Histoire du Bas-Empire, commençant à Constantin-le-Grand
Il se formoit en Asie , depuis un siècle, une puissance An qui devoit inquiéter l'Europe et renverser l'empire grec. G'étoit celle des Ottomans , dont il est nécessaire de connoître l'origine, parce qu'elle se trouve liée aux grandes scènes de l'histoire moderne, et plus particulièrement à rhistoire de Constanlinoplc. Cette ori« gine remoîite à la grande irruption des Mongouls et des Tariares, dont les rapides conquêtes avoient , plus d'un demi-siècle avant l'époque où nous sommes {('e 1206 a 1227), changé la face de l'Asie. Les vasies montagnes situées entre la Chine, la Sibérie et la mer Caspienne, étoient peuplées d'une multitude de hordes qui Formoient des émigrations lorsque la populatiorx devenoit trop nombreuse. Témugin , si connu dans l'histoire sous le nom de Gengis-kan ^ , les réunit toutes, et sut en faire un peuple victorieux et conquérant. Il fut proclamé jgrand-kan ou enipereur des Mon-» goids et des Tartares. Ces deux dénominations sont in-^ différemment appliquées à la nation par quelques hisr
L'autt ur de l'histoire généalo- toire génèalosrj'fjue a('ié tcv'iXe \iav un
gique des Tartures donne l'étyniô- descendant de Gengis-kan. Des Sué-
logie de ce mol. On disait Ziuy.iS' dois, prisonniers en Sibérie, la tra*
avant Voltaire, qui à l'ait adopter duisirent sur le manuscrit mongoul*
caWi dti Gengis-kun. Z in , en hnguc Cette traduction fut imprimée e<»
mongoule, signifie ,§ra/2i/, et est 1726, à Lcyde , 2 voL in-ia, le signe du superlatif. Cette kis-
ilIST. DU RAS-EMP. TQM. XI. I
torîens. Cependant la première a été restreinte à !a famille impériale, tandis que la seconde s'est étendue indistinctement à tontes les peuplades du nord.
Les pays que les Tartares înondèrent^avec la rapidité d'un torrent , soit sous Témugin , soit sous ses successeurs, sont séparés par de telles distances, qu'ils paroissoient garantis de toute invasion de la part du même peuple. Cf^pendant, dans un très-court espace de temps, on vit la Chine conquise deux fois, la Perse envahie, ainsi que la Russie , la Pologne et la Hongrie. En moins de six années (de 3 236 à iil^i) les Tartares parcourent le quart de la circonférence du globe, passent le Volga, le Kama , le Don , le Borysthène , la Yistule et le Danube; brûlent Moscou , ravagent la Pologne jusqu'aux frontières de r Allemagne, détruisent Cracovie et Luhlin; ne laissent en Hongrie qu'une ville et deux forteresses ; enfin la pauvreté des habitans de la Sibérie et la rigueur du climat ne les mit pointa l'abri de leur férocité. La terreur se répandit dans l'Europe au point que le pape crut devoir leur envoyer des moines de Saint-Dominique pont- apaiser et convertir ces barbares. Mais le grandkan répondit que les enfans de Gengis et de Dieu él oient revêtus du pouvoir de soumettie ou d'exterminer les nations , et que , pour éviter lamort , le pape devoit venir supplier en personne. Heureusement l'empereur Frédéric II sut faire usage d'une milice plus formidable que celle du pape , et d'armes plus puissantes que les foudres de l'Eglise. Il écrivit aux rois de France et d'Angleterre , aux princes allemands , pjpur leur faire sentir le danger. Les barbares échouèrent devant le château de Neustadt en Autriche , et décampèrent à l'approche d'une armée d'Allemands.
Les lieutenans du grand-kan trouvèrent dans leur pouvoir et dans leur éloignement les moyens de se procurer l'indépendance , el de ne plus reconnoître de suprématie. Chacun adopta un régime conforme à sa situa-j
tîon ; les uns conservèrent ia simplicité des mœurs pastorales, et lesaiitres prirent celles des villes de l'Asie. Mais ilfalloità tous un nouveau culte. Après un moment d'incertitude entre l'Evangile et le Koran, ils se décidèrent pour la religion de Mahomet. Le sultan de Carizme gouverna les étals de Perse avec sagesse , et les défendit avec un courage héroïque ; mais enfin il succomba sous le nombre. Après sa mort , son armée, composée de hordes turcomanes, se dispersa ; plusieurs chefs de cette arniée s'enrôlèrent au service d'Aladin , sultan d'Iconium , et furent les obscurs ancêtres de la race ottomane. Orthogrul , sujet et soldat de ce sultan , établit à Surgos , près du Sangarius, un camp de quatre cents tentes, qu'il gouverna pendant cinquante-deux ans. C'est le père du calife Othman. Il s'appela d'abord Thaman ^ et donna son nom à cette nation ottomane dont il devint le chef, et qui détruisit l'empire grec. Iléloit placé sur les frontières de l'empire. Sa religion lui prescrivoit le gazi , c'est-à-dire la guerre contre les infidèles. C'éloit donc un devoir à remplir que d'être toujours les armes à la main et d'attaquer les Grecs. Voici la marche qu'il suivit pendant un règne de vingt-sept années. A chaque campagne il recrutoit et augmentoit son armée. Au lieu de se retirer du canton dont il venoit de s'emparer, il conservoit les positions susceptibles de défense. Après avoir abandonné au pillage les châteaux et villes, il en réparoit les fortifications. C'est ainsi que, cessant peu à peu de mener une vie errante, il parvint à donner à son peuple une patrie. Tels furent l'origine et les progrès des Ottomans, Les historiens ont varié sur leur chef, qu'ils représentent , les uns comme un brigand , fléau de l'humanité, les autres comme un héros. De tous les écrivains modernes , celui qui paroît avoir apporté dans l'histoire le plus de bonne foi, le plus d'amour pour la vérité, le plus d'exactitude , et qui se soit le mieux servi du flambeau de la critique, a dit qu Olhmaa
étoil doué à un degré émiiient de toutes les vertus d^an soldât , et qu^il profila des circonstances de temps et de lieu qui favor isolent son indépendance et ses succès.
Cette opinion , qui tient un juste milieu entre les deux autres, nous semble préférable.
Olhman portoit aux Grecs une haine implacable. Qiiand sa religion n'auroit point approuvé ce sentiment , ^ il aiiroit été justifié par une perfidie dont il avoit failli devenir la victime, et qu'il est bon de rapporter. Un seigneur grec, gouverneur du château de Jarissar, invite aux noces de sa fille les Turcs les plus distingués habitant dans son voisinage, et fait à Othman des instances plus vives qu'aux autres. Il avoit le projet de le faire arrêter : mais Othman fut averti , et dès-lors il se crut en droit de prévenir la trahison par la trahison, et d'employer contre les Grecs l'arme dont ils faisoient un si fréquent usage. Il confie au gouverneur de Belejiki , gendre futur et complice de celui de Jarissar , un complot chimérique , qu'il assure être formé par les Turcs ses rivaux, qui , pendant qu'il seroit aux noces, dévoient attaquer sa résidence. Pour inspirer plus de confiance, il le prie de recevoir ses femmes , ainsi que ses effets les plus précieux. Le gouverneur de Belejiki , ne voyant dans cette prière qu'un moyen de s'emparer plus facilement de sa proie, lui accorde ce qu'il lui demande. Othman fait habiller en femmes quarante jeunes gens , favorisés dans ce déguisement par les longs voiles en usage alors comme aujourd'hui , et les envoie avec des caisses contenant des armes et des torches au lieu de trésors. Pendant la fête on met le feu au châ-
a Gibbon ,bistoire delà décadence la motive suffisamment : de manière
et de la chute de l'empire romain, que, blâmant et justifiant à la fois
chap. 64. cette haine, ils font éprouver au lec-
b Les auteurs de l'histoire byzan- teur un sentiment pénible, et cet
line traitent , à cause de cette haine, embarras que cause un jugemeni
Othman de fléau , et transmettent contredit par les preuves, ea même temps ie récit du fait qui
iem de Belejiki. Le gouverneur , son beau-père et leurs gens s'y rendent en hâte. Des soldats qu'Olhman avok mis en embuscade tombent sur les Grecs , et les taillent en pièces. Olhman s'empare ensuite des deux châteaux, de leurs gouverneurs, et même de la mariée, qu'il fit épouser à son fils Orcan. Beaucoup de guerriers célèbres n'ont point dans leur agression une excuse aussi légitime- Cet événement rendit Othman l'implacable ennemi des Grecs. Partout il excitoit la haine contre eux, et îeur cherchoit des ennemis. L'empire étoit en danger et sa chute certaine, lorsqu'un général habile l'en garantit ; mais elle ne fut que ditïérée. Le protovestiaire Tarchaniote avoit un fils, nommé gouverneur dans l'Orient par Andronic, qui lui confia les meilleures trou[)es. Ils'appeloit Alexis Philanthropène, Il réunissoit au courage d'une jeunesse impétueuse le sang-froid et le calme que donnent les ans et ^expérience. Il savoit inspirer aux soldats le respect et l'amour. Il parvient en peu de temps à reprendre aux Turcs leurs conquêtes, et les rejette au-delà des frontières de l'empire. Il fut arrêté quelque temps près de Méiadun par une femms qui commandoit un château très-fort, construit sur les ruines de l'ancien Didymion des Milésiens, C'étoit l'une des femmes de Soliman pacha, seigneur turc. EUes'étoit enfermée dans cette forteresse avec une bonne garnison, Philanthropène croit pouvoir s'en emparer par ruse. Il fait proposer à cette nouvelle amazone de l'épouser, quoiqu'il fût marié , et de déposer à ses pieds sa fortune et ses conquêtes. Elle répondit qu'elle se défendroit jusqu'à la dernière extrémité. Honteux de ce refus, et voyant sa gloire compromise , Alexis réunit to\is les moyens qui sont en sa puissance, fait donner l'assaut, et s'empare de la place. Il fit distribuer, suivant soa mage, tout le butin à ses soldats.
Soit que le trésor fût épuisé, soit par négligence , soit que l'on crût que l'armée devoit pourvoi elle-même l\
6 HÎSTOÎS.Ï: DU BAS-EMPÎRE.
ses besoins , on oublia Phiianthropèiie et ses troupes. II ne recevoit ni provision, ni argent. Il avoit été même obligé de faire des avances, et n'en pouvoit plus faire. Ses réclamations restèrent sans réponse; alors il demande son rappel : on lui donne l'ordre de rester à son poste sans lui rien envoyer. Les soldaîs, mécbntens, se plaignent hautement des deux empereurs, déclarant qu'ils ne veulent plus les reconnoîîre, puisqu'on les abandonne. Ils exhortent leur général à s'emparer du pouvoir, et, sans atfendre son consenlement, lui rendent les honneurs qui ne sont dus qu'aux souverauis. Il y avoit dans l'armée un corps composé de trois mille Cretois, qui s'étoient enfuis de leur île au moment de l'invasion des Vénitiens, qu'ils refusoient de reconnoître pour maîtres. Cette légion, formée de gens déterminés, pressoit vivement Phi lanthropène. Des moines , lui confiant qu'Andronic avoit ie projet de s'emparer de lui , joignent leurs exhortai ions à celles des troupes. La tentation devenuit séduisante : l'ambition , le dépit causé par l'injuste oubli dont il éîoit l'objet, la rendirent Irrésistible. Le souvenir de tant de généraux romains faits empereurs par leurs soldats achève l'ouvrage, et Phîlanlhropène pieuvi le parti de profiter de l'occasion; mais il ne le prit pas hautement ; et c'est ce qui le perdit, il commence par s'assurer de la fidélité de son armée, qui s'augmenloit tous les jours. Dans un discours ^ fait avec art , il expose la conduite méprisante du gouvernement envers ses troupes, peint la mollesse des courtisans et l'insouriance dédaigneuse de l'empereur. L'aruiée déclare qii'eNe ne veut plus avoir d'autre maître que son géîjérnl. Elle veut même qu'en exerçant le pouvoir impérial , il prenne sans délai le titre d'Auguste et les marques de la souveraine dignité. Soit
Les historiens ont consevi'è ce est permis (l*en «fouter, et consé" fliscours , comrae s'iis i'avoienl écrit quemment de n'en présenter <jue 1*» %oas la dictée de Fl^iianthropène. Jl substance»
HrSTOIRE DU BAS-EMPIRE. J
qu'il fut an-dessous de son rôle, soit qu'il e'prouvât des remords, Philanthropène ne fit que la moitié de ce qu'on exigeoit de lui: il agit bien en souverain, mais sans oser en prendre ni le titre, ni les ornemens. Il remplace les garnisons douteuses par des soldats dont il connoissoit le dévoûment : il fit arrêter Théodore, frère d'An(^ronic , qui, depuis la disgrâce de Constantin, s'étoit retiré de la cour : il donna Fordre à son armée de ne plus faire les acclamations d'usage pour Andronic et Michel ; aux moines , de substituer son nom à ceux des deux empereurs dans les prières publiques. Après avoir pris ces premières mesures, il conduisit ses troupes près de Nymphée , et les fit camper dans la plaine voisine de cette ville. Là, chaque jour il exerçoil ses nouveaux soldats aux évolutions militaires; et, donnant tous ses soins à former une bonne cavalerie , il en fit une redoulable. Il ne négligea rien de ce qui pouvoit mettre tians son parti les gouverneurs des provinces de l'Asie. Le plus puissant éfoit Libadaire, protovesliaire, qui commandoit dans la Lydie, et résidoit à Néocaslre. Philanthropène crut qu'il lui seroit facile de le corrompre ou de le réduire par la force : cette double erreur lui inspira une sécurité trompeuse, dont il fut victime. Il commit d ailleurs une faute capitale en jetant de la défiance dans les esprits lorsque la confiance lui éloit si nécess.'iire. Ce fut en ne prenant ni le titre d'Auguste ni les attributs du pouvoir. On conclut de cette réserve, ou qu'il hésiloit encore, ou que, s'il échouoit , il se ménageoit des ressources pour se tirer d'affaires en sacrifiant son parti. Coratzès, chef des Crétois , fit ces conjectures, et conçut des soupçons d'autant plus naturellement, qu'il avoit été l'un des plus ardens à pousser Philanthropène à la rébellion, lui répétant sans cess» qu'il devoit secouer le joug. Coratzès rassemble les principaux officiers de sa nation, et leur communique ses craintes. Pendant qu'ils étoient réunis , il se présente
ft. HISTOIRE DU EAS-EMPIRE.
