rar confident, parce que de cette manière le prélat, gjpcu lui-même le premier , seroit bien plus propre '•••e les autres en donnant à ses impostures l'ac- -•nté.
**jolhète Gabalas vint aussi pour compli- -^Mue sur son retour, et reçut de lui les ■ ^ C'étoît un homme dont Topinion li' poids , soit pour le talent de s'exsoîti ir la réputation dont il ;r à sa cause. Le grand-
d^ine éloquence persuasive. Apocauque arrive sur i entrefaites, mais trop tard. Au lieu de descendre^ palais pour saluer rinipératrice , comme ir avoit co| tume de le faire, il se rend à l'église de Sainte- Mari Hoilégéirie pour y faire ses prières, et se retire en dans la tour de INIangane, qui lui appartenoit, et avoit jadis fortifiée afin de s*y défendre en cas de n site : projet qui peut paroître douteux d'après sa duîte pendant la guerre. Dès le lendemain le patria va l'y voir : il en reçoit des reproches sanglans. A cauqne se plaignit avec humeur de son inconstance de sa légèreté : il s'éloit cruellement trompé sur compte, |)nis(]n'il prêloil l'oreille à ceux qui con loient de finie la paix : s'^ns la guerre, il y auroîtl temps que Palamas seroit assis à sa place sur le i patriarchal : s'il croit par ce changement éviter le que lui réserve leur ennemi commun , il est complè ment dans l'erreur : il sait, à n'eu pouvoir douter, les chalimens les plus épouvantables lui sont destiné^ que la rage de Cantacuzèuo ne peut être assouvieqne sa mort et ,1a ruine entière de sa famille : il n'a d d'autre parti à prendre qu à faire tout ce qui dépen de lui pour continuer la guerre. Le patriarche, n'avoit cédé que par peur , ayant une peur plusco dérahlc du sort qu'on lui présentoit , se rendit s peine. Alors le grand-duc l'envliya de sa part à Tim ratrice pour lui dire « qu'il étoit surpris de ce que, « le temps qu'il s'exposoil à tant de dangers pour elle « pour ses enfans,elle s'occupoit si peu de ses intérfll « qu'elle ne devoit point avoir oublié tous les sacrifiât « qn'il lui ovoit faits jadis en méprisant les faveurs^ « les bienfaits de Cantacuzène : ou'elle devoit savoj « qu'il avoit forcé ce rebelle à mendier honteusenifi « des secours chez des princes étrangers; qu'il venoitd «^ le réduire à la dernière extrémité ; qn'il arrivoit poii « lui en porter la nouvelle, et lui annoncer qn€<
* factieux consentoit enfin à quitter la pourpre pour « rentrer clans la société comme un simple particulier, « et confondu avec les autres citoyens : et c'étoit dans « un pareil moment » en arrivant au port, qu'on vou- ;« loit traiter avec un usurpateur qui s'avouoît vaincu, ,« et traiter de puissance à puissance ! Il ne pouvoit s'ex- ^« pliquer un pareil projet. » Ce moyen étoit trèsjiâdroit , parce que Tentrevue de Cantacuzèrie et d'Apol^uque pouvoit lui donner quelque vraisemblance , et le ifrand-duc inspiroit par ce mensonge des regrets. Il 'finissoit par dire à l'impératrice que , par son imprundence , ayant ruiné les affaires , qu'il avoit mises en sî |jbon état , et résolu de s'accommoder avec le rebelle, il \fe retiroit pour n'être pas témoin d'une pareille honte; F^ne , si elle vouloit revenir à ses premiers projets et Continuer la guerre , il la serviroit avec le même dévouement que par le passé ; mais que , sî elle pcrsistoit ^ vouloir la paix , ce qui seroit pour elle une source de naisères et de calamités , il se conduiroit , lui grandduc, comme il jugeroit à propos, et sauroit bien pourvoir à sa sûreté , étant plus en état que personne de faire «ivantageusement ses affaires. Le ton que prenoit cet intrigant pouvoit en imposer ; et le patriarche donnoit d'autant plus d'importance à ce langage, qu'il ne doutoit point de sa sincérité. Apocauque sentoit qu'il valoit ïnieux le persuader et faire une dupe que de l'avoir pour confident, parce que de cette manière le prélat, Convaincu lui-même le premier , seroit bien plus propre à convaincre les autres en donnant à ses impostures l'accent tle la vérité.
Le grand-logothète Gabalas vint aussi pour complimenter Apocauque sur son retour, et reçut de lui les mêmes reproches. C'étoît un homme dont Topinion avoit beaucoup de poids , soit pour le talent de s'exprimer avec élégance, soit -^^ar la réputation dont il ouîssoît; ii falloit donc l'attacher à sa cause. Le grand-
544 HISTOIRE BU BAlS-EMPiaS.
duc lui tëmoigna beaucoup de surprise sur son change-^' nient , avouaiil que les grandes qualités dont il étoit^ doué, c'esl-à-dire, son esprit, son instruction, ses talens, sa grande sagacité, rcndoient ce changement inexplical)le à ses yeux; que', pour y croire, il falloitsel] rappeler que les plus grands génies n'avoîent pas été toujours exenq)ts d'erreurs. Il lui peignit Cantacuzène nniiné du désir de la vengeance, ayant le projet de l'exercer parliculièrenienl sur le grand-logolhète, parce qifîl croyait avoir à se plaindre plus de lui que des autres. Il lui lit voir ensuite combien la guerre leur .|> étoit avanlageuse tant que leur ennenii commun seroit on vie, et cju'il falloir la faire sans relâche. Quand Tempire soufiViroil cjuclquos pertes, on ne devoit pas s'en jueltrc en peine , parce qu'il valoit mieux commander à moins de tu jets cjue de le devenir de son ennemi. Ces considérations lureiit ternunées , cle la part d'Apocauque , par l'oiTro de sa fdie et du partage de Tautorite', pourvu que Gabalas renouvelât ses anciens sermens, et fut déterminé à faire et conseiller la guerre. A cette conditiini il devenuit associé au gouvernement de Tempire, et gendre d'A()0cauque. Cet homme devoit avoir \ un grand nombre de fdles, ou promettre loujoursla "• même sans tenir sa promesse, car la plupart des engagemens qu'il contractait avec ses complices sont terminés par l'offre d'um» fille eu m.'niage. Dans celle qu'il fit à Gab.'das on remarque vna i hiu^e singulière , et (pii feroit croire que cette fdle avolt été {)ronii.se à ri'autres. Le grand thu: jur«>il (jui' i ien n'ojnpocîieroil ce mariage; qu'il n'eu seroil délom ju'^ pr.r jiuciine con^idéraiioii, quand même Gal)a!as devit^ndroit épileptique , imbdcîlle , fou (uii(îvix, ou (uTii iinoit atta(jué de quelque auîie infirmité.
Après avoir ainsi remis Gabalas dans ses intérêts, il le chargea d'ailer avec \c p;uri;îrc::e trouver rinq)éra- Irice. Tous deux firen» erileutJre le uicme langage à
Itc princesse. Us lâchèrent de lui prouver qu'il n'y oit que le grand -duc qui fût capable de résister à intacuzène, et lui dirent qu'il avoit juré qu'il ne s'acrderoît jamais avec lui à moins d'une circonstance : îtoit celle où l'on s'oLsiineroit à vouloir conclure la fcîx ; alors le grand-duc iroit lui mérfle chercher son ineini pour Tintroduire dans la capitale , seul moyen ^désarmer sa colère. Une particularité qui frappa beauwip rin)pératrice fut l'abandon prétendu des marnes de la digniié inipériale consenti par Cantacuzène, JL rapport d'Apocauqnc. Nous avons vu en quoi conjsloit cet abandon ; mais le récit des circonstances, conrouvées ou dénaturées, qui accompagnoient ce fait, le B^doit assez vraisemblable. L'in)pératrice y crut donc, îwet abandon terminoit en quelque sorte la querelle, misqu'il donnoit lieu de présumer que celui qui se ré- L^noit à le faire se dépoui.Iloit volontairement de Tau- Idrité souveraine , et , rentrant dans la foule, renonçoil à ^prétentions. En supposw le fait réel , on s'étoil trop ►ressé, et Ton auroit tort de traiter avec un souverain [ui ne Tétoit plus. Anne, sentant la justesse de ce raisonnement, n'eut point de peine à se rendre; mais, se «uvenant qu'elle avoil été souvent trompée par Apo- •auque , elle auroit voulu consulter ceux en qui elle plakpit sa confiance. Tous éloicnt ou détenus dans les priions, ou gardés à vue cbrz eux par ordre du grand-duc; ftt,soit par fuible^se , soit [iar suite de l'état de nullité Sans lequel on tt^iioit cette prin<esse, elle n'avoit point Bnipêché ces actes arbitraires. Privée, par sa faute, de Conseils et d'amis, elle consenti! à tout ce qu'on lui proposoit, et continua de laisser au grand-duc la direction |énérale des affaires ^. Ainsil 'on publia de nouveau la
. ^ Il est nt'CCiisaii-e de rappeler que beaucoup moins mesuré dans ses •ous suivons le récit de Cantacuzène, expressions, et moins sage dans ses (fD ayant soin de noter les circon- jugemens, parce qu'il est souvent lUoces sur Icfrqjuelles il n'est point partial. Ainsi nous devons faire reraccord avec PJicéphore Grégpras, maïquer que ces deux historiens
346 HISTOIRE DU BAS-KMPIRi:.
guerre , Apocaiique reprît le gouvernement général, vit encore une fois dans ses mains le sort de 1' pire.
Son arrogance , sa brusquerie et son despotisme avoient fait un grand nombre d^ennemis. Il le sent et forma le projet de changer de manières , et de se duireavec plus de modération, craignant qn^à force se rendre odieux, il n'inspirât le désir de vivre sons tacuzène plutôt que sous lui. Â&n de faire croire vouloit sincèrement la paix, il proposa d'envoyer ambassade à ce prince; ce qui fut accepté avec ero sèment. Le but de cette ambassade étoit d'inviter tacuzène à se dépouiller de la souveraine puissa ainsi qu'il y avoit consenti. Elle étoit composée de sortes de députés; George Pépagomène et Synadènefi toient par l'impératrice et son conseil ; l'évéque de P lippopolis, et Cabasilas, trésorier de l'église, devoi parler au nom du patriarche et du clergé. Apocaa< avoit présidé à la rëdaction'es dépêches dont les p miers étoient chargés, et le patriarche à celle quel' confioit aux seconds. Le grand - duc disoit dans I siennes , en s'adressant à Cantacuzène , que , puisqu reconnoissoit l'extravagance et timpiété de ses entrt^ prises , ainsi que la multitude et l'énormité des maui qu'il avoit accumulés sur l'état, et que , condamnantsl conduite , il demandoit à quitter les marques de la dignité impériale , on approuvoit cette résolution , comffi* très- juste en elle-même et très-utile pour lui ; que , poiïf prouver le désir qu'on avoit de faire la paix , on lui
donnent à rimpératrice Anne de Savoie chacun un motif ditl'érent de la conduite de cette princesse avec Apocauquc. Suivant Cantacuzène , elle agit par Foiblesse et par crainte; et Pficépliore Taccuse d'avoir eu pour le grand-duc un coupable penchant.
Du reste , ces deux historiens sont d*accord sur les faits. L'opinion de
Grégoras nous paroît hasardée, tao* dis que celle de son rival ( coinmB hisloiien ) est confirmée par toute II vie de l'impératrice, qui, daus U circonstance présente , pouvoil attendre l'arrivée du grand-duc avaal de se déterminer à faire la paix, i elle avoit eu de l'inclination pool cet intrigant.
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. S/l?
•nvoyoît des députes, afin de Tassiirer qu'il n'ëprouveroît ancnn mauvais traîlcnieni ni les châlîinens qu'il ivoît mérités, et de lui remettre nne lettre qui de- /oît lui servir de sauf- conduit. On déterniinoit enkiite les sommes qu'il reccvroît pour Ttutretien de sa Camille. Ces dépêches éloient signées de Tînipératrice et Ses principaux officiers de l'empire. Le patriarche , dans les siennes , prenoil le ton d'un prédicateur qui tend lea bras au pécheur pénitent. Supposant que Cantaruzène Se reconnuissoit comme auteur de la guerre civile; qu'il avouoît avoir vioié les sermens les plus sacrés, outragé l'amitié dont l'empereur Andronic l'avoit honoré, formé les entreprises les plus iu justes pour la ruine de l'étal ; mais que, repentant de ses crimes , et ne pouvant plus résister aux remords qu'ils lui causoient, il offroit , pour mettre fin à sa conduite infâme , de quitter le costume impérial, lui, patriarche, lui annonçoît avec joie que l'Eglise le recevroit avec charité, et qu'il l'attendoît avec impatience. Un langage aussi offensant ne pouvoit guère amener de réconciliation. Il y avoit une contradiction remarquable entre le choix des ambassadeurs et les missives dont ils et oient chargés. D'après ce choix et le rang des députés, on pouvoit croire qu'ils alloient trouver an personnage émînent en dignité, et le contenu des lettres devoit faire croire qu'elles étoient adressées, sinon au dernier des hommes, du moins à un factieux ordinaire.
L'ambassade , arrivée à Pamphyle, envoie prévenir Cantacuzène de son arrivée, et demande audience, en ['avertissant qu'en lui parlant elle ne peut lui <lonner le i!re d'empereur, et que, s'il persiste à vouloir le prendre, die sera dans l'obligation de retourner à Constantinople. L'importance de l'étiquelte étoit si grande, qu'y reloncer dans l'exercice d'une fonction équivaloit presque i la dér^iission de l'emploi ou de la dignité d'où cette onction émanoit. Cantacuzène, au-dessus de ce pré-
jugé , supposant (railleurs dans la démarche qu'on
lis
faisoit un désir sincère de la paix, et croyant quelesl députés y vouloîent travailler avec zèle, passa, (wrl. aniour pour le bien général , par-dessus les formalités, et répondit qu'il consentoît au sacrifice qu'on le prioit de faire. II reçut les /ambassadeurs avec beaucoup d'affa-. bîlité, lut leurs- dépêches, leur fit voir l'inconvenance 1 des termes dans lesquels elles étoient rédigées , et les J^ envoya prendre du repos. II convoqua pour le lendemain une grande assemblée, devant laquelle il fit venir I. les députés, et soumit en leur présence, à l'examen le plus sévère, la conduite qu'il avoit tenue. Passant une revue exacte de toutes ses actions depuis la mort du jeune Andronic, il prouva qu'il n'avoît rien fait que de juste et d'avantageux, soit pour les enfans de ce prince, soit dans l'intérêt de l'état. Il permit aux ambassadeurs, et les pria même d'énoncer tous les griefs qu'ils croi • roient avoir contre lui, toutes les accusations dont il éloit l'objet , tons les reproches qu'on supposoit mérités de sa part, s'engageant à répondre à tout avec franchise, à se justifier, à donner enfin toutes les explications nécessaires pour n)ettre dans le plus grand jour son innocence et la droiture de ses intentions. Ces discussions durèrent six jours, et parurent faire convenir qu'A[)ocauque et aes complices étoient seuls cause de la guerre. Elles furent suivies de l'audience de congé, daiis la(jnollc l'empereur tint un discours énergique et fier. Il rétablit les faits dénaturés par Apocauque relativement à l'abandon de son costume, interpellant Synadène , qui faisoit partie de l'ambassade, et qui ëtoit venu le trouver à Dîdynioiiqne de la part du gnmdduc. Il le somma de dire si l'expédient demandé pour cacher les marques de la dignité impériale n'avoit pas consisté, non à s'en dépouiller comme l'avoit raconté l'imposteur, mais à les couvrir d'iuie armure; et demanda si c'étoit là renoncer à l'empire et vouloir rentrer
ans Ja vîe privée. Après avoir fait voir la conduite insse et tortueuse d'Apocauque, qui renoncerait plutôt
respirer l'air qu'à mentir, il passa au patriarche,' et, 'açant les devoirs que lui iniposoienl ses fonctions, il éniontroît qu'il n'en avoit rempli aucun. Dans ce long iscours, qu'il prononça réellement eu qu'il a fait depuis our l'insérer dans son histoire , Cantacuzène mêle , jivant le goût du temps , des dissertations théologiques , trangères à la question, avec les raisonnemens qui s'y apportoient.
Pendant le séjour de ces ambassadeurs à Didymoique , il arriva des députés envoyés par la ville de Phères. Is venoient de la part des habitans de cette ville faire eurs soumissions à l'empereur, et lui demander pardon le leur révolte et du crime qu'ils avoient commis en gorgeantson envoyé. Ils firent une description pathéîque de l'horrible situation à laquelle les réduisoient es Serviens par leurs brigandages. Ils demandoient on 'intervention de Cantacuzène pour déterminer le craie
I retirer ses troupes, ou des secours contre ce prince. 'Is prièrent l'empereur d'envoyer un commandant à Phère. Cette scène se passa devant les ambassadeurs de Constantinople , et Cantacuzène en profita pour leur Paire envisager tous les maux causés par la guerre civile.
II voyôit d'ailleurs avec plaisir qu'ils étoient témoins de la reddition d'une des villes les plus fortes de l'empire. Il parla devant eux de l'incapacité de ceux qui gouverïioient l'état , et de la servitude dans laquelle ils tenoient l'impératrice. Les ambassadeurs ayant répondu que celte princesse étoit iK>aitresse de ses actions et ne leur laissoit que l'obéissance en partage, il leur dit qu'il » avançoit rien légèrement et sans avoir des renseîgueinens certains; que, du reste, l'épreuve en étoit facile; qu'ilalloit les faire accompagner par Chrysoberge, chargé ^*une mission secrète pour l'impératrice, avec défense ^'en rien communiquer aux ministres. S'il obtient cette
35o HISTOIRE DU BAS-EHPIRB.
audience particulière, ce sera une preuve qu'elle al' libre ; si Ton veut que l'envoyé ne lui parle qu'en preî ^ence dn conseil, il en faudra conclure qu'elle ifest p4 maîtresse de ses actions. Il congédia les ambassadeurs leur accorda quinze jours pour lui rendre réponse Chrysoberge partit avec eux, malgré tant d'exenip efFrayans qui dévoient Tcmpêcher de se charger d*unè' mission pour C^ntacuzène. Ce prince nctmma Pun dt ses officiers pour aller prendre possession en son nom de la ville de Phères, et pour la gouverner. Il écrivit ensuite au crâle pour le prier de rappeler ses troupes. Suit qu^Etienne vit que les alTaires de Tempereur s€^ rétablissoient, soit qu'il eût des remords de sa conduitei'^ il avoit donné les ordres nécessaires pour la retraite dei' Serviens, et prévenu les désirs de l'empereur. Les personnes que ce dernier envoyoit à ce prince furent prises et dépouillées par Momitzile.
De retour à Constantinople, les ambassadeurs rendirent compte de leur mission. Les ministres en furent trcs-n)écontens. Ils interrogèrent Chrysoberge, qui leuf répondit qu'il ne devoit conférer qu'avec l'impératrice. Ils le menacèrent pour le faire parler, et des menaces passèrent aux etTels. On le fil cruellement frapper de verges en place publiq\ie. Bien loin de trahir son secret, il dit qu'il s éloit attendu à tous les mauvais traitemens; qu'il n'ignoroît point le sort qu'avoit éprouvé Brûlas, ' mais qu'il s'étoit dévoué pour le service de son maître. " Las de le maltraiter sans en rien tirer, les ministres ' firent cesser sou supplice et le renvoyèrent de la ville. Canl;icuzène, voyant qu'il n'y avoit plus aucun espoir de faire la paix , s'avança vers la ville de Garelle. A son approche , Coutostéphane , qui en étoît gouverneur, la lui remit. Ou lui livra Catabolène, officier de l'impératrice. Au lieu d'user de l'injuste droit de représailles pour venger Chrysoberge, l'empereur renvoya cet officier à la princesse en défendant qu'on lui fit la moindre
UISTOI&E d\j BAS-£M?IK£. 55|
■are. Il le chargea de nouvelles propositions de paix , ti furent rejetées comme les précédentes.
Jpe Garelle, l'empereur se dirigea vers une forteresse RyK)rtante nommée la grande Carie. Il la prit par ■niposition. Pendant qu'il y séjournoit, Vatace, pro- IBrgène, vint se rendre à lui avec un bon nombre de njupes, et lui livra Polybote, ville de Thrace, ainsi •ç le fort de Tévistasis. Ce Vatace déclara franche-, ^t qu'ayant cru toutes les calomnies répandues par Éocauque, il avoil pris les armes contre Cantacuzène, ws que, du moment où il reconnut qu'il étoit dans jpreur, il forma la ferme résolution d'abandonner le irti du grand-duc, quoiqu'il eût intérêt d'y rester, paque son fils devoit épouser la fille du patriarche, et i fille le fils d'Âpocauque. Pour le dédommager , Jpipereur le fit grand-stratopédarque, et distribua des insions aux membres de sa famille. Continuant le Rirs de ses expéditions, il parcourut la Chersonèse, int toutes les places se rendirent, à l'exception de Ilipoli et d'Ëxamille. Pendant son séjour dans ce s, un sultan d'Asie, nommé Soliman, y vint dérquer avec ses troupes, et lui fit présent d'armes, de vaux et d'hommes. Avec ce secours, il réduisit un nd nombre de forts et de bourgs à son obéissance, ;ant à Myriafyte , il envoya sommer les habitans de pra de se rendre. Us répondirent par des injures et Ks imprécations, et déclarèrent qu'ils se défendroienj l^u'à la dernière exWémilé. Pendant qu'ils se livroient Heur fureur, il survint un tremblement de terre , dont k secousses furent assez violentes pour renverser les X tiers des maisons. Croyant voir une punition du 1 dans cet événement , ils vinrent se jeter aux pieds l'empereur, qui leur pardonna, et les garantit du liage auquel se préparoient déjà les Turcs, et même rétablir à ses dépens les édifices détruits. Mais à bine ces travaux furent-ils achevés , que les habitans
r'S&i BISTOIAl DU BA8-SlhMlltl
chàssfbrent les geos de Câiittetnfiène, t ae réfliiliMi la puissance de ses ennemis. Celle . pratitpiie (bi^ ' par les troupes de l'empereur , qui les tonirni^itti leur firent beaucoup dé tuai pendant la durée guerre. - ■■ .■ ^r ■ r- ■ .
: L'inipéraHrice Anne et le patriarche j $n({m€
progrès que faisoit l-empereor, et s'imagiiiant qa
cauque seul ëtoit en j^tat de les arrêter , lui donnëi
commandement général de toutes le;s troqpes de
pire f avec des pouvoirs absolus et que autorité illi<
11 partit aussitAi pour Héraclée avec toutes les tj
disponibles, il établit dans cette ville son quart!
lierai ^ et. s'occupa des moyens de tenir à bout d<
.tacuzène. Pensant que l'assassinat étoit le plus fs
le plus prompt, il chercha quelqu'un qui vooH
charger , espérant être plus heureux dans- celte m
tentative t{u'il ne l'avoit été dans là précédente.
pouvoir s'adresser à un homme qu'il avoit fait
en prison comme partisan de Tempereur. Il s'a|
Longin. Il lui fît les offres les pliis brillantes, s'il ^
se charger d'une lettre pour ce prince, et prof
l'occasion que lui donnoit son caractère d'envoy
se défaire de Cantacuzène. Longin accepta. Dans l
dont il Iç'chargea, le grand-duc proposoit à Teni
de retirer ses troupes du pays, s'engageant, s'il ;
sentoit , à remmener les siennes. Il finissoit p:
menace, et lui disoit qu'il savoit bien à qui il
affaire, et qu'il de^^oit h ^onwoiVr^.Cantacuzène ré
par une suite d'ironies sanglantes. « Votre fiert
« tonne (Ini disoit-il), elle ne convient pointa
« âge. Dans votre jeunesse vous étiez peureux c
« un lièvre; par quel prodige êtes-yous devenu
» fin de vos jours plus fougueux qu'un sanglier?
« métamorphosé n'est pas la seule. Jadis ami (do
« songe , vous pe disiez pas un mot de vrai : main
« je n'ai qu'à me louer de la franchise avec laqttdl
filSTOIRE BU l^À5-£MPlll£. S33
tUs exprimez en disant, que je vous connois bien. uî , je vous connois en effet ; c'est vous qne'j'aî lire ! la fange pour voiîs élever bien au-dessus de Votre élite; c'est vous que j'ai préservé d'ufil supplice r<)mant auquel vous étiez condamné pour vos issesses ; c'est vous que j'ai garanti de la juste fureui^ i prince, qui vous apprécîoît à votre juste Vlâledr; îst vous que j'ai comblé de bienFalts, et qui ne les 'ez reconnus que par la plus noire ingratitude ; c'est »iis qui manquâtes tant de fois à Vos sefmens , et qui , ompant vos amis par des pronleaa^ perBdes, les nez étroitement renfermés pour ujRs dispenser de nîr votre parole. Je vous connois donc bien , comme 311S dites; mais vous me connoissez fort mal , vous, 1 me conseillant de Die retirer dans ma maison. Je livrai ce conseil dan^ uti autre sens que celui que 3US lui donnez. Un empereur n'a point d'autre maison ae Tempire, et je ne goûterai de repos qu'après eu k^oir pris possession . J'éprouve un déplaisir extrême de ous avoir donné la peine de venir à Héraclée dans I caducité de l'âge. J'irai vous trouverdans quatre jours our vous soulager, et, si l'envîe de vous battre vous renoit, je vous en offrîroîs l'occasion avec joie. » Cantaène écrî voit cette lettre de Cariopole, ville qui venoit se rendre à lui, et dans laquelle Longin éloit venu le uver. Ou ne sait s'il essaya de remplir la commission rèle dont il étoit chargé, ou s'il en fit la confidence à mpereur ; mais Cantacuzène se contente d'en rendre mpte sans parler de la manière dont se conduisit l'en^ >yé d'Apocauque. Il ne se servit point de ce Longin )ur porter ^a réponse au grand-duc, mais du gouvercur de la ville d'Apros, qui venoit de se soumettre. Suivant la promesse qu'il en avoît faite , ce prince approcha d'Héraclée. lise tint assez long-temps en préence d'Apocauque ; las de l'attendre, et voyant que per* onne ne sortoitde la ville, il partît; et, marchant %^\i$
iïfST. DU BAS-EMP. TOM. XI. a3
034 IIISTOiaE DtJ BAS-EMPIRE.
être poursuivi I il passa la nuit sur les bords du fleim Àlmire, croyant qu'en prenant la route de ConstanlH nople , le grand-duc sortiroit d'Héraclée poar garantir la capitale. Mais il demeura renfermé dans cette viite. L'empereur campa ses troupes à Daphnidion, poste qo'il}es occupa avec une poignée de Grecs. Les Turcs couroreat aux environs de Constantinople , qu'ils ravagèrent. Lei cantons voisins de la Propontide furent pillés. Les ge« de la campa gnei^pouvantëSi se sauvoient sur des barqueSi <]ue l'excès du poids faisoit enfoncer. On incendia dei villages. On crpyoit qu'Âpocauqne , qui s'était vanté de préserver la totale, alloit arriver; mais il ne parut ^| point. Ne se croyant même pas en sûreté dans Héraclée, il s'emliarqua , et i^vint par mer à Constantinople. Gantaruzène vouloii faire voir à cette capitale, ainsi qu*a ceux qui gouvernoient l'état , jusqu'à quel point éloit fondée Tidée qu'on avoit des talens et de la bravoure du grand-duc. En augmentant le nombre des méconteos, il croyoit forcer à demander sérieusement la paix; et
ir s
renonçant enfin à son système , qui n'inspiroit aucune crainte, il fit la guerre comme on la lui faisoit.
Après avoir ravagé pendant huit jours les environs |^ de Constantinople , il revint dans la Thrace , dont la plupart des villes, se voyant abandonnées d'Âpocauqiie, reconnurent son obéissance. Il rassembla. les commandans qiie Tinipératrice y avoit placés, les traita tout avecafFabllitë , leur permit d'emmener leurs équipages* donna des chevaux à ceux qui n en avoient pas, et les chargea de solliciter la paix de sa part à leur arrivée dans la capitale. On pou voit remarquer entre sa conduite et celle du grand- duc un contraste frappant. Tous la impériaux qui toniboicnt au pouvoir de Cantaciuène étoient traités avec douceur : on ne leur faisoit aucune injure ; ils n'éprouvoienl aucune privation ; on parloit devant eux avec respect de l'impératrice et du jeune empereur, et de leurs ministres avec décence : on rendoit
la plupart la liberté. Mais il n'en ëtoit pas ainsi dans parti opposé. Le grand^duc faisoit dépouiller les pri- »nniers ; il outrageoit leur maître en Taccablant d*In- 1res devant eux, les forçoit d'en Faire autant , et , quand s s*y refusoient, les jetoit en prison après les avoir lalt rai lés. Cette différence dans lé^ deux rivaux proveoit de celle de leur) caractères, et peut-être du calcuK 'un ëtoit humain et l'autre barbare. Celui-ci pouvoit *oîre qu'il valoit mieux inspirer de la terreur , être ins pitié , pour parvenir à son but, que de se montrer >mpatissant; et, dans cette idée, il s'abandônnoit à sa rocitë naturelle. Celui-là, pensant que la douceur étoit n meilleur moyen, sul voit son penchant , en y ajoutant eut-être un peu de calcul. Il est possible que tous deux t soient trompés. SI le talent d'Âpocauque eut été en Apport avec sa cruauté, Cantacu2ène étoit perdu sans ossource. II l'éloit encore, si ce talent, qui manquoit son rival , n'eût réparé les fautes que pouvoit lui faire ^mmettre l'excès de sa bonté. Il n'étolt point rebelle , et e savoit pas l'être.
Ayant réduit la pins grande partie des villes de la ?hrace, Caulacuzène s'avança vers Andrinople et Biîe, parcourant le littoral de la mer du Pont , inquiétant 3s places qui refusoient de se rendre, et prenant posessiôn des autres. Voulant devenir maître d'Andrinople^ l envoya des émissaires pour traiter avec les amis qu'il voit dans cette ville , et dont le nombre augmentoit de- »uis qu'on pouvoit s'apercevoir que le succès de son Qtreprise acquéroit de jour en jour plus de probabiités. Ils rinvilèrent à s'approcher de Tune des portes •n'tls lui .désignèrent , et promirent de la lui ouvrir. It es remercia, loua leur zèle, et, leur recommandant le ne rien entreprendre qu'il ne fût au pied de leurs Qurailles , il leur indiqua le jour qu'il avoit choisi >oar s*y rendre. Mais, diins leur impatience, i!s préinrent Tépoque convenue, et manquèrent leur coup*
556l hisîoire i)C das-empirc.
Ils avoîent ëtë long- temps toii^rmentés par un obscur nomme Brane , qui fut nommé gou* pour les avoir dénonces au grand-duc. EVevétu < torité, cet homme excita contre eux la popula tua plusieurs des amis de Cantacuzène. Désirai venger , les autres, au lieu d'attendre Tordre de reur I se voyant les plus forts, parce que Brant l'exercice de ses fonctions , avoit fait beauci niécontens , se riissemblent pour attaquer le gouv Appuyés par une partie du peuple surchargé d'i ils remportent Tavantage, et font des prisonniei nuel, fils d^Âpocauque, commandoit la garnisoi gnant d'être la victime de cette révolte , il se si fort de Bucelle. Brane se rend, et demande bas la vie. Maîtres de la ville, les principaux amis cauqne ne le furent pas assez de la partie du qui les avoit soutenus pour Tempêcher de se li pillage. Elle parcourt les rues d'Andrinople , dans les maisons des plus riches habitans , ei mençant par celle de Brane, et les dépouille. 1 tous s'abandonnent ensuite à la déhanche ; et , d'alimens et de liqueurs, tombent dans une ce ivresse. Ceux du parti contraire , qui les obse sans leur opposer de résistance , profitent dn m se réunissent à leur tour, attaquent ces homme velis dans le sommeil , en tuent un grand n( mettent les autres en prison, et rappellent Manu cauque, ainsi que Brane, qui s'étoit caché. L'ui le gouvernement de la ville , el Taulre le conu ment des troupes. Extrômeinent contrarié de d'une entreprise qui paroissoil cerlaine, et qui échoué que par la faute de ses amis et rintem|] de leurs partisans , l'empereur fut obligé de re à la possession d'une desr villes les plus importa l'empire. Il reçut quehjue consolation d'un pers gui fit une démarche à laquelle il ne pouvoit s'at
HISTOIRE DU BÀS-£MPIR£. O07
«Dît Manuel Apocaiiqiie, le 6Is du grand-duc. Il lui lire que , ne doutant point d*abord de la sincërité K)n père, il avoît cru Tempereur coupable des crimes R il Taccusoit , sans oublier cependant que sa fa- Ue lui devoit sa fortune; qu'étant dans cette erreur, ► ëtoît range parmi ses ennemis ; qu'ayant reconnu puis combien on le calomnioit, il étoit resté dans le rti du gr^nd-duc , espérant toujours que la paix se- A conclue, et mettroit fin aujc calamités publiques : lis, voyant enfin Topiniâtreté avec laquelle le grandp persistoit \\ vouloir la guerre, il avoit pris la ferme lolutiou de passer sous les drapeaux de Cantacuzcne. îtle déclaration pouvoit n'être qu'un piège; mais l'emreur , trop loyal pour concevoir des soupçons, rendit â Manuel en le louant de son projet ; et , lui mnant Icsmoyensde l'exécuter avec impunité, peu de jrs après, il le vijt arriver près de lui.
Voulant se dédommager par la prise de Bizie, Temreur s'avança vers cette ville, et fit sommer les habîns de se rendre , en leur représentant combien étoit lîne Tespérance qu'ils avoient dans un secours qui ne ur arriveroit point. Ils lui répondirent avec modéra*^ on , mais sans rien promettre : croyant qu'ils n'étoient as éloignés de le reconnoitre , il ne voulut point que !S troupes fissent du dégât dans les environs, pensant ne cette conduite les détermineroit à se rendre. 11 rentra ans Apros. Pendant qu'il étoit dans cette ville, un arliculier nommé Amzas vint lui dire qu'il étoit parti e Constantinople avec Scarane ; que, dans la route, \ dernier lui avoît confié , dans l'espoir de le rendre \\\ complice, le projet d'assassiner Cantacuzène ; projet irnié par Apocauque , qui, dans celmt, avoit cor- )mpu Scarane. Ce dernier fut arrêté sur -^ le- champ« a garde de l'empereur , voulant l'égorger dans le remier moment , le prince l'en empêcha , jurant que Igi qui tueroil cet homme seroit puqi comme soji
complice. Il interrogea lui - même l'assassin ; qn Taveu de son crime , et dit qi?Apocaiique Tavoit siib par des prësens et de magnifiques promesses. Sca ëtoit robuste et paroissoit intrépide. L'empereur c manda de le mettre en prison , témoignant Tenvi l'interroger encore pendant la nuit ; mais il le fit nr en liberté , favorisant lui-même son évasiop, afin • échappât à la fureur de ses soldats. Il récoippensa gement Âmzas.
Voyant que la ville de Bizie ne répondoit point î attente, il Tenvoya sommer une seconde fois, pi nant leshabitans que, s'ils ne se rendoient point, terres seroient exposées au pillage, dont il avoit voulu les préserver jusqu'alors. Ils tinrent une nssen générale dans laquelle ils délibérèrent sur le parti c avolent à prendre. Ils résolurent de se soumettre , parce qu'ils reconnoissoient la justice de la caui l'empereur , soit parce qu'ils redoutoient la puis; de ses armes. Permettant a leur gouverneur , G( Paléologue , de se retirer avec son bagage à Const nople ainsi qu'à leqr c^vêque , qui craignoit la colèi patriarche, ils envoyèrent à Tempereur une amba composée de six députés : deux de la noblesse , du clergé, et deux de la bourgeoisie. Ils lui port les clefs de la ville. Ils lui dirent que , trompée leurs commandans, ils avoient cru aux calor dont il étoit Tobjet ; mais que, revenus de leur er et gémissant des maux de la guerre , ils venoiei nom de leur ville se soumettre à son obéissance. tacu7X'ne les loua de leur conduite , lenr fit des gens , et partit avec eux pour se rendre à Bizio. Le p et les grands sortirent eu foule pour le recevoir ramener en triomphe dans leurs murs. Arrivé pr la porte , Cantacuzène s'arrêta , ne voulant point un pas qu'on ne lui eût promis de se conformer à 1' qu'il doDQoit , de faire précéder son nom et celi
niSTOlRE DU BAS-EMPIRE. SS^*
impëratnce Irène des noms de rimpdratrice Anne, e( « Jean Palëologue, dans la proclamation qu'on alloit ^ire lorsqn^il seroit entré, exigeant que cet ordre fût uivi dans les prières publiques. Dès qu'il eut pris posessîon de Bizie , il en donna le gouvernement à Malael Asan , son beau -frère et gendre du protostrator , [ui avoit des parensdanscette ville. Manuel ëtoit connu les habitans. Syn^dène, son beau -père, ëtoit dans le iaénie temps cruellement puni de son inconstance. Rdrompensë d'abord par Apocauque , qui le fit protovesiaire pour avoir abandonné Cantacuzène à Gynaïcorastre, il lui déplut bientôt, fut, par ses ordres, gardé I vue dans sa propre maison , et mourut de chagrin , Se honte, et de remords. L'empereur remplaça l'évêqnti )e Bizie par le patriarche de Jérusalem , qni s'étoit retiré près de lui pour éviter les persécutions du grandduc. Après avoir pris plusieurs dispositions relatives à l'administration de la ville et du territoire, il prit la route de Cariopolis , et réduisit , soit par la force , soit par des négociations, les places qui ne s'étoient pas encore rendues.
N'osant se mesurer avec Cantacuzène, qu'il ne vouloit combattre qu'avec le poignard d'un assassin, Âpocauqne,qui voyoitqoela plupart des villessesoumettoient i son ennemi, que les autres restoient dans une irrésolution dont il étoit facile de prévoir le résultat, crut ilevoir jouer un nouveau rôle, afin qu*on ne lui reprochât point son oisiveté. D'après son ordre , on publia sur toutes les places publiques de Constantinople qu'il alloit rendre lui-même la justice, et terminer tous les procès ]ui troubloieut la paix des familles. Etablissant fon tribunal dans le monastère du Sauveur , il passa les jours i juger les différends et les contestations que les particuliers avoîent entre eux. Cantacuzène le compare iroliquement à Rhadamante, sans donner ancun détail or les sentences de ce nouveau magistrat. U $e contente
56o HISTOIBE nu B1S-£MPIRS.
(le faire remarquer le ridicule dont se couvroit par cell6|^ conduite un général qui ^ an lieu de prendre desmesnrei pour éloigner reuneiui marchant vers la capitale, choisissoit pour se faire juge le moment où Tempire con« roit les plus grands dangers,et qujttoil lecommandcmeoil^ des troupes. Depuis long-temps il éludoit la promesseic quMl avoit faite à Gahalas de lui donner sa fille ealifc Tnariage ; et celui -.ci, voyant toujours de nouveaux fer délais énoncés par Apocauque, résolut de s'en plaindre» li'! çt de le faire expliquer. Il le somma donc un jour de tenir sa parole. Ayant épuisé tous les prétextes , le granil" duc lui fit les plus belles protestations, et lui dit qu'il n'avoitrien tant à cœur que d'en faire son gendre; mais que sa femme et sa fille avoient la plus grande aversion pour ce mariage , à cause de Texcès de son embonpoint: il lui conseilla de tâcher de le réduire dans des bornes convenables. Dans le serment fait précédemment, el par lequel Apocauque s'engageoit à passer par-dessus Tépilepsie et la folie, il avoit oublié Texcès de santé. Gabalas se douta d'abord que cette singulière défaite n'étoit qu'une raillerie , et qu'on se moquoit de lui ; mais la passion qu'il avoit pour la tille du grand-duc Taveugloit au point de le déterminer à faive tout ce qui dépendroit de lui pour cesser de mériter le reproche qu'on lui faisuit. 11 eut recours à un charlatan italien, qui lui promit de réduire sa taille à de justes proportions. Pour y parvenir il mit son malade , ou plutôt sa victime, à la diète, lui donna des vomitifs, le purgea , lui fit prendre i\es bains , le tint dans rinacllon , et finit par altérer son tempérainont, sans diminuer sa corpulence. Gahalas perdit la santé, et conserva son embonpoint. Craignant qu il ne s'apcr(;ûl enfin de sa fausseté , le grand-di:c résolut (le se défaire de cet honune , qui ne pouvoit plus être d'aucune utilité pour lui. Il mit dans son secret quelques amis, qu'il envoyoit tous les jours et plusieurs fois dans la jourace avertir le grand-logothète dp se tcnii;
HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. 36f
ses gardes, prtrce que Timpëratrice ëtoît fariâuso ire lui. Après avoir exigé qu'il s'engageât p^r serment c joniais révéler un secret de cette importance, ces is officieux lui promirent de tâcher de connoitre la se du courroi>x de la princesse, et revinrent accroître «ilarmes en lui disant que ce courroux étoit d'autant s à craindre que l'impératrice évitoit avec soin d'eu ser pénétrer la cause. Ce manège fit ce que n'avoit faire le charlatan. Rongé d'inquiétude et de cha^ 1 , Gabalas maigrit an point de devenir étique. Âpoque joua la surprise quand il Je vit dans cet état , ai fit , avec un air d'intérêt , des questions auxquelles ogothète répondit par la confidence de ses peines et >rière de l'aider de sa puissance et de son crédit. Le Ire , qui en savoit plus que lui , répondit qu'en effet ivoit enten(hi parler des mauvaises dispositions de ipëratrice à son égard , mais qu'il ne croyoit pas que *ût aussi sérieux : qu'il lui conseilloit de mettre ses ns en sûreté, parce qu'ils vivoient dans un temps où ) étoit aussitôt abattu qu'attaqué par la calomnie ; ï lui-même avoit pris toutes ses précautions pour dé-^ ;er ses richesses dans les forts d'Epibate et de Man-« le , afin de les conserver. Gabalas n'avoit rien de 2UX à faire qu'à suivre son exemple , et devoit songer iuver les objets les plus précieux en les confiant à amis. Ces insinuations perfides produisirent tout r effet. Le grand-logothète , ne soupçonnant aucua ge , fit porter ses meubles et son argent dans diffé-^ (es maisons. Aussitôt Apocauque envoya prévenir iipcratrice de ce qui se passoit. Cet avis fut accom-* ;iié de réticences, de conjectures sur les motifs dq conduite de Gabalas en détournant son bien. San^ ite il vouloit se retirer vers Cantacuïène ; peul-êtrq me exciter une révolte en faveur de ce rebelle. Lc^ ncesse , préparée par des bruits avant - coureurs ré-^ tdus autour d'elle , ne douta point de6i projjets d^
5fi% HISTOIKE BU BÀS-KMPIK'B.
