LIVRE CENT-DIXIÈME
JEAN PALEOLOGUE.
IN 0175 avons laissé. Cantaciizène prêt à se rendre au hm. tssi
mont Alhos, et différant son départ parce que Paléo-
logue Tavoit prié de le réconcilier avec Mathieu. « Bien
« que ces jeunes princes ( dit-il ) n'eussent exercé aucun
« acte d'hostilité durant tout l'hiver, et qu'ils se fussent
« contenus dans les bornes que leur père leur a voit
« marquées , il est vrai néanmoins qu'on pouvoit aisé-
« méat juger que , si quelqu'un ne s'entremettoit pour
«les réunir, ils en viendroient bientàt à une rupture
« manifesté. Voilà pourquoi Paléologue , qui souhaitait
« de se réconcilier avec l'empereur Mathieu, supplia
« son beau-père de ne point se retirer au mont Athos
« avant que d'avoir achevé un si saint ouvrage. Gantai-
« cuzène , trouvant cette prière irès-fuste en elle-même,
« la lui accorda très - volontiers. Sur la fin de l'hiver ,
« ceux qui étoient auprès du jeune empereur l'aigrirent
« contre l'empereur Mathieu , en lui représentant con-
« tinuellement l'injustice avec laquelle il avoit usurpé
« une partie de l'empire et continuoit de la garder ; la
<r n^essité de la retirer de ses mains , afin de s'opposer
« à l'élévation d'un sujet qui lui disputeroit toujours
« l'autorité souveraine. Ayant ajouté foi à ces discours,
« il équipa plusieurs galères au commencement du prin-
« temps , et partit ponr aller attaquer Gratianopole , où
« Mathieu se tenoit avec toute sa famille. Il possédait ^
• outre la province de Chalcidicei Andrinople et queU
« ques places d'une moindre importance. Il en avoil « confié le gouvernement à son oncle Cantacuzène , se- h ce bastocrator. Nîcéphore , despote , se déclara pour h <c Mathieu. Mais au moment où Paléologue parut, il %, « lui livra la ville d'Aine , dont il ëtoit gouverneur. » l^ Nous ne voyons pas quelle fut l'intervention de Ganta- y^^ cuzène , qui , après avoir annoncé le violent désir de ïjl Paléologue pour la paix, et la complaisance qu'il mit à "^j rester pour la faire , se tait sur cet objet , et entre ane dans les détails de cette guerre civile. En suivant son j@ récit y nous aurons soin de l'abréger. Nîcéphore » qûj;! avoit trahi son beau-frère, servit Paléologue avec zèle,ki: et l'accompagna danscette campagne. L'empereur voulut \i s'emparer de Périthéorion, place importante et néces-^. saire à la défense de Mathieu , qui y envoya une bonne j^ garnison ; mais elle fut désarmée en entrant , et livrée ;;[ à l'empereur par le gouverneur, qui étoit déjà gagné, «g La ville de Cumutzène se rendit à la première somma- lotion. S'étant approché de Gratianopole , où Mathieu j^ demeuroit, Paléologue lui envoya proposer un accom- iz modement ^. Le prince se rendit sur-le-champ dans le '^ camp de l'empereur. Après une conférence de peu de . durée, ils convinrent de faire la paix. Les conditions ^g étoient que chacun conserveroit le titre d'empereur, :^ puisque tous deux avoient été choisis par le peuple, dit ^ Cantacuzène. Aucun des deux ne l'avoit été. L'un étoit ^ héritier légitime et succédoit à son père , l'autre avoil ,= reçu du sien un titre qu'il n'a voit pas droit de lui donner. ; Mais l'historien tâche toujours de mettre ces deux princes ^ sur un pied d'égalité parfaite. Chacun avoit été sacré , ^ et si cette cérémonie ne donnoit pas le droit , elle le . supposoit et produisoit toujours un grand efiTet sur le.,
^ Il est singulier que Paléologue , tre guide que Gantacuzène« et, quel»
qui avoit affcibli Mathieu, fasMe , que suspect f\M*\\»M\i devenu ^nov^ '
malgré sa supériorité , le» premières sommes obligé de nous en scrfir. ouvertures; mais nous n'avons d'au-
>euple. Comme l'empire grec ëtoit considërableroent "éduit dans ses limites, ifne poovoit être ni partagé ni K>ssédé par deax rivaux. En conséquence il fut convenu |ue Mathieu cëderoit à Palëologue les villes qu'il a voit !n Thrace ; qu'il se retireroit dans la Morée, et qu'il ;ouverneroit cette dernière avec un pouvoir absolu. [domine Manuel , despote , en jouissoit , on lui donnoit tn dédommagement Tile de Lemnos, avec le produit l'ane imposition qui se levoit sur le topique , et qu'on sstimoit se monter annuellement à deux mille écus d'or environ. Mathieu devoit être nanti de l'ile jusqu'à ce que son frère eût remis la Morée entre ses mains.
La paix étant ou paroissant conclue , d'après ces conventions, les deux princes se séparèrent. Mathieu partit pour Gratianopolis, et Paléologue pour Périthéorion. L'ua et l'autre avoient envoyé respectivement des commissaires dans l'île de Lemnos pour livrer et recevoir les places de cette île. Ceux de Mathieu revinrent sans avoir rien fait , parce que les agens de Paléologue , au lien de remettre les villes aux premiers , voulurent y laisser les garnisons, et ne permettre aux soldatsdu prince de n'y entrer qu'en très - petit nombre , de manière qa'ib auroien t toujours été sous la domination des autres. Cette circonstance , jointe à des avis secrets qu'on donnoit à Mathieu pour lui inspirer de la dé&ance , veiller a sa sûreté , le détermina à reprendre les armes. Il exerça des actes d'hostilités contre Cantacuiène , s'avança jus« qu'à Périthéorion avec des troupes qui lui étoient venues de Turquie et la garnison d'Ândrinople. // ne croyait pas en cela contrevenir aux traités , dit Cantacozène , mais seulement repousser la violence qu'on lai avoit faite en lui refusant l'île et en lui tendant des pièges. De son côté Paléologue prétendoit , et avec plus de raison , que c'étoit lui faire injure que de prendre tes armes sans s'informer auparavant de la conduite de ses commissaires , sans avoir provoqué des explications de
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sa part , sans demander enfin réparation de rinfractioa 1 faite aux traités , et s'assurer de la participation qn'jpouvoit avoir l'empereur. Ces reproches , fondés, de-' voient d'autant plus irriter Paléolog;ue que , malgré b bonté de sa cause, la certitude de son droit et les avantages qu'il venoit d'obtenir dans cette campagne^ il avait fait les premières avances. La guerre étoit doncinévitable. L'empereur , pour s'y préparer , retourne à Constaii* tinople après avoir laissé Périthéorion entre les maint : d'Âsan , qu'il en avoît nommé gouverneur. Une négo- i ciation ( avec le pape ) dont l'importance mérite- un ji: examen particulier, rendoitsa présence nécessaire dam f.'la capitale. Avant d'en rendre compte , nous devonl j» voir comment la guerre entre Paléologue et Mathied k s'est terminée. Celui - ci paroissoit dans la position on jir son père s'étoit trouvé pendant la guerre civile. Mais, tj au lieu d'avoir à faire à des intrigans ou des factieux^ 'i qui , comme Âpocauque , usurpoient sur un prince n enfant l'autorité souveraine, c'étoit contre ce prince ^j même , devenu maître de sa volonté , et dans un âge où' V. la raison s'étoit développée , qu'il prenoit les armes. ^ L'expérience lui ayant appris , par l'exemple de SOB \> père et par celui du premier Paléologue , que la posses* : sion de la capitale entrainoit avec elle celle de l'empire, s il diit tourner ses regards vers Gonstantinople et s'oc-' ^ cuper des moyens de s'en emparer comme du seul de terminer le ciifFérend. Dans ce dessein , il lui falloit augmenter ses troupes. Ce fut te motif de sa visite à . Manuel , despote , son oncle , qui mit à sa disposition . les soldats qu'il a voit à la sienne. Avec ce renfort, Mathieu marche sur la capitale et se campe près du bourg de Métra , situé sur les bords du fleuve Mêlas. Paléo* logue fit avancer son infanterie vers le village d'Âthyra, bâti dans une presqu'île environnée de la mer, et protégé par une enceinte de murailles. Le prince monta sur une galère pour rejoindi*e ses troupes. Les deux ar-
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mëes passèrent plusieurs jours à s'observer, et dans Vi" Inaction. Paléologue ( suivant Cantacuzène ) ne vonloit pis exposer en rase campagne son infanterie , armée de pied en cap , contre de la cavalerie , ni Mathieu con^* dmre sa cavalerie à travers des ruines et par des che* oins difficiles. Les deux princes s'envoyèrent des députés pour traiter de la paix ; mais on ne put convenir des condilions, et chacun retourna chez soi; Tun à Bixie à Tantre à Constantinople.
