‹ Histoire du Bas Empire (volume 2)Chapitre 3 sur 29 · e'vêques · texte numérisé non relu

e'vêques

vaut le témoignage des écrivams ecclésiastiques, ^ Rome. qui , d'après les écrits des pères de l'Église , ont pu seuls porter quelque lumière sur la première époque de l'histoire du christianisme , lorsque

5p CONSTANTIN^

Néron voyageait dans la Grèce ^ l'an 67 de Jésus^ Christ^ le gouverneur de Rome ordonna le supplice de saint Pierre et de saint Paul : ce dernier, en qualité de citoyen romain, eut la tête tranchée; saint Pierre, comme juif, fut crucifié. Sa femme était morte avant lui. Eusèbe, qui écrivait deux cent cinquante ans après cet événement, dit que de son temps on voyait encore leurs portraits. Saint Lin succéda à saint Pierre dans l'administration de l'église de Rome ; après lui, saint Glet ou Ânaclet, et ensuite saint Clément, occupèrent ce siège. Tels furent, dit l'histoire ecclésiastique , les trois premiers évêques de Rome, en avouant qu'on n'a aucune certitude sur l'ordre et la durée de leur pontificat. Eusèbe croit qu' Anaclet mourut l'an gS de Jésus-Christ. Cette même année» qui était la dernière du règne de Domitien, l'apôtre saint Jean subit le martyre, après avoir établi Polycarpe, son disciple, évêque de Smyrne. '

A cette époque, pour la première fois, un homme éminent par sa naissance et par ses dignités parut et brilla dans les rangs des chré-* tiens; le consul Clément, parent de Domitien, subit la mort pour la foi de Jésus-Christ. a^^^^Rome Les pontifes qui gouvernaient l'église de Ko^ ^""Xn^n"" me, jusqu'à Constantin , furent, après ceux que nous venons de nommer, d'abord saint Évariste : pendant que ce pape vivait, les chrétiens furent

QOlïStÂIlTIlf* 5l

persécutés par les ordres de Trajan. L'histoire ecclésiastique rapporte que saint Siméon, parent de Jésus^^hrist, le dernier de ses di8ciplës> et qui était évéque de Jérusalem , fut crucifié sous le régne de ce prince : elle dit qu'à cette même époque saint Ignace souffrit le martyre^ et que ce fut alors qu'on vit les dé^oiohs, c'ësfi-dire les faux dieux , cesser de rendre des oracles*

Saint Alexandre, saint Sixte et saint Théles*phore succédèrent à Évariste.Thélesphore mourut martyr. Saint Hygin et saint Pie le remplacèrent. Ce dernier mourut l'an iSy.

Après lui, saint Anicet occupa le siège de Rome pendant onze ans, vit l'Église attaquée par plusieurs hérésies, et souffrit le 'martyre sous le règne de Marc-Aurèle , l'an 169.

Pendant le {fbntîficat de son successeur, saint Soter, l'hérésie de Montan naquit et prit beaucoup de forces. Saint Éleuthère fut pape pen^dant dix-huit ans. Sous son pontificat la Gaule vit ses premiers martyrs , et l'Angleterre reçut des missioiinairesqui vinrent y porter l'Évangile.

Ajnrès sa mort, saint Victor occupa le Saint- Siège, et voulut séparer les églises d'Asie de la communion romaine, parce que les communautés de rOrient ne s'accordaient point avec celles dé l'Occident sur l'époque de la célébration àe la Pàque.

.Saint Zéphirin le remplaça. Ce fut pendant son pontificat que les chrétiens se virent persécutés par l'empereur Sévère. Saint Irénée souffrit le martyre à Lyon. Les auteurs ecclésiastiques nous ont transmis une lettre dlrénée> dans laquelle cet évêque rappelle qu'il avait été élevé par saint Polycarpe , disciple de saint Jean. Cette même lettre contient la nonïencla*ture des pontifes qui avaient occupé le siège de Rome depuis saint Pierre jusqu'à Zéphirin.

TertuUien , célèbre par ses écrits et par ses éloquentes apologies du christianisme , vivait alors. Il finit par embrasser l'hérésie des. montanistes.