Gabalas , et chercha les moyens d'en empêcher I cation. Le grantl-logothète, ayant misrson bien à vert , recevoit tous les matins de nouveaux avertisseï Apocauque sortit alors de la capitale pour aller une petite ville de Pont, nommée Iéro\ où TappeU disoit-il en partant , des affaires de famille. Il pour véritable motif de ce voyage Tintent ion d' tout soupçon de la part de Galabas, et principale de le mettre dans l'impossibilité d'avoir recour protection quand le moment fatal arriveroît. Âv2 se mettre en route , il avoit pris toutes les mesu donne tous les ordres nécessaires pour le dénouemi cette intrigue. Les prétendus amis de Gabalas al le trouver tout en larmes pour lui dire que Tini trice venoit de signer Tordre de l'arrêter. Des inc subornés se présentèrent dans les maisons voisii dans la sienne , et demandèrent à lui parler. Ju sa perte inévitable, il se réfugia dans l'église de S Sophie ; et, craignant que la sainteté du lieu ne fi respectée , il prit un habit de moine. Apocauque, tenoit au courant, revint dans la capitale, alla ^ le grand-logothète , (ft , le voyant dans ce costum exprima la plus vive douleur, déplorant la triste dition de sa fille, qui alloit être ainsi réduite à un veuvage. Il joua si bien son rôle, et son affliction si profonde à Gabalas , que celui-ci crut devoir r son courage , et lui représenter l'instabilité des de ce monde, dont personne n'éloit à Tabri. Apoc se consola sans le secours du temps ni de la philos Le grand-logothète reçut bientôt après Tordre de tirer dans le monastère de la Sainte-Vierge , et f suite mis en prison, sous prétexte qu'il avoit le de s'évader. C'est ainsi que le grand -duc récomf ses amis et leur tenoit les promesses qu'il leui faites. On doit convenir que cette longue et cruelle fication ne s'accorde point avec l'idée qu'on de
lire de la pënëtratlon de Gabalas, d'après les éloges ie lui donne Thistorien Cantacuzène.
Pendant que le vaste empire grec étoit déchiré par la barre civile, celui de Trébisonde, dont nous avons vu Vrigine A, éprouvoit des révolutions, tout circonscrit k*il étoit. Basile Comnène, fils d'Alexis, héritoitde ce le, que la mort de son père laissoit vacant; mais il fut disputé , et ne le dut qu'à sa valeur. Les papes toient de vains efforts auprès des princes de la famille Comnène pour les ramener à la communion de l'élise de Rome. Ils opposèrent une résistance ouverte et inche. Sans consentir, comme les empereurs de Conmtinople, à des discussions inutiles quand elles né it pas dangereuses, Jean Comnène se distingua par- Itnlièrement en luttant à la fois contre le souverain itîfe et contre Michel Paléologue, lorsque celui-ci ilnt la réunion des deux églises. Ce fut même cette ristance qui valut à Jean le titre d'empereur. Les Brecs qui , en général , étoient opposés à ce projet , Rrent avec une surprise approbative un prince foiblc , |<tsque sans états, sans armées, sans finances, rester idèle à leur cause, qu'ils regardoicnt comme juste, et pousser également les -insinuations d'un pape et les K^enaces du chef d'un grand empire. Prétendant que ^ns cette cause , sacrée à leurs yeux , Comnène méri-
"^ Voy, lîv. 96 de celle histoire, ièrcnl de cette principauté jusqa'ea
ttmnènc rendit en i3io4 le duché 12049 qu'Alexis Comnène, profita d%
e Trèbisonde indëpenc^nt ; mais de l*invaHion des Latins et de la
) ne fut que Jean Comnène « qui prise de Constantinoplo par Bau-
•ouQVit que les Grecs l'appelassent douin » comte de Flandre , en prit»
tmpereur de Trébisonde, comme possession avec le litre de duc. QueI->
a'ils eussent voulu faire .ronnoilrc qucs historiens l'appellent seigneur
que c'ctoit Comnène qui étoit leur de Trébisonde. Le nom de cette
véritable empereur, puisque Mi- ville, que lei Turcs appellent Traw
cbel Paléologue , qui faisoit sarésî- p'azona^ lui vient de sa forme, qui
dencc à Constanlinople , avoit est celle d'un trapèze. Ce petit cmt
quitté le rite grec pour celui de pire ne fut détruit que huit annéc«
Rome.» f^o/*. Tournefort, t.-5, «près celui de Constanlinople, ^S* Lps empereurs grec» dispo-
564 HISTOIRE DU BàS-EMPIRK.
toit bien mieux le titre d'empereur que Palëologne,
le lui donnèrent. Jean Taccepta, le transmit à ses s
cesseurs; et, malgré le peu d'dtendue de leurs domai
et rimpossibilité de défendre ce titre si Ton voiiloi
leur contester, ils figuroient encore comme, emperi
de Tréhisonde à Tépoque où nous sommes. Bi
Comnène ii , gendre d'Andronic le jeune , mourut i
enfans légitimes; mais il laissa deux bâtards qui fur
ainsi que leur mère, chassés ignominieusement del
bisonde par Irène, veuve de Basile. Cette prînc
envoya des députas à son père pour le prier de
choisir un mari qui méritât et sa main et le ti
qu'elle lui destinoit. Andronic n'étoit point à Con:
tinople lorsque ces ambassadeurs arrivèrent dans <
capitale ; et ce prince mourut peu de temps après
retour, sans avoîr pu remplir le désir de sa fille. (
tacuzène , chargé d'abord momentanément de la d
tion des affaires, et forcé de prendre les armes en:
pour se défendre, auroit eu de bonnes excuses ]
oublier la demande d'Irène; mais, comme cette \
cesse étoit fille de son ancien ami, il se fit un devoi
s'en occuper. Il connoissoit l'attachement des Tréb
tins pour la famille des Comnènes, et savoient q
changement de dynastie pourroit occasionner les
grands troubles dans ce petit empire. D'après ces c
dératîons, il crut agir prudemment en envoyant
princesse Michel Comnène , frère d'Alexis. Ma
prince, ayant cinquante-six ans, déplut à la j
douairière, ainsi qu'aux sépateurs, qui lui aui
préféré l'un des bâtards du dernier roi , parce •
auroîent, en qualité de conseil de régence, gou
rornpire. Michel parut bientôt dans la rade, escoi
trois vaisseaux. Les sénateurs le fêlèrent et le coi
sirent en triomphe au palais. Mais, pendant q\
Jivroit au sommeil, ils entrent avec des soldais dai
appartement, se saisissent de sa personne, après
I massacré ou envoyé en prison ceux qui Ta voient :conipagné. Ils le remirent à un eunuque qui, soutenu ir un détachement de troupes, fit embarquer Michel. *D le conduisit dans une ville dont il avoit le com-> |tindement. Trois sénateurs s'emparèrent de Tautorité, t, Texerçant despotiquement , se rendirent odieux. Le tnpie crioit hautement, et le mécontentement général ;oit partagé par la garde du palais. On députa secrè- «nent auprès de l'impératrice Anne pour prier cette rincesse d'envoyer à la place de Michel Comnène le U de ce prince , qui n'avoit guère que vingt ans. Anne consentit. Elle le fit partir avec des troupes italiennes. iès que les sénateurs apprirent cette nouvelle, ils ar> aèrent leurs partisans. Le peuple s'arme de son côté. iVL mometit où les deux partis alloient en venir aux nains, les Italiens enfoncent les portes de la ville, et y ont entrer le nouvel empereur. Les sénateurs étoient es plus foibles. Outre les troupes étrangères que le friiice amenoit avec lui, il avoit le peuple et la garde lour le défendre. Mais il ne jouit pas long-temps du rône, et le perdit par sa faute. Dans Tâge où les pasions ont le plus de force, il en fut l'esclave, et mena la îe la plus licencieuse. Il épuisoit le trésor en le prodi- ;aant aux comédiennes, ainsi qu'aux compagnons de es^ débauches. Las de ses débordemens , et plus encore lu ton dédaigneux avec lequel il écouta leurs représenations, les gardes qui l'avoient fait monter sur le trône, 31 le demandant à l'impératrice, l'en firent desciendre, e renvoyèrent ,et rappelèrent son père. Ils mirent à son 'etour des conditions qui leur donuoient des privilèges it l'Impunité, parce qu'ils avoient la force en main. Le leuple ne changea que de tyrans : au lieu d'un il en etit plusieurs milliers, dont l'inévitable influence se falsoit çntir sur tous les points. Il courba la tête sous le joug Dilitaire le plus insupportable de tons. Des plaintes se ireot entendre de tous les côtés. La faction des séua-
366 «ISTOIAE DtJ BAS-EMPIAE*
leurs y qui n^éloit que comprimée, se joignit à la i tude. La scène changea. Les gardes du palais 1 obligés de lutter à leur tour. Les deux partis se vèrent encore une fois en présence. Au lieu d'en aux mains, ce qui eût infailliblement amené la de Tétat , ils se contentèrent de discuter. Aucun ne voulant céderàTautre Tautorité, ils convinre la laisser à Michel Comnène , qui devint ainsi^io f absolu. Le peuple s'en trouva mieux, parce qu' également à l'abri de la puissance militaire et de du sénat. Quant à la princesse Irène, elle alla fin jours à Constantinople. On ignore si elle abanc Trébîsonde avant l'arrivée du jeune Comnène, et rôle elle joua dans ces révolutions. On sait seule qu'elle ne fut l'objet d'aucun regret , et que la ru publique l'accusoit d'avoir hâté les jours de son m: II. i3i5. Cantacuzène , pendant que ses troupes étoiei quartiers d'hiver, apprit que l'impératrice Anne député secrètement vers' Orchan pour le mettre ses intérêts et lui demander des secours. Orchan de tons les sultans turcs, celui qui avoit le phis de sance,et ses troupes les mieux disciplinées. Il p( faire pencher la balance en faveur de celui des partis pour lequel il se décîderoil. Les provinc plus voisines de l'empire grec étoîent sous sa doi tlon. Il commandoit dans la Paphlagonie niaritir jusqu'en Phrygie. La politique et la prudence exig donc de Cantacuzène qu'il employât tous les ni possibles pour empêcher Talliance de ce prince l'impératrice. Il lui envoya des ambassadeurs cl d'oblenîr au moins sa neutralité. Mais Orchan 2 la guerre et ceux qui la faisoient avec talent. C'éti motif de préférence pour Tempereur. Il en avo autre encore. Il désiroit d'épouser la fille de ce pi renommée pour sa beauté. 11 congédia donc les en de rinipéra^rîcc sans leur donner de réponse, ace;
ux de Cantacuzène, vers lequel il députa son eunuque itzas pour conclure avec ce prince un traité d'alliance, i situation des états d'Orchan ajouloit encore un prix cette alliance, par la facilité qu'elle donnoit de fairç *iver à peA de frais , en un instant , des troupes to{nes. Plusieurs fois elles traversèrent la mer ( sans ■re demandées) pour agir hostilement contre les villes hi refusoient de se soumettre à Tempereur '. Avec le iiips d^arniée qu'Orchan mit à sa disposition Ganta* kÉne conquit toutes les villes situées sur le Pont, à Acception de Sozopole. Il enleva de force une place E^ise sur les bords du lac de Dercée, ainsi que le fort ^mpyrile, près de Coiistantinople. Il retourna bientôt 9>idy motique , afin d'y combiner un plan d'opérations mr cette campagne, qu'il vouloit pousser avec vigueur, Ijprès avoir réuni dans cette ville tons les soldats grecs Bngés sous ses drapeaux et les troupes turques, il Aarcha sur Constantinople. Il se campa vis-à-vis de la ^rte Gyrolimne, sans que personne osât sortir, quoi* pe la garnison se fût portée de ce côté. Apocauque, «ndant qu'on étoit en présence devant cette porte, larut à une autre avec un petit détachement , et rentra or-le-champ à la vue des hérauts d'armes que Tempe* eur lui envoya. Cantacuzène alla passer la nuit au •ont du Chameau. Le lendemain il demeura dans sou amp , n'y conservant qu'uft petit nombre de soldats. «es autres, tant grecs que Turcs, allèrent au pillage. «es premiers enlevèrent beaucoup de bétail, et les se* Ofnds firent un grand nombre de prisonniers. Cautacu* ène ëtoit obligé de tenir cette conduite pour forcer la
apitale à la paix.
• Ici GaDtacuzène , dont nous sui- au lion la panthère , k la pantbère ht
oni le récit , met dana aoo histoire chat , ensuite la cigogne et i'hyppQ'
ntongc de son fils Manuel, qui, centaure. Il finit gravement la de*-
laoa aoo râ«e , voit changer à chaque criplion de ce songe par dire ifu'on
ois qu'on s'en servoit Tempreiote ^'a pu uwQÎr «Acori ce yu'ii u^tU-
tu cachet de non père, et succt^der fioit»
368 HISTOIRE DU ëas-êmpiuë.
Le faubourg de Galata , toutes les fois que ConsI nople ëtoit menacée, couroit des risques, et les G qui rhabîtoient faisoient cause commune avec capitale. Mais, dans cette guerre, ils n'a voient encore pris parti. Ils ne vouloient le faire qu'avec noissance de cause; et, jusqu'à ce moment, les I contradictoiFcs sur les causes de la guerre les avoit dans la plus grande incertitude. D'une part , ils e Soient dire que Tambition armoit Cantacuzèm portoit à conspirer contre Tinipëratrice et ses en et que, si le patriarche et le grand-duc ne s'ét opposés à ses projets criminels, c'en éloit fait famille impériale. De l'autre, ils n'ignoroîent dévouement de Cantacuzène au prince Ândronic, conduite généreuse qu'il avoit tenue en refusai partager avec son ami l'autorité souveraine, ; modération qu'il avoit toujours mise dans tout actions. Ne pouvant ni refuser de croire des te gnages aussi dignes de foi que leur paroissoien ceux de l'impératrice et du patriarche, ni se pers ce qu'ils trouvoient incroyable, ils résolurent d éclaîrcir, de dissiper tous leurs doutes, et de prov toutes les explications nécessaires. Ils crurent y [ ïûv en choisissant deux moines de l'ordre des mineurs, hommes prudeng, savons dans la scien Latins, et versés dans la philosophie d'Aristoie ^. étoit supérieur de l'ordre, du pays et parent de \ ratricc, avec laquelle il passa de Savoie à Cons nople. Il se nomnioit Henri. Il fut choisi , parce qu beaucoup de crédit, soit par la considération c jouissoit personnellement, soit par l'honneur d'f tenir à la princesse, il devoit trouver dans ces c fctances plus d'assurance pour parler et répon
** Expressions de Cantacuzène. qui savoit la philosophie d\ On ciovoit alors propre it tout celui
. HISTOIRE DU BAS-EHPIRE. SCq
Enpereiir, et plus de facilité pour découvrir la vérité* se présentèrent au camp, et Cantacuzène les fît ensr sans délai et paroitre devant lui. Henri dit à ce ince « qu'ayant appris qu'il étoit si près d'eux , ils ëtoient venus pour conférer avec lui sur cette guerre cruelle qui désoloit l'empire; que, ne pouvant en clëcouvrir la cause parce qu'ils en entendoient parler diversement à différentes personnes, suivant l'amour oju la haine qu'elles avoient pour les deux empereurs, et ne voulant en croire aucune , parce qu'elles ne parloient qu'en faveur de leur parti, ils le supplioient de leur faire un récit fidèle de ce qui s'éloit passé. » ^empereur les loua de leur projet, et leur témoigna u'une des plus grandes contrariétés qu'il eût éprouées , étoit de n'avoir pas encore rencontré quelqu'un Cii voulût se donner la peine d'examiner sérieusement ^ sujet de la querelle pour en connaître la cause et ^utei^*. Il leur déclara qu'étant fort aise d'avoir des liges aussi éclairés, et surtout cherchant d'aussi bonne i^ là vérité, il leur feroit le récit le plus fidèle et le ^lus circonstancié des événemens. Il reprit l'affaire dès ^Mi origine. Sa conduite à la mort d'Andronic, l'ingratitude d'Apocanque, celle du patriarche, les cruautés Commises envers sa mère et ses parens, la spoliation de sibas ses biens, les persécutions dirigées contre ses amis, ^demandes réitérées de la paix et renouvelées à chaque lecasion , malgré les refus les plus injurieux; les traiteiDens faits à ses ambassadeurs, rien ne fut oublié danà aits conférences, qui durèrent deux jours et deux nuits. Le seul reproche, qui ne paroissoit pas sans fondement, î-ëtoit ses alliances avec les étrangers; il y répondit en iisant d'abord qu'il n'avoit fait que suivre l'exemple ie ses ennemis, qui s'en étoient servis les premiers; ensuite qu'Apocauque l'y avoit forcé en livrant aux Servîens et aux Bulgares des villes qu'il faisoit rentrer
mST. DU BAS-EMP. TOM. XI. ^4
370 HI6TOIE£ DU BÀS-EMPIAK.
soQS la domination grecque par les traita qo-il a conclus avec eux. Il prouva que » si ses eni imis n^avi plus d^ët rangers à leur solde, c'est que ceux-ci prëfëroioler son parti en leur ; qu'Orchan leur avoit refusé dAi troupes qu'il niettoit gratuitement à sa disposition; qmi Soliman, à qui le grand-duc avoit député Isaac Ailliii panhypersébaste pour lui demander des secoors, nWr avoit point voulu donner; et que même Apocauqttfi] croyant avoir plus de crédit , s'étoit transporté à la de ce prince, qui lui refusa même une audience. Gani cuzène démontra qu'il n'avoit pris les armes que une indispensable nécessité*
Les deux moines le prièrent de leur permettre d* ser dans toute leur force les raisons de ses adversaitei afin que la vérité sortît de cette discussion, brillante tout son éclat. L'empereur y consentit avec joie. He prit hardiment la parole , et proposa ses doutes et v»i objections. Cantacuzène y répondit avec franchise. U moine lui déclara qu'il devenoit son ami et son admirateur, d'ennemi et d'accusateur qu'il étoit avant cette entrevue, lui avouant que tout ce qu'il avoit entendo dire contre lui avec tant de détails, de sermeûs et de protestations, sembloit à ses yeux digne de foi; qu'il l étoit détrompé; qu'il publieroit partout Tétenduedesâ prudence et la grandeur de son courage. Il finit par le supplier de lui dire franchement s'il s'opposoit à la paix. » Je laisse, répondit Cantacuzène, à mes ennemis le « choix de la guerre ou de la paix; il dépend d'eux de (V mettre fin aux maux de ma patrie, ou de consommer « sa ruine. Si l'on veut me reconnoitre pour empereur « et pour collègue de Jean Paléologue, j'accorde à Tin- « stant une amnistie générale; je laisse à mes ennemis « les biens qu'ils m'ont enlevés; mes amis imiteront « mon exemple. Aucune recherche ne sera faite ; ceux « que l'impératrice a placés conserveront leurs emplois;
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. S^J k
je ne vengerai point les injures qae j'ai reçues; tout era oublié , même la mort de ma mère , Temprison*i€ment de mon fils , qui , n'ayant que douze ans , ne >ouvoit faire aucun mal. Si ce que je propose ne paroit pas raisonnable, qu'on prenne des arbitres ; que l'impératrice, que le patriarche, que les plus consi-^ iérables du clergé comme de l'empire soient du ciombre, et forment un conseil, au jugement duquel je déclare d'avance que je me soumettrai. Si je suis trouvé coupable, je consens à être traîné au supplice, H j'appelle sur ma tête la honte et l'infamie; je prononcerai moi-même ma condamnation. Mais si mon innocence est reconnue, non par mes amis, dont le témoignage seroit suspect , mais par l'impératrice et le patriarche, la justice vent que mes calomniateurs subissent le sort qui m'éloit réservé. Eh bien!, je renonce à cette satisfaction que donnent les lois. Je veux bien être condamné si je suis convaincu ; et si l'on me proclame innocent, je fais grâce à mes accusateurs, et consens qu'ils n'aient d'autre châtiment que la honte, inséparable de la calomnie. Je me pontenterois de gouverner avec le fils de l'empereur Andronic. Si les ornemens de la souveraine puissance offusquent mes ennemis et blessent leurs yeux, je les déposerai : si mes troupes leur inspirent des craintes, je ne me ferai suivre que de dix personnes. Je quitterai la pourpre, j'entrerai dans Gonstantinople comme un simple particulier. J'ai fait pour le bien de l'empire de plus grands sacrifices que celui-là. L'éclat de ma gloire tient-il donc à un changement de costume? Si je suis condamné, que me serviroit de porter les ornemens impériaux ? Si je suis justifié , quelle peine éprouverai- je pour m'en être volontairement dépouillé, puisqu'alors ce seroit pour les reprendre avec l'approbation de tous les gens de bien? Ai-je de la
5^4 dlSTOIRE DU BAS-fiMPIRS.
stantinople , et fit ordonner des prières publiques tontes les églises, pour le succès de Tentreprise mëditoit. Après deux jours de préparatifs, dès apprit par ses espions que , fidèle à sa parole , Can tène faisoit manœuvrer ses troupes pour évacu pays, il fit sortir sa cavalerie et son infanterie, rangea en bataille hors de la ville. Se faisant lii rapport qui constatoit la retraite de Tempereur, lYioigna beaucoup de dépit de le voir échapper vengeance. Il envoya dire ensuite au patriarch publier dans les placés et carrefours qu'au premier de son apparition Cantacuzène avoit pris la fui que son :pirmée étoit dans une complète dérout patriarche lui répondit : Vimpie s'enfuit^ sans qu sonne le poursuive ; rentrez en triomphe. Apoc; obéit, et reçut de nombreux çomplimens sur une pagne aussi brillante; çomplimens auxquels il quoit par l'expression de la colère qu'il éprouvoi voir perdu l'occasion de livrer bataille. L'erapc qui se faisoit informer de ce qui se passoit, enle vive force, en se retirant , les forls de Régio , dV de Damocrana, et la ville de Sélivrée; fit répa forteresse d'Apamée , mit garnison dans une place sur les bords du lac de Dercée : ensuite il se re Didymotîque. Les détachemens qu'il laissa dans i verses places couroient le pays, le dévastoient, et soient ainsi les environs de Constantinople à u déplorable.
Le grand-dnc, et son digne complice le palrî voulant prévenir la demande du moine Henri n'avoit point oublié leurs promesses, lui remire dépêches pour Cantacuzène, en lui disant qu'ils doient au prince tout ce qu'il avoit demandé. He crut sur parole. Ne connoissant point la langue gr< îl ne put voir jusqu'à quel point la réponse étoi forme à l'idée qu'on lui en donnoit ; et, se croyan
»le du moindre délai qu'ëprouveroit la conclusion de >aix s'il tardoit à remettre cette lettre , il se rendit en gence auprès de Tempereur à Didymotique , et lui en le saluant : Foici la paix; le patriarche et le nd'duc vous accordent tout ce que vous avez désiré. prince , ayant lu les dépêches, lui demanda en riant en connoissoit le contenu. Henri répondit que, ne lant point le grec , il s'étoit contenté de la signature le la parole du patriarche. Alors Cantacuzène lui luisît la lettre. Voici ce qu'on lui disoit : « Vous i^iez précédemment offert au grand-duc , le très- Jèle et très-cher sujet de notre empereur , de renouer à la qualité dont vous usurpiez le titre , à condition Li'on ne vous punîroit point pour avoir"^ excité la lerre civile. On vous le promit; mais, comme vous e respiriez que le meurtre et le sang, vous manquâtes votre parole. Vous ne pouvez pins aujourd'hui user i la même perfidie , parce que vous seriez condamné ir votre propre lettre, et par le témoignage de Henri , li est digne de foi. Nous approuvons le projet que His formez de renoncer à la puissance souveraine , ; rendre les villes que vous avez usurpées pour les >uverner tyranniquement , de vous retirer enfin, it au mont Âthos, soit dans une autre solitude. Il y a maintenant plus rien à faire qu^à prendre jour 3ur Texécution. Quant aux jissurances que vous dérez pour la délivrance de vos amis et la restitution i leurs biens, il ne faut pas vous en mettre en peine ; DUS avoQs assez de prudence et d'équité pour savoir ï qu'il convient de faire pour concilier la justice avec « intérêts de l'état. » Pendant cette lecture , Henri noit des marques de surprise et d'indignation. Can* izène lui dit qu'il n'y a voit rien de honteux, quand limoit la vérité , d'être trompé par des gens qui sont mtumés à la trahir; qu'il pouvoit , d'après cette érience, porter un jugement sur ses ennemis , et
■'Il
59Q >HX«T0IIIE BU BA8-SK»X&]I.
GODiiQitre dans lequel dei deui partis ëtoit' le bon i
Henri tevint àConatantinople , détrompé rar le ov
du graud-duc etdn.paMriarche, qu^il avoit ioaqa^
crus de bonne foi. Il ëtoit charge de la part oe Te
renr. d^adresser des repjroches à ceux ;qui Tavoieii
v^oyë ; d'annoncer au grand-duc qu'il reviendrc
premier jour , et de rinvîter à se préparer au ce
Mab il aima mieux rentrer à. Galata sans voir
cauque. Celui-ci , qui fut instruit de son retour.
voya chercher pour savoir ce qui s'étoit passé. U
de se rendre auprès dn grand-duc, lui fit faire c
proches sanglans' par ceux qu'il lui dëputoit, aj
que l'empereur viendroit se faire justice lui-méi
qu'on se,préparât.à le bien recevoir.
. En attendant qu'il parût, Apocauque voulut
à profit son absence pour faire quelque nouve
monstration de courage et d'audace. En censé
il voulut enlever le fort d'Empyrite, et le fit cen
ses troupes. Les murailles étoient épaisses et
après les avoir battues inutilement pendant trois
faisant jouer toutes les^machines de guerre, il
dans la capitale. L'épuisement des finances le 1
dans le plus grand embarras. Le pays , récemm
vaste par les troupes de Cantacuzène, n'ofFroit
ressource : plus loin presque toutes les villes rec<
soient son obéissance , et bientôt , suivant les appa
le pouvoir d'Apocauque et l'empire n'auroîent 1
bornes que la capitale. Il ëtoit à craindre que Ti
trice ne songeât sérieusement à conclure la paix , i
plus aucun moyen de faire la guerre. Pour se tire
barras, le grand -duc imagina d'établir un droit d
sur tous les vaisseaux marchands qui viendroien
der dans la Propontide. L'auteur de ce projc
adopter par l'impératrice. Tous les courtisans le 1
en public , regrettant qu'on ne l'eût pas mis pli
exécution, et déplorant la négligence par laqi
ît perda pendant tant d^annëes une occasion si facile ^ -si simple de remplir les coffres du trésor. Plein de sa '^^îmère, Apocauque se rend dans le port d'Hiero, fait ^Aiiposer et mettre à l'ancre un grand navire chargé de ''■^'N^ldats pour lever un tribut sur les marchands élran-: 1rs, et leur refuser le passage. Mais, comme ce navire l'ëtoit pas plus fort que ceux à qui l'on vouloit faire loi , qu'on n'avoit point armé la côte pour le protéger, bâtimens traversoient sans rien payer, se moquant ■Ni'Apocauque et de ses douaniers.
^ Cantacu7.ène reparut suivant la promesse qu'il en JMivoit faite, et se tint quelque temps devant ^a porte de ^^arsie. Voyant que personne ne sortoit , il alla camper au Pont-de-pierre, lieu situé près de la capitale , abon- ,^nt en pâturages, et d'où l'empereur pouvoit inquiéter Constantinople, et faire voir à ses habitans qu'il ne fuyoit pas l'occasion de se mesurer avec Apocauque. Henri vint l'y trouver , et l'assurer que l'impératrice n'étoit point cause de la guerre , mais le patriarche et ?" le grand- duc , qui l'empêchoient de faire la paix, ■ l'épouvantant par les plus terribles menaces , et lui faisant voir sans cesse en perspective le massacre de ses enfans comme suite inévitable de toute réconciliation avec Cantacuzène. Celui-ci , qui n'avoit d'autre moyen de désabuser cette princesse que des protestations tant de fois répétées , voyant qu'on |ournoit toujours dans le même cercle , résolut de pousser vigoureusement la guerre. Il commença par se concerter en secret avec les amis qu'il avoit à Constantinople , afin de connoître d'une manière exacte la situation des esprits. Tous furent d'avis que, dans ce moment , une tentative sur la capitale seroit hasardée , et même dangereuse ; qu'ils ne pourroient le ssiecourir , et l'exhortèrent à ne rien précipiter. Il crut devoir ajourner son projet, et marcha sur Andrinople, que Paraspondyle, qui en étoit gouverneur, remit entre ses mains, ainsi que tous les forts qui
38o HISTOIRE BU BAS-EMPIRE.
Didymotique. Pendant celte irruption, les Grecs a^ achevé leurs préparatifs. On partit pour aller com Momitzile , qui devenoît de jour en jour plus r table. Il s'étoit emparé de la ville de Xantia y de de Macrope , et sa domination s'élendoit jusqt Morée. An premier bruit de l'arrivée des Turcs dispositions qu'on faifoit contre lui, ce guerrière faire des excuses à l'empereur , promettant pour 1'; une fidélité à toute épreuve ; mais la manière c avoit tenu les promesses précédentes détruisoit Te celle-ci. L'artifice de Momitzile ne loi ayant pas i il résolut de se défendre , quoiqu'il n'eût que « mille hommes à opposer à une armée nombre' s'avance plein d'audace , et, dans sa confiance pré tueuse , envoie sommer de se rendre le fort de Pér rion , qui se trouvoit sur son chemhi. La garnisor habitans lui répondirent en l'invitant de s'otcup Turcs , comme affaire plus pressée , l'assurant qu forteresse seroil le prix de la victoire. Comme il aussi cruel qu'entreprenant , craignant sa colère c cas où il battroit l'ennçmi , ils reçurent Raïqu( neveu , accompagné de cinquante hommes , afin s'il'gagnoit la bataille, il fît la paix avec son onci Tcrcs , qui précédoient les troupes de Cantaci furent les premiers qui parurent à la vue de Moni Celui-ci , qui vouloit diminuer les désavanlaj l'infériorité de ses soldats en nombre , leur avoit y remédier, appris une manœuvre au moyen ^ quelle ils se dispersoient en un instant pour se ref sur un point plus éloigné. Au premier choc ils < tent cette manœuvre, et les Turcs, qui prenoien troupe pour l'avant-garde d'une armée , conti leur marche, et s'avancent jusqu'à la ville de M nia. L'empereur et le sultan Amir, qui suivoient, \ que lessoldatsdeMomitzilen'avoient fait que chan place, rangent leur armée en bataille , la disposi
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 38l
Vlière que rcnnemi ne pou voit que se replier sur les mes. Aroir commande Taile droite , Âsan Taile gau- ^f et Cantacuzène la fleur de Tarmée , composée des JB braves, choisis parmi les Grecs et leurs alliés. On vient aux mains avec une égale ardeur des deux . Le sentiment du danger donnoit à Momitzile une livelle audace ainsi qu'à ses compagnons d'armes: «s la lutte étoit trop inégale. Il perdit beaucoup de ^gens, et se vit obligé de reculer jusqu'aux murailles Périthéorion , dont les habitans refusèrent de lui rir leurs portes. Là , n'ayant plus assez d'espace r faire manœuvrer sa cavalerie, il fit mettre pied à re à ses soldats , et les ramena au combat. Tant 41s eurent leur chef à leur tête , ils firent des prodiges valeur ; mais dès qu'il eut été tué, perdant tout coue , ils jettent leurs armes et se laissent prendre, cun n'échappa.Cantacuzène regretta Momitzile, parce 'il étoit brave , et déplora l'usage qu'il avoit fait de b talens militaires. Il laissa sa veuve libre de rester •< in de retourner en Bulgarie. Elle prit ce derniMun^^, important ses richesses avec elle. L'empereur pm possession de Xantia , résidence ordinaire de Momitzile.
Le crâle de Servie , contre la foi des traités, assiégeoit Phères. Ce prince, voyant que les Grecs se détruisoient , a'ut n'avoir rien à craindre d'eux; il s'empara de quelques villes , et , ne pouvant enlever celle de Phères, la réduisit à la dernière extrémité. La tenant étroitement bloquée , interceptant tous les convois, de manière que les habitans souffroient toutes les horreurs de la famine. Btienne avoit dans cette place une faction à la tête de aquelle étoit Manuel Asan , oncle de l'impératrice Irène. ]onstantin Paléologue, oncle du dernier Andronic, et on gendre Démétrius Zamplacon , grand - stratopélarque, s'opposoient avec vigueur aux partisans des lerviens, qu'ils comprimoient ,' parce que ceux-ci étoient noins nombreux. Mais, le siège rendant;|ps souffrances
38â UISTOIE£ DU BÀS-EMPIRB.
et les privations communes, on étoit plus dispoi prêter Toreille à la proposition de se rendre faite pai amis du crâle. Dans ces circonstances Constantin Démétrins demandèrent du secours à Cantacuzène lui députèrent des envoyés, qui firent à ce prince le bleau de la situation de Phères. Aussitôt Temperenr partir Jean Brienne, chargé d'aller inviter de sa j le crâle à se retirer, sinon qu'il allait marcher co lui à la tête de ses alliés. Il lui faisoit en même te des représentations sur sa conduite, lui disant ( n^oublieroit point les services qu'il lui avoit reD( mais que ce n'étoit point agir contre les devoirs qm imposoit la reconnoissance que de défendre ses si contre lui. Après avoir député Brienne, il marcha Christopole , et se campa dans le bourg de Gabriel { se rapprocher de Phères, et se tenir dans un lieu d' pouvoit facilement secourir les villes inquiétées pa Serviens. Le député revient bientôt, annonçant qu'i arrivée , et sur le bruit de la marche de Cantacuz Iç^çp^i^ avoit levé le siège. Ce prince faisoit dire à 1 ^ pereuv qu'il se retiroit pour lui laisser la liberté i trer dans Phères , s'il le jugeoit à propos, et que soi tention étoît d'exécuter leurs traités. Brienne d quelques détails sur la situation de la ville qui exi une surveillance particulière, parce que la factio crâle, dévouée à ce prince , ne négligeroit aucune sion de soulever le peuple. Cantacuzène assembi conseil pour savoir ce qu'il y avoit à faire , parce qn événemens qui se passoienl à Constantinople, et nous allons rendre compte, exigeoient peut-être prît la route de cette capitale.'
Pendant que l'empereur soumettoit laThrace, toit Momitzile et délivroit Phères, Apocauque c nuoit avec le même succès le cours de ses intri, Alarmé des progrès que faisoit Cantacuzène, sac qu'il s'étoit rtgudu maître de toutes les villes situées
HISTOIRE DU BÀS-EMPIES. 385
nlërieur des terres , de presque toutes les troupes gret- ■.es, et que, de plus, il a voit reçu de puissans secours ^s étrangers, il crut trouver dans l'affection du peuple ^e ressource suffisante contre son ennemi , et tâcha de le concilier. Il devint donc affable et populaire , mais commertçoit un peu tard, et le peuple, qui n'accorde t confiance qu'à ceux contre lesquels il n'a pas de préîDtion , ne pouvoit la donner à celui qui l'avoit tour* Knté pendant long-temps et trompé toujours. Alors |K)cauque se persuada qu'en s'alliant à l'impératrice, en ^gageant cette princesse à faire épouser sa fille à Jean «léologue , il trouveroit , dans toutes les chances , un bri certain sous cette puissante égide. Il n'auroit probalement pas cette fois éludé le mariage, si son intrigue M réussi. Craignant qu'elle ne rejetât ce projet avec le lépris qu'il méritoit , il se servit d'un moyen diaboque pour mettre cette princesse dans sa dépendance; i fut d'écrire sous son nom an pape Clément vi. Anne [soit à ce pontife qu'ayant été élevée selon les lois dans I religion des Italiens, et dans un profond respect pour doctrine de l'église romaine , elle n'avoit point cessé être intérieurement attachée à cette église ; qu'obligée épouser un prince d'une autre religion, elle avoit été •rcée de dissimuler ses sentimens, et de consentir d'être 1 victime des intérêts politiques; qu'elle regardoit toupars le pape comme son père , son maître et son guide ins la foi ; que , dès son arrivée à Constantinople , elle 7oit eu le projet de revenir à sa religion , et d'obliger !S sujets à l'embrasser, mais que des guerres cruelles en avoient toujours empêchée. Elle demandoît le par- OTi de la faute commise par elle en approuvant extéieurement le rite grec, conjurant le pontife de lui donner Mitre ses ennemis un secours qui la mit en état de les lincre , afin qu'elle pût ensuite faire une profession oblique de la religion catholique romaine , et , par son cemple, entraîner l'empire. Apocauque confia cette
384 HISTOIRE DU BÀS-EMPI&IS.
lettre à un peintre, nommé Prëposite, qa'il ne point dans son secret , mais dont il exigea la proi avec serment de ne jamais confier à personne qaHl chargé de dépêches de la part de T impératrice, ment, ravi de joie en recevant cette lettre, vit cette démarche une faveur particulière de la Pr dence, et se hâta de répondre à l'impératrice. Il la lo de sa fermeté, de sa constance à persévérer dans la gion de ses pères malgré les exemples qui dévoient faire embrasser la communion d'une église schisi tique; ranîmoit son courage, et finissoit par lui donner sa bénédiction ^. C'étoit à peu près le seul secours dont le saint-père piit disposer ; mais Apocauque n^en dema' doit pas davantage. Préposite lui remit la réponse (k pape. L'objet que se proposoit le grand-duc étoit rempli* Il a voit des armes contre la princesse, si elle refusoitde souscrire à sa demande. Alors il auroit lu publiquement la réponse du pape, pour exciter contre elle le peuple^ qu'il savoit superstitieusement attaché à sa religion. H espéroit même que , dans une révolte , il se seroit porté vers le palais pour massacrer l'impératrice et ses enfans. Dans cette révolution il se seroit emparé de l'autorité. Si ce projet manquoit , il avoit celui de s'enfermer dans le fort de Mangare , ou de passer sur une galère dans
^ La cour de Rome a toujours imposé par la diplomatie , et en Eu'
prétendu que la lettre de rim;»éra- soit une nécessité. Cependant il ert
trice Anne étoit réellement de cette dans l'ordre des choses possibles
princesse. Nous avons préhcnlé le qu'un premier ministre se permette
récit de Gantacuzène. L'incrédulité une si audacieuse inGdélité ; et com*
de la cour s'explique en diplomatie , me elle étoit et dans le caractère el
où ce qui blesse le» convenances dans l'intérêt d' Apocauque , cette
entre souverains, et le respect qui inGdélité rentre ici dans l'ordre de:
leur est dû, ne doit être ni conservé choses vraisemblables. L'espèced'es
par l'histoire ( quoique l'histoire clavage dans lequel il tcnoil l'impé'
doive conserver les faits ) , ni rou- ralrice eJroitement circonvenue p«
sidéré comme possible , el moins ses >oins , l'ignorance dans laquelU
encore vraisemblaible. L'mfaillibi- il la laissoit, comme nous le vovons.
lité, mise en défaut dans celte cir- sur la plus grande partie des évéflC'
constance , ajoutoit encore au devoir mens , lui assuroieat Timpunité.
forteresse il*£pîl>ate , et d'y finir ses jours dans Tin- :pcnclance; mais il n'eut pas le temps de consommer m entreprise. L'instant fatal approchoit par sa faute ,
les précautions qu'il prit pour mettre en seB mains Mite la puissance la lui fii*ent perdre avec la vie.