Orchan , gendre de Cantacuzène, donnoit des secours ai secret à son beaa-frère. Il eut besoin de Paléologue , fii ¥00101 en profiter pour lui faire abandonner Mafhiea : voici à quelle occasion. Des pirates phocéens , doDl le métier étoit de vendre des prisonniers et de faire Je commerce d'esclaves , enlevoient sur les côtes les hommes qu'ils y trouvoient, et les transportoient pour les vendre aox Tnrcs. Un de ces flibustiers , sorti du port de Tancienne Phocée , 00 Calothète commandoit , étant eatrë dans le golfe d'Astacène, y prit Chalille, fils d'Orchan et de la fille de Cantacuzène , et Temmena aor sa galère à Phocée. Le sultan fit de vaines réclamations. N'ayant point de vaisseaux pour attaquer les Phocéens, ne poovaot marcher contre eux parce qu'il falloit traverser une province , il eut recours â Palérjlogne , et kflipplia d'employer son crédit pour b délivrance d^ ChaKlIr , qui, étant fils de la sœur de l'impératrice « étoit neven do prince. Celui-ci promit aa sultan d'exaucer SCS vtrax; mais il mit pour condition qu'il retireroit les sccoors qo'^il donnoit a Mathieu , et cesserait de lui m donner à Taveoir. Orchan accepta , promit , et tint parafe t^nt qoe son fiU fut prisonnier. L'esientiel éîwt de Tarvoir. Paléobgue , dont CaU>lhefe ri^fevoit ^ tnA qofil n'v avMt qn'a réclamer ion n^eo : maii il se trompa. L'on n'étiyit pics ac t^mpu or- les emf^»reors trocs^mint chez lecn vaeHamx v^vTmusvvn et 6délif> Profwsaac d«s efr^t;» et <ies kofa«ana CakCJwSe ^ u
go HISTOIRE DU BAS*£MPIRSU
en reçoit un nouveau refus. C'étoit renonèer à 8«n pendance que d'accepter des titres d'une cour qu'c vouloit plus reconnoitre. Calothète exige une ra tellement considérable , que Tempereur ne pouvt payer. Indigné de cette conduite , il menace , et f Je projet d'assiéger Phocée par mer et par terre ; sa situation , sa marine , les forts qui le protégeo le mettoient à Tabri de toute tentative. Voyant bi qu'il échoueroit, et qu'il seroit imprudent de laiss cl^amp libre a Mathieu , il renonça à son entrej donna les cent mille écus , dont il emprunta une p et qu'il fit passer à Calothète , avec un diplôme ps quel il lui conféroit la dignité de panhypersébaste. 1 tint en échange Chalille , qu'il rendit à son père. Pendant qu'il perdoit du temps , Mathieu mett sien à profit , faisoit avec les Serviens un marché avantageux. Le craie venoit de mourir au momen tous ses préparatifs étoient faits pour entrer en Gr la tête de quatre-vingt mille hommes. Sa mort de l'empire d'un ennemi puissant , et mit le trouble la Servie. Simon , son frère , gouverneur de l' Acarn prétendoit que la couronne devoit lui appartenir , < grands du royaume se déclarèrent en sa faveur. \J\ fils d'Etienne, prit les armes pour se maintenir da succession de son père. Hélène, qui se défioit égalei de son fils et de son beau-frère , s'empara de plus villes , voulant vivre dans l'indépendance , et coi vaut entre les deux rivaux la plus grande neutr Plusieurs seigneurs du pays se saisirent de quel places , et donnèrent des secours , les uns au fil crâle , comme à leur ami , et non comme à leur si rain ; et les autres à Simon , son oncle. Un cinqo parti se composoit de neutres , qui attendoient , po décider , que la victoire fit connoitre le plus fort. Ja plus belle occasion ne s'étoit o£Ferte aux Grecs pou prendre les conquêtes qu'Etienne leur avoit eole^
HISTOIRE DU BAS-KMPIRK. Ql
nais ils ëtoîent eiix-niéme aflbihlis et divisés. Nicëphorc Ducas , surnommé l'Afège , à r|iii devoil appartenir le |onvernement de la Thessalie, si èelle province n'eut fis été envahie par lesServiens, résolut iVy rentrer. Préalimpen*avoiti>as survécu à son mail re, et la mort de lit habile capitaine malliplioit les chances en faveur de Kicéphore. Ne pouvant pas plus avoir recours à l'empcficor qu*au prince Mathieu , tous deux occupés à se surveiller mutuellement, il ne se découragea pas, quoique réduit à Be$ propres forces. Il équipe des galères , confie à la princesse sa femme la garde d^Aine, part avec dos troupes, entre dans la Thessalie, et devient en peu de bmps maître de cette province, dont les habitans préfc- /nient les Grecs aux Servicns.
/ Pendant que tout lui réussissoit , un homme obscur, 9ommë Limpidaire, auquel il avoit donné le commandement de sa flotte, le trahissoit , et soulevoit les matelots contre lui. Il leur proposoit deux choix, entre lesquels ils ne dévoient pcis hésiter. Leur n)oulrant d'un cAtr la Thessalie , il leur faisoit voir de la fatigue , des dangers , des blessures sans récompeuM^s ; de l'autre , la ville d'Aine , où, sans obstacle , ils trouveroient des richesses et du repos. Ils mirent donc à la voile, et ne lardèrent pas à revoirie port dont ils étoient sortis p<;u de jours auparavant. La ville ne fit aucune résistance. Limpidaire s'en déclara le souverain , pcr^écuta les partisans du despote, qui furent , ou tues , ou pillés , ou chassés. La princesse étoit réfugiée dans la citadelle avec la garnison, qui s'y défendit vigoureusement. Limpidaire it de vains efforts pour la prendre. Il fut obligé , pour se délivrer d'un voisinage aussi incommo<le , d'accepter les conditions qu'on lui proposa : il s'engagea par ; ment à protéger la sortie de la princesse ; à ne pas s 9r qu'on fit , , soit à elle , soit aux siens, le idre t< •
Elle s'embarqua pour C< ini ie^ S9
Hélène et Paléologue lui Qrçnt i
9a HISTOIRE DU BAS-EMPIRB.
