LIVRE CENT-NEUVIÈME
)EAN PALÉOLOGUE. CANTACUZÈNE.
[uoîTqne Cantacuzène fût rëdait à Tinaction, parce An. iSSu
l'îl n'avoit pas les moyens de faire la guerre au cràle,
it qu'il ne pût se dispenser de se mêler des deux
tismes, sous peine d'être excoomiunié par les deux
lises , il fui dans robligation de s'en occuper. Nous
iDS vn précédemment les négociations entamées par
ilément vi , disposé favorablement pour la réunion des
IX églises, et les obstacles qui forçoient d'ajourner ce
»jet. Ces obstacles et oient toujours les mêmes en i35i ,
dévoient se prolonger au-delà du terme où le pape
liroît sa carrière. Mais le schisme, qui divisoit les
îrecs, avoit sur la tranquillité de Constantinople une
laence plus immédiate , et Tempereur crut devoir y
mer ses soins. Quoique nous ayons parlé de la cause
ce scbisme , absurde en elle-même parce que la doc-
ine en est inintelligible , il est nécessaire de revenir sur
sujet y non pour le faire comprendre, puisque nous y
\$ renoncé pour notre compte, mais pour la clarté
faits qui résultèrent de cette cause absurde. Il s'agit
^h lumière du mont Thabor , dufd'ceapre de ia/olUt
6 HISTOIRE tV BAS^EMPIR£.
religieuse des Grecs , dît un critique célèbre «. « Les fa- «< quîrs de l'Inde, et les moines de IMglise d'Orient, « étoient également persuadés que, dans Tabstraction « totale des facultés du corps et de Timagination , le « pur esprit pouvoit s'élever à la jouissance ou à la « vision de la Divinité. » Le moyen d'y parvenir fut prescrit dans le onzième siècle par le supérieur des moines des monastères du mont Âthos. Voici son ordonnance : il faut s'isoler, s'enfermer dans sa cellule, s'y mettre dans un coin , élever son imagination audessus des choses de ce monde ( ce qui est la condition la moins facile à remplir), appuyer sa barbe et son menton êur sa poitrine, fixer les yeux et la pensée sur le nombril, et chercher l'endroit du cœur siège de l'âme * , tout paroîtra d'abord triste et sombre ; mais , en persévérant nuit et jour , on finit par éprouver une joie ineffable. Dès que Vâme a découvert la place du cœur y elle se trouve enveloppée dans une lumière mystique et éthérée. Cette lumière étoit adorée comme l'essence pure et parfaite de Dieu même. Les solitaires croyoient , sans examen et sans savoir ce qu'ils croyoient^ ni sans voir cette lumière. Ils vivoient en concentrant dans leurs couvens leur doctrine et leurs jouissances» Mais tout à coup la paix fut troublée par l'apparition de Barlaam , moine calabrois, dont il a été question. Ce moine, d'un esprit souple et délié, versé dans la philosophie, dans la théologie, et dans les langue grec" que et latine, visita le mont Âthos. Le mystère de la lumière incréée lui fat indiscrètement révélé par un
^ GibboD, Hîst. de la décad., chap. 65. II est aussi clair qu'on peut r^tre sur ce qui est inaccessible aux lumières de la raison . Grâce au somnambulisme , au magnétisme , la doctrine du rayon ombilical n'est pas aujourd'hui totalement dénuée d'intérêt.
* L'ignorance des illuminés du
mont Athos sur l'anatomie leur faî* soit imposer des conditions impot« Bibles à remplir. En fixant le nom* bril , comment trouve-t-on le cœur?
Gomment VâmCy qui est dans M cœur, peut-elle découx^rir la placé du cœur ? etc. C'est cependant 1« partie la moins inintelligible de K* doctrine.
cénobite. Personne avant lui n'avoit songé à sUnformer comment l'essence divine pouvoit être nne substance matérielle, ou comment une substance immatérielle pouvoit se rendre sensible aux yeux du corps; dilemme dont ne pouvoient sortir les partisans de la lumière mystique, forcés de choisir m^essairement entre Tun on Tautre. Barlaam répara cet oubli , fit la question embarrassante , se moqua des moines qui plaçoient Tâme dans le nombril , et les accusa d'hérésie et d'impiété. Pour se tirer d'affaire, Grégoire Palamas fit une distinction entre l'essence de Dieu et son opération. L'essence résidoit , selon lui , au milieu d'une lumière éternelle et incréée , et cette vision béatifique des saints s'étoit manifestée aux disciples du mont Thabor dans la transfiguration. Barlaam , niant l'éternité de la lumière du mont Thabor, taxa les palamites de polithéisme, prétendant qu'ils reconnoissoient deux substances éternelles ou deux divinités , l'une visible , et l'autre invisible. Telle est la cause pour laquelle l'église grecque étoit divisée depuis plusieurs années. Bien loin de se nuire , cette querelle religieuse et la guerre civile se prêtèrent un secours mutuel. La cour, la ville, les deux partis qui se traitoient réciproquement de factieux , prirent fait et cause pour ou contre la iumiire incréée du mont Thabor f dont le rayon mystique et éihéré n'étoit qu'une émanation. Ce qu'il y eut de remarquable, c'est \à réunion de ces deux partis pour condamner le patriarche Jean d'Aspry , qui auroit dû trouver un appui dans l'un des deux, puisqu'il s'étoit toujours déclaré contre les palamites. Le triomphe de Cantacuzène, sélé défenseur du palamisme, triomphe qui coïncidoit avec la sentence de condamnation , peut expliquer cette nnanimité.
Quelque soin que l'empereur historien mette à cacher Tinfloence qu'il devoit nécessairement exercer sur un concile rassemblé le ymt même de son entrée à Gour
6 HISTOIEE DU BAS-^XMPIRE.
stantînople , elle se fait sentir à travers son rëcît, et , sar cet article, le prince se donne à Ini-niénie nn démenti par son silence. Depuis qu'il étoit monté sur le trône , le schisme faisoit de rapides progrès, et Ton s'occupoit d'autant plus de la doctrine sur la lumière incréée qu'on n'avoit point d'autre sujet A dispute. Barlaam , le plus redoutable antagoniste de cette doctrine , n'existoit plus; mais il avoit un digne soutien dans son disciple Acin*dyne, qui coraptoit dans le clergé, comme dans toutes les classes de la société, une multitude de partisans. Tous accusoient les palamites d'avoir renoncé aux saines doctrines de TEglise, et demandoient impérieusement un concile pour décider la question. Ce désir étoit partagé par l'autre parti , composé de Calliste, patriarche , de beaucoup d'évéques, et des principaux religieux. H n'étoît guère possible de refuser cette espèce d'arbitrage. Cantacuzène , jaloux de rendre la paix à l'Eglise comme il l'avoit rendue à l'état, convoqua donc le concile invoqué de toutes parts, et manda Grégoire Âcindyne, afin qu'il exposât clairemeni ce qu'il irom^oil à redire dans la doctrine de ses adversaires, et qu'on pât reconnottre la vérité. Acindyne n'osoit paroitre, parce que, pendant la guerre civile, il s'étoit distingué contre Cantacuzène en secondant le patriarche Jean , et qu'il craignoit que l'empereur ne lui conservât rancune. Au lieu d'obéir, il mit en avant plusieurs personnages , qui , professant les mêmes opinions, se plaignoient comme lui de l'injustice avec laquelle on soupçonnoit leur doctrine. L'empereur fit inviter Acindyne à se montrer, au lieu de troubler la paix de l'Eglise; à confondre publiquement ses ennemis , ou bien à reconnoitre et rétracter son erreur. Il répondit qu'il n'appréhendoit pas de conférer avec ses antagonistes, et fit connoître le motif de son refus. Alors Cantacuzène ordonna qu'il lui fût expédié des lettres par lesquelles on lui donnoit toutes les sûretés, lui garantissant l'impunité de ses opinions. Mais
il De se fia point à ce sauf-condaît , et demeura plus in-çisible que jamais. Il savoit que l'emperenr adriied'ott la doctrine de ses ennemis , trouvoit difficile qu'il ne lei protégeât point , consëquemment qull fût imparlial , et prévit peut-être Tissue du concile. Quoi qu'il en soit de son motif, il ne sortit point de sa retraite, et Ton a tout lieu de croire que sa présence n'eût apporté aucun changement aux décisions de rassemblée, tout instruit qu'il étoit sur la matière qui devoit s'y traiter '. Sa doctrine y trouva de vigoureux défenseurs. Le concile fut donc convoqué pour savoir si la lumière du mont Thabor étoit incréée et incorruptible ^ comme le prétendoient les palamites, ou bien créée et finie ^ comme ils accusoient Acindyne de le soutenir; ce qui n'étoit rien moins qu'une conséquence rigoureuse, car Acindyne pouvoit combattre les visions des quiétistes du mont Athos, et se contenter de nier l'existence de cette lumière qu'ils assuroieiit voir en fixant leur nombril. Ici l'opposition de Nicéphore Grégoras et de Cantacuzène renouvelle l'embarras que nous avons éprouvé plus d'une fois, par celte cause, pour découvrir la vérité. Grégoras , un des plus redoutables adversaires des pala* mites, faisoit partie du concile, ainsi que Cantacuzène qui le présidoit. Tons deux étoient témoins, acteurs, opposés l'un à Tautre dans cette assemblée , et tous deux en ont été les historiens. T^icéphore continence par se plaindre amèrement de la manière dont le concile fut composé, prétendant qu'on n'invita que les évéques de Thrace , non pas tous , mais ceux qui étoient dévoués aujp volontés du prince , comme il t étoit lui-même à uUes des palamites. Cantacuzène se tait sur cette cir-
-' Grégoire Acindyne a composé Gretser. On trouve dans la Grècê
piosicur» ouvrages sur le sujet qui orthodoxe, d'ÂIlatiuH, un poème
divisoit l'église grecque. Son traité d' Acindyne contre Palamas. -Ifoa»
de essentià et operatione Dei a été devons cet renscigncmens au savant
iaprimé i Ingolstad en 1616, in-4*'9 père Tabaraud. CB grec et en latin , par les 9oins de
lO HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
constance , disant simplement qu'il accorda le concile demandé. Mais commç ensuite il renvoie aux actes de ce concile, il nous donne un moyen de vérifier l'assertion de Nicëphore , et Ton voit qu'en effet l'assemblée ne fut. composée que des évéques de Thrace. Quant au choix parmi ces évéques, on n'a que le témoignage du même Nicéphore. Il fait une éuumération de xes prélats , qu il accuse d'ignorance , de corruption , d'impiété 9 de sacrilèges ; les traitant d'usurpateurs , qui tous occupoient des sièges dont ou avoit chassé pour eux les légitimes possesseurs. Il raconte que , dès qu'il sut la manière dont cette assemblée étoit composée, il alla trouver Tempereur pour lui faire des reproches de ce qu'au lieu de convoquer un concile général de l'Eglise grecque , suivant les formes prescrites, il n'avoit formé qu'un simple synode de palamites. Il le menaça de la colère céleste , et lui tint un langage qui ne produisit d'autre effet que d'aigrir Tempereur contre lui. Cantacuzène se tait sur cette fnercuriale ; mais son silence est d'autant moins une dénégation qu'il lui échappe de dire qu^il n'y eut que Nicéphore Grégoras qui ne puise tenir en repos NI DEVANT ni après le concile «. Cantacuzène, n'entrant dans aucun détail sur ce conciliabule, nous sommes forcés de rapporter ceux que donne Nicéphore. Ce dernier peut être considéré comme véritable chef du parti antipalamite.il étoit animé d'un enthousiasme qui l'empêcha d'être mesuré dans ses expressions, et lui fit mettre de la passion dans ses discours.
Le matin du 27 mai i35i , jour fixé pour l'ouverture du concile , sa maison fut remplie dès Taurore des personnages marquans qui venoient se réunir à lui pour défendre la cause. Il emploie , pour le tableau qu'il en fait , des couleurs bien différentes de celles dont il s'est servi pour les évéques palamites. Ce n'est peut-être pas
* Gantac. liv. 4» chap. a4* f^oy. aussi lîîc. Gjrég. lir. 18, chaf»'» 4»^ 5,6.
sans intention (|u*il insiste sur leur âge et lenr expérience dans un procès où les écarts de Timagination la pins extravagante étoient mis en cause. Plusieurs éloient tellement chargés d'années, qu'on éloit obligé de les porter. La plupart avoient été persécutés violemment. Le métropolitain d'Ëphèse, l'archevêque de Gano, Tévéque de Tyr, coadjuteur du patriarche d'Antioche, chassés de leur siège, préféroient une honorable pauvreté à des richesses honteuses qui leur auroient coûté le sacrifice de leur conscience. Grégoras nomme encore Athanase et Dexiu3 comme deux colonnes du parti. Un grand nombre de disciples, ayant chacun leurs élèves, se groupoient autour de ces apôtres de la doctrine. Au moment du départ pour se rendre au palais de Blaquemes, lieu de l'assemblée, Nicéphore se place à la tête du cortège, s'avance duo pas grave et traverse un peuple immense qui les combloit de louanges , parce qoe le peuple étoit déclaré contre les palamites, qui, depuis quelques années, jouoient le rôle de persécuteurs. Arrivés au palais, les gardes leur ordonnent d'attendre sous le vestibule que l'empereur Cantacuzène donnât Tordre de les recevoir. Il étoit dans ce moment à table avec Palamas et ses adhérens, à qui ce prince avoit fait préparer un repas somptueux, dont la durée parut d'autant plus longue à Nicéphore, qu'il étoit obligé d'attendre en-dehors avec les prélats , tous exposés aux ardeurs d'un soleil brûlant. On conçoit le silence de Cantacuzène sur un fait aussi choquant, sur une circonstance où, par sa faute, toutes les convenances étoient blessées. Le contraste révoltant que présentoient d'un côté de vénérables vieillards souffrant de la faim et de la chaleur dans une posture gênante, et de Tautre leors adversaires, jeunes et dans la vigueur de Tâge, assis tranquillement autour d'une table chargée de mets délicats, alluma dans Nicéphore une juste indignation. Dans son récit il peint l'empereur et 8e$ convives s'en-
la HIS70IRE DÎT BÀS-EMPIRI.
ivrant de nectar et d'anibroisie , et se préparanl ainsi k recevoir la lumière incréée. « Ces hommes pienx ( dit* « il avec une ironie amère ) cherchoient dans le vin et « les liqueurs un courage qu'ils ne trouvoient point « dans leur conscience, et protestoient de nous écraser^ « nous qui n'avions pas comme eux pris la précaution « de nous fortifier par des mets succulens; nous, accou- « tumés à la sobriété ; nous , qui passions notre vie à <t méditer sur les ouvrages des saints pères. » La fin du repas ne termina pas les peines des antipalamites. Les empereurs passèrent dans le lieu disposé pour le synode, en laissant toujours Grégoras et ses adhérens en-dehors. Il fallut du temps pour placer convenablement les deux impératrices et les dames de leur cour.
Enfin, après cinq heures d'attente, on vînt ouvrir les portes. Il est facile de se faire une idée des sentimens que devoit éprouver Nicéphore , qui, n'ayant jamais transigé avec ses devoirs, avoit acquis le droit d'être sévère. Dès qu'il fut entré, l'empereur s'inclina légèrement devant le livre des Evangiles. C'étoit une promesse tacite de se conformer aux règles établies. Mais cette formalité ne suffisoit pas pour des gens exaspérés. Grégoras et ses adhérens exigèrent qu'on .produisit les actes du sixième concile, et qu'on fît le serment prescrit par ce concile général «. Cette demande fut refusée. Cantacuzène ouvrit la séance par un discours. Comme il ne perdoit jamais l'occasion d'en faire, il n'est pas douteux que dans une assemblée ausèi solennelle il n'en ait prononcé un; mais on a droit d'être surpris qu'il ne se soit pas donné la peine de le conserver dans son histoire , où
0 Le sixième coDcile général fut qu'il y avoit en Jésus-Christ deux
tenu à CiOBStantînople , et dura de* Tolootés et deux opérations nata*
puis le 7 novembre 680 , jusqu'au relies. C'est aux ihéologieB» d& jpro*
16 septembre 681. Il étoit assemblé fession qu'il appartient de voir la
contre l'hérésie des monothélites , liaison que Grégoras trouv oit proba-'
qui ne recoiiBoisc<Âeiit qu'une seule blemcnt entre cette quettio« et eell*
voloDté en Jéaus-Christ. £Ile y fut de la lonûère incréée. condamnée , et le concile décida
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. l3
Too €0 troove on si grand nombre sur des sujets moins importans. Dans ce discours d'ouverture il protesta de son impartialité, malgré les faits dont le langage étoit plus éloquent. Elnsoite il adressa des reproches à Nicephore Grégoras, qui répliqua par une harangue énergique el longue , dont le débit causa de fréquens mouvemeos d'impatience à Tempereor. Ce prince alla même au point d'obliger Grégoras à se taire. Il invita Palamas à le réfuter. Celui-ci , qui n'étoit paspréparé , s'embarrassa dans l'inextricable chaos à^/^ lumière, disant qu'il la tenoit incréée ainsi que tous les effets miraculem de l'opération divine, au nombre desquels il mit la réclamation de l'ânesse de Balaam , qui demandoit à son mattre ce qu'elle lui avoit fait pour la frapper trois fois. Le peuple insulta Palamas au sortir de Tassem- Uée. L^évèque» humilié, vouloit que l'empereur prît contre tes antagonistes des mesures rigoureuses. Lé 3o mai, le concile se réunit pour la seconde fois. Avant Tonverture, Cantacuzène, tirant à part Micéphore, s'entretint avec lui , et tâcha de le gagner, mais sans aucun succès; ce qui fit fermenter tous les esprits. Les uns étment piqués de la démarche inutile du chef de l'état , el les autres exaltés par l'exemple de Grégoras , qui résisloit à la séduction comme aux menaces. Lef débats devinrent tellement orageux, qu'on fut sur le point d*flD venir aux mains. Plusieurs antipalamites voulurent se retirer, et Nicéphore s'apprétoit à les suivre , lorsque le prince fit filmer les portes contre le gré de Palamas, ^i désiroit cette retraite, autant parce que dans cette lotte il n'avoit pas l'avantage , que parce qu'il auroit traité cette démarche de fuite honteuse , et proclamé sa^ victoire. Plusieurs évéques de son parti , nouvellement prcmuis à la dignité épiscopale , crurent qu'il étoit de leur devoir de prendre la parole; mais, comme ib <toient sans instruction, ils ne pouvoient que proférer des absurdités sur un sujet qui demandoit toutes les
l4 HISTOIRE DC BAS-^EMPIRE.
^ ressources de Tërudition pour échapper au ridicule/ Quelques-uns de ces orateurs , enlevés à leur profession mécanique, se servoient encore des termes de cette profession : ce qui faisoit dire à Grégoras que leurs discours sentoient le cuir et le rabot. La troisième séance eut lieu le § juin. Les palamites y lurent quelques articles de leur doctrine. Ils furent encore vaincus, et se rassemblèrent pendant la nuit pour s'occuper des moyens de .réduire leurs adv^c|^ires au silence. Dans la quatrième et dernière réuni(^|ls qnlétistes prirent des dispositions pour assurer leur triomphe, et se servirent d'une tactique qui les fit parvenir à leur but. Ils se distribuèrent dans la salle, construite de manière à présenter dans sa forme un double cercle; ce qui, de divers points, produisoit un écho retentissant. Ils placèrent dans ces postes des émissaires dont les fonctions consistoient à frapper des mains en signe d'approbation. Dès qu'un palamite avoit cessé de parler un bruit assourdissant partoit aussitôt , continuoit pendant la réplique de l'adversaire, dont il étoit impossible d'entendre un mot, et ne finissoît que lorsqu'un second palamite prenoit la parole. Ce fut > au milieu de ce vacarfne que l'on prononça le jugement I qui condamnoit Its adversaires de Palamas. Nicéphore , !i évitant de donner des détails sur cette condamnation i t nous reprenons le récit de Cantacuzène. « Les évéques t « d'Ephèse et de Gano, Grégoras et Dexius, furent r « convaincus ( dit-il ) de tenir les erreurs de Barlaam ; ; « les deux évêques déposés, Barlaam et Acindyne, re- k « tranchés du corps de l'Eglise. Les prélats ( palamites) ij, «r eui*ent néanmoins la bonté de recevoir ceux qui re-^ j « nonceroîent à l'erreur. On dressa un écrit qui conte- ^ « noit toutes ces choses, et on le joignit à deux autres i « faits précédemment. Il y en avoit un rédigé après la « déposition de Jean, patriarche de Constantinople, et if signé par Lazare, patriarche de Jérusalem. Il con- <t tient une réfutation de l'impiété de Barlaam et d'Â-i
HISTOIEB BU BAS-BMPIEE. l5
•( cindyne, qne Jean avoit partagée. L'autre écrit a voit « été dressé sous le règne d'Ândronic. Non-seulement « ils y sont condamnés comme d'injustes accusateurs « des saints moines, mais encore il y est porté que ceux « qui les accuseront seront retranchés comme Barlaam « du corps de l'église catholique et apostolique. Le «troisième, dont je parle ici, contenoit une pareille « condamnation. Il fut signé par les empereurs, aussi- « bien que par le patriarche et par les évéques. Lorsque « la décision de la doctrine eut été faite et que l'écrit «eut été dressé, l'empereur, revêtu de ses omemens^ He mit entre les mains du patriarche, an milieu de la • célébrsllion des saints mystères. Ensuite Tempereur et « le patriarche défendirent publiquement aux disciples « de Barlaam et d'Âcindyne de [parler ni d'écrire pour • « la défense de leurs erreurs ^. » Grégoras raconte que le patriarche et les palamites maltraitèrent le métropolitain d'Ephèse et l'archevêque de Gano, déchirèrent leurs vêtemens et leur arrachèrent la barbe. Cantacusène ne parle point de cette indigne conduite. C'étoit on très-zélé défenseur de la lumière. Il s'en occupa quand il se fit moine, et composa des volumes sur ce sujet. C'est dans ce concile (qui ne doit être considéré que comme un synode, non-seulement parce qu'il n'a point été reconnu, mais parce qu'on ne con^qua qu'un petit nombre d'évéques d'une seule province de l'empire ), c'est, dis-je, dans cette assemblée que fut établi, comme article de foi, dans l'église grecque , la lumière incréée du mont Thabor. m Après tant d'autres insultes, «dit Gibbon ^, la raison humaine dut se regarder « comme peu blessée par l'addition d'une seule absur- « ^té. Un grand nombre de rouleaux de papier ou de « parchemin furent salis de*cette dispute. Les sectaires
' Bitt. de GanUcutène » llr • 4 » ^ Hîst. de la décadence de l'emckep. a. pire romain , chap. 63.
j6 histoike du das*-bmpiee.