Pour parvenir à son but, voyant qu'il ne ponvoit se sncilîer TalTection du peuple, qui ne passe jamais de la rainte à Tamour, Apocauque résolut d'obtenir par la erreur cette obéissance qu'on refusoit à des avances dont nsedé6oit, et qu'il auroit voulu devoir au dévouement, l forma près de lui une garde nombreuse , choisie dans es gens les plus déterminés, et dont il fit, par une haute »aie, des instrumens dociles. Toutes les fois qu'il soroit, il se faisoit escorter par de farouches soldats, qui cartoient brutalement ceux \\\xi auroient été tentés de 'approcher de cet ignoble tyran. Il avoit pris un logenent à la porte de Bois, voisine du port, près de laquelle »n tenoit une galère toujours prête à mettre à la voile >onr transporter le grand-duc au moindre danger. Il le pouvoit plus se dissimuler qu'il étoit l'objet de la laine générale. On voyoit ses deux fils sous les dra- )eaux deCantacuzène, le plus jeune étant /illé rejoindre loii fi^^re. Les succès de Tempereur le rendoient tour à ;our sombre ou furieux. Il dit un jour à ses intimes, ians un accès de rage, que, si son ennemi se rendoit maître de Constantinople, il n'y trouveroit que la terre et l'air : Je ruinerai tout le reste ^ ajoutoit il, quand je devrais me ruiner moi-même. Lesparens, les amis de l'empereur, qui jouissoient encore de la liberté, en furent privée d'après ses ordres. lien fut de même de tous ceux qui avoicnt eu quelques rapports avec ce prince ; tous furent dépouillés de leurs biens. Comme ils étoient plus de deux cents, et que ce nombre devoil augmenter de tous ceux qyi , par leur fortune , pouvoient causer quelque ombrage au grand-duc , il^douna des ordres pour agrandir les prisons , et s'occupa plus particulièrement
0&6 IlIStorRE BD JAS-E!bijPfat.
de celle qui étoit construite dans le palais de ComtaiH tin. Il mit dans la distribution un raffinement cnieI,oà tout fut calculé pour tourmenter le détenu et le tenir ||[ dans un état de gêne continuel. Chaque jour il visitoit les constructions y pressant les ouvriers, les encourageant par des promesses et des distributions ; les effrayant par des menaces lorsque leurs travaux ne répondoient pQint à sa barbare impatience. Ceux qu'on avoit déjà renfermés dans la partie qui n'étoit pas susceptible dV grandissement ou de nouvelles distributions, étoient té* ^ moins de ces mesures. Tous les jours ils voy oient Apo-^i cauque, entendoient ses exhortations et ses propos. Ne pouvant douter de la rigueur des traiteniens qui leur n étoient destinés dans les prisons qu'on leur préparoit avec tant de soin ; voyant que cette prison ne seroit pour eux qu\in tombeau dans lequel on vouloil les ensevelir tout vivans , ils résolurent de s'en délivrer par la mort d'Apocauque ou par la leur. Mais des obstacles qui pa* roissoient insurmontables s'opposoient à Texécution de cette entreprise. Ils n'avoient point d'armes, et toutes les fois que le grand-duc entroit, ce n'étoit jamais sam être accompagné d'une garde nombreuse, ni sans avoir donné préalablement l'ordre de faire rentrer les prisonniers quand il arrivoit à Theure à laquelle on leur fttmcttoit de descendre dans la cour pour y respirer u» air moins insalubre que celui de leurs cachots. Malgré ces précautions ils ne perdirent pas l'espérance. Usnii' rent dans leur complot Alexis , propre i eveu d'Apocauque, qui Tavoit fait jeter en prison. Ce jeune homme n'étoit pas l'un de ses ennemis les moins ardens. Toiis épièrent l'occasion en silence , se gardant bien de laisser rien échapper qui pût ou trahir leur projet ou faire naître le moindre soupçon. Un jour, pressé de vérifier si Tonlre: qu'il avoit donné la veille relativement aux construciions éîoît exécuté, le grand- duc franchit le seuil de la porte, prccédant sa garde, qu'il laisse en-:
îhors, el, n'ayant qu'un homme avec lui, se trouve 1 milieu des prisonniers avant qu'on eût eu le temps e les faire rentrer. A sa vue ils s'élancent spontanélent sur lui, n'ayant d'autres armes que des pierres, l'un d'eux trouve un bâton dont il le frappe sur la tête , a Tapostrophant , en reprochant au ciel de laisiier ivre aussi long-temps un pareil scélérat. Apocauque se éfend en homme qui veut vendre chèrement sa vie. La utte, quoique inégale , étoit longue, lorsqu'un détenu la ait cesser d'un coup de hache qu'il avoit arrachée des nains d'un ouvrier. Ses gardes , au lieu de venger sa norty se dispersent à l'instant. Les prisonniers pendien t sou corps au haut des murailles, et, mettant sa tête ur une pique, la montrèrent en spectacle au peuple. Is se préparèrent d'abord à se défendre contre ceux qui ^'iendruient les attaquer bientôt , et se flattèrent au point ie croire non-seulement que l'impératrice leur accor- Jeroît une amnistie, mais même des récompenses pour ^ ivoir délivré les Grecs de l'ennemi de l'état. Dès que la princesse apprit cet événement , elle donna l'ordre à Uaac Asan , panhypersébaste, d'aller apaiser la sédition , et de promettre aux prisonniers qu'il ne leur seroit fait aucun mal, pourvu qu'ils sortissent, et que chacun rentrât Irhez soi. Mais les soins du gouvernement dont il venoit d'être en même temps chargé * l'empêchèrent d'exécuter cet ordre. Les prisonniers passèrent le reste du jour et la nuit suivante sans ftre inquiétés. Il dépendoit d'eux de se sauver. Le fol espoir qu'ils avoient -en comptant sur des récompenses les perdît tous. Le lendemain, Zéphreste, domestique d' Apocauque, homme violent et cruel , le seul qui eût et qui méritât toute la confiance de son maître , par l'analogie des deux caractères , rassemble les matelots avec lesquels il vivoit familièrement, excite, par leur moyen, la popula* à venger la mort du grand-duc. L'entreprise étoit facile. Les prisonniers ,. sans armes , ne pouvoient résister k
une iiiviltitude armée et furieuse. Ils.se réfngièreoff pour la plupart , dans Téglise des neuf Ordres, asile ordi* iiairemeiit inviolable ; mais le peuple les y massacra, sans respect pour la sainteté du lieu. Grégoras décrit la mutilations horribles qui furent exercées à cette occ^ sion. 11 rend même la princesse Anne complice de ces cruautés. Celte accusation, que les autres historieos n*ont point faite, ne semble inventée que pouf appuyer celle du prétendu penchant d'Anne pour Apocauque, qui, si elle eût été fondée, n^auroit pas eu besoin de supposer des lettres pour mettre cette princesse dans sa dépendance. Parmi les prisonniers qui parvinrent à se sauver étoient ceux qui venoient de massacrer le grandduc , et particulièrement Raoul ^ qui lui avoit ^Ivittu la tête d'un coup de hache ^. Ainsi mourut Apocaoque, qui causa dans Tempire la guerre civile. Il sembloit qu'elle dût finir avec lui ; mais il en fut autrement, (jes actions de cet intrigant Tout assez fait connoitre sans qu'il soit besoin de rien ajouter. Revenons à Ganta* cnzène , que nous avons laissé dans le bourg de Gabriel.
^ Lorsqu'il assembla son conseil, il avoit reçu de ses amis et de l'impératrice Irène, qui lui envoya un courrier pour cet objet, la nouvelle de la mort du grand-doc. La vitle de Phères exigeoit sa présence, afin qu'ii|^ea chassât la faction du craie. Il hésitoit entre Phères et Cunstantinople. Amir, et Soliman, fils de Sarcane, étoient présens à rassemblée, parce qu'il vouloit avoir leur avis. L'opinion générale fut qu'il n'y avoit rien de si avantageux que de marcher sur Constantinople ; que la reddition de cette capitale entraînoit celle de toutes les provinces, et termiuoit tout; qu'il falloit profiter,
a Ducas est d'accord avec les au- niers , auxquels échappa too aîeut
trei^lllâstorîens sur les priDcipales Michel Ducas , déguisé eu moine,
circunstances. Il difTùrc quant au Ainsi , d'après sa versiou , les dëttr*
résultat, faisant assassiner plusieurs nus, au lieu d't^lre victimes, enau-
pei'soouc;) du palais paries piûoa. roknt l'ait, Uist,deMicL.Duc«y,c.^
IIISTOTItE DU BAf-EMPIRC. SBq
cins aucun délai, de la mort d'Apoqfl|tue, et qu^il étoit I angereux de négliger iine si belle^^ftasîon. Cantacu^ tène, qui ne croyoit point que le coup étoit décisif :M)mme ils le pensoient , leur fit des représentations dirt-^es par sa prudence ordinaire. « Il n'est rien moins que certain , leur dît-il , que les prisonniers restent r^iaîtres du palais de Constantin. Ilsn*ont ni armes, ni |:Arovisions , et ne peuvent résister , s'ils sont attaqués. Dans ce cas, nous arriverons trop tard à leur secours, et nous nous serons mis dans une position plus désavantageuse que celle où nous sommes, parce que nous iri 'aurons plus en tête celui que nous regardions comme ^'auteur de la gnerre et comme l'objet de la haine générale , circonstance qui semble, donner à notre entreprise un autre caractère. S'il est vrai, comme vous le prétendez, que la capitale soupire après notre arrivée, ^ue les prisonniers aient eu du secours, on peut bien attendre quelques instans. L'espérance incertaine de les délivrer ne nous doit pas faire abandonner un bien certain qui est entre nos mains. La ville de Phères est une place très-importante, et l'un des boulevards de l'empire. Il est nécessaire que nous la possédions. Je pense qu'il est un moyen de concilier tous les intérêts, et votre avis avec le mien. Je vais marcher sur Phères avec trois mille hommes pendant que l'armée prendra la route de Constantinople. Je ne resterai qu'un jour , temps suffisant pour chasser les restes d^la faction du craie et pourvoir aux besoins les plus prcssans. Je repartirai sur-le-champ. N'ayant pris avec moi que des soldats armés à la légère , je ne tarderai point à rejoindre les autres troupes que le poids de leur armure force à marcher à petites journées. Ainsi nous prendrons les mesures essentielles pour la conservation de Phères , sans arriver plus tard à Constantinople. Enfin , quand lûen même nous perdrions en ce moment l'occasion de prendre celte capitale , nous ne perdrions pas l'espé^
!590 piSTOI&X«DU BAS-EMPIRE.
rance de nous en fmparer, au lieu qu'une fois enfrelfl mains dn crâle^ PIBres y reste, ainsi que les autres villes de la Macédoine , qu'elle entraine avec elle^ et qui suivent sa destinée. » Cet avis sage et prudent fnt partagé par les principa^ix officiers de i*armée de Cantacuzèm; mais Amir , Soliman et les Turcs le combattirent vivement, et reproduisirent toutes les objections que rempereur a voit réfutées. Leur intérêt n'étoit pas le même que celui de ce prince, qui songeoit à Tavenir, à Vintégralité de Tempire grec, dont il ne vouloit point laisser entamer les frontières. Les Turcs raisonnoient en alliés qui veulent jouir. Il fallut donc céder, et Pon marcha sut Constantinople. A leur approche de cette ville, ils apprirent que les prisonniers avoient été massacrés; que la tranquillité, troublée seulement pendant trois jours, étoit rétablie; qulsaac Asan, panhypersébaste, étoit chargé du gouvernement de concert avec son coUègae Cinname , mystique , sous la direction du patriarche, qui conservoit toute son influence. Cantacuzène apprit encore que la veuve du grand-duc se retiroit dans la forteresse d'Epibate avec d'immenses richesses qu'Apocauque avoit, disoit-on , ramassées peu de temps avant sa mort , en faisant venir tout l'or et Targent disséminé par lui, pour montrer tous ces trésors à rimpéralrice, et la faire consentir au mariage de sa fille avec le jeune empereur Paléologue.
Cantacuzène vît avec chagrin que ses craintes s'étoîent réalisées. Il blâma les Turcs de Tavoir privé, parleur impatience, de la ville de Phères et de toute la Macédoine, qui, dans le désespoir d'être secourus par lui, dévoient s'être rendus aux Serviens. Fâchés, de leur côte, de n'avoir pas plus écouté ses observations , ses alliés consentirent à revenir bur leurs pas. On reprît donc le chemin de la Macédoine. Les troupes furent obligées de séjourner près d'Apamée, parce que Soliman y tomba gravement malade. Il étoit attaqué d'une fièvre iuflam-i
raatoîre très-viotente. Pour la faîre cesser , on fit usage tJe remèdes qui, par l'excès du froîd, rarrôlèrent tout ri coup, et lui glacèrent le sang. Amîr, à qui ce jeune prince étoîl confié , et qui sentoit toute rîmportance ci*un dépôt si précieux , conçut les alarmes les plus vives et les mieux fondées. Pour faîre cesser les défaillances rie Soliman, et lui rendre la chaleur, il lui fit prendre dç la thériaque et du vin vieux. Il réussit, les forces retinrent, le sang reprît son cours , mais la fièvre reparut. Xes médecins eurent recours à leurs premiers remèdes, «lont Tefiet fut si prompt, que le malade mourut surle-champ. Ils accusèrent Amîr d'avoir empoisonné le prince en lui donnant du vin, malgré les défenses de Mahomet. Le sultan craignoit que cette imputation calomnieuse ne fût crue de Sarcane , qui , pendant qu'il étoit loin de ses états , pouvoit facilement s'en emparer. Un prompt retour étoit nécessaire. Cantacuzène le sentit, et ne s'opposa point au départ de son ami, qui fit assez de diligence potir précéder la nouvelle de la mort de Soliman. Les*<lifficultés qu'il ent à persuader Sarcane de son- innocence prouvèrent qu'il avoit sagement fait de revenir chez lui. La mort du jeune Soliman eut des suites fâcheuses pour rempereiir, qu'elles privèrent d'un allié puissant et dévoué. Ce prince ent la douleur de voir s'accomplir tout ce qu*il avoit prévu. Etienne prît Phères, toutes les villes liées à celle-là par un même système de défense, dont elle étoit la clef, et la Macédoine. Fier de ce succès , il se fil proclamer empereur des Grecs et des Sen^iens, et céda le titre de crâle à son fils, en lui abandonnant toute l'ancienne Servie, composée du pays situé entre l'embouchure du Danube, dans le Pont-Euxin , et Scopies , ville construite sur le fleuve Axius. La vanité que lui causoit un vain titre lui fit abandonner un domaine certain pour ne retenir que àes provinces conquises , q\ii, pour être conservées , de* tnandoient l'emploi de toutes ses forces, réunies. Canta-s
Zg% HISTOIRE I>U BAS-£MPIR£.
cuzèoe , affoibli par la retraite crAniîr et par k grès de son ennemi , ne pouvant plus rien entrepi rentra dans Didymotiqne.
Ce prince avoit laissé dans les environs de la c
un corps de troupes sous les ordres de Yatace
surveiller la garnison de cette ville et dévaster!
Aplesphare, un des généraux qui commandoier
garnison , ayant fait une sortie avec un détach<
fut battu, pris, et sa troupe détruite. Vatace, q
gissoit que conformément à son intérêt partit
n'avoit embrassé le parti de Cantacuzène que ]
venger d'Apocauque , qui , après lui avoir vc
jgouvernement de Thessalie , le lui enleva pour le
è Tnn de ses fils. Voyant que la cour n'avoît pas
capitaine en état de commander les troupes et de
les opérations militaires, il calcula qu'en s'atfa
rimpératrice, il seroit le premier de rarnice, et
rang, et par son expérience , et parscstalens. Apa
sou ennemi personnel, n'exisloit plus;lepatr
iuiquel il étoit allié, parce que son fils avoit ép
fille de ce prélat, ne pouvoit être contre lui. Sei
besoin qu'on avoit de son secours, il pensa qui
veroit bien plus d'avantage daus le parti de la c(
dans celui de Tempereur. Il écrivit donc à cetl<
cesse, et lui offrit de combattre pour elle, proi
^rachever la ruine de Cantacuzène par le moi
Turcs, dont il connoîssoit parfaitcnjent la laii
avec lesquels il n'avoit jamais cessé d'entrele
rapports particuliers. Elle reçut ses offres avec c
plus de joie qu'elles étoieul conformes à ses désirs
Toujours agitée des craintes chimériques que lu
roit Cantacuzène, elle cherchoit quelqu'un qu'
opposer à ce prince. Elle accorda donc à Vatac
les conditions qu'il exigea. Il commença par .
demander des troupes au sultan de Lydie. L'en
instruit de ce qui se passoit, dépêcha vers le
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. SqS
>ancIonnoit ainsi le protosébaste Calothète, pour ; des reproches sur soiy ingratitude et pour Tinvenir le trouver, proroeltant de lui accorder
qu'il désireroit. Vatace ne nia point qu'il eût
traité avec l'impératrice, mais il assura qu'il it bientôt expliquer sa conduite à Cantacuzène 'mander amnistie. C'étoit une manière de gagner ips. 11 altendoit les Turcs pour se prononcer. reur, qui concevoit des soupçons, et qui savoit tace réunissoit à la prudence lé courage et le avouant (fu'il naçoil point son pareil à Conop/e , crut devoir faire tout ce qui dépendoit de r l(^ retenir dans son parti. ^En conséquence, il i3!a Nicéphore Métochite , grand-logothète. Méapprit en route que Vatace s'étoit ouvertement ; que les Turcs, dont il avoit demandé les se- ^toient déjà arrivés à Téristasis. Il revint donner uvelleà Tempereur. Plusieurs villes de laThrace, ïées par les amis ou les parens du perfide Vatace, it son exemple. Ces malheurs n'empêchèrent pas izène de se préparer à la guerre contre ce nouvel . Celui-ci se garda bien de dire aux Turcs qu'il t fait venir pour combattre l'empereur, dont ils
précédemment les alliés. Il leur déclara qu'il s mener au pillage, croyant; qu'il suffisoit de >ntrcr des troupeaux à prendre et des citoyens nuer. INlais il se trompa. Les Turcs, qu'il congrès de Garelle, lui demandèrent avant d'atlatte ville si elle n'appartenoit pas à Cantacuzène. eur disant , il leur promit un riche butin ; mais nrent furieux de ce qu'il les avoit trompés, se
sur lui , le tuèrent, emmenèrent son fils et ses en captivité, retournant dans leur pays sans ttre aucun acte d'hostilité contre les villes et les
où Tautorité de l'empereur étoit reconnue. Les [ui s'éloicnt révo'tées avec Vatace demeurèrent
S94 HISTOIRE DU BÀS-EMPIB.E.
après sa mort dans le parti de l'impératrice. La gar
du fort d'Ëmpyrite livra le gouverneur, nommé A
titze, à cette princesse. Jean Apocauque , frère dn g
duc, s'étant ménagé des intelligences dans la vi
Reggio, fut introduit pendant la nuit dans cette
[. i3;;6. Cantacuzène , qui , pour résister à Vatace , avoit
des troupes et fait des préparatifs, résolut de les em[
contre la capitale, espérant terminer d'nn seul
tous ses revers. 11 avoit avec lui Hiérax, qui cond
la garnison de ' Zernomiane < et Paraspondyle s
fidélité desquels il croyoit devoir compter. Il ordo
ce dernier de mener tous les soldats qui étoient
drinople, excepté Brane, Mugdute et Frâncopuli
jadis avoit fait révolter les habitans de cette ville e
sécuté les partisans de Tempereur. Cet ordre étoit <
pour éviter qu'on ne crût qu'on les iraînoit à la {
contre leur volonté. Paraspondyle força Francopi
partir, quoiqu'il fût malade. Dès que l'empereur
il fit de grands reproches à Paraspondyle, non-
ment de lui avoir désobéi , mais parce qu'il avoit
durement un malade. 11 demanda pardon àTempi
qui recommanda Francopule à ses médecins, el
s'établir au pont du Chameau. Ses amis sortoî
nuit de Constantinople pour conférer avec lui s
moyens de se rendre maître de celle capitale. Ils a
le projet de déboucher la porte Xylocerte , qui
murée et condamnée depuis long-temps. Penda
conférences, Francopule, dont la santé se rétabl
se promenolt dans le camp. Il aperçut un de se
qu'il savoit devoir être dans la capitale. Etonne
voir, il lui demanda depuis quand et dans quelle
lion il en étoit sorti. Celui-ci, qui connoîssoit la
Je Francopule contre Cantacuzène, et qui n'avi
cunc raison de soupçonner qu'il eût changé de
mens, crut pouvoir lui confier son secret. Il le 1
d'autant plus de confiance , qu'ayant été lié intino
HISTOIRE DU BÀfi-KMPIRX. SgS
Francopnle, ilpouvoiten avoir besoin dans l'en* ■ppi'îse dont il étoit charge, ne dontant point qu'il ne gif plaisir à le seconder. Il ne s'agissoit rien moins ■le d'empoisonner Cantacuzcne. Cet homme avoua P^c à son ancien ami que ceux qui commandoient à lonstantinople l'avoient envoyé pour se défaire de jptnnpereur ; qu'il y avoit six mois qu'il en épioit Tocca-
ta; qu'après beaucoup d'efforts inutiles, .de peines et soins, il étoit parvenu à être cuisinier du prince; pi'il avoit le projet de lui donner le soir même une l^pe de poison; enfin, puisqu'il avoit le bonheur de
Etrer Francopule , il vouloit l'associer à son action , l'iUeût part aux récompenses qu'il en attendoit. >pule fit semblant d'approuver ce projet et d'acppter la proposition qu'on lui faisoit. Ensuite il pria ppn ami de lui montrer le poison. Liffflire le lui remit
ritre les maiiM|dhpncopuIe ne voulut plus le lui rendre, em poison n^SPIloy an t qu'il s'étoit trompé, et craipiant d'être pri?t s'enfuit et rentra dans Constantinople. FrancopuU alla tout raconter à l'empereur , et lui Montra le poison. Ce p/ince lui donna une récompense ^opoi'tionnée au service, étonné de cet enchaînement 'e circonstances qui faisoit qu'il devoit la vie à la dés^ obéissance de Paraspondyle.
Sur ces entref<iites, Hiérax, que les bienfaits de Can^ Iciizène n'avoient point gagné , et qui , en les acceptant ^ ttendoit l'occaMon de le trahir, étant de garde à la tête u camp, sortit de son poste, entra dans Constantin opie, convint avec les ministres des moyens de tuer empereur, et revilft au camp sans qu'on se fût aperça e son absence. Mais les amis de Cantacuzène, informés e cette entrevue , en firent aussitôt donner avis au rince. Celui-ci, qui ne pouvoit croire à tant de perdie , leur fit dire qu'ils se trompoient ; que ses enemis répandoient ce bruit jiour le porter à traiter ijusteœent Hiérax , ou pour eI^gager ce dernier à
quitter son parti. Ayant reçu cependant des aveiiû
mens plus précis, il fil venir Hîërax, lui rappela
promesses et ses sermens, Ten releva , lui donna
liberté de retourner à Constantinople et de sei
contre lui. Hiérax jura qu'il éfoit innocent; que
soupçons étoient injurieux; qu'il n'avoit jamais cessé
lui être fidèle , et , pour le convaincre , lui remit ol
image de saint George "qu'il portoit toujours sur
cœur. La remise de ces sortes de reliques étoit le ^f
le plus sacré que Ton pût donner de sa sincérité,' et |
preuve la plus incontestable de son innocence. Quelque
jours après, Hiérax s'introduisit encore pendant la nd
dans la capitale pour prendre de nouvelles mesures, k
premières ayant été découvertes. Cette intrigue fii
croisée par une autre quiavoit le même but , c'est-à-dir
la mort de Tem^reur. Un Grec , du parti de ce prince
nommé Paraspondyle (autre que ^^cMHtat nous avod
parlé), sortit du camp pour allei|HpNrer avec M
ministres. 11 y étoit lorsqu'il vit arrîv# Hiérax , qui ffll
le reconnut pas. Devinant l'objet de cette visite, et
calculant que ce compétiteur seroit mieux récompensé
que lui , Paraspondyle résolut de le dénoncer à Canla-
cuzène.Dans celte intention, il coupa des poils do
cheval d'Hiérax , et partit avec ce témoignage de si
perfidie. Il se promettoit deux avantagea de sa démarche;
le premier étoit de s'insinuer, par ce service, dans le
bonnes grâces de l'empereur, et le second de le tue
avec |dns de sécurité pendant son sommeil. Au point d
jour , les amis de Gantacuzène le firent avertir de I
visite d'Hiérax et de sou entretieif avec les ministre
Au même instant Paraspondyle confirme leur rappor
et raconte que, dans les soupçons qu'il aveit de sa tr
hison, et voulant se délivrer de ses doutes, il Tavc
çuivî, vu entrer chez les ministres, et que, chercha
un moyen de le convaîVîrre, il s'éloil' aviso de coup
une toulTe de poils de son cheval. Il la présente <
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 5g'J
hissant son rapport. L'empereur, enseveli dans des iElexions, se consultoit pour savoir quelle conduite il |voît tepir avec Hiérax, lorsqu'on vint lui dire que la ^rnison de Constantinople faisoit une sortie. C'étoit 1^ parti d'Allemands. L'affaire ne fut pas sérieuse. Le il Hiérax reçut deux blessures légères et perdit son îval. Il fut sauvé cependant et rapporté au camp, empereur alla le visiter dans sa tente, et lui dit de îodre garde que saint George ne voulût se venger de Ép parjure et d'avoir profané son image. Hiérax répéta M seri|iens et ses protestations; mais il fut interdit piand le prince lui montra les preuves de son men- JÉDge. Se voyant découvert , il prit la fuite le soir même, J^ rendit auprès de l'impératrice, qui le reçut avec 4IB transports de joie, etiui donna les gouvernemens wavoit eus Vatace. Paraspondyle ne fut pas plus heu- Ém^. Voyant qu'il inspiroit des soupçons et qu'il étoit ykiervé, il se réfugia dans la capitale, où l'on accueil- IjHt tous les ennemis de Cantacuzène. Ce prince ne Ma pas lui-même à savoir que ses amis étoient çstonnés, et qu'il leur seroit impossible d'exécuter dans ^ momeiit le projet qu'ils a voient formé de l'introuire par la pittb^ Xylocerte, leva le camp pour se (udre à SélivrëlpToutes ces tentatives d'assassinat lui ^isolent voir qu'il n'y avoit pour lui que des dangers ^ns gloire auprès de Constantinople.
...Arrivé dans Sélivrée, il choisit trois cents soldats >oar les conduire à Iliéro, ville située à l'embouchure i^.la ni^r du Pont, et dont il vouloit s'emparer, quoiiji'il n'y eût aucune intelligence. Ses soldats dressèrent ^ échelles s^s être aperçus, et quelques-uns montèrent )n5 accident ni sans obstacles. Mais, au lieu d'attendre Kurs camarades et d'aller leur ouvrir les portes, ils se ivrèrent au pillage, comme s'ils eussent été les maîtres e la place, et perdirent par leur impatiente avidité out le fruit de la yictoîre, Le^ habitaus, ayant reconnu
SqS histoire du BAS-£M1^IR£.
le petit nombre , renversèrent les échelles , et rent avec bravoure. Il n'y eut cependant qu'u lue. Cette entreprise ayant manqué , Caiitacu route d'Andrinople. Le patriarche de Jéruss qu'un grand nombre d'évêques, se trou voient celte ville. L^empereur résolut de profiter de le pour se faire sacrer avec toutes les formali nables. Il commanda aux orfèvres de faire un d'or, ainsi que tous les ornemens nécessaires cérémonie. Les préparatifs exigèrent du ten fit au mois de mai. Cantacuzène fut cou Lazare, patriarche de Jérusalem , le jour grecque célébroit la fête de Constantin et r mère'. Le même prélat couronna ensuite Ti Irène. On jeta au peuple dej pièces d'or et on fit des festins et des rejouissances pub n'omit rien de ce que les circonstances perm flaire. Les évéques , rassemblés à cette occasion rent sur la question de savoir s'ils dévoient dans la communion du patriarche de ConsI depuis qu'il s'étoit permis'de tenir enfermés maisons un grand nombre de prélats. Or Tunanimité qu'il falioit se séparer de bii. L ayant confirmé leur sentence , le nonftie ce fut retranché des prières publiques, et Ton ( le reconnoitre. L'armée de Cantacuzène le proclamer pour son successeur Mathieu «, so que , s'ils avoient le malheur de le perdre, ih sent pas sans souverain. L'empereur lesremer représentant combien leur demande blessoit nances^il leur dit: « Ce n'est point cony^e « d'Ândronic que j'ai pris les armes; les ma « temens dirigés contre moi n'ont en rien ait
« Cantacuzène seul donne ces dé- et le lecteur verra p; taîls. Aucun autre historien ne fait «vëncraens la cause i mention de cette prière de l'armée » cette remarque.
U'8TOIR£ DU BAS-EMPiAE. ^99
[iie je leur porte. J'ai pu, du vivaotde leur père. Ire entre les mains rautorité souveraine : je ne oint fait; il ni'étoit facile de m'en emparer à sa : je ne le voulus point , quoiqu'il en témoignât Jr dans ses derniers momens. Je n'ai cédé qu'à )rîères. Je n'ai garde de changer de sentimens *s la famille impériale , soit que je me rende re de Constantinople , soit que je fasse»un traité être reconnu empereur. Je tiend rai Jean Paléoi comipe mon collègue: je lui donnerai ma fdie arîage : si cette union ne peut avoir lieu , je troud'autres moyens de confondre les intérêts et de lire toute inquiétude ombrageuse. Vous voyez e ne puis vous accorder ce que vous me demandez, eroit aller contre mes principes que de m'asso* mon fils. Les empereurs ne viennent pas comme lantes ; il faut que l'ancien meure avant qu'on en un nouveau. Oui, je le jure, si tous les peuples ient s'offrir à moi , si tous les rois me donnoient couronne à condition que je sacriâerois Je<in ologue, je préférerois la plus extrême misère et la lite la plus obscure plutôt que de régner sur tous lommes à une condition aussi criminelle. Je suis m dans ce devoir non-seulement par mon respect a reconnoissance pour le père, mais encore par istice que je dois au fils, qui, dans un âge foible et . l'innocence de cet âge, n'a pris et n'a pu prendra me part aux persécutions dont je suis l'objet. Si I aviez jamais la coupable intention de recoure un autre que ce jeune prince, sachez d'avance » bien loin de vous secooder, je m'y opposerois de les moyens qui seroient en mon pouvoir. »
[ue celte résolution exprimée avec tant d'énergie riât l'arniée , elle ne put refuser à Cantacuzène lUt de son admiration et de son respect, i de temps après son couronnement, Cantacuzène ^
;«pprît des dvénemens désastreux qui lui caiisèren douleur d'autant plus vive qu'il eu ctoit ou la c ou du moins Toceasion. 11 s'agit de Thessaloiiique cuinmerçonle et populeuse , où , dans des temps de la tranqiiillilé étoit souvent troublée parce qu'elle fc'rmoit toujours dans son sein des esprits factiei remuans. Elle pouvoit moins qu'une autre éch aux désordres qui désoloient l'empire. Le grand-d avoit coniîé le gouvernement à son Cls Jean ApoCa qui se distinguoit par une modération dont son ne lui donnoit pas l'exemple. 11 ne favorisoit ni m sccutoit les partisans de Cautacuzèuc ; mais , par impartialité même, il ne pouvoit manquer de (iq à ses ennemis. Ces derniers étoient iioadireux et sans, parce la fureur qui Icsanimoit sans cesse aji à leur force. Couvrant cette fureur du nom de zèl se faisoient appeler tes zélés ^ recevoienl parmi eu) les bandits qui se présentolent , et les gens perdus ti baucbe. La seule condition nécessaii-e p'jur i-ivs'. z dans celte troupe étoit la haine contre Temperci leur lele éloil Michel Paléologuc , fier d'un noni déshonoroit en se faisant le chef d'une pareille b Non content dtî partager Tautorité avec le gouveri il lachoit de l'attirer tout entière afin d'en jouir seid. N'osant cependant prendre les armes contre cause du grand-duc, (pi'il craiguoit, i I agissait sourdt et renipla^^oit l'audace par la ruse. Jean A[)ocauque, cet envahissement rendoit Paléologue odieux, ne v< point employer drs moyens violens contre lui, a cai la populace, que son rival remuoit àson gré. Bienc de ne pouvoir l'arrêter dans ses prétentions, il v le seul moyen de recon(piérir sou autorité étoit défaire de Michel. Pour y parvenir, il gagna l'alL des [principaux habitans de Thcssalonicpie et de qui avoiont de raltachement pour (>aulacui'.t»ne. l'aigrlrinî davaiiîaijr, et par Icurt proiî'jicl Icuriin!
HISIOIRE DU BA5-SMPI&E. 4^^
Kmcntèrent sa haine contre Paléologue. La plupart soient éprouvé , de la part de ce dernier , ou du parti Pffit il disposoit , des mauvais traitemens : quelques-nm |loient été mis en prison ; d'autres bannis ou proscrits , ^ n^étoient rentrés qu'en faisant des sacrifices : tous fnpiroient la vengeance ; on résolut de le tuer. Celui 1^ avoit le plus souiîert de Tinjustice de Michelse charea de Texéculion. Apocauque les rassemble dans une paison écartée , leur fait cacher des armes sous leurs il^bils; et, ces mesures prises, envoie inviter Paléo- ^ue à se rendre auprès de lui sans délai pour se conlÉrter ensemble sur un objet d'intérêt général très-urgent. mn avoit choisi cette maison afin d'éviter que le peuple ^ se soulevât dans le premier moment. Paléologue , ^i savoit que le gouverneur le craignoit, se trouve au licndez- vous avec un très^petit nombre de gens, parce Hp'il n'avoit aucune méfiance dans sa sécurité ; il s'ex* ftvime avec humeur et tient un langage propre à révolter ^ocauque et ceux qui formoient cette espèce de con- Mil. Ces derniers répliquent p^r des paroles piquantes, ^n de rirriter davantage. Michel les menace; et comme ^lisqu'alors tout avoit plié devant lui , étonné d'une réiistance toute nouvelle, il conçoit des soupçons, et veut fe retirer. Mais celui qui s'étoit chargé de le tuer le joint •u moment où il sortoit de la maison, lui passe son 9^bre au travers du corps , et Tétend sur la place. A "rette nouvelle, les zélés se cachèrent au lieu de pren<lre ^ armes. Le peuple même, qui conunençoit à se fatiguer de la conduite impérieuse dePiiloologne,ne remua 9oint.Il ne prit aucun intérêt à ses p<irlisans parce que, Jepuis quelque temps, ils exerçaient dos vexations tlunt OR peut se faire une idée par celle-ci. Ils tenoient le soir, au coin des rues, des tonneaux, qu'ils enviroinioieut de torches. Tous ceux qui passoient étoient obligés de s'arrêter pour proférer des injures contre Cantacuzène ,sous peine d'être plongés dans l'eau. Comme personne ue
HÏST. DU BAS-EMF. TOM. XI. 26
refusoit, ils ne pouvoient se donner le spectacle qn^ cherchoient. Alors ils exigèrent qu'on tint un lao qui ne coiitoit rien ; ils prenoient au collet ceux qo' ne connoissoient pas , et les plongeoient dans les i neaux, en disant qu'ils les baptisoient de nouveau, amis bu parens des gens qu'on maltraitoit ainsi pri fait et cause pour eux, et tombèrent sur les zélés; manière que , lorsque ceux > ci se cachèrent à la m de Paléologue , croyant avoir contre eux un pai formidable , ils ne trouvèrent aucun appui dans
Apocauque, débarrassé de son flval , donna beavicon|l^^ d'influence aux amîs de l'empereur, et, renonçântîi-^, son système de modération , épousa chaudement Icurst^,^ intérêts , et devint persécuteur à son tour. Il ne senlill^^ point assez que dans une grande ville de commerce il fl^ç a toujours une masse de citoyens fort indifférens auxl^ querelles politiques. Il agit contre les zélés, envoya jusqu'à Platanion pour en arrêter quelques-uns; il enY^ chassa d'autres ; il en fît mettre en prison. Les plus obscurs, les plus dangereux et les plus coupables échappent toujours à ces mesures. Comme le parti des zélés étoît composé de tous les partisans de l'impératrice, il y avoit nécessairement des gens riches. Plusieurs ne furent pas ménagés. Apocauque craignit ou d'avoir trop laissé faire , ou d'être allé trop loin. Il se retira dans la citadelle , où les amis de Cantacuzène continuèrent de le voir avec la même liberté , et de lui confier leurs projets ou leurs pensées. Quand il sut leurs secrets, il taxa les plus riches, qui payèrent l'amende pour éviter luie condamnation plus grave. Cantacuzène, en rendant roinpte de cette conduite, prétend que, dans le fond du cœur, Jean Apocauque lui étoit dévoué ; qu'il ne faîsoît semblant de suivre le parti de l'impératrice que dans la crainte que son père ne lui enlevât le gouvernement de Thessalonique, ou même ne le punît sévère-
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. /|û5
ment, car il savoit qu'il étoit implacable; enfin qne^ ^r cette dissimulation , il se mettoit à Tabri de sa colère M trouvoît le moyen de remplir ses coflFres. Cependant il en avoit trop fait contre le parti de son père pour ïue celui-ci ne reçût aucune plainte. Quoi qu'il en soit, 'a mort d^Apocauque le délivra de ses craintes et le renlit niait re de ses actions. Il en proBta pour se déclarer ïi faveur de Cantacuzène. Dès qu'il fut instruit de la Qort tragique du grand- duc , il envoya des députés à 'empereur pour le reconnoître, lui déclarant qu'il le egardoit connue cligne seul de Tenipire, non-seulement cause de ses grandes qualités , mais en dédommagement les injustices qu'on lui avoit faîtes; qu'il avoit depuis ong-temps le dessein de passer dans son parti , mais qu'il ivoit été retenu par la crainte de son père ; qu'il saisissoit îividen.ent l'occasion d'exécuter ce projet , et le faisoit avec d'autant plus de plaisir, qu'en se donnant à lui il loi donnoit la ville de Thessalonique, la seconde de l'empire; enfin qu'il le prioit d'en venir prendre possession au plus tôt , afin de n'éprouver aucune difficulté. Après avoir fait partir ces envoyés, il assembla les habitans pour leur proposer de se rendre à Cantacuzène. Tous acceptèrent, même George Cocalas, qui s'étoît Paît remarquer par son inconstance depuis le commencement de la guerre, en changeant alternativement d'opinion et de parti; et même encore André Paléologue, l'un des ennemis les plus prononcés de l'empereur y ;rand partisan de la faction des zélés, mais nioins em- 3orté qu'eux , et qui , pour ce motif, fut épargné orsqu'on agit contre cette faction. Quand la résolution le se rendre eut été prise , on s'occupa de choisir des mibassadeurs pour députer vers Manuel, fils de Cantacuzène. Ce prince étoit alors à Bérée , où son père 'avoit envoyé pour gouverner la ville et recevoir ioutes celles du pays qui voudroient se soumettre à 'empereur. Ses pouvoirs étoient même illimités , et
4o4 HISTOIRE i>n bàs-empire:
son père Tavoit laissé maître d^accorder toutes 4tf . grâces qui lui seroîent demandées. Nicolas Cabasiifl/ et Pharmace, ayant réuni tous les suffrages, se présentdr devant Manuel pour remettre les clefs de Thessaloniqi»j,j et solliciter pour les habitans de cette ville une exem||': tion des impôts et des charges pour les plus considérj râbles des gens de guerre , et des récompenses pour li autres. Manuel ne crut pas devoir contester aucune de) conditions , et, leur accordant tout de bonne grâce, il leur exprime le désir de faire ce qui dépendroit de luil pour leur plaire et gagner leur affection. Au retour de$|^. ambassadeurs , Apocauque rassemble les Thessalonici pour leur faire part de la réponse du prince. Tousà|hplaudîrent au récit que firent Pharmace et Cabasilai de ce qui s^étoit passé et du réstiltat de leur mission.