s'être reposée pendant quelques jours, elle se rendît Thessalie , auprès de son mari. Elle en fut très-bi^^ reçue; et tous deux vi voient en bonne intelligence#, lorsque Tambition et Fintrigue vinrent troubler lem union. La possession de la Thessalie pouvoit, et nièmST tôt ou tard devoit être contestée. Nicéphore se Tassun *' et même celle de TÂcarnanie et de plusieurs villes , épousant la veuve du craie : mais sa femme étoit mit obstacle à Texécution de ce projet , et Nicéphore la prit^^ en aversion. Gomme Tusage ou les lois rendoient divorce facile en Servie, il ne s'arrêta point, et fit démarches auprès de la douairière pour obtenir main ou celle de la sœur de cette princesse. La fille d^ Gantacuzène dévoroit cet outrage en secret , ne sortai point des bornes de la modération, ne faisant méi entendre aucune plainte, parce qu'elle espéroit que mari ne consommeroit pas cette iniquité. Mais elle a prit bientôt que l'affaire étoit conclue ; qu'elle devoifj être abandonnée et livrée aux Serviens ; enfin qoé'^' Nicéphore alloit épouser la sœur de la veuve du crâlé.' Alors elle crut devoir veiller à sa conservation. Elk dépêche un courrier à Manuel , despote , son frère , qui "■ lui envoie un vaisseau. Elle fut conduite aux acclama- ^ tions des Acarnaniens et des Albanois , moins à cause ' de son mérite personnel, dit Gantacuzène, qu'àcaust~^ de t admiration profonde de tout V Occident pour s(mpère l'empereur Gantacuzène , depuis mêrrie qu'il açait * renoncé à t éclat de la dignité impériale , et qu'il s'étmt retiré dans la solitude ^. La conduite de Nicéphore fiit '*^ généralement désapprouvée. Le peuple même prit fait " et cause pour la princesse. Son mari n'avoit pas voutn voir que, s'il avoît si facilement conquis la province» il ' le devoit beaucoup plus à la haine qu on portoit aux ' Serviens, qu'à son propre mérite, et on le lui fit sentir ^ par des menaces. Les Albanois exprimoient hautement '
^ HÎBt. de GantaoQzène , Ut. 4» cbap. 4^.
HISTOIRE DU BAS-EMPIRI. gS
iXMT indignation. Soit qu*il eût peur , soit qae la prinesse de Servie se rétractât, Nicéphore fit prier sa »Diiie de venir le rejoindre , lui promettant de vivre vec elle comme par le passé, et témoignant un repentir iocère. Elle oublia tout , et fit des préparatifs pour son etour. Il vouloit , avant son arrivée , se venger des Altanois , afin qu^ls ne crussent pas qu'il ne reprenoit a femme que parce qu'il lescraignoit. Il marcha contre ux 9 après avoir réuni à ses troupes des Turcs récemnent débarqués en Thessalie. Les deux partis en vin- 'ent aux mains dans un lieu nommé Ahéloïs. Au commencement de Taffaire , Nicéphore (îit tué , et ses ronpes, découragées, cherchèrent leur salut dans la fuite. Sa femme apprit cette nouvelle au moment où elle illoit partir de la Morée pour venir en Thessalie. Ac* râblée de douleur , elle s'embarqua pour Constantin luiple , et s'enferma pour le reste de ses jours dans le monastère de Sainte-Marthe , auprès de l'impératrice sa mère.
Son frère , le prince Mathieu , songeoit à s'assurer des alliances en Servie , lorsqu'il fut prévenu par plusiears seigneurs qui lui faîsoient o£frirde lui livrer les villes de Mygdonie, et le prioient de venir. Boicnas, le plus puiss<)nt d'entre eux, Taverlissoit de la marche qu'il devoit suivre, lui annonçant que le gouverneur de Phères devoit remettre entre ses mains celte ville , ainsi que la veuve du crâle et tous ses trésors. Il le pressoit de venir prendre possession de cette place et des autres. Transporté <le joie de la tournure que prenoient ses affaires, Mathieu remercia Boicnas, et lui répondit qu il seroit près de lui dans un mois , et qu'il étoit obligé de prendre ce délai pour attendre des Turcs que devoit lai faire passer son beau-frère Orchan. Les ambassadeurs qu'il avoit envoyés à ce sultan le trouvèrent près d'Oviédo. Orchan avoit en ce moment près de lui cinq mille Tores , levés en différen|es satrapies, avides de
pilldge J et le demandant à grands cris. Le saltaû adressa de suite à Mathieu. Celui-ci , qui né \és Mi doit pas encore , ftit surpris de leur prompte âtrivAf, craignit qu'ils ne fussent impatiens de la diseipi militaire. Il lui falloit do temps pour réunir les* ayant pris des mesures pour ne partir que dànf mois. Il voulut faire attendre ses alliés ; mais ils le naçoient de ravager ses terres , d*il ne les menoit à l'i stant sut celles de l'ennemi. ObHgé de céder et de avec eux , îl fit promettre à leurs commandans de commettre aucun dégât sur les pays qui se souni troient , et s^engagea de son côté à les récompi libéralement de leur retenue. Â son départ il eiiv< prévenir Boicnas de ces nouvelles dispositions. Gè gneur, qui portoit le titre de César, étoit près de Drài lorsqu'il rencontra les ambassadeurs. Il passoitau noi^ moment un détachement de Serviens, qu'on envby< à Phères. Le César se mit à leur tête , allant amA devant de Mathieu , qui de son côté s'avançoit avec Turcs. Ceux-ci , ne tenant aucun compte des avii des représentations du prince , attaquent les Servîei»',^ et forcent l'empereur de se battre avec eux. Au premier! choc leur commandant fut tué; ce qui mit le désordre danlj leurs rangs. Ils se seroient même débandés , si le prilic^ n'eût désigné un de leurs principaux officiers pour remplacer leur chef, et s'il ne les eût ramenée au coilô^^ bat. Il s'élance contre les Serviens , en tue plusieurs ,^ et contraint les autres à se retirer sur Phères. Comme II' nuit approchoit , Mathieu fît arrêter ses troupes prèi^ du fleuve Panacte , où devoit se rendre d'ailleurs an dé* ' tachement de Turcs qui^ dès le matin , s'ctoient dispersés pour piller. Ils n'avoient point pris pari à Taffaire : ils ;irrivoient précédés de bestiaux et chargés de butiih' Leurs camarades , les prenant pour des Serviens , sont saisis d'uile terreur patiique , et fuient précipitamment vers la ville de Philippe». Construite au pied d'une moO*
esearpëe, ayant un marais en avant , cette ville 'avoft d'issue que par une chaussée très-ëtroite , sur elle se pressoient les fuyards. L'empereur faisoit ses efforts pour les rallier et les ramener contre les îeoa : maris la peur les rendoit sourds. Ils se trou-' Bt bientôt entre les habitans , qui tombèrent sur Nx , et les ennemis qui arrivèrent. Le cheval de Malien étant tombé, ce prince dot la vie à Cyparissiote, ui loi donna le sien. Près de la porte de Philippes il tmve des soldats qui s'opposent à son passage. Sachant n'en vonloit s'emparer de sa personne , il se cache dans fis roseaux. Les habitans , avertis de la présence du rince par Jacoras, un homme de sa suite qulls avoient tit prisonnier , mettent des chiens à sa piste , le fcoovrent et l'emmènent. Boicnas le prit avec lui F teodemain , le conduisit à Dramas , lui promît la berté , et lui rendit de grands honneurs. Comme il nignoit que la veuve du crâle ne voulût avoir le prince vec'en sa possession , il alla la trouver pour la prier de r laisser entre ses mains , espérant d'en tirer une bonne ançon.