« impénitens qui refusèrent de souscrire à ce nouveau « symbole furent privés des honneurs de la sépulture tr chrétienne. Mais, dès le siècle suivant, cette question « tomba dans l'oubli. »
Quelque dépourvue qu'elle soit d'intérêt, nc^s sommes obligé d'en parler encore, parce qu'il est de toute justice de consacrer un article à celui qui sacrifia sa liberté, sa fortune et sa vie à la défense de la raison* et lutta toujours, sinon avec succès, du moins avec un courage héroïque, contre Tàbsurdité soutenue par la force et le pouvoir. Il s'agit de Nicéphore Grégoras , qui fut victime des palamites. Nous confrontons son propre témoignage sur lui-même et sur les persécutions qu'on lui fit éprouver, avec celui de Cantacuzène; car, pour connoitre la vérité des faits sur lesquels ont écrit ces deux historiens , il faut corriger l'un par l'autre.
• Nous venons de dire que le silence étoit prescrit sous : des peines sévères, et qu'il étoit défendu aux antipalamistes de promulguer leur opinion. Grégoras el plusieurs de ses disciples ne tinrent aucun compte dt cette défense. Le premier traite (dans son histoire) de brigandage le synode que Cantacuzène qualifie de cou- cile , et qui , malgré la présence des empereurs, ne mérite peut-être que la dénomination de conciliabule. " Cantacuzène dit que plusieurs^ ne pouvant s'empêcher d* écrire ni de parler ^ corrompirent les simples; ce qui V obligea de les faire mettre en prison. Il ajoute que les plus considérables furent gardés dans leurs maisons sans que personne eût la liberté de les voir, et qu'ainsi ' la crainte les retint. Cet aveu suffit pour confirmer k récit de Nicéphore. On n'osa point d'abord agir avec trop de rigueur^ envers ce dernier. L'intimité dans la- . quelle il avoit vécu pendant si long-temps avec le vieil Andronic , son généreux dévouement pour cet emperf^ur, qu'il suivit dans la retraite 9 le rang qu'il avoit occupé^ :
HISTOIRE DU BÀS-EMPIBE« iÇ
9on érudition plus ëclairée ^ que celle de ses contemporains, lui dounoîent une considération telle, que Ica palamiles attachoient une grande importance à sou suffrage, et mettoient tout en œuvre pour le compter dans leurs rangs. On se contenta de le mettre aux arrêts chez lui. Le patriarche Calliste lui fit une visite^ et n'épargna rien pour le ramener à son opinion ; mais ce fut en vain. On peut juger de la sagacité du choix de Cantacuzène^ qui avoit forcé d'élire Calliste, par ce trait d'ignorance. Après avoir inutilement épuisé tous ses argumens, il dit à Nicéphore : «c Votre résistance « vient d*Homère et de Platon , je le sais; mais ils ont « refusé de connoitre Jésus-Christ, et les conciles les « ont déclarés hérétiques. » Les palamites , ne pouvant se dissimuler le peu de respect qu'on devoit avoir pour leur synode et ses décisions, engagèrent l'empereur à faire une démarche qui prouve à la fois et la foiblcsse de sou caractère et son zèle pour la lumière incréée : ce fut de déposer sur Tautel , et pendant la messe , le livre qoi contenoit la doctrine de Palamas. La solennité de l'Assomption fut choisie, et Cantacuzène fit le dépôt avec toute la pompe observée dans les cérémonies les plus augustes. Quand Nicéphore apprit cette nouvelle, il en témoigna son indignation dans les termes les plus énergiques. La cour le condamna à se renfermer , sans y voir personne, dans le monastère de Chora, qu'il avoit choisi pour sa demeure. I^s moines furent chargés de le surveiller, et de lui interdire toute communication* Après avoir établi un ingénieux système de privations, on revint à la charge pour le séduire, et Ton chercha quelqu^un qui maniât habilement la parole et réunit
* De son temps il y eut nne dis- drier ; lorsque trois s^iècle.x après que
cowîua iUMr le jour où l'oo devoit cette réforme eut lieu ( sous Gré*
c«ilcbrcr la fête de Pâques. Grégoras goire xiii), les chaugcmcus qu'oa
l'indiqua, d'après un calcul qu'il Gt, fit éloicnt les mémos que «eux qut
et qu*oa D'«Ma point admettre, parce Grégoras avoit désigoés. qu'il auroit fallu réformer le calen-
UIST. DU BAS-EMP. TOM. XIL a
l8 HISTOIRE DU dAS-ÊMt'iRË*
l'adresse à Térudition. Cabasilas avoit en sa faveur touteâT les conditions désirées, et de plus une circonstance dont on espéroit pouvoir tirer parti; c'est que jadis, et pendant long-temps, il fut Tun des plus intimes amis de Nicéphore. Une même façon de penser les faisoit combattre pour là même cause , et tous deux s'é-« toient exercés contre les palamiteSé Mais Cabasilas avoit de Tambition et toute la souplesse nécessaire pour parvenir. Le plus grand mérite de Grégoras, à ses yeux, étoit le crédit dont il jouissoit sur Tesprit d'Ândronic. Quand son ami n^eut plus qu'une considération stérile, Cabasilas se refroidit. Enfin, dès qu'il vit les palamites protégés par l'empereur Cantacuzène, il se déclara pour ces fanatiques , après leur avoir fait long-temps la guerre. Tel étoit Cabasilas, qui, par cette conduite, obtint le siège de Thessaloniquë après la mort de son oncle. On jeta les yeux sur lui pour la conversion de Nicéphore. L'empire qu'il avoit eu sur ce dernier, une grande confiance en ses propres talens , le déterminèrent à se char-' ger, sans hésiter, de cette négociation, au succès de laquelle il savoit qu'on attachoit le plus grand prix. Il alla donc trouver ûrégoras dans sa retraite , et ne tarda point à voir combien il étoit dans l'erreur : raisonnemens, prières, menaces, tout fut inutile. Le dépit qu'il éprouva fut en raison de l'espoir dont il s'étoit flatté. 11 s'oublia même au point de s'emporter contre son ancien ami, qu'il outragea par des injures. Il se retira en lui disant qu'après sa mort il seroit privé de sépulture. Nicéphore lui répondit tranquillement que s'il étoit «nécessaire de mourir pour sa religion , il pe l'étoit pas d'être inhumé.
Cantacuzène ne parle point de cette visite; mais il rapporte d'autres circonstances qui méritent quelque attention , soit parce qu'elles servent à faire apprécier le témoignage de Grégoras, soit parce qu'étant relatives à Cantacuzène, il se met lui-même; en les racontant.
âans ane position singulière ^ remplUsant à la fois les fondions d'accusateur, de juge et d'accoië. Je vais, en le réduisant le plus possible , le laisser parler.
« Nicéphore écrivit, aux amis qu'il avoît à Trébî- « zonde, qu'il falloit se séparer de réglij»e de Constan- « tinople comme d'une corrompue. Il écrivit la même « chose aux amis qu'il avoît à Chypre» entre autres, à « George Lapite. Son insolence étant montée à un tel « excès qu'elle ne pouvoit plus être dissimulée, Tempe- « reur et le patriarche , pour le réprimer et pour em-» « pêcher qu^il ne fût l'auteur de sa perte, défendirent « aux moines du monastère de Saint-Sauveur, où il « demetiruit, de lui permettre de parler ni d'écrire à « personne. Mais quelque obstacle qu'il trouvât , il nâ « laissa pas de déchirer l'église et l'empereur par des « écrits furieux. Il réfuta les conciles, promettant de « faire voir qu'ils contiennent des erreurs contraires à « la pureté de la foi. Il n'a pu pourtant s^acquitter de «( cette promesse. Lorsqu'il parott prêt à entrer dans « l'examen de la question dont il s'agit , il abandonne « son su)et et s'égare en des digressions inutiles qui n6 « contiennent pour l'ordinaire que des médisances ^. Sa « manière décrire est de s'étendre en des narrations su*tt perflues ou en des disputes extravagantes; ne pouvant « rien directement contre l'empereur Cantacuzène, il tt entreprit d'écrire l'histoire civile d'entre les denx « Paléologues, où il s'éloigtie très-souvent de la vérité^
^ Le mot est remarquable : Can- en général le premier Lislorien qu0
tn^axèoe rouloit probablement dire par le «econdt Cependant «m critiqae
calomnies. Le Jugement que poric exact et savant ( M. fVeiss)^ qui
l'exncereuf sur son rivul ( comme juint à ce méiite celui de donner ua
hÎKlorien) est curieux. Tous les deux grand int($rél aul résliltats de sei
fuot le récit den mêmes événemeot. Ku bercbes , a eu le courage de dire
llelui de Ganlacuzène est beaucoup récemment que Grégoras éioit plus
plus connu que le récit de Grégoras , insiruit , et surtout plus exact €fuê
qni n'a point été traduit dan» notre Cantacuzène. Nous partageons cette
langue. Kicépbore a tout le désav^^n- opinion, f^oy, Tart. Gt-é^oras dana
Uge , Cousin lui ayant préfëré Can- la Btcgraphie utiiyerselhé
tocuzène c de manière qn on ne ju|;e
âO HISTOIRE BU BAS-«£MPIRG«
« par ignorance ou par passion. Il lui impute les em- « prisonneinens , les brigandages, les meurtres et les K massacres des derniers troubles; mais il n'a rien « avancé qui Tait piqué si sensiblement que ce fait. Il « prétend que, pendant la vie de l'empereur Andronic, « /V/ow tourmenté par un si furieux désir de posséder la « souveraine puissance, que /V, consultai les moines du tt mont Âthos, qui étoient en réputation de connoitre « Tayenir, pour savoir siyV régnerois un jour. Ce fait « est faux. II ne faut point d'autre preuve de cette « fausseté que Thabitude que Grégoras a contractée « d'en avancer de pareilles. L'impératrice Anne , qui « a connoissance de tout ceci , peut en rendre témoi- « gnage en ma faveur ^. Ce ne fut pas pour consulter « touchant l'avenir que j'allai au mont Athos; ce fut V pour porter les pieux moines à prier Dieu pour la « santé de l'empereur et pour le pardon de mes péchés. « Etant depuis dégoûté du monde, yV me résolus de me « retirer dans une sainte solitude, et d'y passer le reste te de ma vie. Je choisis le monastère de Batopède, qui « me paroissoit le plus propre pour l'exécution d'un si « louable dessein, et/e donnai l'argent aux moines pour « me bâtir un appartement. Ce qui m'empêcha de n prendre l'habit en ce saint lieu, et m'obligea de revc- « nir à la cour, ce fut Tempereur, qui ne pouvoit vivre « sans moi. Il me reprocha de trahir notre amitié. « Quand il me vit inébranlable , il appela l'impératrice te à mon secours, et tous deux employèrent tant de « prières, qu'ils obtinrent que je remettrois ma retraite « à un autre temps. Comme j'avois prié les moines de te Batopède de me bâtir un appartement, j'avois toujours « intention de m'y retirer. L'empereur étant mort bientc tôt après , je fus obligé , malgré moi , de me charger « du gouvernement. Lorsque mes ennemis me suscî- «;tèrent, par leurs calomnies, la guerre civile, je me
^ Aane n'cxîstoit plus alorà.
HISTOIRE BU BAS-EMPIRK. dt
« chargeai de Tempire, non par. le désir des honneort , « mais par le zèle de sauver Tempire. C*est pour-> « quoi Grégoras impose visiblement en ce point. Quant « à ce qu'il avance, qu'étant du parti de Palamas, j'ar « fait un jugement injuste, auquel il ne veut point défé- « rer, parce que l'accusateur a été le juge , je ferai voir « son imposture. L'empereur Andronicavoit condamné « dans un coqcile Barlaam et ses partisans. L'impé- « ratrice Anne et les évéques avoient déposé en mon « absence <> le patriarche Jean, parce qu'il soutenoit les « opinions condamnées; et ainsi je pouvois me contenu « ter de ces deux décisions. Je n'ai pas laissé de faire * wn nouvel examen, et j'ai porté un jugement con- « forme à la vérité. Après avoir examiné sérieusement ** les matières en la présence de Dieu, j'ai reconnu clai- «f rement que Palamas et ses sectateurs snivoient pas à " pas les vestiges des saints pères, et que la doctrine de « Grégoras est corrompue et impure. C'est pourquoi, « de l'avis de tous les évéques, j'ai déclaré Palamas « et sesf sectateurs orthodoxes , et fai condamné les « autres ^. J'ai favorisé depuis, comme j'y étois obligé, « ceux qui sont demeurés fermes dans la vérité de la « foi y et j'ai réprimé l'insolence avec laquelle les con* tt damnés continuoient de combattre la saine doctrine... « Au reste, il ne faut pas s'étonner de ce qu'après avoir « renoncé à la foi de ses pères , il a la hardiesse de » m'accuser. Comment respecleroit - il l'empereur , ¥ puisqu'il ne respecte pas Dieu? »
Ce passage nous semble donner lieu à quelques obserr
* Cest •à-dire le jour même où n'a pas nui à ce que justice fût ren*
CantaGUzènQ eotroit à Gonstanlino- due à ce patriarche,
pie, comme nous l'avons raconté ^ Cantacuzêne se fait examinateur
précédemment; et )a déposition de et juge ( i7 a porté un jugement et
Jean fiit confirmée quelque temps condamné) : ce n'est ^^b faire vott^
«près en présence de Gantacuzène , quUya imposture dans le reprocb»
proclamé empereur , et jouissant du que lui fait Grégoras , puisqu'il con-
pouvoir absolu. Jean méritoit bien Vient <jhU éioit du parti de Pa^
ioo sort ; mais riofluence du priac.e lamusx
valions que nous soumettons an lecteur, en justifiant cette digression par le àébtr de ronnoître la vérité. Tous les biographes modernes ont jugé Caniacuzène d'après C/j/iiacuzène, et n'ont entendu que lui dans sa propre x cause. Génie , taiens , science, vertus , ils l'ont doué de tous les dons , et l*ont proclamé l'un des plus grands hommes que t empire romain ail comptés «. 1 1 est bon de vérifier les litres sur lesquels on se fonde. Cantacuzène avoue qu'il a été plus sensible au reproche d'avoir consulté des moines sur l'avenir qu'à celui d'avoir commis des brigandages , des meurtres et des massacres^ Le premier reproche a pour base une foiblesse d'esprit (et Cantacuzèite n'étoit rien moins qu'exempt «le superstition); le second pose sur de véritables crimes : l'un donne du ridicule; l'autre rend odieux, s'il est fondé. Le choix de Cantacuiène mérite d'être remarqué. Quant au projet de se retirer du monde , il prend , comme nous l'avons déjà fait observer, beaucoup de précautions pour déuïontrer que ce projet remonte à une époque bien antérieure à celle où il reçut aon exécution. Plus nous avançons vers cette dernière, plus lidus acquérons de données pour motiver un jugement sur la sincérité de l'historien et la réalité du projet. Eu le supposant exécuté à la m*ort d'Audronic le jeune, la guerre civile n'eût pas eu lieu; l'euipire, qu'elle ébranla jusque dans ses fondpmens, n'eût point été déchiré par des fléanx qui préparèrent sa chute. Du jour où Cantacuzène posséda ce trône qu'on prétendoil être l'objet de son and)ition , jusqu'au moment où il en descendit de force ou de gré, répara-t-il tons les maux qu'avoit causés celte guerre civile? les fit-il oublier par quelque grande entreprise qui rendit à son pays la prospérité? En comparant les événemens dont il fut la cause ou l'occasion pendant six ans avec ce qu'il a lait pendant
* Expression» dont se sert l'auteur Biographie unwcvselle. Le Bas-emh de l'article Cantacuzène dans la pire est-il le véritable empire romain ^
BISTOIBE BU BAS-EMPIRE. aS
six antres années ( durée de son règne ) , trouvera-t-on qo'il a mienx valu pour les Grecs qu'il ait résisté à Tenvie qu'il avoit en 124^ ^^ ^^ f^î^c moine , et qu'on doive lui savoir gré du sacrifice? Scra«t-on enfin obligé de convenir qu'en triomphant à la fuis et du désir de prendre l'habit monastique, et delà répugnance qu'il âvoit à se faire proclamer empereur , il ait été comme irrésistiblement entraîné par une de ces inspiratioos heureuses pour la patrie de celui qui les éprouve , parce qu'elles sont justifiées par les événemens? . . . L'histoire doit répondre à ces questions. ÂcheVoas celle de Nicephore, et continuons d^écouter Cantacuzëne. *< L'empe- « reur , ayant lu les ouvrages de Grégoras, y fit une ré- « ponse par laquelle il montra très-clairement qu'il avoit « avancé des faits contraires non-seulement à la vérité ^ « mais même à la vraisemblance. Ayant ensuite fait une « assemblée fort célèbre» où se trouvèrent les pcrson- « nés les plus éminentes de l'empire , il fit lire publi- * qnement l'ouvrage de Grégoras , avec la réfutation « qu'il en avoit composée. Il n'y eut personne <* qui , M ne condamnât Tindiscrélion de Nicéphore» qui fut « piqué au vif de ce que l'empereur avoit triomphé si « hautement des impostures et des insolences de ses a ouvrages. Il ne put s'empêcher de lui en témoigner « son déplaisir. Il lui avoua qu'il avoit composé la « réfutation de l'écrit du concile ; mais il nia qu'il eût w composé l'autre écrit fait contre Tempereur , et dit « qu'il auroit souhaité de le pouvoir supprimer. L'em- « pereur répondit qu'il ne voyoit pas où tendoit son « discours ; que, s'il vouloit ne pas faire paroître son « livre, il ne falloit pas le composer : s'il vouloit le
^ Il est trèft-prësumable en cCTet 11 a probablement oublié sa position
que Us personnes éminentes de Yem.' et celle des juges et de PSicéphore»
pire , consultées par l'empereur Can- quand il a cru voir le sujet d'un si
tacuzène sur un ouvrage conti e l'em- haut triomphe daoii cette condamna*
pereur Cantacuzènc » condamnèrent tiou.
imanimenient l'ouvrage et l'auto.
a4 HISTQIKE BU BAS-£MPIR1^
c< publier , il ne pouvolt trouver mauvais qu'on le lût; i< Il lui dît que, n'ayant plus guère à vivre, il devoit « être insensible aux louanges comme aux reproches. « Cantacuzène ne fit ni ne dit ce que Je ^ viens de rap- « peler que depuis qu'il eut remis l'autorité absolue «c entre les mains de l'empereur son gendre , et qu'il eut « pris l'habit de moine. » C^itacuzène éioit devenu, lorsqu'il eut cette entrevue avec Grégoras , le moine JosaphaL II nous semble que ce langage est moins celui d'un religieux que d'un prince de la terre qui n'a point renoncé aux vanités de ce monde ^, Il y a de la dureté à dire à un vieillard qu'il n'a plus guère à viçre, Nîcéphore Grégoras resta quatre ans en prison , exposé à beaucoup de privations et de mauvais traitemens. Jean Faléologue le fit mettre en liberté. On ne sait point l'époque de sa mort : on la place à l'année 1859. Son histoire finit à cette année, et l'on doit supposer qu'il y a eu quelque intf^vvalle entre sa mort et l'événement dont il fait le récit. Les palamitesle poursuivirent audelà du tombeau. Dans leur rage, ils le privèrent noasenlement de sépulture , mais ils commirent sur son cadavre d'indignes outrages ^. Son histoire doit être lue avec précaution quant aux réflexions qu'il y prodigue., parce qu'il est souvent passionné; mais nous répétons qu'il «?6t exact dans les faits dont il nous présente le récit. Revenons à celui des événemens généraui^.