Cocalas et Paléologue seuls témoignèrent du mécontentement. Le dernier, jaloux de ceux à qui Ton promettoit des récompenses, et plus hardi que son collègue, causa assez de trouble dans rassemblée pour empêcher qu'elle ne prît aucune détermination. Il en sortit pour s'emparer de la porte située du côté de la mer. Ce côté de la ville n'éioit habité que par dus matelots, des pêcheurs et des ouvriers. Les matelots, élevés militairement, faisoient la principale force de Thessalonique. Intrépides et cruels, on les voyoit toujours à la tête des exécutions sanglantes et des séditions. La foule les suivoit toujours, parce qu'il falloit avec eux, lorsqu'ils se révoltoient , être complices ou vîclimes. André Paléologue, leur chef, s'étoit concilié leur dévouement et leur respect. Il ne réclamoit jamais en vain leur appui. Us parurent au premier signe pour le défendre ou le seconder. Cocalas, qui partageoit les sentimens d'André, et qui avoit des prétentions sur le gouvernement de la ville, imagina de tendre un piège à Jean Apocauque, dont il se plaiguoit amèrement, prétendant qu'il lui avoit fait manquer un mariage avantageux. Apocauque
5 vouloît pas armer ouvertement; il perdit des momens T^cîenx en conférences, oubliant ou ne sachant pas l'avec des gens comme ceux qui se révoltoient il falloit Jir. II donna le temps aux zélés de sortir de leurs i-vernes, bien déterminés à se venger d'une manière rrible <Jes traitemens qu'on avoil fait éprouver aux «.irs, et de la contrainte dans laquelle on \e9 tenoit. Ils ^citèrent le peuple et le rendirent furieux. Les citoyens •mes et les soldats formoient toui» ensend)le un nombre a huit cents. Ils se croy oient déshonorés s'ils ëtoient ^.incus par des matelots : mais il ne s'agissoit rien ioins que de la vie. Apocauque , ^ntinuant de se srcer du fol espoir d'accommoder les affaires , députe ^core une fois vers les rebelles, et leur envoie un capifcine nommé Cotéanitze. Avant qu'il eût ouvert la ouche, les zélés, qui ne vouloient que le pillage et on la paix, s'élancent sur lui, le frappant de leurs ànces et de leurs épées. Sa cuirasse le garantit ; il ne Mi blessé qu'à la main, et se sauva. Jean Apocauque, Quiant punir celte insolence , résolut d'attaquer les latelots et les zélé5. En ne perdant pas un instant il uroit pu les vaincre, parce que les rebelles n'avoient oint encore excité le peuple. Mais Cocalas, qui les rotégeoit, détourna le gouverneur en lui promettant e faire une tentative auprès de Paléologue, et réponant du succès. Ce n'étoit que pour donner à celui-ci i temps de grossir et former sa troupe. Apocauque >niit l'attaque au lendemain. Il passa la nuit sous les rmes devant la citadelle, avec ses huit cents hommes, endant que Paléologue dressoit les matelots et les zélés. >n ne voyoit sur le bord de la mer que flambeaux allu- |és; on n'entendoit qu'un mélange confus de cliquetis 'armes, de cris, de bruits de trompe. Plus silencieuse, i troupe d' Apocauque étoit rangée en bon ordre, bien ésolue d'en venir aux mains, espérant qn'une partie Il peuple combat troit avec elle, et certaine de trouver
4o6 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
une retraite sûre dans la citadelle. Elle comptoit plus sur un secours de Bérée, parce que, dès quePaléo-;! logue eut pris les armes, on avoit envoyé prévenirvlBy i lyianuel, fils de Cantacuzène, en le priant d'amener du secours ou d'en envoyer. Pendant cette nuit, Cocalas passoit de Tun à Tautre parti, sons prétexte de réconcilier les deux chefs , mais dans Tintention de lei animer davantage, et de rendre compte à Paléologoe desi mesures que prenoit Apocanqne. Il parvint mémel|> à corrompre les officiers de celui-ci, et leur fit promettre |c de refuser de se battre au moment où rengagement auruit lieu. Quan^il eut obtenu cette promesse, il leva le masque, se déclara pour le peuple, et se mit à sa tête pour combattre Apocauque. Dès qu'on fut, de part et d'autre, à la portée du trait, les officiers s'écrièrent qu'ils ne vouloient pas tuer leurs compatriotes, et qu'il falloit se retirer dans la citadelle. Les soldats approuvèrent ce conseil , et se mirent en devoir de l'exécuter. Vainement Apocauque leur fit voir que le terrain éloit favorable à la cavalerie ( car presque tous éloient montés); vainement il invoqua le devoir et Thonneur, mêlant les prières aux menaces : tout fat inutile- Ils persistèrent à répondre qu'on devoit préférer la défense à l'attaque, quand on n'avoit d'autre ennemi que ses concitoyens. Entrés dans la citadelle ils refusèrent de monter, disant que rien ne les obligeoit à tuer les Tbi'ssalonirîens, ni à se faire tuer par eux. Ne doutant plus de la trahison, Apocaucjue voulut s'enfuir avec quelques-uns de ses amis; mais Stratigius, Tun des principaux zélés, s'étoit emparé des clefi de toutes les portes de la ville. Apocauque, s'étant présenté à celle qui donuoît du colé du port , et l'ayant trouvée fermée, ordonna aux habitans de la rompre. Ils lui dirent que, puisqu'il avoit attiré le peuple contre eux, ils s'occupoient <lu soin de se défcn<lre, et n'avoîent pas le temps de venir à son secours. Il parvint cependant à se cacher
BI8TOIE£ BIT IbAS^ÏlIPTAt. ^tfj
ndani le pillage ; mais il fat découvert et mis en pri« 3. I^e lendemain, an point du jonr, il arriva des lupes fie Bërëe. Dès qu'elles snrent ce qui à'ëtoit ssé, elles pillèrent le pays et retournèrent sur leurs s. Ainsi le fils du grand- duc se perdit pour n^avoir pas îsi rinstant de la possibilité. Plus t6t , il battoit Paléo- ^e en prévenant Tarrivée des eélés ; plus tard , il Mt secouru. Vers le mi lien de la joamée on répandit bruit que les prisonniers s'étoient rendns mattres de citadelle ; qu'ils avoient égorgé la garde , et se dispoient à faire entrer des tronpes étrangères. A cette luvelle , inventée par les zélés pour avoir occasion de er les détenus, et plus particulièrement Apocadque, populace, ivre et furieuse, se rassemble. Les bour* ois, effrayés, craignant pour leurs biens et pour lenr e, ofiFrent d'obéir à cette multitude, en reçoivent rdre d'aller chercher les prisonniers et de les jeter du ut des murailles. On les amène après les avoir 44^ uillés de leurs vétemens. Apocanqne fut jeté le pre- [er. Il tombe sur ses pieds, et reste ainsi debout posé aux regards de la popnlace, qui, croyant voir ns cette chute invraisemblable la protection du ciel t )soit en approcher. Elle auroit respecté ses jours; lis un zélé, traitant la pitié de foibiesse', s'avance et inche la tête d'Apocauque. Les autres s'acharnèrent r son corps, qu'ils percèrent de coups, quoique privé vie. Le plus grand nombre des prisonniers furent tmde la même manière. A mesure qile les zélés pronon* ient leur nom on les précipitoit du haut des murailles. 1 les achevoit, si la chute n'étoit pas mortelle , et même mntiloit leurs cadavres. Cette sanglante expéditiim levée, la populace, dont la rage n'étoit point a$son«- !, se répandit dans la ville, entra dans les maisons iir y commettre de nouveaux massacres. Elle n'épara même pas celle de Cocalas, devant laquelle elle se fsenta pour demander Phsfrmace) son beau-frère,,
4Ô8 BisToims lur BAs-ncvTvt:
ipi s'y ëtoit rëfqgië, compta^it trQuverun,ânIeclua1 des chefs des factieux. Qo vouioit le punir de la fai doBl iiavoit joui prèsd'Apocauque.Pourle sauver,il roit fallu des vertus que n*avoit point Cocalas. Il le I' lui-même, et le vit égorger sous ses yeux. Cantacna a transmis des délai U sur la barbarie des Thessah ciens dans ce massacre. Ils la portèrent au point c partager les membres des victimes, et Tun des boom mangea de la chair humaine. Il y avoit dans le por vaisseau qui appartenoit à Cantacmène; les zëk coulèrent à fond et noyèrent Téquipage.
Mathieu, ftls atné ck l'empereur, qoe son père i
laissé en Thrace pour reprendre les villes qni s'éit
soustraites à son obéissance, eut des succès qui i
mèrent le courage du parti. Ce jeune prince , étant a
qu'Hiérax marchoit à la tête d'une partie de la g;
son de CV)nstantinoplé, s'avança contre lui, le l
complètement, et se vit au moment de le prei
Cette victoire ramena du monde sous ses drapeau
fit rentrer plusieurs villes dans sa puissance. CanI
zène ëtoit à Sëlivrée, ne perdant point de vue Cou
tinople. Il négocia de nouveau avec les amis qu'il
dans cette capitale ; mais , ayant appris d'eux q
moment n'étoit pas encore favorable, il ajourn
projot. Dans le même temps son ami, le sonvera
Smyrne, éloit obligé de se défendre dans cette île
puis la séparation des deux églises, les papes a^
coutume de nunmier et de sacrer un patriarcl
Constantinople, qni ne portoit qu'un vain titre, ce
les princes d'Europe à qui l'on voyoit prendre
d^empereur des Grecs. Les souverains pontifes pi
doient que la ville de Constantinople ayant aut
relevé de leur puissance , ce seroit de leur part r
noitre qu'elle auroit eu le droit de s'en affranch
renoncer au leur, s'ils ne nommoient pas un palri;
ï^n conséquence il y ayoit en Italie une successi
HISTOIRE Dr BAS-SHPIRC 4^
riarches de Constantinc^Iê; et comme dans cette vitale on en vît quelquefois troU, et sonvent deux à Pois, parce qu'on les dëposoit^ ou qn*ils étoient forcisse réfugier dans un couvent , le siège patriarchal it loin de manquer de titulaire. Celui que le pape loit de nommer et de sacrer, prëtendafità son tour ^il avoit des droits sur les églises qui relevoicnt de ce ge j forma le projet d'aller prendre possession de celle Smyrne, et de profiter <les troupes qui setrouvoîent bord de douze galères sous le commandement d^i :>itaine Martin. Arrivé dans le port, le prélat lui fait rt de ses intentions. Martin et les autres commandans %t de vains efforts pour le détourner de cette entreîse , dont ils lui représentent la témérité. Le patriarche în tient compte, et les entraine. Il entre dans Téglise ns obstacle , et , pour en prendre possession , y célèbre i saints mystères au milieu des troupes italiennes, nir, averti de ce fait , arrive avec son armée. Les Itans se sauvèrent dans la citadelle. Le patriarche (iit assacré près de Tautel , revêtu des orn^mens pontifiux et dans l'exercice de ses fonctions. Martin et pluîurs officiers éprouvèrent le même sort. Si le sultan eût pas été dans Pile, les Latins s*en seroient probaement emparés. La facilité d^une entreprise de cette pèce, et le voisinage de Sarcane , empéchoient Amir ; voler au secours de son ami , et le forçoient de rester ms ses états.
La prise de Hle deChio qui eut lieu à cette époque, it, par ses suites, sur les affaires de Cantacuzène une ifluence avantageuse pour ce prince. Trente-deux noies génois ayant équipé plusieurs galères à leur frais, lerchoient à former un établissement qui les mit à ibri des factions dont leur patrie étoit agitée. L'île de hio sembloit leur offrir toutes les conditions qu'ils déroient ; mais il falloit en faire la conquête , et pouvoir conserver. Ils combinent une attaque en règle, et font
4lO . ^ HI8T0ia« nV ÉA8-SM.FIftC«
jouer un grand nombre de machinea. Les Grecs se fendent avec courage, et l'espoir de recevoir des de Constant inople leur fait prolonger leur Pressés par la faim, ils furent obligés de se re L'impératrice f qui manquoit de marins, d^argent' de vaisseaux,- ne put préserver cette ile importante, V^ s'affligea de sa perte. Pour plaire à cette priacesse , oeif '^ qui gouvernoient équipèrent un petit nombre de seaux pour porter des vivres aux habitans , ne point encore qu'ils avoient été forcés de capituler. F séolate, beau-frère de Cinname Mystique, commai doit cette expédition. Ayant appris la reddition de Vtk il revint , et rencontra un vaisseau marchand de Gê richement chargé , facile à prendre parce qu'il n'étoit' point armé. Phaséolate l'attaque, s'en empare, le pille et passe Téquipageau fil de l'épée. Les Génois de Galata, indignés de cette action , se rassemblent , déclarent Pha* séolî^te leur ennemi personnel , le mettent hors dn droit des gens , et promettent une récompense à celui qui leur apportera sa tête. Soupçonnant que le gouverneur avoit secrètement approuvé sa conduite, ils arrêtèrent qu'ils cesseroient à l'instant même d'approvisionner Constantinople, et décernèrent des peines contre ceux d'entre eux qui fourniroient une seule mesure de grains à cette capitale. La cour, menacée de la famine, fit restituer aux Génois ce qui leur avoit été pris^ leur donna tous les dédommagemens qu'ils exigeoient , et renouvela les traités passés avec eux; mais ils ne se calmèrent qu'en se réservant le droit de punir Phaséolate. Ils prièrent souvent rimpératrîce de le leur livrer , et , dans chaque circonstance, ils renouveloient leurs prières , y mêlant quelquefois les menaces. Phaséolate partageoit avec Âsao eV Cinname le gouvernement de l'état , et dirigeoit plus particulièrement la guerre contre Cantacuzène. Lin^^ pératrice, qui l'aimoit et le croyoit dans ses intérêl^s n'écouta point la demande des Génois. Elle se trouvo
Sun grand embarras, parce qu'elle ne vouloit point ipre avec les ennemis de celui qui jouissoit de toute jnfiance. Elle cherchoit des voies d'accommodement» iiettoit de leur faire justice lorsque les affaires le lui uettroient. Elle instruisit Phaséolate de toutes les larches des Génois, et Taverlit de veiller sans cesse sûreté, parce que ses ennemis éloient capables de . Phaséolate profita de l'avis pour &e former une le particulière, chargée exclusivement de sa perle. Nous verrons bientôt l'usage qu'il en fit.
4ia UISTtoïUS :i>to BAS-£lfP1RS.
, LIVRE CENT-HUITIEM
». i546. JL/'iMPÉRATRiCE, voy ant qne la plupart des vîll Tempire avoieht reconnu Cantacuzèue, et quecel pire étoît réduit pour elle à la possession de la cap chercha des alliés. Elle ne pouvoit plus s'adressi crâle de Servie, qui, en prenant le fastueux titre c pereur des Grecs , annonçoît assez ^intention de pr de la guerre civile pour le devenir tout-à*fait. La fa avec laquelle le roi de Bulgarie ronipoit les trait passoit crun parti à l'autre n'inspiroit aucune fiance. Dans cet eniharras, la princesse Anne eut re à Basilica , prince de Carbone, et lui députa des bassadeurs qui furent très-bien reçus. Basilica d mille hommes , dont il confia le commandement à frères nommes Théodore et Tomprotitze. En côU les rives de la mer de Pont, ces deux officiers pei durent aux habitans de plusieurs places de se ren l'impératrice. A leur arrivée, la princesse les co ^'honneurs. Elle maria la fille du grand-duc Apoca à Tomprotitze , qu'elle fit général en chef de Ta grecque. Ce nouveau général partit sans délai s'emparer de Sélivrée pendant que Cantacuzène é Didymotique. Facrase sortit à la lête de la garn attaqua l'ennemi , et les battit complètement i d'arriver à Sélivrée. Tomprotitze, ne connoissan le pays , mena sa cavalerie dans des vallons plant vignes: ce fut la principale cause de sa défaite. La part de ses gens furent faits prisonniers : lui-mên s'échappa qu'avec peine, et revint honteux dans U pitale. Il y resta : son frère partit avec les débris i troupe.
mSTOl&E DU BAS-EMPIRE. 4^^
La promesse que l'empereiir avoit faite au sultan de ithynîc de lui donner sa fille en mariage éloit resiée ns eflFet , soit par suite de la juste répugnance que le înce devoit éprouver, soit que les événement n'eussent •înt laissé le temps de consommer ce projet. Quel que it le motif, Orchan revint à la charge, mêlant aux stances les plus vives des expressions qui pouvoient re craindre un nouvel ennemi plus puissant que les très , s'engageantà servir Cantacuzène, non conmie L allié , maïs comme un fils. L'empereur rassembla » officiers les plus renommés de son armée, et les con- Ita sur cette alliance : tous eu reconnurent Tutilité. ; prince voulut avoir l'avis d'Amir , aux yeux de qui i objections et les scrupules qu'auroient pu raisonnaement avoir les Grecs n'avoient aucune valeur. Amir ugagea vivement à conclure, lui faisant voir les avanges de cette alliance préférable à ceux que son ami pouit retirer de la sienne. En eiïet , par la proximité , le Itan de Bithynie pouvoit envoyer ou conduire à son lié des secours prompts et faciles ; tandis que celui de ^die , séparé de son ami par de grandes distances , itouré d'ennemis , n'avoît , d'après toutes les cîrcon- ^nces, que des secours tardifs, insuffisans, à lui donîr. Amir, dans sa lettre , cita plusieurs exemples qui îvoient déterminer Cantacuzène , en lui rappelant que is empereurs avoient donné leurs filles à des barbares, ntre autres il citoit Andronic , qui sacrifia un enfant i dix ans au craie de Servie, quoiqu'il eût passé l'âge ! la maturité. L'empereur admira la modestie d'Amir» li lui avouoit que les ressources qu'il trouveroit dans sultan de Bithynie lui seroient plus avantageuses que :s siennes. Il envoya des ambassadeurs au sultan pour li annoncer le consentement qu'il donnoit à son ma- ^age, et le prier d'envoyer une escorte pour protéger » fille pendant sa route. Orchan, transporté de joie, I équiper trente vaisseaux , qui transportèrent dans la
Tlirace Télite de sa cavalerie avec les principaul nation. Sëlivrée fui choisie pour le lien où la cérën devoit se faire , et les princes s'y rendirent , cbaci son côt^. On éleva hors de la ville un trône d'où h de Cantacuzène pût être vue de tout le peuple, l'usage suivi par les empereurs lorsqu'ils marioient filles à des étrangers. Auprès de ce trône une teni dressée pour l'impéfatrice Irène et lés femmes suite. Théodora (c'étoit le nom de la jeune prioc se plaça sans être aperçue , parce que le trône étoi vironné de rideaux de soie et d'or, qui se relevère draperies , et l'exposèrent à tous les regards dans sa parure, au moment où la cérémonie comni Autour étoient des eunuques, un genou en terre, pc chacun un flambeau. L'empereur seul étoit à ch tous les autres dignitaires ou généraux se tenoien bout. Une musique nombreuse et composée des meil iustrumens ^/ eniendrt, dit Cantacuzène, la agréable harmonie dont Voreille des hommes puiss charmée 9 et fut mêlée d'hymnes et de chants. La monie fut terminée par un festin auquel assistère: envoyés d'Orchan. L'empereur traita l'armée c Turcs pendant plusieurs jours. Ensuite il remit sî aux ambassadeurs , qui la conduisirent à leur m Cantacuzène représente sa (îlle conservant à la co sultan la pureté de ses mœurs et la foi d^e ses p résistant non-seulement aux efforts que l'on fit poi faire embrasser la religion de Mahomet , mais co tissant plusieurs Turcs à la sienne ; n'usant de son i que pour faire du bien. Il semble que , par ces él il ait voulu tâther de faire oublier ce qu'avoît de quant , sous plus d'un rapport , un pareil niarlag yeux des Grecs , qui traîloient de barbares les f nations, même celles qui avoient reçu le Christian Les villes d'HéracIée et d'Âmastris , situées s Pont-Euxin, prévoyant que Cantacuzène triompl
ilISTOIRE DU BAS-EMPIRË. 4^^
t ses ennemis , songeoient à se soumettre à son obéisoce : mais , comme c'étoit moins par attacliement mr ce prince que par îles motifs d'intérêt , elles vourent s'assurer de sa situation , et voir si elles ne coulent aucun risque. En conséquence, elles envoyèrent ux espions pour reconnoître la puissance de Tarmée, firent un singulier choix. C'éloient un moine et un être. Arrivés à Sélivrée , ils logèrent chez Contophre, li particulier du protosébaste. Il les conduisit à Temreur, en lui rendant compte de l'objet de leur mîsm. Le prince leur permit de tout voir, et donna des dres pour qu'ils n'éprouvassent aucune difficulté dans ir recherche. Il leur lit même des présens. Cet accueil fut sa récompense. En sortant du palais ces envoyés iicontrèrent un homme qu'ils avoîent vu chez Cinnie à Gonstantinople ; et le montrent à Godefroi mnie un personnage suspect dont il falloitse défier. ir cet avis , Godefroi le saisit au collet; et , dans le ibat de cette action , il aperçut sous les vétemens de l homme un poignard dont la pointe étoit très-aiguë, accompagnée de deux crochets qui, dans l'examen que )n en fit , se trouvèrent frottés d'un poison subtil, orsqu'on l'interrogea sur l'usage qu'il vouloit faire î ce poignard , il répondit que , séduit par ceux qui luvernoient Gonstantinople , il étoit venu pour assasner l'empereur ; que depuis quinze jours il n'en avoit ouvé qu'une fois l'occasion , mais (fu'un mot du •ince la lui avoit fait manquer. Alors il raconta l'ayant réussi à s'introduire dans l'appartement de antacuzène un moment après son coucher , toutes les iinicres furent éteintes par un coup de vent : voulant •ofiter de ce moment et de l'obscurité, il s'étoit ap~ oché de la couche du prince; mais qu^ l'entendant ononccr ces paroles , que personne ne m'approche , r J'ai un poignard ^ il avoit craint d'être découvert, s'étoit hâté de sortir. L'empereur avoit effectivement
4l8 UISTOIHE DU BAS-CMPIftt*
et bestiaux. On publia qu'ils tn agissaient ainsi d les ordres de Cantacuzène* 11 se défend de cette i patiôn^ et prétend qu'il avertissoit toujours les Sei «t les Bulgares de l'arrivée des Turcs , afin qu'ils pr leurs précautions contre les barbares.
De toutes les manières de combattre Cantacuzè de se défaire de ce prince, l'assassinat étoit le phi le, plus commode, et le moins coûteux. Si l'as manquoit son coup, on ne se croyoit point obli tenir ses promesses , en supposant qu'on le Isiissâ puni : s'il immoloit sa victime, les récompenses et toujours au -dessous de l'avantage que retiroient qui employoient un si odieux moyen. Le minii voyant la cause à peu près perdue, et Timpossibil faire la guerre à force ouverte , chargea Monoro* neveu du grand-stratopédarquc^ du soin de tuer tacuzène. On fit de nouvelles combinaisons. Le p fut choisi comme faisant courir moins de risques gent qu'on employoit. Monomaque devoit aller tn l'empereur, lui déclarer qu'il éloit suborné pour! poisonner, lui remettre le poison, s'insinuer da bonnes grâces, et l'empoisonner ensuite. Telle f marche qu'il suivit conformément à ses instrud Dans cet aveu simulé d'un crime réel, il s'empor injures contre les ennemis du prince et leurs coup machinations. L'empereur le remercia d'un avis important. 11 donna l'ordre à Potomiate de prenc poison et de l'ensevelir dans la terre. Ayant oubi se laver les mains après avoir fait cette opératioi eut des maux d'estomac et de violentes coliques gencives furent ébranlées ; il perdit ses dents, et n( la <ie qu'à des contre- poisons; mais il ne fit que guir, et ne put jamais recouvrer la santé. Cantaco prétend que ces effets eurent lieu par le simple al chement de la fiole qui renfermoit le poison, tai étoit actif. Mais il est probable que Potomiate, eus
UiSTOTRE DU BAS-EMPIRB; 4^7
ir firent coiinoilre à rétiipereur, par ses envoyés ^ l pour lequel ils étoieni venus. Alors Cantacuzène^ iignant plus les autreSi fit ostensiblement des préifs pour livrer bataille. Les Turcs, qui ne voùloient yier qu'autant qu'ils lui auroient inspiré une pense sécurité , le voyant prêt, lui mandèrent ne vouIoient point se battre contre lui, mais le prioient de permettre qu'ils envoyassent touà Constantinople l'argent que leur avôit promis •ératrice, s'engageant à faire ensuite tout ce qui onviendroit. L'empereur y consentit. L^impéra-^ s'acquitta de sa dette : ceux qui gouvemoient risèrcnt aux envoyés d'attaquer par terre Sélivrée^ ant qn^me flotte grecque la tiendroit bloquée pat , et s'opposeroit au passage d'Orchan. En revenant mip, les envoyés turcs furent reconduit^ par unè^ e d'honneur, qu'ils auroient erariienée prisonnière, Gantacuzènc , qui leur dit que c'étoit lui faire tort^ e que ceux qu'ils voùloient enlever seroient bientôt 3 jets. L'armée turque s'approcha de Sélivrée. Les iers entrèrent dans la ville. L'empereur les traita nîBquement dans un lieu disposé de manière qu'ôti >it ceux qui traversoient la mer, et qu'on en étoit Quelques galères de Constantinople parurent , et lipage, ayant reconnu Cantacuzène , vint sur le ge pour l'insulter. Les Turcs courucent sur eux et lièrent plusieurs. Les impériaux, qui ne paroissoient parce qu'ils comptoient sur les Turcs, d'après leur evue, furent surpris de les voir défendre leur enai , perdirent tout espoir d'attaquer avec succès itacuzène, et se retirèrent. L^empereur, qui n'avoit s besoin de ses alliés , lés renvoya comblés de prés. Ne se trouvant point assez dédommagés du pillage, i rien d'ailleurs ne remplaçoit à leur yeux , ils firent ^ nt de prendre la roulé de leur pays, une irruptioiï )s la Bulgarie qu'ils dévastèrent, enlevant hommes
IIST. DU BAS-EMP. TOM. XI. !à*J
4l8 UISTOIHE DU BAS-CMPIllt.
et bestiaux. On publia qu'ils en agissoient ainsi d^ les ordres de Cantacuzène. 11 se défend de cette ii patiôn, et prétend qu'il avertissoit toujours les Ser «t les Bulgares de l'arrivée des Turcs , afin qu'ils pri leurs précautions contre les barbares.
De toutes les manières de combattre Cantacuzèi de se défaire de ce prince, l'assassinat étoit le plm le, plus commode, et le moins coûteux. Si Tas^ manquoit son coup, on ne se croyoit point obli tenir ses promesses , en supposant qu'on le l^aissât puni : s'il immoloit sa victime, les récompenses et toujours au -dessous de l'avantage que retiroient qui cmployoient un si odieux moyen. Le minis voyant la cause à peu près perdue, et Timpossibili faire la guerre à force ouverte , chargea Monoma neveu du grand-stratopédarquc^ du soin de tuer * tacuzène. On fit de nouvelles combinaisons. Le p fut choisi comme faisant courir moins de risques ; gent qu'on employoit. Monomaque devoit aller tn l'empereur, lui déclarer qu'il éloit suborné pour! poisonner, lui remettre le poison, s'insinuer dai bonnes grâces, et l'empoisonner ensuite. Telle fi marche qu'il suivit conformément à ses instruci Dans cet aveu simulé d'un crime réel, il s'empori injures contre les ennemis du prince et leurs coup machinations* L'empereur le remercia d'un avis important. 11 donna l'ordre à Potomiate de prenc poison et de l'ensevelir dans la terre. Ayant oubi se laver les mains après avoir fait cette opératioi eut des maux d'estomac et de violentes coliques gencives furent ébranlées ; il perdit ses dents, et ni la "iie qu'à des contre- poisons; mais il ne fit que guir, et ne put jamais recouvrer la santé. Cantacu prétend que ces effets eurent lieu par le simple al chement de la fiole qui renfermoit le poison, fa étoit actif. Mais il est probable que Potomiate, eui
HISTOIRE ÛU BÀS-EMPtRE. 4"9
rîttant de sa commission , se mît plus immëilîalement i contact avec le contemi de la fiole. Les amis de împereur le firent avertir dans le même temps de se îfier de Monomaqne, et lui mandèrent dans tous sts ;tails la mission qu'il avoit. Il fit venir l'assassin , lui it l'avis qu'on lui donnoit , et lui demanda s'il oit fondé. Il nia tout, mais sa justifirasion parut >ible : il ne prit point ce ton que donne le sentiment e son innocence. Cantacuzène se contenta de lui déindre de jamais paroître devant lui. Monomaqne ne î fit pas répéter cet ordre. Il partit en diligence pour îtourner à Constantînople.
Un incident remarquable arrivé dans ce temps tourna u profit de l'empereur. Ge fut une rupture entière ntre l'impératrice et le patriarche. Ce prélat persécuoit depuis long-temps Palamas, qu'il avoit inutilement pressé de se déclarer contre Cîtntacuzène. Vojraut ses îfforts inutiles, il le taxa d'irréligion, et soutint un noine nommé Acyndène , condamné pour sa doctrine , ît ennemi de Palamas. Ce moine accusoit publiquement relui-ci d'hérésie et d'impiété. Le patriarche le fit mettre în prison , ainsi qu'un grand nombre d'évêques qui prièrent sa défense. L'irascible prélat, accoutumé depuis le commencement de la guerre civile à régner despotîqnement avec Apocauque, exerçoit sur le clergé des actes tyranniques. Rien ne résittoit à sa volonté. C'étoît s'exposer à sa fureur que de déplorer les maux de l'état €tde désirer la paix. Beaucoup de personnes pieuses furent renfermées dans des couvens , ou jetées même dans des cachots. L'impératrice n'écouta pas d'abord les fécla m'a t ions, parce qu'elle croyoit que le dévouement »ux intérêts de sa famille étoit le motif de ces mesures arbitraires. Mais le corps des évêques écrivit à cette princesse pour l'éclairer, et lui faire voir que la plupart ^^s personnes qu'on persécutoit avec tant d'înjusticcf ^toicnt étrangères aux dissensions civiles , ne s'occu-»
4^2^ HISTOIRE DU BAS-È&I]^ifL£A
pant que des doctrines de l'Eglise; et qae la cause ▼< table des traiteniens qu'ils éprouvoient étoit pai qu'elles repoussoient une opinion erronée, proscrite dans un concile , et défendue par le patriarche. L'impi" ratrice trouva la matière assez grave pour convoquer une assemblée , et força le prélat à répondre. Les évëqnci qui jouissoient encore de leur liberté se rendirent àcc concile : ceux qui en étoient privés envoyèrent ieuravblT par écrit. L'impératrice et Jean Paléologue présidèrent « cette assemblée. Pendant qu'elle s'occupoit de doctrine , on conspiroit pour Cantacuzène. Un des officiers de la princesse, nommé Zyrace , affligé dela.^ situation déplorable de l'empire ; bien convaincd de l'innocence de Tempereur , de ses bonnes intentions; sentant que lui seul étoit capable de rétablir les affaires ^ et de bien gouverner , négocia secrètement avec les amis de ce prince , et s'entendit avec eux sur les moyens de se rendre maître de Constantinople. Il lui fit eonnottre ce projet. Cantacuzène le remercia , lui promettant toutes les récompenses qu'il pourroit désirer. Phaséo^ late étoit dans les mêmes intentions. Un gouvernement ferme le garantissoit de la haine des Génois. L'entrée de Cantacuzène à Constantinople concilioit ses intérêts avec ceux de l'état. Il se concerte avec Zyrace et les amis de Tempereur. Il falloit quelqu'un dont la discrétion et le dévouement fussent Connus pour aller trouver le prince, et convenir avec lui du jour et des moyens de l'introduire dans la capitale. On choisit Microcéphale* Quand il eut ses instructions , on le confia à un nautonnier appelé Pétrogurgure, créature de Phaséolate^ poor le conduire à Sélivrée , parce que les routes par terre n'étoient pas sûres. Par un hasard singulier, dans la même journée, les ministres envoyèrent chercher Microcéphale pour rengager à se rendre à Sélivrée , afin d'assassiner deux amis de l'empereur. Microcéphale ayant accepté cette commission , ils chargèrent le même
BlSTOIEE DC BAS^EMPIAX. 4^t
aotonnîer de le transporter à sa destination. Ce hasard eut s'expliquer par le rôle que )oaoit Pbaséolate, l'un es trois ministres, et qu'on peut supposer avoir indi- 13^ à ses deux collègues les mêmes hommes, poorjezé^ uter, Tun le projet qu'ils avoient conçu, el l'autre le ransport de l'agent choisi. Quoi qu'il en soit, Microrfphale partît chargé de deux missions contradictoires. l exécuta les instructions de Phaséolate. L'empereur ésîgaa le jour et la Porte dorée, parce qu'il étoît plus acile à ses amis de l'introduire par cette porte que par onte autre. Il partit ensuite pour Andrinople, afin d'é- ^iler tous les soupçons.
Pendant que l'impératrice présidoit le con^'»- • ;• ^fmme se présenta venant de Sélivr*^* pour avertir |ue Cantacuzène devoit arriver la nuit suivante à ^onstantinople. Il assurolt tenir cette confidence de l'un le ceux qui étoient dans le secret de Tenlreprise. La >rincesse , ne doutant point que ce ne fût ^ne ruse di la }art des partisans du patriarche, afin qu'il évitât la :ondamnation dont il éloît menacé, anit qu'on vouoit 'obliger à rompre le concile. Elle répondît que qi^nd )ien même cette nouvelle seroit vraie, elle ne se lèvroit joint de sa place. Le jour indiqué par TempereuS ce grince partit de Sélivrée, avec mille hommes f'élîte. Jn plus grand nombre pouvoit le faire découvre* et le ;êner dans sa marche. Mais , ayant pris des rtiemins fcartés, il mit plus de temps, et n'arriva que 4e lendenain du jour qu'il avoit indiqué, dai# une /nquiétude nortelle que ses amis ne lui eus3ent ouvert la porte la reîlle, et qu'ils n'eussent été surpris. Mais eux-mêmes fprouvoient le niéme sentiment , parce qu'un obstacle mprévu les avoient contrariés de manière que le même •etard eut lieu de leur côté. C'étoit le jour de l'assemblée. Jeux craintes les agitoient. Cantacuzène pouvoit être etourné sur ses pas en ne les voyant point arriver ; il tpit possible que les habitanS| avertis, fie les attendissent
en liwbttcadit. IU;pii^i«^nl à U motailk , icM obwi-vwt, te «ilMNraat, et débouchent^ ç^rÇ,
Pendant c^tU .o|iératîon, le patriarche , .convainc
profencr des «entiniens opposés à la saine docti
étoit cpndtnmé, et déposé à l'unanimité- On a en
«bU que Fempww, Instruit de cequisepassoU,
dUMBd'un îonr son.«ilrepri« afin d'être entiei*
aS^À la déposidpa du patriarche, et de ne
Z^^ Otéii^ son influence. Cette suppos
iTlnîIm^ dans^on histoure, est asj^
;on caractère, et toute sj^vie prouve qml ?acr
- -yWgn. 1?ai* las mapAres du concile se rendir
palau.0e nifi^^^twci^i q»* •anr avoil fait prepai
grand rep^^Ôe fut dans cette circonstance que Ti
reur arriva prts de la Porte dorée, où l'altepdoii
^ms* ^scovtés de la garde ûe Phaséolate , ils Fint
jiihnt dans U ville avec de# acclamations de joie.
fenUt à ses solà%ts de commettre le moindre d&
Il k arrêter sa troupe devant le palais de Por(
Çénite , délibérant sur ce qu'il avoît à faire d
conxtiîte avec l'impératrice. A la pointe du jour
versa la place pubUque pour se rendre à l'église
Vîergi, surnommée Odégélrie, d'où il revint au
L'impiratrice y faisoit des préparatifs de défens
en confn la garde h ceux dont elle connoissoit
vouemen; à sa personne- Elle envoya demander
cours aux Génoft de Galata , qui passèrent à
même sur des galères. Plusieurs soldats de Cs
xène, soutenus par le peuple, tirèrent sur en:
s'opposer à leur débaipquement. Quand les Génois
que le peuple ne paroissoit pas bien disposé pou
pératrîçe, ils se retirèrent, et ne parurent plus. I
reur resta dans l'inaction pendant cette journe
qu'il hésitât sur ce qu'il a voit à faire, soit qu'il i
j^uç la princesse Âni^e lui fit des propositions. 1
AISTOIRE BU BÀS-EMPIRC. 4^^
main il convoqua tous les évéques qui se trouvoient ins la capitale, ainsi que les membres du clergé a qui MJkTs dignités et leur mérite personnel donnoient le plu» t considération. Il récapitula devant eux tous les évé-^ s mens de la guerre , fit voir qu'il n'en étoit point la itMe, qu'on Tavoil obligé de se défendre; établit un irallèle entre sa conduite et celle de ses ennemis , Ri employoient contre lui ^assassinat , égorgeoient ses :^bassadeurs, emprisonnoient ses amis et les déponil- ^ient de leurs biens : renouvelant ses protestations en ^eur de la famille impériale, il déclara que, si Tlm- Sratrice persistoit dans son aversion contre Ini , dans ^n projet de défense et dans l'intention de faire couler i sang au milieu de la capitale, il seroit innocent des laux qu'elle alloit attirer sur elle et sur ses enfans; ue, si elle refusoit les conditions honorables d'une ^conciliation, il n'ordonneroit rien de rigoureux contre lle^ ms^s en même temps qu'il ne répondoit point des 3ldats, et craignoit de ne pouvoir les retenir. Il choisit nsuite deux députés pour aller conférer avec cette prinesse, C'étoient le métropolitain de Philîppopolis et jabasilas, les mêmes qu'elle lui avoit envoyés précélemment à Didymotique. Ils dévoient exhorter l'impé-p atrice à prendre des voies de conciliation , à ne plus e laisser tromper par de fausses espérances , à lui don- 1er enfin l'occasion qu'il avoit tant souhaitée, de faire )aroitre sa clémence envers ses ennemis, et sa reconloissance pour la mémoire d'Andron.ic, en procurant à »es enfans la gloire et la prospérité. Ce langage parut, ï ceux qui l'écoutoient , si noble et si désintéressé, qu'ils avoient peine à croire qu'il fût sincère , jugeant qu'il Falloit une vertu plus qu'humaine pour demander la paix au milieu d'une capitale dont on s'étoit rendu maître après avoir conquis l'empire. Mais, en admirant :ette modération , ils ne dissimulèrent poîiit la. joie {u'ils en resseutoient.