Après Zéphirin > saint Calixte fut évêque dé Rome, et subit la mort des saints. Ce fut pendant l'administration de ce pape que s'élevèrent dans la capitale du monde les premiers édifices publics consacrés au culte dès chrétiens. L'empereur Alexandre Sévère leur céda une mai* son pour la célébration de leurs mystères. ^

Ssiint Urbin et saint Pontien exercèrent successivement le pontificat. Ce dernier futexilé par Maximin. Le même prince mit à mort saint £uthère, son successeur. Après lui, saint Fabien occupa le siège de Rome quatorze ans. Saint Denis fut envoyé par lui à Paris, saint Saturnin à Toulouse j l'empereur Décius persécuta les chrétiens et ordonna le supplice de saint Fabien.

coirsTAirTiir. 55

La violence de cette persécution laissa le siège de Rome vacant pendant seize mois. Saint Corneille, ea 25i , fut élu pape^ combattit Thérésie des novatiens , et s'unit^ pour soutenir l'Église , avea saint Gyprien, évéque de Carthage , aussi célèbre par ses talens que par son zèle pour la foi. Après quinze mois^ saint Corneilla ter^ mina son pontificat par le martyre.

Saint Luce^qui le remplaça fijtr d'abord ban*f> ni^ puis rappelé^ et ensuite condamné à mort. Saint Etienne y son successeur, éprouva le même sort, ainsi que saint Sixte IL En Afrique on trancha les jours de saint Cyprien.

' Saint Denis, vanté pour son érudition, et saint Eélix, furent papes, l'un pendant di:s: ans et l'autre pendant cinq, Ce fut sous Je pontificat de leur successeur, saint Eu tichien, que la cruello^ persécution d'Aurélien eut lieu, et que l'hérésie des maiiichéens se, répandit dans le monde^

■> Saint Gaïus occupa douze- ans le siège de Ror me; sous son pontificat saint Denis, premier évéque de Paris, eut la tête tranchée en 28^.

Saint Marcelljn fut élu évéque de Rome en 296, sous le règne de Dioclétien. L'édit de ce4; empereur, qui détruisit tant de temples, ré^ pandit tant de sang et livra aux flammes tant de livres saints, fit donner à cette époque^le nom de Père des martyrs^ Elle commença ep 5o4 ; la

54 GOlffSTiNTIV.

rigueur dd cette longue persécution força les chrétieus de laisser le siège de Rome vacant près de quatre années. En 5o8 , saint Marcel l'occupa et fut remplacé par saint Eusèhie. Celui-ci eut pour successeur saint Melchiade. €e fut sous son pontificat que Constantin arbora renseigne de la croix y détrôna Maxence et s'empara de Rome. Saint Sylvestre, élu pape après lui , gouverna l'Église pendant vingt et un ans^ et vit naître l'hérésie d'Arius.

Farce précis rapide on voit que nous devons à la tradition seule quelques notions sur l'histoire de l'établissement du christianisme. Dans le premier siècle les auteurs profanes ne parlaient point d'une secte nouvelle presque ignorée par eux^ et les persécutions qui commencèrent au règne de Domitien n'ont pas permis que les actes des premiers successeurs des apôtres vinssent jusqu'à nous.

Les renseignemens positifs ne datent que du moment où le christianisme^ assez répandu pour exciter la curiosité des philosophes ^ l'attention des magistrats et la jalousie des pontifes , fut attaqué par les utos et persécuté par les autres. Il parait que de tous les écrivains de ce temps ^ Celse fut celui qui écrivit avec le plus de force contre la religion chrétienne. Quadrat^ qui avait succédé à saint Denis l'Âréopagite^ comme éviêque d'Athènes^ répondit à Celse , et dans

Paraciet.

CMSTAJUTm. 55

l'année 124 présenta son apologie du christianisme à l'empereur Adrien.