Au morpent où le synode finissoit , les Vénitiens rcrvînrent a la charge auprèsde Cantacuzène, pour l'engager à faire avec eqx une alliance offensive contre les Génois de Galat^. Ils vinrent {es attaquer à la vue de Constan-
* C'est Cantacuzène qui parle , et bit de moine; peut-être avait -il
prend à la fois dans la même phraaç, dooi^é Tcxeniple contraire avant
en parlant de lui, les deux inodes d'aller au couvent de Mangane.
entre lesquels on choisit ordinaire- *^ f^oy. son article dans la ^l'o^rfi-v
ment. phie unwerselle. M. Weiss donne la
^ On s'aperçoit quelquefois que nomenclature de ses ouvrages, et l,e
Cantacuzène fut empereur sous l'i^a- juge ayec beaucoup d'impartialité.
HISTOIRE BU BA8-EHPIRE. d5
tlnople, peut-être pour forcer l'empereur à prendre un parlî. Quatorze galères entrèrent pendant la nuit dans le port de Galata , et commirent de grands désordres. Les habilans se réunirent à la hâte , coururent aux armes , et forcèrent les Vénitiens à se rembarquer. En se retirant ils emmenèrent quelques vaisseaux marchands. Sur Tune de ces galères étoit Jean Delphino , député par la république de Venise à Tempereur, pourTengar ger dans une ligue qu'elle formoit contre Gènes avec quelques puissances révoltées de Tinsolence des Génois. Ce même ambassadeur étoit chargé d'une lettre de Sigîsraondf roi de Hongrie, qui invitoit l'empereur à faire partie de la coalition qu'on formoit pour écraser Gênes, annonçant qu'il a voit donné déjà des secours. Le prudent Cantacuzène éluda de son mieux cette demande. II étoit le plus exposé à la vengeance des Italiens de Ga^ lata, dont lesGrecs laissoient honteusement les insultes impunies, et qui d'hôtes devenoient maîtres. Il falloit se mettre en mesure de leur faire changer de rôle , et ne leur déclarer la guerre qu'après avoir pris tous les moyens de les battre. Venise pouvoit affronter Galata , sans courir aucun risque, avec de bons vaisseaux et d'habiles marins ; mais il n'en étoit pas de même de Constantinople , qui, n'ayant ni marins ni vaisseaux, restoit exposée et sans défense aux coups des Génois. Cantacuzène crut s'en garantir en demeurant neutre : il se trompa , comme nous le verrons. Il donna pour prétexte de son refus la nécessité dans laquelle il éloit de ne s'occuper que des Serviens, et du soin de reprendre les conquêtes qu'ils avoient faites sur l'empire. Il ajouta que, par cette conduite, il ne faisoit aucun tort à la république , parce que, s'il ne lui donnoit pas de secours , il n'apportoit aucun obstacle à ses projets. L'ambassadeur se retira mécontent. Venise , qui ne pouvoit rien exécuter de décisif contre Galata sans le concours des Grecs , ne dissimula pas le dépit que lui causoit h
d6 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
refus de Cantacuzène. Elle feignit de vouloir se venger, et retira le consul qu'elle avoit à Gonstantinople. Lt , trêve qu'ils avoicnt faite autrefois avec Michel Paléo-i logue étoît sur le point d'expirer , et , si on ne la renoa- 1, veloit pas, iaissoit à chaque parti la liberté de reprendre^ les armes. La république Tauroit fait , si sa haine contre ^'à les Génois n'avoit dominé son ressentiment contre le^-^ 4Grrecs; mais , en faisant revenir son consul , elle voulot::que l'on crût qu'elle se disposoit à la guerre. 2
Pendant le séjour des ambassadeurs à Gonstantinople, -^i les Génois, inquiets et craignant que l'empereur ne se ^ réunit à leurs ennemis , envoyèrent secrètement à ce t prince des agens pour le détourner de cette alliance ; ik ;' lui firent oflFrir même des sommes considérables. Can- » tacuzène les refusa, parce qu'il n'avoit pas en l'intention ^ d'accorder aux Vénitiens ce qu'ils lui demandoient. lA J délicatesse de ce procédé, ne fit, sur des hommes qtiî n'en avoient jamais mis dans les leurs , aucune impres- sion. Ils refusèrent d'y croire, et supposèrent que l'empereur n'ayant pu s'accorder sur les conditions, vouloit se faire un mérite du refus. Quand ils furent certains da flépart de l'ambassade vénitienne , ils firent jouer a|i • milieu du jour une de leurs machines, et lancèrent un ; bloc de pierre sur Gonstantinople. Gantacuzène envoya demander aussitôt au gouverneur et au sénat raison de cette conduite. On répondit qu'on ignoroit la cause de cet accident , et qu'elle ne devoit être attribuée qu'à l'étourderie de l'ingénieur chargé de la direction des machines. Les députés exigèrent au non^ de l'empereur qu'il fût puni, ainsi que ceux qui l'avoient secondé. On le promit, mais on recommença le lendemain. Gantacuzène, poussé à bout par cette insolence^ déclare aussitôt la guerre aux Génois de Galata, leur donne huit jours pour enlever les effets qu'ils ont dans la capitale, envoie promptement vers l'ambassadeur yénilien qui croisoit dans le voisinage , et conclal
avec lui nn traité moins avantageux que ne Tétoît celui qa'îl avoit proposé, parce que, voyant que le prince favoit maintenant besoin du secours de son gouvernement, il rétracta une partie des offres faites précédemment. Lf^empereur donna des ordres pour équiper des galères t rassembler des troupes , et réunir tous les moyens de triompher d'un ennemi qui ne respectoit rien. Les conditions sous lesquelles les Génois possédoient Galata , leur donnoient sur les Grecs , du moment où elles n'étoient point exécutées , une telle supériorité , que riropuissance ou Tineptie peuvent seule expliquer cet état de choses. La convention remonte au premier des Paléologues. Après avoir reconquis Constantinople , n'ayant point de marine, ce prince fut obligé de ménager les peuples qui en avoient , et de pflUr avec eux des traités. Plusieurs consentirent à payer des droits dans les ports de l'empire grec pour le conmierce qu'ils y faiâoieut. Les Vénitiens et les Génois, mattres de la mer Ionique, de la mer Egée et de la mer de Pont, s'exemp* lèrent de tout impôt, prétendant avoir la liberté de la navigation dans toute retendue de Tcmpire. Michel » ne pouvant ni les persuader, ni les contraindre, vit que son unique ressource étoit dans la rivalité de deux nations, que l'intérêt armeroit l'une contre Tautre. Faire avec l'une d'elles un traité exclusif, étoit le meilleur moyen d'imposer des conditions à Tautre, et retirer de toutes deux quelque avantage. Il préféra les Génois aux Vénitiens, parce que ceux-ci protégeoient les Latins que Paléologue venoit de chasser de Constantinople. Parle traité qu'il conclut avec eux , il leur accorda pleine et entière liberté de trafiquer à perpétuité dans ses états, sans payer aucun droit , à la charge par les Génois de fournir à toute réquisition cinquante galères équipées et armées en guerre, sans que l'empereur fût tenu à d'antre dépense qu'à payer les soldats et les matelots. Us étoient encore obligés de fournir cinquante autres
â8 HISTOIRE BU BAS-EMPIRE.
galères, vides. On voîl que cette condition ne ponvoii être exécutée qu'en supposant des intérêts communs» entre les Grecs et les Génois , une alliance bien cimentée, ' et une paix continue entre les deux nations. Il falloit, pour tenir en respect ce peuple remuant, avoir la facî- ^ lité de s'emparer de Galata à la moindre infraction, 'et conséqueniment prendre des dispositions militaires, ■''^■ en ayant soin de les entretenir sans cesse.
Au lieu de suivre cette marche dictée parla prudence, ^ on laissa les Génois se fortifier à Galata ( ce qui devoit '^ leur être rigoureusement interdît ) , et se mettre en \t mesure de résister sur terre , et peut-être d'y faire la ! j loi. Tel étoit l'état des choses lorsque Cantacnzène dé- ■-clara la guerre aux Génois. Les Grecs partageoient son -^ indignation , étirent des sacrifices. En peu de temps = une flotte fut équipée et put combiner ses «opérationi ■ avec celle des Vénitiens. Ceux-ci cherchoient et trou- >" voient de nouveaux alliés. Le roi d'Aragon avoiteu de '^ fréquens démêlés avec les Génois pour la possession de = la Sardaigne et de la Corse. Venise présuma qu'il se ' détermineroit facilement contre ses éternels ennemis, et ne se trompa point dans son calcul. Il mit vingtquatre galères à la disposition de cette république. Les Génois ne perdoient pas de temps de leur côté. Un de leurs amiraux enlevoit la capitale de Nègrepont. Au '■ commencement de l'automne (i35i) la flotte vénitienne, composée de trente galères et d'un grand nombre de bâtiraens de toiite grandeur, sortoit des ports pour opérer sa jonction avec celle d'Aragon. EUe étoit commandée par Nicolas Pisani et Justiniani. Le premier passoit alors pour l'un des plus habiles marins. Ces deux flollrs réunies faisoient voile vers Constantinople. En entrant dans TArchipel , elles essuyèrent une violente tempête, qui dispersa les galères. Neuf, dont sept de la république , furent submergées ou brisées contre des écueils; les autres, jetées suc les côtes de Sicile ou de
HISTOIRE DU BA8-EHPIKt. ^0
Hbrëe , étoient hors de service , à moins de réparations « mi demandoient du temps et de l'argent. Gênes, pins heareose , avoit attendu , pour la sortie de sa flotte , la in des vents de Téquinoxe , et préparé une armée capable de résister à ses ennemis. Pagan Doria , commandant soixante galères , tenta de s'emparer de la colonie de Nègrepont , dont elle venoit de prendre la capitale ; mais Pisani s'étoit jeté dans cette ile avec toutes ses troupes pendant qu'on radonboit ses vaisseaux. Il attaqua les Génois, leur prit ou tua quinze cents hommes, et les força de se rembarquer. Dès que ses navires furent réparés , il se rendit à Constantinople. On mit le siège devant Galata , qui , dans le même temps, eut à résister i une double attaque sur mer et sur terre. Toutes les maisons situées hors de l'enceinte de^ murailles furent brûlées. Les assiégés n'osoient plus ni sortir ni même se montrer. L'empereur détacha de l'armée navale un certain nombre de vaisseaux qu'il envoya donner la chasse aux Génois sur la mer Pontique. Cette cxpédi* tion fut couronnée de succès. Les Grecs revinrent chargés de butin. A leur retour, Pisani voulut donner on assaut général. Cantacuzène n'étoit pas de cette opi* nion. Fatiguer les assiégés , les harceler sans en venir à une action décisive, les prendre par la famine, telle étoit son avis. Il y eut des débats dans le conseil ; ils s'animèrent : l'aigreur s'en mêla ; Pij^ni s'oublia même au point de traiter l'empereur de lâche. Cette dispute valoit aux Génois une alliance. Cantacuzène se crat obligé de céder. Pour concourir à une entreprise qu'il désapprouvoit,ilfit joindre ensemble les deux plus grands vaisseaux de sa flotte, que l'on couvrit de poutres , sur lesqnelles on construisit une grande tour à trois étages ^î dominoit les murailles de Galata. Aux deux côtés de la tour étoient des ailes pour recevoir, en se baissant, des planches , et former un pont de la tour à la ville; ftais la distance ayant été mal calculée , on ne put faire
3o nisToitiK nu bas-kmpirk.
usage de ce moyen. IMiasi^olafe avoii fait une Btitrlj machine sur un vaisseau marcliand, dam rinientioOj de lancer de.i matières' conibusliblffs. l^es préparatifs son terre consiftièrent dans une réunion d'échelles , d*ouli|l pour saper les murailles , de fascines pour combler M. (oMéê et brûler les portes. Quand tout fut prêt , la cava^ lerie et Tinfanterie s*avancèreut sous le ordres de MaV nuel Asan, frère de Timpératrice Irène, dont Fracase^ " protostrator, éloit lieutenant. Au point du jouria double ' attaque devoit commencer. Les Génois se préparoient^ la soutenir. Ils avoient attiré leurs vaisseaux , qu'ils te* noient attachés avec des cordages, de peur qu*on ne Ici enuuenât , et suspemlus de manière à empêcher les assié* geans d'approcher. Ils avoient de plus «Knposé, pour sî^ «léfendre, une quantité de marbine». (3iuitacu/ène pasit la nuit près de la ville avec Tarmée de terre. Il y avoiC ' en tout trente-deux galères. Dans cette m^me nuit, il arriva de Venise un vaisseau chargé de dépêches pouf Pif»ani. I^e sénat le faisoit avertir du départ de soixante^ dix galères génoises envoyées pour la délivrance dÊ{ Galata.
Voici la cause d'un secours aussi considérable. Le peuple de Gènes, voyant avec jalousie un grand nombre ' de familles devenir riches et puissantes , se souleva» changea la forme de son gouvcrnemrnt , condamnant plu>ieurs «le ces fapiilles à un bannissement per|)étuelf' ' et dépouillant les autres de Taulorité pour se Tattribuer^ ' Il avoit confié radmiiiistratiofi générale des alTaires âr '" Simon Bocanera. Mais la guerre avec les Vénitiens ' étant survenue sur ci^i entrefaites, le petipli* sentit qn*il ^ ne pouvoit en su|>porter tout le poids. Il rappela lef riches, leur rendit les honneurs et les dignités dont il ^ les avoit dépouillés, et les supplia de refuvndre la di« ' rection du gouvernement. Ceux-ci auroient préféré la: vengeance ; mais, rcmime ils virent que la ruine de Télat «nlralacroit la leur, et qu'ils se couvriroieut de honte*
HtSTOIftE DU BAS-EMPiac. Si
refusant de secourir leur patrie, ils se rendirent aux tux du peuple. Après lui avoir reproché Textravaicerde sa conduite , et Finjustice av^c laquelle il les lit traités , uniquement parce qu'ils étoient riches , annoncèrent qu'ils se chargeoient de tous Içs frais la guerre. Ils équipèrent donc une flotte de soixante dix vaisseaux , dont ils confièrent le commandement ^agan Doria , qui réunissoit à l'expérience la prudence le courage « et passoit pour un des meilleurs gêné- IX du siècle. L'avis de l'arrivée de cette flotte remplit zani de crainte, et donna, plus que le ton arrogant ril avoil pris dans le conseil , la mesure de sa valeur* m intérêt, celui de son pays et de sa gloire lui prestvoient une marche sûre ; c'étoit de contribuer de us ses efforts , avec ses alliés /à l'enlèvement de la place* ailres de Galata, les Vénitiens et les Grecs n'avoient en à craindre d'une flotte qui ne trouveroit plus à son rivée de points d'appui, et ne verroit sur lej^ rives oposées que des ennemis. Au lieu de tenir cette conduite, isani ne communiqua point à Cantacuzène Taver-» ssement qu'il avoit reçu , se tint à l'écart pendant Tacon , en prenant cependant une position calculée de lanière à faire croire qu'il ne refusoit pas de combattre [|noiqu4l se fût mis hors de la portée du trait ) , et qu'il i rëservoit une excuse. L'ordre donné s'exécute au point a jour de la part des Grecs ; malgré les vices de con-^ !ruction de leurs machines, ils causèrent du désordre arnii les Génois. Mais leur flotte n'étant point souteme par celle des Vénitiens, leurs efforts furent inutiles* Tarchaniote reçut une blessure grave , qui le mit hors le combat. L'empereur faisoit en même temps combler les fossés par l'armée de terre, et poser les échelles ; mais les assiégés, voyant l'inaction de Pisani, prévoyant du côté de la mer une victoire facile, firent une sortie du calé opposé , brûlèrent les fascines , les chariots , les machines, pendant que leurs tireurs, du haut des mu-:
3à BI8T0IRE D0 BÀS-£Ml>tRÊ.
railles, accabloient de traits les Grecs, qui se retirèrent A Cantacuzène , qui n'agissoit que contre son gré , partes quHl avoit blâmé cette entreprise , fit rentrer son armée ^ se repentant , mais trop tard , d'avoir cédé à un étran^^J ger qui Tabandonnoit au moment du danger , et refason de concourir à Vexécution d'un projet qui , sans lui,t n'auroit pas eu lieu. Le lendemain Pisani vint prendret congé de Tempereur , qui, croyant qu'un dédaigneui^ silence valoit mieux qu'une explication , ne demanda i point au Vénitien le motif pour lequel il ne s'étoit pas trouvé la veille à l'attaque. Dans cette courte et froide ;entrevue, le général des galères de Venise déclara sen* ^ lement qu'il étoit rappelé par le sénat. L'indifférence L avec laquelle Cantacuzène reçut cette nouvelle fit vetr t qu'il mettoit à sa valeur le prix qu'il y falloit mettre. \ Pisani partit sans délai , rencontra Tescadre qu'il vou* loit éviter, n'échappa qu'à force de voiles, et se réfugia dans le port d'Ëubée.
Cantacuzène avoit dans ses amis et dans sa famille des ennemis plus redoutables que les Génois. Pendant ,qu'il combattoit ceux-ci, on préparoit contre lui une guerre civile. Il croyoit avoir laissé Paléologue à Thea* salonique au milieu de personnes qui lui étoient dévouées, parce qu'elles avoient combattu sous ses drapeaux ; mais , soit qu'il eût en effet mal reconnu leurs services, soit qu'elles portassent trop haut leurs prétentions , elles étoient mécontentes, et puisque celui pour lequel elles avoient fait tant de sacrifices ne savoit ni récompenser ni pnnir,ellesse promirent de l'abandonner à la première occasion. Elle s'offrit à Thessalonique. Les courtisans présumoient avec raison qu'un jeune prince de dix - huit à vingt ans aimoit mieux régner seul que d'être en tutelle ; qu'il ne pouvoit voir sans humeur assis à ses côtés sur un trône qui devoit être à lui sans partage, et qu'il tenoit de ses aïeux, un homme sans aucun droit à ce trône , et que la fortune
HISTOIRE DU BÀS-EHPIRE. 53
y plafolt dans un de ses caprices. Cantacuzène , froid ^ sagCf réservé , de mœurs austères, et dévot, d'un âge' avancé , devoil naturellement paroitre aux yeux du jeone Paléotogue un tuteur incommode, aont le joug se faisoit sentir : mab ce joug devoit devenir insupportable , si Ton parvenoit à faire considérer ce surveillant comme un usurpateur. Dans Tépoque de la vie où les impressions sont les plus vives, les plus profondes, et laissent des traces ineffaçables , le fils d'Andronic n'en a voit reçu que de terribles sur le compte de Ganta* cu7^ne. On le lui avoit , pendant plus de .six années (de dix à seize ans) , représenté comme un assassin qui vouloit regorger , ainsi que sa mère , et régner à tout prix. L^mpératrice , le grand-duc, le patriarche Asan, beau -père de Cantacuzène, le calomnioient sans cesse devant le jeune prince , et le peignoient sous les couleurs les plus odieuses. Le témoignage d'une mère, celui d*uu patriarche, étoient sans doute du plus grand poids pour un adolescent sans aucune expérience. Ces faits incontestaUes faisoient conclure qu'il étoit impossible que Paléologue eût pour son tuteur un attachement sincère. Les courtisans sont habiles dans leurs calculs , et se trompent rarement ; ils sont adroits et prucHns dans leur marche, et vont au but. Il étoit facile de sonder les dispositions du prince. On feignit d'abord le plus tendre intérêt pour sa personne ; on affecta de le plaindre de ce qu'il étoit privé de la souveraine puissance, qui lui appartenoit par le droit de succession ; de ce qu'au lien de régner à Constantinople sans rival , il étoit relégué sur les frontières de l'empire et près des ennemis de l'état. Ces insinuations , loin d'être repoussées , furent accueillies : elles éveillèrent Tattention ; elles développèrent un sentiment que l'on tenoît comprimé. Ces effets furent aperçus aussitôt que produits. On laissa dèslors tout ménagement décote, et l'on s'expliqua plus franchement. Le crâlc , ennemi de Caatacnzène , se
HIST. DU BÀS-EMP. TOM. Xïl. 3
34 HISTOIRE DÛ BAS-EBiriRE.
réuniroit avec joie à Paléologae : qnant à cenx qui fai* soient ces observations et donnoient ces conseils, ils ëtoient entièrement dévoués au jeune prince. Au premier mot , ils s'armoient pour sa défense. Le fils d'Andronic les crut d'autant plus aisément, qu'ils flattoient son penchant secret. Il leur accorda toute sa confiance, et s'entretint souvent avec eux de ce projet.