4^ RISTOIEB DV BAS-EMPIftA
L'impëratrice ne daigna pas répondre anx amb
deurs, et les renvoya sans lear rien accorder. GanI
9ène en conçut nn violent dépit , avouant qo'il fut
de diverses pensées. Dès que sa troupe sut Tac
inéprisant qu'avoient reçu ses envoyés, elle devin
rieuse. Les amis et partisans de Tempereur, irrités c<
les ministres à cause des mauvais traitemens quUlsav
éprouvés , ne cessoient d'aigrir le peuple et de Tei
à attaquer le palais. Ils se joignirent à la troupe, et
Cantacuzène, Tasile de Timpératrice eût été enle
vive force. Mih il ne put empêcher qu'on ne pil
palais de Blaquernes. Quand ceux qui s'étoient enf(
avec la princesse pour te défendre virent qu'elle a
inieux périr et les perdre avec elle que de conse
qn accommodement, ils résolurent de pourvoir i
sûreté ; et , n'oubliant point leurs intérêts , ils i
tèrent à l'empereur pour lui demander des char
des dignités en récompense du service important
ofFroient de lui rendre. C'étoit non-seulement d'(
les portes du palais, mais de remettre entre ses ;
l'impératrice et ses enfans. Cantacuzène rejeta ces
avec indignation. Jean Pnléologue , plus prnden
sa mère , quoiqu'il n'eût que quinze ans , la su|
dès qu'il s'aperçut que le peuple couroit aux a
d'envoyer des députés à l'empereur , bien sûr <
prince ne leur feroît aucun mauvais traitement.il
que, s'il étoît dans l'erreur , il aîmeroit mieux re
la mort de lui que du peuple. L'impératrice, ce
son fils , envoya chercher Asan , beau -père de (
cuzène , et Grégoire Palamas, ami de ce prince
deux étoient en prison. Elle leur proposa d'aller ti
l'empereur de sa part pour lui demander la paix.
gés de cette mission, et supposant qu'il ne devoît r<
que la vengeance , ils le supplièrent de se contei
la gloire de les avoir vaincus, et l'exhortèrent à I
dération. l\s furent également surpris et de Vi
BISTOI&E DU BAS-EMPI&E. 4^7
ient renonce à ses droits, est-il ][e maître de remonter ^ RT le trône quand il veut , et de faire valoir des droite bandonnés par lui? Il semble, d'après le récit de Can- ^cuzène, qu'il se soit fait ces réflexions, et la marche vi'il tint pendant les deux ou trois premières années aisseroit croire qu'il en reconnut la justesse. On voit pm'il hésite, qu'il répète jusqu'à satiété les injustices .^'on lui a faites; qu'il rappelle sans cesse les torts de ^ ennemis envers lui pour justifier celui qu^il se donne, t qu'il n'ose s'avouer à lui-même. Celui qui fait ou i>utient une guerre civile est souvent force, par les circonstances, de manquer à ses principes. Cantacuzène m cstnin exemple : il appela les Turcs à son secours et eur montra le chemin de Constantinople , subissant linsi le joug impérieux de la nécessité, qui l'obligeoit ïe sacrifier sou devoir à sa conservation , et son honneur I sa\ fortune. Il croyoit se justifier, parce qu'il ne faisoit ]u'imiter ses ennemis. Mais il se trahit lui-même. On (^oit, à son langage, qu'il sentoit la foiblesse d'un pareil argument, et que la ressource qu'il employoit, favorable à l'intérêt du moment, répugnoit à ses principes. Chaque parti ne manqua pas de rejeter ^ur l'autre la honte de cette indigne alliance; et celui^d'Apocauque témoigna le plus d'horreur contre ce moyen illégal, parce qu'il n'en avoit point tiré d'avantage , tandis que Cantacuzène lui devoit ses victoires. C'étoit les payer cher. Elles lui coûtèrent encore sa fille, quil se vit contraint d'accorder au sultan de Bithynie. La peine qu'il se donne en cherchant de tous les côtés des conseils avant fle se déterminer à ce mariage , en s'appesantissant sur la conduite, les vertus, la piété de sa fille lorsqu'elle est à la cour d'Orchan, est un aveu et presque l'expression du remords qu'il éprouva. Cantacuzène eût évité toutes ces fautes, ainsi que la honteuse nécessité d'aller mendier des secours auprès du craie de Servie, si , dès qu'il eut tiré l'épée du fourreau , il s'en fut servi aa lieu d«
vouloir Vy remettre avant le temps. Si, dis le inencement de la guerre, il ettt agi avec activité, eut fini bien plus tôt , sans secours étrangers. Mais manqua, dans la première année, de fermeté, d'ënc gie, perdit beaucoup de temps à négocier avec des qu'il savoit ne mériter aucune confiance , deman< toujours la paix quand , pour l'obtenir, il falloit la guerre , et se rendant coupable à force de vertus, sagesse et la modération de cie prince n'ont point échs] au reproche de négligence et de timidité. Nous alh voir si, lorsqu'il est sur le trône, il le mérite encore. Trouvant l'impératrice prosternée devant Tirnage la Vierge, il profita de cette circonstance pour jarer haute voix, afin d'être entenjju des nombreux spe< teurs qui l'accompagnoient , qu'il n'avoit jamais riei médité contre l'impératrice ni ses enfans; que jamais n n'eut le dessein de leur enlever l'empire; que les hraSA répandus à ce sujet étoient autant d'impostures; enfii qu'il avoit été toujours dévoué à leurs intérêts. Il teN mina son discours par remercier Dieu de ce qu'il loi avoit fait voir ce jour heureux, et donné l'occasion <)( proclamer son innocence. Un langage aussi modén dans la bouche de celui que la victoire rendoit maitn des destinées de l'empire étoît fait pour délivrer l princesse de ses craintes et de ses inquiétudes. Elle para reprendre sa confiance, et tout annonça qu'on agissoi de part et d'autre avec une égale sincérité. GantacuzèiM u qui rîmpératrice faisoit préparer un appartemen &i\us Tintcrieur du palais, ne voulant point lui cause aucune gêne, choisit un petit bâtiment construit pou i\es bains par l'empereur Alexis. Pour mettre le scea ii cette réconciliation, il proposa de reprendre Tancie projet de mariage entre sa fille Hélène et le jeun Paléologue, et de le conclure. L'impératrice y donr son consentement. « Il conçut pour ce prince ( dity lui-même) une très-ardente affection, non-seulemei
HISTOIRE DU BAâ'-KHlÇIRE^ ^ig
:ause de l'étroite amitié qu'il avoit eue autrefois Lir l'empereur Ândronic son père, mais aussi à ise des belles qualités qu'on remarquoit en lui «. It }it un extérieur digne de l'empire ; il donnoit dea usages d'une future prudence et d'une vale^ur qui, r la suite des temps, se trouvèrent véritables, parce 'il égala au moins la sagesse de ses prédécesseurs^ qu'il fit ressentir à ses ennemis les effets de son irage. » Dès le lendemain , Cantacuzène ordonna l'un et l'autre parti prêteroient serment de fidélité lenx empereurs, sans différence ni distinction. Cet s faillit à renouveler la guerre. Les partisans de la ou du ministère , tous les habitans de la capitale le Tent avec joie, en remerciant le vainqueur. Mais rli opposé ne dissimula pas son mécontenfement; ioldats et les principaux amis de Cantacuzène décla*» it« hautement qu'ils ne vouloient prêter serment lui , et ne recoimoître d'autre souverain que ce prince^ uent, disoient-ils, une idée qui leur paroissoit in-^ ortable que d'abandonner à leurs ennemis le fruit victoire; que de confondre ensemble les vainqueur» s vaincus; que de laisser sans récompense les breux sacrifices faits par les premiers qui avoiej^t' donné leurs familles, leurs biens, renonçant aii s, au bonheur pour suivre Cantacuzène. Ils ne îent dans l'amnistie accordée par ce prince que li de ses amis, et dans sa facile générosité qu'un d'égoïsme, puisque le trône en étoit le prix. Ils estèrent ainsi pendant trois jours, refusant avec nation de se soumettre à l'obéissance de Paléologue. î conduite affligea profondément Cantacuzène.
teux circonstances rendent ce voit Cantacuzène , c'est-à-dire po8-
e remarquable : la première, térieurement à celle conduite. Il
la conduite que tient Jean aavoit alors si son gendre mûritoiH
3gue envers son beau-père ; et cet éloge* •nde , rëpoque à laquelle écri'
Voyant que lés «ihbrtatiofis ëtt il éttûs' ÎÈBféïi \
prières^ ioiitiles i il remplaça la ntf^t la sét
Il leur commanda de se retirer, s'iU nt ▼etiloièfit
> empereur son gendre, leur déclarant que, ne lei I
jamais fdrcës de le Servir dans le temps qn^lL étoil
heureux, il étoit loin éè les contraindre quand il
voit plus besoin de leurs services ; s'ils vefuloient l'a
donner, ils le pouvoient sans obstacle; maié, poiïn
avec luii^ ils dévoient reconnottré les deux eitopen
par€e quéc'ét<rit le seul moyen de terminer le^ diffifi
et d'apaiser les troubles. JLies principaui finirent
c^èr I et leur exemple entraina les autres. Il se trd
dans la position la plus critique ^ eiitre deux p
ayant chacun des prétentions opposées et qu'a
pouvoït satisfaire qu'aux dépens de l'autre^ Lesj
rens de l'impébatrice éprouvoient un secret mais vi
dépit de vdir letir fortune et .leur vîe eâtre leSvi
d'un homme qu'ils regardoient comme un uaurp)
Les principaux possédoient une partie des biehs c
qués et appartenant aux amis de Cantacuzène. Ce (
les leur fera-t-il restituer? Quelle conduite tiendi
pour qu'on lui pardonne s<i victoire , pour que Vi
r^trice oublie que sa couronne a dépendu de lui,
rougisse pas de la lui devoir? D'un autre côté, la!
t-il ses amis à l'aumône en présence de ceux qui 1
dépouillés, et qui sont paisibles v possesseurs de
biens? L'écueil paroissoit impossible à fuir, et lé r<
le plus vraisemblable étoit de mécontenter te
monde; résultat ordinaire ^ inévitable même poui
qu'une guerre civile conduit au trône. La premièi
sure qu'il prit fut de défendre toute recherche n
aux meubles pillés ppndant la guerre, et d'oblij
détenteurs à rendre les immeubles ainsi que les
tagfes. Les uns regardèrent cet ordre comme un d
.justice , et les autres comme une injustice positive.
HISTOIRE DU fiAS-EMPIRE. 4^1
iciizène dit qu'il trouva des moyens de soulager ceux %xi avoient été lésés dans leurs intérêts , et qu'en ôtant Insi les sujets de contestation, il rétablit en peu de ^mps la tranquillité publique. 11 ne donne aucun détail par ces moyens; et comme le trésor étoit épuisé , il est r%f&cile de suppléer à son silence. La suite des événemens fera voir s'il s'est abusé.
Il fit venir d'Andrinople Hélène et ses filles. L'impé- '^trice Anne alla les recevoir , accompagnée des deux empereurs, de la noblesse et des magistrats. Hélène, ^lle des princesses qui étoit accordée au jeune Paléo- ^«gue, fut, d'après les ordres d'Anne et de Cantacuzène^ parée des ornemens impériaux, et proclamée impératrice. Elle reçut , ainsi que sa famille, les hommages de ce penpie qui naguère lui prodiguoit les injures les plus [grossières. On fit ensuite les préparatifs nécessaires |)our le sacre, le couronnement et le mariage; cérémo- Kiies dont nous allons parler , quoiqu'elles aient eu lieu plus tard , parce que, pour y revenir , il faudroit interrompre le récit des événemens. Quoique Cantacuzène «ût été couronné à Andrinople par Lazare , patriarche de Jérusalem , il crut qu'il étoit convenable de recommencer celte cérémonie , parce que beaucoup de personnes considéroient la première comme nulle, attendu que l'étiquette indiquoit la capitale , et prescrivoit de l'y faire. A Constantinople , plus qu'ailleurs, l'étiquette devoit être, ainsi que nous Tavons fait voir , ponctuellement et littéralement observée. On fut cependant obligé d'y déroger un peu. L'église de Sainte-Sophie étoit le temple choisi pour couronner les empereurs ; mais , depuis environ un an , un tremblement de terre Tavoitconsidérablementendommagée, en renversant une .partie de la couverture , ainsi qu'une grande galerie qui 'régnoit au-dessus de l'enceinte de l'autel. Ces désastres n'étoient pas encore réparés : ils le furent plus tard. L'impératrice Anne releva la galerie, et se servit d«
43a U18T0IE£ BU BAS-£ilPift£.
l'haséolate ^ pour diriger ce travail. Cantacnzèi la couverture, et Paléologue acheva l'édifice, servit de deux excellens architectes i Astras , statopédarque ; et Jean Perraut, Latin de nati sujet de Terapire. Â défaut de l'église de Sainte*S on choisit celle de Blaquernes. Cantacuzène [ noms de Jeari-Ange-Comnine-Paléologue Cantai et se fit couronner une seconde fois, le i'5 ma par le patriarche Isidore « en présence de Timpe Anne et de Jean. Paléologue. Ce couronnem suivi de celui d'Irène sa femme. Huit jours ap mariage d'Hélène et de Paléologue fut célébré même église. La première étoit âgée de treize ans, tre de quinze. Cantacuzène observe le siletice suri qu'il étoit d'usage de donner en de pareilles sole et qui eut lieu 2t celle-là : mais un historien , mo cret que lui, nous a transmis des détails qui mon quel point de détresse on étoit réduite Les diai pierreries qu'on avoit coutume d'étaler y furen placés par du verre colorié , les coupes d'or et d par de la vaisselle d'étain et des vases d'argile ; ei brocarts et ,les riches étoffes par du cuir doi bijoux de la couronne avoieut été pris et en part portés par la veuve d'Apocauque , ou vendus et < par l'impératrice , pour subvenir aux besoins i pressans de Tétat.
L'entrée de Cantacuzène à Çonstantinople et la sion de cette capitale fit non-seulement cesser la
• Nous avons oublié de dire que plus hardits. A Tépoquc
Phaséolate étoit un Italien nommé parle, c'est-à-dire en i34;
Fasciolati, Il est probable que Per- raclb du monde , cette égt raut étoit François , et que tous deux • lèbre étoit dans une ruine
avoient accompagné l'impératrice les larmes des yeux, ( Liv
Anne ù Çonstantinople. Cantacuzène, artistes prétendent que ^
en parlant de TéglLse de Sain te- So- phie surpasse à quelifw
phie , dit que c'est un chef-d'oeui^rc Saint -Pierre de Rome y
ifui peut sen'ir de modèle aux en* qucmment Saint- Paul de treprises les plu^ magnifiques el les
HisrroîRE BU bàs-eupirÎs. 433
le, mais empêcha rcxécution des projets qiTon forit pour profiter de la division de Tempire. Plusieurs ices voisins vonloient sVmparer des villes et des pro* ^es situëes à leur convenance. Entre autres on voyoit marquis de Montferrat, petit-fils du vieil Àndronic, prélendoit avoir droit à tout rempire, et dont le père à voit disputé la possession an jeune Andronic. Ayant ns que Cantacuzène s'éloit fait proclamer empereur, |ii'il avoit pris un si grand nond)re de villes, qu'il i\ restoit que trois à rimpéralrici» Anne, c'est-à-dire >stantiiio|)le , Ainon et Thessalonique, il résolut de ir attaquer Thessalonique, prétendant y avoir plus ch'oits que Cantacuzène, qu'il regardoit comme uu Tpateur. Il étoit soutenu dans cette entreprise par son T-e le cardinal Comminges , qui lui fournissoit les <ls nécessaires, ainsi. que le pape et plusieurs princes talie. Pendant qu'il faisoit les préparatifs, Cantacule prenoit possession de Constantinople. Il y avoit is ce temps, auprès de l'impératrice Anne , un aimisadeur de Humhert , dauphin de Vienne ^ , qui ppeloit Berthelmi. Témoin d'un événement qui déloit du sort de l'empire , en réunissoit toutes les pars , et termiuoit la guerre civile , il écrivit au pape, isi qu'au dauphin , deux lettres que Cantacuzène jt u devoir insérer dans son histoire , sans doute parce ril y est l'objet de l'éloge le plus emphatique , étant gardé comme un ange envoyé de Dieu , qui lui a ïtinéla reine des vil/es. C'est ainsi que cet ambassadeur (pelle Constantinople, en écrivant , non au pape, que
I Cantacuzène ne dît point pour princesse de Savoie. Du reste, Hum-
cl objet le dauphin avoit alors bcrt avoit donné le Djiiphiné ea
ambassadeur à la cour de Con- i54"^ à Philippe de Valois, quoique
ntinople. Le peu de relations po- l'acte de doi.atiun ne soit que de
q;!es qui devoil exister entre un i34y. Il d^t peu probable quVn 1147
«-petit prince et le chef d*un grand il eût, pour un étal qui devuit être
pire fait présumer qu'Anne étoit réuni à un autre, des ambassadeur»
bjet de cette députation , non à Constantinople. nme impératrice , mais comme
HIST. DU BAS-EMP. TOM. Xî. ^8
434 HISTOIRE DU BÀS-EMPIAE.
cette expression auroit pu choquer , mais à son mattm ^ Il termine cette lettre par prier sa puissance ducaUm contracter une étroite amitié avec V empereur Jean CoA' ^ tacuzine , dont le nom signifie la grâce ; nom fiA,.^^ porte as^ec raison , parce qu'il est agréable à tout M^^ monde. Le pape et le dauphin communiquèrent leuf lettres au marquis de Montferrat , et le détournerai ,^1^ d'une entreprise que le souverain pontife a voit encoalpj.; ragée. Ce prince, dont l'armée navale étoit prête, HcoA^^ cia ses troupes : TKessaloniqne , contre laquelle eilcK^g étoient paticulièrement dirigées, se soumit à Cantaco4|^ zène aussitôt qu'elle eut apprit son entrée dans la capi-Kt taie. L \
Cantacuzènefitune visite au patriarche , qui étoiten-|,o< fermé dans la prison du palais. Il lui rappela les entre*!^* tiens qu'ils avoient eus ensemble cinq ans avant , les' promesses et les sermens faits par luî, et d'après lesquels il s'engageoit à ne pas permettre que l'impératrice se laissât surprendre par ses ennemis : il lui fit des reproches sévères de ce qu'au lieu de s'opposer aux attaques de la calomnie, comme il y étoit obligé par ses fonctions autant que par ses sermens , il les avoit secondées, contribuant à la guerre civile , persécutant sans pitié ses parens et ses amis, enfin refusant la paix avec emportement. « Du reste (ajouta-t-il) , j'ai tout oublié , et « c'est moins pour vous reprocher votre ingratitude que « pour vous faire voir que j 'a vois tout prévu , que je « tiens ce langage. Si vous n'aviez pas été condamné « avant mon entrée à Constantinople , vous n'auu riez jamais été inquiété pour votre conduite. Si « vous êtes convaincu de l'hérésie dont on vous accuse, « je ne puis vous promettre ma protection ; mais je «f vous la garantis si vous êtes justifié sur ce point , et « vous serez par rapport à moi comme si jamais vous ne <f m'aviez donné aucun sujet de plainte. Je ne m'oppo- ^< serai point à votre rétablissement sur le trône ponti-
HISTOIRE DU BÀS-EHPIRS. 4^5
m fical. » Le patriarche, surpris de cette bonté , pou voit % peine en croire le témoignage de ses sens. Se rendant ta justice qu'il méritoit, songeant à cette longue suite 9l'outrages dont il avoit abreuvé Canlaciizène , il s'atr^cndoit à des châtimens. L'espérance brillant à ses yeux , n reprit courage, remercia l'empereur , et lui demanda Te temps nécessaire pour se justiBer. Trois jours après^ ^ prince lui fit une nouvelle visite, eut avec lui une -onversation gaie , et lui demanda s'il avoit le désir de Rftire examiner son affaire. Il répondit affirmativement, déclarant que son innocence paroîtroit au grand jour. Cantacuzène fit prévenir les évêcjues , qui répondirent ^ue leur dessein n'étoit pas d'enlever à Jean d'Apry le tr&ne pontifical, à moins qu'il ne fût hérétique. Ils désignèrent le jour auquel ils s'assembleroient au palais royal pour examiner sa doctrine , et s'y rendirent avec les principaux moines et les personnages les plus considérables de la cour. Le patriarche refusa de comparoitre, $oit qu'il se défiât de Tempereur, soit qu'il ne se sentît pas en état de se défendre. Trois sommations lui ayant été faites inutilement , les évéques se préparoient à le condamner comme contumace, lorsque le prince les pria de suspendre leur délibération , espérant de le f^iire changer d'avis, en allant le trouver. Il l'exhorta vainement à tenir la promesse qu'il lui avoit faite : le prélat, obstiné, persista dans son refus. Le concile alors fit rédiger la sentence de déposition ; et comme le patriarche défendoit Topinion déjà condamnée d'Âcyndine et de $es sectateurs , opinion déclarée impie et sacrilège , ce prélat fut enveloppé dans le même anathème. Il se plaignit , intrigua , remua les esprits , réclama contre la sentence du clergé , se prétendit mal jugé , fit tant que le corps des évêques supplia l'empereur de le chasser de Constantinople , pour* empêcher qu'il ne causât dn trouble dans l'Eglise. Le prince crut qu'il étoit prudent de l'éloigner : en conséquence, il le fit partir pour Didy-*
436 HISTOIRE BU BàS-EMPI&E.
motique , où , ne pouvant se faire à un si grand chanpAlat ment de situation , il tomba gravement malade , dpér même dans le délire. Dès que Tempereur en fut insiniiljLri il ordonna qu'on le ramenât sans délai dans la capiUk,Lcc et qu'on le remît entre les mains des plus habiles méde-|,!e cins. Tous les remèdes ne firent qu'aggraver le mal , A^\ sa mort fut hâtée par la honte et le chagrin. Ainsi finhliit le patriarche , dont Télection fut une faute que devoit uim.\ reprocher Cantacuzène , et qu'il se chargea de punb lui-même en persécutant celui qui l'avoit commise; qm ne racheta point d'odieux vices par des talens , et qai ne se distingua que par son emportement, ses passions haineuses , ses injustices et sa mauvaise foi.
A peine avoit-il été déposé, qu'on ne s'entretenoit que du choix de son successeur. On croyoit que Grégoire Palamas réuniroit tous les suffrages, parce que Ton connoissoity dit Cantacuzène, son savoir, la pureté de ses mœurs , l'austérité de ses vertus. 11 se recoramandoit encore par le noble courage avec lequel il avoit bravé tous ceux qui vouloient fomenter la guerre civile, et subi une captivité injuste, longue et douloureuse. L'empereur le favorisoit secrètement ; mais, soit qu'il trouvât } que les évêques dévoient jouir de toute leur liberté, : soit que le mauvais choix auquel it avoit contribué le rendit plus circonspect et plus timide , il se promit de n'user d'aucune influence. Les évêques et les moines étoient divisés. Plusieurs de ceux qui avoient été perse- J cutés pour leuïpereur se destiuoient pour récompense I le trône vacant. Ce fut encore un motif d'après lequel ce i prince résolut de demeurer dans la neutralité la pins | absolue; enfui Isodore fut élu. C'étoit , suivant Cantacuzène, un homme d'une probité reconnue, d'une vie exemplaire, d'une capacité consommée, et d'une rare éloquence. D'autres lui reprochoient un zèle intolérant, et prétendent que ce fut ce qui lui fit perdre le sicge de Mésembasie. L'empereur ayant confirmé son élection,
HISTOIHE BIT BÀS-EMPIRE. ^Z'J
l fut sacre sans délai. Ce choix n'eut pas l'approbation B^nérale. Ceux qui avoient des prétentions sur la chaire E^atriarchale le blâmèrent hautement, «t portèrent leur ■Taécontentemenl au point de rompre l'unité de l'Eglise» ^t de s'en séparer pour se réunir à la secte d'Acyndine, ^ont ils venoient de condamner les erreurs. Dans leur '^aîne présomption , ils formèrent un nouveau schisme» ^calomnièrent Cantacuzène. Isidore comnVença l'exercice de ses fonctions par lever solennellement l'excommunication lancée contre ce/prînce par Jean d'Apry, quoique celui-ci eût rempli cette formalité lorsque l'empereur éloit allé le voir. Mais, conmie ce prélat n'étoit pas libre alors, on auroit pu contester la validité de son action , et le nouveau patriarche recommença, pour plus de sûreté.
Orchan , voulant complimenter l'empereur, se rendit avec toute sa famille à Scutary. Cantacuzène s'embarqua sur une galère pour aller le trouver. Ils passèrent plusieurs jours ensemble, moins à s'occuper d'affaires que de chasse et de divertissemens. Dans les repas, Orchan et l'empereur éloient assis seuls à la mênie table; les quatre fils que le premier avoit eus avant son mariage avec Théodora étoient servis à une autre. Les principaux d'entre les Turcs et les Grecs siégeoient sur des tapis. Théodora reconduisit son père à Constantinople, accompagnée de ses quatre beaux-frères. Ils repartirent aa bout de trois jours pour retourner en Bithynie, où le ialtan les avoit précédés. On prétend que le motif secret Ju voyage de ce prince à Scutary étoit de délivrer son heau-père de Jean Paléologue, afin qu'il régnât seul Sur l'empire. On présume de quelle manière un homme ^ui , dans les dangers, ne s'étoit pas permis une action. [Condamnable, dut recevoir une telle proposition. Apràs. Ivoîr fait plusieurs dispositions pour rétablir l'ordre. Jans toutes les provinces , Cantacuzène forma le projet ]e faire rentrer sous son obéissance les villes qui en
438 ÉiSTOIBE DU BAS-EMPIRE. I
a voient é\é distraites. Dans ce but il envoya des dëpntitlbe s au crâle de Servie, et, paroissant ignorer la condfnWlKnpl qu'il avoit tenue, le titre qu'il prenoit, il lui renonWïpr loit, en lui écrivant, l'expression de sa reconnoissaottlhil pour ses anciens services, et'Ie prioît de lui remettre tel Le villes dont il s'étoit eraparé. Non content de prendrtlRir Phères et plusieurs places de la Macédoine , Etîennelttn avoit corrompu a force d'argent et de promesses lalp^ principaux hahitans de Bérée, pour les engager à chasser mfi Manuel, fils de Cantacuzène, à le reconnoître et à loi n^ livrer leur ville. Le crâle chercha des prétextes vains dwt frivoles pour éluder une demande dont il ne pouvoit k nier la justice. Cantacuzène fit partir une seconde ani* Ir bassade chargée, si elle n'étoit pas plus heureuse que la L précédente, de déclarer la guerre. Etienne, au lieu de |! répondre, assiégea d'autres villes situées sur la fron- 1 lière de l'empire. L^empereur, indigné de celte con- I duite , rassemble à la hâte ses troupes, qu'il nfiiet sous les I ordres de son fils Mathieu ; mais comme elles étoleot I loin de suffire , il demanda des secours à son gendre Or- I chan , qui lui envoya dix mille hommes , commandés par 1 ses quatre fils et par Soliman. Cantacuzène leur défendit 1 de commettre aucun dégât sur les terres de l'empire; mais aux yeux des Turcs il n'y a point de guerre sans pillage. Cette armée tint les Serviens en échec, et les empêcha d'aller plus avant. A peine arrivés à Mygdonia, les barbares , sachant que le pays relevoit du crâle, se mettent à le ravager, et font beaucoup de captifs et de butin. Pour jouir en paix du fruit de leur brigandage, ils s'embarquent sur l'Hellespont, et retournent chez^ux. Cette expédition fit voir aux Serviens que les Giec$ ëtoient trop foibles pour les combattre; qu'oblij;e5 «le recourir à des étrangers, 'ils couroient des risqu*^*^ en employant cette ressource sur laquelle ils ne po inoient pas compter, et que de pareils secours et oient plus nuisibles qu'utiles. Ils en devinrent plus hardis, et Cantacu-
HISTOIRE DU BÀS-£MPia£. 4^
iène sentit qu*il falloit ajourner sa vengeaùce , et ne Compter que sur soi; il s'occupa des moyens d'orga* tiîser une armée pour punir Etienne, et reprendre ce qu'il avoit envahi.
Le premier de tous étoit le rétablissement des finances. Xenr épuisement, causé par la guerre civile, réduisoit ïempire à un état de foiblesse qui le rendoit méprisable aux yeux des princes voisins. Les coffres du trésor éloient vides; on ne payoit plus d'impositions, parce que partout les terres étoient restées sans culture. C'eût été une injustice sans résultat que d'en exiger. Gantacuzène résolut de faire contribuer les riches, mais sans vouloir les forcer. Avant d'en venir là, croyant devoir disposer les esprits en faveur du projet qu'il avoit conçu » il fit beaucoup de promotions, sachant que les titres et les honneurs sont un des moyens de satisfaire la vanité les moins coûteux à Tctat. Il profita de cette occasion pour donner à ses deux beaux -frères Jean et Manuel la dignité de sébastocrator. Pour dédommager Manuel son fils de l'injustice que lui avolent faite les habitans deBérée, il le créa despote, ainsi que son gendre Nicéphore Ducas. Il donna à son fils aîné Mathieu le rang immédiatement au-dessous des empereurs et au-dessus des despotes. Ce rang avoit été jadis établi par Michel Paléologue en faveur de son fils Constantin Porphyrogénète. Ces mesures préliminaires prises, Cantacuzène rassembla les personnes de toutes les conditions, marchands, soldats, artisans, cultivateurs, supérieurs de monastères. Il leur tint ce discours : « Vous n'avez point (c oublié sans doute la prospérité dont on jouissoit dans « cet empire ; vos pères vous ont rappelé plus d'une fois «' l'éclat dont il brilloit : alors les peuples voisins soumis « à sa puissance lui payoient des tributs, et recherchoient <f son alliance et sa protection. Cet ^tat prospère avoit <c pour principale cause l'amour de la patrie, etcha- » que citoyen se faisoit un devoir de contribuer».
<« suivant ses facultés , aux besoins de Télat. Maïs <( térêt personnel , mis sans cesse en action par les « gers inséparables de la guerre civile, a reniplac «< sentimens généreux qui rendent faciles les sacr « les plus pénibles. Cette guerre désastreuse, qu « été suscitée dans le temps que je travaiflois avecl( w d'ardeur au Invn de Tétat, a ruiné nos provi « désolé nos can^pagnes, épuisé les finances, et « une disette générale. Bien loin de dominer ji «' nations voisines , nous subissons leur loi. Les Sei «' se sont emparés de plusieurs de nos places , au n « des traités conclus avec eux; ils veulent proloni •« poursuivre leur invasion , et de nouvelles place: « déjà menacées. Désirant *ivec ardeur de \engei « d'affronts, si j'en avois eu les nioyens, je ne « point aujourd'hui devant vous, niais en préser « rennemi. Il faut une armée, et nous n'en avon « et nous sommes dans Timpossibililé d'en a\oti « que les coifres du trésor seront vides. Nous n' « bientôt plus à choisir qu'entre le désespoir et 1; « vîlude la plus humiliante. Toute indifférence si « maux de l'état seroîl un crime. J'appelle donc <« votre sollicitude; je vous demande vos avis, je « projïoserai les miens. Forçons nos amis à nous r w leur estime, et nos ennemis à nous craindre. Je « ré[)ète qu'il u'y a point de milieu entre la conj « tion <le l'empire et sa ruine. Il faut chasser l'étra « ou ^nbi^ son jouj». Prciuz donc une sage résoli it et faites ce qui sera le phis avant:tgeux pour « gloire <léjà compromiM», et m^me fiour votre lil « qui court des risques. » Le but de Canlacu7,èr s'expiiuwuit en termes génér.'iux , s.Mns rien pie.-* éloit (iV'Xciter des srntiiDens pij»éi«ï'x, et , ne \<i point levrr de coniiibntious, di? jieKsuaucr de les i lies priuripaiix uu»ud>res de ri'tte assi^mbiéc répt renl qu'ils n'iguoroient pas l'étendue dus pertes ca
^ftrla gnerre, ni la Iri&le situation où Ton éloît rétiuît; '« pensolent qu'il falloit faire Ions les effoiis, employer Ions les moyens possibles pour renrlre à i'empîre «^ première "îiplendeur; que, pour parvenir à ce but , «lacun iJevoit lournir suivant ses fa^ul:é:^, afiu que Teni- ^^reur s'oppo.ât non seulement au progrès «le I îuva- •^on , mais qu'il repoussât les Seixieus au-ilelà des t*onlîères, et les fil reutrer dans leurs limîles après enr avoir enlevé les villes qti ils avoîent prises. Ils ter- 4:frn)înèrent par dire qu'ils éloienl d'avis que les marchands et les artisans donnassent ce qu ils pourroient pour la sulKsislauce des gens de guerre, puisque , sans ce Jecoins, le soblal , l'artisan et le njarcliand seroient enveloppés dans une ruine conmiune et subiroient le néme sort.
Cette opinion éloit exprimée par les habilans de Conjtantinople. Canlacuzène leur donria des éloges, et dit [[u'il avoil besoin d'argent pour les frais de la guerre. Il leur rappela qu'on s'étoit emparé de tt)us ses biens; que, sous le lègoe d'Audronic, il n'avoit point fait d'emprunts pour soutenir le poids ^\qs autres guerres; qu'alors les revenus particuliers a voient suppléé à l'épuisement des finances; mais qu'étant entièremeut dépouillé de tout, il éloit obligé d'avoir recours à celle contribution commune, comme au seul moyen de rétablir les affaires. Au lieu de prendre des mesures p^jur profiter des bonnes dispositions dans lesquelles paroissoit être rassemblée, il ent rin^prudence de la dissoudn» , cri»yant avoir réussi dans son dessein. 11 ne larda pas à s'apercevoir de son erreur. Soit qu'ils eussent cédé au premier aiouvement , soit que leur langage ne fol pas sincère, ceux qui avoient paru consentir a fiire iWs sacrifices, se retractèrent. Uaus leur nond)re éi oient des gens d'affaires, des banquiers, des gens enrichis pendant les troubles, beaucoup plus zélés pour leur intérêt que pour celui de Tétat ; la plupart, conservant quelque animosité contre
Cantacnzène , parce qu'ils n'avoient point été de parti , étoient depuis long-temps dans la résolution s'opposer à ses projets , et de le contrarier secrète Tous protestèrent que leur intention n'éfoil point donner de l'argent , parce que, disoient-ils , ceseroitmA*^^ chose étrange de leur demander pendant la paix, àtitiw'^ d'amitié , ce qu'ils n'avoient point accordé pendant hl divisions et quand on avoit les armes à la main. L'em^P^ pereur les devina ; il désiroit de les punir , mais il n*eiP^ avoit pas le pouvoir. Il fut obligé de dissimuler soiif^ mécontentement et de renoncer au projet d'équiper \MW flotte dont l'empire avoit plus besoin que jamais poorP^ garantir les côtes et les provinces maritimes.
La gnerre civile avoit développé des germes d'insiR>* rection qui fermenloient sourdement , et Cantacnzène étoît et devoît être l'objet du mécontentement des deux partis , parce qu'il contrarioit également les projets de l'un et les espérances de l'autre. Ses partisans et ses ennemis disoient qu'il ne savoit ni récompenser ni punir. La situation dcii ailaîres pouvoit rendre le premier reproche injuste, ou lui servir d excuse ; mais le second est mérité sans aucune restriction. Plusieurs factieux qui s'étoient distingués pendant les troubles formèrent avec les financiers une ligue secrète pour renouveler des désordres qu'ils savoient faire tourner à leur profit. Il falloit , pour arriver à ce but, tâcher de mettre la division. L'occasion sembloit favorable ; car on voyoil s'asseoira la fois sur le trône de Constantinople deux empereurs etytrois impératrices. Ce phénomène, rare, l'étoit moins encore que l'union entre cinq souverains de trois familles différentes. Anne, Italienne, avoit auprès d'elle des Italiens honorés de sa confiance ; ses torts envers Cantacnzène étoient trop graves pour qu elle les oubliât et les crût oubliés. Jean Paléologue commençoit à goûter les charmes du pouvoir, et peut-être à sentir que tout partage le3 empoisonne. Cantacuzène seul ne
^^yoit que le bien de Ntot, et ne retenoit ce pouvoir que Our le préserver de sa ruine. Ce n'étoit point à ce Hnce que les factieux qui faisoienl ces réflexions pou- :>ient s'adresser. Ce fui donc contre lui qu'ils dressèrent *utes leurs batteries. Leurs regards se totirnèrenl vers ^sllëologue, partant de cette supposition vraisenihialile ne le jeune prince devoit finir par délirer de régner ml , parce que le trône lui appartenait , tandis que son ollèj^ue et son tuteur ne le devoit qu'aux circonstances, is entreprirent de l'enlever à l'însu de l'impératrice sa aère , de le conduire au fort de Galata, pour le mettre leur tête et détrôner Cantacuzène. Celui-ci fut heu- Biisement averti du complot. Il en fit arrêter les auteurs; aaîs, après les avoir retenus pendant quelques Jours en •rison , il leur rendit la liberté , et même les emplois loiit ils étoient titulaires. Cette coupable indulgence évolta $,es amis, qui s'en plaignirent avec amertume. Is a voient déjà beaucoup -d'humeur, parce que Timpëatrice Anne leur faisoit toujours un accueil glacial orsqu'ils se présentoient devant elle. Poussés à bout, :t profitant de la conspiration qui veuoit d'être déc^n- ^erle , ils vont trouver Cantacuzène et lui disent , sans îouvoir dissimuler leur colère , qu'il avoît eu tort d'exî- ^r d'eux un serment de fidélité pour un jeune prince ;t pour une impératrice disposés à le trahir à la première occasion ; qu'ils ne pouvoient tenir ce serment sans être esclaves et dupes , ni le violer sans parjure; qu^en conséquence ils le pri oient de les en relever. Cetoit , disoient-ils , la première fois qu'on voyoit le vainqueur soumis au vaincu ne retirer du fruit de la victoire que la honte et l'esclavage. « A quoi sert d'être fidèle, <c si les honneurs, les richesses et les dignités sont pour « les traîtres? Si le complot eût réussi , nous serions (c exposés maintenant aux proscriptions , à la perte de « notre liberté , à la spoliation de nos biens , à tous les K autres fléaux que les factions traînent après elles. Nous
444 HISTOrHE DU BAS-EMPTRÉ. I
« n'avons pas prête librement le serment ^I'IcWoib'.
» avez exigé de nous : en violant le leur , nosennesam
. ... •»rec
« nons ont dispensés du nôtre ; mais nous aimons n^î^^
« que vous nous affranchissiez vous - même , et noin,., « demandons qu'il nous soit permis de faire ce qui non « conviendra. » L'empereur leur répondit qu'ils étoieall. injustes dans leurs accusations, puisqu'ils confondoieuE ^ l'innocent avec le coupable ; que l'impératrice étoriS étrangère au complot , et que , si son fils y avoit cttT quelque part , sa jeunesse le rendoit excusable; quilm^ s'élonnoit de leurs reproches quand ils voyoient , à n'a W pouvoir douter, que dans le partage de l'empire il ne m s'étoil réservé que la peine de le gouverner ; qu'il ne ■ trouvoit pas extraordinaire que ses ennemis le crussent ■ incapable d'un pareil sacrifice , mais qu'il ne pouvoit I revenir de la surprise que lui causoit l'injurieuse opl- I nion de ses amis ; enfin qu'ils n'exigeroient pas sans I doute qu'il dépouillât Jean Paléologue après lui avoir I donné sa fille eu mariage. Il termina par leur déclarer 1 que , loin de les relever de leur serment , il en récla- 1 mait rexécution,, exigeant pour l'impératrice et son \ fils le respect qu on lui devoit à lui-même. '
Quand ils se virent ainsi reçus , ils s'imaginèrent que la prince^sse Irène seroit moins inflexible, et se présentèrent devant elle pour lui faire part de leurs plaintes et (le lenrs projets. Mais elle les traita plus sévèrement que son mari ; leur ordonna , d'un ton qui ne souffroit aucune répliciue, d'abandonner une entreprise dont les suites seroient plus désastreuses que ne l'avoit été la guerre civile. Frappés de l'air majestueux de l'impératrice Irène, ils se retirèrent sans oser proférer un mot. La plupart se tinrent tranquilles ; mais les plus animés, ceux dont l'esprit étoit inquiet et remuant, se rendirent auprès de Mathieu , fils aîné de l'empereur. Ils lui proposèrent de s'assurer de Didymotique , d'Andrinople , et de quelques autres villes, d'en former un état indé-
endant ; promettant de l'y suivre et d'y vivre sous sa oniination. Pour colorer cette proposition hardie , ils li représent èrefit qneCantacuzèneavoit plus d'affection our son gendre et sa fille que pour ses autres enfans ; ^u'il oublioit ceux qui s'étoient dévoués pour sa cause ^ tant de travaux et de fatigues ; que le complot tramé -n faveur de Jean Paléologue et de concert avec ce jeune grince ne faisoit que trop présumer le sort auquel ils dévoient s'attendre ; que , lorsqu'on avoit une fois formé impunément de telles entreprises, on n'y renonçoît jamais; qu'il falloit pour lui comme pour eux un asile, dans le cas où ce complot seroit de nouveau tenté avec pins de succès. Ils ajoutèrent qu'ils ne lui conseilloicnt point pour cela de se révolter contre son père , mais l|u'iis le prioient seulement de les laisser en possession des villes qu'ils auroient prises , à la charge de le servir avec leurs troupes quand il leur en feroit la demande, et de ne rien entreprendre sur le reste de l'empire ; lui disant observer que ce plan les mettroil en sûreté contre leurs ennemis et Paléologue. Ces propositions séduisisirent Mathieu , qui recevoit de pareilles insinuations de la part de Jean Âsan , son oncle maternel , avec lequel il est probable que lesmécontenss'étoîent concertés. Mathieu se mil en possession de Didymotîque et d'Andrinople avec d'autant plus de facilité qu'on ne pouvoit se défier de ce jeune prince. Il écrivit ensuite à son père Une lettre respectueuse dans laquelle il le supplioit de lui laisser le gouvernement de ces places pendant sa vie , à la charge par lui de reconnoître qu'il les tenoît ies deux empereurs. A celte nouvelle, Cantacuzène dei^int furieux ( s'il faut l'en croire ), et jura de punir sé- 'èrement les rebelles, sans en excepter son fils. Le résultat le sa colère fut d'envoyer l'impératrice Irène auprès de ^lathieu pour le faire renoncer à son entreprise et le amener à son devoir , ainsi que tous ceux qui parta- ;eoient sa rébellion. Le prince vint au - devant de sa
446 HISTOIRE DU BiS-^EMPIRB.
mère jusqu'à Orestîade. Son respect et sa tendresse i elle lui avoienl déjà donne des remords. Elle n'enl,!*^' Thistorien, qu'à commander, à l'heure même elle obéie. Elle adressa les reproches les plus sévères à c0ll| qui avoient fait révolter son fils, et leur déclara qoii s'ils recommençoient , ils seroîent împîtoyablei livrés à la vengeance des lois, et qu^aucune consid^ tion ne sauveroit leur tête, ajoutant qu'ils ëtoient di une erreur danf^ereuse , s'ils croyoient que , parce plusieurs d'entre eux ëtoient ses proches parens , Tii punité devait leur être assurée. La joie qu'éprouva cctUI princesse d'avoir apaisé cette révolte , qui pouvoit tMT nouveler tous les maux de l'empire, fut cruel lemeiitl troublée par la nouvelle de la mort d'AndroniCy leplttr jeune de ses enfans. Ce jeune prince veuoit d'être enlever par la peste, qui, cette année, dépeupla les trois p*''! ties du monde connu. Cantacuzène entre dans de grandi détails sur ce fléau , qui éluda, dit-il , tout l'art dttft médecins, contre lequel il n'y avoit aucun remède, parce que, ce qui soulageoit les uns , servoit de poison aux autres. Andronic succomba le troisième jour. H étoil dans la fleur de Tâge, remarquable par sa beauté, par rëlégance de sa taille, et par son adresse à tous les exercices. Irène fut inconsolable, et sa douleur l'accompagna jusqu'au tombeau. Soit pour se distraire, soit pour n^ire conuoîlre aux Grecs le jeune Paléologue, et pour l'éloigner des plaisirs auxquels il se livroit avec excès ^ Caulacuzène emmena ce jeune prince avec lui pour visiter plusieurs provinces de l'empire. Paléologue ne connoîssoil encore que la mollesse des cours; son tuteur vouloit' l'accoutumer à la fatigue, à une vie active, et lui apprendre à faire succéder le travail au plaisir , à voir par lui-même les besoins de ses peuples» afin de s'instruire dans l'art d'y pourvoir , qui forme toute l'administration. Ils virent dans la Thrace tous les ravages qu'avoit faits la guerre civile. Cantacuzène
^uluît en inspirer rhorreiir à son élève, et lui montrer gouverner. Nous \errons si celle double leçon fut ^rd^e, et même s'il est bien certaiu qu'elle ait été innée.