îYîîiiea d'eux des envoyés de Libadaire. Ce gouverneur n'avoit que de mauvaises troupes, sur lesquelles il ne pouvoit compter, parce qu'elles ëtoient mal disciplinées , et n'avoient point encore fait la guerre. Il ne pouvoit , sans une folle témérité , les opposer à rapfuée de son rival , toujours victorieuse. Au lieu de combattre il prit donc le parti de négocier et de recourir à la ruse. Instruit de la méfiance des Crétois, il envoie à leurs chefs des émissaires chargés de promettre, au nom d'Andronic, amnistie pour leur troupe, et de grandes récompenses, s'iis vouloient livrer Philanîhropène, qui leur avoit confié la g:irile de sa personne. Coratzès et ses (officiers convinrent, avant de donner ime réponse défuiitive, de faire une dernière démarche auprès du général pour l'engager à prendre le titre et les attributs du chef de i'empire. S'il se rendoit à leurs vœux, c'étoit une preuve de sa sincérité, et les Crétois ilevoîent lui rester fidèles : s'il les rejetoit, il en falloit f onclure qu'il faisoit des arrangemens secrets aux dépens de ceux qui avoient embrassé sa cause, et, dans rette supposition , il étoit urgent de le prévenir. Tel fut le raisonnement d'après lequel les Crétois continueroient ou cesseroient d'être fidèles à leur général. De sa réponse dépendoit l'événement. Les principaux Crétois vont le trouver, et lui représentent qu il importe à sa sûreté, comme au succès de sa cause, de paroîlre à la tête de ^on armée avec les attributs impériaux; que les soldats en auront plus de courage , et ses partisans plus de confiance ; enfin qu'un grand nombre de citoyens atlendoient , pour se décider, cette démarche, qui seule pouvoit mettre un terme à leurs incertitudes. Au lieu de dissimuler le dépit que lui causoient ces observations, Philanthropène exprima son mécontentement, prit un ton absolu, l'air dédaigneux, et traita de pusillanimité les craintes qu'on paroissoil lui témoigner^ {^63 Cretois traitent aussitôt avec Libadaire , acceptent
les propositions qu'il leur faisoit , prennent de concert avec lui toutes les précautions convenables; et, de part et d'autre, ajoutent aux sermens les plus redoutables pour se garantir une fidélité réciproque, l'échange de ce (ju'ils avoienl de plus précienx, c'est-à-dire de leurs reliques. Les commissaires détachèrent de leur cou celles qu'ils portoient , et se les donnèrent réciproquement. Cette cérémonie rendoit le parjure plus odieux. Libaflaire range ses troupes en bataille; son rival fait mettre les siennes sous les armes, les harangue, et va se mettre à la tête des Crétois, ne doutant point de la victoire. Ceux-ci, quand les deux armées sont à la portée du trait, entraînent leur général, et le livrent à Libadaire. L'armée de Philanthropène, n'ayant plus de chef, est aussitôt vaincue qu'attaquée. On en fit un horrible carnage. Aucun des Turcs enrôlés sous les drapeaux du rebelle ne fut épargné. Libadaire , qui craignoit qu'on ne lui enlevât son ennemi , qui dans les fers le faisoit trembler, prit sur lui de le condanmer à perdre la vue, ÊUpplice qui n'étoit infligé que par l'empereur. Philanthropène fut livré aux Juifs , qui remplissoient les fonctions de bourreaux. Plusieurs de ses partisans, et partientièrement les moines, subirent la mcme opération. Libadaire s'empara des trésors et de la famille du général, que celui-ci avoit fait déposer à Nymphée, dans la tour de Porphyrogenèle.
Pendant que cet événement se passoit, les deux empe reurs étoient dans la dernière consternation. A la nouvelle de la révolte de Philanthropène, ils craignirent de perdre le trône et la vie. Ils connoissoient les talens et l'habileté de ce général. Ayant mis à sa disposition les meilleures troupes de l'empire, il leur paroissoit impossible de réduire ce rebelle. Dans cette extrémité ils songeoient à composer avec lui, et s'occupoient de \m offrir le titre et la dignité de César avec les revenus nécessaires, lorsqu'un courrier vint leur annoncer la pris^
de Phiîanthropène et la destruction de son armee.Andronic sort sur-le-champ de son paîaîs avec sa garde et sa cour, se rend au monastère des Hodéges , et s'y prosterne aux pieds de la Vierge, à l'intercession de laquelle
11 attribue le changement que venoît d'éprouver sa situation; ensuite, pour récompenser Libadaire , il le nomme stratopédarque.
Les Turcs, furieux de îa sévérité avec laquelle Libadaire avoit traité leurs compatriotes , ravagèrent et mirent au pillage tout le pays situé entre le Pont-Euxin et îa mer de Rhodes. Il étoit nécessaire d'envoyer un générfil et des troupes capables de les repousser. L'empereur choisit Jean Tarchaniote dont il connoissoit les talens militaires, et n'écouta point le patriarche qui vouloit le détourîier de ce choix , parce que ce général étoit schismatique : c'éloit un motif de plus pour lui doimer des occupations qui Tempêchassent de se mêler des affaires de l'Eglise. Tarchaniote justifia les espérances d'Andronic; il battit les Turcs, et les força de s'éloigner des frontières de l'empire, quoiqu'il eût une armée qui méconnoissoit îa discipline militaire. Les officiers vivoient dans le faste et la mollesse; une partie des soldats, que le pillage avoit enrichis, s'affranchissoit du service, dont le poids accabloit les autres : ceuxci tomboient dans le découragement; ceux-là ne recevoienî ni ne transmettoient d'ordre. Tarchaniote exigea de l'égalité, soit dans les devoirs à remplir, soit dans la fortune des soldats : comme elle ne venoît que du butin, il voulut un partage entre tous, et le prescrivit. Cette mesure lui fit des partisans et des ennemis. Il se forma m\ parti de mécontens qui se liguèrent et dénoncèrent leur général comme un ambitieux , un autre Philanihropène ayant des projets de révolte et voulant secouer le joug impérial. Cette accusation trouva des gens disposés à la croire. L'évêque de Philadelphie, Théolepte, ennemi personnel de Tarchaniote, dont il avoit toujours
HISTOIRE DU EÀS-EMPÎKE. îl
éié reçu avec une froideur méprisante, accrédita les bruits qui se répandoient sur ce général. L'ambition et îe désir de se venger lui firent même concevoir une entreprise téméraire ; ce fut de prévenir les ordres de Fempereur, et d'arrêter îe général au milieu de son armée, ne doutant pas plus de l'approbation d'Andronic que de la réalité des projets qu'on supposoit formés par Tarchanioîe. Long-temps il attendit une occasion favorable : elle se présente enfin. Le général, pour goûter un moment de repos, s'étoit retiré dans une maison de campagne , n'emmenant avec lui que quelqwes domestiques. L'évêque , instruit de cette circonstance, rassemble des gens armés et se présente à la porte de la maison du général ; celui-ci se réfugie dans un couvent voisin , et s'y barricade. Théolepte Tinvesfit, et, avant de commencer l'attaque, lit à haute voix tous les chefs d'accusation contre le général , qui répond et fait des représentations à l'évêque sur l'inconvenance de son action. Théolepte n'en devient que plus furieux, et donne le signal à sa troupe. Tarchaniote, n'ayant aucun moyen de résistance, a recours à un expédient qui donne une idée de la superstition de ce siècle. Il fait paroître aux yeux des assaillans une image de saint George : à cette vue tous ces guerriers prennent la fuite, abandonnant leur intrépide évêque , qui reste seul. Tarchanioîe auroit pu le châtier; mais il dédaigna de le faire. Dégoûté du service, il le quitta. L'enipereur le lit arrêter et mettre en prison, soit qu'il ajoutât foi aux dénoriciations faites contre lui, soit que cet officier .eût <lonné quelque nouvelle preuve de son zèle fanatique pour les arsénites. C'étoit un pays bien mal défendu que celui où le général le plus habile préféroit à la guerre les discussions théologiques.
La retraite de Tarchanioîe remit les provinces de An. 129,^ l'Orient dans le danger dont il les avoit délivrées. Ses successeurs , qui n'avoient aucun de ses talens, se fireaî
baUre, et les Tares augmentèrent de nombre et d'audace. Après avoir ravagé les frontières, ils s'avancèrent vers Constantinople , au point de causer dans cette capitale de vives inquiétudes. Les mécontens répandirent des libelles contre l'administration , et même contre î'empereur. Andronic, oubliant toute convenance , et n'ayant point le sentiment de sa dignité, crut qu'il étoit de son honneur de réfuter publiquement celui de ces pamphlets dans lequel il étoit le plus mal traité. Il convoque les grands de l'empire, le sénat, le clergé, les évêques , les courlisaiis, les principaux citoyens, et, dans celte assemblée imposante et nombreuse, il prononce un discours dans lequel il répond à tous les reproches que lui faisoit Tauteur du libelle, et termine cette singulière apologie par sommer ce pamphléîaire de se lîommer : ce que celui-ci n'eut garde de faire. Son silence fut regardé comme un aveu de sa défaile. Ce fut dans le même temps qu'on publia Tanathème dont nous avons parlé, et qu'Athanase avoit lancé clandestinement contre Andronic. Des enfans, qui cherchoîent des nids sur le haut des colonnes de Sainte-Sophie, trouvèrent le vase qui renfermoit cette excommunication. La forme, de l'écrit, les sceaux qui î'accompagnoient leur impriment une sorte de respect ; ils le portent au patriarche, qui, reconnoissant que c'est une excommunication fulminée par son prédécesseur, dépêche son frère Méthadîus vers Andronic pour le supplier de se rendre au palais patriarchal, étant dans l'impossibilité de se transporter à celui de l'empereur. Méthodius annonce une affaire de la plus grande importance : elle paroissoit telle en effet aux yeux d' Andronic comme à ceux du patriarche. Le prince suit immédiatement l'envoyé. En prenant connoissance de Fanathème, il tremble , se croyant sur le boid d'un abîme; il convoqua immédiatement un synode, composé da patriarche d'Alexandrie, de l'évêque d'Ephèse
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et de tous cènx qui se trouvoient à Constanlînopîe, ainsi que des moines les plus versés dans la science du droit canon. On entendit avec une silencieuse terreur la lecture de ce formidable écrit; il étoit adroitement calculé pour produire le plus grauil effet sur des esprits pusillanimes. Athanase commençoit par provoquer sur sa tête toutes les malédictions, et par se vouer lui-même aux supplices éternels, s'il avoit manrjué sciemment à un seul de ses devoirs. Avant de lancer l'anathème , il l'appeloit sur lui-même dans le cas où il se serait écarté de la saine doctrine dans une circonstance de sa vie. Cette précaution oratoire étoit évidemment prise pour inspirer plus de confiance et prouver la persuasion qu'il avoit de son innocence et de sa sainteté. Passant ensuite ans autres, il les voaoif in e^ocabkment à Vanaiheme y les Telranchant du sein de l'Eglise. Il terminoit par ces mots : Périsse avec eux celui qu'ils ont poussé à me traiter ai>ec tant de cruauté. Ces paroles épouvantèrent Andronic, à qui elles étoient adressées. îl prie en tremblant Tasseniblée de s'occuper des moyens à prendre dans une conjoncture aussi fâcheuse. Les évêques f)ensoient qti'Athanase seul pouvoit annuler Texcommunication. Des canonistes , envisageant cet acte sous son véritable point de vue, prouvèrent qu'il ne devoit causer aucune in(]uiélude, étant produit par la vengeance et la colère; qu'étant furtif et clandestin , il étoit de nul effet; enfin, quand bien même il seroit valide, le synode avoit le pouvoir de l'anéantir, étant au-dessus d'Athanase, qu'il avoit droit de faire comparoitre et de déposer. L'assemblée partagea Topinion de ces canonistes quant à la précipitation qui avoit dicté cet anathème ; mais elle persista à croire qu'il ne pouvoit être levé que par celui qui l'avoit prononcé; quelques-uns pensèrent même qu' Athanase n'en avoit plus le pouvoir, et qu'aucune puissance sur terre ne pouvoit infirmer cette exconmiunication. C'étoit déclarer le m^l
Uj IirSÎOlîlE DU UAS-EMPIitE.
sans remède. Heureusement pour le foible Andronic ^ cet avis ne fut que celui de la minorité de l'assemblée. L'empereur, croyant qu'il ne pouvoit prendre trop de précautions, exigea qu'on envoyât à l'ancien patriarche une dépulalion pour savoir s'il avouoit l'écrit dont on s'occupoît, et s'il étoit toujours dans les mêmes seniimens. Arhanase convint que cet anathème étoit^le fruit de la colère; qu'il devoit être considéré comme nul, déclarant qu'il l'annuloit en tant que de besoin, et qu'avant de quitter le siège patriarchal , il avoit eu l'intention de le détruire. Andronic voidut que cette déclaration fût écrite. Athanase le fit dans les termes les plus expressifs^ et le calme se rétablit dans les esprits. Un autre événement les troubloit à la même époque, et causoit dans la capitale de l'empirenne consternation générale : ce fut un tremblement et des inondations telles , que les historiens les ont traitées de déluge dans leurs descriptions.