Paléologoe fut informé, pendant qu'il croisoit detat Ténédos pour opérer la délivrance de Chaiille , de F prise de Mathieu. Sans perdre de temps il se rend à ^âriihéorion , d'où il reçut la soumission de la ville de lomutzène. Les habitans de Gratianopole , voyant que e prince ne pourroit plus venir à leur secours , reçurent 'empereur dans leurs murs. La possession de cette ville iBt en sa puissance Irène, femme de Mathieu, ses lenx fils, deux de ses filles; Théodora, l'aînée, étant Mée avec l'impératrice Eugénie, son aïeule. II les traita Mrec tous les égards qui leur étoient dus , et , sans leur Htr de ce qui leur appartenoit , les fit partir pour Té- ÏUos, Après avoir nommé un gouverneur à Gratiano- |Dle, et pris des mesures pour la sûreté de cette ville » B revint à Périt héorion. De cette place il députa vers
Boicnas des ambasssadears chargés de faire. à ce m* gneur serviea les oGFres les plus brillantes, s^il vooioil livrer Mathieu. Boicnas fit voir dans cette circonstance les motifs pour lesquels il avoit recherché TamitU de ce prince. Apprenant que sa femme et ses filles étoioU au pouvoir de Paléologue, et voyant que Mathieu ne lui seroit jamais d'aucune utilité , suivant toute appa^ rende y il vendit indignement le prince quUl devoitpl tôt considérer comme son hâte que comme son pri nier. Il étoit son allié, leurs troupes ne s'étoient batt que par méprise ; il Tavoit plutôt trouvé que pris : soi aucun rapport le prince grec ne pouvoit donc être coi déré comme le prisonnier de Boicnas, qui viola led des gens à son égard. Il le vendit ,et, pour s^assurer Ti pnnité de son crime, il vôuloit , par une précaution bare , faire crever les yeux du prince. Comme la de la vub entrainoit avec elle celle du trône , le Se crut plaire à Paléologue en lui proposant d'en priirc^' son rival. Si Ton veut se reporter à ce siècle , se pénétrai' des idées des Grecs, de leur usage, de Tindifférence 4f^ de la facilité avec lesquelles leurs princes commettoienl' ce crime imparfait; si Ton veut se rappeler que le jennf prince avoit dans le chef de sa famille une autonlè plutôt qu'un exemple ^; qu'il alloit, par son consenl0f ment , se délivrer d'un rival qui pouvoit redevenir daiH' gereux , on sentira tout le mérite de son refus. Ne dii^ simulant point au perfide et cruel Boicnas l'horreitf que lui faisoit éprouver sa demande , il lui déclara avec une énergique indignation qu'il ne vouloit point ai
' Michel Paléologue avoit eu pour motif, en commettant ce crime sur l'infortuné Lascaris , l'établissement de sa famille, à qui le trône fut assuré par cette odieuse manière :
Jean pouvoit devoir au môme crime la conservation de ce trône , et son rival étoit un véritable usurpateur.
Michel étoit une autorité pour petit-fils , parce que les Paléologoei dévoient le regarder comme no U* ros , comme un grand hooime, poih qu'on ne lui a pas contesté de gra><N qualités. Il faut peser toutes ces circonstances pour bien apprécier II conduite de Jean.
DisToiEE DU bàs-^eupire. g*)
Mathieu , si sa personne n'étoît respectée. Paléologue résista niênie aux Grecs ; et le témoignage de Canta^ cdzène, irrécusable dans cette occasion « doit être rapporté. « Quand Mathieu fut ( dit-il ) sur les galères de « Paléologue, les Grecs le vinrent supplier de lui faire f crever les yeux pour se délivrer des dangers de la « guerre , et^'pour ôter tout prétexte de division, ceux qui « doniioient ce conseil n^agissoient pas tous par le m mênie motif. Les uns le donnoieut par une haine vio* « lente dont ils étoient animés contre lui; les autres se « portaient à cet avis si cruel par le seul désir d'acquérir ft les bonnes grâces de Paléologue , et rie mériter des ré- « compenses. Enfin, d'autres le suivolent par la crainte « de passer pour ennemi de Tempereur, s'ils s'oppa> « soient à ceux qui paroissoient ses amis passionnés. « Paléologue donna dans cette circonstance non-seule- « ment des preuves de sa douceur , de son humanité , de « son équité, mais aussi de sa valeur, de sa générosité, « de sa prudence* Bien que les deux empereurs eussent « porté la guerre à un tel excès que leur colère sem- «^bloit implacable, et bien que chacun d'eux eût été « raçi de la mort de son compagnon ^W fit néanmoins pa- « roitre tant de grandeur , de courage, lorsqu'il fut vic- « torieux , que, bien qu'il eût son ennemi entre les mains * « il se contenta de trouver sa sûreté dans sa défaite, au « lieu de chercher sa vengeance dans son supplice. Il se « procura cet hognëur solide dans l'esprit de tous les « hommes de son siècle, et cette gloire immortelle^ dans •( le jugement de tonte la postérité, d'avoir sauvé son « ennemi. A moins que d*avoir une générosité el unefer^ n meté tout extraordinaire ^ il rt' aurait jamais pu re^ • jeter un conseil qui lui et oit donné avec un consente-' ■ ment général , cumme le plus équitable et le plus « salutaire qu'il pût jamais prendre. Méprisant donc •« tous ces avis, il mène son beau-frère à Tile de Té- *( nédos, et , lui ayant permis d y voir sa femme et ses
IIIST. DU BAS-E3IP. TOM. XIL 7
TiB lllSTOlhK 1)0 DA8*RMPinr..
tf enfAns, il l*cnvoya à l*lie <le Lesbos, où il le fil gardcf " dlroitciiicnt »>. «
P«ili^olo{;ue, «ipn>A «nvoir mis rn sArctd Mnlliieii, fit une visite à son l)e««ii-|ièi'e au monastère de Maiifçane. il lui rcMidit compte de ee qii^il avoit fait pour son fils, lui dit qu'il avoit résidu tie le traiter humainement, et que , s'il ni'apprihendoit tïilre accusé (t hhprudence et d'indiscrétion , il le meiiroii en liherié, Cantacuzèiie lut tint un lonfç di.scours pour le remercier, et pour l'exhorter à faire sortir Mathieu de prison. Uans ce discours, qu'il nous a conservé comme beaucoup d*autres, il a la maladresse de donner à son {gendre des motifs moins propres à lui faire rendre la liberté qu*à en prolonger la perte, et peut-être m(^me à faire repentir rcnipereur de sa générosité. » Si vous le tenez sous len ^ fers( lui dit-il ), on ne sait s^ilnetrouveroit pas moyen « de s'échapper; on ne sait non plus s'ij ne remporte- «' roit point la victoire. I^iusieurs ont acquis de IVxpé' " rinnce par leurs malheurs, et se S4>nt rétablis dans «c leur première fortune. Le soin de le gardor ne vous " donnera repos ni jour ni nuit. Si vous étiez enlevé par « une mort prématurée, la condition de vos enfanssr* M roit t4>ut-à-fait <léplorable. (^^Tarriveroit-il, sinon que «« Mathieu captif seroit choisi pour gouverneur? On n'a «c pas setdement à craindre la conspiration des grands « lorscpTon les mécontente, mais on a aussi à craindre « la perfidie de ceux à cpii l'on cdnie des prisonniers « d'état. Outre que les hommes aiment naturellement <« les nouveautés, il faut se défier d'eux quand ils troii- «< vent des personnes qui peuvent les délivrer des maux n qu'ils souiïrent, ou leur donner les biens qu'ils déi»!- «c rent. >* (]es considérations, presque menaçantes, et qui ôloient à Paléologue tout le mérite en remplaçant ht
* Iliht. de (l.iiitQ':uzùne , liv. 4 « lutter coiiirc; ropinioii gûnuralc. I. Vic-)ia|». 4'''* Il ii(-iiil)(iT<ii( , au ra]>|)(irt v.i"\ dcn ('io^^t'M du Orfiilucuxunc iail if'* riiinturîtrii, ((ui* L'«*ltul';g'it* cQt a inîiri' |>lij<i «l'une rtUcxiun.