Mais il avoit près de sa personne un surveillant qui génoit , quoiqu^il eût jadis été Tun des pins grands ennemis de Cantacuzène. C'étoit Andronic Asan. En plaçant son gendre sur le trône , la fortune avoit satisfait son ambition. Il avoit tout à perdre dans un change- \ ment , rien à y gagner. Aucune chance favorable n'étoîl -^ possible pour h>i, parce qu'il se trouvoit le plus près h possible d'un trône sur lequel il ne devoit jamais monter. ^ Ne pouvant le séduire, il falloit l'éloigner. On en concerta les moyens avec une heureuse habileté. Ce fut de lui faire confidence de ce qui se passoit. On le prit en . particulier ; on avoit à lui dire un secret de la plus haute importance sous le sceau du serment , et s'il juroit de ne jamais le révéler. Quand il eut fait les promesses qu'on exigeoiL, on lui confia que le jeune empereur traitoit avec Etienne pour faire la guerre à Constantinople ; = mais, comme le craie étoit ombrageux, il vouloit on otage de la fidélité de Paléologue , déclarant qu'il lai feroit trancher la tête , si le prince manquoit à ses engàgemens après avoir conclu le traité. Cet otage c'étoft Andronic Asan. Le ton d'intérêt, le mystère avec lesquelscette confidence fut faite, ne permettoient de douter ni du dévouement ni de la sincérité de ceux qui s'exposoient ainsi pour garantir Asan de sa perte. Il en fat si complètement dupe , qu'il demanda des conseils à ses amis. Ils lui répondirent que l'expédient le plus sûr étoit de partir en diligence pour Constantinople Os ajoutèrent que le temps pressoît , parce que le crâle, pour rendre les deux empereurs irréconciliables, demàn-
HI8TOIEE bu BÀS*EHPIft£. 35
'doit qu'on le lui livrât , et que la conclusion da traité ne tenant qu'à cette condition , il ëtoit probable qu'on s'empareroit le lendemain de sa personne. Partir sans délai, se rendre dans la capitale, avertir Cantacuzène, et sauver Tétat, telle étoit la marche qu'ils lui conseilloient de suivre. Asan , épouvanté , s'embarqua la nuit même pour Constantinople. Ce plan étoit bien combiné , et le succès devoit être infaillible, si les affaires eussent été plus avancées. C'étoit un coup de maître que d'avertir Tempereur quand il n'auroit plus eu le temps de se mettre en défense. Dès qu'Asan fut sorti de Thessalonique, les conjurés eurent le champ libre. Ils obtinrent de Paléologue qu'une ambassade seroit envoyée au crâle de Servie pour l'engager à se liguer contre l'usurpateur. Etienne accepta cette proposition avec des transports de joie. Il promit tous les secours nécessaires pour rendre le trône au prince , en ayant toutefois le soin de stipuler des conditions très-avantageuses pour lui. Il fit de grands préparatifs, comptant sur une partie des provinces de l'empire. Pendant. que ces choses se passoient , Asan rendoit compte à Cantacuzène. Ce prince , alarmé de ces nouvelles , sentoit que sa présence étoit nécessaire pour apaiser dès son origine une nouvelle guerre civile plus dangereuse que la première, puisqu'un parti étoit soutenu par un prince puissant, qui s'étoit emparé déjà de .plusieurs villes importantes. Mais il ne pouvoit ni lever de nouvelles troupes, ni détourner celles qui étoient sur pied , et qui suffisoient à peine pour tenir les Génois en respect. Dans cet embarras , il alla trouver Pimpératrice , l'instruisit de la conspiration ; et , lui montrant qu'il lui étoit impossible de se rendre en Macédoine, bi pria de le remplacer auprès de son fils, et d'user de tout son ascendant sur ce jeune prince pour l'arrêter «sur le bord du précipice. Il a soigneusement conservé le discours qu'il tint à cette prinsesse, et comme il offre un méfange singulier de sentimens opposés, nous
croyons qu'il est utile de présenter quelques traits qim serviront à motiver Topinion qu'on doit se faire sur ce prince , d'après lui-même, car nous ne faisons que le transcrire. « Un pernicieux ^énie vint troubler notre « repos ( dit-il à Timpératrice Anne ) et susciter des ca- « lomniateurs aussi dangereux que les premiers. Ils ont « usé d'artifice pour s'insinuer dans Tesprit de Tempe- <r reur , votre fils ; ils lui ont persuadé de se défier de « moi comme d un traître , iuen que je le chérisse avee <c autant de sincérité que de tendresse , et que je n'oublie « rien non seulement pour lui conserver l'empire , mai* « pour le lui rendre en un état plus florissant qu'il n'a « jamais été. . . Je dissiperois les factieux et les obligerois « à se cacher sous terre ^ non par ma présence, mais « par le seul bruit de ma marche ^ si je n'étois occupé « contre les Latins. C'est poun:|uoi je vous prie d'avoir (c la bonté d'aller à Thessalonique pour étouffer cette n guerre, en représentant à Tempereur votre fils le tort « qu'il se fait de vouloir ruiner par les armes un em^- « pire dont il sera bientôt- maître absolu. Car je le lui « aurois remis entre les mains, si les deux dernières « guerres ne m'a voient obligé de le retenir , et j'aurois « pris rhabit de moine, que j'ai dessein de prendre « dans quelque temps. » ^ Anne fit à Cantacuzène de doux reproches { c'est l'expression dont il se sert ) de ce que, malgré ses instances et les conventions faites, au lieu de lui ramener son fils , il Tavoit laissé à Thessa*
« Ilwt. de Gantacuzène, liv. 4» crâle, qui se joignoit à Paléologae,
chap. 27, Nous faisons remarquer et qui veiioit de reprendre Edessc.
quelques expressions dont les unes Le moyen de rendre Paiéologuc
sont plutôt d*un fanfaron que d'un maître absolu de l'empire n «toit
religieuK ; car c'est le moine Josa- pas en proclamant Manuel empc-
pliat qui écrit ; et les autre* prépa- reur : et si nous voyons le père faire
rcnt de loin à la catastrophe , et sont couronner son fils , que penserons-
là pour ne laisser aucun doute sur nous de sa sincérité ? croirons -.nouf
la liberté avec laquelle on doit des- qu'il n'oublie rien pour rendre 1«
cendre du Irône. Le bmii de ses pas trône au fils d'Andronic f o'avoit pas fait cacher sous terre le
niSTOIRE BU BAS-EMPIRE. 3^
Ionique au milieu de gens corrompus , mécontens , qui
oepouvoieiit lui dotmer que de mauvais conseils. Ces
reproches étoient mc'rités , et peut-être verra-l-on par
h suite le motif pour lequel Cantacuzène n'avoii pas tenu
sa promesse.
L'impératrice s'embarque sans délai. Elle trouva les choses fort avancées, ralliance conclue avec Etienne, le prince dans le voisinage de Thessa Ionique, avec la princesse, sa femme, faisant tous leurs efforts pour oBtenir de Paléologne une rupture ouverte avec Cantacnzène* La peur qu'ils açoieni de ce dernier , dit-il luiinéme, faisoit qu'ils usoient de toutes sortes de caresses pour gagner le jeune em||ereuret pour lui faire accroire qu'ils avoient un grand zèle pour son service. La pré^ sence de Timpëratrice dissipa cette Jaction comme une toile d araignée; à sa vue, Paléolcigue rentra dans le devoir. « Elle entretint le crâle ainsi qu'Hélène, et leur * mit devant les yeux la grandeur de l'injustice qu'ils « commettoient en tâchant d'exciter une guerre civile « entre les Romains , contre la foi des sermens , et les « assura qu'une perfidie si criminelle ne manqueroit « pas d'attirer sur eux la foudre du ciel. » Ses discours eurent tant de force sur leur esprit, qu'ils se retirèrent pleins de confusion et de honte a. Cantacuzène, qui tient ce langage , ne nous a pas jusqu'ici présenté le crâle comme susceptible de confusion ni de peur. Il n'avoit fait paroitre aucun de ces sentimens en présence de cet' homme dont il açoit peur , dans l'entrevue dont nons avons rendu compte. C'étoit par peur qu'il gardoit ses conquêtes et ne vouloit rien rendre. Nous n'avons point d'objet de comparaison pour confronter le récit de Cantacnzène sur le complot dont nous venons de rendre compte d'après lui, parce qu'aucun autre historien n'ea parle. Quelqu^rande que fût la soumission de Faléologne , il demanda néanmoins les villes d'Aine et de
* Hift. de €«ntac!uèiie, Iît. 4) chap. 27*.
38 HllSTOIRE DU JIAS-£MPT11E1
Chalcîdîcc,'que Mathieu possédoit. Son beau*pèrc trouva cette demande fort étrange , sVtonnant de ce que son gendre , qui devoît se voir dans peu de temps passes^ seur paisible de tout V empire , éioit capable d^une telle bassesse , que de vouloir être gouverneur de places aussi peu considérables. Tout en se plaignant ainsi , Cantacuzène n'osa refuser le jeune prince , qui , n'ayant rien moins que la certitude de tout posséder un jour, vonloft peut- être une partie de ce tout, et pouvoit ne pas se soucier de la préférence en vertu de laquelle il n'avoit aucune part au gouvernement , tandis que les fils de Cantacuzène en avoient. L'impératrice revint à Coiistantinople , après avoir ainsi «établi la tranquillité.
Pisani fuyoit rapidement les Génois, comme nous Tavons rapporté , et cherchoit un asile à Nègrepont. Pagan Doria l'y poursuivit , et fit , pour s'emparer de cette ville , de vains efforts. Il fut obligé de se rembarquer pour se rendre à Galata. Etant iSbordé à Héraclée, ville de Thrace, il y passa la nuit. S'étant mis en mer le lendemain , les vents le repoussèrent dan^ le port dont il venoit de sortir. Les matelots descendirent à terre , et se dispersèrent dans les marais pour y cueillir des herbes. Les habitans en tuèrent deux. Toute l'armée demanda à venger leur mort. Doria , pressé de remplir sa mission , qui n'éloit rien moins que d'assiéger Cohstantinople , tâche d'apaiser ses soldats , leur fait voir que la prise d'Héraclée n'étoit pas facile ; que les habitans pourroient tirer promptement des secours des villes voisines; que c'étoit trahir les intérêts de la république, qui avoit besoin de toutes leurs forces contre laf capitale de l'empire. Ces représentations ne produisirent d'antre effet que d'augmenter le désir des Génois. On vit même un capitaine, nommé Martin de Moro, s'avancer pour haranguer l'armée : il dénonça le général comme nn traître vendu à Cantacuzène ( qui en convient ), et somma le greffier de recevoir sa déclaration , afin de mettre. Doria
HISTOIRE DU BAS-EHPXnE. 5g
en jugement lorsqu'on seroit de retour à Géiles. Le géoéraï , cnùgnani (titre conçaincu et puni du dernier supplice^ permît Tatlaque. A l'instant Tarmée sort dea vaisseaux et se répand autour des murailles. Elles étoient en mauvais état du côté de terre , parce que Ton n'avoit pas cra que la ville dût être attaquée de ce côté. Les habitans , surpris , coururent trop tard aux armes. Les assiégeans sVn emparèreut sans de grands obstacles. Cantacuzène dit qu'il avoii envoyé yne flotte au secours d'Héraclée ; que Nicéphore , son gendre , gouverneur delà Thrace, y conduisit des troupes qu'il commandoit en personne ; enfin que Manuel Âsan, despote , frère de l'impératrice Irène , y envoya des soldats de Bizie. Malgré tous ces renforts , Héraclée fut prise. L'attaque ayant été imprévue et causée par un accident , il est probable que tous ces secours n'étoient arrivés que par suite de la prudence de l'empereur, qui, du reste , ne parle que des habîtans dans son récit , quoiqu'il dise que, malgré ces troupes, les Génois se rendireut maîtres d'Héraclée. Au moment du pillage , les citoyens se réu« nireot sur un point, ouvrirent une porte condamnée, et s'enfuirent vers un corps de cavalerie qui arrivoit. Les principaux furent pris avec leurs femmes , leurs eofans et leurs richesses , et conduits à bord. Après leur expédition, les Génois murèrent les portes du côté de terre , et, laissant une g'arnison suffisante, s'embarquèrent pour Galata. Il est difficile de déterminer le rôle que jouèrent dans cette afiEaire les troupes de Nicéphore^ celles d'Asan, et cette cavalerie qui arrivoit. Si ton» ces renforts ne parurent qu'après le pillage et le départ des Génois, que firent -ils contre la garnison ? L'historien offre assez souvent des faits difficiles à expliquer. On est obligé de le faire remarquer une fois.
Dès le départ de Pisani , Cantacuzène , averti des efforts de la république et du départ de la flotte, avoit
4o HISTOIRE BU BAS-EMPIRE.
fait des préparatifs pour mettre Constantînople en ëlat de défense. Par ses ordres on sortit de l'Heptascale le» vaisseaux équipés pour le siège de Galata : les^ murailles, qui fomboient en ruine, furent réparées, on exhaussa celles qui éloîent dncôté de la mer; de la porte Eugène à la porte de Bois, on creusa un fossé large et profond ; enfin les habilans reçurent la défense de sortir de Tenceinte, et l'on rassembla les troupes disséminées dans les* provinces voisines. La poursuite de Pisani , la prise d'Héraclée, donnèrent le temps nécessaire pour prendre* ces dispositions , et lorsque la flotte se présenta , on .. étoit en mesure de la bien recevoir. Doria ne tarda' point à voir que toute attaque seroit imprudente et dangereuse; mais Martin de Moro, que la prise d'Héraclée avoit enivré , prétendoit que celle de la capitale étoit^ aussi facile. Il tâcha de faire partager cette opinion à ses compatriotes. Doria démontre la folie d'une telle entreprise , le peu de rapport entre les moyens des Génois et ceux des Grecs; les forces redoutables de ceux-ci, soit dans le nombre , soit dans leurs retrancheniens , soit dans les armes et les munitions ; enfin leur incontestable supériorité. De plus y dit-il en terminant son discours , nous apprenons qiiils sont fortifiés par la présence de l'empereur y qui ne cède h nul autre ni en science ni en sagesse. L'empereur, étant lui-même de l'avis de l'amiral génois, a cru qu'en historien fidèle il devoit rapporter cet éloge, qui ne fit pas grande impression sur Martin de Moro. Persistant dans son opinion , il fit tout ce qui dépendoit de lui pour décider l'attaque de la ville , et persuader que la prise en étoit aisée. Soit dans l'intention de le convaincre , soit dans la crainte d'une dénonciation , Doria commande aux troupes de prendre les armes, et les fait approcher des murailles. Quand les Génois les virent couvertes de soldats, quand ils aperçurent Téspace immense qui séparoit la porte de Bois de la porte Eugène , remplie d'infanterie , de ca*
HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. ^l
Galerie , de gens armés à la légère , ils convinrent qne ie conseil de Martin étoit dangereux, téméraire , et ^otraire anx règles de Tart. Ils se retirèrent , abandonnant ridée d^attaquer Constantinople. Cantacuzène fogea que ses ennemis ne laisseroient pas dans l'inaction i3ne flotte aussi considérable, mais qu'ils s'en serviraient 3oar piller les villes situées sur le bord de la mer. En :onséquence il y envoya des secours. Sozopole, qu'un ^rand commerce rendoit opulente, devoit être un appât pour les Génois. L'empereur fit partir un détachement, )our ajouter aux moyens de défense qu'a voient les ha- !)itans ; mais , pleins d'une orgueilleuse confiance en îax-mêmes , ils ne voulurent recevoir que Cribitziole, ;)arce qu'il étoit frère de leur gouverneur. Cette vanité eur coûta cher. Les Génois les assiégèrent, les forcèrent I se rendre , et mirent leur ville au pillage. Non contens des richesses qu'ils y prirent, les soldats, supposant ]oe les habitans en avoient enfoui dans la terre , démoirent les principales maisons. Les %lises ne furent pas 'espectées. La rage des vainqueurs n'ctoit point assouvie, lis résolurent , avant de se retirer , de mettre le feu aux liaisons qu'on avoit épargnées. La cupidité:les désarma. Les habitans s'engagèrent à payer le rachat de leur ville , pourvu qu'on leur permît d'aller à Constantin lople chercher les sommes nécessaires. Les Génois , qui le se fioient pas à cette promesse , n'accordèrent ce qu'on eur dennandoil que lorsqu'on leur eut remis en otage es premiers citoyens de Sozopole. Peu de temps après, es sommes furent payées, les otages rendus, et les haûtans rentrèrent dans leurs maisons. Il y avoit à Galata beaucoup de prisonniers emmenés d'Héraclée, et |ai languissoient dans cette ville , étant hors d'état de payer leur rançon. Philothée , leur évêque, les visitoit tous les jours , et conféroit avec leurs maîtres. Ses conaoissances , ses vertus , sa grande piété , le rendoient vénérable et le faisoient bien accueillir des Génois. A
4a HtSTOÏRE DU BAS-EMPIRE.
force de prières, il obtint pour une somme médiocre kr liberté de ces prisonniers , et gratuitement celle de# pauvres. Ensuite il engagea l'empereur à exemptef^d'impâts les villes qui , comme Héraclée et Sozopok^f avoient été pillées par Tennemi. ^
Pîsânî s'étoit rendu de Nègrepont à Venise. Il enga* "" gea la république à s'occuper sans relâche d'un arme- ' ment qui fut capable de résister aux Génois. Don Pèdre iv, roi d'Aragon et de Catalogne, envoya vingt- '• six galères pour son contingent. Ce prince avoit d'an-'T ciennes insultes à venger ; et si sa puissance eût égalé soa y ressentiment contre Gènes , c'en étoit fait de cet état. ^ Sachant combien les rivalités entre généraux sont nui- ' siblesaux succès d'une entreprise, il donna Tordre positif a son amiral d'obéir à Pisani , et d'exécuter sans ■ observation tout ce que celui-ci prescriroit. L'arrivée ■de l'escadre catalane porta le nombre total des vaisseaux ^ qui composoient la flotte vénitienne à soixante et dix, • tous bien armés , IKen équipés. Quoiqu'il fût à Ja tête d'une armée plus nombreuse et plus redoutable que celle des Génois , Pisani n'osa point encore ^ livrer bataille, malgré les instances des Catalans. Cantacuzène l'envoyoit prier de venir prendre part à l'honneur da combat qui se préparoit. II laissa plus d'une fois renou-
« Nous sommes obligé d'avertir suite les historié as de Géaes sur let
que les historiens ne s'accordent batailles des Dardanelles et de Ga-
point sûr Pisani. Cantacuzène parti- gliari , l'opinion qu'on se formera
cuiièrement le réprésente comme un d'après leur récit recevra beaucoup
général plus prudent que brave, de modifications de la lecture des
plus timide que prudent , et plus mêmes batailles , dans les historiens
lâche que timide. L'excellente his- de Venise. Le lecteur se trouve dans
toirc de la république de Venise par la position de Henri iv» qui , en,eo-
M. le comte Daru , donne une toute tendant plaider deux avocats l'un
autre idée de cet amiral, qu'il ne contre l'autre, trouvoit que celui
faut pas confondre avec Victor Pi- qui parloit avoit raison. Quoique
■ani , dont l'éclatante bravoure n'a nous suivions les auteurs bizantios »
jamais été révoquée en doute , mal- lorsque nos recherches nous mettent
gré l'injustice de sa patrie. Il est inu< à même de voir qu'ils sont contredits»
tile de remarquer que» ai l'oo con* nous le faisons remarquer.
BI8T0IEE D0 BAS'-ElfPIRE. 4^
fêler cette invitation sans juger à propos de s^y rendre, ffofin il parut à Tile du Prince, iie diserte , située près 'de Constantinople. Il laissa reposer deux jours ses soldats , et partit le troisième pour entrer dan« THeptascale y se joindre aux galères des Grecs, et s'y préparer an combat. Doria se tenoit sur la côte de Chalcédoine, vis-à-vis la capitale de l'empire. Son rôle étoit d'eropécher la jonction de la flotte de son rival avec celle de Cantacuzène. Tous les jours il exerçoit ses troupes pour les tenir en haleine. La force des courans s'opposant à b manœuvre qu'il auroit fallu faire pour arrêter les ennemis au passage , l'entrée du port se trouva libre à leur arrivée. Il espéroit que quelque tempête combat-' Iroit pour lui , et ses vœux forent au moment d'être exaucés. Avant d'arriver au port, les alliés luttèrent contre un orage , et furent jetés sur des écueils qui serfent comme de digues aux murailles de Constantinople constrtiites de ce côté. Constantin Tarchaniote, général des galères grecques, vint au secours de la flotte avec la sienne, et la dégagea. Les' Génois, ayant à lutter à la fois contre les vents et les ennemis , se retirèrent vers Gralata. L'agitation de la mer contrariant leurs manœuvres , ils jetèrent l'ancre dans un endroit nommé Bracophage , pleins de rochers à fleur d'eau , fixèrent fortement leurs vaisseaux, et parvinrent à les rendre latant de citadelles immobiles. Les Vénitiens et les Grrecs , familiers avec ces parages , combattoient avec précaution ; mais les Catalans , ayant poussé leurs plères, en brisèrent plusieurs contre les écueils. Quelqaes-UDs , emportés par les vagues, attaquèrent de coté les vaisseaux génois, et furent très-maltraités. « Le choc « fut violent et soutenu avec intrépidité ( dit un histo- « rien ) *. Les flottes de quatre nations combattoient à la « vue de l'Europe et de l'Asie. A l'approche de la nuit , « six galères grecques prirent la fuite , sans y avoir été
• Hift. de Veoiie , par 9I> le coiate Dira f tom. 1 , p. 547*
44 HISTOIRE DU BASrEMFIRE» ^
« forcées par aucune circonstance qui fît pencher la vîci' « toire en faveur de l'ennemi. Les Vénitiens et les Ga^ , « talans ne furent que médiocrement étonnés par cetttJ^ « défection. La nuit étoit commencée , et la batallk^î « continuoit entre soixante-neuf galères d'un côté et î « soixante- quatre de l'autre. C'étoient des forces à peu. 5 « près égales , car on dit que les vaisseaux génois sur* ;^ «< passoient alors en grandeur ceux des ^utres notions. » Cantacuzène. a grand soin de passer sous silence la.> fuite des Grecs. Du reste , quant aux résultats de cette fameuse bataille des Dardanelles , qui eut lieu le i3 fé-- î vrier i352, il s'accorde à peu près avec les ^ulres histo- j riens, ne voulant cependant pas laisser l'honneur de la^ victoire aux Génois, à qui l'on est convenu de l'accor- ' der parce qu'ils restèreniPdans leur position. Elle seroit ^ douteuse, ou , pour mieux dire nulle , si Ton en jiTgeoit [ par les résultats , par le mal qu'on se fit de part et* d'autre. « Quand le jour vint éclairer cette scène de « carnage (dit l'écrivain que nous avons cité) ^, 00 « voyoit la mer couverte de débris, presque toutes lesî « galères désemparées , treize vaisseaux génois échoué&. « sur les côtes voisines : six avoient été entraînés vers lait mer Noire; d'autres erroient sur les vagues, abandona nés de leurs équipages. Chacun des deux partis apprît^ « que phisieurs de ses galères étoient tombées au pou-^ « voir de l'ennemi , en les reconnoissant dans. la lignci « opposée. Il y en avoit qu'on cherchoit vainement des* « yeux; elles avoient été englouties. La flotte génoise « se trouvoit diminuée de treize galères : les alliés eiv « avoient perdu le double. Quatorze vaisseaux vénitiens, « dix aragonois , et les deux grecs qui n'avoient pas « pris la fuite , avoient été pris , brûlés ou submergés. « Les Aragonois firent des prodiges de valeur. Les « Génois achetèrent la victoire par des torrens de sang « patricien, car on dit qu'ils perdirent sept cents nobles
• Hist. de Venise, par M. le comte Daru, t. 1 »p. 548.