âN. 1298. Au mois de mars 1298 , le patriarche Veccus mourut dans la citadelle de Saint-Georges, où depuis plusieurs années il manquoit de tout. On prétend qu' Andronic avoit pour ce prélat une grande considération, et qu'il vouloit le rappeler. Ce qui rend cette intention douteuse , c'est le dénûment dans lequel il le laissa , pouvant adoucir les rigueurs de sa prison et pourvoir au moins à ses besoins, s'il ne lui rendoit pas la liberté. La persévérance de Veccus , qui sacrifia les honneurs et les dignités à son opinion, lui a concilié l'estime générale dans les églises grecque et latine. La première, lecroyai^t dans l'erreur, mais de bonne foi, le plaignit et le regretta : la seconde loua hautement sa conduite et sa doctrine,
Vrosc, craie ou roi de Servie, aidé de ce Gotanitze dont nous avons parlé, et qui s'étoit évadé de sa prison, dévastoit les frontières occidentales de l'empire. Les troupes que commandoit de ce côté le grand-connétabie Tarchaiiioîe Glabas étoient insuffisantes pour repousser
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les Servîens. Glabas ne dissimula point la sltnation des affaires. II déciare qu'il faîloit renoncer à l'espoir de réduire jamais ce peuple sauvage qui, se réunissant pour une expédilion , se dispersoit aussitôt qu'elle étoit faite, et trouvoit un asile assuré dans des forêts impénétrables! Une alliance paroissok au connétable être le seul moyen d'arrêter et de contenir ces barbares. Mais le crâle avoit tant de fois violé les traités conclus avec lui, qu'il n'inspiroit plus aucune confiance. Andronic , qui partageoit l'opinion de son général, ne vit d'autre expédient que de proposer au roi des Serviens d'épouser sa sœur Eudoxie. Cette princesse étoit veuve de Jean Comnène, prince des Lazes , ou souverain de Trébizonde. Elle le pleuroit sans cesse. Laissant la couronne au prince Alexis Comnène, l'aîné de ses deux enfans, elle vint avec l'autre à Constantinople. L'offre de sa main, faite à son insu, fut acceptée avec empressement. Outre l'avantage que trouvoit le crâle dans cette «mon , il avoit besoin de la protection d'Andronic pour assurer le trône à ses enfans. Vrosc , surnommé Milatin , Foccupoit au préjudice d'Etienne, son frère aîné, qui en avoit été exclus parce qu'il étoit boiteux. Celui-ci menoit une vie obscure et tranquille, et se résignoit à son sort ; mais il n'avoit pas renoncé au sceptre pour ses enfans; et comme ceux du crâle étoient bâtards, Etienne pouvo.t espérer qu'on rétabliroit en faveur des siens l'ordre de succession à la couronne. Ces prétentions n'avoient plus lieu du moment où il naîtroit des enfans d'un mariage légitime entre le crâle et la sœur d'Andronic.On passa un traité pour convenir de cette alliance Lemperem- exigeoit qu'on lui livrât la fille de Terlère roi de Bulgarie, et Cotanitze; la première, parce qu'ellJ vivoit en concubinage avec le crâle ; et le second , parce que Andronic vouloit le punir et se venger. Vrosc n'hésitoit pomt a les sacrifier tous les deux. Dans toute cette négociation, on avoit oublié l'article principal, sans
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lequel le traité ne pouvoit recevoir d'exécution : c'étoit le consentement d'Eudoxie. Non-seulement elle le refusa positivement, mais exprima le mécontentement qu'elle éprouvoit de voir qu'on disposoit d'elle avec autant de légèreté. Elle déclara qu'elle ne vouloît point se remarier, quelque avantageux que fût le parti qu'on lui proposoit ; que , si jamais elle changeoit d'avis, ce ne seroiî point en faveur d'un homme qui auroit quelque ressemblance avec le craie de Servie. L'empereur fit d'inutiles efforts pour vaincre la répugnance d Eudoxie. Pour dédommager Yrosc, il lui donna sa propre fille , malgré la révoltante disproportion d'âge qu'il y avoit entre elle et le craie, car elle étoit à peine sortie de l'enfance, et Vrosc avoit quarante-cinq ans. Simonide faisoit les délices de sa famille, qui ne pouvoit se passer d'elle, et qui , malgré cette circonstance , en fit le sacrifice aux intérêts de la politique. Cette victime fut conduite à Thessalonique par Andronic lui-même , malgré la neige et les rigueurs d'un froid excessif. Le prince partit le 6 février, et s'arrêta d'abord à Dripée pour y attendre .son frère Constantin Porphyrogënèle , qu'il avoit la barbarie de traîner à sa suite dans une cage. Il craignoit que, sa mère, pendant son absence, ne mît ce prince eu liberté. Andronic étoit tellement honteux de cette alliance , qu'il n'en avoit point fait part au patriarche Jean. Mais celui-ci, en étant informé , résolut de faire des représentations au prince sur un mariage qui biessoit toutes les convenances. L'empereur, soupçonnant son dessein , en prévint l'exécution en lui donnant l'ordre, avant de se mettre en route, d'aller Tattendre à Sélivrée. Le patriarche s'y rend, y passe plus d uo mois sans voir arriver le prince. Il paroît enfin avec toute sa cour. Au moment où le prélat ailoit le haranguer en sortant de l'église , l'empereur lui demande brusquement sa bénédiction pour sa fille, et continue sa route. Jean ne perd point courage, et reste à Sélivrée
jusqu'au retour d'Anfîronic, résolu de lui parler. Comme la fêt^ de Pâques approchoit , le prince , voulant remplir les devoirs de sa religion, et ne le pouvant sans la permission du patriarche, lui dépêcha pour l'obtenir un de ses principaux officiers. On suppose que Jean avoit l'intention de la refuser, mais qu'une somme d'argent le rendit plus traitable. Quoi qu'il en soit, il l'accorda. Obligé de revenir à Constantinopîe pour soigner sa sanlé^il s'enferma dans le monastère de Pammacariste, sans vouloir remplir aucune des fonctions patriarchales , ni même recevoir personne, témoignant par cette conduite combien il blâmoit celle de l'empereur.
A peine entré dans Thessalonique , le prince le fit savoir au chef des Serviens, qui commença par montrer la mauvaise opinion qu'il avoit d'Andronic en lui demandant des otages. La manière dont l'empereur s'étoit emparé de Michel, et que probablement Cotânitze ne îaissoit point oublier du ciâle, justifioit cette méfiance injurieuse. Sa demande fut accordée. On se donna mu- Uiellement des otages, dont l'échange eut Heu sur le fleuve Vardar, qui séparoit la Servie des terres de Tempire. Vrosc, n'ayant plus de craintes fondées, se met en route, et livre lui-même à l'empereur Cotanîize et la fille du roi des Bulgares. Alors le prince lui présenta Simorside. Le craie .la traita avec beaucoup de respect. Ils reçurent tous deux la bénédiction nuptiale, qui leur fut donnée par Macaire , archevêque d'Achride. L'empereur donna des fêtes à son gendre, et distribua des présens à tous ceux qui l'accompagnoient. Il mit à sa disposition un corps de troupes pour contenir les partisans d Etienne. Les deux princes se séparèrent ensuite satisfaits l'un de l'autre.
Pendant son séjour à Thessalonique , l'empereur y reçut une députatioîi de la i épnblii|ue de Venise , qui demandoit le reiàouvellenjent des anciens traités. Eile exîgeoit toujours la restitution des biens confisques
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l8 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
qu'Andronic persistoit à ne vouloir pas rendre. Les ambassadeurs réduisirent leurs prétentions et se bor^rent à demander moitié : le prince étoit sur le point de céder , lorsque ses courtisans lui conseillèrent de tout refuser, prétendant que Venise étoit dans une situation à n'inspirer de crainte à personne. Andronic les crut, et les Véni(iens se retirèrent avec la résolution de se venger. L'empereur, avant de revenirà Constantinopîe , voulut profiter du voisinage où il se trouvoit, à Thessalonique, du sébastocrator , pour se faire rendre par ce prince la ville de Démétriade en Thessalie. G^^tte ville faisoit partie de la dot deThéaphano, sœur de la femme de l'empereur Michel , morte en allant rejoindre le séb;istocrator. Ceiui-ci n'osa pas pefuser de rendre une ville qui ne lui appaitenoit point, puisque le mariage n'avoit pas eu lieu. Mais il y mit tant de lenteur, qu'il finit par la garder.
Andronic croyait mériter les honneurs du triomphe pour avoir livré honteusement sa propre filleà un prince barbare, dans le dessein de garantir de ses insultes les frontières de l'empire. Il voulut donc rentrer en pompe dans sa capitale. Précédé des ordres qu'il prescrivoit à ce sujet , il s'arrêta dans le voisinage de celte ville pour donner le temps de prendre les dispositions convenables. Tous les habitans sortirent de Constanlinople , le 2^ novembre , et vinrent au-devant de lui. La foule fut si considérable , que, la route étant encombrée, l'empereur ne put rentrer dans son palais qu'à la nuit, après avoir long-temps attendu.
A peine de retour , il se jette dans de nouveaux embarras à l'occasion d'un mariage qu'il voulut faire pour récompenser Churnne, préfet (hi Ganiclée, <lont ii projeta d'imir la fille au prince Alexis Comnène, son neveu , souverain de Trébizonde. Cette jeune personne a voit une fortune considérable , et comme sa naissance étoit commune, Andronic lui fit porter les orncmcns particuliers
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anx femmes de despotes , afin qu'elle eûl îe pas sur les antres dames de la covir. Si le prince avoiJ dédaigné de consulter Eudoxie lorsqu'il l'<»ftVit au craie de Servie, il n'eut pas plus d'éj^ards pour son pupille, et crut pouvoir en diipoj?er sans s >n aveu. M.iis Alexis l'avoit prévenu en épou<^ant la fille d'un seigneur de l'Ibét ie riche et puissant. Furieux de ce contre-tenips, Andronic voidut faire casser ce mariage, et pour y p;uvenir, ii eut recours à sa ressource ordinair'e; c'e^t-à-dire au clergé. Il dénonça lui-même au tribunal ecclésiastique son neveu , conuDe s'étant marié, quoic.ue nuneur, sans son consentement. Le cler^édi^cuta lonj^uement. La majorité, à la têîe de lafjuclle étoit le pal riarche, trouva le mariage* valide, faisant prin( îj)aien»eïtt valoir la grossesse de«ia jeune princesse. Eu iijxie , mère d' Alexii , voulant retourner à Trébizonde auprès de son fils, et crai^ioant que Teuipereur n'y mît obstacle, feignit fie bâmer Alexis , et promit de le forcer à répudier sa femm*'. Andronic fut sa diqje, et la laissa partir; mais elle approuva la conduite du prince et se moq\ia de son frère quaiul elle ne fut plus en son poJivoir. L'empereur, n'osant résister à son clergé, fut obligé de renoncer à son projet. Pour dédommager la fille de Chumne, il lui promit son propre fils, l'aîné des cnfans qu il avoit eus d'Irène. Mais celle impératrice , outrée de dépit , déclara qu'elle s'y opposeroit «le tout son pouvoir, Aruirouic, pour avoir la paix, feignit d'abandonner cette iilée, espérant que par la aiite il disposeroit Itèneà l'adopter.