A cette époque , une nouvelle secte , née dans Le l'Orient, prenait beaucoup d'empire sur les 'imaginations ardente», et augmentait encore la confusion des idées qu'on avait alors sur la reli-^ gion chrétienne. Les gnostiques ou illuminés, mêlant ensemble les principes de rÉvangile, ceux deZoroastre et dePythagore, avec les systèmes séduisans de Platon, prétendaient que Dieu, ou la perfection infinie, qu^ils^ nommaient aussi Paraciet^ était un océan de lumières dont il sortait continuellement des émanations auxquelles ils donnaient le nom àiéons. Ces éons , plus ou moins parfoits suivant qu'ils s'étoigimiént plus ou moins de leur source, formaient une échelle graduée , depuis l'esprit éternel jusqu'à la matière brute, depuis la lumière jusqu'aux ténèbres. Les bons et les mauvais génies, les esprits célestes, les astres, les prophètes,' les hommes éclairés par une science divine étaient des éons. Plus on se détachait de la matière pour se rappro*cher de l'esprit, et plus on se trouvait susceptible, en remontant cette échelle m^^stérieuse, de jouir du vrai bonheur, de connaître la vérité, et d'entrer même en communication avec les êtres intermédiaires, c'est-^à-dire avec les esprits.

Plusieurs philosophes païens, pour soutenir leurs dieux, déjà discrédités et livrés au ridi-

56 CONSTAMTIW.

cule par Lucien , adoptèrent les fables d- Alexandrie et prétendirent que ces divinités de l'Olympe étaient des éons. Un grand nombre de chrétiens égarés adoptèrent une partie' de ce système ^ et tous> s'abandonnant aux écarts de leur içiagination^ se divisèrent en plusieurs écoles différentes. Les montanistes ne regardé-* rent Jésus-rChrist que comme un éon. Montaii luir-mème^ le chef de cette secte ^ se disait illu-** jfkiné par le Paraclet , et le plus parfait des éons. D'autres admettaient deux principes / ceux du bien et du mdà, qui se combattaient éternellement. Cette erreur donna naissance au mani-^ çhéisme. .

Les valentiniens confondaient le Verbe de l'Évangile avec celui de Platon; on accusait une grande partie dea gnostiques^ dont les as-, semblées nocturnes et mystérieuses s^appelaient agapes , de se livrer aux plus honteuses supersti-' tions^ et de renouveler les.^andaleuses débauches des bacchanales; et comme alors Topinion publique ne faisait aucune distinction entre tou^ tes ces sectes nouvelles^ lès chrétiens se virent souvent confondus: avec les illuminés , et leurs ^sejp^blées religieuses furent traitées avec la haine et le mépris qu'inspiraient les rassemblemens licencieux des gnostiques.

' Lorsque Antonin occupa le trône, la morale ' de rÉyangile se vit défendue et disculpée avec

force et succès par saint Justin dans Tannée i5o. Il réfuta toutes ces calomnies^ dont la fausseté était démontrée encore plus évidemment par la simplicité^ la sagesse et la vertu de ceux qui avaient embrassé la foi de Jésus -Christ.

L'Église chrétienne alors pouvait se défendre plus glorieusement par les exemples que par les écrits; pure comme le sont toutes les institutions près de leur source , le luxe et la cor* ruption ne s'y étaient point introduits. Ces premiers chrétiens^ pauvres^ humbles^ zélés, charitables y courageux, ne connaissant d'autres passions que l'amour de Dieu et du prochain, devaient paraître, a^x yeux de leurs ennemis mêmes, des modèles de la plus parfaite philosophie , comme ils étaient dans l'opinion de leurs frères des modèles de sainteté. Aussi, malgré l'habitude de la superstition et la crainte des supplices, ce culte austère, qui proscrivait si rigoureusement toutes les jouissances mondaines, acquérait sans cesse de nouveaux et de nombreux partisans, tant on se sentait entraîné par l'admiration pour des hommes qui , dans un siècle de dépravation , conservaient des mœurs si pures, et qui, au milieu d'une époque de décadence et d'asservissement, gardant une héroïque liberté, opposaient tant de vertus aux vices, tant de douceur à la haine , et un si fermQ courage à la tyrannie.

58 , QOirsTAifriir.

Lee armes d*uue brillante éloquence ne tar*» dérent pas à venir au secoure du christianisme persécuté* TertuUien et Origène prirent la défense de cette religion^ et par de nombreux écrits s'efforcèrent de prouver la pureté des principes et la vérité des faits sur lesquels elle était fondée.