« dans celte terrible bataille. Pisani fit voile le même « jofir pour sortir des Dardanelles : ce qui obli(;ea bien- « lât Cantacnzène à se détacher de la triple alliance. » Dans son récit , Cantacnzène accuse formellement Pisani ëe lâcheté. « Au lieu de se battre le jour suivant (dit-il), comme l'empereur le vouloît, il se retira dans une rade, près d'un lieu resserré , nommé Thérapée. he prince l'exhorta vainement ; son opiniâtreté étoit à l'épreuve des plus invincibles raisons ; et , quoiqu'il n'eût point d'autre prétexte , pour éviter le combat , qu'une légère incommodité -qm lui éloit restée d'une ancienne blessure, il demeura inflexible. I^ général des Catalans n'éloit pas touché d'un moindre regret de voir que la lâcheté le privât de la gloire d'un avantage aussi important. Il s'excusoit néanmoins sur ce qu'il avoit reçu lin ordre exprès de lui obéir et de rien entreprendre sans son consentement . L'em pereur, reconnoissant la généreuse ardeur dont il étoit transporté, s'efforça <le l'accroître par ses discours , et essaya d'ébranler encore Nicolas Pisani ; maisil demeura ferme dans sa lâcheté, çt fut un mois entier sans rien faire ^.» On toit qu'il y a une différence totale dans les deux récits , : aoo une contradiction, Cantacnzène prétend que Pisani ne voulut rien faire pendant un mois , et l'accusa de Udieté. Les autres historiens disent qu'il décampa le jour même du combat. Les reproches de l'empereur étoieot aussi fondés dans celte clernière supposition que dans la première , et cette disparition le jour même lui dooooit le droit de les articuler. 11 ne faut pas oublier <|Qe , de tous ceux qui ont fait le récit de la bataille des
• La condusion commune aux elle arréU qu'à l'avenir tout officier-
doufféchs . cV^t que Kif-oias Pi<<aaî général qui comroander.wt en chef
Kfc eoodoHÎt dao^ auctio de» deux les f roupcn navales , seroit acc-ompa-
arec ioyajié. U ne fit pat* mieux goé de quatre ^.to\v.6\\*:\xt'- pour lui
km* la suite; et la mesure que prit servir de con.''eil. I>.«n-^ le combat
êaoa cfard la république deVenise naval de Gagliari, Fi<Mni fit jeter à
)na«e qu'elle croyoit avoir des re- b mer touf les prisoooierf . IMdies â loi faire. A soa occasioa
telles dispositions. L'abnndon des Yénitieas , mal leurs traités , lui rendoit la liberté de faire la paix a les Génois. Comme il raeltoit une scrupuleuse exactitude à remplir ses engagemens , il voulut attendre qaa^j rante jours , au bout desquels , n'entendant plus parla! de la république de Venise , il crut devoir se réconci avec celle de Gènes. Elle donuoit dans ce temps preuve d'ingratitude en déposant Doria pour le rem-l placer par Antoine Grimaldi , quoique le premier eètî préservé sa flotte d'une ruine certaine. Il fut cruelle*, ment vengé par la fameuse bataille de Cagliari , qn^ perdit le nouvel amiral, qui de cinquante-deux gale n'en ramena qu'une dans le port de Gènes. Dans l désespoir, ces fiers républicains s'humilièrent, non vaut leurs rivaux, mais au contraire pour se yen d'eux , et se donnèrent honteusement à Visconti , Nt réservant probablement le droit de secouer son . joQ|| quand ils n'auroient pas besoin de son secours : doîj moins c'est ce qu'ils firent dès qu'ils eurent conda U. paix avec Venise , après Valoir battue.
Av. i35a- Les élémens de la guerre civile fermentoient iourde- *^^^* ment. Jean Paléologue avoit contre son beau -frère Mathieu Cantacuzène une animosité particulière. Sa soumission envers l'impératrice Anne, devant laquelle il avoit déposé les armes dès qu'elle s'étoit montrée, ta faisoit traiter d'enfant ou d'écolier. On trouva le moyeC3 de lui faire connoître les plaisanteries dont il étM.' l'objet à cette occasion ; de lui rappeler les grandes téèm lutions qu'il avoit prises et qui s'étoient évanouies devam une femme. C'étoient autant de blessures faites à l'amour propre d'un jeune homme, et que la réflexion devo£ envenimer sans cesse. Avant d'aller de Thessalonique i Constantinqple , il avoit voulu se rendre à Didymotique Arsène Zamplacon., grand - papias, et Tarchaniote protostrator , qui commandoient dans cette ville, n'îguorant pas les traités que le jeune prince avoit passé
HISTOIRK D0 BÂS^KMPiaS. 49
avec le crâle, firent une démarche qui ne pouvoit que lui être injurieuse ; ce fut d'envoyer demander à Cantacuzène s*il trouvoit bon qu*ils reçussent son gendre. L'empereur leur ordonna de lui faire Taccueil que des si^ets doivent à leur souverain. Après quelque séjour à Didymotique, il vint à Constanlinople , et ne quitta point son beau-père pendant la guerre contre les Génois. Canlacuzène, à qui Ton avoit rendu compte de la mésintelligence qui régnoit entre Paléologue et Mathieu » voulut en connoitre la cause et les réconcilier. Il donna l'ordre à Mathieu dÈ venir le trouver, et retint près de lai Paléologue. Occupé de faire quelques dispositions dans la ville d*AndrinopIe , dont il venoit de prendre possession, Mathieu différa de se mettre en route, et le jeune empereur, ennuyé de l'attendre, obtint la permission d'aller visiter son apanage, auquel Cantacuzène avoit ajouté Didymotique. L'impératrice Hélène ^ raccompagna, ainsi que Manuel, le plus jeune de ses fils. Avant son départ il prêcha la paix à Paléologue, loi recommanda de ne pas prendre les armes contre son beau-frère; lui dit qu'il auroit bien mieux fait d'attendre son arrivée que d'avoir iani d impatience ^ comme si son départ était si nécessaire , et le pria de ne rien entreprendre jusqu'à ce que l'impératrice sa mère se fàt rendue à Didymotique pour y terminer le différend, et réconcilier les deux beaux-frères. Ainsi Cantacuzène n'ignoroit pas combien il y avoit d'imprudence à laisser partir Paléologue. Il n'eut point assez de fermeté pour le retenir, et paya cher cette foiblesse.
Il étoit tellement persuadé du danger , qu'il le fit suivre par l'impératrice Irène , accompagnée de Philothée, évêque d'Héraclée, de Métrophane, évéque de Blélénique , prélats également recommandables par leur éloquence et leur piété ; enfin de Jean Philé , homme d'une naissance illustre, et qui s'étoît retiré du monde pour ne s'occuper que de son salut. L'empereur le fit
So HISTOIRE D0 BAS-EMPIRE.
sortir de la soliti^de pour qu'il contribuât à la réconciliation des deux princes. Par ce choix , Gantacnzène voulait faire voir qu'il désiroit la paix platàt que prendre les moyens les plus propres à la faire ou da moins à prévenir la guerre. Elsclave de Topinioii , il ne la perdoit jamais de vue, et , dans les motifs qui le fai* soient agir , elle avoit toujours le premier rang. « L'in« « tention de Gantacnzène (dit-il lui-même) étoit que « ces personnes pieuses travaillassent avec Timpératrice «c à la réconciliation des jeunes princes , ou qu*au moins « ils fussent témoins de Téquité avec laquelle elle âgiroil/ « envers ^es erïhn$^ pour poui^oir un /our confondre la' « calomnie, s'il arrivoit que ce différend eât une autra! ^ issue que celle qu'il en attendoit. » Ces commissaires eurent un pouvoir absolu, d'après lequel ils avoient le droit de prononcer définitivement sur les contestations ées deux beaux- f: ères , à la charge néanmoins de ne rien changer de ce qu'ils trouveroient établi, et de laisser aa jeune empereur Ditlymotiqne et les villes qu'il lui avoit accordées , sans qu'il pût s'ingérer de l'administration des autres, ni troubler Mathieu son beau-frère dans le gouvernement de celles qui lui avoient été confiées, par lequel il seroit toujours respecté et honoré comme son souverain 9 bien qu'il ne rendit compte de son administration à nul autre qu'à Tempereur son père ^. Arrivés à Didymotique , ils exécutèrent ponctuellement les instructions qu'ils avoient reçues , et Paléologue parnt ^tre dans des dispositions favorables, parce qu'il fit les promesses qu'on exigeoit de lui avec une facilité dont on devoit se méfier. Quand on le pria de signer celle de ne point troubler son beau- frère clans la jouissance de son gouvernement, il répondit qu'il consentoit à
« Hist. des empereurs Jean Pa- expressions de GaotacuEène comme
Icologue et Jean Gantacuzène ( par pièces du procès dpot le lecteur Ta
re dernier ) , liv. 4^ ch. 3a. Nous hkntôt être juge, avoud soin de rapporter \t^ propres
HISTOIRE DU BAS-EMPIRK. 5l
faire ce que son beaa-père ordonnoit, mais qa*il ne
▼ouloit pas s^engager par écrit. L'impératrice et les
évéqaes \xx\ remontrèrent fortemeni que ce refus le rcn*
doit suspect. « Mais, quelque remontrance qu'ils pussent
* lui faire, il persista dans son opiniâtreté, et leur/!/
" assez connaître quHl ne se contenterait pas de l'état
« présent de sa fortune. Ainsi ils revinrent sans avoir
« pu le fléchir. » Voilà Cantacuzène bien et dûment
averti. Sachons de lui-même les mesures promptes et
vigoureuses qn^il va prendre sans doute pour étouffer
ce germe de guerre civile avant qu'il ne se développe*
« Il jugea, par le rapport des commissaires , que Tem*
« perenr son gendre étoit extraordinairement aigri
« contre Mathieu son beau-frère , et qu'il en pourroit
« résulter des divisions très-fâcheuses, s'il n'alloit lui^
« même en 6ter jusqu'au moindre prétexte. » C'étoit en
effet le meilleur moyen , mais il falloît n'apporter aucun
délai dans l'exécution. Il avoit commis une faute grave
en laissant partir trop proraptement son gendre , il en
commit une autre en partant trop tard. Pendant qu*il
sepréparoit , ainsi qu'il le dit lui-même , à se mettre en
route, Paléologne agissoit. Les amis de son beau-père
le pressèrent de prendre les armes , l'assurant qu'il n'y
avoit rien de si facile que de se mettre en possession de
la souveraine puissance , pourvu qu'il attaquât Mathieu
de suite, et sans lui donnerie temps de se fortifier. Il
snîvit ce conseil, prit les armes, s'empara des villes de
Cantacnzène,dont plusieurs étaient bienaises de changer
de maître. La garnison du fort Zampé se joignit à ses
troupes. Il marcha vers Andrinople , où Mathieu faisoit
sa résidence. Le peuple le reçut avec joie et lui ouvrit
toutes les portes ; ce qui pourroit faire présumer qu'à
Texemple de son père, Mathieu ne savoit ni se friire
aimer ni se faire craindre. £n apprenant que Paléologue
approchoit, il fit transporter des provisions dans la
citadelle, et s'y retira avec son oncle Nicéphore Can-
Sa HISTOIRE DU bas-empire:'
tacuzène, sëbastocrator, et les autres personnes de dis* tinction qu'il avoit près de lui. Il dëpécha sur-le-champ on courrier à Gantacuzène pour l'avertir qu'il ëtoit assiégé par l'empereur son gendre. Celui-ci, qui vouloit prévenir l'arrivée de son beau-père, pressa le siège de la citadelle. Les soldats se relevoient tour à tour ; mesure qui empéchoit de perdre un seul instant. Le peuple ne se contenta pas de les seconder; il eut encore l'in^ solence d'ofFenser Mathieu par des railleries piquantes , «t quelques-uns lui firent même les plus sanglons de tous les outrages '. Gantacuzène partit cette fois sans différer , et dès qu'il eut reçu les dépêches de son 6k Il emmenoit avec lui des troupes grecques , quelques Turcs que son gendre Orchan lui avoit envoyés, et trois cents Catalans environ , abandonnés par Pisani , et qui avoient mieux aimé prendre du service sous les ordres de l'empereur que de retourner dans leur pays. Dès que Paléologue apprit que son beau -père s'avançoit sur Ândrinople , n'ayant pas de forces suffisantes pour lui résister, il partit de cette ville la veille du jour où Canlacuzène y devoit arriver.
Ce prince dut éprouver une surprise humiliante en voyant que les habitans ne vouloient pas le reconnoitre; que, se distribuant sur les murailles, devant les portes, prenant des positions, non-seulement ils se mettoient en devoir de se' défendre, mais en mesure d'attaquer, et que les premiers ils tirèrent sur les Grecs. Ne pouvant éviter d'en venir aux mains, l'empereur or-donne im assaut général. La garnison introduisit du
^ Hist. de Gantacuzène , liv. 4 « thieu s'étoit rendu mëpriaable , on
chap. 33. Il ne désigne pas autre- que le peuple rcgardoit Gantacuzène
ment les outrages que Ton fit à comme un usurpateur, et Tajoit
Mathieu. Cet empressement avec dans Paléologue l'héritier légitime
lequel le peuple prend parti entre du trône usurpé cependant par l'un
deux jeunes princes contre celui de ^s aïeux. Cette dernière conjec*
qu*il connoitisoit , ne peut s'expli- ture est la plus Traisemblable. quer qu'en supposant ou que Ma*
HISTOIAK BU BÀ8«-XMPIRr. 53
rAlé de Iâ citadelle les Catalans pendant qne les asdégeans ' enfonçoient la porte principale et dispersoient ceux qni lichoient de la défendre , de manière que les Grecs pénétrèrent dans la ville par deux cAtés opposés. Qaoiqoe vaincus , les Andrinopolitains ne cédoient point. Les plus opiniâtres se réfugièrent dans une tour, et se défendirent quelque temps après avoir barricadé la me avec des poutres , pour multiplier les obstacles. Mais on mit le feu aux maisons voisines. Ceux qui ne vouloient pas se rendre se cachèrent dans des cavernes et dans les églises. On pilla pendant quelque temps. L'empereur fit éteindre le feu quand la ville fut réduite. Les prisonniers qne^ Turcs avoient faits furent rachetés. Lorsque la trao^illité fut un peu rétablie, Cantacmène envoya ses troupes faire des courses aux environ» des places qni s^étoient rendues à Paléologue , en ayant toutefois le singulier scrupule de ne pas toucher à celles dont il lui avoit abandonné la possession. Zernoroiane, en se soumettant au jeune prince , avoit eu l'impertinence d'écrire à son beau-père de lui déclarer que , le considérant comme un usurpateur, jamais elle ne le reconnottroit pour son souverain , et de le défier d'employer toute sa puissance contre elle. Cette place, obligée de reprendre le joug dont elle ne vouloit plus, fut rigoureusement punie. Comme il avoit cédé Didymo* tique à son gendre , l'empereur défendit tout acte d'hostilité contre cette ville. Paléologue « à qui Ton ipprenoit sans doute que la délicatesse est,, dans.un rebelle , une vertu ruineuse pendant la guerre ,. n'éparpioit rien et répandoit la désolation dans les cantons qui se prononçoient pour son beau-père. II parut songer sérieusement à prendre le r6le que Cantacuzène avoil fort imparfaitement joué contre lui pendant 1» dernière guerre civile» et se promit de le mieux remplir. Il somma le crâle de tenir les engagemens auxquels il a'é-
54 HISTOIRE D0 BAS-EMPIRS.
toit obligé , chercha de nouveaux alliés , et mit dans ses démarches beaucoup de promptitude et de suite.
Etienne offrit les secours qu'il avoit promis ; mais il y mit une condition honteuse , que Paléologue accepta cependant sans hésiter, croyant peut-être que la victoire effaçoit tout , et que l'essentiel étoit de Tobtenir. Ce fut de livrer en otage au crâle son frère Michel. Il le fit partir sur-le-champ, et reçut en échange sept mille hommes de cavalerie commandés par Gomitze Boro^ lobice, Tun des capitaines serviens les plus renommés. Se soumettre à une condition pareille à celle que le crâle avoit imposée , c'est annoncer qu'aucun sacrifice pour arriver au but ne sera coûteiu, et que, si Ton n'y parvient pas, ce n'est point pourYvoir été scrupuleux dans le choix des moyens. Aussi Paléologue n'en négli-* gea-t-il aucun. Il demanda des secours an roi de Bul^ garie , et les obtint facilement , parce qu'Alexandre n'aimoit point Cantacusène. Enfin, n'omettant aucune des précautions que lui dictoient la prudence et l'intérêt de sa sûreté , profitant de la rupture qui venoit d'avoir lieu entre son père et les Vénitiens, il fait une course à la ville d'Aine pour conclure avec ces derniers un traité d'alliance contre son beau*père. En peu de jours ce jeune prince fit ce qu'en plusieurs années le timide Cantacuzène n'avoit osé faire , sans perdre le temps à envoyer ambassade sur ambassade pour protester de la pureté de ses intentions.
L'empereur, voyant que son gendre auroit par ses alliances une grande supériorité sur lui , se hâta , pour conserver au moins l'équilibre, d'en contracter avec les Turcs. Calliste , patriarche de Constantinople , à la nouvelle de tous ces préparatifs, voulut prévenir une guerre civile qui ne ponvoit que ruiner l'empire. Il partit de Constantinople à la tête de plusieurs évéques et des principaux du clergé, vint trouver Cantacuzène,
niSTOTKE DV BAS-EMPTRC. 55
et le conjnra de mettre bas les armes. Comme ce n*étoit point à ce prince à les déposer le premier , il semble qae sa démarche devoit avoir pour but de le prier de pardonner à son gendre. Mais il n'exprime point ce motif, et nont le suivons littéralement. L'empereur répondit par les sentimens qu'il avoit exprimés tant de f<ns, c'est-à-dire par son amour pour la paix et son éloignement pour la guerre. Diaprés son caractère, sa position et l'état de l'empire, ses intentions ne pouvoient être douteuses. Il n'avoit plus en tête un ennemi comme Apocauque, qui faisoit servir à ses projets ambitieux un prince enfant, dont il disposoit à son gré, mais ce prince devenu maître de ses actions, et qui ▼oaloit on trône sur lequel il avoit au moins autant de droit que lui. Le patriarche se rendit d'Andrinople à Didymotique pour achever sa mission, espérant trouver des dispositions pacifiques dans Paléologue ou les inspi* rer. Mais au lieu de ce prince , qui n'étoit pas revenn d'Aine, il trouva les Bulgares et les Serviens qui Tattendoient. Ceux qui leur avoient servi de guides les afoient fait camper séparément le long de THèbre, à des dislances inégales de la ville. Ennuyés de leur oisiveté , ces auxiliaires eurent l'envie d'attaquer le fort d'Empnthion, dans lequel Cantacuzène avoit mis une garnison nombreuse. Dix mille Turcs, conduits par Soliman, fiisd'Orchan, traversèrent le même jour l'Hellespont , et se campèrent sur le bord de l'Hèbre sans être vus des illlés de Paléologue qi sans les voir. Le lendemain ils se croisèrent. Les Serviens et lés* Bulgares, qui n'étoient point sur la défensive, fort étonnés de cette rencontre, à laquelle ils étoient loin de s'attendre, ne purent soute* nir le choc impétueux des Turcs, qui les tMittirenl com^ plètement. Ne connoissant point le pays, ils se dispersèrent à l'aventure, et tombèrent partiellement entre leS' mains des ennemis. Les Turcs se présentèrent devant l'empereur avec un grand nombre de prisonniers et un
S6 HISTOIBC BIT BAS-EMPIRK.
butin considérable. Cet échec portoit an conp terrible :an pdrti de Paléologne. Les Turcs , sur la constance :* desquels on ne pouvoit compter , firent une irruptioa ï: en Bulgarie , et reprirent la route de leur pays. Comine :> ils traversoient la Thrace, le jeune prince, cherchante r réparer ses pertes, députa vers Soliman pour tâcher de : le gagner , lui envoya des présens, et lui fit , ponr l'atti- : rer à lui, des o£Eres avantageuses. Dans la lettre qu'il lui écrivoit il nommoit Gantacuzène sans lui donner k titre d'empereur. Soliman fit accueil aux ambassadeurs, refusa les présens , et promit de rester neutre. Il fit passer à Gantacuzène la lettre de son gendre, afin qu'il jugeât Ini-méme de ses dispositions. Callixte eut avec Paléologue de longues conférences au sujet de la paix. Il crut, d'après les événemens, trouver son esprit plus souple et moins de répugnance pour déposer les armes; mais il se trompoil. Paléologue ne regardoit point sa cause perdue pour une défaite, et ne voulut en conséquence faire aucune concession. Gantacuzène attribue cette conduite à la perfidie des conseillers de son gendre. Gallixte, ne pouvant rien obtenir, revint tristement rendre à Tempereur compte de sa mission. Désirant^ avant d'en venir aux dernières extrémités, d'épuiser tous les moyens de négociation , il envoya Manuel Gantacuzène, son cousin» et Tévêqne de Mélaniqne auprès de Paléologue , pour l'engager à renoncer à ses projets ; mais ils ne furent pas plus heureux que le patriarche. Il paroit même que le prince rejeta leurs conseils avec aigreur.