iltSTOIIlE DU BAS-EM^IRB. §9
jsîlç par lintérct , éloienl lorminécs par des pros de dévouement an noru de Mathieu , mais noa lie de renoncer à la couronne , et Ton verra bien^ e ce n'étoit .point en effet Tîntentioa du prison-
Igré les raisons que donnoit Cantacuzène, le jenn^ reur, qui vouloit exaucer ses désirs ^ songeoit au^ ns de le faire , lorsqu'il en fut empêché par un incibizarre , inexplicable , d'après rinsurBsance dé^ ignemens qui nous ont été transmis. ^ Séjau , Tua omestiques de Çantacnzène , étant allé trouver ératrice Eugénie dans le monastère de Saintehe, la prévint contre les promesses de Paléologuç, ira qu'on ne pou voit s'y fier sans la plus grande udence , et que , si l'on vouloit que la liberté fut Je à Mathieu , il falloit un autre moyen qiie celui-là. rant ensuite , il propose de se charger de cette eotremoyennant une somme d'argent peu considérable, Higage non-seulement à délivrer le prince, mais rétablir sur le trône. Eugénie, qui avoit renonce grandeurs de ce monde , dut répondre , comme le ^nd Cautacuzène, avec indi^Biion , et par des rehes adressés à Séjan sur soflWravagance à vouloir êler d'une affaire qui était au-dessus de ses forées ; demander de se tenir en repos, et lui faire des aces. Elle avoit peut-être un autre devoir à rem- ^et qu'elle oublia; c'étoit de dénoncer Séjan, et de ; connoi(re ses intrigues, au lieu de garder vme dision fort déplacée , si elle ne parut pas suspecte. Séjau int coiHpte ni des a\is ni A^% menaces d'Eugénie; il va des complices, et forma bientôt une véritable ipiration, dont le but éloit de chasser, en l'absence ^aléologue , les gardes du palais , de s'emparer de Timitrice Hélène et des enfans, de les garder comme
par Canlacuzène et Mathieu voit ncrcssairemeat ei^b^oir plu9 ni. Le premier f ouvoil j et de- que Ife sccoodi
loo iiij^ToinK nu iuk-p.mpiuk.
btages,(!t , prir leur moyen , <le tenir IVmpercuren rcs«* j)(*rt. On clevolt les <^g<>rK<*i*t a*>I "C rcndoit pas à aon heaufri*vo la libiMii^, le gouvernement «rAmlrinople, et la fioiiverainct<$ sur une portion de Tenipire. Afin «le le faire nn parti, rel insrnsé , dit (^intaenxene, y/i/.fo// accroire que c'éioil nn moyen d mirer bien m^ant dans les bonnes grâces de Mathieu (pie de s'exposer pour ses intérêts h un si extrême péril, (^e complot fut bientôt découvert, et St'jan arrêté. Pressd de d(fbigner «es complicci, iln(»mma Timpératrice Eugénie, (pi*il accutade l'avoir séduit par lej» promesses les plus brillantes; et faisant observer que , pauvre et dépourvu de moyens ^ il lie pouvoit /^tredans une |)arcille entreprise que Tinstrument de quelque persotmage puissant. « L*a(Tairei dit « Cautaruzèue ", parut fort fâcheuse à Tempereur; car « il jugea d*un rAlé que, si l'impératrice n'avoit point de « part à la conspiration , c*étoit mm calomnie atroce de « Ten accuser; et que, si elle y avoit part, c'étoit une « ingratitude odieuse, puisqu'il la chérissoit tendrement, « et qu'il avoit dessein de lui rendre son fds. Se dou- » tant (|ue c*étoit une fausse accusation , il interrogea « Séjan, le pressa çlÉUire s'il n*avoit point charge ca« « lomnieusemeut Pl^ératrice Kugénie, et permit aux «< plus considérables de la cour de Tinterroger aussi* « Séjan répondit ronstanunent que tout ce qu'il avoit « dit étoit vrai; que l'impératrice Kugénie étoil à la «' tête de lu conspiration ; qu'elle en avoit formé le n projet et préparé les moyens. Il appuya ses réponses « par des conjectures si probables, qu 'il laissa de violens « soupçons^ dans les esprits contre t innocence de cette
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(Klht Niii((ulièrc* uvL'iiturc. 11 n'y u en ^ C/futCmUacuUittis (|ut «Viprimi
«nv I «ucuriQ probuliililtî c|U(: S«JNii aiiiNÎ ; cV»! un ilt; iit*« dommliqua*
jouùl le priiw'ipui niU; du(i« <■« (.oui^ qui pruiluil ce» eiïvt» , milgré U
|»lul. M'il ^l'uiiiioii k l'iiuii du Ma- kuititctrf d'une rciiio t\uï m piii uw
ihiva f l'un cioil duuu lilvu «ui dcf loiitaiiemeni io voiU* \
niSTOIRE DU BAS-EMFIRE. ÏOk
;»Thr/5^r.Le patriarche Caliixte, étant venn par hasard an palais dans le terops qu'on Tinlerrogeoit , Séjan le pria de prononcer contre lui une sentence d'excomr iniinication , afin que la terreur des foudres de TEglise le forçât à déclarer la vérité. L'empereur consentit à rexcommuniration, dans la croyance que cet homme n*auroit pas si peu de soin de son salut que d'accuser Classement l'impératrice quand il verroit le^ foudres de l'église sur sa tête. L'excommunication ayant été prononcée, il assura plus positivement qu'auparavant ce qu'il avoik dit ; ce qui fit une plus forte impression sur l'esprit de l'empereur que toute autre chose, et le fit douter de Tinnocencede l'impératrice. 11 commanda de garder Séjan dans une étroite prison . et difiFéra de mettre Mathieu en liberté, de peur qu'il ne se joignit à sa mère qu'il croyoit avoir conspiré sa perte. Quelqoelque temps s'étant écoulé, Séjan fit une sérieuse réflexion sur l'atrocité de ses calomnies, appréhen^ dont que F excommunication qui avoit été prononcée contre lui ne fût suivie d'une damnation éternelle. Il écrivit par un de ^s amis au patriarche, et lui manda qo'il avoit accusé calomnieusemeut l'impératrice, bien qu'elle n'eût eu aucune part à la conjuration ; qu'il avoit indiscrètement attiré sur lui-même la sentence d'excommunication; que, reconnoissant en quelle abtme il s'étoit plongé par sa faute, il en demandoit humblement pardon. Celui à qui il donna sa lettre étant un homme fort adroit, et qui savoit se servir avantageusement des occasions, fit réflexion qu'en la rendant au patriarche , il n'obligeroit que Séjan, au lieu que, la mettant entre les mains des empereurs^ il ohligeroit l'impératrice Eugénie, et il mettroit Mathieu son fils en liberté. Il l'alla porter à l'impératrice Eogénie , qui l'envoya aussitôt à Cantacuzène, par qui elle fut montrée à l'empereur Paléologue. Ce prince fat ravi de joie de reconnoifre la vérité ^ et | k,
«" rhenre théine , il songea sérieusement à tirer Mathieu; «r son beau-frère , de prison. Ayant été néanmoins obligé « de faire un voyage à Thessalonique , dès qnil en fuf M de retour il le lit venir à Epîbate , qui est un fort près «de Sélivrée, pour avoir la commodité de Tentre- « tenir ».