Origéne porta le zèle jusqu'au fanatisme ^ et se mutila pour être plus certain de dompter ses passions. Cet égarement fut condamné par l'É* glise. TertuUien, entraîné par une imagination ardente, finit par tomber dans l'erreur des montanistes. L'un et l'autre, enthousiastes de Platon , avaient adopté une grande partie des opinions de ce philosophe. C'est dans les écrits de TertuUien qu'on trouve le plus d'argumens pour établir la succession des évéques dans les principales églises depuis les apôtres.

Origène fit un immense travail pour comparer et concilier toutes lès versions de l'Écriture : l'un de ses plus remarquables ouvrages fut la réfutation du livre de Celse. Saint Grégoire Thaumaturge, célèbre par sestalens, était dis« ciple d'Origène.

Depuis le milieu du second siècle, l'histoire de l'Église ne manque plus de^locumens certains; elle a plutôt à se plaindre de la multiplicité des 'lumières qui se présentent pour éclairer sa marche , et ajprès avoir cherché pé-

GONSTANTllf. 69

niblement la vérité au milieu du $ilence des contemporains et & la lueur incertaine des traditionSy elle se trouve tout à coup jetée dans la confusion des sectes^ des hérésies, et dans toutes ces controverses dont la subtilité métaphysique parait si éloignée de la simplicité de l'Évangile*

Les discordes souvent sanglantes, produites iwueau des par ces différens schismes , forment une triste ^m^ partie du tableau que nous devons tracer. Nous schumM. admirions les principes purs d'un culte dont lès ministres étaient pauvres et persécutés , nous aurons à déplorer les erreurs et les passions qui troublent la paix d'une église riche et triom* phante.

Les lumières les plus pures sont bientôt al^ térées par les faiblesses humaines, et, s^m^ blable à la république romaine , l'Église chrétienne se corrompit dés que ses conquêtes lui dcmnérent l'empire du monde.

Les premiers chrétiens n'ambitionnaient de trésors et d'honneurs que dans le ciel; leurs différentes communautés, soumises à des règles simples et d'une exécution facile, étaient gouvernées par des prêtres et par des diacres. Les successeurs des apôtres, qui les présidaient, prirent ensuite le titre d'eoéques : ils admîni^ traient les sacremiens, maintenaient la disci*» pline, réglaient les cérémonies, consacraient les ministres, dirigeaient les fonds communs, et

60 CONSTAMTIir.

jugeaient en arbitres les différends que les fidèles, ne voulaient pas soumettre aux tribunaux des idolâtres.

Comme les gentils y e'est-^à-dire lea hommes des nations étrangères à la Judée , composèrent bientôt la majorité de& chrétiens^ on cessa dç suivre la loi de Moïse y et après la dispersion des Juifs^ sous le règne d'Adrien ^ on finit par regarder comme I^jérétiques les chrétiens qui , sous le nom de nazaréens , persistaient à sui-r vrela loi judaïque.

Chaque congrégation chrétienne élisait son évêque.; Â La fin du deuxième siècle, les chrétiens, plus multipliés, formèrent des synodes provinciaux , dont les amphictyons et la ligue achéenne leur avaient pQUt-rètre donné Tidée. Cet établissement accrut la puissance des évê-r €[ues-; ils ne faisaient d'abord que des exbortattions fraternelles^; bientôt le besoin de l'ordrei^ et peut^tre l'ambition, leur firent contracter l'habitude de commander, et l'on ne tarda pas à leur entendre dire, comme saint Cyprien, que « les princes et les magistrats n'ont qu'un do«- » maine terrestre et passager, tandis que l'au- » torité épiscopale vient de Dieu, et s'étend }i sur ce monde et dans l'autre. »