De retour à Gonstantinople, Cantacuzène s'occupa rieusement du soin de garantir l'empire de l'invasion ïs Turcs et des barbares. L'appel infructueux qu'il ^oit fait au patriotisme des Grecs pour les engager à inir au secours de l'état en réparant l'épuisement des nances, ne laissoit entre ses mains aucun moyen efface. Il eut recours au seul dont il pût faire l'essai ans l'embarras où il se trouvoit , quoique ce moyen e fut pas sans danger ; c'éloit de s'adresser aux princes irétienspar l'entremise du pape, et de leur faire sentir ) qu'aucun d'eux ne soupçonnoît encore , l'inflnence l'aiiroit pour eux l'invasion de l'empire grec par les urcs. Il envoya donc au saint - père une ambassade imposée de George Spanopule , protovesliaire ; de Igère , préteur du peuple, et de François, Italien de (lissance , et qu'il savoit être particulièrement connu a Clément vi , qui occnpoit alors le trône pontifical, antacuzène savoit que ce pape étoit prévenu contre il , parce qu'on l'accusoit auprès de sa sainteté de s'être Tvî des Turcs contre les chrétiens, et d'être cause des lauvais traiteniens faits au second par les premiers, vouloit détruire ces préventions en donnant des explications franches snr sa conduite et sur la nécessité ui l'avoit réduit à se servir, contre son Jkclinaon , des infidèles. Il désiroit de l'engager à leW faire I guerre, de concert avec les princes d'Occident, aux roiipes desquels il donneroit avec joie passage dans ses lats, et réuniroit les siennes pour combattre avec eux. éC pape reçut les ambassadeurs , et tint avec eux de ongues conférences, dans lesquelles, à leur grande suririse , il leur fit le récit de la guerre civile avec autant 'exactitude que s'il en avoit été le témoin. Il leur ap-
448 HISTOIRE DU BA8*EKPiaX.
prit qu'il tenoit tous ces détails de Zampée, cette danKlRac italienne, qui, après avoir séjourné quelques annéokuiii la cour d'Anne de Savoie, qu'elle avoit accompa^étilitd Constantinople, n'étoit revenue dans son pays qu'à rti-||èr trée de Canlacuzène dans la capitale. Elle n'avoit pnrii transnieltre sur le compte de ce prince que des impnrliu^ sions déiavorables, quittant une cour acharnée contR lui. Les éclaircissemens donnés par les ambassadenn produisirent sur le pape l'etTet désiré , parce qo'ik coïncidoient avec les détails contenus darrs les lettres defr Berthelmi, dauphin de Vienne. Le saint-père loua beaucoup la modération de Tempereur , qui , maître da trône et de l'autorité souveraine; n^avoit conservé f que les devoirs qu'ils imposent. Il applaudit sans réserve au mariage d'Hélène avec le jeune Paléologae, comme le seul moyen de confondre les droits et d'éteindre les prétentions. Sa sainteté fit rendre de grands' honneurs aux députés, leur donnant les premières places en public, allant à leur rencontre quand ils lui reodoient visite , et les reconduisant à leur sortie. A leur audience de congé le pape les fil accompagner pardenx évéqnes qu'il dépiitoil à Cantacuzène : l'un , qui se non».moil Guillaume, étoit de l'ordre des frères mineurs ,et l'autre Hugues de Spert , de celui des frères prêcheurs: ioirs deux, réunissoient à Térudition , à la piélé, les connolssafices et Tusage du monde. Ils reçurent de rernpereur l'accueil le plus affable et dont ils furent tellement JÉchantrs, qu'ils tinrent minutieusement notede toutes les paroles de ce prince. Après des complimem sur sa conduite et sa sagesse, ils étoient chargés de lui dire qu'à rex(»mple de ses prédécesseurs, le pape avoit le plu.^ grand zèle pour provoquer ou favoriser les expéditions cuntre les Turcs; qu'il tâchoit de l'inspirer aux princes d'Italie, en leur otTrant de contribuer avec eux , et de donner son contingent en hommes comme eo argent ; que ce zèle éloit augmenté depuis que l'empe-
tlISTOiRÈ DU BAS-BHPIRE. 449
Mir ëtoit prêt à seconder cette importante entreprise, nfin ils passèrent à nn article qui, pour n^étre que i dernier, étoit peut-être lé principal aux yenxdu saintère. C'étolt la réconciliation des deux églises. Si le rince la procuroit , il dontiêroit de la joie non - seulement à la terre , mais au ciel : non-seulement aux ommes , mais h Dieu et aux- anges. Gantacuzène renhérit encore sur ces expressions dans sa réponse. Il pro« îsta qu'il n'avoit point de paroles assez fortes pour xprimet l'excès de la passion a^^ec Imfuelle il la disioit ( la réunion ); que^ s'il nefalloit que mourir, il Tesenieroit volontiers son cou et son ipée ; et que , si es cendres pouvoient produire un si saint ouvrage , il \resseroit lui -- même un bûcher pour y être consumé, kprès une dissertation fort édifiante sur la soumission [ue Ton doit aux décisions des conciles , Tempereur iroposoit d'en convoquer un dans une ville maritime itiiée à une égale distance entre Rome et Constantin lople, parce qu'il ne pouvoit pas plus aller trouver le >ape que le ptpe ne pouvoit, de son côté^ se rendre au-^ irès de lui. Il finit par prier les ambassadeurs du saint- >ère de l'inviter de sa part à désigner l'époque et lô ieUy afin qu'il avertît le patriarche et les évéques de 'église grecque. Les nonces trouvèrent sa doctrine pure , \t la proposition raisonnable. Ils partirent enchantés la prince, et comblés de présens. Ils firent au pape un *écit fidèle de leur ambassade , et lui montrèrent leuf 'ournaL Clément vi approuva l'idée de convoquer un roncile ,et fit dire à l'empereur qu'il verroit avec plaisir es évêques s'assembler, mais qu'il ne pouvoit convenir, li du temps ni du lieu de l'assemblée avant d'avoir ronsulté les prélats d'Occident. Quelque temps après ^ pour leur faire voir que le retard ne venoit pas de sa négligence , il lui manda qu'il souhaitoit la réunion ^ comme l'affaire la plus urgente ; mais que, la guerre étant déclarée entre plusieurs princes d'Italie , il étoit de son
HIST. DU BAS-EMP. TOM. Xï* ^Q
4£io HISTOIRE OU BÀS-£MPaRB.
devoir , en qualité de leur père spirituel , de ks exbot' 1 L 1er à la paix; Tassurant que, dès qu'elle seroit conclue^ Lp iixonviendroit avec les évéques du jour et du lieu où te ||(r concile seroil rassemblé. L^empereur lui députa leCrètt Jean , religieux de Tordre des frères mineurs de Galata , qui étoit particulièrement connu du saint-pèrC) pour le remercier et le prier de conserver toujours ki mêmes sentimens. Mais Clément vi mourut avant q(ii||^ ce projet pût avoir lieu. Si Ton examine le caractèreda deux princes négociateurs, on conviendra que rexécotion de ce projet, si souvent et toujours si vainemenl commencé , anroit éprouvé beaucoup moins de difficulté sous leur règne que sous un autre. Il falloit, pour cette réunion, un concours de circonstances qui ne s'est peut^ être trouvé que sous Cantacuzène et Clément vi ^ En supposant que les princes de l'Europe eussent pris intérêt à la religion grecque quand le schisme auroit disparu ; que, par suite de cet intérêt , ils eussent défendu Temperenr contre les Turcs, la prise de Constantinople ne seroit point arrivée, et la même religii)n règneroitè Sainte-Sophie comme à Rome. Mais il est douteux que ce motif les eût armés, puisqu'un autre non moins pressant ne Ta point fait; celui de leur intérêt personnel^ de leur propre sûreté même, menacée par des conquérans barbares ; enfin de la défense de leurs prétendus droits ; car presque tous ces princes en avoieut oa croyoient en avoir sur le trône, ou sur quelques-unes des provinces de Tempire.
* Clément vi, t'rançoU tîe nais- de guerre civile, et la réunion det
•anc«, fut élu en i54a » et mourut deux églises auroit été facile. Peo*
en i55a. Cantacuzène monta sur le dant ces dix années, Cantacuzèof
tronc en i347. Pendant qu'on fai- ne pouvoit s'occuper de ce projet
floit pape le premier, on forçoit le dans les six premières, et Clémeotvr
Mcond à se révolter. Cantacuzène en fut empêché dans leA quatre der- .
auroit dû régner dès i543. Son refus oières. On verra Jean Paléologue ré*
à cette époque causa les plus grands signé , pour le faire réussir , aux pUu
maux à son pays. En prenant alors j^rands lacrilices. jt titre d'euipcHitur , il u'y avgit point
ià ville de Médée, construite sur les bords de la mer Ax. iM*i Pont, éloît gouvernée par Tamprotîtze, que Tihipétrice Anne y avoit envoyé pendant la guerre civile. B gouverneur refusoit de reconnoîlre Cantacuzène, loique la paix fût proclamée. Ayant enrôlé un grand >nibre de voleurs et de gens sans aveu, il dévastoit le lys. Dans les premiers mois de son règne, l'empereur^ î sentant trop foible pour le punir, fut obligé d'ajourîr sa vengeance. II avoit 4.'ailleurs à terminer des BPaires plus urgentes. Dès qu'il fut en mesure, il laissa lanuel despote, son fils, à Constantinople, en qualiti^ e gouverneur, et partit pour se rendre à Médée, avec î jeune Paléologue, sur une des galères qu'il avoit fait instruire pour celte expédition par Phaséolate, pro- )strator. Il envoya sommer Tamprotilze de le reconoître pour empereur. Ce rebelle, voyant qu'il né ouvoit soutenir un siège, négocia, obtint des condions avantageuses, et même des dignités. Maître dé lédée, Gantacuzène renvoya Paléologue à Constant iople, divisa sa troupe en plusieurs détacbemens, qu'il istribua dans plusieurs places; et, ne conservant avec iî qu'un petit nombre d'hommes , il prit la routé 'AndrînoplCfOÙ l'appeloient plusieurs affaires. Dans la oute on l'avertit que deux mille Turcs, nouvellement ëbarqués en Thrace, éfoient dans le voisinage. 9é reentant d'avoir disséminé son armée, et n'ayant pas lé împs d'en réunir une partie ^ ii se vit dans la nécessité e marcher contre les Turcs avec son escorte. Le lendemain il les rencontra près du mont Limique, campés tans un lieu d'où ils ne l'aperçurent point. Connois-^ ant leur manière de se battre quand ils n'étoient pas n présence d'une armée, et sachant qu'alors ils ne estaient pas long- temps réunis, il les suivit pendant ^ nuit à quelque distance. Au point du jour ils se dispersèrent. C'est alors qu'il les attaqua près d'une petite 'ille appelée Mésane, en tua plusieurs et fit des prison-»»:
4Sa HISTOtRË DtT BAS-EMPIR«.
niers. Caramahémet, un de leurs chefs, fut percé dWl lance, et mourut sur la place. L'autre, nommé Man^F^ tumane, se réfugia sur une colline avec les siens. BeoeP' poste, tirant sur les Grecs, ils en blessèrent plusieuritl' et tuèrent des chevaux. Cantacuzène défendit à sessol*! dats de tirer, et, s'approchant seul des Turcs, leurordonoif < de se rendre. Ils le connoissoient pour avoir servi sosl"^ ses ordres pendant la guerre civile. Sur la parole qnlf^ leur donna quUl ne leur seroit fait aucun manvaiP traitement, ils descendirent et se prosternèrent devatti lui. Pendant qu'il s'entretenoit avec eux, leur repr(H| chant leur conduite envers lui, qui n'avoit point cesféjl d'être leur allié, son gendre Nicéphore, accompagné dipi plusieurs seigneurs, croyant qu'il couroit quelque dan«p ger, l'exposèrent au plus grand qu'il eût ericore reft-P^ contré, tombant l'épée à la main sur les Turcs, qflif] se fiant à la parole qu'on leur avoit donnée , étoim désarmés et tranquilles. Neuf soldats et leur capitaio6 furent tués dans cette attaque imprévue. Les autrei|(l tirèrent à l'instant leur cimeterre , et, pouvant tuer fad lement l'empereur qui étoit au milieu d'eux , se retinrent, parce qu'ils virent qu'il blâmoit avec sévérité la conduite imprudente de Nicéphore. Il leur dit dans leur langue de se retirer sur la hauteur qn'il* occupoient, pour s'y défendre, si l'on vouloit continuer cette injuste attaque. Ils allèrent en effet s'y mettre ea ordre de bataille. Après avoir traité son gendre comme il le méritoit, il alla au-devant des Turcs, leur fit de* présens pour les récompenser de leur confiance et lei engager à retourner dans leur pays : ce qu'ils tirent aussitôt. Dans le même temps, Mathieu , son fils aîné, gouverneur des villes de Chalcidire, battoit de son côté une autre troupe de Turcs qui ravageoient ce pays. S'abandonnant trop à son ardeur, en les poursuivant il fit une chute de cheval ; et, comme il étoit en avant de ses soldats, il ne vit autour de lui que les ennen)i>
Rii
BISTOIRE BU BAS-EMPIRE. i|53
»ntre lesquels il fut forcé de se battre à pied. Ayant I le bonheur de tuer celui qui s^approcha le plus près ^ iui| les autres hésitèrent; ce qui donna le temps aux recs d'arriver et de délivrer leur général. L'empereur ' rendit de Mésane à Didymotique. Il y fut attaqué tin mal de reins qui le contraignit à rester dans Toisi- ^té pendant une année. Contrarié de cette inaction, ii M recours aux plus habiles médecins, qui ne lui procuîrent aucun soulagement. Il finit par laisser agir la atnre, et guérit sans remèdes.
Les Génois de Galata crurent que la maladie de iantacuzènc étoit pour eux une occasion favorable ^exécuter leurs projets. Toujours ennemis secrets des rrecs, violant toujours les traités, ils necessoient d'être our Constantinople des voisins dangereux. Ils avoient I prétention d'être maîtres de la mer; et le délabreleot de la marine grecque, ^dont le vieil ^ndronic ne étoit point occupé pendant son long règne, donnoit nelque fondement à cette prétention. Les efforts de lantacuzène pour la relever, dès qu'il fut sur le trône, *nv causèrent des inquiétudes. Ils avoient sollicité de ce rince rabandonil'un terrain situé au-delà de leur forïresse. Ils vouloient y construire des fortifications pour I rendre imprenable. Si c|lte concession leur eût été ' lite, ils tenoient en respect et la ville et le port. Ganta-* iizène, qui connoissoit l'importance de cette position, îfusa leur demande. Sentant que , pour les contenir, il lUoit une marine, il (ît équiper quelques vaisseaux, lais en nombre insuffisant , parce que l'état des finances e permettoit pas d'en construire davantage. Il créa des itérêts opposés aux leurs, afin de diminuer un peu Mir puissance : ce fut de changer le tarif des douanes iixquelles étoient soumis les vaisseaux marchands qui rrivoient à Constantinople. Ce tarif étoit le même que slui qu'on payoit au port de Galata. Par la diminu-' on qu'y mit l'empereur dans les prix de tous les articleSi
454 HISTOIRE BIT BAS-EMPIRf!.
les nëgocîans avolent intérêt de préférer Constantino Au lieu d'y perdre, le gouvernement y gagna beauc( parce que , si le droit ëtoit moindre , il se répétoitl plus souvent , tous les bâtimens affluant dans le poi Constantinople , tandis que celui deGalata étoit pre désert. Malgré le refus qu'on leur avoit fait du ter sur lequel ils vouloîent élever une citadelle, ils n( noncèrent point au projet de fortifier celle qui exii Ils ne pouvoient le faire sans l'agrément de la c mais , sous prétexte de construire des maisons aifnassèrént des matériaux , comptant les mettn Oîovre à la première occasion. Tel étoit l'état des cl lorsqu'ils apprirent la maladie de Cantacnzène. ( nouvelle fut pour eux le signal de l'attaque. Dès ( la surent, ils mirent le feu pendant la nuit aux ma des Grecs les plus rapprochées des leurs. Le lendei ils armèrent leurs vaisseaux, leurs barques, brûl des navires aux environs de la capitale, prirent ceu: pouvoient leur servir, et, parcourant la côte, pill les habitations et ravagèrent la campagne. Ensuî construisirent une tour, ainsi qu'une haute mur Hommes , femmes , tous travaillèipnt avec ar Pendant ces travaux, et pour se donner le temps f achever , quelques-uns débutèrent vers Timpén Irène pour excuser les mauvais procédés de leurs < patriotes, les désavouer, et promettre qu'ils ser punis. Irène, pendant Tabsence de son mari, conv le conseil. On fut unanimement d'avis de faire la gi aux Génois. Ceux-ci, qui se faisoient rendre comp ce qui se pâTssoit, furent bientôt instruits de cette : Intion, quel que soin que l'on prît de la tenir se C'est alors qu'ils ne gardèrent plus de mesure , et lèrent tous les chantiers, remplis alors des bois de struction que l'empereur avoit achetés. A l'excepti» quelques bâtimens qui n'étoîent point dans le ; toute la marine fut détruite. Non çontçns de se nr
fensc à Galata par ces nouvelles fortifications, ils pent Taiidace jusqu'à vouloir attaquer la capitale* îéralrice Irène donna Tordre à Manuel son fils de r tous les soldats qui étoient à Constantinople , que tous les hommes en état de porter les armes,
placer de manière à défendre la ville, et de se e à la tcte d'un détachement pour aller attaquer énois à Galata. Ceux-ci, loin de s'attehdre à un de main , étoient occupés de tous les côtés soit à lettre des dégâts, soit à préparer Tassant qu'ils méiiit. Manuel réduisit en cendres un grand nombre aisons, ainsi que plusieurs marchandises, et se . sans avoir rencontré d'obstacle dans son expédi- L'annonce de troupes que devoit envoyer Ganta-e rendit le courage aux Byzantins. On les vit tous, le danger commun , disposés à faire des sacrifices : ns apporloient leurs armes, les autres livroient chevaux ; les ouvriers, les artisans, les domestiques cèrent au maniement des armes, apprirent à tirer rc; tous étoient en mouvement, et Constantinople ntoit le spectacle d'une place d'armes à la veille assaut. Pour le donner, les Génois réunissoient eurs moyens. On étoil alors dans Tautomne. Leurs iaux marchands restoient à Galata. Ils s'en servipour leur entreprise. Ils avoient de bonnes troupes approvisionnemens faciles à renouveler. Ils placent )urs trirèmes des machines de siège, embarquant îurs galères leurs meilleurs soldats, et s'approchent lurs de la capitale, tandis qu'une autre troupe des , débarquée sur le rivage, devoit attaquer par
Au signal convenu, ce double assaut marche de . Les Grecs opposent une résistance égale; le daniigmente leurs farces. Après avoir essuyé le premier
ils s'élancent comme des furieux sur les Génois, tuent un grand nombre. Ceux-ci se retirèrent à eur des ténèbres.
456 UiSTOIRE su BÀS-fEVPIRE.
Ce fut peu de joars après que l'empereur , quolqo» sonfifrant de sa colique néphrétique, se fit transporter di Pidymotique à Constantînople. A peine fut-îl armé que les marchands se présentant en foule au palais pour le supplier d^arrêter, par de promptes mesures, le bn* gandage des Génois, offrant de contribuer aux frais de) Il la guerre. Cantacuzène leur répondit d'un air sévère, ot leur rappela le refus qu'ils lui avoient fait lorsqu'il s'étoit adressé à eux pour les engager à'venir au secours de Fétat. Il leur démontra que ce refus, en le mettant dam m l'impossibilité de subvenir aux besoins les plus urgem, étoit cause de l'audace des Génois. Ces reproches méri-* u tés furent terminés par l'ordre de contribuer aux frais,et )a nomination de Constantin Tarchaniote pour recevoir les sommes qu'ils verseroient dans les coffres du trésor. Il fit aussitôt construire des vaisseaux , parce qu'il étoit impossible de s'en passer pour imposer la loi aux Qénois, et les faire rentrer dans le devoir. Comme ils } étoient maîtres de la mer , on étoit obligé de transporter par terre, dans un lieu nommé Contoscale, où l'on fâhriquoit les navires, le bois que Ton tiroit de la montagne de Sargence : ce qui ne pouvoit se faire qu'à force de bras. Cette obligation , coûteuse et fatigante , faisoit croire aux Génois que l'empereur leur laisseroit l'empire de la mer. Mais, quand ils virent que ce prince ne se rebutqit pas des difficultés; qu'il faisoit construire des vaisseaux, et qu'il finiroit toujours par en avoir, ils lui envoyèrent demander la paix. Cantacuzène reçut leurs députés d'un air sévère, leur reprocha leur perfidie, la facilité avec laquelle ils violoient les traités quand ils çroyoient y trouver leur intérêt et l'impunité. Il leur déclara formellement qu'ils n'avoient pas d'autre moyeu de le disposer à leur accorder la paix que de commencer par abandonner l'espace de terrain dont ils s'étoient emparés, par détruire les murailles dont ils avoient clos ce terrain , ainsi que tous les travaux nouvellement
HISTOIRE DU BASȣMPlHi. 4^7
onstruiis , enfin par se remettre dans la situation où ils e trouvoient avant d'avoir pris les armes. Ils rejetèrent ^ette proposition avec hauteur, et répondirent que, sUl le leur cédoit pas le fort, ils se dëféndroient jusqu'à la lemière extrémité.
En faisant cette cession, l'empereur mettoit sa marine lans la dépendance des Génois. Il leur répéta Tordre de létruire ce fort, et de rendre le sol. Furieux de ce qu'on eiir dictoit des lois quand ils se croyoient en position l'en donner, ils recommencent la guerre et commettent >lus de dégâts qu'ils n'en avaient encore fait. Ils élevèrent sur le plus grand de leurs vaisseaux une haute nachine pour battre les murailles de Constantinople , ^t de laquelle ils pouvoient lancer des pierres d'un tel >oids, que Thomme le plus robuste n'étoit pas en état le les soulever. Au moyen de plusieurs galères ils approchèrent ce vaisseau des remparts, et lancèrent dans la irille quantité de pierres. Gantacuzène, sans renoncer au projet de se défendre par mer, quoiqu'il manquât de navires, envoya des troupes pour incommoder l'ennemi par terre, et fit dresser du côté du port des machines dont Teffet étoit si bien calculé, que les pierres alteignoient Galata. On y ruina de cette manière plusieurs luaisons, beaucoup de vaisseaux, et particulièrement celui sur lequel étoit cette grande catapulte qui le rendoit immobile et l'empêchoit de faire aucune matloèuvre. Il fut enfoncé. Ceux qui le montoient eurent beaucoup de peine à se sauver. Les Génois, un peu déconcertés* envoyèrent à trois différentes reprises demander la paix, et reçurent les mêmes réponses , c'est-à-dire Tordre de détruire leurs travaux et de restituer le terrain. Pendant ires ambassades l'empereur pressoit la construction de ses galères. Elle furent achevées et remplies de matelots et de soldats. Phaséolate commandoit celles qu'il avoit fait construire dans une rivière dont les eaux se per- ^oieot dans la rade de Gonstantinoplç , et le grand-duç
458 BISTOIKE DU BAS-EMPIAS.
Zamplacon celles qu'il avoit fait bâtir au Contotc^ksW L'envie de se distinguer lui fit faire les siennes phuL^^i grandes que les autres, avec un étage au-dessus desra- 1^ ineurs et des tours ; addition mal calculée, qui fit pbst |tf de mal que de bien. La veille du jour où ces vaisseaos dévoient être lancés à la mer, il parut un navire génois richement chargé, forcé par le calme de se mettre à Tancre près de Tile du Prince. Aussitôt quatre galères impériales s'avancent pour le combattre. Les Génob se défendent avec une telle vigueur > qu'ils empêchent l'abordage ; mais les Grecs y jettent des matières combustibles, et, pendant que l'ennemi s'occupoit du soin •d'en arrêter les ravages, entrent dans le vaisseau et tuent beaucoup de Génois, Pendant qu'ils avoieiit l'avantage , le bruit se répandit que les galères de Galata s'approchoient, et les Grecs remontent précipitammeot jsur les leurs, abandonnant cinquante de leurs cania-» rades sur le vaisseau génois. Le bruit n'avoit aucun fondement. Les cinquante Grecs étoient à la discrétion de Tennemii. Heureusement pour eux on avoit besoin de leurs bras pour éteindre le feu qui faisoit des progrès. Ils offrirent leurs secours, et convinrent que, si les Grecs revenoient à la charge, l'équipage seroit sauvé, et que, si les galères arri voient de Galata, la vie seroit accordée aux cinquante prisonniers. Les Génois tirèrent à bord le vaisseau à demi-brulé au moment où l'attaque alloit recommencer, et ceux qui montoient ce bâtiment tinrent leur promesse et sauvèrent les Grecs.
Le lendemain, tout étant prêt, la flotte impériale parut, plus belle et plus imposante, au rapport de Cantacuzène, que toutes celles qu'on avoit jusqu'alors vups à Çonstantinople. Les rangs de galères étoient suivis de beaucoup de bâtimens à un rang de rames, fie barques et de bateaux chargés d'hommes dont h haine pour les Génois et la vengeance faisoîent autant de soldats. Les Génois furent d'abord épouvantés de ces
Id
préparatifs; ils curent Tintentiôn de tirer leurs vaisseaux avec des cordages du côté de Galata, pour se défendre du haut de leurs murailles. Les galères impériales étoient à l'ancre dans lé port de Néorîon. La cavalerie ■ marcha sous la conduite du despote , fils de l'empereur j pour attaquer l'ennemi par terre pendant que Ton combattroit sur mer. La plupart des Génois vouloient se renfermer dans l'enceinte de Galata, prétendant qu'il valoit mieux centraliser leurs forces que de les partager sur plusieurs points. Leur amiral combattit vivement cette opinion. Leur rappelant la supériorité de leur marine sur celle des Grecs, dans les temps même où cette dernière avoit d'habiles matelots, il leur fit voir combien cet avantage devoit être plus grand dans les circonstances où Ton se trouvoit, puisque ces vaisseaux, construits à la hâte, étant montés par des gens inexpérimentés, étrangers à la mer comme aux manœuvres, n'opposeroiént aux galères génoises, renommées par la promptitude des mouvemens , qu'une masse immobile et sans action : ce sernit une impardonnable lâcheté que d'abandonner aux Grecs une victoire certaine pour combattre sur un terrain où elle ne pouvoit être que douteuse : enfin il répondit de cette victoire, si les Génois vouloient le laisser, maître de disposer à son gré de la marine de Galata. Ranimant par son ardeur le courage de ses compatriotes, et prenant ce ton que donne l'assu-r rance du succès , il obtint ce qu'il demandoit. Il rassemble sans délai tous les vaisseaux disponibles , en forme une flotte, et va se mettre en station près du promontoire de Constantinople, par où celle des Grecs devoit déboucher. Elle ne tarda point à paroître. Sa marche lente, embarrassée par le mauvais ordre et l'inér galité des bâtimens, par les vices de leur construction^ par l'ignorance de ceux qui remplissoient les fonctions d« matelots, inspira la plus grande joie à l'amiral ennemi» qui vit dans cette flotte une proie facile et promptea
460 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. lict
mais il n^eût pas Vhonneur 4u combat. An moment oilr les galères tirées de Néorion , ayant dépassé la pofle ¥^ Engène, joignoient celles de Phaséolaté, un vent impé- ^^^ tneux s^éleva tout à coup ; le^ vaisseaux de Zaraplacon, chargés de tours et de machines, furent renversés dam la mer. Phaséolate courut les plus grands risques par la chute d'un étage de celui quUl commandoit , et qui en* traîna dans Teau les soldats. Il y en eut environ deai cents de noyés. Manuel Philanthropène, ami de Tempereur , fut du nombre de ceux qui périrent. Les Génois brûlèrent les galères qui , moins massives que celles de Zamplacon , donnant moins de prise au vent, ne furent pas endommagées. Témoin de ce désastre , la troope qui devoit attaquer par terre « saisie d'une terreur panique , s'enfuit , et se réfugia dans Constantinople. L'empereur, afdigé de cet événement , ne perdit point courage, et donna des ordres pour que l'on constmi^t de nouvelles galères.
Il est nécessaire de s'arrêter un moment pour comparer le récit de Cantacuzène avec celui de Nîcéphore Grégoras. Celui-ci n'est qu'historien, tandis que l'autre a joué le premier rôle dans le fait qu'il raconte. C'étoil d'après ses soins que se faisoit cette expédition : aussi glisse-t-il légèrement sur les nombreuses fautes qu'il commit ou laissa commettre. Nîcéphore, suppléant à son silence, n'omet rien, n'oublie rien; et l'énumération qu'il se complaît à faire des fautes de Cantacuzène est telle, qu'il est impossible d'en trouver une seule que le prince n'ait pas commise. On agit avec tant de précipitation, qu'on ne songea pas plus à lester les vaisseaux» qu'à préalablement exercer les hommes qui se faisoîcnt subitement soldats ou matelots, sans savoir manœuvrer ni se battre. Il sembloit , à voir les dispositions de cette flotte, qu'au lieu de combattre sur mer, elle n'eut d'autre destination que de transporter d'nn rivage à l'autre des ouvriers et des artisans , sans obstacle , et sans qu'on eût
BISTOIKfi DU BAS-EttPÎRt. 4^1
îndre nn ennemi qui contrariât la traversée. Nice-* e dit qu'à la vue des Génois les Grecs se prëcipi* it dans la mer. Cette circonstance paroît peu proe, parce que, la flotte des Grecs étant plus nombreuse^ evoient se croire les plus forts; et leur compatriote it dû, par intérêt pour l'honneur national, ne pas ^ lire prévenir Taction du vent par une terreur pae. Il résulte du parallèle des deux récits que Tauteur un dit trop , et celui de l'autre trop peu ; mais tous eux s'accordent sur Tissue fatale de cette entreprise^ habitans de Galata célébrèrent solennellement le de la victoire : ils équipèrent leurs vaisseaux, les * rent , les couronnèrent de guirlandes de fleurs , et se iienèrent sur la mer, passant et repassant devant le is impérial, portant en triomphe les drapeaux des eus. Ils s'imaginoient que l'empereur, abattu par
disgrâce, leur laisseroit la libre possession de leur iresse et du terrain sur lequel elle étoit construite : royoient même qu'il alloit leur demander la paix. » ils reconnurent bientôt leur erreur, en apprenant ouveaux préparatifs qu'on faisoit d'après l'ordre de tacuzène , qui , profitant de la leçon qu'il avoit re« prenoit tontes les mesures nécessaires pour le succès e nouvelle tentative. EAnnés de cette fermeté , sen^
qu'une guerre long-temps prolongée leur seroit ibie, parce que, pour la soutenir, il leur faudroit ncer pendant sa dqrée à toute entreprise commer-* ! : prévoyant enfin que la victoire , quand bien le elle leur seroit fidèlq, ne les rendroit jamais Lres d'une ville et d'une population aussi considé-^ ç que celle de Constantinople, ils résolurent de ; la paix. Ils hésitoient cependant , parce qu'il leur lissoit humiliant de faire les premières avances ^ ju'une galère , arrivée de Gênes , vint les tireb ibarras. Le sénat leur envoyoit l'ordre positif nonîmenl de conclure la paix, mais de satisfaire les
Grecs sur tous les points en contestation; de rendre M'|Hia terrain dont ils s'étoient emparés; de détruire tooiki travaux qu'ils ayoient faits ; de payer aux Grecs tov W les frais de cette guerre injuste ; de s'engager , sons la foi |î( du serment, à ne jamais renouveler à l'avenir de pareillet prétentions; en&n^ de vivre dans la meilleure intelli* P gence avec les sujets de Tempire. Gantacuzène n'auroit fnii pu dicter des conditions plus favorables à ses intérêts^ La république avoit su calculer les suites de dette guerre^ dont la durée ^ les causes et les suites auroient porté une atteinte mortelle à son commerce. Elle avoit su voir que plusieurs puissances de l'Europe prendroient nécessairement fait et cause. pour les Grecs; que la confiance! qu'elle inspiroit seroit détruite par cette violation des traités; enfin que Venise seule suffisoit pour vengeif l'empire, et se réjouiroit de ses succès, parce qu'elle en retireroit tout le fruit. Telles étoient les causes de l'ordre qu'elle donnoit. Les Génois de Galata obéirent. Les ar^ ticles furent bientôt arrêtés. Ils remirent entce les mains du despote le nouveau fort et tout ce qu'ils avoienl usurpé. Gantacuzène fit venir ensuite les principaux dé ces commerçans, les accueillit avec grâce, et leur dît qu'il n'avoit insisté sur la restitution du terrain pris par eux que pour défendit les droits et Thonneur de Tempire ; qu'ils dévoient convenir combien il étoit injuste de leur part de vouloir payer par l'usurpation l'hospitalité que leur accordèrent ses prédécesseurs, les concessions qu'ils leur firent, et changer en droits ces bienfaits pour en obtenir par la force de nouveaux avantages. Il ajouta que, puisqu'ils renonçoient d'euxmêmes à leur entreprise, il ne vouloit pas leur enlever un terrain auquel ils paroissoîeut attacher un si grand prix. En conséquence, il donna l'ordre à son fils de le ieur livrer, et d'en retirer les soldats qu'il y avoit mis pour le garuci. Touchés de ce procédé, les Génois se rendirent auprès du jeune prince , proelaroèrent ks
^uanges de^son père , et jetèrent autour du drapeau de fc^inpire des pièces d'or que les soldats ramassèrent. *elie fut la iin de cette guerre. Cantacuzène ne dît pas
l'ordre du sénat relatif aux dédommagemens reçut >n exécution. Le silence qu'il garde , ainsi que Nicehore, sur Tinjpératrice Anne et Paléologue, est égaîment remarquable. Irène, en l'absence de son mari, 3nvoque le conseil , donne des ordres , prend des me- :ires, fait des dispositions. Cantacuzène arrive, se harge de tout, et, dans son récit, ne nomme ni le fils i la veuve d'Andronic*
Tarchaniote étoit , ainsi que nous l'avons dit, chargé e lever la contribution volontaire à laquelle s'étoient bligés les habitans de Constantinople. Il fut accusé 'avoir profité de la guerre contre les Génois et les rrecs, pour commettre des exactions criantes. Les laintes augmentèrent au point de faire craindre une évolte. Onattaquoit même Cantacuzène, en prétendant u'il u'étoit point étranger à ces concussions, et qu'il voit sa part dans les sommes reçues ou levées par Tar^ haniote, et qu'on faisoit monter à plus de trois cent iiille ëcus d'or. L'empereur, irrité de ces bruits , qui Toduisoient le plus mauvais effet, convoque tout le leuple, et donne à Tarchaniote l'ordre de rendre ses omptes au milieu de l'assemblée. Celui-ci fait voir, ^r ses registres, à ceux qui avoient contribué, que la ecette ne s'étoit pas élevée à plus de cinquante mille icus, qu'on avoit employés à l'équipement de la flotte, ivec une somme plus considérable tirée des coffres de .'état. Cantacuzène mit à profit cette circonstance. Il î'apercevoit que les particuliers n'étoient point disposés I subvenir aux besoins de l'empire , et que , tant qu'on a'invoqueroit que leur patriotisme et leur bonne voonté, l'on n'obtiendroit que des sommes '-tif"^insuffiantes. Convenant avec lui-même que la' Vante qu'il ivoit commise, en ne suivant point la marche de ses
464 HISTOIRE BU 8AS-fiMPtRff.
prédécesseurs, et du dommage qu'il cdusoi^à Vëtatpitl . une douceur qui tenoit de la timidité, il établit da|| impôts. Un muid de bled porté par Tetra nger fut tai<l a un écu. Il ordonna que les vignerons paieroient vu I écu pour cinquante censés de vin , et que ceux qui IV 1 chèteroient des vignerons paieroient double , non^seole' | . ment parce qu'ils étoient plus riches, mais parce ^uVb I' prqfitoient en repos du tras^ail d* autrui. Par les anciens statuts de Tempire , les marchands îlevoient payer dix pour cent, ils furent taxés à cinquante. Cantacuzènete contente de dire que, par ce rnoy^en ^ les Grecs éqoi^ pèrent en très- peu de temps deux cents vaisseaux, amassèrent des richesses immenses , et devinrent niaî* très de la mer. Mais il ne parle pas de rcfTct que durent produire ces impôts , et ce changement dans sa conduite, qui le faisoit passer d'un excès à l'autre. Il acquit ainsi les moyens de se faire respecter de ses ennemis. Il commença par s'occuper du soin de faire rentrer l'île dtf Ghiodansla puissance des Grecs. Dans ce but il envoya des députés à la république de Gênes pour réclamcf celle île, conforménient aux traités. Le sénat ne \\\t point que cette demande ne fût conforme aux principe? de la justice, mais il représenta son impuissance , parcd qu'elle étoit étrangère à l'invasion de cette île , faîle par quelques nobles qui, s'élant déclarés indépendans,avoietil à leurs frais armé des vaisseaux, et fait celte conquête. Il ajouta que , ne pouvant les réprimer par la force, il chcrcheroit roccasion de les surprendre. Ils envoyèrent cette réponse par Jacques Herminio et Pinello Antaro, qu'ils nommèrent ambassadeurs à la cour de Gonstautinople. L'empereur ne reçut point de pareilles excuses, et donna un délai d'après lequel on seroit tenu de lui rendre l'île, sinon il la reprendroit à force armée. Oii convint cependant de part et d'autre d'un traité singulier, et dont voici les conditions: « Les Génois dévoient jouir pendant dix ans (à compter du jour on Ganta-
îiizène ëtoîi monte sur le trône ) de la ville principale )ui a retenu fe nom de Tîle , et- qu'ils en toucheruieht hés revenus, en payant seulement à Tempereur vingt- Jeux mille écus d'or par an ; ils élèveroienf an milieu de ^etle ville Tétendard de l'empire; leur évêque seroil élu, ^elon la coutume , par le clergé de Gonslantinople ; leurs prêtres prononceroient son nom dans leurs prières ; le reste de Tile rentreroit sous la domination de Ganta- :uzène, quinommeroit un gouverneur. Qi^atid un Grec itiroit un procès avec un Grec, il seroit jugé par le gouverneur; quand un Génois en auroit un avce un Grrec , on choisiroit un juge danschaque nation. A Texpiration des dix années, les Génois abandonneroient enlièrement Tîle. » Siméon Véniose et plusieurs des nobles ie Gènes ne voulurent point accepter ces conditions, et dirent qu'ils aimoient mieux être déclarés ennemis de la république que de renoncer à leurs droits sur Chio. Pendant ces négociations, Cibo, le plus puissant des seigneurs de l'île , établi gouverneur de Phocée par le& Génois, députa secrètement vers l'empereur pour faire ies soumissions à ce prince, et le prévenir que , s'il vouloit lui faire passer du secours, il lui remettroit i'ile entre ses mains. L'empereur le loua de sa bonne volonté, le priant cependant de ne rien entreprendre jusqu'au retour des ambassadeurs qu'il avoit envoyés à Gênes, et jusqu'à ce qu'il eût une réponse de cette république, parce que ce seroit agir peu loyalement que de faire la guerre ati mojment où il traitoit de la paix. Mais Cibo ne voulut point attendre, et dans l'ardeur de son zèle, il se perdit. Ayant rassemblé des Grecs à Phocée, il fit voile vers Chio , tomba à l'improviste sur lés Génois, les défit, blessa Véniose, et força les autres à se retrancher dans leurs murs. Le même jour, André Pélrile, Génois, se rendant de Smyrne à Conatantinople avec deux galères, passant, devant rit(>, apprenant ce qui se passoit, aborde et porte du secours à
HIST. DU BAS-EWP. TOM. XI. 3o
466 mSTOI&E DU BAS^^MF|R'B^
ses compatriotçs. Cibo futjiié dans cette attaque, et la .^ Phocéens, se voyant sans chef, retournèrent chez enx« L Les Génois ne surent puini si l'empereur avoit eu queti L que part à cette expédition. Us lui rendireat l*Ue, a'vmi L que celle d|e Phocée, dont il donna le gouyernemeQl ii V Léon Calothète^qu'Apocauque avoit persécute.