Avant de continuer ce récit nous devons avertir qd'it ' tiVst plus question du complot ni du conspirateur; que rhistorien ne dit pas si Séjan fut puni, et ne donne pas d'autres détails 9 se mettant peu en peine d'expliquer plusieurs invraisemblances ^. Celui qui )oue le plus beau rôle dans cette aventure est Paléotogue, proba^ bletnent contre le gré de Thistorien , mari d'Eugénie cl père de Mathieu. Lia conduite de ces trois personnages ' présente quelque chose de louche ou d'équivoque, qui n'est rien moins que détruit par le témoignage d'un contemporain , c'est-à-dire de Mathieu Yiilani, négodant de Florence. Il ne donne pas plus de renseignemens que Cantacuzène sur cet événement ; mais il prétend que cet empereur n'avoit pris Thabit religieux que pour mieux persuader qu'il n'avoil aucune ambition, et pour tramer dans Tombre avec plus d'impunité des complots contre Jean Paléologue, afin de remonter sur un trône dont il ne seroit pas , dans cette hypothèse , descendu d'aussi bonne grâce qu'il a voulu le faire croire. Pour savoir maintenant quel degré de confiance méritent les Villani, je dois choisir un écri-
' Telles que cellcs-CL Séjan , pour prouver son innocence, provoque rcxcommunication : quelque temps liprès , ïa crainte d*èlrc damné lui l'ait déclarer qu'il a calomnié l'impérairice. Il est bien peu i^robablc qu'un bomme susceptible de pareille «Crainte joue avec tant de suite et fie présence d'esprit un rôic qui de« nandoit tant de combinaisons y tant 4e calcul , une si profonde d^Àimu-
lation, et ceUe grande expérience qui supposoit un bomme consomjmi dans le crime. Séjan ou Gantacuzèno ont fait remarquer combien il étoit invraisemblable qu'un domestique conçût de lui-même un si vaste plan* Il faut encore remarquer que l'bistorien convient qu'Eugénie avoit cti la visite de Séjan; qu'en le ropoo«« sant elle avoit conservé une discret tion q(4 favorisoit le complot. '
HISTOIRB DU BAS-IMPIRI. loS
vain connu pur son amour pour la vérité, Texaclitude de ses recherches, réléf^ance de son style et la justesse de sa critique. Voici donc ce que dit M. Ginguené^ dans son Histoire iiUéraire d'Italie « , sur Villani c « Lorsqu'il traite des faits arrivés de son temps ou dana « les temps voisins , personne n'est ni mieux instruit « ni piMU digne de foi partout où Tesprit de parti no f « rëj^re pas. Mais il étoit trop fortement attaché aur I « Guelfes pour que les lois de la bonne critique per- « metfent de le regarder coinme impartial quand il « parie <le son parti ou du parti contraire. Ecrite avec « utie sorte de dignité, quoique dans un style naïf et * simple , la chronique des deux frères va jusqu'à Tan « i364. Elle est rangée, pour le naturel et la pureté du « style, parmi les principaux livres classiques italiens. « Caotacuzène étant étranger aux Guelfes comme aui: Gibelins, Villaui ne peut être accusé de partialité dans k langage qu'il tient sur ce prince. Si personne n'est mieux instruit ni plus digne de foi quand il truite des faits arrivés de son temps, que penserons-nous de Can* tieuiène qu'il représente comme inirigojit avec Mathieu pour remonter sur le trône ^ , et tramant , étant moine > une conspiration qui fut découverte?
La nécessité de rapporter tout ce qui fait essentielle<ment partie de l'examen de la conduite de Cantacuzène doit servir d'excuse à cette digression. Laissons reprendre à cet historien sa narration. Paléologue s'entretenoit avec Mathieu. «< Il lui propose de renoncer à Tempire, « de se contenter des premiers honneurs après ceux que « Ton rend aux empereurs, de précéder ses eiifans à la «réserve dWudrouîc, de preudre tel habit nouveau qu^il vouloit inventer , et de repousser avec indigna:- « lion ceux qui le Iraiteroieut en empereur. Mathieu
' Tom. a, pag. 3o3, 3o5. Toni. 2», daot Icjt iivrc« , a c hap. «S; Uv. 4 » f*^' i>9. ckap. 4^, cl Uv^ JLO, olup. 7&
* Il est qneitioo de CaoUicuiène
109 histoihe dc sAs-EsiPinr..
• rheitreiriln)e,ïlsoDgea sérieusement k tirer M'
- ion beaa-frère,<Ie prison. Ayant élé néaninoim <• (le fiiirc lin voyage â Thesealoiiique, dès qu'il
- Jt! relonr il le lit venir à Epîbute , qni est tm 1 " de Sëlîvrtfc, pour avoir la commocUtii <le ■ tenir ».
Avant de continuer ce récit nniij devons avi. n'est pliis question du complot ni du conspir. l'historien ne dit pas si S^jnn fut pnni, et ne d'autres détails, se meltant peu en peine • plnsieurs In vraisemblances •■. Celui qui )' l>cau rôle dans cette aventure esl Paléolo^, bièment contre le ç,vé de l'iiislorit-u , mari père de Mathieu. La conduile do ces (roi. pr^seule quelque chose de louche ou d'ëi, n'est rien moins que détruit par le lén' contemporain, c'est-à-dire de Mathieu '*' ciant de Florence. Il ne donne pas plus umens que Cantacazène sur cet évëoem prétend que cet empereur n'avoit pris l'h. que pour mieux persuader qu'il n'avoit tion, et pour tramer dans l'ombre avec nité des complots conlre Jean Pal<-<
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T;8 histoire du bas-empirs.
*€ enfans, il l'envoya à Tlle de Lesbos, où il le fitgardefr « étroitement ». «
P^iléologue, après avoir mis en sûreté Mathieu, fit une visite à son beau-père au monastère de Mangane. Il lui rendit compte de ce qu'il avoit fait pour son fib, lui dit qu'il avoit résolu de le traiter humainement, et que , s'il n'appréhendoii d'être accusé d ithprudenct H d^ indiscrétion y il le mettrait en liberté, Cantacuzène lui tint un long discours pour le remercier, et pour l'exhorter à faire sortir Mathieu de prison. Dans ce. discours, qu'il nous a conservé comme beaucoup d'antres, il a la maladresse de donner à son gendre des motifs moins propres à lui faire rendre la liberté <|u'à en prolonger la perte, et peut-être même à faire repentir l'empereur de sa générosité. « Si vous le tenez sous les « fers ( lui dit-il ) , on ne sait s'il ne trouveroit pas moyen w de s'échapper; on ne sait non plus s'ij ne remporte- « roit point la victoire. Plusieurs ont acquis de l'expë- « rience par leurs malheurs, et se sont rétablis dans « leur première fortune. Le soin de le garder ne vous « donnera repos ni jour ni nuit. Si vous étiez enlevé pdf « une mort prématurée, la condition de vos enfansse- « roit tout-à-fait déplorable. Qu'arriveroit-il, sinon que « Mathieu captif seroit choisi pour gouverneur? On n'a « pas seulement à craindre la conspiration des grands « lorsqu'on les mécontente , mais on a aussi à craindre « la perfidie de ceux à qui l'on confie des prisonniers « d'état. Outre que les hommes aiment naturellement « les nouveautés , il faut se défier d'eux quand ils trou- « vent des personnes qui peuvent les délivrer des maux «r qu'ils souffrent , ou leur donner les biens qu'ils ilési- «( rent. » Ces considérations , presque menaçantes, et qui ôloient à Paléologue tout le mérite en remplaçant Ll
' Hist. de Cantacuzène, liv. 4 « luttercontrc I*ùpmion générale. L'ezdiap. 45. 11 serableroit, au rapport ces des éloges de Cantacuzùnc fait de rhibturieD) que P<iUolo^uc eût à naître plus d'une réflexion.
btSTOlUE DU BAS-EMt»iaÈ. 99
géoërosilé par l'intérêt, éloîcnt tcrn)inées par des promesses de dévouement an nom de Mathieu, mais non pas celle de renoncera la couronne, et Ton verra bien-» tôtqtiece n'étoit point en effet l'intention du prison-" nier.