Kicciion La communauté des biens s'opposait au pror

d un^chcf ^ 1 1. A

nom^^^en' ^^^Y^^s'^^î ^^ Y Tenonça. La nécessité de régler saite;;a/9«. une administration qui s'étendait chaque joMjr

comràsrijx* 6i

établit la hiérarchie. L'égalité^ à laquelle prétendaient les prêtres^ disparut devant la puissance des évêques; ceux t- ci cédèrent la prééminence aux métropolitains^ et presque tous reconnurent pour le premier d'entr'eux^t pour leur chef l'évéque de Rome^ comme successeur de saint Pierre , auquel on attribua dans la suite exclusivement le nom de pape. Mais cette«supré« matie ne s'établit pas sans obstacles ; on lui résista souvent en Afrique et en Asie; car on voit toujours se renouveler , dans les affaires du ciel comme dans celles de la terre , l'éternel cotebat de la république et de la monarchie.

Le sacrifice absolu , qu'autrefois les fidèles étaient contraints à faire de leurs biens ^ fut •réduit à la dime et aux offrandes.

Sévèrement attentive au maintien de la foi, L'cxcom-

municatioD.

chaque société religieuse séparait de sa commu*^ nion ceux qui s'étaient souillés de quelques crimes, ou qui professaient des principes contraires à la doctrine et à la morale chrétiennes. L'excommunié n'avait plus de part aux cérémonies , aux sacremeps , aux distributions , et chacun^ fuyait sa présence. La réconciliation était plus ou moins difficile, suivant les différentes règles reçues dans chaque pays. En Galatie, un apostat obtenait sa grâce après cinq ans de pénitence ; en Espagne > on lui refusait l'absolution jusqu'à l'article de la mort.

6a CONStANTllI.

Morale Oh çhercheraît vainement dans les annales du nilme. monde un plus rare modèle de vertu , de morale y d'austérité^ que celui qui fut offert à Tad^ miration des hommes pendant prés de trois siècles par les chrétiens. Ce qui les distinguait surtout^ c'était une vertu douce, tendre, activa, qui les portait à soigner les malades , à secourir les pauvres , à consoler les malheureux , à ai-»* mer tous les hommes , même leurs persécuteurs, à se regarder tous comme égaux et comme frères. On ne voit rien dans les écoles de philosophie qui donne une juste idée de cette passion pour l'humanité, de cette bienveillance uniyei^ selle que les chrétiens nommèrent charité. Les anciens philosophes , admirables dans leurs préceptes pour enseigner la justice, pour prescrire la tempérance, pour augmenter la f<)rce, pour conseiller la modération, ne s'adressaient presque jamais qu'à l'esprit; les apôtres parlaient au cœur. Zenon, Platon, Socrate ne rappro-* cbaient les hommes que par les chaînes du de-* voir. L'Évangile les unissait par les liens de l'amour. Enfin c'est par cette vertu que le christianisme conquit l'univers. Les pompes , les trophées, la richesse, la puissance, les voluptés du paganisme disparurent à la voix du Dieu bon qui dit aux hommes : Aime^fn}ous et pardonner vous.

Pour gouverner les premiers chrétiens, les

évêquesh'èuresit long-temps à employer d'autre force que celle de l'exemple ; mais la puissance , la richesse et le repos altérèrent les mœurs du clergé t peu de chrétiens résistèrent aux erreurs et à la dépravation d'un siècle corrompu. Tout dans l'empire romain participait à sa décadence; et, sans avoir égard aux diatribes des ennemis du christianisme, on peutjuger^'parle tableau que nous a transmis, du temps de Constantin, l'évéque Eusèbe, des désordres scandaleux qui a£Digeaient l'Église, et dont il attribuait la cause à son accroissement, à son luxe et à sa prospérité.

C'est dans cet état de puissance ascendante et de pureté décroissante que Constantin trouva l'Église chrétienne, lorsqu'il la fit triompher de ses ennemis, et l'associa, pour ainsi dire, à l'empire du monde.

Après sa Victoire, le- désir de dominer augmenta l'ardeur des sectes, qui jusque-là né s'étaient combattue^ que dans l'ombre. Vingt ans auparavant un des évêques de Thébaîde, nommé Méléce , convaincu d'avoir sacrifié au}& idoles, avait été déposé par Pierre, évéque d^Alexandrie.