Depuis le retour d' Andronic à Constantinople , le patriarche Jean n'éioil sorti de sa retraite qu'à l'occasion du mariage d Alexis, et pour faire partie du tribunal qui le déclara valide malgré l'empereur. Andronic l'engageoit à reprendre ses fonctions, et chaque jour l'en pressoit avec de vives instaîices. Elles lurent inutiles , et Jean déclara (pi'il resteroit dans son couvent jusqu'à ce que l'empereur s'y présentât avec les
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principaux membres du clergé en nombre suffisant ponr former un synode, devant iequel il feroitun exposé de ses plaintes : il ajouta même que, si cette demande lui étoit refusée , il abdiqueroit. Au lieu de le prendre , au mot et de punir cette témérité, l'emperetir lui accorda ce qu'il demandoit , indiquant le jour où la conférence aui oit lieu. La manière dont il s'y rendit est un nouvel aveu «lésa f û blesse. Ce fut pendant la nuit , avec les ecclésiastiques qu il avoit choisis , au nombre desquels étoit Pachytnère « qui , dans sa volumineuse histoire , n'oublie aucune des particularités de cette conférence singulière dans laquelle on voyoit le chef d'un vaste empire paroître devant un moine qu'il avoit feit évêque , et recevoir ses réprimandes. Elles ne lui furent pas épargnées; ^t , si l'on met de côté l infraction aux convenances , on est forcé de convenir qu'elles étoient méritées. Jean conservoit de la rancune de la manière dont il avoit été traité à Sélivrée : il avoit d'anciens et longs reproches à faire. Il n'eu omit aucun. II commença par le mariage de Simonide avec Urosc. Il en fit voir l'absurdité , puisque la princesse n'avoit que huit ans, tandis que le craie ëloii â^é de quarantecinq ans. ïl peignit l'opprobre dont s'étoit couvert l'empereur en donnant sa fille à un homme déshonoré par îa licence de ses mœurs , par l'habitude de ne jamais tenir sa parole, accusé même d'avoi»- commis un double inceste avec la femme de son propre frère et la sœur dé cette princesse , qui étoit religieuse. Le patriarche prétendoit connoître cette particularité de la mère du roi des Servieus , qui la lui avoit confiée en le priant d empêcher le mariage de son fils avec Simonide. Il prétendit ensuite qu'Urosc, s'étanî engagé par serment à réconnoître la fille de Tertère pour femme légitime, il n'avoit
« Pachymère est estimé comme fauts qui sembleroient devoir s'exîémoin des événemens qu'il raconte; cîurc : c'est d'être obscur et prolixe, mais quelquefois il réunit deux de-
pli l'abandonner sans devenir parjure. On doutoîtmême que cette union pût être annulée. De ces faits qni ne concernoient que la famille impériale, le patriarche passa à des reproches d'un intérêt général. Il traça avec hardiesse le tableau des maux dont l'état étoit accablé , la négligence ou l'incapacité des ministres, les abus vexatoires de l'administration , enfin le poids des impôts , qui étoient également au - dessus des besoins de Tempire, s'il étoit sagement g(?uverné , comme au-dessus des facultés de cet'x qui dévoient les payer. Il termine par des représentations énergiques à l'occasion d'une taxe nouvellement établie sur le fer et le sel, et par des plaintes directes contre Andronic qui avoit souvent refusé de l'entendre. Ce discours causa dans l'assemblée une surprime d'autant plus grande, qu'on n'avoit pas l'idée de la possibilité d'articuler de tels reproches en face de celui qui en étoit l'objet et qui avoit en main l'autorité suprême. Si ce langage eût été tenu au sein du sénat et des grands officiers de l'empire, une pareille démarche auroil mérité tous les suffrages. Mais le lieu , Torateur et les assi:tans étant égaleii ent déplacés, on humilioit graluilenjent l'empereur, et une action louable en ellemême et courageuse n'étoit plus qu'une imprudente témérité. Andronic, babitué au commerce des prêtres, sa voit dissimuler et dévorer un outrage. Il écouta patiemment et sans changer de couleur les dures vérités qu'on venoit de lui faire entendre. Il répondit au reproche du mariage de Simonide par la raison d'état, qiii , pour rendre la paix au peuple , exigeoit un sacrifice aussi coûteux de sa part. Ou auroit pu lui répliquer que c'étoit sa faute s'il n'avoit pas d'autres moyens en sa puissance, et s'il n'existoit«pas d'armée à opposer aux entreprises du craie. Andronic tâcha de prouver ensuite que Simonide étoit l'épouse légitime d'Urosc ; que les mariages entre souverains ne sont point assujettis aux mêmes formalités que les autres , surtout
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q'.inrul ils ont i'inlërêl public pour exruse. îl prit aflroiîefîieîU pour ju^j;e rassemblée , (pîi îétuoi^na sa recoiin4)issance par d unanimes f^pplatidissemens. Reprenant la parole, il répond à t arhrlt' relatif aux iîiipots en repré.»eîitanî qu'il a voit été forcé par d'impérieuses circons?ances rFen mettre sur ie fer et le sel; que ce n'^toit qna la dernière extrémité qu'il Tavoit fait, et après avoir réTof UîC sa maison et dinnîîué le trasiemenî des ofîkiers et di^'uitaii es (le rem[)ire. Il rappela ia condnilc de quelques - uns de ses j)i'édécesseurs qui , sans avoir les mêmes beooius , avoierit mis sur leurs sujels des taxes Wu n plus onérejises ; connue si Texemple d'une îujtislice fuisuil ioi pe)ur en connneltre une anUc! Fassani ensuile aux reproches personnels du {)atiiarrlie sur la îirî'ure de leurs relaiions, il fit une disîinction entre les ('emandi's que lui faisoit ce prélat ; désignant les wnes coRîme fid^anî pariie des devoirs qui lui éloient in)posés par ses fmctions, et les autres comme de pure bienveillance. ïl prétendit n'av(ûr jamais refusé les premières , et ipie , s il n'avoit pas toujours accordé les secondes , c'étoi* moins sa faute que celle des circonstances. Aiidronic finit ce discours étudié en priant le patriarche d'oublier le passé; en promettant d'avoir plus îd'égards pour lui ; enfin en lui teriant un langage aflectueux qui désarma sa colère, il promit de retourner au palais patriarchal , el tint parole dès le lendemain. Cette îoi giie a[>oîogie , faite en termes mesurés, prouve ( si Pacli^/mèce n a point prëvé sa plume à l'en^pereur ) qu'Audi unie avoil pré\u Ions les reproches qui lui seroient aihesbéo; ii réellenient il i'avoit improvisée, elle démonhero I i|ue ce prince b'é.oii Inrmé à la disciission en a^sisSam à tant <le conféi enres ecclésiastiques , en les priîvoquaîit même, et ce mérite, firt luediocre dans le chef d uîi gou veriiement , et niêsne rien moius que désirable, exj)nqueruit son goûi pour ces asseniblées. On diroit qu'il nepuuvoit s'ea pa^bcr. Eu eiiet , après celle
que îe patriarche avoit facilement obtenue , l'empereur s'empressa d'en convoquer une nouvelle, dans laquelle il exprima son repentir et les remords qu'il éprouvoit pour avoir concouru à la déposition de l'évêque d'Ephèse, et Tavoir même fait enfermer , parce qu'il s'étoit déclaré contre les écrits du palriarche Grégoire. Eitfm il annonça qu'il vouloit dédommager ce prélat. L'assemblée applaudissoit à cette intention , lorsque le patriarche Jean et les évêques de Smirne et de Philadelphie la combattirent avec aigreur. La discnssions'anima : Jean , qui ne suppôrtoit point la contradiciion , se retira pour la seconde fois dans le couvent de Panmiacarisîe , et n'y voulut avoir communication avec personne. Les évêques, que cette humeur fantasque fatiguoit, et supposant le même mécontentement dans Andronic , lui présentèrent un ménioire contre le pajNPiarche. ÎS'apporteraucunsoin dans le gouverneraenl de 1 Eglise ; rendre desflécisions sans consulter le corps épiscopaî, et réformer celles prises par ce corps en plein synode; laisser les bénéfices vacans pour s'en approprier les revenus ; y nommer au mépris des lois qui prescrivoient l'élection ; confier la régie des biens de Téglise de Consîantinople à son fds Ephraïm , qiii en dépensoit les revenus dans la débauche : tels étoient les chefs d'accusation contre Jean. L'empereur étoit d'autant plus disposé à les accueillir , que , dans la puérile frayeur que lui avoit inspiré l'anathème lancé par Athanase, il croyoit n'en être entièremerH affranchi que lorsque ce patriarche seroit replacé sur son siège. Mais Jean , dont la retraite n étoit qu'une ruse, en sort le 25 octobre et se présente devant Androific , qui lui demande sa bénédiction et le prie de reprendre l'exercice de ses fonctions. G'étoit ce que désîroit le patriarche. Pour éviter le reproche de contradiction auquel il s'exposoit en revenant de luimême après avoir si formellement exprimé rintenlion contraire, il eut recours à un pieux stratagème. li sup-
posa î'apparilion d'un jeune homme qni , pendant la Biiit, lui avoir adressé ces mots : Si vous ni aimez, paissez, mes agneaux. C'étoit donc uniquement par obéissance et par amour de Dieu qu'il revenoit prendre soin de
^ son troupeau. Le plus grand nombre des évêques, à qui
de pareils moyens étoient familiers, ne crurent point à ce conte ; niais l'empereur se garda bien d'en douter. Tout ce qui sorloit des lois de la nature avoit droit de lui plaire, et sa disposition à croire étoit en raison de l'invraisemblance du fait dont on lui faisoit le récit. Cette imposture lui fit rendre ses bonnes grâces et son estime au patriarche. Il alla même jusqu'à faire des démarches au-dessous de sa dignité pour ramener à ce prélat les évêques qui ne vouloient plus communiquer avec lui. Tout entier au soin de réconcilier des prêtres, il négligeoit les^ffaires de l'état. Leur situation s'aggrava tellement, qu'il fut obligé de s'en occuper.
An. i3oi. Nous avons lai. sé les Turcs s'avançant dans l'intérieur de l'empire au point d'inquiéter la capitale; reculant ensuite et se jettant sur d'autres provinces , ils y portoient le pillage et la mort. La conduite d'Andronic pendant qu'on dévastoil sesétats,soffiroit pourmoliver le jugement qu'on doit porter de ce prince, si toutes les actions de sa longue vie n'étoient autant de preuves de son incapacité. Que faisoit-il pendant les incursions des barbares? Des projets de mariage , dont le plus absurde fut le seul exécuté; drs réponses aux pamphlets écrits contre lui ; des consultations sur un écrit trouvé dans un pot; enfin des convocations d'assemblées pour réconcilier des prêtres, recevoir des réprimandes , ou discuîer quelques questions oiseuses. Ce n'étoient pas des moyens vigoureux de résister aux Turcs; et si ces barbares eussent eu un chef habile et une bonne discipline^ c'en étoit fait de l'empire. Mais s'ils ne le renveri,èrent point alors, ils en dévasièrrnt les provinces, au point d'interrompre le cours des occupations théologiques de l'empereur. Il
sentit en même temps le danger et l impossibilité d'y résister par la niillilé de ses ressources. Celles auxquels il avoit ordinairement recours, son patriarche et son clergé , ne pou voient lui rendre aucun service dans cette circonstance; et, par sa faute, il n'avoiî ni troupes en état de faire la guerre, ni général capable de la bien faire. Il étoit donc dans la position la plus crîtit|ue, lorsqu'il en fut tiré par un secours inattendu. C'était l'arrivée sur les frontières d'une horde d'Alains, qui demandèrent à défendre iVmpire. Ou a vu dans cette histoire « l'origine de ce peuple nomade. Chasseur et guerrier tour à tour, il avoiî fait trembler les Mèdes et pénétré dans les Gaules. Le parti qui se préscnîoit avoit servi récemment sous Ndgaïa. L'enjperein- raccueillit avec enthousiasme, et mit dans sa conduite avec les Alains une imprudence excessive. Il leur accorda des distinctions qu'ils ne demandoient pas , des présens auxquels ils ne songeoienî point, et greva le trésor, déjà surchargé de pensions qui contribuoient à l'épuiser, de nouvelles pensions pour les nombreux officiers de ce corps. Il assigna même aux soldats une paie plus forte que celle qu'il accordoit aux siens. Il parloit sans cesse de leur bravoure, de leurs faits d'armes, qu'il cxaitoit aux dépens de la milice nationale, sur laquelle il ne
a Tome 2, liv. 19 , p. 40^» Les détails que donne Le Beau ne sont et ne peuvent être que des conjectures, puisque les hisloiieiis varient sur cette origine. Quand on en est réduit aux conjectures sur un fait historique, il ne taut onaefire aucun des témoignages sur lcs(juels le lecteur peut établir son opinion. 11 n'est donc pas inutile de compléter ceux (ju'à rappurtt s Le Beau. Ainsi à Prtj ope, dont il ;id(ipte l'avis, on peut opposer Josephe et Ptolomée, qui prétendent que les Alains, au lieu d'être Sarmates , étoient Scythes , et les placent autour du mont Imaiïs. Sui-
vant Ammicn-M.ircellîn , les Alains étoient le même peuple que les Massa'j^eies • ce qui augmente les diffîculiés, puisqu'on n'a point assez de notions sur ce dernier peuple pour luire même une conjecture. L'idée de laire des Alains un peuple noble plaii à l'imagination : elle a souri à Le Beau (t. 2, liv. 19, p. 407 ). Mais elle est plus poétique que positive, et l'histoire, qui ne doit admettre que des laits, n'a point de place poulies fictions , ou ne leur en donne une qu'en leur conservant leur caractère essentiel.
v^rsoît que du mépris. Enfin ii exigea que la cavaierie grecque cédât aux Alains leurs chevaux et leurs armes. On auroit tout au plus pardonné à un prince de vingt ans cet enthousiasme irréfléchi. Un prince sagç auroit établi une concurence salutaire entre les Alains et ses troupes, et se seroit servi des premiers pour inspirer aux secondes une noble émulation. Mais Andronic les j leur sacrifia. Dans le traité qu'ils passèrent avec lui , ct^s | nouveaux alliés obtinrent, aussitôt qu'ils le demandèrent, | trois condifions. La première étoit de n'être jamais ! renfermés dans des places ou dans des villes murées ; j condilion également remarquable, soit qu'elle ait eu pour motif une précaution de prudence pour conserver aux soltlats leurs mœurs et leurs habitudes, soit que la rîiéfiance l'ait dictée. La seconde, de n'être point incorporés dans les troupes de renq)ire et de rester toujours disliîicls d'elles; la troisième enfin, de n êlre jamais conduit que par leurs propres officiers. Les deux derîjîères conditions paroisserU avoir été adoptées par les Suisses , qui se vendent depuis trois siècles. La serviie couiplaisauce d'Audronic étoit faite poiu' révolter les Grecs et lt;ur inspirer contre ces auxiliaires une jaliiusie qui, n'étant que trop motivée, devoit finir par nuire aux intérêts de Télat. L'empereur fit trois corps des Alains. Il envoya l'un en Abie, l'autre au gouverneur des Alisons, qôi avoit besoin de secours. Le troisièjïie , considéré comme l'élite de la troupe, devoit servir sous les ordres de l'empereur Michel, que son père avoit projet de mettre en campagne. A peiue le premier corps qu'on envoyoit en Asie , eut-il passé le détroit de Gallipoli (aujourd'hui celui des Dardanelles), qu'il s'abandonna au pillage, traitant de mêîue amis comme ennemis. Cet le conduite excita des plaintes d'autant plus amères , que les éloges donnés par Andronic à ces nouveaux venus avoient é?é plus exagérés. Un pareil démenti le morlifioit: heureusement ces pillards, qui se
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hattoienî Lien , conlî il)uèren{ aii gain d'une haîaîile que îes Grecs iivièrent aux Turcs peu de jours après; et décidant de la victoire par leur bravoure , ils réparèrent ainsi le tort qu'ils verioieul de faire à leur réputaîion.