Malgré les raisons qno donnoit Cantacuzène , le jenn^ empereur , qui vouloit exaucer ses désirs , songeoît au^ moyens de le faire , lorsqu'il en fut empêché par un incident bizarre, inexplicable, d'après l'insuffisance dé^ renseignemeos qui nous ont été transmis. ^ Scjan , l'ui^ des domestiques de Cantacuzène , étant allé trouver l'impératrice Eugénie dans le monastère de Sainte- Marthe, la prévint contre les promesses de Paléologuç, l'assura qu'on ne pouvoit s'y fier sans la plus grande imprudence , et que , si l'on vouloit que la liberté fut .rendue à Mathieu , il falloit un autre moyen que celui-là. S'offrant ensuite, il propose de se charger de cette entreprise moyennant une somme d'argent peu considérable, et s'engage non-seulement à délivrer le prince, mais à le rétablir sur le trône. Eugénie, qui avoit renoncé aux grandeurs de ce monde , dut répondre , comme lé prétend Cantacuzène, avec indiJflbion, et par des reproches adressés à Séjan sur soMVravagance à vouloir s€ mêler d'une affaire qui était au-dessus de ses forces ; lui demander de se tenir en repos, et lui faire des menaces. Elle avoit peut-être un autre devoir à remplir^et qu'elle oublia; c'étoît de dénoncer Séjan, et de faire connoitre ses intrigues, au lien de garder une discrétion fort déplacée , si elle ne parut pas suspoxtc. $éjau ne tint compte ni des avis ni des menaces d'Eugénie; il trouva des complices, et forma bientôt une véritable conspiration, dont le but éloit de chasser, en l'absence de Paléologue, les gardes du palais , de s'emparer de l'impératrice Hélène et des enfans, de les garder comme
'^ Par Canlacuzène et Mathieu voit néccssairemeot cx^ApTOtr plus VilIanK Le premier pouvoit j et de- que Ib second*
lOO filSTOIRE Dt BAS-EMPIR£.
btages, et , par leur moyen , de tenîr l'empereur en rei^ pect. On devoit les égorger, s'il ne rendoît pas à son beaufrère la liberté, le gouvernement d'Andrinople, et la souveraineté sur une portion de Tempire. A6n de se faire un parti , cet insensé , dît Cantacuzène, faisoil nccToire que c^ était un moyen d entrer bien avant dans les bonnes grâces de Mathieu que de s^ exposer pour ses intérêts h un si extrême péril. Ce complot fut bientôt découvert , et Séjan arrêté. Pressé de désigner ses complices, il nomma Timpératrice Eugénie, qu'il accusa de ravoir séduit par les promesses les plus brillantes; et faisant observer que , pauvre et dépourvu de moyens,' il ne pouvoit être dans une pareille entreprise que Tinstrument de quelque personnage puissant, « L'affaire , dit « Cantacuzèné ^, parut fort fâcheuse à l'empereur; car y il jugea d'un côté que , si l'impératrice n'avoit point de :« part à la conspiration , c'étoit une calomnie atroce de ^ ;«« l'en accuser; et que, si elle y avoit part, c'étoit une :<K ingratitude odieuse, puisqu'il la chérissoit tendrement, ^ et qu'il avoit dessein de lui rendre son fils. Se doti^ « tant que c'étoit une fausse accusation , il interrogea « Séjan , le pressa dÉUire s'il n'avoit point chargé ca- « lomnieusement l'il^ératrice Eugénie, et permit aux <t {5lus considérables de la cour de l'interroger aussr. « Séjan répondit constamment que tout ce qu'il avoit « dit étoit vrai ; que Fimpératrice Eugénie étoît à la « tête de la conspiration ; qu'elle en avoit formé le « projet et préparé les moyens. Il appuya sé^ réponses « par des conjectures si probables, qu'il laissa de violens « soupçons ^ dans les esprits contre t innocence de cette
•** Liv. 4 » chap. 47» ^ e** néces- dispositions de ce prince F on comp—
taire de suivre dans tous ses détails toit donc sur son approbation f celle singulièreaventure. Il n*y a en * C'est Cantacuzèné qui s'exprim^^
eOet aucune probabilité que Séjan ainsi; c'est un de ses domestique^
jouut le principal rôle dans ce com- qui produit ces effets , malgré U
plot. S'ilSiormoit à l'insu de Ma- sainteté d'une reine qui a pris vor
tbieù, Ton éloil donc bien sùr^dca lontairemctuie vQï\ii\
HISTOIRE DU BjiS-£MPIR£. lOà
« /inîirr^^r.Le patriarche CalHxte, étant venu par hasard « au palais dans le terops qu'on Tinterrogeoit , Séjan le « pria de prononcer contre lui une sentence d'excom* « munication , afin que la terreur des foudres de TEglise « le forçât à déclarer la vérité. L'ennpereur consentit à « Texcommuniration, dans la croyance que cet honiinc « n'auroit pas si peu de soin de son salut que d'accuser f faussement Timpératrice quand il verroit le^ foudres « de Tëglise sur sa tête. L'excommunication ayant été « prononcée, il assura plus positiveipent qu'auparavant « ce qu'il avoit dit ; ce qui fit une plus forte ioipressioa « sur l'esprit de l'empereur que toute autre chose , et le « fit douter de 1 innocence de l'impératrice. Il commanda « de garder Séjan dans une étroite prison . et différa dç « mettre Mathieu en liberté^ de peur qu'il ne se joignit « à sa mère qu'il croyoît avoir conspiré sa perte. Quelf « quelque temps s'étant écoulé, Séjan fit une sérieuse « réflexion sur l'atrocité de ses calomnies, appréhen^ « dani que rescommunicQiion qui avait été prononcée « contre lui ne fût suivie d'une damnation éternelle. Il « écrivit par un de ses amis au patriarche, et lui manda « qu'il avoit accusé calomnieusemeut l'impératrice, bien « qu'elle n'eût eu aucune part à la conjuration ; qu'il « avoit indiscrètement attiré sur lui-même la sentence «d'excommunication; que, reconnoissant en quelle « abîme il s'étoit plongé par sa faute, il en demandoit
• humblement pardon. Celui à qui il donna sa lettre "étani un homme fort adroit, et qui savoit se servir « avantageusement des occasions, fit réflexion qu'en la «rendant an patriarche , il n'obligeroit que Séjan, au « lieu que 9 la mettant entre les mains des empereurs,
• il obligeroit l'impératrice Eugénie, et il mettroit Ma- « thieu son fils en liberté. Il l'alla porter à l'impératrice « Eugénie , qui l'envoya aussitôt à Cantacuzène, par « qai elle fut montrée à l'empereur Paléologue. Ce « prince fat ravi de joie de reconnaître la vérité ^ et | ^
iô9 HISTOIRE DÛ BÀS-^EMPIRE.
«- rheuré méihe, il songea sérieusement à tirer Mathieu; «r son bèau-frère, de prison. Ayant été néanmoins obligé « de faire un voyage à Thessalonique , dès qu'il en fîif M de retour il le fit venir à Epibate , qui est un fort prè^ «de Sélivrée, pour avoir la commodité de l'entre- « tenir ».