La paixn'étott rien moins que rétablie dans la Mprée. Tour à tour ravagée par les Turcs, qui y faisoientde fréquentes incursions, et par les Latins, qui s'étoient rqndu maîtres de VAchaïe, elle ajoutoit à ces deux fléaux celui.de la guçrre civile; et ses habitans, au lieu de se réunir contre Tennemi commun , étoient armés les uns contre les autres. Cantacuzène, voulant y réta» blir Tordre, fit partir des galères sous les ordres <le lyianuel, despote, qu'il chargea du sbin de pacifier cette province, et de se mettrç à 1 abri des étrangers. Manuel
fit cesser la guerre civile par des mesures vigoureuses,
çn châtiant ceux qui en étoient les auteurs ou la fonientoient sourdement. Il fit ensuite un traité avec les Latins, qui s'engageoient à ne plus commettre d'hostilités; se justifiant de leur conduite passée, en disant que la guerre que se faisoient les habitans de celle province les leur avoit fait considérer comme des einiemis de Cantacuzcne. Quant aux Turcs, Manuel les battit tellement en plusieurs rencontres, qu'il leur ôta Teuvieiie revenir dévaster le pays. Ce prince, mettant sa gloire à faire succéder le repos et la prospérité aux troubles el à la famine qui régnoient eu Morée, prit à cet effet des dispositions sages qui le firent arriver au hul qu'il se proposoit. En peu de temps les terres furent cultivées^ Tabondance reparut, et les opérations commerciales reprirent leur cours. Mais les deux partis n'étoleot que comprimés, el n'osoient rien entreprendre, parce qu'ils craignoient Manuel. Ils résolurent de se réunir contre le prince. Lampude trama cette conspiratioo. C'éloit un factieux adroit et profond. Le parti opposé
^vi sien ayant ëlé victariéux^ il fut dépouillé rlç ses i^tens. La réputation qu'il avoit cTétre d'nn naturel njé-^ whant et d'un esprit inquiet, le fit considérer du. prince ccimrae un homme dangereux, <|ui devoit.étre surveillé* Cependant Lampude^ étant venu le suppliér|||^ lui parr donner le passé, lui promettant avec sermlwt de lui garder une fidélité 4nviôlable, rentra dan$ Ips, bonnes grâces du prince, qui lui fit rendre son bicQé En peu de ^emps il devint riche et puissant ; mats il partagfoit les vices de ses compatriotes. Le peuple de la Morée étoit laineux et vindicatif. Les familles dans ce pays lèguent k leurs enfans la haine qu'ils ont contre d autres familles, et cet héritage se transmet d^âgeenâge. Ils n'obr servent , dit Cantacuzène , qu\ine seule loi, c'est cejile d« Srolon , qui déclaroit infâmes tous ceii^ qui demeuroient fieiîtres dans une sédition. Pour faire respecter à Ta-»' venir les côtes de la Morée, Manuel jpgea qu'il falloit — qu'elle entretînt un certain nombre de galères, et que les particuliers contribuassent aux frais de cet armement. Lampude sollicita de ce prince l'autorisation de faire cette, levée, l'assurant que la cpnnoissance qu'il avoit du pays et des habitans le rendoit plus propre qu'un autre à remplir cette mission ; qu'il $auroit aplanir toutes les difficultés, et lui renouvela les protestations de son dévouement et de sa fidélité. Manuel lui accorda ce qu'il demandoit. ,
Lampude partit avec des instruttionsdont il se garda de faire usage, parcourut la Morée, .fit des reproches aux habitans des villes, des bourgs et des campagnes, 5ur leur lâche inaction , sur l'état de servitude auquel 41s se dévouoient, au lieu de conservei» et de défendre •la liberté que leur avoit laissée leurs ancêtres; les excitant à prendre les armes, il les assura que le despote , bien loin d'oser en venir aux mains, séroit trop heu- .reox de pouvoir s'échapper. Il obtint par ses intrigues tan t^ d'empire sur eux, qu'il leur fit prendre l'engage-
468 HISTOIRE BU BAS-£MPtRS«
ment d^attaquer le même jour leurs gouverneurs, et lorsqu'ils les auroient pris, de marcher contre Mâ^ nuei , que cette mesure préliminaire auroit privée de tout secours. Ils exécutèrent ce projet ; et , s'étant reDdô maîtres ittt jour convenu de tous ceux qui commandoient dms les villes et dans les bourgs, ils se rassem- f bièrent , formèrent une troupe* nombreuse , et s'avan- 'fl
cèrent contre le despote sous les ordres de Lampnde, qu'ils avoient élu leur général en chef. Manuel ramasse à la hâte ses. soldats au nombre de trois cents, qu'il mène aux rebelles , qui, n'osant soutenir leur présence*, ft dispersèrent à Tinstaat. Plusieurs se renferment dam dies places fortes , qu'ils furent ensuite obligés de rendre par faniine. Le despote imita son père et leur'pa^ donna. Mais ils ne demeurèrent pas long-temps tranquilles, et, plus tard, lorsqu'ils apprirent la mésintelligence des deux empereurs, et que le jeune Paléologue s'étoit mis en possession de la souveraine puissance, tous les habitans de la Morée se soulevèrent spontanément, tant à cause de leur naturel inquiet et remuant t]u'à rinstigation des fils d'Iaac Asan , que Jean avoil envoyés pour gouverner ce pays. Une seule ville resla •dans Tobéissance , parce que la citadelle, occupée par une garnison impériale éloit imprenable. Manuel ne se découragea point. Constant dans son entreprise, faisant marcher de front la prudence et la fermeté, ce prince finit par réduire tous les habitans, et par leur faire sentir qu'il valoit mieux cultiver leurs terres, élever des bestiaux , que de s'entre-détruire. Il rétablit la tranquillité, qui ne fut plus troublée pendant son gouvernement. Les Latins l'attaquèrent, mais , ayant été battus, ils devinrent ses alliés, et l'aidèrent à triompher des Turcs. Ils l'accompagnèrent dans une irruption qu'il fit en Béotie contre le prince Roger de Lorîa. Manuel se fit chérir par sa douceur et son exactitude à tenir ses promesses. Les princes voisins se contentoient de sa' pa-
le
role, et, dans leurs conventions avec lui« n^exigeoient ^ jamais le serment.
; L^empereur envoya dans le même temps an sultan Air. i34! : d'Egypte une ambassade au sujet du patriarche de Jérusalem, qui a voit été persécuté pour sa causé, et des chrétiens de la Palestine, pour lesquels il réclamoitia bienveillance de ce pvince. Lazare ayant été, sous le règne d'Âdronic, élu patriarche par les évêques de sa province, il vint, selon Tusage, à Constantinople pour Faire confirmer par l'empereur son élection. Un moîne^ nommé Gérasime, Tayant calomnié, le prince avant de. prendre une décision, voulut que Lazare se justifiât, et chargea des ambassadeurs qu'il envoyoit au sultaa de conférer avec les évêques, et de prendre avec ces prélats des renseigna mens sur Taccusation dont le nouveaa patriarche étoit Tobjet. Ândronic étant mort sur ces entrefaites, et la guerre civile ayant commencé, Lazare fut soupçonné de favoriser le parti de Canlacuzène, condamné par Timplacabie Jean d'Apry, sans concile,, sans preuves, sans procès, sans même être accusé, et Gérasime élu à sa place. Se voyant traité de la sorte » Lazare voulut se réfugier à Didymotique auprès de IVmpereur ,et, s'évadant de Constantinople, il se rendit furtivement à Galata. Le patriarche Jean , averti de sa fpite, envoya prier les Génois de le lui livrer. Ceux-ci donnèrent au prélat réfugié chei^eux le choix d'entrer dans Téglise latine, avec la promesse d'y occuper les pre-mières dignités, et de recevoir des honneurs du saint-père, ou d'être reconduit dans la capitale , et remis entre les mains de son ennemi. Il répondit avec indignation , rejeta, leurs offres , se moqua de la vaine prétention qu'iU avoientdelui faire adopter leurs opinions, et leur annonça qu'il les ramèneroit plus aisément aux siennes par la solidité de ses raisons qu'ils ne l'attireroient dans leur 4(i^reur|par les promesses ou les menaces. Le voyant inébranlable , ils s'emparèrent de sa personne , Lui
470 ftiSTOlIlE uu baS-ê&piIiï.
lièrent les mains derrière le dos, et le condiiîsîreht ôani cet état au patriarche de Constanlinojïle, croyant qrfil en seroit Ynaltraitë. Mai^ la manière dont Lazare avoit repoussé les séduclîdns et brav<î tes menaces des Génois faisoit du bruit ; et cOmme elle étioit connue et apprbnv^ dans la capitale, Jean d'Apry se crut obligé dé le bi«l recevoir, il le fit asseoir à côté dé. lui, l'entretint familièrement', lui donna le titre de confesseur, et le renvoya ^ns lui faire ni bien ni mal. La détresse dans ' laqii^le se trouva Lazare , qui ne demandoit ni x\e reccvoit aucun secours, lé força d'aller trouver Cantacmènc,' auprès duquel il resta pendant la guerre civilci Ce fot donc pour ce prélat que l'empereur le déptita verè lé sidtan , en le faisant accompagner de Sergopule, citoyen dé Constanlînople. •
Lé sultan , flatté de l'honneur que lui faîsoît Canta- <!u2ène, envoya le patriarche dans la vifle sainte , avîec ordre au "gouverneur musulman de chasier Gérasime, de mettre Lazare à sa place, de lui rendre de grands honneurs, et de lui accorder toute la protection don( il pourroît avoir besoin. L'éloge qu'il avoit entendu feire de l'emperonr, qui passoit pour avoir conquis le trône ( premier de tous les mérites aux yeux des princes ttircs, qui ne songeoient qu'à s'agrandir et ne révoient que conquêtes j , iuspiroit au sultan d'Egypte le désir fie Contracter une alliance avec le prince grec. Il lui écrivit une longue lettre, dont voici quelques fragmens. « Que ^ Dieu prolonge les jours de Cantacuzèiie, grand, pni- « dent, lion, fort, la colonne inébranlable des baptisés, « le défenseur de la doctrine de Christ, Tépée des Ma- « cédonîens; le Samson , le roi des Grecs, des Serviens, « des Valaches, des Russiens, la gloire de la doctrine « des Ibériens et des Syriens, l'héritier de leurs terres, le « maître des mers, des tleuvpset des îles. Demandez ce « qu'il vous plaira à notre puissance et à notre farttillet|m «< a la lumière et la sainteté en partage Nous avons
HISTOIRE DU BAS-CMPIRt. 47^
«donne audience à vuti*e ambassadeur, et nous lui avom; «'. accordé tout ce qu'il nous a demandé. li nous a de^ « riiandé le rélablissemeiU d'une vieille é|;;li$e de Saint- « George; à quoi nous avons satisfait : il nous a demande « la permission d'aller adorer^ avec ses compagnons , te «« lieu de la sainte résurrection ^ ; ce que nous lui avons
,« aussi accordé , et nous avons nommé un ambassadeur ¥ pour raccompagner dans son voyage. Il a adoré autant
■é de lemps qu'il a voulu, et il est revenu fort content.
n Quant à Tédit qu'il nous a demandé, par lequel il fût
*«< défendu d'inquiéter les chrétiens qui habitent dans * les saints lieux At Jérusalem, et par lequel il soient
.^ mis sous notre protection, de telle sorte que, tant « ceux qui demeurent dans ces saints lieux qnft ceux « qui y viennent pour adorer, ne soient plus injuriés,
« nous avons donné tous les ordres qu'il à souhaités
«* Il nous a demandé encore la délivrance de tous c6iix « de vos sujets qui se trouveront esclaves dans l'étendue
:«. de nq^ états: nous sommes bien ^i&e de vous faire
. « savoir la coutume que nous observons à cet égard , « qui est d'échanger Us prisonniers, et de ne renvoyer
••« les Grecs que nous tenons qu'en recevant nos sujets « que les Grecs tiennent. U a aussi demandé pour les « marchands la liberté de demeurer tant qu'il leur
• « plaira sur nos terres : nous lui avons fait expédier un « édit sur toutes ces choses. Si vous désirez quelque
' « chose de plus, faites nous le savoir. » Après de grands éloges sur la générosité avec laquelle Cantacuzène a pardonné à ses ennemis , sur l'alliance qu'il a contractée avec le jeune Paléologoe en lui donnant sa fille, le «ultan termine par des souhaits*, par la formule en usage
« Ces rlpreMÎons dans la bouche éonvcnancos en tc^nant ce langage ,.
:àx» Miliao d*Bgypte «obt remarqua* el parlant arec décence d'une reK«
blés , ainsi que toute xettc lettre gion dont tout le» musulmant. sont
dont DouK ne donnons qn*iin tièt- ennemis jurés, f^ojr, liist. de Caota-
^<H>urf extrait. Il semble que te prince cutènc, Uv. 4, chap. i4 » tradi^ctioa
«jifli» c«t «a un^tÉMnt .ftthii lUtf tii^«.
dansTOrlent, qui prescrit et rend obligatoire Texpreision d'un hommage à sa religion. Il finit ainsi f^'y^ lettre : « Que Dieu étende votre cœur et votre empire, m « el vous donne cent pour im ; qu'il rende votre ëpée l|oi « formidable; qu'il vous fasse heureux par sa magni- Ha « ficence, ainsi^oît-il. J'en prie le Dieu Très -haut. Celle t( lettre a été écrite le quinzième jour du mois de saapau, ht « Tannée sept cent cinquantième de Mahomet. Elle a h « été écrite par Tordre du Très -haut. Gloire soit à k |t « grande gloire de Dieu. Je prie et j'adore Mahomet « el se6 disciples, qui sont les plus illustres créatures de « Dieu. » Gérasime, ayant été chassé de Jérusalem , vint trouver le sultan pour dénoncer Lazare. Mais il mourut subitement trois jours après son départ. Le sultan De lui ayant survécu que de peu de temps, son successeur) bien loin d hériter de ses dispositions envers les chrétiens, excita contre eux une violente persécution. On s'empara de Lazare: on voulut le corrompre et Tengager à embrasser Tislamisme, dans Tespoic qne les chrétiens du pays suivroient son exemple. Il défia ses bourreaux, qui le condamnèrent à mort. Le sultan voul«l qu'on lui fît grâce, et qu'on punit sa désobéissance d'une autre manière.- Ce n'étoit point ce prince qui exerçoit ces cruautés, mais un de ses satrapes nommé Sich, qui fit inhumainement déchirer Lazare à coups de nerfs de bœuf, et jeter ensuite dans un cachot. Sich , ayant péri quoique temps après d'une mort violente, le patriarche fut mis en liberté, et rétabli sur son siège. Après la mort du satrape , le sultan , moins cruel que lui , ne maltraita plus les chrétiens. Il se contenta d'exig:er qu'ils portassent des vêlemens de la même forme , mais d'une couleur différente «le celle dont se servoient les Turcs. Lazare fut dans !a suite envoyé par le sultan , en ambassade à la cour de l'enjpereur Jean Paléologue.
Isidore /patriarche de Constanlinople , sacra dans le même temps plusieurs évêques, entre autres, Grégoire
Palamas , qui venoit d'être nommé archevêque de ThessalpiiiqiiP. A son départ pour aller prendre possession de son siège , Cantaciizène lui doima des lettres pour Alexis Métochite , protosébaste, et pour André Paléologue, quicommandoient dans cette ville. L'empereur leur recommandoit le nouvel archevêque : mais , au lieu d'avoir^pour le prélat des égards , ils ne voulurent pas le recevoir , déclarant qu4ls ne reconnoissoient pas Cantacuzène , qu4ls accusoient d'avoir dépouillé Jean Paléologue de la souveraineté. Il est probable que ce refiy^on plutôt celte révolte , dont nous verrons les suites , augmenta les dégoûts que ce prince prétendoit éprouver depuis long-temps dans l'exercice du pouvoir, et donna plus d'intensité au désir qu'il avoit de s'en démettre, et de se retirer du monde. C'est à l'occasion de la conduite des gouverneurs de Thcssalouiquc qu'il exprima ce désir avec plus de force , et qu'il forma le projet de le satisfaire. Il raconte que la nécessité de se défendre l'obligea seule à diiTén^r sa retraite; et que, lorqu'il fut monté sur le trAin», les soucis et les inquié- -tiuies ne firent qu'accroîî re son envie. Il ne faut pas oublier que nous n'avons que lui pour garant de sa sincérité; qu'ayant composé son histoire dans la solitude , et long'temps après l'époque où nous sommes, il a peutêtre eu l'intention et l'adresse de vouloir préparer d'avance le lecteur à cet événement , et ^ faisant de nécessité vertu, couvrir l'humiliation de sa chute. Quoi qu'il en soit , comme l'abdication volontaire ou forcée d'un empereur est digne d'observation , celle de Cantacuzène mérite d'être étudiée, pour connoître toute l'étendue de son sacrifice, et savoir jusqu'à quel point il fut libre ou contraint. C'est dans ce but qu'il est nécessaire de raconter (d'après lui-même) qu'à l'époque où Métochite et Paléologue lui firent l'insolente réponse dont nous avons parlé , l'empereur fut tourmenté d*un plus grand désir que jamais (ce sont ses expressions) d/e
mener rine vie tranquille: Il en fit part à l'impératiiisP^ Irène, sa Femme. Elle approuva son dessein , et xiàw^ deux demeurèrent d'accord , l'un , de se retirer et déH p mettre sons la direction de Philothée , ëvéque d'Hëri- P clée en Thrace , qui a voit été supérieur d'un couvent dfl \^ mont Athos ; Tantre, de se faire religieuse dans le monastère de Marthe, sœur du premier des *Palëologues. DansTIntention probablement de s'éprouver lui-mêroe, Cantacuzène voulut prendre les conseils de Phîlothw, tant à cause de ses connoissances dans les lettres sacréfs |it et profanes que parce que ce prélat avoit une gr^ntie expérience dans les exercices monastiques. Cenlile motif pour lequel il choisit le monastère de Sakit- Mamas , qui , quoique dans la ville d'Héraclée , ëtoit fort solitaire. Il est vraisemblable qu'il communiquace projet à quelques-uns de ses amis , puisqu'il parle de deux qui vouloieut partager le même sort , et préférer la solitude aux grandeurs de ce monde : c'ét oient Nicolas CaUasiias et Dëmëhius Cydone , pour qui ce sacrifice éloil moins grand , s'ils avoient , comme le dit rhistorion , la passion de l'élnde. Aucun obstacle necontrarioit leur dé^i^, puisqu'ils n'étoient ni l'un ni l'autre enj^apés dans les liens du mariage. Us varièrent tous te trois dans le choix du couvent , et, pour des raisons que nous ne connoissons pas , préférèrent à Saint- Manias celui de Mangaue. C'est d'après ce motif que ce dernier monastère « fut doté par Cantacuzène : il y affecta Ae grands biens pour la subsistance des trois solitaires qui dévoient s'y retirer. Au moment où il paroît que tons les t rois s'occii[)oient sérieusement de ce projet , deuxévé-
« Ct'tlt* dotation , faite d'a^'ance , rexamcn (juc nous faisons, ii est de
peut faire croire à la réalité du pro- notre devoir de n'omettre aupun?
jet. Cependant beaucoup de princes clrconsiancc. Cantacuzène dota til
et de personnes ricljc» ont doté des le couvent pour s'y retirer, on If
couvens hans avoir eu l'idée de s'y choisit- 1 -il parce qu'il ravoit dolc?
retirer. U en pouvoil être ainsi de Jusqu'à quel point l6 posL hocer§o
Cantacuzène, dont la piété ne petit propler hoc doit* il recevoir son ap'
être révoquée en doute. Mais, dans pUcAtion?
HISTOIRE DU BA^-EMPiai:. 47^
viémens forcèrent de l'ajourner, et détournèrent Pattention de Cantacuzène en rendant son intervention né^ ^essaire ; c'ëtoient l'élection d'un nouveau patriarche poor remplacer Isidore , qui venoit de mourir , et les troubles de Thessalonique , qui fournissoient Toccasion de reprendre cette ville avec moins de difticulté.
Isidore , patriarche de Constantinople , mourut après avoir gouverné son église , pendant deux ans et sejpt mois , ayec une charité exemplaire, suivant Cantacu- Eène. Nicéphore Grégoras le traite de visionnaire , qui préteiidoit être en commerce avec le ciel. Cet historien raconte qu'il vouloit faire passer ses songes pour à%s oracles j et qu'il avoit prédit à l'empereur , sur une •pareille autorité , qu'il triompheroit facilement des Génois de Galata. Ce seroit d'après un motif si puéril que le prince crédule auroit commis toutes les fautes que nous avons fait remarquçr , et précipité l'attaque , comptant sur la victoire que lui promettoit Isidore. Si ie reproche est fondé , Cantacnzène n'a pas eu la fran^ chise d'en faire l'aveu. Micéphore représente le patriarche comme l'objet de toutes les railleries depuis que l'événement avoit si peu justifié la prédiction , et le fait mourir d'un chagrin dont l'action fut puissamment secondée par une dyssenterîe. Dès que ce prélat eut rendu le dernier soupir, les inirigues commencèrent pour la possession du premier siège de l'église grecque. Les évêques, divisés à cause de l'opinion du moine liarlaam , que les uns condamnoient , tandis qu elle étoit admise et approuvée pv les autres, flottoient incertains dans leur choix. C'est ici que la vérité n'est pas facile à connoître , parce que les deux historiens qui nous ont f ransmis le fait peuvent être également taxés de partialité. Cant-acuzue ne fait que l'indiquer, en disant qu'il nomma Callixte, moine du monastère des Ibériens du i^vônt Athos, ajoutant qu'il y fut décidé parjflrréputation'de vei'tu qu'avoit ce religieux : ce qui crelermîna
le prièrent ae ne pas user ae son mnuence coni candidat ; mais il fut inexorable , tenant fernien Topinion contraire à celle des palaruites. Nous ^ occasion de revenir sur Topposition des deux histo à propos du concile convoqué pour examiner la do d\m moine qui divisott Téglise grecque en deux | Cantacuzène fit sacrer Callixte par les évéques de T qui se trouvoient à Constantinople. Nicéphore ; que ce fut avec répugnance qu41s prêtèrent lejur n tère , et que , moins courageux que lui , ils n'o; résister à Tautorité souveraine. Ensuite il représe patriarche persécutant tous ceux qui ne croyoient aux rêveries des palamites; les )etant en prison , ( dant , quand ils mputoient, qu'on leur donnât la iure ; ne voulant point qu'on restât neutre dan: quereïle fort peu importante , exigeant à cet e£f(f réponse catégorique, d'après laquelle il accord protection ou déclaroit sa haine. ]^}icéphorc avouant que Cantacuzène n'autorisoit point ces l'accuse de les laisser impunis. Il y avoit à peine mois que Callixte étoit sur le trône patriarchal , grand nombre d'évêques , fatigués de sa conduite 1
^x une mutuelle indulgence, et de couvrir leurs fautes Niih voile épais. Ce conseil fut suivi , et la tranquillité
Efnentanément rétablie. Cantacuzène se tait . sur ces s dans son histoire ^ , et ne parle de Gallixte qu'à iBccasion du concile qu'il fut obligé de convoquer. Si ■È' patriarche mérite les reproches dont sa mémoire est Kérgée , il faut convenir que l'empereur n'éfoit pas Itenreux dans son choix. Jean d'Âpry , qu'il éleva sur ' ië trône patriarchal malgré le clergé, et contre toutes %es convenances, se conduisit de manière à faire présumer que Cantacuzène renonceroît à se mêler des élect^ns; et cependant , sans lui, celle de Callixte n'eût pas eu lieu.
Sur ces entrefaites, Cantacuzène reçut des dépêches aw. i35o.
^iè Métochite, protosébaste , et des principaux citoyens
^e Thessalonique. Ils lui dehiandoient un secours pour
«lÉrnpécher que la vîlle ne tombât au pouvoir des Ser-
■'^îens, qui la menaçoient. Métochite expliquoit la con-
^ «Alite qu'il âvoit tenue, et la justifioit par la nécessité
dans laquelle il s'étoit trouvé d'obéir à Paléologue,
n'ayant aucun moyen de lui résister. Ce gouverneur
avoit brûlé en place publique la lettre dont Palamas
étoît charge. Le protosébaste regardoît cette action
comme une révolte manifeste , et la fit envisager sous
ce point de vue par ceux des Thessaloniciens qui jouisr
sûienj; de sa confiance. Ils partagèrent son indignation ,
et; se réunissant aux troupes dont Métochite pouvoit
' Pour opter entre le silence de ininicain ) ue sauroit être une auto-
Captacuzène et les déclamations in- rite, parce qu'ayant écrit dans le
jurieuses de Nicûphore Grégoras ,' dix-septiè||^e siècle, il n*a pas eu
dont nous ne faÎMOns qu'indiquer les d'autres sources que celles où chacun
accusations contre Callixte, on n'a peut puiser. Il paijittroit avoir forin<S '
que son. propre jugement; et peut- son opinion sur le récit de JNicë-
être le meilleur parli seroit de croire phore , qu'il adopte ; et comme Caa- \
que i*un est trop emporté , trop exa- tacuzène se lait, Micéphorc^ n'étant
géré, et l'autre trop discret et trop point contredit, on semble avoir un
réservé. Le savant auteur de Von'ens motif suffisant de croire à «on témoi-
ChrisLÎanus ( Michel Lequien, do- gnagc.
disposer , ils se cKklarèi eut contre Paléologue et la 1^ zélés. Palcologue excita les matelots à prendre les arroeii ff Les citoyens, qui |)récédemn)ent avoient appris à leurs dépens qu'il ne fdiloit pas perdre de délai, tombenlà p la pointe du jour sur le gouverneur, et le chassent et f^ la ville. Il se réfugia près du crâle, et de l«i se retira an mont Athos. Les zélés, qui avoient jusqu'alors affecté |' un grand dévouement pour Tempereur Jean, fils delà ^ princesse Anne, et présenté INlétochite et son parli comme ennemis de ce prince, levèrent le masque, et cabalèrent pour livrer Thessalonique aux Serviens^ Le crâljc les accueillit, les encouragea, répandit l'argent avec profusion pour corrompre les chefs de l'autre parti. Il attachoit le plus grand prix h la possession de Thessa- ^^ lexique, qui, passant pour être la seconde ville de TeriH pire, recevoit de sa situation une grande importance, et donnoit au crâle de grands avantages. Il n'épar* gna donc rien pour s'en emparer ; ni la ruse, ni la force, ni l'argent, ni les menaces : tout fut infttile. Mais le proloséhasteet les citoyens se trouvèrent dans la position 1 la pins critique, parce qu'ils étoient également hors d'otal de résister aux Servions, et de contenir une population que ridée d'un siège et de la guerre glaçoit d'effroi. Ce fut dans ces circonstances qu'ils députèrent vers Cantaciiz(»ne. Ce prince leur fit dire de soutenir le siège jus^qu'à sAx arrivée, promettant d'arriver hjentôt à leur secours. Il envoya sur-le champ demander des troupes à son gendre Orchan , qui fit partir vingt mille hommes de cavalerie, sous la conduite du prince Soliman , son fds. L'empereur s'embarquoit en même temps pour passer en INÎacédoîne, emmenant avec lui Jean Paléologue ,^)our ne pas le laisser, dit-il, à la disposition des barbares. Il rappelle à cette occasion qnc, peu de temps après le mariage de sa fille Hélène avec le jeune euipereur, Orchan avoit envoyé des gens d'une haute taille, adroits cl robustes, sous la conduite d'un
UISXOIKE DU B1S-£MPIIIE. 4^9
^iQuque I pour servir Paléologue. Gantacnzène ajoute ^e le but réel, raais secret, éloîl de le massacrer. Prémmaht que cette assertlqn sans preuve pourroît être ontestée, ij prétend que c'étoit chez les Turcs une pfaiquc constante de se défaire par l'assassinat du rival » u du compétiteur d'un prince allié. La mort de Jeaa paléologue laissoit Cantacuzène paisible possesseur du xône. Telétoitlc motif qgi faispit agir Orchah. L'enipe- '<ur raconte qu'ayant été averti de cet odieux projet, 1 ne permit pas que le jeune prince parût sans lui hors lu palais pendant le temps que^'les ambassadeurs du »ultan séjournèrent à Constantinople. Sbn inlention îloît de délivrer Thessalomque , d'y laisser son gendre, st de revenir dans là capitale achever les préparatifs :jui dévoient le mettre en état de reconquérir sur le çrâle toutes les villes et provinces que ce dernier avoit prises. Anne n'y voulut point consentir, et le pria de Uiî ramener *son fils. Ce fut en vain qu'il voulut lui faire voir l'utilité de la présence du jeune empereur à Thessalonique, après 1^ reddition de cette ville, parce f{u'el1e seroit facilement contenue. Son plan étoit de rejoindre Jean Paléologue avec une armée formidable pour reprendre ensemble les villes de la Macédoine, de ' la Thessalie et de l'Acarnanie, usurpées par les Serviens. L'impératrice persista dans sa prière de lui ramener le prince après la prise de Thessalonique ". A son départ l'empereur, ayant appris que les Turcs traversoient THellespont , se fit descendre à terre pour se concerter avec leurs chefs. Il leur indiqua les roules qu'ils dévoient prendre pour empêcher que la Macé-
* Gaotacuzèné, après avoir rendu soin de lier à cette circuosiancc les
compte de sa proposition , de son cvéneincns que uous verrons hienlôt
(^an , et du refus de l'impératrice , arriver, et de se rappeler en temps
ne se permet aucune observation, et lieu rassa>sinat médité par Orclian
Qe n'est cependant pas sans inten- pour opposer le service rcjidu alors
tion qu'il est enirë dans ces détails à la conduite que tint plus lard Jean
pim intéressans en eux-mêmes. Paléologue F
Jl-t-U voulu iaiiscr à son lecteur le .
48o HISTOIRE DU BÀS-KMPIRE.
doine , qu'il espéroit pouvoir bientôt faire rentrer sotuttl R domination, nf> Fut ravagée, et leur recommanda de nel ci canser aucun dommage. Ayant donné le commande- |P ment de l'armée de terre à Mathieu, qu'il^^chargeadelu montrer le chemin aux alliés, il se rembarqua, apràlr être convenu du jour où se feroit » près de Thessak-lq nique, la jduction de leurs troupes respectives. Aulifolr de se rendre à Thessalonique, il voulut , chemin faisant, \ï prendre Anactaropale, et s'arrêta devant cette place. Il n'est pas inutile de remarquer dans Cantacuzène cette le marche constamment suivie par lui, et qui- souvent 1! nuisit à ses smairis : nous ei^ avons vu plusieurs exenh |l pies. Tous prouvent que, s'il ne perdoit pas de vue le but d'une entreprise , il faisoit un déloiy pour y parvenir, et ne s'avançoit pas directement vers ce bat. Anactaropole étoit une ville de la Thrace gouvernée par un homme d'une naissance obscure, n^miné Alexis. Il étoit du hourg de Bollicome en Bithynie, avoit servi pour Apocauque dans la guerre civile , et commandé une barque de pirates. A la mort du grand-duc , n'ayant plus de protecteur, il conçut le projet de s^emparer d'Anactarop«)le, espérant que la possession de cette ville lui donneroit la facilité de prendre celle de Christopole. Maître de ces deux places, il comploit harceler les habitans de la Thrace, ceux de Lemnos, et séparer leur pays du reste de l'empire. Il ne réussit que dans la prise d'AnactaropoIe, et fil de cette ville le centre de ses courses maritimes et de ses brigandages. Il avoit dans le port un grand nombre de galères et de barques. Il est probable qu'il sut se faire ainier ou craindre des habitans, puisqu ils le secondèrent , et firent une vigoureuse résistance. Après trois jours d'une attaque infructueuse, quoiqu'il U:>ât de tontes les machines propres au siège, Cantacn7>ue fut obligé de renoncer à son entreprise et de se retirer, croyant venger l'affront qu'il éprouvoit en brûlant les vaisseaux d'Alexis. Pendant qu'il perduit
mUTOIRl DU BlS-^XtfPIEB. ^i\
•on temps, les Turcs retournoient dans lear pays. On crut d'abord que c'ëtoit par suite de leur haine contre Paléologue ; mais, eu rapportant cette conjecture, Cantacuzène dit qu'elle n'a voit aucun fondement, et que la arëritable cause de la retraite de ses alliés éloit Tordre que reçut Soliman de son père. Orchan lui prescrivoit de revenir le plus secrètement qu'il pourroit , parce qu'il "^voit besoin de ses troupes pour se défendre contre ses voisins, qui l'avoient attaqué depuis leur départ. Il lui défendoit de déclarer le sujet pour lequel il se retiroit. âoliman obéit, traversa THèbre, fit une irruption sur les terres dv$ Bulgares , et revint en Asie avec du butin et des prisonniers.
Mathieu, que cette défection aifoiblissoit en le réduisant aux seuls Grecs, qui étoient en petit nombre , et ^onséquemment insufBsans pour combattre même les jpostes des Serviens cantonnés d^ns le pays, licencia sa troupe, et prévint son père, qui fut très- contrarié de cette nouvelle. Cependant il continua sa route. Etant à l'ancre pour passer la nuit près d'Amphipolis, il fut averti par le gouverneur de cette ville, ^nommé Brajan , son ancien ami , de l'arrivée d'une flotte de vingt-deux vaisseaux turcs qui venoient pour dévaster le pays. A la j^ointe du jour il engagea ces Turcs à se joindre à lui pour attaquer Thessalonique. Ils y consentirent sans «difficulté. L'empereur les conduisit $ur*le-champ devant cette ville, qu'il trouva dans le plus grand désordre, parce que ses amis, ayant égiAsé tous les moyens de contenir le peuple, commençoient à s'abandonner an 4éaespoir. L'arrivée de Cantacuzène rétablit le calme : les cris de joie et les applaudissemens succédèrent aux filaintes , aux reproches; et les deux partis qui , la veille t étoient près d'en venir aux mains , déposèrent spontanément les armes. Le vainqueur rassembla les habilans i et ne perdit pas l'occasion de leur faire un discours, uqfïil n'a pas cru devoir conserver. L'éternelle répétitiea
de «OB' innocence, 1 i s ''dont n
avons vo le rëcil, et- re| hc ^itok la cou*
doite 4e8 Këlës , tels nt les objets que roralepr traiU dans ce discours. Ce qui valoit mieux ^clesl la memn qnUl prit pour faire disparottre les causes des troofaki en donnant Tordre de transférer les principaux factim à Gonstantinople, et de chasser les autres de Theisakh nique. Il reprit ensuite sur les Se/viens les forts sil dans les environs de cette ville.