P«:ur leur en imposer (lava. itHge et Us contenir dans An. iSoa. îes bornes du devoir, Androuie envoya son fils, Tempereur i\!ichël, en O ierît. ïi y prit ie conunandement de Tarinée. Ce jeune prince montra beaucoup d'ardeur; ce qui pluî aux Alains, qui îriumoicnt qu'à se baîhe. 11 chf relia l'eu nesni, qui se Bl (î'aulaut moins attendre, qu'il expriuioit hautement de son fô é le désir d'en verur aux niaifis. Les deux armées étoient en présence, lorsqu'au monwnjl du signal (o(!s les officiers grecs font des observations à Michel sur le danger auquel il exposoit sa personne et se troupes; ils représentent que la confiance des Turcs est une pr^Mive de leur supériorité; qu'ds ne den)andent le ccunbr.t (pie parce (jn'sls sont certains de la victoire; qu'une défaite seroit un malheur plus grand dans la cisconsîaut e que dans toute autre ; enfin que ce malheur devierulrolt sans remède si le prince p( rdoit la vie ou la iiiierté. Au lieu de témoigner l indignai l'on que lui faisoit éprouver un conseil aussi pusillanime, Michel faii sonner la retraite. Les historiens supposent que ce fut conire son gré, mais sans rien rapporter qui puisse autoriser leur conjecluie. Le désordre de la retraite avoit l'air d'une fuiie. L'armée entre dans Magnésie. Les Turcs prennent ses bagages et se présenterît devant les niius de la ville au moment où Ton venoit d en fernier les portes. Ils campèrent dans les environs , surveillant la place sans Tassiéger. Les Alains , accoutumés à une vie agitée ou paisii)le , se plaignent de l'iuachon dans laquelle on lés tient. Ils expriment hautement le dé^ir d aller se mesurer avec i'ennemi, if préseniiînt que, quanti ii> prenoîent les armes, c'éSoit j)our s en servir, et non puor se livrer à des exercices qui n'ont d'autre ré^ullaî que la fatigue et i'ennui ;
que îenr contiime éloit de se battre, de vaincre, et de jouir ensuite tranquillement du fruit de leurs victoires; qu'ils eJoîent faits pour la gloire ou le repos ; qu'on leur refusoit également l'un et l autre; enfin ils annoncèrent qu'il falloit les mener au combat ou leur donner leur congé, bien résolus à ne pas prendre d'autre parti. Cette déclaration jetoil Michel dans le plus grand embarras. La retraite des Alains le laistoit sans ressources. Il avoit successivement perdu ses autres alliés. Asan, l'ancien roi de Bulgarie, qui étoit venu à son secours, venoit de mourir : le prince Michel , despote , qui lui avoit amené des troupes, tomba malade et repartit avec elles. Les meilleurs soldais désertoient. La retraite des Alains alloit rendre sa situation désespérée. Il ne négligea rien de ce qui pouvoit les retenir, employant tour à tour les prières et les promesses. Enfin il parvint à les faire consentir à rester encore trois mois; mais ce ne fut qu'après que le prince leur eut promis avec serment de ne point s'opposer à leur départ lorsque l'époque seroit an ivée, et de leur faire distribuer alors des sommes d'argent dont ils déterminèrent eox-nîémes la valeur. Mkhel, aux al>ois, fut obligé de tout accorder. Pour tenir sa parole, il sollicita son père avec les plus vives instances, en lui faisant connoître les engagemens qu'il avoit pris avec les Alains, et l'extrémité à laquelle il se trouvoit réduit ; faisant voir que ces événemens auroient sur l'état une influence nuisible. Mais Andronic, qui ne savoit ni prévoir ni prévenir le danger, n'envoya que des secours ij;îsuffisans. A l'expiration du terme convenu, les Alains firent les préparatifs de leur départ. Michel, qui ne pouvoit ni les retenir ni se passer d'eux, voyant qu'il couroit les plus grands risques en prolongeant son séjour à Magnésie , forme îe projet d'en sortir furtivement , se proposant de prendre tant de précautions, que personne ne s'aperçut de sa fuite. Il attendit une nuit obscure et orageuse pour se mettre en route. Mais on
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avoit pénétré son dessein : le bruit s'en répandit dans la ville. Au rnonjent du ilépart, non-seulement les troupes mais tous les habilans , sans distinction d'âge ni de sexe, sortent sponlanément des maisons poursuivre le prince. Les térjèbres. la foule qui se pressoit , causèrent beaucoup d'accidens. La terreur se répandit rapidement dans le pays, et de là dans les provinces voisines. Ceux qui demeuri)ient dans des villes en sorloient, croyant voir l'ennemi. Les Turcs profitèrent de ce désordre pour suivre et harceler les fuyards, qu'ils massacroient sans pitié , mettant le feu aux maisons. Une multitude innombrable périt: ceux qui échappèrent se retirèrent îi Pergame , dans les murs d'Adramytte et dans les environs de Lampsaque. L'épouvante fut telle , qu'on en vit plusieurs traverser i'HcUespont et chercher en Europe une nouvelle patrie. Le jeune Michel avoit cherché un asile à Pergame ; et, ne s'y croyant point en siirelé, il se retira bientôt à Cyzique avec quelques soldats. Mais les Turcs, qui raettoient beaucoup de prix à s'emparer de cette proie, se dirigèrent aussitôt vers cette ville. A leur approche, l'enspereur en sortit poiir se retirer à Péges, place située sur le bord de la mer. Les fatigues , les contrariétés , le chagrin , la honte que lui causoit une expédition aussi désastreuses, le rendirent malade au point que sa vie fut dans le plus grand danger. On en instruisit Andronic , en lui demandant les ujédecins les phis habiles de la capitale. Alarmé pour son fils, l'empereur lui envoya les siens sans délai. Mais croyant moins à l'efîicaciîé de leurs remèdes qu'à celle de ia protection t^e ia Vierge, il fit chanter une messe, puis envoya par un moine, au prince Michel, les restes de l'huile des lampes allumées pendant la célébra! ion des saints mystèi es. Pachymère raconte aven une admirable bonne foi qu'à l'in-tanî où le moine se mit 'en route , Michel se sentit soulagé ; qu'il vit en son-e une belle dan^e qui lui ôta du corps un clou , cause et siège du mal ; qu'à
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son réveil il ordoisna qu'on ailâî an «levant d'nn moine qni lui apportoil nis radeau de la Vierp;e ; qn'on trouva ce moine en effet au moment où ii débarquoit ; enfiîi que , ce n)oine ayant fait sur le niaiade une on plusieurs oncfions, M chel fut totalement rétabli «.
Les troupes ne faisoient pas plus de résistance en Bitbynie. Elles étoierst conmiandées par INiusalon , hélérîarqne, qni occupoit le po^tv^ de Baphée. Olhrnanse mit en marclve pour l ai laquer. A sf)n approche les Grecs prirent la fnîte pour se réfugier à Nicomédie. Ils auro;ent tous été massacrés sans les Alaius, qui garantirent leur retraiîe , eî , quan{l ils vir<^nt la troupe impériale en sûreté, se ret irèrcîît en bon oi dre. Ii > gagnèrent les bords de la n)er , et se nsirent en disposition de passer le Détroit. Andronic, dorit celte déf ction augmentoit l'embarras, envoie auprès d'eux Alexis Raoul, grand-domesîique, en le chargeant de faire les tentatives ira plu& pressantes pour obteisir leur rciour ; ou , s'il n'y pouvoit parvenir^ d'exiger" d'erîx îa restitution des chevaux et des armes qu'on leur a voit fournis. La manière dont ils reçurent la première propos 't ion auroit dû ôter à l'envoyé l'envie de faire la seconde. Ils répondirent par des menaces et des injures. Baonl ayant paru disposé à employer la troupe dont il éîoit accompagné pour obtenir par la force ce qu'on lui refiîsoît , les Alaiiis se jettent furieux sur cette troupe, et l'égorgé, sans même épargner leur chef. Elonnés de leur crime, ils laissent tomber leurs aimes, et demandèrent un panlon qu'on n'osa point leur refuser, dans l'impuissance où 1 on étoit de les punir. Ces événemens, qui se passoient pendant la ma-
« ïl y a eu cnîrc plusieurs ihéolo- lampp. Cette dernière o^'inion a
giens de.i discussions au siijel du prévalu. Ccpend;!n le récit de Pa-
sacrcmcnt de i'exiréme-oncàon , que chymère ( iiv. i i , ctiap. lo ) est re-
k's uns prétcydoicnt inconnu des niarfjuable en ce qu'il déciit , comme
Grecs, tan(iis que les aulrcs ont cru une cliose nouvelle el dont î'effe;^"
prouver qu'il a toujours éie en usage fui miraculeux , Cet usage de l'huile^
dans ré.^^ise j^iccque , où l'oticiion sainîtf. s'est toujours laite avec i'huiie de la
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ladie de Miche!, mirent les provinces asiatiques delà dominai.on impériale dans la possession des T„rcs ou! les ravagèrent sans piîié. ' *
Un autre événement fâcheux pour Andronic arrivoit a la même époque. Ce fut une nouvelie afiaqne des Véinliens.qui vouloient (irer vengeance du reins que leur avoit fait l'empereur pendant son séjour à Thessalo n.qne. La république, voulant se faire justice elle-même arme treize galères dans le port d'Aquilée , en y joignant sept vaisseaux corsaires montés par des bandits , ani so-toient <]es îles de Candie et de Nègreponi. Ju^tiniani çommando.t celte flotte. En plein jour il entre insoemmenl dans le port de Géras, et vient bloquer le palais mipérial. il fait faire à ses navires plusieurs manœuvres pour témoigner son mépris aux Grecs et les défier. Lemperenr se reprochoit la faute qu'il «voit commise en laissant .lépérir la marine; „,ais ses regrets eto.entsuperflus. Il lui falloit dévorer tons ces outrages. Ses officers, nuhgnés de l'humilialion de leur maître ^'oulo.ent rassembler tous les bâiimens à l'usage du commerce, les bateaux de pêcheurs; lier ensembl^ ceux qn. avoient la même forme, et s'en servir comme d'un p-^nt pour porter des soldats qui auroient combattu les Vénitiens. Mais le pusillanime Andronic rejeta cet expédient, qu. demandoit de la fermeté. Les corsaires , ayant fait une .lescenle dans l'île des Princes, en traitèrent les habifans avec beaucoup de cruauté, après l'avoir ravagée ynand ils les eurent dépouillés de tout ce qu'ils polédo.ent ,1s exigèrent d'eux une rançon, melianlàprix leur liberté. Sur leur refus, ils les suspen.lireni aux mâts de .eurs vaisseaux à la vue de Conslaniinople, et les tirent déchirer à coups de fouets. L'empereur leur envoya quatre mille pièces d'or pour faire cesser ce supplice; ensn.te il se plaignit à Justiniani de la proleclioa qn 11 donno:t à des barbares qui mécmnoissoient le .Iro.t des gens. Le commandant répondit qu'il p'.noi'
fait que suivre les insînictions de son gonvernemenl ; il ajouta que, si l'empereur voulait rendre tous les effets qu'il avoit fait confisquer précédemment , et dont les Vénitiens réclamoient en vain la restitution . ceux-ci ne refuseroient point de se réconcilier. Andronic accepta sur-le-champ une proposition qu'il avoit rejetée, dans une position moins humiliante que celle dans laquelle il se trouvoit. îl envoya des ambassadeurs à Venise pour renouveler les anciens traités aux conditions exigées par la république.
An. i3o3. Les événemens arrivés dans Tannée i3o2 avoient été tous désastreux, et la chute de l'empire se préparoit sous un prince sans énergie pour le bien , et qui , ne faisant que des fautes, ne savoit les réparer qu€ par de nouvelles fautes. Nous l'avons vu contractant d'ignobles alliances, accueillant des étrangers , et leur faisant de honteuses avances, abaissant ses sujets, et leur inspirant un mécontentement fondé, cherchant enfin des ressources chez les autres , parce qu'il ne savoit pas tirer parti des siennes. Nous le verrons suivre toujours la même marche, et préseîiter constamment le spectacle d'un prince foible, incertain, superstitieux, et quelquefois cruel.