Quand son beau-père ||i'eut plus aucun espoir de rien obtenir par la douceur, il eut recours à la force. Il envoya des troupes harceler les places qui s'étoient sou- «(lises à son gendre, et dévaster les environs. Morrhe se rendit, parce que, située sur un lieu de passage, elle étoit exposée à des insultes journalières. Les troupes oiccupèrent bientôt la province de Ghalcidice. Jean l^aléologue , voyant ses forces diminuer , fit offrir à
HISTOIRE DU BAS-EMPIBE. Bj
itacozene de déposer les armes , à condition que :un retiendroit ce qu'il possëdoit. L'empereur avoil lis le droit d'être difficile. Il fit, dans sa réponse, un e de la paix : c'étoit son protocole ordinaire; mais, ixprimant le désir de la faire, il déclara que, dési- : qu'elle fût stable, il vouloit prendre des meMires r qu'elle ne fut plus trouUée ; qu'ayant plus d'expéce que son gendre , il savoit mieux que lui ce qu'il )it faire pour arriver à ce but ; qu'un des moyens les ; efficaces seroit de mettre ses enfans dans l'impossité de retomber dans les fautes qu'ils avoient précéiroent commises ni d'exciter de nouveaux troubles ; iin père raériteroit de justes reproches s'il laissoit re les mains d'un fils imprudent des armes pour se re; enfin que, d'après tous ces motifs, il exif^eoît il lui rendit toutes les villes. qu'il lui avoit ac* ordres, :|u'il éloignât de lui tous les perfides amis diml il it environné, parce qu'il devoit reconnoîlre le dan-
de leurs conseils, et qu'il vécût, lui Paléologiie> ts sa dépendance comme par le passé. Cantacuzène ita qu'il leur accorderoit une entière amnistie, et ne puniroit pas, se contentant d«les mettre hors d'état luire. Paléologue refusa ces conditions , soit , comme prétend son beau-père , par suite de Tinfluenre que amis cxerçoient sur lui, soit qu'il les trouvât liumiites. On peut remarquer , en passant, la dépendance [ée , et ^wv laquelle jusqu'alors Cantacuzène ne s'étoit it exprimé d'une manière aussi précise. Il n'avoit lé que de son dégoût du trAne et de son désir de le ire à Paléologue. Ce jeune prince rejeta donc les positions qu'on lui faisoit , et les hostilités recomicèrent. Comme il ne pouvoit lutter, il fut forcé )andonner Didymotique, et de se réfugier dans l'ile Ténédos. L'impératrice Hélène, sa femme, l'y sui-
Le père de cette princesse en fait Téloge le plus
pompeux sous tous les rapports. Il la représente comme ayant Tambition de surpasser par ses héroïques vertns toutes les femmes de Tantiquîté, comme étant douée de tous les dons et d'une prudence qui Téievolt au-dessns des hommes les plus renommés par la leur. L'historîei) panégyriste n'exprime pas le regret qu'il devpit éprouver de ce que Paléologue nie voyoit pas des roéaies yenx Hélène, parce qu'alors il auroît propablement écouté ses conseils. La retraite du prince rendit la soumission de Didymotîque et du pays facile et prompte. Cantacuzène y mît des gouverneurs dévoués à sa cause. Paléologue fit équiper une galère et quelques vaisseaux, avec lesquels il se fit transporter secrètement à Gonstantinoplé , dans Tespérance que le peuple , dont il étoit aimé, se déclareroîl en sa faveur. Le bruit de son arrivée causa beaucoup d'émotion dans la capitale. Heureusement pour les intérêts de Gantacuzèue, il avoit dans l'impératrice Irène « une femme qui, plus d'une fois, avoit affronté le danger, et ne le craignoît pas. Elle prit des mesures pour la sûreté de la ville et sa tranquillité. Elle assemble ses amis, leur commande de veiller à la garde des portes, d|| faire des patrouilles, de réunir leurs partisans. Ceux de Paléologue les secondèrent, parce que, le peuple aimant encore mieux le pillage que le prince, ils n'auroient pas été plus ménagés que les autres. La sûreté de tous étant menacée, tous concoururent également pour son maintien. L'empereur, voyant les portes fermées , se rendît à Galata , d'où bientôt il fit voile pour retourner à Ténédos. Au départ plusieurs de ceux qui accompagnoient ce prince tinrent des propos injurieux pour Cantacuzène , qui en fut vivement affecté , jugeant que son gendre ne les auroît pas permis, s'il n'avoit eu l'intention de lui faire
^ L'impératrice Anac étoit alors ehamp libre à la princesse Irèae. i Thesaalonique ; ce qui laissoit le
HISTOIRE nu BAS-EMPIRK. 5cf
une ig;nerre irréconciliable. De Ténédos, Pal^olo«;iie partit pour Thessaionique, dont les habitans n'avoient point abandonné sa cause.
Cantacuzène reçut à Téra la nouvelle de rapparition
de son gendre dans le port de Constantinople. Craignant
que cette démarche ne fût un coup décisif, il fît partir
à rheiire même son armée pour cette capitale , en
donnant ordre à son fils Mathieu de le suivre avec ses
troupes. Il trouva dans une grande confusion les princi-
panx habitans de cette ville. Le surlendemain de son
arrivée ils se présentèrent dans son palais, et lui (Ul-
clarèrent « qu'ils irouvoient étrange ^ Vinigalité qui
« paroissoU dans sa conduUte , et qui les empéchoit de
■ savoir quel prince ils dévoient avoir pour maître ;
« que^ s'il avoit l'intention que son gendre fût son suc-
« eesseur. Une devait pas le leur dissimuler, afin qu'^ii
« tieo de pren||re les armes contre lui , ils lui rendissent
• leurs respects et leurs devoirs; que ce seroit une chose «ridicule, extravagante, qu'ils se soulevassent contre
; •• celui qui devoit être leur souverain ; que , s'il le tenoit
"■pour son ennemi , et qu'il voulût les obliger à lui faire
. *U guerre, il falloit qu'il les assurât de leur état en
• déclarant Mathieu son fils empereur; qu'alors, ^ant i «délivrés de leurs défiances et de leurs soupçons , ils
« paroitroient intrépides au milieu des hasards. »
Cantacuzène rapporte sa réponse; nous croyons qu'il est nécessaire de la présenter. « Je ne puis nier ( leur « dit'il ) que votre demande ne soit raisonnable. LofS- « que j'eus remporté la victoire sur mes ennemis , et «que je me fus réconcilié avec l'impératrice Anne, « ainsi qu'avec l'empereur mon gendre, je vous obligeai « de le reconnoître pour votre souverain*, et je déclarai « qne je désirois l'avoir pour collègue durant ma vie et « pour successeur après ma mort ; mais les affaires qui
• sont survenues après m'ont forcé d'agir contre mes
' Ce soDt les expressions de Cantacuzène , iîr. 4 » cb. 35.
6o HISTOIRE BU BAS-EMPIRE.
« intentions, et c'est ce qui vous a mis dans la « plexité où vous paroissez. S'il s'agissoit de pei « chose , il n'y auroit pas de danger à vous dire su (c champ ce qui se présente à Thon esprit. Mais coi M il s'agit de la chose la plus importante qu'il y a te monde, il faut que j'examine mûrement mes pei « avant que de vous les proposer, et il faut que « délibériez vous - mêmes , tant en particulier c « commun, pour me donner le conseil que vous 2 « trouvé le plus avantageux au bien de l'état et au i « de vos familles. » ^ Les ;i(yant congédiés après avoir tenu ce discours, il monte à cheval et se re l'église de la Vierge Hodégétrie, pour y faire ses pi et solliciter une. heureuse inspiration. Il va trc ensuite le patriarche, lui communique la propos que les grands de l'empire venaient de lui faire iouc son gendre et touchant son fils , et le pri^de lui de un conseil. Callixte lui répond que, le sujet mér un examen sérieux, il avoit besoin de se recueillir
^ Hîst. de Gant. \\v, 4 , ch. 3B. VétaU • i* Le dësir de l'aToi
Pour interrompre le moins possible collègue pendant sa vie est t
le récit, nous mettons dans une note difficile à concilier avec le
les clfeservations auxquelles prête ce constamment exprimé jusqu'
discours, i" Gantacuzène n'obligea se retirer dans un couvent a
que ses amis à reconnoiire Palco- fin de cette vie. 3° Il n'est pli
logue; et comme ses amis l'avoient tion de ce dernier désir.lNe se n
pour la plupart abandonné , ce n*est pas que les véritables projets c
point à ses amis que ce discours tacuzène vont se dérouler ? ^
s'adresse. Palëologue devoit avoir de mcncc-t-on pas à voir dans 1
nombreux partisans dans la ville de un nuage qui voile Mathieu ?
GAstantinople , qui dévoient néces- lors Paléologuc n'cst-til pas
sairement voir dans ce jeune homme du passé ? 4° Gette manière
le fils, et conséquemment l'héritier mander conseil n'indique-t-i
du dernier empereur, il n'avoit ja- le conseil à donner, parce
mais été question de ne pas le recon- parti est pris d'avance auta
noitre, et Cantaci&ène tout le pre- peut l'être par un usurpate
mier le proclamoit , le faisant nom- teux , qui voudroit pouvoir n mer avant lui , et môme plus d'une et concilier les honneurs de fois offrit pour le bien de l'état < de et les profits du crime ? Ga lui laisser occuper seul le trône, qu'il devine , et le juge avec une
conserva cependant pour le bien de remarquable.
HISTOIRE BU BAS-EMPIRE. 6l
méditer , et qu'il lui falloit au moins trois jours de fflezion, après lesquels il viendroit lui faire part de la kision qu'il croiroit le plus conforme à Téquité. 'empereur lui accorda ce terme avec plaisir, et re- Hima chez, lui fort satisfait du prélat. Callixte ne aroit pas le troisième jour, comme il l'avoit promis, li les jours snivans. Le septième il sort de son palais et e retire au monastère de Saint-Mamas, qui lui apparenoit, et d'où bientôt il envoie à Cantacuzène.une lettre Isns laquelle il lui déclare que jusqu'à ce qu'il lui ait Homis avec serment de ne jamais proclamer empereur lOD fils Mathieu, lui, patriarche de Constantinople, ne inettroit jamais le pied ni dans son église ni à la cour, ^'empereur ne dut pas être médiocrement surpris de recevoir, au lieu du conseil qu'il attendoit, une réponse dont l'énergie lui faisoit voir qu'on démasquoit ses prqets. « Indigné de cette déclaration, il envoya dire ■ au patriarche qu'il n'y avoit point d'homme de bon . « aens qui le voulût approuver; que , s^il l'avoit prié de î* prêter son ministère à la proclamation de son fils, il [. < avoit raison de s'excuser de le faire , puisque cela étoit fc« contraire à son inclination, et d'exiger même le ser- ^ " ment qu'il demandoit ; mais puisque , bien loin de "lui faire cette prière, il n'avoit encore pris aucune 'résolution, le patriarche étoit dans son tort. Il le sup- ' plia de plus de prendre la peine de le venir trouver
* pour examiner ensemble ce qu'il seroit à propos de
* faire : mais Callixte refusa constamment. << » Cantacuzène a dit plus haut, comme on Ta vu, que
es grands l'a voient prié de s'expliquer, et de leur dési- ;ner franchement auquel, de Paiéologue ou de Mathieu, Is dévoient obéir. La réponse du patriarche feroit préamer que l'empereur avoit, dans sa consultation , upprimé l'alternative et réduit la proposition au seul
Aathieu. L'historien change bientôt ce doute en certi-
* Hift. de Caatacuzèae , Uv. 4> ch. 36. 9
tuëe^ en oubliant dans son récit le choix dont il al parlé, comme s'il n'avoit été question que de son fib- « Les grands, dit-il, qui avoient proposé ik rempereorl « de désigner son fils pour son successeur, lui vinren!; « demander sa résolution ; mais il les remit à un autre ., « jour, en disant que c'étoit une aflFaîre sur laquelle 0 . « vouloU encore délibérer. Peu de jours après, toot ee « qu'il y a voit de plus relevé dans la noblesse, dans le . » sénat et dans l'armée vint le conjurer de faire proela- , « mer son fils empereur. » Ainsi Paléologue est entière- , ment mis de côté. L'historien ne rend compte ni de cause de ce changement ni des moyens employés pouf arriver à ce résultat. • L'occasion de faire une de •cci longues harangues, dont il étoit si prodigue , se préseiH toit naturellement au milieu de tout ce qu'il y Oifoit di plus relei^édans Tempire : il ne la laissa point échapper* Il répète', pour la centième fois, dans ce discours, tout ce qu'il a fait; récapitule toutes ses actions, tous ses sen* timens, les preuves de son dévouement à la famille Paléologue; raconte de nouveau tous les événemcBS dont on a vu le récit, et passe enfin à l'énumération de ses griefs contre le jeune prince. C'étoient sa haiae contre Mathieu, l'alliance qu'il avoit faite avec les Serviens et les Bulgai*es; l'omission du titre d'empereur en parlant de Cantacuzène dans la lettre écrite à Soliman *; la détestable entreprise sur la capitale; enfin les injures proférées par les matelots contre l'empereur, de l'agrément de Paléologue , qui ne les avoit pas punis : ^e gui est un attentat plus énorme que les autres. Voici comme il termine ce discours : « Son ingratitude me donne le droit « de le priver de l'empire auquel je l'avais toujours desti- •( né. Mais ce n'est pas à moi seulement qu'il appartient « de déclarer Mathieu mon fils empereur; c'est aussi à " vous, qui témoignez le soiïhaiter avec une passion s
^ ^ Il m*appela simplement par mon nom , ce qui me fâcha extrèmcBient. » Liv. 4 9 ch. 56.
« incroyable «, que \e favoriserai avec (t autant plus de « joie, que je la tiens juste en elle-même , utile pour « vous et pour l'état. Je ferai donc ce que vous désirez; « mais à condition que vous maintiendrez ce que j*au- « raî fait , et , qu'après l'avoir r^rA^r^A/ ai^ec ardeur^ vous « ne changerez pas à la première disgrâce qui survien- « dra à nos aflFaires. » En reprenant son rôle d'historien, Cantacuzène, oubliant ce qu'il venoit de dire comme orateur f parle du projet de changer de dynastie, comme ^onçu par lui, et sans l'intervention ni la demande de ceux qu'il avoit harangué, «c Voilà, dit-il, H Ses plaintes sur lesquelles il établit \:\ justice du chan- ** gement qu'il prétendait apporter à la succession de « l'empire. » Il ajoute que dans la suite, ayant communiqué ces plaintes à Paléologne, celui-ci rejeta sur son secrétaire Tomission du titre d'empereur faite dans la lettre à Soliman, et prétendit qu'il avoit ignoré les propos injurieux tenus par tes matelots. Ces deux fautes poHvoient inspirer un vif ressentiment à Cantacnzène, non une incroyable passion aux grands de Tempire. Donnoient-elles le droit d'exclure du trône Paléologue à celui qui n'avoit lui-même sur ce trône qu'un droit douteux? Nous commençons à posséder assez de faits pour pouvoir apprécier à leur juste valeur ce grand désintéressement, cet amour de la paix, ces vœux ardens pour la prospérité de l'état, ce dévouement à la famille r d'Andronic, ce désir, dont l'expression est si souvent
renouvelée , de rendre la court)nne à Paléologue
Tout cela s'évanouît devant une injure particulière *. Pour faire marcher de front le récit des événemenset a.x. 1554
* Cette passion incrvyahle ei celte obéir, afin de sr conduire de nia-
crr/etir sont difficiles à concilier avec nière à se garantir de la Tongeance
h démarche faite quelqucH jours de Tautrc. Cette demande rend la
aufnravanl par les mêmes perKoones passion un peu problématique , et
qui lui «voient reproché l'ctram^e la suite fera voir qu'elle n'existoit
iKertittide dans laquelle il les te- que d'un côté.
loil, en demandant positivement * Oa n'en sauroit douter, d'après
«oquel des deux princes ils dévoient la maladresse avec Ia';uelic il iusi&te
G4 HISTOIRE DU BÀS-£MPia£.
Texamen de la conduite de Cantaciizène, nous devoas laisser parler celui-ci le plus souvent possible, afin que le lecteur juge par lui-même. « Quelques jours après I « qu'il eut résolu de dt!clarer son fils empereur , la cerf- ^ « monie s'en fit dans son palais en présence de la no- ^ « blesse. Il mit les brodequins d'écarlate, le bonnet-, «( enrichi de perles et de pierreries. On lui fit les accla^ « mations ordinaires, et on le nomma avec les empe* «« reurs dans les prières publiques. Bien que Cantacuzène «< permît de nommer l'inipératrice Anne et s<fn petit- , « fils Andronîc, il défendit pourtant d'y nommer Jean . <c Paléologue son gendre. 11 ne laissoit pas de lui donner . " la qualité d'empereur lorsque, dans les conversation!, « particulières» il parKnt de lui. Voilà comment ce di&i ** férend s'accrut de telle sorte , que, quelque résolution » que Tempereur Cantacuzène eût prise de laisser TeiQ- » pire à Paléologue son gendre, il la changea en fa- «( veur de Mathieu » ^. Il manquoit à Télévation de ce prince une cérémonie essentielle, et qu'on pouvoit d'autant moins omettre qu'on ^cluoit un prince légitime pour mettre à sa place le fils d'un usurpateur; mais ce sacre devoit être fait par le patriarche de Constantinople, assisté des prélats de l'empire, et ce patriarche ne paroissoit pas être dans des dispositions très-favorables. Cantacuzène, embarrassé, convoqua les évéques de Thrace , et , les ayant assemblés dans son palais, il lei consulta sur la conduite qu'il falioit tenir envers CallixteJj Ils répondirent unanimement qu'il falioit l'inviter k venir reprendre le gouvernement de son église, puisqu'il n'étoit l'objet d'aucune accusation. On nomma
ol revient sur cette injure. 11 glisse mot , et des injures de matelot!. sur la révoile en elle-même, parce • Le dénouement placera sont
<iue Mathieu s*étoit révolté : sur l'ai- son véritable jour cette résolution
Itance avec les étrunger« , parce qu'il annoncée ici comme irrévocable»
^avoit donné rezcmplc. Ces d«ux vé- avec toutes les précautioof priict
ritables crimes d'état dispacoisseut , pour la rendre telle. ne sont rien devant Tcmisâion d*un
ir-Ie^champ des députas que Ton chargea de cette né- MTiation : ce furent Daniel , évéque d'Aine; Joseph, 'éque de Tënédos ; Cabasilas , trésorier de Sainte- )phie , et Pendicéas Scévophylax. Ils se rendirent au onastère de Saint-Mamas , martyr , pour prier le pa-larche de revenir à son église, d'où personne ne façoil \assé ; de reprendre la conduite de son troupeau', l'exerce de ^% fonctions, dont Tune des principales étoit le cre du nouvel empereur. Ils représentèrent au paîarche que, s'il avoit employé de bonnes raisons pour Dpéch^er que Mathieu ne fut proclamé, Cantacuzène ftoroit sans doute écarté , tandis que sa violence et son ;>position avoient produit un effet tout contraire ; ils lui rent observer que , suivant toutes les apparences, Malien ne voudroit pas renoncer au sacre , après avoir été ^ta des ornemens impériaux ; qu'il seroit en consé* nence beaucoup plus sage et plus prudent de faire de onne grâce cette cérémonie. La seule réponse de Callizte it une sentence d'excommunication contre celui qui li . voulait imposer cette nécessité. « Alors Daniel , évêque d'Aine, indigné de l'irrégularité de sa conduite, et désespérant d'obtenir ce qu'il demandoit, parce que l'excommunication le lioit et lui faisoit un devoir de persister dans son refus, lui dit que, puisqu'il étoit si ferme dans sa résolution, il n'y avoit • plus rien à faire qu'à nommer un autre patriarche, i* Cest ce que je souhaite de tout mon cœur, répliqua ( le patriarche. » Les députés rendirent compte du tri&te :ésuUat de leur mission. Perdiccas ajouta que le pa- Iriiirche excommunioit celui qui voudroit user de conjointe env^ers lui pour ce sujet ^ et déclara qu'il ignoroit ce que le prélat entendoit par ces expressions. Les astres évéques, plus habiles courtisans que sincères défenseurs de la vérité, prétendirent que Caliixte avoit ié&igné par ces paroles le retour à son église, et proiisié qu'il n'en reprendrait jamais l'administration^
niST. DU BAS-EMP. TOM. XII. 5
$6 BtSTOtEE DU BÀS-^ËtePlUË^
Cantacu2ène donna Tordre au notaire de Seinte-Sophil de constater par écrit cette interprétation , qlli rewphr* çoit probablement à ses yeux Tacte en forme par lequel le patriarche auroit abdiqué. On supposa donc que Callixte renonçoit à ses fonctions ^ et comme cette hypo» j thèse plaisoit à Tenipereur, elle devint bientôt un fait j incontestable. On s'occupa sans délai du soin de loi | donner un successeur. Cantacuzène exprime des regrets^ i des remords même pour ne s'être pas conformé précé^j demment aux lois de l'Eglise qui donnent aux empe^ j, reurs le droit de nommer .entre trois candidats élus par, les évéques , et non celui de choisir eux-mêmes. Il M doute pas que ce ne soit une impiété^ un aiientai plnà f^exiraçagance par lequel on s'est moqué de Dieuf il ne doit pas condamner ses précédesseurs , mais ii ai condamne lui-même, reconnoît sa faute, veut t (t^Oief par ses larmes, et finit par rendre aux évéques leur ancienne liberté. Ce repentir, trop adroit pour être siiH cère , lui concilioit lé clergé , jaloux d'exercer un drmt ^ auquel il n'avûit pas renoncé ^ quoiqu'il en fût privé j depuis long-temps. Il envoya le lendemain à l'assem^ ; blée répéter à tous ceux qui la cômposoient ce qu'îf , avoit dit la veille à quelques-uns. Cette conduite excita , parmi les évéques un enthousiasme général. Il fut com« ., blé d'éloges et de bénédictions. On élut pour candi()ati I Philothée, évéque d'Héraclée; Nicolas Cabasilas, etJ Macaire , évéque de Philadelphie. Cantacuzène donnll la préférence à Philothée, qui fut installé selon les for^ malités d'usage. Les vertus et la piété de ce prélat ne te garantirent point du sort qui lui étoit réservé comnvs intrus, mais causèrent une juste surprise par Tirrégula^ rite de sa conduite en cette circonstance. Callixte se ré« fugia du monastère de Saint- Marnas à Galal^, -d'-eà les Génois le transportèrent à Ténédos. Paiéologue tâcha, par son accueil, de le dédommager des sacrifices q4i'il faisoil à sa cause. Mathieu fut couronne par le nouveaiik
HISTOIRE Dt7 BA8-Ell^lRft» (ij
])afriirche dans Téglise de Biaqiiernet, après avoir reça, stiivant Tusage, la couronne des mains de son père. Le prince la posa sur la tête d*Irène son épouse '• Cantaciiîène fit souscrire a son fils , danscettecërëmonie, les actes do synode relatif an dogme de la lumière inn*ëëe, ttnt il attachoit de prix à ces absurdités.