Peu de jours après la soumission des habitans dt Thessalonique, on vit arriver dans le port de cette vitlt. quatre galères vënitiénbes sur Tune desqueltes ëtoit ua ambassadeur nommé Jacques Bragadin , d^ine despiqs, illustres famille de cette république. L*ob}et de sa mission étoit d'engager Çantacuzène à se joindre aux Yé^ nitiens pour faire la guerre aux Génois. Ces deux peupleSi presque toujours en guerre, parce que leurs intérêts étoieajt,, toujours en opposition, ne déposoient les armes qos pour les reprendre, et ne concluoient de traité que pour les rompre. Depuis que la famille Paléologue occupoit le trône, les Génois avoient acquis une grande puis^ : sance et des privilèges. Ils saistssoient bsbilement Toe* casiou d'en accroître le non\bre ou l'étendue; Dans la . guerre civile, ils avoient plutôt protégé que seconni Tirapératrice et son fils , dont ils obtinrent de nouvelles . concessions, et consolidoient ainsi leurs établissemeni sur les côtes de Tempire d'Orient. Maître du détroit psr lequel T Archipel commjinique avec la mer Noire , ils eurent la témérité d'établir un droit, et Tinsolence d'interdire ce passage à tous les bâtimens de guerre/ même à ceux de l'empereur grec. Ce droit fut reconnm par le Soudan d'Egypte, qui paya fort cher la permis- . sien d'envoyer sur les côtes de la Circassie un vaisseaa. pour acheter des esclaves. Les Génois et les Vénitiens avoient reçu des Tartares une égale autçrisation pour commercer avec eux. L'un de ces marchands ( on n%
UfSTOlRE DU BAS-^EMPIRE» 4^5
nît s'il éloît de Venise ou de Gènes ) , ayant pris querelle ^ec un Tartare qui lui donna un soufflet , lui passa i-ir-le-chanip son épée au travers du corps. Les barbares ingèrent leur camarade, pillèrent sans distinction tous ss comptoirs établis sur la côte de Tana, en détruisis «nt une partie , et massacrèrent plusieurs ËuropéenSi ^es Génois et les Vénitiens convinrent entre eux de ne ^lus commercer avec ce peuple, et de ne pas leur fournir es denrées dont ils avoient le plus de besoin, parce |u'ils s'en étoient fait une habitude. Cet empire de "^habitude dont ils ne pouvoient secouer» le joug, tout barbares qu'ils étoient, les obligea de faire quelques avances pour ramener c||k eux les objets dont ils ne i^voient plus se passer ; et comme les Vénitiens leur étoient moius odieux que les Génois, ils s'adressèrent ^ux premiers, avec lesquels ils renouèrent en secret leurs anciennes relations. Les seconds , regardant cette conduite comme un manque de foi, résolurent d'en tirer vengeance. Ils s'emparèrent un jour de tous les vais^seaux sortis de Venise pour trafiquer dans la mer Noire^ et même de tous ceux qui appartenoiejnt aux diverses colonies de cette république. Cette capture se fit sans aucune déclaration de guerre* Il n'y avoit aucune proportion entre ToiTense et le châtiment. Furieuse à son tour , Venise jura de ne pas laisser cette insulte impunie. Elle équippe une flotte de trente-cinq galères, dont elle donne le commandement à Marc Ruccinio , ainsi qu'à Morosini. Ces deux amiraux entrent dans la baie de Cavisto, traversent une escadre géiloise composée de quatorze vaisseaux, l'attaquent, et s'en emparent malgré kl belle résistance de Philippe Doria. Gomme cette victoire n'éloit rien moins que décisive. Gênes conservoit toujours toute sa supériorité. Venise lui chercha partout des ennemis. Supposant que Cantacuzène en-» treroit avec joie dans la ligue qu'elle formoit, parce c[u'ii avoit contre les Génois des plaintes graves et
414 ttitroiai B9 lAS^BMFtm*.^
fondées , die soUicita «ftti élvÊÊttàé,- ef liai ' cnvofi amhf Mfiâeiir. Tek aoiil et la éame* et le motifs lêcqiieis iVmperear vit arriver dans le port: da 9 looiqne quatre galères vénitiennes. La ' répiiUti|iif se trompoit point sar les dispositions dé Cent n étoit outré omatre les Génois, mais an mémefl obligé de (|issiniolpr son ressentiment « parce qu^iln* pas lei: mojrens de te satisfaire, ayant sur les, Scflrvieus , dont la puissance , augmentéer par la civile y lui- causoit de justes alarmes* Il répondit à Vwàr bassadeur qu'il ne pouvoit s'occuper pour le moiÉril que de son ennemi,^ contre lequel il loi falloit réiiBii|s ^ IQOS ses moyens. Bragadin Itfj^pliqua qne son g<NiW*|i f|ièment se chargeroit de faire restituer par le crâletoiM ses conquêtes, fondant cette présomptueuse jHrdffisttle sur «me circonstance qui prouve et Tinfluence qu^avoit L alors Venise et le parti qu'elle sayoit en tirer. Etieimf || quoique souverain indépendant , étoit membre dn làoA \{ de cette république , qui croyoit qu'à ce titre le crik|| Ijai devoii obéissance , et qu'il s'empresseroit , lorsqu'elle lui en donneroU l'ordre , de rendre aux Grecs ce qQ^il leur avoit pris. Il est probable que cette garantie ne parut pas suffisante à l'empereur, qui persista dans6on refus et renvoya Tambassadeur avec des présens. * Depuis que le crâte avoit usurpé le titre d'empereur, il prenoit des mesures, et faisoit des dispositions qai prouvoient que son intention étoit de le garder. Sentsot toute rimpoTtance de la ville de Bérëe, qui le rendoit maître d'une province de l'empire grec, il ne négligea rien de ce qui pouvoit lui en assurer la conservatioD. L'exil des principaux habitans et de ceux qui pouvoient avoir de l'influence, leur remplacement par des Serviens, une garnison formée des meilleurs gens de guerre, la construction de deux citadelles, d'une double muraille, tels étoient les moyens de défense employés par Etienne. Il) paroisaoient irr^istibles. Leur excàs-causa cepekidênt
BI8T0IRE DU BÀS-EMPIR7. 4)^5
perte de la place , et le prince se la vit enlever parce 'il avoit vouln trop faire pour la rendre imprenable; s deux citadelles, Tune et oit achevée et confiée à la gardé s Allemands, Tautre, dont le tracé occupe^ un terrain mense , parce qu'elle devoit être construite sur un "^lan gigantesque , exigeoit pour son développement U ^estriKtion d'un grand nombre de maisons, dont où ^voît chassé les propriétaires. C'étoit plutôt Une ville ^^'one citadelle. Elle devoit avoir une grande tour et 'trois petites , calculées de manière à résister ^ la doubla attaque que feroient simultanément une armée de siégé 6t les citoyens qui la seconderoient. Quelque célérité qa'on eût mis dans les travaux ils n'étoient pas encore entièrement achevés. Cantacuzène sentit qu'il n'avoit pas un moment à perdre. Il disposa ses troupes, aà nombre desquelles étoient des Turcs qui, après avoir dévasté la Macédoine , s'étoient joints à ses soldats. Parmi leurs prisonniers étoit le fils deMarzelat, premiet" berger du pays, qui jadis avoit gaVdé les nombreux trou^ peaux de l'empereur. Les plus riches d'entre les Servient lui confioient les leurs. Cet homme se jeta aux piedi du prince pour le supplier d'user de son pouvoir sur tel Turcs pour lui faire rendre son fils. Cantacuzène raconte que , par un çaouvement indépendant de sa volonté et précédant toute réflexion , il tira cet homme à part ^t lui dit qu'il s'engageoit à lui faire rendre son fils , s'il vouloit l'aider à prendre Bérée et dresser de» échelles autour de cette place. Marzelat promit plus qu'on ne Inî demandoit, parce que ^ pendant la nuit, il gardoit les troupeaux des Serviens entre les deux murailles sans quMl y eût de garnison. L'empereur combine aussitôt sur ce renseignement l'expédition qu'il médite. Il donné ordre à ses matelots d'amener à l'embouchure du fleuve qui se jette dans la mer près de Bérée ^ les Turcs pouf l'attendre dans un endroit désigné; il devoit, de soi» côté , conduire par terre ses soldats, en laissant son fils à
1^6 irisToimv bv ia«^iii>ie&
Thfssaloniqiie* Cette entrepi , îtoll ' pts
dâilger , devoit avoir lien la nu&x 9w^am%e^ Le» prescrites s*èxé€Qtent en effet. Cântacnièné fmnëj •^avance silenciensement au liea da rendfii-^oQai râii il n-y troav9 point les rhnsalmans. L'embotiehnre di Aeove étant pleine de sable et de limon , leamalëkyttMJ pouvant surmonter cet obstacle , les vaisséanx restoM immobile. LVmpereur, qui ne ponvoit s'èxfrtiqoêt b I f cause de ce retard, ëloit dans des transes mortelles. H |< •e croyoit obligé de renoncer à son projet, et se sim^ mettoit en murmurant à la nécessité , lorsqtie la liKf montante dégagea les vaisseaux et les fit entrer dans le fleuve. On débarque à la hâte, maîn en ordre.^tjes Tnra et les Grecs se réunissent; on marche vers Bërée. Hâ^ ^lat paroit pour servir de guide, annonfant à C^blacutLène que ses compagnons devoiefit préparer' les
échelles. L'empereur, à rapproche des murailles, Ten- 'Voya devant pour s'assurer que les-échelles étoient prêles. Il revient t)ientôt sur 0Ks pas annoncer qu'il n'y en avoil pas de faites. « Cet accident mit Cantacuzène ^ dans one « fâcheuse perplexité. Ses soldats et beaucoup d'habitans,
V chassés par le crâle , qui faisoient tons leurs efforts pour « rentrer dans leur patrie , coupèrent à la hâte des arbres iK d'une hauteur égale à 'celle des n^urailles , et firent « quatre échelles, dont ,' faute de clous, ils attachèrent « les échelons avec les cordons des tentes. Des soldats, f< conduits par Marzelat et par des citoyens de Bérée , Il les appliquèrent à la muraille aans que ceux du dedans f s'en aperçussent. Il y montèrent incontinent après > et
V entrèrent dans la ville. Dès que l'empét^eur vit ses gens « entrés , il divisa son armée en deux ; et , ayant pris une m partie tant de sa cavalerie que de son infanterie , il ft marche vers les échelles, et envoya le reste attaquer ¥ la citadelle d'un autre côté pour jeter la terreur dans jt le cœur des ennemis. Ceux qui étoient 'montés les
, f Hift. deCantacuzèiie, IW. 4*
^ premiers s'ëtoiént saisis de quelques soldats, en les « menaçant de la mort s'ils parloient* Ensuite ils allé- « rent a Tune des portes nommée la porte Opsicienne , « et commandèrent à ceux qui la gardoient de les aider « à la rompre pour y recevoir l'empereur, qui se pré- « senta bientôt. » De ce poste, le prince dirigea Topëration , qui , par le grand nombre d'exilés , devint si facile » qu'on auroit pu se passer de soldats. Les habi^ans qui n'avoient point été chassés n'en supportoient pas avec plus de patience le joug des Serviens, et parmi ces derniers étoit une classe de gens qui , ne sachant pas plus attaquer que se défendre, étrangers aux corn* bats, demeuroient à Bérée uniquement pour y jouir des agrémens du climat et pour plaire au crâle. Cette classe, inutile dans un siège, fornnoit , avec les citoyens qu'on avoit laissés, une grande partie de la population. L/a garnison étoit dans une telle sécurité, qu'elle n'en sortit qu'à la vue des exilés, aux cris des Grecs, aux acclamations des habitans. Elle court aux armes, dans l'intention de se défendre et de se sauver. Les officiers qui commandoient cette garnison étoient au nombre de trente, tous de qualité^ mariés, ayant leurs familles à Bérée. Ils se réfugient avec leurs soldats dans la plus grande des deux citadelles, et s'enferment dans la haute tour. Les Allemands gardoient l'autre citadelle, située près de la Porte royale. Il y avoit en-dehors une grande quantité d'ouvriers tirés de tous les pays de l'obéissance du crâle. Tous montèrent sur Leurs echafauds. Les Grecs et le peuple pillèrent les maisons habitées par des Serviens. Cantacuzène donna des ordres pour empêcher les Turcs d'entrer, afin de garantir la ville. Les Allemands se défendirent jusqu'à ce que l'empereur parut ; c'étoieat les mêmes qui l'avoient servi fidèlement malgré l'ordro d'Etienne. Cette circonstance les fit traiter plus fevora^ blement que des prisonniers de guerre ; on leur donna des armes, des chevaux et de l'argent* I^es Serviens
48S HISTOIKE ht tAft-tMPI&ll.
sorlirent de lear tour sur la promesse qn^il ne lear sertA fsiit aucun mal. On les renvoya désarmés. Les Gmt reconduisirent les ouvriers loin de la vrile, afin d^em^ pécher les Turcs de les dépouiller. L'empereur, vouloit renvoyer les trente commandans; mais ils le supplièreoi de les retenir prisonniers, parce qu'ils craignoient que le cràle ne soupçonnât leur fidélité , et ne les accusât d'ayoir livré la ville. Quelques-uns obtinrent ensuite iâ permission de retourner chez eux ; d'autres s'évadèrenti Il n'y eut point de sang répandu. Les Turcs, paisibles spectateurs de la prise d'une place qu'ils auroient vonla piller, parce qu'ils croyoient que le pillage leur en étoit dû , demandèrent à Cantacnzène la liberté de se dédom-* mager par eux-mêmes sur les terres du cràle. Elle leur fut accordée. Ils enlevèrent beaucoup de bestiaux et de butin , mais peu de prisonniers, parce que lesServiens se renfermèrent dans leurs villes et dans leurs forteresses.
Cantacnzène partit de Bérée avec ses troupes pour s'emparer d'Edesse. Il croyoit la prise de cette dernière aussi facile que celle de l'autre , mais il étoit dans l'erreur. Les Edessiens n'avoient ni les mêmes sujets de mécontentement contre les Serviens, ni le même désir de rentrer sous la domination des Grecs. Le crâle n's**voit pas, comme à Bérée , chassé une partie des habi* tans , et tourmenté l'autre. Non-seulement les princi* paux se déclarent contre l'empereur , mais ils animent le peuple , et montent sur leurs murailles. Ils se moquent de la vanité du prince , qui prétendoit prendre en pende temps, avec quelques troupes, une place dont le craie n'avoit pu s'emparer en seize ans avec une armée nombreuse. La moitié de la ville étoit inaccessible, et garantie par une inondation. D'épaisses murailles , flanquées de tours , des précipices rendoient l'autre partie , sinon imprenable , au moins d'un accès diffi^ cile. Quatre capitaines serviens , renommés par leur
'Vttvoure, commandant iiiie garnison dëterminëe à se ién battre et secondée par la population^ ajoiitoient obstacles. Quelque contrarié qu'il fût dé renoncer h, entreprise, Cantacuzène se vit obligé de céder à la nécessité : la prudence lui défendoit de faire une tenta- 3ve inutile. Après avoi^ constilté ses officiers , qui jô* ^eoient comme lui que la conquête d'Edesse étoit un^ 3iréfenlion ridicule , il donne ses ordres pour la retraite. Gomme on se dîsposoit à l'effectuer , quelques soldats vinrent le prier de leur faire part delà résolution qu'il avoit prise. Il leur demande en raillant s'ils croyoient pltis à propos d'attaquer la place que de lever le siégé. Ces braves le conjurèrent d'attaquer, promettant de le vendre maitre de la ville. L'empereur, sachant que cet enthousiasme étoit partagé par leurs camarades, révoque Jes ordres donnés, commande aux officiers de mettre les soldats sous les armes , à ceux-ci de préparer les échel|les , enfin à ses alliés de se tenir prêts pour Tassant. Âti point du jour il range sou armée en bataille , place les Turcs du côté que le marais rendoîl inaccessible, afin <qne la ville ne fût point pillée. Il ne voulait se servir d'eux que pour occuper une partie de la garnison , qui pouvoit toujours craindre qu'on ne rendît le marais praticable, ou le supposer en voyant des troupes placées 'de ce côté. Après avoir distribué ses troupes sur divers poiiiis autour des murailles, il s'en réserva l'élite pour attaquer la citadelle, l'endroit le plus fort , et défendue par lèè plus braves d'entre les Serviens. Il avoit annoncé publiquement d'avance des récompenses , et promis quatre mines d'or h celui qui le premier planteroît l'étendard sur la muraille , trois au second, et deux à celui qui y monteroit le troisième. Le combat dura depuis le lever du soleil jusqu'au milieu du jour , avec un égal acharnement de part et d'autre. II se ralentit ensuite da côté des assiégés , dont plusieurs avoient été tués ou bledsés. En les voyant foiblir , les %rècs appliquent lei
49^ HISTOIRE DU BASr-KMPIAE. ' 1
échelles , et mettent le feu à Tune des portes. Od acal^^î lade au même instant, pendant qu'une partie des soUm^î^ entre par lA porte détruite, et la ville est prise d'assiÉLr^^ L'empereur arrête le pillage que les premiers avoiat|ta4 commencé. On renvoya les Serviens; les quatre €a|ii-|^^< laines furent mis en lieu de sûreté, et les partisans m^^ crâle chassés. 1(1 i
Laissant sous le commandement de George LysiqKloi ^ une garnison suffisante , Cantacuzène revint à Bérib.|ii<=> La prise d'Edesse entraîna la reddition de Staridoie,|po Pélrée , Strobe, Notie, Lycostome, et d'autres fort^lk a resses , qui se soumirent. Après avoir donné qoelqueslf^ jours 'de repos à ses troupes , il entreprit de nouycUcij* expéditions contre les Serviens. Ils possédoient sar br i frontière de Thessalie une ville construite an hautd'nocU^ montagne , environnée de tous côtés par des précipices, H< et fortifiée ainsi par la nature et l'art. Elle étoit sonslli les ordres de Préalimpe , gouverneur de la Thessalie p pour le crâle , et Tun des Serviens les plus braves et les Id plus habiles. Ce fut cette place imprenable que Tem- 1 pereur voulut enlever : il l'investit avec ses troupes. Ii Préalimpe, qui ne se fioit pas aux habitans , mit au r milieu les femmes et les enfans , les hommes aux extrémités, afin de les forcer à se défendre. Il ne voulut pas recevoir les citoyens qui habitoient les maisons situées hors de la ville , leur commandant de se défendre à la faveur de leur position. Quand les Grecs furent rassero* blés , ainsi que les Turcs , Cantacuzène leur permit d'aller piller aux environs , ne réservant autour de loi qu'un petit nombre de soldats. Ceux à qui Préalimpe avoit refusé l'entrée de la ville , craignant le choc des assiégeans , vinrent se réunir aux Grecs, et en logèrent plusieurs dans leurs maisons. Au retour des Turcs, qui rapportèrent beaucoup de butin, on fit toutes les dispo* sitions nécessaires pour l'attaque. Les habitans avoient ouvert leurs portes «'41s éloient contenus par la crainte de
^^oîr leurs femmes et leurs enfans massacrés par les Ser- "^iens, qui les retenoient en otage. Comme on ne pourvoit approcher des remparts, l'empereur plaça dans les endroits les moins inaccessibles, à portée du trait, des ^étachemens qui dévoient tirer sur ceux qui paroîtroient ^11 haut des murailles. D'autres, couverts de leurs boucliers , parvinrent avec beaucoup de peine au pied des murs , et les sapèrent. L'ouverture qu'ils y firent donnoit dans l'intérieur d'une maison abandonnée. La personne à qui cette maison appartenoit y rentrant par hasard au moment où les sapeurs achevoient leur opération , elle appela au secours. Les Serviens accoururent, et tuèrent ceux qui avoient fait la brèche. Une pluie violente força le reste de l'armée à se mettre à couvert dans le canip. Cantacuzène , désespérant de s'emparer de cette ville , revint à Bérée , suivi des principaux habitans du pays. A son arrivée, il trouva plusieurs députés que lui en voy oient les citoyens des villes prises depuis quelques années par les Serviens. Us le prioient de venir les délivrer, offrant de le reconnoitre. La plus importante étoit Scopies , dont le crâleavoit fait la capitale de ses états. Elle appartenoit aux Serviens depuis Tépoque du règne du premier des Paléologues , sous lequel elle avoit été démembrée de l'empire. Quoique le crâle fût averti de Tapproche de Cantacuzène , et qu'il eût une puissante armée en Hongrie , // n'osa « se mesurer avec ce prince ^ et fit dire à la garnison de Scopies de se défendre comme elle pourroit. Elle se rendit à la première sommation. Etienne l'accusa plus tard de perfidie ; mais elle se justifia devant l'archevêque , qui , pris pour juge , déclara que , le crâle ayant refiisé des secours , elle avoit agi avec prudence. Un grand nor^bre de villes suivit l'exemple de Scopies. Ceux quji corpmandoient des troupes offrirent d'en faire autant.
<* ÊxpressioD de Cantacuzène , qui ?a bientôt se donner ui^ démenti 4 ]ut'i|ièii|e. •
Parmi cei derniers on distinguoit Clapaine et ToIistlM.^ Ije premier ëtoit parent d^Etienne , et le second avoit possédé des goiivernemens. Tous deux envoyèrent promettre à l'empereur de lui rendre le pays dans lequel ils commandoient , si ce prince vouloit s'y transporter; mais il ne crut pas devoir se fier à eux. Il confia le goavernement de Bérée à Diplovatace, protovestiaire , qui réunissoit Tadresse au courage » et qui , dans une négociation entre plusieurs villes et Nicéphore Sarentène, avoit fait preuve d^habileté. Cette disposition prise, il se rendit avec son gendre à Thessalonique , dans Tintefïition de s'emparer du fort Gynaïcocastre , d'oà les Serviens venoient piller les environs de cette ville. Ce fort avoit été construit par le jeune Ândronic , à une petite journée de marche de Thessalonique , et pour* servir à la défense de cette place. Le commandant, nommé Balque , offrit de se rendre , en priant cependant Tempereur d'attendre , pour y placer une garnison , qu'il eût mis en sûreté sa famille et ses biens. 11 demandoit quinze jours : le prince les accorda. Balque envoya ses meubles et ses troupeaux à Thessalonique , comme des gages de sa fidélité ; mais il se joua de ses sermens , et se réunit au crâle , qui crut enfin qu'il étoît dans ses intérêts de paroître , et de ne pas laisser Cantacuzène reprendre tranquillement les conquêtes qu'il avoit faites.
En effet , ce prince ayant appris que l'empereur, après avoir partagé ses troupes, s'étoît rendu à Thessalonique, se mit à la tête des siennes , et prit la route de cette ville. Quand il en fut près , il députa vers Cantacuzène, et lui fit faire des reproches sur son ingratitude et sur la facilité avec laquelle il oublioit les services qu'il lui avoit rendus. Disposé cependant à l'indulgence, Etienne lui ofîroit le pardon et la paix , en l'invitant à lui donner un rendez - vous pour conférer ensemble sur leurs intérêts respectifs. Cantacuzène ac-
HISTOIRE BU BAS-EMPiaE* Uo^'S
çepla la proposition. On convint du jour et da lieq d^ Ventrevue. Les deux empereurs, couverts de leur armure, accompagnés d'un détachement de troupes, et le crâle , suivi d'une escorte nombreuse , se trouvent au rendez-vous. Ce dernier prit la parole , rappela Tbos* pi^tité qu'il avoit donnée à Cantacuzène dans un temps 9a , n'ayant point de ressources , il s'étoit adressé à lui , qui , ne lui ayant aucune obligation , ne lui devoit rien ; fit Ténumération des offres d'Âpocauque et de l'impératrice , des avantages qu'ils lui promettoient , 3'il voulolt livrer son hôte; appuya sur la constance de ses refus, et sur la générosité avec laquelle, contre st% propres intérêts , il avoit mis à sa disposition ses oieiir leurs officiers, comme ses plus braves soldats .-.mettant en parallèle avec ces faits la conduite du prince « son aggression , ses hostilités , il fit voir son ingratitude « et termina par le conjurer de renoncer à son entreprise, et de consentir à un traité par lequel chacun devina conserver ce qu'il possède , lui faisant observer que , s'il retient par droit de conquête une petite portion de l'empire, Cantacuzène retient, lui , de bien plus grandes portions d'un grand nombre d'états. L'exposé du crâle ëtoit conforme à la vérité , sauf les restrictions. Il ne disoit rien qui ne fût vrai , mais il ne disoit pas tout, et gardoit le silence sur la conduite qu'il avoit tenue postérieurement à celle dont il parloit , et qui méritoit tous les éloges qu'il se donnoit.
Cantacuzène , dont nous suivons le récit , avoue qu'avant de répondre il se recueillit pendant quelques Hiomcns ; et Ton doit convenir qu'il en avoit besoin , s'il tint le discours qu'il rapporte, et dont la longueur est démesurée autant que les répétitions en sont fati* gantes. Il commence par une déclamation sur le peu d'équité que font paroître les hommes quand il s'agit de leurs intérêts; ce qui le mène à l'injustice, du crâle , qui à trahi son serment et ses traités. Il convient de
tous les services qu'il en a reçus, insistant particuliiM rement sur son accueil et les honneurs qu4l lui a rendoi ou fait rendre à sa cour , lui cédant la première place, honneur dont il lui est plus redevable que de la coH" servation de sa vie «. Après des hommages pour la prin« cesse Hélène , à laquelle étoit probablement due cette géndreuse hospitalité , l'empereur passa aux converitions faites entre le crâle et lui , dont il offre la preuve en reproduisant Tacte de serment reçu par Tarchevéque, et rédigé par les principaux ofliciers de la cour d'Etienne qui assistoicut à cette conférence. L'exposé de ces conventions le conduit naturellement à l'examen de ce qui a été fait de part et d'autre pour les exécuter. Une fois sur ce chapitre, Cautacuzène avoit d'abondans ma* tériaux pour suppléer au coupable silence du crâle. In-' trigues , attaques souterraines , complots honteux, se-» ductions, agression ouverte, déclaration de guerre f rien n'est oublié. Cautacuzène avoit même une lettre d'Etienne qui le condamnoit. Suivant la marche adop^ tée par son rival, il oppose à cette série d'actions pcr^ fides , à CCS violations de traités ou de sermens, sa propre conduite ; c'est- à- dire les avertisscmcns qu'il faisoit donner au craie lorsque les Turcs dévoient arriver ; le respect qu'il observoib toujours , ne se croyant dégagé de ses sermcns que depuis les sommations inutilement adressées au prince de Servie pour lui rappeler les siens. Venant à l'objet direct de la contestation, c'est-à-dire aux conquêtes du crâle, l'empereur le pria de se souvenir que, lorsqu'il étoit en sa puissance, il avoit refusé ( quoiqu'il n'eût aucun moyen alors de soutenir sa ré-
** Lorsque l'historien fuit cet aveu placced. Kn se rappelant que tantôt
( liv. 4i ch. ao ) , il n'iitoit plus eai* le rrère Josnphat teiioit lit plunie,cl
pereur , ni (guerrier, innis moine, tantôt l'eniptreur Cuntucuzenc , on
Cette cirronstiUKX' peut servir à a le mot de l'cnigme. C<îsar écrivoit
expliquer lett cilution» de rK<Tlture sur le champ de bataille , c'est à dir*
sainte, leb disHerlations moralert ou immédiatement après i*évënement »
reli}<ieuHt's qu'on trouve dans ses et nequitluit l'épéequupuur preuilrt
di>cuurs ; et qui :)Ou\ciit y bunl de- la plume.
^ lution ) de lui céder aucune ville prise , et déclara .zs'ayant et le souverain pouvoir et la force en main, ii . <oit peu probable qu'il fût disposé à faire une conces- ^on honteuse. Il termina par l'exhorter à la paix , et ^r l'engager à restituer les provinces qu'il avoit envases. Etienne, qui n'avoit rien à répliquera des faits, 4init interdit. Comme un long silence étoit un ayeu de ■I défaite et de sa honte , il pria l'empereur de s'écarter ^ n peu des nombreux témoins de cette conférence, afin i < Tcntretenir à part. Lorsqu'ils furent seuls , le crâle "iroua tous ses torts , reconnut qu'il avoit violé ses ser- Knens et ses traités; mais il supplia l'empereur de lui «sisser ses conquêtes en reconnoissance des services im- ^ortans qu'il lui avoit rendus , lui représentant combien 1 seroit humiliant et de quel opprobre il se couvriroit ■H) faisant des restitutions qui lui avoient coûté tant de Mcrifices. Cantacuzène persista dans son refus , déclarant positivement qu'il ne pouvoit céder la plus petite portion de l'empire. Les deux princes se séparèrent sans être |)lus avancés qu'ils ne l'étoient avant cette longue conférence.
Le lendemain il y en eut une nouvelle. L'un ne con-
sentoit pas à céder , ni l'autre à rendre. Etienne employa
irainement la flatterie, vantant les talens de Cantacuzène,
dont la gloire , disoit-il , l'empêchoit de dormir , oa
^roubloit son sommeil en le réveillant tout à coup.
Lui seul lui avoit inspiré des craintes , tandis qu'il
bravoit ou méprisoit ses autres ennemis. L'empereur
loi i:eprochant de s'être abaissé au point d'accepter une
place dans le sénat, lui, possesseur d'un étal plus vaste
que ne l'étoit celui de cette république , il se justifia
par la terreur qu'il avoit de ses armes , disant qu'il fal-
loit moins s'étonner de cette démarche que de ce qu'il
n'en avoit pas fait de plus indigne de son rang pour
trouver des protecteurs contre sa puissance. Malgré tant
li'ayeux humilians, vrais ou feints j et dont pous n'a«
vont d'autre fAfi|nt qne Ctnlacinèoe i le çdn« b« ci
tien, vouloil font gftrdéir, de manière qa^il jr i
entre son langage et la condnite , et même dani iii
çonrt , une contradiction que Thiitorieii n'a pas rei
qqëe. Le résultat de cette grande terreur étant de
ilister dans un refus qui n*en supposoit aûcuiie
feroit presque en droit de conclufe que le cfc&l
nioquoit de Çantacuiène , on celui - ci de son lec
Non-seulement Etienne a^Keordoit rien , mais, en pi
Vempereur de se contenter de Bërëe et d'Edessi
serobloit vouloir lui faire sentir qu*il ayoil le drc
fëclamer ces villes. Il revint à la charge anr la I
dont il se couvriroit , jtion - seulement aux ycox d
an jets, mais encore^das princes voisins, en abandoi
ainsi ses cojdqnéles* {a^^mpereur , voyant son oly
tioa-flur déclara sèwèipMt que, puisqu'il nevc
pas se rendre à la justice 4 il Tobligeoit d'avoir re
à la force ;. et qu'il alloit ratourner à Copttantit
pour Faire tous les préparatifs nécessaires, aftn de pr
les armes au printemps, a)ontant qu'il ne. les dépo
que lorsque les Romains seroient délivrés et les Sei
asservis. Le crâle, effrayé de cette menace , parce qc
voit que le princenechangeoit pasaisémentde résol
le pria de se calmer , de ne pas tout exiger , de fa
son côté quelques concessions , déclarant lui conf
propres intérêts , et le prendre pour juge. L'emp<
réfléchissant sur cette proposition , voyant qu'il
impossible de tout obtenir , et hasardeux de rei
la décision de cette affaire au sort des combats,
l'issue est incertaine; sachant qu'il ne pourroit >
prendre une guerre sans le secours des Turcs , p
aussi dangereux, comme alliés, que les ennemi
l'amour du pillage, se détermine à partager le diff
« Quoique rien ( disoit-il au cràle ) ne doive pi
« aussi juste à tous ceux qui ont la moindre noti
<»- justice que de rendre ce que vous avez pris , <
UISTOIRE DU BAS-EHPIEE. /|^^
^ les traités conclus et le droit des gens, je consens à « céder la moitié de mes droits, t'est à vous mainte- - fc nant à vous décider pour la paix ou la guerre. » Sans attendre la réponse d'Etienne , il assigna de suite à =1 empire TAcarnanie, la Thessalie, la Serviane, avec les ^villes maritimes des environs; Bérée, Edesse, Gynaïcocaslre, Mygdonia, ainsi que les bourgs, villages et forts situés sur les rives du Strymon jusqu'aux frontières . de Phèros et les montagnes Tantessânes : au crâle-, ~ Siène , Phères , Mélénique , Slrombitze , Castoria, ^^'autres places de Macédoine , à la charge par Etienne de s'abstenir de tout acte d'hostilité. Le crâle ayant accepté ce partage, l'empereur traita magnifiquement ce "* prince et sa suite dans le lieu même des conférences, ^^O présence du jeune Paléologue, qui aida Cantacuzène *à faire les honneurs du repas. On convint ensuite que ^ le lendemain il seroit nommé cinq commissaires par les deux puissances contractantes, l'une pour recevoir les villes qui dévoient être restituées et l'autre pour les ^ rendre. Cet accord fait, Etienne rentra dans son camp , ? iet les deux empereurs retournèrent à Thessalonique.
. Pendant la nuit, quelques Grecs vont trouver le crâle > dans le dessein de lui faire rompre le traité qu'il venoit ' de conclure. Ils font à ce prince un tableau de la situation de Cantacuzène, et de la mésintelligence secrète qui régnoit entre les deux empereurs. Cantacuzène n'avoit point d'armée , ni moyens d'en former une de long-temps : on étoit loin de le reconnoître pour légitime souverain dans toutes les parties de l'empire ; ses ennemis n'avoient point changé de sentimens, et n'attendoient que l'occasion pour le faire voir; ses amis, choqués de son ingratitude, instruits par uneexpérienic^ coûteuse , ne prendroient plus les armes pour sa défense, €t se repentoient de l'avoir fait. Tel étoit l'exposé que firent ces brouillons, qui le terminèrent en disant que, certains des dispositions de Jean Paléologue , qui né
HIST. DU BAS-£&ir. TOM. XI. 3â
considëroit son beau-père que comme un nsnrpatenr, ils pouvoient assurer d^avaoce que ce jeune prince se rëuniroit au crâle pour le combattre et se faire rendre un trône sur lequel lui seul avoit des droits. Etienne, transporte de joie, remercia ces factieux, et promit de ^rvir avec chaleur le prince Paléologue et d'ëponsersa querelle. Dès le point du jour, il envoya signifier à Cantacuzène qu'il rompait le traité conclu la veille; et qu'il alloit reprendre les armes , à moins qu'il ne lui cédât non-seulement les provinces en contestation , mais encore plusieurs autres villes. Cantacuzène répondît an prince, qu^il Tattendoit et qu'il étoit prêt à lui livrer bataille. Il étoit moins inquiet du sort du combat que des élémens d'une nouvelle guerre civile qu'il voyoitse préparer, parce qu'il savoit l'entretien que les Grecs avoient eu pendant la nuit avec Etienne. Celui-ci fit de grandes dispositions ; et comme ses soldats ne partageoient point son ardeur et ne pouvoient s'expliquer un changement aussi prompt , il les harangua pour relever leur courage , leur peignit Cantacuzène comme un homme bien moins formidable qu'ils ne se le figuroient; qui ressembloit à celui qui se noie , assurant que ses compagnons n'étoient autour de lui que pour l'enfoncer et rempêcher de reparoître sur Teau. La certitude qu'il avoit de la ^division qui existoit parmi les Grrecs motivoit autant sa confiance que ses ressources. Le jour suivant il range son armée en bataille , et marche sur Thessalonîque. L'empereur s'avançoit pareillement de son côté, et les deux partis furent bientôt en présence. Ils y restèrent long-temps sans s'attaquer. Enfin le crâle envoya demander à Canlacnzène s'il vouloit faire la paix, à condition que chacun retiendroit ce qu'il possedoit, sinon qu'il falloit se battre. Le prince répondit qu'il aimoit mieux l'avoir pour ami que pour ennemi , pourvu qu'il exécutât le traité ; que, s'il vouloit en venir aux mains , il étoit disposé à le recevoir vigou-
reusement ; qu'autant il lui répngnoit d'être Tagresseur, autant et plus il mettroit d'ardeur à se défendre. Etienne répliqua qu'il ne désiroit point le combat y qu'il ne le provoquoit pas , et que , s'il avoît fait marcher ses troupes^ c'étoît pour se retirer dans son camp, et non pour livrer bataille «. Il y rentra sur-le-champ en effet pour y passer la nuit. Le lendemain il traversa le fleuve ÂXLUS, et itiit le siège devant Edesse.
Cantacuzène résolut de s'embarquer pour Constantinopleet de laisser à Thessalonique le jeune Paléologue, en lui donnant pour conseil son beau - père Andronic Asan. C'éloit une double faute. Il avoit promis à l'impératrice de lui ramener son fils : il confioit ce prince à quelqu'un qui l'avoit déjà trahi une fois. Il ne pouvoit douter des projets qu'avoient les factieux , ni de leurs vues sur le jeune empereur pour l'exécution de ces projets. Il devoit craindre que Paléologue ne voulût de luimême secouer le joug d'un tuteur importun, et qull ne fit ou qu'on ne lui suggérât une réflexion fort naturelle sur le partage d'un trône qui devoit et qui pouvoit encore être à lui seul. Ce résultat étoit toujours inévitable. Il falloit le prévoir et tâcher de le prévenir en armant Paléologue contre lui-même par le travail et l'application aux affaires; en lui apprenant à régner, au lieu de le laisser dans l'inaction ; enfin en le confiant à des mains habiles et pures, quand on seroit obligé de s'en séparer, au lieu de le mettre en des mains infidèles. Avant de partir, il fit à son pupille un sermon , et lui donna des avis sur la conduite qu'il avoit à tenir, l'exhortant à se défier d'Etienne, dont l'intérêt étoit de les brouiller ensemble , d'exciter une guerre civile , afin de pouvoir non - seulement garder ses conquêtes , mais
* Nous n'expliquerons ni les in- mens, et peut-ôtre ici commence la
conséquences du craie, ni même co/i/u5ion de ce dernier, dont il sera
celles de Ganlacuzènc. L'avenir parlé plus tard, pourra donner quelques éclaircissc-
5oO HISTOIRE BU BAS-£MPIRK«
en faire de nonvelies. Il l'avertît qu'on ne manqueroît pas de le calomnier dans son esprit, et de tâcher de lui faire croire qu'il vonloit lui enlever le trône et la vie; el c'éloit en voyant si bien dans Tavenîr que Tenipereur laissoit abandonné à lui- même un jeune homme entouré de flatteurs, et dans l âge où les passions commencent à exercer leur empire ! Sa conduite ne larda point du reste à être blâmée. On prélendit qu'il éloignoit Paléulogue de Constantinople afin de pouvoir avec plus de facilité faire couronner empereur Mathieu^ son fils aîné. Une circonstance, qu'il est difficile d'attribuer au hasard, comme on Ta fait, vint à l'appui de cet injurieux soupçon. C'est Toubli que fit un jour, du nom de Jean Paléologue, le pontife qui proclamoit, conformément à Tusage , les princes qui avoient droit aux prières publiques. Cette omission causa de vives alarmes à l'impératrice Anne , qui ne put la supposer involontaire. Elle s'en plaignit amèrement à Cantacuzène, qui, après avoir protesté de son innocence , donna l'ordre de proclamer avec plus de solennité que de coutume le nom de Paléologue. C'étoit peut - être moins réparer la faute que la constater, el prolonger le souvenir et les conjectures auxquelles elle avoit donné lieu.
En connaissant le caraclère du craie de Servie , il étoit plus facile de prévoir que d'empêcher la conduite de ce prince, parce qu'on n'éloit pas en mesure. Pendant que l'empereur se rendoit à Constantinople, Etienne prenoit la route d'Edesse. 11 y avoit conservé des relations avec plusieurs habîlans de cette ville, qui lui rendoient compte de ce qui s'y passoil, et s'occupoient des moyens de la lui livrer. Il fut convenu qu'Etienne feroit préparer des échelles pour les appliquer aux murailles lorsqu ils lui en donneroient le signal. Ce projet s'exécuta sans obilacle. Le jour indiqué , le craie s'approcha de la .ville, et l'escalade se fit paisiblement. Ses gens, arrivés
HISTOIRE DU BÀS-EMPIRE. 5oi
de l'autre côté, agissant de concert avec leurs camarades, abattent un pan de mur assez large pour qu*on piit facilement introduire de la cavalerie. Lysique , gouverneur d'Edesse, averti trop tard, accourt avec sa garnison ; mais , en voyant Tarmée d'Etienne défiler par la brèche, il n'eut que le temps de se sauver dans la citadeLe atfc deux cents hommes. Vivement poursuivi par le craie, il est atteint d'une flèche à la cuisse, et blessé de manière à ne pouvoir faire un pas de plus. Ses soldats, découragés par cet accident, mettent bas les armes sur la parole qu'on leur donne qu'il ne leur sera point fait de mal. Maître de la ville et' de la citadelle, Etienne renvoya Macroducas, et la garnison dont il étoit commandant, après l'avoir désarmée. Ce prince réserva toute sa rigueur ou plutôt sa cruauté contre ysique. Il n'avoît point oublié Taffront que lui fit ce capitaine à Castoria , sous le règne du jeune Andronîc. Après lui avoir inhumainement fait arracher la barbe en sa présence, il ordonna qu'on le conduisit à Scopîes« pour y être puni. Mais la mort prévint le supplice de Lysique, (pii succomba dans la roule, accablé par la douleur physique et morale que lui causoient la honte, sa blessure et le froi<l. Etienne, ayant abandonné la ville au pillage, les Scrviens y mirent le feu« chassèrent les habitans au mois de janvier dans un hiver rigoureux, et commirent mille excès. Hors d'état de se venger avec les seules ressources que lui offroit l'empire, Cantacuzènc se vit obligé d'avoir recours aux étrangers , mais il ne savoit à qui s'adresser. Les Turcs , en pillant leurs alliés, faisoient payer trop cher les secours qu'ils leur donnoient. D'ailleurs on ne pouvoit conjpler sur eux, et l'envie de retourner dans
* Cette clrcopstance prouve que fois que riiistorîcn glisse rapidement
Scopîes étoit retombée au pouvoir sur les revers de l'empereur, quand
4^u crâle , quoique Gantacuzène oc il en parle , et ne 6 y arrête que lorâ*?
parle que de la conquête qu'il en qu'il y a traliii>oa ou cruauté.^ ivoit faite. On s'aperçoit plus d'une
$Ôt BISTOI&E DU BAS-^l *1%M.:
|ear (uiys les prenoit au moiii^ V n^Âveit k plus de besoin. Ils venoient rfScemi nfi^^igertei
éUts du roi de Bulgarie.
Cantacuzène cnit que c^ëtoit une occasion de se liguer avec ce prince. Il lui députa des arpbassadeurs pour lai représenter que Tirruption de ces barbares étoit hmwbs un effet de IfjBjr puissance que de la mésintelligence qoi fégnoit entre des princes dont Tintérét devoit être ie même ; qu'il seroit facile de les arrêter en se réunissant contre cet ennemi commiin , et surto^ut en renonçant i des conquêtes injustes; que, si le crâlè avoit voulu tenir ses sermeiis et rendre ce qu'il avoit usurpé , il n'en seroit pas réduit à chercher des alli& ; enfin, dans la ferme résolution de ne recourir aux Turèi qu^à la dernière (extrémité , il invitoit Alexandre à réunir ses forces aux siennes pour interdire aux barbares le passage deThrace et faire entendre raison au crâle. L'empereur avoft des hommes, mais point d'argent pour les payer. Il ofiTroit les uns an roi de Bulgarie, s'il vouloit accorder l'autre; ce qui lui ëtoît facile en levant les impositions établies pour la dépense de l'armée navale. Si cette proposition étoit acceptée, Cantacuzène s'engageoit à mener ses galères dans l'Hellespont pour garantir le pays d'Alexandre de l'insulte des Turcs ^ et comprimer ensuite le crâle, s'il ne vouloit pas se faire justice. Le roi paroissoit bien ""^disposé; mais cependant il ne se décidoit pas> et la négociation traînoit en longueur. Un jour de fête , traversant avec les députés les rues de Ternove, sa capitale, il entendit le peuple crier à haute voix qu'il falloit accorder à Cantacuzène ce qu'il lui demandoit, parce que c'étoit le seul moyen de les garantir de l'invasion des Turcs. Alexandre , sachant des ambassadeurs qu'ils n'entendoient pas ce qu'on lui disoit , le leur expliqua dans leur langue; et, prenant la demande de son peuple pour un avertissement salutaire y il consentit à s'unir avec l'empereur pour agir de concert avec lui, soit contre
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 5o3
les Turcs, soit contre le crâle. Cantacuzène fut au comble de la joie lorsqu'il sut qu'Alexandre éloit prêt à contribuer aux frais de Tarmée navale. Il donna surle-chamf> des ordres pour Tëquipenieiit des vaisseaux, et le nettoiement de l'Heptascale, grand bassin tellement rempli de sable et de limon , que depuis plusieurs «innées un seul vaisseau inarchand ne pouvoit y tenir. I^ joie de Tempereur ne fut pas de longue durée : le roi de Bulgarie retira sa parole, donnant pour excuse les reproches que lui faisoit son beau-frère sur ce qu'il conscntoit honteusentent à payer des contributions aux Grecs, et leur accordoit volontairement ce qu'ils n'avoient jamais pu obtenir de lui par la force des armes. Afflige de ce changement, Cantacuzène fit de vains efforts auprès d'Alexandre. Etienne vouloit le détourner de toute entreprise avantageuse : ce n'étoit point être tributaire que de contribuer à une dépense nécessaire pour le salut de la Bulgarie; la solde payée volontairement aux matelots , ne pouvoit être traitée de tribut ou d'impôt. Telles sont les représentations inutiles que fit Cantacuzène, et qui ne produisirent aucune impression sur l'esprit d'Alexandre. L'empereur lui prédit que les Turcs ravageroient impunément ses terres, et qu'un jour, mais quand il ne seroit plus temps, il se repentiroit de n'avoir point écouté ses conseils.
riN DU ONZIEME VOLUME.
TABLE
DU ONZIÈME VOtUME DE L'HISTOIRE DU BAS- EMPIRE .