Ayant garanti ses frontières du côté de îa Servie par un mariage, il crut pouvoir faire usage du même (iioyen dans une circonstance pareille. Soliman pacha , chef de» Turcs voisins des Grecs en Asie, faisoit des incursions sur les terres dépendantes de l'empire. Pour les garantir, Andronic crut se faire un allié de Soliman en lui donnant une femme. Un compagnon d'arme de N^gaïa y Tartare de nation, et nommé Caxinq)axis, s'étoit, après la catastrophe de ce prince, réfugié à Constanlinopleavec sa famille. Pour faire sa cour à l'empereur , il se convertit , et reçut le baptême. Andronic criit tju'en mariant la fille de ce Tartare avec Soliman, celui-ci non - seulement regpecieroit les frontières , mais les
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tel oh respecter par les antres chefs des Turcs. Pour mieux parvenir à ce but , il imagina de donner le commandement d'une province à Soliman an moment où le ma-riage seroit fait. Ce projet lui paroissoit un coup d'état* Soliman prit la femme qu'on lui offroit, fut nommé gouverneur de Nicome'die , et ne changea pas de conduite. Âmurat, autre chef d'un parti de Turcs, ravageoit la Mésothinie , et le nouveau marié préféra sa cause à celle d'Andronic. Cette aventure ne lui fit point ouvrir les yeux sur la nullité des ressources qu'il employoit et sur la petitesse de ses vues. Il ne lui faîloit qu'ime occasion pour le prouver de nouveau. L'apparition subite d'un guerrier la lui fournit; Andronic ne la laissa point échapper. îl est question de Koger Deflor, que l'histoire nous présente tantôt comme un aventurier, tantôt comme un héros, et qui paroît avoir eu toutes les qualités propres à jouer ces deux rôles. Il étoit né à Tarragone le i4 juillet 1262. Son père, d'origine allemande, avoit été successivement attaché à i'èmpereur Frédéric et à son petit -fds Gonradin , dont il prit le parti, et pour lequel il périt dons la !)atailîe de Tagliacozzo , le 23 août 1268. Le vindicatif Gliaries d'Anjou voulut punir non-seulement les partisans du jeune prince, mais encore leur postérité. Roger Deflor, âgé de six ans, fut compris dans la proscription générale. Il vivoit à Brindes avec sa mère, dans l'indigence et robscuîiié. Un Provençal, chevalier du temple, obligé de relâcher dans ce port pour y radouber son vaisseau , vit Pioger. Lui trouvant l'air martial, d'heureuses dispositions, il le prit à bord et se l'attacha , prévoyaiit que cet enfant étoit destiné à de grandes aventures. Roger répondit aux soins de son bienfaiteur. A quinze ans il passoit pour un marin habile. Il se signala par quelques exploits contre les Maures. A vingt, il prit rhabit des templiers, et fit sa profession à Barrelonoe , dans une maison de cet . ordre. Le grand iBaîire hû cooiia msT. BU EAS-]::ur. ïom. >;ï[. 5
le commandement d'une galère de la religion , avec laquelle il inspira la terreur dans les mers du Levant. Dans les dernières croisades il passa en Palestine avec quelques autres chevaliers, et s'établit à Saint-Jean-d'Acre. llétoit dans cette place lorsque Mélec-Tasérat , sultan d'Egypte » se présenta à la tête d'une armée pour assiéger la ville. Pendant la durée du siège , Roger se distingua par s«s bravoure et son audace. Dans une sortie qu'il commandoit , il culbute les ennemis , leur enlève l'étendard de Mahomet, et tue leur général de sa préipre main. Mais, les assiégeans ayant reçu des renforts puissans, la place fut prise d'assaut en 1291. Roger ayant prévu cette catastrophe, et la regardant comme inévitable, offrit aux principaux habitans de les recevoir sur son vaisseau., ainsi que leurs effets les plus précieux. îi y fit pareillement transporter les trésors de son ordre, pour empêcher, disoit-il, qu'ils ne tombassent entre les mains des infidèles. Mais l'usage qu'il fit de ces richesses , en se les appropriant au lieu de les restituer à l'ordre , prouve quelle étoit sa véritable intention , et peut aider à décider si l'on doit le ranger dans la classe des aventuriers ou dans celle des héros. Le grand-maître de Malte îe dénonça comme un apostat et un brigand, et fit beaucoup de tentatives pour s'emparer de sa personne. L'impartialité exige que nous ne laissions pas ignorer le silence de quelques historiens sur ces derniers faits. Ils représentent Roger, au sortir de Saint- Jean^^d' Acre, occupé du soin de rassembler les chevaliers , les guerriers chrétiens débandés, et d'en former une petite armée navale, avec laquelle il parcourt les mers, infestant les côtes de l'ennemi , battant ses flottes , et portant des secours aux chrétiens. Mais, comme ces mêmes historiens se taisent sur la restitution du trésor de Malte , oti peut croire qu'elle n'eut pas lieu. Pioger étoit à Marseille lorsqu'il apprit les démarches du grand-maître contre lui. Il leva Tancre^ et fit voile vers le port de
Gênes, ville dans laquelle il avoit ries amis. Ticin Doria , l'an d'eux , l'ayant aidé à former un équipage bien armé, il offrit ses services à Piobert , duc de Calabre, qui faisoit des préparatifs de guerre contre Frédéric d'Aragon. Le duc reçut Roger avec mépris. Frédéric disputoit à cette époque le trône de Sicile aux rois de Naples de la maison d'Anjou. Il appela Deflor à son secours. Ceîni-ci , piqué contre le duc de Calabre, se rendit sans délai près de Frédéric avec sa petite armée. Il battit les Napolitains dans toutes les rencontres, et détruisit leur marine. Frédéric lui dut la conservation de ses états , la conquête de la Sicile , et le créa vice-amiral en récompense de ses services. La paix ayant fait poser les armes à ses ennemis, Roger se vit dans une inaction qu'il ne pouvoit supporter, n'osant congédier sa troupe, et n'ayant aucun moyen delà faire subsister. Elle étoit composée de deux mille aventuriers, sajns patrie, pour qui la guerre, dont ils avoient Tbabitude, étoit un véritable besoin. La plupart, nés dans la Catalogne, avoient dès leur enfance quitté leur pays. Tous étoient également déterminés, avides de pillage, et propres aux coups de main les plus hardis. C'est dans ces circonstances que Roger, qui criîignoit les poursuites du grand-maître et celles du fougueux Boniface viii, à qui le chef de l'ordre avoit inspiré son ressentiment, vint otïrir ses services à l'empereur de Constantinople. Sachant que les Turcs faisoient de grands progrès dans l'empirç , il sentoit que son offre ne pouvoit qu'être acceptée avec reconnoissance. Il ne se trompa point. Tel étoit Roger Deflor , nouveau personnage qui va paroître sur la scène , et que nous devons faire connoître , parce que nous allons lui voir jouer un rôle important. Il propose à ses soldats de passer en Orient. lis accueillent ce projet avec des transports de joie. De son côté Frédéric l'approuve, enchanté de se débarrasser d'hôtes fort incommodes en temps de paix. Quelques volontaires obtinrent La permi»ion de com-
ùG HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
battre SOUS les ordres de Roger, qu'ils proclamèrent capitaine-ge'néral de cette expédition. L'on convint d'envoyer une députation à l'empereur pour régler les conditions qu'Andronîc accepta sans hésiter (comme il faisoit toujours quand il étoit dans l'embarras), quoique ies ambassadeurs fussent très-exigeans. A leur arrivée Koger mit à la voile, et sortit du port de Messine. Sa flotte étoit composée de vingt-six navires équipés. Dans l'intervalle du départ de l'ambassade à leur retour, le bruit de cette expédition s'étant répandu , la troupe s'étoit grossie de Siciliens, d'Aragonois, et d'Almogavares. Ces derniers descendoient de ceux qui avoient détruit en Espagne l'empire romain , et disputé ce pays aux Sarrasins. Accablés par le nombre , obligés de céder à ces nouveaux conquérans, ils s'étoient réfugiés dans des montagnes inaccessibles, y vivant en sauvages, vêtus de la peau des animaux qu'ils tupient à la chasse , et se nourrissant de leur chair. Leur nombre étant augmenté, ils sortirent de leurs forêts pour piller les habitations les plus voisines , et devinrent peu à peu redoutables. Leur armure consistoit dans un réseau de fer, un petit bouclier, une épée , et quelques dards, qu'ils îaaçoient avec une force irrésistible. Les rois d'Espagne s'en servirent. Ils en formèrent une milice invincible , acharnée aux combats, et que la victoire ou la mort pou voient seules désarmer. On croit que Roger a voit quatre mille Almogavares sur sa flotte, et deux mille Catalans; et l'on fait monter cette troupe à huit mille hommes , en y ajoutant les Siciliens et les Aragonois ; tous gens déterminés, robustes, ne respirant que la guerre et le pillage. A cette époque les états les plus puissans pouvoient rarement mettre des armées plus considérables sur pied , chaque soldat et chaque cheval devant être entièrement revêtu de fer ou d'airain , et l'éducation ainsi que l'armure d'un guerrier coûtant seule le travail de longues années.
La flotte appareilla dans le mois de septembre i3o3; 'A son entrée dans le port de Conslanlinople, on fit des fêtes publiques. Les deux empereurs et les personnages les phis distingués accueillirent de la manière la plus flatteuse Roger et ses compagnons d'armes. Andronie leur assigna le quartier de Blaquernes. Il leur paya^ sans qu'on le lui demandât , quatre mois d'avance de la solde convenue. Cette solde étoit beaucoup plus considérable que celle des troupes nationales, et de plus, en raison des campagnes de chaque soldat ; de manière que le prince récompensoit des services auxquels il étoit étranger. Comme il ne savoit point s'arrêter , il fit distribuer aux officiers , outre la haute paie qu'ils recevoient, des présens auxquels ils ne pouvoient prétendre qu'après des actions d'éclat. Il résultoit de cette conduite irréfléchie que l'empereur , ne se réservant plus de moyens, couroit risque de rendre le soldat indifférent aux événemens. Quant à Roger, il commença par l'élever à la dignité de magneduc, titre qui répond à celui de généralissime des armées de terre et de mer. C'étoit une des premières charges de l'empire. Mais ce n'étoifc point assez pour Andronie , s'il n'employoit le grand moyen auquel il avoit coutume de recourir , et dont plusieurs exemples récens auroient dû le dégoûter. Il vouloit marier son nouvel hôle , et se l'attacher par les liens du sang. Le craie de Servie, dont il avoit fait son. gendre, ternissoit un peu l'éclat d'une pareille alliance, et diminuoit le prix qu'on y pouvoit mettre. Cependant Roger, sans état , signalé par le pape et le grand-maître du temple comme un dépositaire infidèle, comme uii spoliateur de l'ordre , n'avoit pas le droit d'être difficile. Il accepta donc pour épouse Marie, fille d'Irène sœur cl' Andronie et d'Asan, roi détrôné de Bulgarie. Les noces se firent avec une pompe et une prodigalité éga= îement déplacées dans la circonstance où l'on se trou-
On a prétendu qu'Andronic, en comblant Roger de tant d'honneurs, avoit un motif qui faisoit supposer dans ce prince une étendue de vues dont il n'a point donné de preuves dans le reste de sa vie. Les historiens grecs ayant transmis des détails à ce sujet, c'est un devoir pour nous de ne pas les omettre. On a donc prétendu qu'en attirant R-oger Defîor , il avoit l'intention de s'opposer aux François. Charles, comte de Valois, frère de Philippe le Bel , vouloit chasser l'empereur du trône de Consta^ntinople , parce que Catherine de Courtenay, qu'il venoit d'épouser, avoit sur ce trône des droits, qui sont nuls quand la force des armes ne les seconde pas. C'étoit cette même princesse dont l'alliance, recherchée par Andronic pour son fils aîné , le prince Michel ^ avoit été sur le point de se.concîure. Fille unique de Philippe i^'^, petite-fille de Baudouin, empereur de Constantinople , Catherine de Courtenay avoit été élevée à la cour de Charles ii , roi de Napîes, son oncle maternel. Philippe le Bel la réclamoit , parce que sa présence étoit nécessaire en France pour l'administration des biens qu'elle y possédoit ; mais ce n'étoit qu'un prétexte, il vouloit la marier. Charles ne la laissa partir qu'à condition qu'elle rie feroit qu'une côurte absence, et qu'elle ne se marieroit jamais sans son consentement ; ce qu'il pouvoit exiger comme étant son tuteur. Il craignoit qu'elle n'épousât un prince qui ne fût point assez puissant pour reconquérir le trône auquel elle avoit droit. Voici l'origine de ce droit. Baudouin et Philippe , son fils, pour récompenser les services de Charles i", grandpère de Catherine du côté de sa mère, a voient concédé à ce prince la seigneurie directe de la principauté d'Achaïe; celle des terres données à la veuve de Mainfroi, prince de Tarente, eî de plus enfin les îles de l'Archipel , à l'exception de quatre. Catherine , comme héritière, ratifia cette donation en faveur de Charles ii , son oncle, par un acte qu'elle signa. Le roi de Naples trans-
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mît à Philippe, prince de Tarente , son fils , et à ses héritiers, ses droits sur la principauté d'Achaïe,le royaume d'Albanie, etc., pour tenir le tout en fief des rois de Sicile, sous une redevance annuelle; mais le trône de Sicile étoit occupé par Frédéric , frère de Jacques , roi d'Aragon , et au préjudice de Charles ii, au père duquel cette île avoit été enlevée à la suite des vêpres siciliennes. Ainsi l'exercice de droits fort litigieux en eux-mêmes , sur des royaumes ou provinces éloignés , sembloit dépendre d'abord de la possession d'une île dont il falloit s'assurer. Boniface viii, le plus chatouilleux des papes sm* les prérogatives pontificales , et le plus ambitieux pour en acquérir de nouvelles, occupoit alors le saint-siége. Ses prédécesseurs s'étoient toujours considérés comme seigneurs suzerains de la Sicile; il se gardoit bien de mettre en doute une pareille prétention , et de rien omettre de ce qui pouvoit la faire valoir. Frédéric refusoit de lui faire hommage de la Sicile , et Boniface désiroit qu'elle rentrât sous la dominationdes princes de la maison d'Anjou, plus soumise que celle d'Aragon. Il ne négligea rien pour arriver à ce but. A force de tentatives et de négociations, il parvint à obtenir de Frédéric la cession de cette île , à condition qu'il épouseroit Calherine , impératrice titulaire de Constantiïiople. Le pape et Charles ii s'engageoient à donner cent mille onces d'or pour la conquête de l'empire grec. Ce projet ne plut point à Philippe , qui fit tout ce qui dépendoit de lui pour en empêcher l'exécution. Il fut aidé par Catherine, qui l'aimoit , et qu'on marioit pour la seconde fois à son insu. Elle représenta que Frédéric , en cédant la Sicile, se trouveroit sans état, sans domaine , avec un titre qui , en le plaçant au rang des souverains , exigeroit une cour et une représentation qu'il seroit dans l'impossibilité de tenir : circonstance qui rendroit le titre dérisoire. Frédéric , approuvant ces raisons , préféra la couronne de la Sicile dont iî
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ëioit possesseur à ceile de Gonstaniinople qu'on luî proraettoit. Catherine de Courlenay fut, quelque temps après , iiancée par Philippe îe Bel au fils aîné de Jacques i"^' , roi de Majorque. Le contrat et oit dressé lorsque ce priiice se fit moine, aimant mieux la bure de saint François que la pourpre royale et la main de Caîheî ine. Enfin , après tant' de projets de mariage formés ei rompus , ceUe princesse épousa Charles de Valois , fièie de Philippe le Bel. Comme ils étoient parens à nn degré qui, à cette époque , forçoit d'avoir recours au pape pour obtenir des dispenses , on les demanda. Jîoniface, toujours occupé de son intérêt , ne les accorda qu'après avoir fait prendre à Charles l'engagement d'enlever la Sicile à Frédéric et de chasser les Aragoîîois de la Pouille. Ces promesses faites avec serment, Févêque d'Amiens publia la dispense dans la maison (des frères-prêcheurs, à Paris, le 28 janvier i3oi. Catherine céda tous ses droits sur l'empire de Gonstantiïiopfe ao comte de Valois, qui partit au printemps pour iltalie, accompagné de cinq cents chevaliers fraiiçoîs, îl avoit à conquérir le trône de Sicile pour un autre, et ponr lui celui de Gonstaniinople. îl devoit comîîiencer par chasser les Aragonois. îl se rend d'abord dans la ville d'Agnanî , résidence de Boniface. îl expose au saint-père qu'il est temps de faire valoir les droits de la postérité de Baudouin à l'empire de Constantin nople, parce que l'on avoit à craindre que les Grecs ne se prévalussent de la prescription. Boniface, qui ne laissoit échapper aucune occasion d'établir ou d'exercer une prétention , fait délivrer au comte un acte par lequel îl le confirme dans tous ses droits sur l'empire. Ce qui valoit mieux comme moyen de conquête , ce fut la concession du produit d'un décime extraordinaire que le pape accorda sur tous les biens ecclésiasiiqiies. Le comte de Valois alla rejoindre ensuite à Rome Charles 11, gui l'attendoit pour lui remettre deux diplômes. Par
premier, le roi de Naples transmeltoit au comte, en les confirmant , tous les traités que Charles d' Anjou son père, et lui-même, avoient faits avec Baudouin et Philippe 1" pour la conquête du trône de Gonstantiîiople. Dans le second, ie roi s'engageoit à ne contracter aucune alliance avec Andronic. Cette convention fut accepte'e par Robert , duc de Calahre , fils aîné de Charles ii. Il y avoit loin de ces com^essions et de ces traités, toujours inutiles ou nuis sans une armée, à la possession du sceptre de l'empire. Boniface avoit engagé Charles de Valois dans la guerre de Sicile ; elle fut terminée par un traité de paix avec Frédéric, qui promit au comte des secours lorsqu'il se mettroit en campagne pour la conquête de l'empire. Cette première condition remplie, Charles espéroit pouvoir commencer l'exécution de son projet ; mais Philippe son frère avoit besoin de lui dans la guerre qu'il soutenoit contre les Flamands, lî le rappela. Ce second obstacle levé, il en vint un troisième dans la rupture entre le roi de France et Boniface, sans le concours duquel l'expédition contre les Grecs ne pouvoit avoir lieu. Charles se vit donc obligé de Tajourner et d'attendre les événemens.