Pendant qu'on lui donnoit un successeur « avant qu'il pût occupé le trône, Jean Paléologue étoit à Thessalo^ aique avec sa femme et sa mère Timpératrice Anne. Il Bvoit laissé dans Ttle de Ténédos , en qualité de gouverneur^ un Italien nommé Martini. Pergamène, un des plus riches particuliers de cette ile, qui demeuroit à Thessalonique, en repartit à l'arrivée de Tcmpereur, et se rendit à Ténédos dans Tintention d'engager ses compatriotes à chasser leur gouverneur pour se gouverner tux-mémes. Averti de cette conspiration , le jeune prince dit équiper plusieurs galères, s'embarque, arrive à temps pour étouffer la révolte. On lui livra Pergamène, t|u'ii fit conduire à Thessalonique et renfermer étroitement. Il resta dans Tile avec Timpératrice Hélène. Les alliés de Cautacuzène occupoient , contre la toi des traités, plusieurs forts dans la Thrace, entre antres celui deZimpé, important par sa situation. Une foovoit les en chasser de force , n'ayant point assez de Inrapes, et devant éviter d'angmenter le nombre de ses ennemis. Il voulut parvenir au même but par la dou- ^tnir , et pria son gendre Orchan de lui rendre de bonne grâce ce dont il s'étoit injustement emparé. Le sultan tbnna l'ordre de restituer à Solinian; mais celui-ci , demanda dix mille écus d'or, et ne voulut évacuer le ' piys que lorsque cette somme lui auroit été comptée..
* Le père d'Irèoeëtoît Démétrius , tacuzène combattoit contre son gen*
fit d*Andronic l'ancien. Elle étoit dre , seul héritier dutréne, enlevoit
«Bté^tiemment tante de t*aJéologae. ce trône à sa propre fille pour y faire
àiosi, dans cette guerre, les mem- asseoir le beau-frère et la tante du
Vks de la même famille éioient prince exclus. Its Q08 contre les autres.
Quelque temps après , ce prince » en donnant des preuves d'une insatiable avidité, fit voir à Cantacuzèue qudti amis il s'étoit choisis. Toutes les villes maritimes delà .Thrace furent bouleversées par un tremblement déterre, i Les Turcs firent une partie des habitans prisonniers. ' Soliman résidoit à Péges , ville située au-delà ie THelr lespont. Il traverse le détroit, s'empare de ces places» en relève les murs , en répare les fortifications , y &it . venir des colonies de Turcs, et s'établit à GallipoU. Quoiqu'il eût reçu le prix du fort Zimpé, il y rentre,; et se rend maître ainsi de tout le pays. L'empereur eut. de nouveau recours à son gendre Orchan , secrètem( complice de son fils ; mais qui ne vouloit pas se brouilla ouvertement avec son beau-père. Soliman vouloit coi server ses conquêtes, prétendant qu'il n'a voit fait ai cune usurpation ; que ce pays , devant être considi comme abandonné, il lui appartenoit, comme au pre-J mier occupant. Tous les deux éludèrent long-temps b^ • réclamation de l'empereur. Ils n'y firent droit que moyens nant une somme d'argent considérable. Cantacuzèneeflf revint ensuite à ses projets de retraite , que , d'après Cfl^ qu'il venoit de faire pour ses fils, on devoit croim ajournés. « Il avoit dessein (dit-il) de donner à Ma-| <' thieu une portion de l'empire pour la gouverner ave«i (c une autorité absolue , à la charge néanixioins de « laisser après sa mort à celui qui possédoit le reste « l'empire, soit que ce fut Paléologue ou son fils Al « dronic. // avoU aussi dessein de se démettre de tei « pire en faiseur de Paléologue , et de se retirer poii|| « vaquer le reste de ses jours à la méditation et à Ivi « prière. Le patriarche Philothée , averti de ce projet^ « pria l'empereur de lui permettre d'aller à TénédoSp^ « afin de disposer le jeune prince à mettre bas les armes* «< Mais Cantacuzèue aima mieux s'y rendre lui-même.. « Il s'imaginoit que son gendre viendront lui demander « pardon , et que rien ne se^it si facile que de faire 1».
r HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 69
[•paix. II partit donc avec Mathieu et Timpératrice « Hélène , ayant l'intention de les envoyer à Didymo* « tiqne. Au lieu d'aborder à Ténëdos, il descendit àTtle « de Mauria , petite île déserte dans le voisinage ; il « passa le lendemain dans celle de Saint- André ^ croyant » toujours que son gendre alloît lu! demander la paix; « mais les troupes de Paléologue tirèrent sur ses gens. « Voyant alors que la patience n'étoit pas une vertu de « saison , il se retira proniptement, alla rejoindre son fils « pour retourner à Constantinople avec lui. »
Ici commence la confusion visible avec laquelle , suivant l'heureuse expression de Gibbon, Cantacuzène nconte sa propre chute «. Son embarras est remar- ^able, et quoiqu'il écrivît dans le silence de la soli-> tode, ayant le loisir de méditer et pouvant choisir ses expressions , il hésite , ne sait ce qu'il doit faire ou dire^ et finit par des choses contradictoires. Comment , après ce qui vient de se passer, veut-il qu'on croie qu'il a [dessein de se démettre de t empire en faveur de Paléolopie? et comment concilier les intérêts de ce prince avec ceux de Mathieu? Cantacuzène, sans avoir les talens ssairesà tout usurpateur , n'avoit que l'intention de ïétre, et n'en pouvoit remplir le rôle : mêlant à ce rôle, la dévotion, des principes de morale et de justice, il e, du moment où il est monté sur le trône jusqu'à lui de sa retraite , un caractère indécis et faux qui le ce bien au-dessous de son rôle. En chassant Paléologue» s'embarquoitsur une mer orageuse où le naufrage étoit itable. Sans augmenter ni diminuer la confusion ble avec laquelle il fait son récit , nous suivrons le conseil que donne Gibbon , de consulter Ducas et Vil- . ni*, pour rendre ce récit moins incomplet; conser-
' HîiU de la dëcad. de l'empire « une conruftion visible, par la reb-
Httîa , chap. 63. « tion moins complète mais plus
^ «Oa peut suppléer (dit- il) à « sincère de Mathieu Vilbni , et par
«îi^logie ridicule de Caotacuzèae , « celle de Ducas. » Hist. de la dé-
•fû raconte la propre chute avec cadence 9 ch. 63, D«caa passant poup
70 HI8T0IUE DU BAS-EMPIRX
vant, aotant quUl est possible de le faire; celui de Tempereur historien , dont Tembarras et les réticencci ne sont pas sans intérêt, considérés sous le point de vue historique. '
Av« iS55, Cantacuzène , humilié de la manière dont son gendre ^ Fa voit reçu , devoit présumer que celui-ci , relégué dans " une île « et paroissant avoir tant d'intérêt à se réconci^ • lier avec son beau-père , regardoit sa cause comme bien ^ loin d'être désespérée , puisqu'au lien de faire des ^ avances il repoussoit celles qu'on lui faisoit. Pendaol qu'il se livroit à ses réflexions , méditant ou la vengeanct ^i ou la retraite f il apprend tout à coup que Jean Paléo«' logue vient d'entrer pendant la nuit dans le port de^ i'Heptascale ; que la garnison est égorgée ; enfin que le ' jeune empereur s'est installé dans la forteresse qui pro* tége ce bassin. Cet événement , auquel on ne pouvoit « s'attendre, mérite des détails que nous prendrons dam l'histoire de Ducas, car l'empereur Cantacuzène se contente de dire que son gendre entra à timproçiste , ce qui remplit la ville de trouble , parce que le peuple iioit asseï disposé de lui-même h favoriser son parti , sans la crainte qu'il açoit de la puissance de Cantacuzène. Cet aveo (auquel la puissance dont on va bientôt connoître l'étendue sert de correctif) ne nous explique que très-impar* faitement l'arrivée de Paléologue. Ducas ^ va qébf raconter la manière dont elle eut Neu. Depuis que le beau* père et le gendre se fai^oient la guerre , les républiques de Gênes et de Venise parcouroient les mers voishnet de Constautinople et les îles de l'Archipel, enlevcieni les navires grecs , attaquoient le littoral , tâchoient
être plas exact que Vîllanî , nous le pour l'Italie , ▼enantà Tèn^dos après»
consultons plus particulièrement. deux ans de séjour en Europe , enfi»
^ Il est bon de remarquer que cet rentrant à Constautinople, ainsi qn»
historien ne parle point de la guerre nous le racontons. Sans Gantacnzène^
entre Gantacuxène et Paléologue. Il on ne sauroit rien de cette gnerrfl
peint ce dernier plongé dans la dé- civile , et sans Dumas , on ignoremrt
bauche ; et , piqué des reproches que comment Paléologue rentra daoi^ •<
Iw faifoit k pKiiMr, t'cmbar^paat capîtate.
f BISTOIEE DU BÀS-EUPIEK. ^1
I èe tirer parti des divisions d'un empire qoî lendoit à sa F d/ssolotion, et de s'en approprier quelques débris. Un' k grand nombre d'expéditions partielles se faisoient ainsi. Ses nëgocians armoient un navire , alloient en course, et pilloient quelques places de la Chersonèse. Les noblet de Gènes s'en mêloient, et ne dérogeoient pas. L*ua d'eux, nommé François Gatéluzio, avoit équipa deux galères , et cherchoit fortune aux dépens des Grecs. Il vint aborder à Ténédos, apprit que Paléologue ëtoil dans cette île, sut bientôt le motif du séjour de ce prince; logea que tôt ou tard il remonteroit sur le trône ; eut peut- être l'idée d'y contribuer; fit $es calcnls d*après ces données, et posa sur cette base les fondemens de sa fortune. Il se fit présenter à Paléologue, lui plut, lui offrit ses services, les lui fit accepter, lui inspira cette confiance que donne Tambition et qui se communique &cilement; lui promit enfin de le faire reconnoitre seul empereur dans Constantinople. Paléologue s'engagea à ^ lai faire, épouser la princesse Marie , sa sœur. Ainsi deux galères portoient les destinées du plus ancien em- ]»re chrétien ; et la puissance de Cantacnzène, qui comprimoit si bien le peuple de la capitale , alloit se briser contre un coureur d'aventures ! Aidé du prince , Gatéluzio réunit deux mille hommes et se met en mer, pcîrtant Tempereur d'Orient dans sa fragile barque. Poor se faire une idée de cette invraisemblable et folle entreprise, il faut se figurer d'un côté la ville laplni grande (à cette époque) et la plus belle , munie de Vronpes , offrant en elle-même dans son immense popalation une masse de résistance, ayant triomphé depnia peu d'un ennemi puissant , et mise par l'art et la nature en état de soutenir les attaques les plus violentes ; de l'autre, quelques vaisseaux presque imperceptibles , voguant vers cette ville pour s'en emparer ; deux mille hommes contre un million , et contre une armée : tel est le spectacle que présentent les deux partis. L'empire
romain doit être le prix de cette lutte. Gatéluzio ap^^.^M& à son secours la ruse et Taudace. L'éclat du jour, une mer calme , lui seroient également contraires. Il lui faut, une tempête et robscùrité. Par une nuit orageuse et sombre il avance vers le bassin de THeptascale, et s'ar*réte vis-à-vis la petite porte d'Hodégétrie et près des murailles. Là , d'après les instructions qu'il en avoit reçues .,rJBes gens brisent contre les pierres , en faisant le plus de bruit possible , une quantité de vases qu'on avoit apportés dans cette intention. Ce bruit , mêlé aujL mugissement des vagues, aux cris des matelots, réveilla' la garnison , en fit sortir une partie de la forteresse pour s'informer de la cause de ces cris. Gatéluzio ré-» pondit qu ils étoient des marchands d'huile ; qu'ils apportoient l'approvisionnement de. la capitale; qu'un de leurs vaisseaux venoit de se briser ; que tons étoient en danger de périr , tant la mer étoit agitée; enfin que les hommes mêmes périroient , si l'on ne venoit à leur secours. Il ajouta que le partage de la cargaison seroit le prix de ce service. Environ vingt soldats viennent ouvrir la porte auprès de laquelle étoient en embuscade cinq cents hommes, qui se glissent, entrent dans la ville, égorgent la garnison , à qui la garde de la tour étoit confiée; s'emparent de cette tour, y placent Paléo- Jogue, après avoir introduit leurs camarades, et veillent à sa sûreté. Le prince envoie aussitôt prévenir ses amis, qui viennent le trouver. Gatéluzio, parcourut avec plusieurs soldats le quartier de la ville voisin de l'Heptascale en criant à haute voix , longues années à /V/7ipereur Paléoiogue, paroles qu'on avoit coutume de prononcer à chaque changement de règne. Le peuple» ayant entendu ces cris à la pointe du jour, courut ea foule à l'Hippodrome «. Telle est la manière dont
** Nous sommes obligé de re- est tëmoîn , et de plus acteur passif, prendre le récit de Gantacuzène pour Le plus grand combat qu'il ait livré reotendre dans sa propre cause. Il dans sa chute est avec ton. amou^"
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 'jS
bgue entra dans Constantinople , et que son beaupassée sons silence , sentant peut-être que ce fait , |ue le succès facile et prompt de ce jeune prince, lient un démenti formel à tout ce que Thistorien dit snr sa puissance, Tétendue de ses moyens, le ement du sénat, du peuple et de l'armée à la de son fils Mathieu : assertions dont la valeur suffisamment établie par l'arrivée de Paléologue sant impunément devant cette armée, ce peuple iénat. Quoi qu'il en soit du motif de Tempereur, levons le laisser raconter une catastrophe dans le il joue le second rôle , et dont il est le seul ien.
sqii'il apprit que son gendre étoit à Constantin , // ne voulut point en venir aux mains. Ayant le lui Cydone, il l'envoya vers l'impératrice Irène lui tenir ce discours : « Si je n'avois résolu de loigner du bruit et de me retirer dans un moère pour y acquérir la gloire immortelle qui nous promise, je ne pourrois rien faire de plus utile $ la conjoncture présente que d'aller droit vers les ?niis et de les chasser de la ville; ce qui me seroii aisé , autant que Ton en peut juger par l'excès de foiblesse el \2igrandeur de mes forces; mais puisque
et ce combat se renouvelle récit. Au lieu de lergiversa- ,*on va lire . d'après cet his- [>ucas brusque révénemeut, te ainsi le fait : « L'empereur :uzèDC entra promptement e monastère de Périblète , couper »es cheveux , y prit de moine , et manda à îteur son cendre que le paoit préparé pour le recevoir, cunc Paléologue descendit de la tour avec Gatéluzio et aliens qu'il commandoit , et ane moltitade incrojable tant
« dteprrsonnes de qualité que du « peuple. Cantacuzène renonça ab- « solument aux plaisirs et aux gran- « deurs du monde, et demanda • permission ( qui lui fut facilement « octrojée ) à l'empereur , son gen< « dre , de se retirer à un monastère « de la sainte montagne , comme il « fît , et j demeara long -temps dans « une sainte paix. > Hist. des emp.
par Ducas, chap. lo. On peut corn* parer à ce laconique récit c^loi de Cantacuzène, toujours trop long»
quoique nous l'abrégions le plus possible. U n'aToit qu'im mot à dire.
« raa retraite sera également avantageuse aux t^Mii(^liAfrr K comme aux vaincus , pourquoi nous souiller par Tel* « fusion du sang ? Que nous resteroit-il de la guerre^ « que la horïte ^ et le déplaisir de Tavoir faite. Pourquoi « donc l'arrivée du jeune empereur ne seroit-elle pat « Toccasion de ma retraite, dans laquelle je renoncerai « aux affaires de Tempire pour vaquer à celle de mcm « salut? N'ayant pu apaiser les différends qui se soal > élevés ^ entre mon fils et mon gendre touchant la « possession de la souveraine puissance , nous somme» «c réduits à donner des combats où nous serons en danger « de tuer nos ennemis ou d'être tués nous-mêmes. Que « ne prenons-nous une résolution qui nous soit utile <v et qui le soit à Tétat , plutôt que de nous exposer ou ■ « à la honte d'êlre vaincus , ou au malheur de vaincre? » y L'impératrice Irène ne pouvoit qu'approuver une pro- i>i position aussi pacifique. Il se fit une assemblée an palaii ^ impérial. Elle fut tumultueuse. Cantacuzène prétend ,„ qu'on n'entendoit que des voix qui demandoient à ^^ prendre les armes, mais que, ne voulant point du tout ; en venir aux mains , il tâcha de les contenter par des ^ paroles ^, en leur laissant ignorer son projet d'abdiquer, ^ de peur d'abattre leur courage. « Si vous voulez déférer ^ « à mes avis ( leur dit-il ) comme aux avis d'une per« « sonne qui a appris à trouver des expédiens dans lu ' « rencontres les plus fâcheuses ^, nous attendrons les ,; « renforts qui nous viennent de divers endroits. Ma- -z « thieu, mon fils aîné, Nicéphore, despote , mon gendrei ' « Asan , sébastocrator , et d'autres commandans, acconr- . « ront ici dès qu'ils sauront ce qui s'est passé : alors iei '~ «( ennemis, n'osant soutenir leur présence, nous abaa- '
A Elle est inévitable, quelque de se retirer, et de laisser le gendrt
parti qu*il preone. et le fils se battre pour ce trône.
^ Ce D*étoit paii une manière de c L'bistorien en fait autant ateo
les apaiser que de donner au fils le son lecteur.
tronc qui devoit appartenir au gen- d G'ëtoit le moment ou jamais dft
dre. Gen'en est même pas une que le prouver.