Avant de continuer ce récit nous devons avertir qu'il tiVst plus question du complot ni du conspirateur; que rhistorien ne dit pas si Séjan fut puni, et ne donne pas d'autres détails, se mettant peu en peine d'expliquer plusieurs invraisemblances ^, Celui qui joue le plus beau rôle dans cette aventure est Paléotogue, proba-» bletnent contre le gré de rhistorien , mari d'Eugénie cl père de Mathieu. Lia conduite de ces trois personnages ' présente quelque chose de louche ou d'équivoque, qui n'est rien moins que détruit par le témoignage d'un contemporain , c'est-à-dire de Mathieu Yiilani, négodant de Florence. Il ne donne pas plus de renseignemens que Cantacuzène sur cet événement ; mais il prétend que cet empereur h'avoit pris l'habit religieux que pour mieux persuader qu'il n'avoil aucune ambition, et pour tramer dans l'ombre avec plus d'impunité des complots contre Jean Paléologue , afin de remonter sur un trâne dont il ne seroit pas , dans cette hypothèse, descendu d'aussi bonne grâce qu'il a voulu le faire croire. Pour savoir maintenant quel degré de confiance méritent les Yiilani , je dois choisir un écri-
' Telles que cellcs-ch Séjan , pour lation , et celte grande expérience prouver son innocence » provoque qui supposoit un homme consomjai4 i*cxcommunication : quelque temps dans le crioic. Séjan ou Gantacuzèno liprès , la crainte d*èlrc damné lui ont fait remarquer combien il étoit fait déclarer qu'il a calomnié l'impé^ invraisemblable qu'un domestique ralrice. Il est bien peu i^robablc conçût de lui-même un si vaste plaoi, qu'un homme susceptible de pareille II faut encore remarquer que ï'his- «Crainte joue avec tant de suite et torien convient qu'Eugénie avoit c\\ de présence d'esprit un rôle qui de« la visite de Séjan; qu'en le ropooit» nandoit tant de combinaisons y tant sant elle avoit conservé une discrète cUcuI , une si profondé d^iiîi&u- tion qui favorisoit le complot, '
HISTOIRB BU BAS-IMPIRI. loS
Taîn connii par son amoar pour la vérité, Texactitude de ses recherches, l'élégance de son style et la jostessc de sa critique. Voici .donc ce que dit- M. Ging;uené^ dans son Histoire liiiéraire d'Italie « , sur Villani c « Lorsqu'il traite des faits arrivés de son temps ou dan& < les temps voisins, personne n'est ni mieux instruit « ni plus digne de foi partout où l'esprit de parti ne « l'égaré pas. Mais il étoit trop fortement attaché aur « Guelfes pour que les lois de la bonne critique per- « roetfent de le regarder cofume impartial quand il « parle de sqtï parti ou du parti contraire. Ecrite avec « utie sorte de dignité, quoique dans un style naïf et « simple, la chronique des deux frères va jusqu'à l'an « i364. de est rangée, pour le naturel et la pureté du « style, parmi les principaux livres classiques italiens. « Cantacuzène étant étranger aux Guelfes comme au|: Gibelins, Villani ne peut être accusé de partialité dans le langage qu'il tient sur ce prince. Si personne n'est mieux instruit ni plus digne de foi quand il traite des faits arris^és de son temps, que penserons-nous de Cantacuzène qu'il représente comme intrigant avec Mathieu pour remonter sur le trône ^ , et tramant » étant moine> une conspiration qui fut découverte?
La nécessité de rapporter tout ce qui fait essentielle*ment partie de l'examen de la conduite de Cantacuzène doit servir d'excuse à cette digression. Laissons reprendre à cet historien sa narration. Paléologue s'entretenoit avec Mathieu. « Il lui propose de renoncer à Tempire, « de se contenter des premiers honneurs après ceux que « Ton rend aux empereurs, de précéder ses enfans à la « réserve d'Ândronlc, de prendre tel habit nouveau
qu'il vouloit inventer, et de repousser avec indigna<- « lion ceux qui. le Iraiteroient en empereur. Mathieu
^ Tom. a, pag. 3o3, 5o5. Toni. \ daoi les livres , a . ( hap. i^ ; liv. 4 , pag. 139. ckap. 4^, et liv* io, ohap. ;iS*
> II Gft question de Caataco&èae
104 HISTOIRI BIT BAS-EHPIRIS.
« lui répondit qu'il aimoit mieux passer toute 8a vie en ' « prison que de se soumettre à des conditions si hon4 ' « teuses ; qu'il n'est pas aisé de se réduire au rang des H M personnes ordinaires après avoir reçu les plus grands j « honneurs que les honinies puissent rendre à d'antres « hommes ; que sa captivité n*avoit rien de bas ni « d'infâme, puisqu'il a voit été pris en combattant contre « les étrangers « pour la liberté de son pays , comme il « il étoit arrivé à plusieurs antres empereurs; que sa « disgrâce ne serviroit qu'à relever Téclat de sa gloire; ' « au lieu que, s'il renouçoit à sa dignité, ce seroit le * « sujet d'une confusion éternelle; que/ s'il vouloit lui « conserver la souveraine puissance en lui rendant la « liberté, il lui en seroit infiniment redevable» sinon « qu'il le retiendroit dans la prison. » L'historien ne nous dit pas quel effet cette déclaration hautaine pro- i duisit sur Paléologue, qui » ayant des enfans , ne pouvoit ^ offrir à Mathieu rien de mieux que des honneurs et le ' premier rang après celui du prince régnant. Gantacu-^ zène, pour vaincre l'obstination de son fils, lui fit on long sermon qui devoit lui paroître d'autant plus pénible qu'il avoit prêché d'exemple pour faire le contraire de ce qu'il exigeoit de Mathieu. Après lui avoir démontré que tout ce qui lui arrivoit n'étoit qu'en vertu des ordres de Dieu , il tâche de le dégoâter Ati trône. «Les fautes des princes (lui dit-il) ne nuisent « pas seulement à eux, mais aux autres hommes. Tout tt ce qu'ils font de bien ou de mai se communique à <c leurs sujets. Ils sont obligés d'être des modèles de « vertu. Quand ils ne le sont pas, ils se rendent cou- « pables des crimes des autres aussi-bien que des leurs «r propres. Combien un prince est*il obligé de supporter* « de travaux* et de courir de hasards! Si l\>n me de«
' G'eit-à<dirc, comme Ta racoDié contre Paléologue, et non pour Im Ip même historien , pour contracter liberté de son pays. 4m alUancea et chercher des seconrsi
HisToims ou bjls-empire; io5
inde pour i , ayant la liberté de demeurer dans
cooditio privée, )'ai essayé tant de fatigues ponr
renir à Teinpire, dont je connoissois les incommo-
lilés et les dangers , il ne me sera pas mat aisé de
iiépondre que ce n'a été ni par le désir de la gloire ni
[par la passion de commander, mais par la nécessité
^d'éviter les pièges que mes ennemis me tendoient. Ils
\nt me resioii poini JtauUe ressonrce. Je n'ai accepté
la qualité d'empereur ni pour jouir de la splendeur
qui Tenvironne , ni pour la transmettre ^ à mes en*
CiQS. Il n'y a point eu de temps auquel je n'aie déclaré
siocèrement mes intentions sur ce sujet. Ceux qui
«oivoieiit mon parti m'ayant proposé de vous décla*
ver emperfeur avant que je fusse en possession paisible
de Taotorité souveraine, je n'en voulus rien faire.
Lorsque j'y fus parvenu , les plus qualifiés de l'état
me renouvelèrent la même prière; mais je la rejetai
constannimentf.et je fis tout mon possible pour me
^ procurer un profond repos. Quand quelqu'un vou-
^ droit soutenir que je n'ai couru tant de hasards que
» pour jouir des honneurs et des plaisirs que l'on croit
ft ordinairement être attachés au pouvoir absolu de
» commander, je crois que je ne laisserois pas de mé-
% riler que Ton suive mes avis sur ce sujet. J'ai reconnu
s par noe longue expérience qu'il n'est pas aisé de gou-
I vemer l'empire d'une manière conforme à l'équité et
^ a la sagesse avec laquelle Dieu gouverne l'univers.....
p La ^wÊÈêÊ^ que vous apportez aux volontés de Tem*
■ pere^^^^B quelque apparence de raison , si vous
k étiez imiPl'assujettir l'univers à votre obéissance, de