Tel étoit le rival qu' Andronic avoit à craindre. Tels étoient les droits de ce rival; droits aussi nuls que les ressources, puisqu'ils étoieul les mêmes que ceux de Baudouin, qui n'en avoit point eu lui-même, et qui n'avoit dû ie trône qu'à la force. Nous avons cru devoir entrer dans ces détails pour faire connoître la nature des prétentions, les moyens qu'on avoit de les réaliser, et combien les craintes de l'empereur avoient peu de fondement.
Nous avons laissé ee prince mariant Roger Deflor avec sa nièce, et prodiguant l'or, malgré la pénurie du trésor piib.it. Il donna des fêtes brillantes qui durèrent plusieurs jours ; mais elles furent brusquement inlerroiispaes par une querelle entre les Aluiogavares
el les Génois qui demeuroient à Constaritinople. Cette querelle, qui devint grave et sanglante, n'eut, dans îe principe, d'autre cause qu'une plaisanterie adressée par deux Génois à un Almogavare sur la singularité de son costume et l'originalité de sa figure. Le demisauvage, qui n'entendoit point raillerie, répond en tirant l'épée, et fond sur les Génois. Ceux-ci, dans leur fuite , sont secourus par leurs compatriotes. L'Almogavare appelle à lui les siens. On se bat; le sang coule, l'alarme se répand dans toute la ville. Les Génois du faubourg de Péra courent aux armes , se réunissent , et marchent vers le quartier habité par les Almogavares , qui , secondés des Catalans , font une vive résistance. L'empereur avoit vu de son palais le commencement de la querelle. Ne soupçonnant point qu'elle pût s'aggraver, indisposé d'ailleurs contre les Génois, qui plus d'une fois avoient agi en maîtres, il n'étoit pas fâché de les voir un peu corriger. Mais, quand il vit la dispute devenir un combat en règle, il dépêcha Musalon , grand-drungaire , pour rétablir la paix et faire déposer les armes. Il étoit trop tard. On se battoit avec tant d'acharnement^ que cet officier fut tué dans la mêlée. Roger seul put arrêter la fureur des Catalans et la ruine entière des Génois , dont trois mille périrent dans cette affaire. Ceux-ci devinrent les ennemis irréconciliables des premiers, qu'ils contrarièrent dans la suite toutes les fois que l'occasion s'en présentoit. Les Génois possédoient des établissemens et des comptoirs dans toutes les provinces de l'empire. Le commerce exclusif qu'ils faisoient dans l'Orient les rendoit redoutables par d'immenses richesses qui les mettoient en état d'équiper des flottes , de solder des armées , et de se faire craindre des rois les plus puissans. Andronic , par sa négligence , couroit risque de se brouiller avec eux comme avec les Vénitiens , et de les voir se liguer contre lui. Mais la haine que ces deux nations avoient l'une pour l'autre
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éloit un obstacle qui le sauva. Il sentit qu'il falloit séparer les Génois des Almogavares. En conséquence, il fit passer la troupe de Roger en Orient , où les Turcs continuoient à faire des progrès.
Ils menaçoient Cyzîque. La situation de cette ville la rendoit importante. Eile garantissoit Gonslantinopîe du côté de l'Asie. Avant de partir, Roger, qui craignoit que le commandement de la flotte ne fût confié à un Génois, pria l'empereur d'y nommer un officier de son armée. Andronic y consentit. Il nomma Ferdinand d'Aonez , noble castillan , renommé par son courage et ses talens dans l'art militaire. L'empereur , pour se l'attacher, ne manqua pas l'occasion de le marier. Il lui fit épouser une dame de sa famille. Tous les préparatifs étant faits, Roger partit avec sa troupe, ayant sous ses ordres un corps d'Alains restés au service de l'empereur, et un détachement de troupes impériales.
On seroit dans l'erreur, si l'on croyoit que ces événemens avoient suspendu le zèle d'Andronic pour les affaires de l'Eglise. Il s'en occupoit toujours, et par sa maladresse se meltoit dans l'embarras. Les évêques deinandoient le rétablissement de celui d'Ephèse, et le patriarche Jean y mettoit toujours obstacle. Voyant toutes leurs démarches inutiles, ils se liguèrent contre ce patriarche. Ils avoient, comme nous l'avons dit, attaqué son administration. Ils essayèrent de décrier ses mœurs. Hilarion, évêque de Sélivrée , se mit en avant. Il dénonce le patriarche à l'empereur , l'accuse d'un crime honteux , avouant n'en avoir pas été le témoin , mais assurant tenir le fait d'un homme irréprochable et digne de foi. Cet homme, mort récemment, étoit connu pour être un imposteur. L'empereur reçut mal îe délateur ; mais, au lieu de le punir, il lui ordonna de se taire. Cette conduite étoit moins propre à détruire Taccusation qu'à l'accréditer. Hilarion ne manqua pas de faire ses confidences en demandant le secret. Le pa-
trîarche , instruit des bruits qu'on faisoît courir sur son compfe , convoque les e'vêques , exigeant ia condamnation du calomniateur et une réparation publique. L'assemble'e, composée en grande partie de partisans d'Hilarion , ne parut pas disposée en faveur du prélat calomnié, qui sortit furieux, jurant qu'on ne le verroit siéger au milieu des évéques qu'après la punition de celui de Sélivrée. Il retourne au monastère de Pammacariste , et fait passer à l'empereur un acte par lequel il se démet de sa place, parce qu'ayant été diffamé, il ne pouvoit plus paraître en public. Andronic, quiaimoit beaucoup les assemblées du clergé, ne laissa pas échapper l'occasion d'en convoquer une. Il réunit dans son palais le corps e'piscopaî, les moines et beaucoup d'ecclésiastiques. On examina la question de savoir si la démission du patriarche éloit valable et conforme à l'esprit des canons- Cette question s'embrouilla, se prolongea : les uns, et c'étoit le plus grand nombre, prétendoienî que le patriarche étoit engagé par son serment, et qu'il ne pouvoit plus., sans crime, reprendre l'exercice de ses fonctions ; les autres représentoient que le serment qu'il avoit fait n'étoit que conditionnel , et conséquemment nul en lui accordant ce qu'il demandoit. Parmi tous ces jurisconsultes ou théologiens, celui qui se distingua le plus par la subtilité de ses raisonnemens , ce fut Andronic lui-même, au rapport des historiens. Ce fait explique son goût pour les synodes , les discussions et les prêtres» Après avoir longuement péroré , il ne prit point de conclusion , et laissa la question problématique. Comme on étoit loin de s'accorder , on convint qu'on s'en rapporteroit à la bonne foi du patriarche , qu'on le prendroit lui-même pour juge, et qu'il seroit sommé de déclarer son opinion sur la valeur de son serment. Cette décision le mit dans un cruel embarras , parce qu'il craignoit également de perdre le siège patriarchal ou d'être accusé d'inconstance , et de se voir blessé dans
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son amonr-propre. li avoit compté sur la foiblesse d'Andronic, mais il oublioit que l'influence qu'on exerce sur un prince foible exige une action continue, et que l'absence la détruit. Reconnoissant son erreur et sa faute, il fit une réponse évasive à ceux qui vinrent l'interroger. Il leur dit , quant an serment sur lequel on lui demandoit son avis , que cen'étoit qu'une formule dont il seservoit souvent pour imprimer à ses discours ie sceau de la vérité ; qu'on devoit savoir qu'il n'avoit jamais exigé de serment de personne, parce qu'il pensoit qu'on n'avoit pas le droit de faire intervenir la Divinité dans les conventions humaines. Quant à la validité de sa démission, il déclara qu'il adopteroit le jugement de ceux à qui il appartenoit de prononcer sur ce point, pourvu qu'il fût rendu à l'unanimité; mais que si trois seulement difiéroient dans leur avis, il ne renoncerolt point à sa dignité. Cette réponse ne faisoit qu'augmenter les difficultés, parce qu'il se réservoit des ressources. Qiiels étoient ceux qui pouvoient prononcer? et dans qui Jean reconnoîssoit ce droit? On î'ignoroit, et le patriarche pouvoit toujours le contester. Ensuite l'unanimité qu'il exigeoit paroissoit impossible. La réponse du patriarche occasionna une vive discussion qui dégénéra bientôt eu dispute ; l'aigreur s'en mêla : l'on en vint aux injures, et l'assemblée se sépara sans rien décider. L'empereur jugea qu'il falloit laisser les choses comme elles étoient , et le patriarche dan%son couvent. Mais comme ce projet avoit besoin de discussions, il entama de nouvelles conférences avec les arsénites. L'expérience qu'il acquéroit en dissertant dans les synodes lui fit croire qu'il avoit assez de talent pour les persuader, et que la conversion de ces fanatiques lui étoit réservée comme une récompense due à son zèle. En conséquence , il résolut de ne point réunir de docteurs et de ne consulter personne. Avec le caractère d'Andronic , on pense que le mystère donne de l'importance aux acfions les plus indifférentes.
Il choisit une vieille religieuse, grande amie des arse'niles, et la leur députe secrètement pour les prévenir qu'il désiroit avoir des entretiens avec leurs chefs. Celte religieuse étant sa parente , il prouvoit par cette cir~ constance la grande considération qu'il avoit pour eux. On lui envoya sans délai les cinq principaux chefs delà secte. Ceux qui jouissoient du plus grand crédit dans le parti étoient Macaire et Corionite , parce que Michel Paléologue leur avoit fait crever les yeux. On eut soin de choisir ces deux victimes. Ils se rendirent pendant îa nuit au palais impérial. Andronic commença par leur exprimer l'intention positive de regarder comme vali(ies toutes les ordinations faites par les successeurs d'Arsène. Les députés, éludant cette question, firent ohserver qu'il étoit urgent de donner un nouveau patriarche à Féglise de Constantinople , et conséquemment de désigner ceux à qui le droit d'élection seroit dévolu , parce que ce ne pouvoit être aux prélats actuels. Ils annoncèrent t|u'ils choisiroient eux-mêmes, insistant sur îa nécessité de faire sacrer le futur patriarche par un évêque qui auroit reçu les ordres avant les disputes de l'Eglise. G'étoit décider indirectement la grande question relative à la validité des ordinations que d'exclure tous les prélats ordonnés depuis Arsène, dont les sectaires lîioient cette validité. Ils indiquèrent un évêque dont l'ordination remontoit à l'époque exigée. Mais il étoit peu régulier dans sa conduite et passôit pour simoniaque. L'empereur fit cette objection , qui n'en étoit pas une dans les principes des arsénites. Il eut la foiblessede leur céder et d'accorder toutes leurs prétentions. Leur triomphe alloit éclater, quand un incident les força d'ajourner leurs espérances. C'étoit une prédiction , événement dci la plus grande importance aux yeux de l'empereur.