AI8TOI&E DU BAS-EMPimi. ^5
■r donneront la victoire sans la disputer. » Il écrivit en
effet à $on i , aux autres coromandans ; il appela
m^me a son secours les Tores qui ëloient en Thrace ;
mais ce n'ëtoif qu^une feinte pour ôler à ceux de la
tour la connaissance de la résolution qu'il avoit prise de
te démeltre du trône , bien quUl eût pu le conserver sUl
aimk voulu, sans le secours des étrangers. Philothëe,
le nouveau patriarche , le supplia de laisser h Dieu
la vengeance de ses injures, et Cantacuzène reçut cette
nmonirance comme de la part de Dieu mime , et lui
pnmiii d'y déférer. « L'empereur Palëologoe demeura
t dans le port neuf jusqu'à ia pointe do jour ; mais
« alors le peuple s'ëtant déclaré en sa Êivenr , et ajrant
« pillé ia maison de Phaséolate , il prit courage «, entra
« dans le palais , el passa la nuit dans Tappartement de
« Porphyrogénète. Le jour suivant le peuple pilla
V plusieurs maisons , en détruisit même quelques-unes.
m Le patriarche Philothée abandonna son église , de
m peur d*étre sacrifié, parce qu'il avoit été élu à la place
m de Callixie. Trois jours après, Tempereur Paléologoe
« envoya Ange , garde du Caniclée , conférer d'un ac-
« commodément avec l'empereur Cantacuaene , son
• beani'pere , et loi proposer de remettre en vigueur
« Fjiéologœ B*aToit point do toat coonprimée par laptûsioncedt Ckn*
là Docas cf GaaU- utcutène , coibic eelm- ô fa dit
le mo- préccdcfliaeat : de toole ouaièfe U
it «« le icoae prwce péoétra s'avoit pM giraad métite à ^pîtttr !•
le pal m. Le prcaBier, comme Uùmti <*» P^^ ■■« UttÊklk
mm Tm v«» ca bk ■■ mirile aa le- fière, ca répétast ^«51 pcst le
cclm-câ se vent pat de acrvcr. Mai* qnil aÛBe auras m
Pour aller, dès le jovr faire aïoiae, il rafpone taate» Ita
de farrivcc , de la tour cm dreottsUacca Ica plat pfdfvct â dé*
r«a cat raf ré b aaît aa pabif îat- Baatrrr i|ae e'crt paar lai aae ia^
pcsîil , 0 £»! , oo ^ac Caatacaièae diapea»Me aéceaailc^ Soa IwggH»
•e aait , crwmuwf le prrtrad Dora* , et le» faite soat ea caatradktiea» la
wntkk préeipitmmnÊeni au couvtnt coafaiîaa est rmMt; U m'f a pai
da Pcriblète (ce ^ae Caataeaaèae jagn** nSUÀkée^ ^ Iw dait fc
ae veat paa dire } , «ïo que b p^pa- tidae patriaadbal ^ et ^ai TâtftnÊii
aesaitdécfaeée aar-le-cftamp diMf iaa
r^éidosae, fooi^'cfie m
« les conditions sous lesquelles ils avoient gouverné con^^ « jointement l'empire par le passé. Il le reçut fort hu- . « niainement, et, comme il ne souhaitait rien tant qui.. « de se retirer dans un monastère , il fut fort aise d'avoir . t: « Foccasion d'apaiser la guerre civile. Ils jurèrent ensuitje l: « l'observation du traité qui fut conclu , et dont void ^^ « les conditions : que les deux empereurs gouverneroîcût . « avec une égale puissance ; que le jeune céderoit à Pan^ « cien y et qu'il lui rendrait toute sorte de respects etâft,.:. <f soumission ^; que les dépenses nécessaires pour le .. « paiement des troupes et autres besoins de l'état seroient . ; «c faites par le trésor , et que les restes des impositions « seroient partagés pour la subsistance des deux maisons. « Ce n'est que ^ârrÂo/2/i^i^r que l'empereur Cantacnzène 5< désiroit ces choses, pour ne point paraître inférieure , « Paléologue, ^{//^^{/'//avoit résolu de quitter le monde; « que ceux qui avoient servi sous l'un des deux ne « seroient point recherchés par l'autre , et qu'ils ne pour- << roient être privés de leurs biens ni de leur charge ; que « l'empereur Mathieu demeureroit en possession de la . « souveraine dignité sans rendre compte à personne de , « ses actions , et qu'il retiendroit Ândrinople et les villes « de Rhodope. .. Quand ces articles eurent été respecti- « vement jurés, Paléologue vint trouver V empereur son « beau-père, qui le reçut avec de grands témoignages «c d'amitié. Ândronic Asan , sébastoerator , arriva de « Byzie, à,dessein de secourir l'empereur Cantacuzène, « qui le remercia de son affection. Il écrivît à Mathieu^ V « à Nicéphore , despote , et aux autres commandans de "/ « Thrace , qu'il avoit fait la paix , et qu'il n'avoit pins « besoin de leur secours. 11 fit la même réponse à une « grande multitude de barbares qui étoîent venus d'eux- « mêmes s'offrir à lui de Hiéro , ville d'Orient. Il sortit « après cela de son palais , pour aller trouver l'empereur
• Egalité de puissance , céder elc. , c'est rigoureusement possible , mai» fort difficile.
«son gendre, et pour confe'rer avec lui touchant les « affaires publiques. Ils s'assemblèrent chez Métochite, « grand-logothète ,, avec la fleur de la noblesse et les « principaux officiers de l'armée, pour délibérer si l'on « prendroit les armes contre les barbares qui avoient « inondé la Thrace. Chacun parloit ; il n'y avoit que le
• jeune empereur et les principaux de sa suite qui « attendissent Tavîs de l'empereur Cantacuzène. »
Ici l'historien insère le discours qu'il proflonça pour détourner de la guerre , parce qu'on n'étoit en mesure m d'attaquer, ni même de se défendre, et , pour conseiller de remplir les coffres de l'état, de lever des troupes et de les exercer aux manœuvres avant de commencer les hostilités. « L'empereur ayant fait entendr^ obscure- « /nr/i/ qu'il abandonneroit bientôt la conduite des af- : « faires , les personnes de mérite et de réputation I «n'eurent rien à dire contre son avis. Mais les jeunes I « gens l'accusèrent de vouloir épargner les Turcs , à «cause de son gendre Orchan. Le jeune empereur ne «dit pas un mot. Comme l'empereur Cantacuzène a voit « dessein de se décharger des soins deHempire^ il ne leur
* vouloit pas faire de violence, car il ne dépendait que « de lui de conclure la paix et de mépriser leurs avis. » Cantacuzène raconte ensuite , et fort longuement , les iifficqltés que firent ses soldats de livrer à Paléologue le fort de la Porte dorée. Le gouverneur étoit Jean PéraoL II ne vouloit point que le beau-père rendit ce poste 1 son gendre. Cantacuzène les harangua en latin , et ne négligea pas Toccasion de dire qu'il parloit fort tien cette langue *^. Plus il avance vers le dénouement,
' CanUcozene a pour m propre pen&e les autre* 9 qtii tromreroieot
fenuont uoe profoode Téoéralîoo , difficilement quelque cbo»e de plus
et M laisse Jamais au lecteur le a dire. En parlant du refu* qu'il fit
temp» de lui exprimer la tienot*. a &cs ami* lorf de foo entrée à Coo-
Cest une dette qu'il ke L^te de te ^tiiiitinople aprei» la cx«nclu*ioQ de U
t>Tcr a i3i-iD£mey ce qui en dis- paix , il s'exprime ainsi : Ils noù'
78 aiStOlàË bu BAd*EM^IlL<.
plus son embarras est remarquable. Cette déclaratiotl du projet de se faire moine , projet confié tant de fois an lecteur , lui coûte tant, qu*il la diffère le plus \tov^ | sible. Pour qu'on juge de la manière dont elle est ame- t née , il est nécessaire de le laisser parler lui * ménie« f « L'empereur Cantacuzène ( dit - il ) logeoit dans son \ « palais avec l'impératrice Irène , sa femme , et 9e$ offi-* *■ « ciers. L'empereur Paléologue habitoit un autre ap* « partem4lt magnifique nommé l'aigle. Le peuple, soit « qu'il fi)t excité par des factieux ou qu'il ne fût agité « que par l'insolenee qui lui est si ordinaire , se sou- « leva avec un si furieux emportement , qu'il étoit « visible qu'il n'y avoit point d'excès auquel il ne fftt « prêt à^se porter. On disoii que quelques - uns qui m avoient été autrefois les plus affectionnés à Ganta- » cuzène, ayant tout à coup changé de sentimens, avoient n conspiré contre lui , et que le dessein qu'il a^it di « renoncer au maniement des affaires leur étant i/i«- « connu^i ils avoient résolu de se défaire de lui. Ce (' qui les portoit à une si criminelle entreprise , étoit (c la crainte qu'ajKint reçu du secours, il ne se rendit « niaitre de Tempire 5 et qu'il ne châtiât leur ingrati*» v< tude. 11 invita son gendre à venir demeurer au palais ' (( royal , à dessein de se démettre entre ses mains de là « souveraine puissance. Le jeune empereur promit d'jf w aller, et retînt l'empereur son beau-père à dtner. Pen* « dant qu'ils étoient à table , il s'élève au - dehors un « bruit et un tumulte extraordinaires. C'étoit le peuplei « qui, s'étant rassemblé, et s'imaginant rendre un service \
tinrent f dit-il, qu'un refus de ma caractérisé par les mots àeprèêom^
vertu saklime, et presque incroya' tion ou de vanité,
ble, £8t-il croyable que l'on fc per- « Maiit c'eût été le coitDottre quf
mette de soi-même un tel éloge ? de dii'e qu'il éloit incooDUk
Un tel oentiment n'est pas de l'ur- ^ Il ne l'éloit donc pas? Le traité
gueil , encore moins de la fîcrté : il qu'on a vu est donc du moine Joi**
X'»t même douteui qu'il puisse être phat , et non de Giotacutène F
« fort agréable au jeune empereur en traitant injnrîeu* « sèment les amis de Tempereur , son beau-père , leur « a voit pris leurs chevaux. Les deux empereurs re- « tournèrent sur le soir au palais. Le jour suivant, Tan- « cien déclara au jeune la résolution qu'il avoît prise « de renoncer au gouvernement et de se retirer dans « un monastère pour n*y vaquer qu'au service de Dieu et « au salut de sa conscience. Le jeune empereur , qui ne « s'attendoit point du tout à cette proposition , en eut « une douleur égale à son étonnement^ et lui apporta des « raisons plausibles pour retenir son habit ordinaire ; ; « mais , n'qyard purien gagner sur son esprit , il cou- « sentit à la fin à ce qu'il désiroit. Le lendemain il se « dépouilla dans le palais royal des omemens de Tem- « pire, se couvrit d'un habit de moine , et prit le nom •àeJosaphai, au lieu de celui de Jean. L'impératrice •Irène, renonçant à l'heure même au monde , prit « rhabit de religieuse et le nom d'Eugénie. Après cela , « Cantacuzène se retira au monastère de Mangane, qui • étoii préparé k le recevoir, et Irène à celui de Marthe, « qui apparf enoit à Cantacuzène du côté de son père« ^Ceux qui avoient été attachés à loi par une habitude « phis étroite que les autres , voyant que ce change- « ment sisoudain ruinoit leurs espérances, en rejetèrent « la faute sur Paléologue, et , parce qu'ils n'avoient pas « le pouvoir de lui nuire , ils se vengèrent par leurs « calomnies , en publiant que c^étoit un fourbe et un « perfide qui ai^oii obligé l'empereur , son beau -père, « à se retirer dans un monastère, contre son inclina- « lion. Ces discours trouvèrent créance dans l'esprit des « sages, aussi-bien que dans celui du peuple, quoiqu'il « ny eût rien de si faux. Cantacuzène se démit de Tem- « pire avec une pleine liberté, et il ne dépendit que de 1 « lui de le retenir. Il y étoit parvenu malgré lui , et il 1 « y fut environné d'une infinité de dangers dont il de- " meura vainqueur par l'adresse de son esprit ^ et par
8o HISTOIRE DU BÀS^EMPIEX.
« la fermeté de son courage *. La perfidie de quelqués- «< uns de ses amis étant près de l'engager dans de non* « veaux dangers, il fut bien aise de s'en délivrer ^ eja « renonçant au monde. Au reste , le jeune emperenr « n'a manqué envers lui à aucun de ses devoirs , et il n'y « a pas jusqu'aux étrangers qui ne sachent qu'il n'a « formé aucun dessein ni tenu aucun discours qui ait « pu lui déplaire. Après avoir passé quelque temps dans « le monastère de Mangane, il vouloit se retirer à celui « de Batopède , sur le mont Athos. Mais le jeune empe- « reur le supplia ^ de demeurer à Conslantinople jus- « qu'à ce qu'il l'eût réconcilié avec Femperenr MathieUi « son fils. »
Avant de continuer ce récit , nous devons nous arrêter un moment pour faire remarquer la différence qui existe entre la narration de Cantacuzène et celle des autres historiens. Villani , Ducas , et ceux qui les ont copiés ou qui se sont appuyés de leur autorité, ne mettent que très -peu d'intervalle entre l'invasion du fort de l'Heptascale par Jean Paléologue et la retraite de Cantacuzène, que même ils prétendent forcée ; tandis que , si l'on s'en rapporte à ce dernier , il y a nécessairement eu un intervalle assez long entre l'un et l'autre événement. Nous sommes loin de condamner, conoùoie
* C'est lui qui parle ainsi de lui. jet de retraite seroit motivé parJi'
liMiumiiitë n'étoit pas poussée à crainte de ces dangers récens etH
Texcès chez' le frère Josaphat. On subits , conséquemment ce pr<^4>
peut remarquer combien il prend n'auroit pas été médité depuis loap
de précautions pour l'aire croire que temps. , ]^
son abdication étoit volontaire. II c Paléologue n*avoit pas voulof i
est permis de croire à Vétonnement dans le temps qu'il dépendoit dl»
de Paléologue , mais non à sa dou- Cantacuzène , attendre Mathieu po« "
leur, encore moins à ses efforts pour se réconcilier avec lui. 11 s'éloil
empêcher Cantacuzène de devenir presque échappé pour prendre 1«
le moine Josaphat. Lu jeune prince armes et le combattre. Est-il vrii-
ayoit depuis long-temps envie de semblable que, maître de ses ac
régner seul , et ses preuves étoicnt tions et de Tautorité souveraine,!
faites à cet égard. ait supplié son beau-père de faire l^
^ D'après ces expressions , le pro- démarche dont parle celui-ci P
HI8T0I&S DU BÀ8-£1IPI&I. 8l
on Ta &it , Topinion de ceax qui réduisent cet inter- Italie a 24 heures ou très-peu de jours « ; et nous fondons la nàtre sur les motifs qui ont fait rejeter la lenr , c'esti-dire sur la peine extrême et les soins infinb que se donne Cantacuzène pour faire croire que sa retraite fut spontanée de sa part, libre, et que , depuis Iong«temps, il en avoit formé le projet. C'est donc moins comme une autorité irrécusable que nous avons présenté textuellement son propre témoignage que pour mettre le lecteur en état de juger lui-même. Nous devons encore femarquer le défaut d^exactitude de Cantacuzène^ lorsqu'il dit qu'il n^est pas à' étrangers qui ne sachent que Paléologue n^a jamais tenu aucun discours qui ait pu hii Jéptûire. Il existe une lettre de Charles iv , empeleur d'Allemagne, en réponse à celte que lui avoit écrite te jeune prince pour lui faire part de sa rentrée à Conftantinople. On voit par cette réponse qu'il traitoit son beau -père d'usurpateur. Cela devoit être : il ne falloit pas étr« l'héritier du trône pour voir Cantacuzène sous ce point de vue.
Ayant l'intention de réunir dans un même chapitre tcms les évenemens relatifs à la guerre que se firent Paléologue et Mathieu , afin que la narration n'en soit pas interrompue , nous devons dire un mot du patriarche. Callixte et de la secte des palamites , dont il fut question dans le même temps. Philothée avoit , par une Fuite prudente , prévenu l'invitation qu'on pou voit lui Eaire de rendre le trône pontifical à Callixte. Celui-ci , sans autre forme de procès, vint reprendre sa place , legardant comme nul tout ce que le clergé grec avoit bit pour la lui ôter. Mais il ne se contenta pas de se Tendre justice à lui-même, et voulut qu'on fit le procès à ceux qui l'avoient déclaré démissiounaire. C'étoif troubler l'Eglise , parce que la plupart des évêques par-
* Hou» avouons même que noas dans une des précédentes notes. I adoptons le récit de Ducas rapporté
HIST. DU BAS-EMP. TOtf. XII. 6
8s HISTOIRE DU BAS~£MPIAE.
ticipèrent à Télection de Philothée. Le rancuneiiz patriarche déclaroit même avoir Tintention de poursuivre Cantacuzène comme premier auteur de sa déposition. Jean Paléologue trouva moyen de Tapaiser. Dans le i même temps Nicéphore Grégoras, profitant des changemens arrivés dans Tétat , s'affranchit de la surveillance qu'on lui avoit imposée, et se présenta devant le nouvel empereur. Il avoit d'anciens et longs affronts à venger. Le ressentiment qu'il conservoit des Injustes traitemens qu'on lui faisoit éprouver depuis plusieurs années ajoutoit de l'aigreur à son zèle et le rendoit plu» ] violent. Il pria Paléologue, dans les termes les pltf [ énergiques , de punir les outrages faits à la saine doc- T trine , proposant de la défendre dans une seconde assem- l blée qui méritât mieux que la première le titre de ^ concile, et d'y pulvériser tous les argumens des pala- i mites. Le jeune empereur , qui probablement étoit l fort indifférent sur le fond de la question , ne se soa- l cioit pas de rassembler les membres d'une secte dévouée ^ à son beau-père , parce qu'il sa voit que , disséminés et" , réparés les uns des autres, ils sont sans influence et sans ^ force. Cependant il consentit à la demande de Grégoras, ^ soit par foiblesse , soit dans l'espoir de voir cette secte 7 condamnée. Dès qu'on eut annoncé le projet de convoquer un concile pour examiner de nouveau la doctrine .:, des illuminés du mont Athos, l'alarme fut au couvent • deMangane , et le frère Josaphat d'autant plus inquiet^ ' que , le champion de la doctrine étant prisonnier des ' Turcs, la victoire sembloit assurée à Nicéphore. S'oc- ' cupant aussitôt des moyens de faire mettre Palamas en liberté , il fit offrir une rançon considérable , que l'on n'eut garde de refuser.
Gantacuzène faisoit concurremment une autre démarche qui prouve qu'il avoit eu des doutes sur la doctrine en elle-même, ou des craintes sur l'infaillibilité des juges. Ce fut d'user de toute son influence sur sa fille
Hélène , aBû ({u'elle employât toute la sienne sur l'esinit de Paléologue pour empêcher qu'on ne soumit eacore à uù nouvel examen un article consacré comme article de foi. Il fit voir à la princesse que cette marche seroit pour son père un affront sanglant. Elle parvîAt en effet à gagner son mari , dont elle obtint que la ipromesse faite à Nicéphore seroit éludée. Mais cet ap6tre zélé ne se décourageoit pas facilement, fl profita du se*jour que fit à Gonstantinoptè un prêtre latin pour kqbél l'empereur avoit beaucoup de considération, et se servit de cet ecclésiastique pouf renouveler sts instances. L'église romaine n'ayant point admis le dogme delà Immère incréée , cela devint pour ce prêtre une cause d'un intérêt persotmel. Il pria Paléoiogue de lui ' permettre de porter un défi à Palamas , de réfuter en public les opinions de cet évêque , et de mettre ensuite aux prises l'un avec l'autre ce chef de secte et Nicéphore. L'empereur, qui ne voyoit dans cette lutte qu'un ^ectacle , et dans le succès que Thumi* liation de Cantacuzène , accorda ce qu'on lui demandoit. Le jour de la convocation fut désigné. L'impératrice Hélènç mit tous ses soins à empêcher que Grégoras ne fât prévenu , parce qu'elle supposoit que, n'étant point préparé, il auroit Tinfériorité dans la discussion, et seroit vaincu par Palamas. Au moment où la conférence alloit commencer, le grand-logothète se présente «ans être attendu devant Nicéphore , et l'invite à se rendre aupiiès de l'empereur. Il obéit ; et quand il sut l'objet pour lequel le prince le mandoit, il fut tellement interdit , qu'il eut l'envie de se retirer ^ , craignant
« Ces détails sont tirés de la sa- pouvons nous empêcher de fair e
▼aote notice que Boivin a mise à la remarquer combien il est peu vrai-
téte de sa traduction de l'histoire de semblable que le prêtre , par TIo-
Grégoras. Quelque grande que soit termédiaire duquel Nicéphore avoir
fiatorité de cet habile helléniste, obtenu cette assemblée, lui eût fai
^i |<»gooit l'érudition la plus vaste mystère du jour «ù elle devoit avoir
la critique la plua éclairée , nous ne lien.
84 HISTOIRE DU B48-EMPIRX.
qu'on ne letir tendit un piëge , parce qu'it sût que I hmas Favoit précédé. Il se remit cependant bientôt son trouble , entra dans rassemblée avec intrépidî combattit le palamisme avec énergie , et soutint u discussion aussi longue qu'animée , mais rooinsoraget et dans une assemblée plus décente que celle où les i veries du mont Athos avoient été consacrées. Par éga pour l'impératrice Hélène , qui auroit souffert de Vh miliation de son père, Paléologue évita. de donner u décision , et leva la séance après avoir écouté les débi avec beaucoup d'attention. Nicéphore auroit voulu q l'empereur se fût prononcé : Palamas interpréta silence de ce prince comme un aveu de sa victoir lui déplut , et se couvrit de ridicule en le publiant.
\ HIftTOIBS DU BAS-EMPIRE. 85