Air. i3o4. milieu de la nuit , le i5 janvier i3o4,nn moine
s'introduit dans le palais , heurte rudement à la porte ♦
de l'appartement où reposoit Andronic, se la ^lit ouvrir pour une affaire tellement urgente , que le moindre délai pourroit avoir les suites les plus désastreuses. Ce moine, appelé Menas, annonce d'un ton d'inspiré tous lesfléaux dont le ciel, dans sa vengeance , accable la terre , et les annonce comme très-prochains , à moins de faire faire des prières sans délai pendant trois jours dans toutes les maisons religieuses : si l'on différoit, on verroit arriver la peste , la famine , un tremblement de terre et le déluge. Cette effrayante prophétie étoit faite au nom du patriarche Athanase. Le souvenir de ce prélat se lioit ainsi dans l'imagination d'Andronic à la colère céleste , et celui de l'excommunicatiou trouvée dans un vase reprit toute sa force. L'empereur, épouvanté, se lève en hâte et se met en oraison. Après avoir envoyé des ordres dans tous les couvens pour qu'on y fit les prières prescrites , il ne motiva point cette mesure, soit par respect humain, soit qu'il conservât quelques doutes sur la véracité du prophète et l'authenticité (le la prophétie. Mais ils furent entièrement dissipés, lorsqu'il crut sentir le lendemain une légère secousse au moment où il entroit, suivant son usage, chez l'impératrice pour lui rendre ses devoirs. Cette secousse s'étant renouvelée, il fut persuadé qu'Athanase étoit doué du don de prophétie. En conséquence, il rassemble tout le clergé et les moines qui jouissoient de quelque considération, et leur communique dans ses plus grands détails l'apparition du moine et sa prédiction, et consulte l'assemblée. Les avis furent partagés. Les moines prétendirent que le prophète méritoit d'autant plus de confiance, qu'il étoit moine, ayant soin de faire remarquer que Dieu avoit toujours choisi pour interprète de ses volontés ceux qui, parmi les Juifs, se rapprochoienfc le plus de la vie monastique. Parmi les évêques, quelques-uns assuroient qu'il ne falloit pas avoir le don de pénétrer d^s l'avenir pour annoncer des châtimens à
line nation dont la conduite étoit une suite d'offenses a l'Etre suprême; d'autres appeloient un examen sévère sur le moine prophète , afin de voii' s'il étoit digne , par la pureté de sa doctrine et de ses mœurs, de la faveur insigne qu'il supposoit lui être accordée par Dieu. Les plus raisonnables provoquoient la méfiance, craignoient que cet oracle ne fût un stratagème dont on découvriroit bientôt le motif. Ils faisoient en outre observer que l'étude attentive des phénomènes de la nature pouvoiî donner à l'homme le don de les prévoir, et d'en annoncer le retour ; conséquemment , qu'il n'y avoit rien de surnaturel dans cette prédiction, qui d'ailleurs éloit faite de manière à mettre à couvert l'honneur du prophète. Si les fléaux arrivoient, c'est que Dieu étoit trop irrité, que les prières n'avoient pas été faites avec ardeur et sincérité. Si l'on ne voyoit rien paroître , c'est qu'elles avoient désarmé la colère divine. On ne prît aucune décision ; mais l'empereur , mécontent de ce résultat , rimagination toujours frappée de la visite îîocturne du moine prophète , convoque dès le lendemain une assemblée beaucoup plus nombreuse qne celle de la veille. Il y débite un long discours: rappelansl toutes les circonstances de la prédiction et ses suites, s'exprimant avec enthousiasme, il atteste que ce n'est qu'après un examen réfléchi qu'il a reconnu dans la " prophétie qui occupolt tous les esprits les caractères et conditions d'après lesquels on ne pouvoiî, sans crime, la méconnoitre et refuser d'y croire. Puis, se levant à la fin de ce discours, i! s'écrie, en s'adressant à l'assemblée : Allons voir le saint homme. Ce saint homme ^ qu'il ne noîumoit point, étoit le patriarche Athanase.
Les historiens, en racontant ce fait, se taisent et sur les motifs qui firent prendre à l'empereur uiie telle ré~ solution, et sur les personnages dont il se servit pour l'exécuter; car il est probable qu'il n'agit point seul. Quant au motif qu'il- poavoit avoir, sa pusillanimité
peut autoriser à croire qu'il agissoit d'après l'influence de l'anathème et celle de la prédiction , qui , se combinant ensemble dans sa tête, y causoient une terreur dont il ne pouvoit se défendre. Quoi qu'il en soit , Andronic entraîne l'assemblée, et, pour ôter toute excuse, fait donner des chevaux à tous ceux qui vouloient en trouver une dans leur âge ou leurs infirmités. Quant à l'empereur, il marche à pied malgré la saleté des rues, dL se met à la tête du cortège, sachant seul l'asile du saint homme vers lequel il le dirigeoit. La curiosité grossit ce cortège d'une foule innombrable qui voulait corinoître le nouveau prophète. On arrive à la porte du couvent où demeuroit Athanase. Depuis plus de neuf ans il n'en étoit point sorti, et n'y avoit reçu personne. Dès que l'empereur paroît, Athanase se présente un bâton à la main et la tête couverte d'un chapeau de paille. Cette circonstance pourroit faire présumer que l'empereur Tavoit fait prévenir , et conclure que l'un étoit fourbe et l'autre dupe. A la vue d'Athanase le mystère cesse, et l'on connoît le prophète dont Andronic venoit de faire un si si pompeux éloge : on le salue, on se prosterne à ses pieds, on le proclame patriarche: le clergé le prie avec instance d'en venir remplir les fonctions : le peuple demande à grands cris sa bénédiction : Athanase la refuse par modestie, se contentant de leur donner, par humilité , sa main à baiser. Il ne voulut point revenir sur le trône patriarchal , alléguant son âge et sa santé: mais il se réservoit un rôle plus important; c'étoit d'éclairer le prince dont on surprenoit la religion, de lui faire connoît re les abus sous lesquels le peuple gémissoit. Il y parvint, en déplorant ces abus, en plaignant ce prince de ce qu'il n'avoit personne auprès de lui pour lui faire connoître la vérité, enfin en insinuant la disposition dans laquelle il étoit de se dévouer pour remplir un emploi si dangereux. Andronic déclare que i dans tout l'empire il n'y avoit personne- qui pût exer-
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cer aussi dignement une aussi noble fonction que le vénérable Athanase : il le supplia de s'en charger dans sa retraite , puisqu'il ne vouloit point en sortir , d'y recevoir tous ceux qui auroient des sujets de plainte, et de les lui transmettre. Cet emploi donnoit au patriarche im grand crédit, et le rendoit redoutable. Il vouloit être puissant sans le paroître, et donner à ses vengeances les formes de la justice. Son couvent fut inondé d'une foule de gens qui dénonçoient les tribunaux et les officiers de l'empereur. Athanase accueilloit tous les plaignans, faisoit examiner de nouveau les jugemens rendus, pour les confirmer ou les casser. On s'adressoit à lui pour obtenir des faveurs d'Andronic; et ce patriarche étoit le canal des grâces , le prince ne refusant jamais aucune de ses demandes, espérant vaincre la résistance qu'il montroit pour remonter sur le trône patriarchal ; car Andronic ne perdoit point cet objet de vue, pensant toujours à l'excommunication , et croyant qu'elle ne pouvoit être levée entièrement que lorsque Athanase seroit revêtu de celte dignité. Le peuple redemandoit son ancien pasteur, et secondoit les désirs d'Andronic; mais il n'en étoit pas de même du clergé. Le moment d'enthousiasme étoit passé; il ne voyoit dans l'événement dont il avoit été dupe que ce qu'il falloit y voir, îa fouiterie de l'un des deux acteurs, la foiblesse et l'aveuglement de l'autre. Les évêques craignoient le ressentiment d'Athanase. Le replacer sur le siège de Constantinopîe , c'étoit en quelque sorte reconnoître qu'on n'avoit pas eu le droit d'exiger sa démission, que cette démission avoit été extorquée ; c'étoit déclarer intrus le patriarche qui depuis plus de neuf ans en exerçoit les fonctions; enfin c'étoit frapper de nullité tous les actes de son administration : dès-lors on se replongeoil dans de nouveaux troubles. Ses partisans prétendoient qu'on étoit obligé de le rétablir sur le trône, parce que l'acte qui l'en avoit fait descendre
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n'étoit ni régulier ni canonique. Les plus modères consentoient à son rappel, pourvu que, lais'^^nt iuîact tout ce qu'avoit fait Jean, Athanase promît d'agir avec douceur , et de ne plus déposer de son chef aucun évêque. Voyant que la sévérité d Athariase éloit le principal obstacle à son retour, Andronic voulut tirer parti de cet obstacle même. l\ représenta que l'austérité du patriarche avoit pour base la sainteté, la régjdarité des mœurs, la pureté de sa doctrine; qu il étoit encore plus sévère envers lui qu'envers les autres. Quant à lui, chef de l'empire, il déclara être dans Tinlenlion de provoquer pour son compte cette salutaire sévérilé, la préférant à la flatterie. Ces exhortations ne persuadoient personne , parce qu'on savoit qu' Andronic avoit dans son pouvoir une garantie suffisante contre les prétentions d'Athanase , et que , quand il le voudroit , il sauroit s'affranchir de son joug , en supposant que ce patriarche fût assez maladroit pour y vouloir assujettir le prince. Le clergé ne dissimula donc point la répugnance qu il eprouvoit : elle étoit partagée, et dès-lors justifiée par le patriarche d'Alexandrie , prélat dont les vertus étuient reconnues, et qui avoit toujours désapprouvé la conduite d'Athanase. L'empereur l'avoit consulté plusieurs lois sur le rappel de ce dernier, parce qu'il sentoit que son opinion étoit du plus grand poids et sans réplique aux yeux du clergé, qui se seroit vu da^is l'obligation de suivre son exemple. Toujours ce patriarche éludoit la question. Obligé de s'expliquer un jour, et sentant que son avis déplaisoit à l'empereur, il se servit de l'allégorie pour faire connoître au prince sa façon de pen^ser. « Un chat blanc, lui dit-il, l'effroi des souris, dont il faisoit un grand dégât, tomba dans une cuve pleinç d'une liqueur épaisse; il en sortit tout noir. Les souris, s'imaginant qu'il s'étoit fait moine, crurent qu'il avoit renoncé au régime Carnivore, et qu'à l'avenir elles seroient en sûreté. Dans celte idéç elles portent de
leurs trous , et courent de tous les côtés ; le chat les épie, et, dans l'impossibilité de les prendre toutes , se jette sur les deux plus grosses et les dévore. Les autres rentrent dans leurs retraites, surprises de voir que, malgré l'habit monastique, leur ennemi n'a voit rien perdu de ses inclinations. » Voyant l'inutilité de ses efforts, l'empereur eut recours à un moyen qui ne fit qu'augmenter l'embarras dans lequel il se trouvoit : il crut que, s'il réussissoit à obtenir la démission du patriarche Jean , il n'y auroit plus aucun obstacle. En conséquence , il fait le projet d'employer tons les moyens d'arriver à ce résultat. Il regarde comme le plus paissant de tous une démarche personnelle et directe. Dans cet espoir, il se rend au monastère où le patriarche s'étoit retiré : dès qu'il l'aperçoit, il s'incline et lui demande sa bénédiction. Jean lui dit : Vous me regardez donc comme le seul et véritable patriarche de Constantiiiople? Sur la réponse approbative d'Andronic, le prélat prononce, au nom de la très-sainte Trinité, une excommunication contre tous ceux qui tenteroient de rétablir Athanase. Interdit et frappé de ce coup, auquel il étoit loin de s'attendre, l'empereur se retira sans répondre un mot. Le motif secret de toute sa conduite envers Athanase étoit l'espoir de le voir annuler l'anathème qu'il avoit lancé contre lui. 11 venoit de s'en attirer un auti*e. C'étoit beaucoup trop de deux excommunications pour un prince aussi pusillanime. Il rassemble les évêques, leur comniunique ce qui vient d'arriver, les consulte, et leur demande un remède à ses inquiétudes. On n'en trouve point d'autre que de négocier de nouveau auprès de Jean, qui fut tellement importuné, qu'il fit passer à l'empereur une révocation de l'anathème qu'il avoit lancé contre tous ceux qui vouloient le rappel d' Athanase , leur donnant l'absolution , mais sans approuver ce rappel, qu'il condamnoit et réprouvoit au contraire. Andronic ne lut aux évêques que la pre-
niière partie de cet écrit, et ne leur fit point part de la condamnation prononcée, parce qu'il croyoit que la déclaration devoit faire cesser toute résistance, et ne laiséoit aucun prétexte au clergé. En conséquence, il convoque une grande assemblée : on y passe deux jours à discuter sans prendre aucun parti. Impatienté de cette incertitude, Andronic se transporte à l'assemblée, en fait sortir tons les partisans d'Athanase, et se rend avec eux auprès de ce patriarche. On le revêt des habits pontificaux; on l'amène à Sainte-Sophie, accompagné d'une foule innombrable; enfin on l'installe sur le siège patriarchal. L'empereur , devant ainsi terminer cette affaire, auroit mieux fait de faire cette singulière démarche avant de rendre publique la résistance du clergé, et dans le moment où , pour la première fois , il étoit allé trouver dans sa retraite le patriarchr^ Athanase. Jean sortit de Constantinople le 24 août, lendemain de l'installation de son rival. Il alla finir ses jours à Sozopole, sa patrie , après avoir protesté contre la violence qui lui avoit été faite.
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