Dans l'Egypte et dans une grande partie de Naissance l'Orient, Yeccledisme avait succédé au syncré-- nisîTc? Usine. Les partisans de ce système se croyaient le droit de choisir dans chaque doctrine religieuse ou philosophique ce qui plaisait le plus

à son imagination y et la plupart faisaient dans leur croyance un mélange bizarre de christianisme, de platonisme et de pythagorisme. Les partisans de Méléce ne furent point décoiiragés par sa condamnation. Ce schisme s'étendit , et bientôt on vit marcher avec éclat sur ses traces un homme éloquent et ambitieux : c'était Ârius.

Comme il parut d'abord disposé à se repentir de ses erreurs, Âchillas, évêque d'Alexandrie, lé rétablit dans sa communion ; mais ses vrais sentimens ne tardèrent pas à éclater. Le sUc« cesseur d'Achillas , qu'on nommait Alexandre , dans une instruction adressée à son clergé , ayant parlé de la conformité de substance qui existe entre Dieu et Jésus -Christ, Arius, qui avait adopté quelques opinions desgnostiques, accusa hardiment son évéque d'hérésie, nia la divinité de Jésus-Christ, et déclata publiquement que le fils, étant engendré, avait été tiré du néant, et ne pouvait avoir une substance conforme à celle de son père.

L'éloquence d'Arius entraîna beaucoup de chrétiens , et lui fit même parmi les prêtres et les évéques un grand nombre de partisans. Né au milieu des déserts de la Libye, son génie avait toute l'ardeur de ce climat brûlant ; instruit par les livres des anciens philosophes, il joignait la subtilité grecque à la chaleur africaine; sa piété apparente voilait son ambition.

une humilité affectée déguisait son audace : tel le représentent les écrivains orthodoxes de ce temps. Ils prétendent tous que TÉglUe n'eut point de plus formidable ennemi.

Le peuple, les prêtres le suivaient en foule; les femmes surtout , entraînées par le feu de se^ paroles, embrassaient sa cause avec passion. Cette secte s'étendit rapidement en Egypte, en Syrie, en Palestine. Les adversaires d'Arius, aussi ardens que lui , le combattaient non-seulement avec zèle , mais avec fureur. Ainsi l'arianisme dés sa naissance divisait toutes les familles , agitait toutes les villes. Chaque place publique semblait transformée à la fois en école de théologie, en théâtre de discorde, et devenait souvent un champ de bataille.

Un concile- de cent évéques , convoqué à Alexandrie, excommunia Arius, ainsi que les évéques Théonas et Second. Ce jugement excita de violentes plaintes; le célèbre Eusèbe, évêque de Nicomédie , voulut exiger d'Alexandre le rétablissement d'Arius dans sa communion, et Constancie, sœur de l'empereur, appuya ses sollicitations.

Arius, banni d'Alexandrie, se vit accueilli favorablement par un autre Eusèbe, évêque de Césarée, célèbre par son esprit et puissant à la cour. Enfin un concile , convoqué par les deux Eusèbe à Nicomédie , se déclara pour les opi-

6Ô COKSiTAIfTlK.

nioQS d'Arius^ et le» péres^ qui ooitiposaient cette assemblée, écrivirent en faveur de t'hérésiarque à tous les évéqued de l'empire. Efforts de Coii&tantin firémissait des troubles qui déehi-

.Constantin ^ , ^ " • ,

pour établir paleut FEglise , dont il avait cru consolider par

la paix dans u ' I^

rKgi.se. g^ armes la paix et la prosp^té.

Dans le dessein et avec l'espoir de rapprocher les esprits, il blâma l'un et Tautre parti d'avoir mis en. discussion des questions insolubles pour resprit humain. Ces subtilités ne lui paraksaient pas essentielles à la religion, et, comme elles ne devaient pas, selon ses principes , rompre Tu-^ nion chrétienne, il invitait chacun à garder pour lui ses opinions , et à cesser de disputer sur ces mystérieux objets : « Laissez-moi , leur écri- » vait-il, des nuits sans trouble, des jours se^ » reins et une lumière sans nuages. Où trouve- » rai- je du repos si les serviteurs de Dieu se » déchirent ? Je voulais me rendre dans vos » contrées , vos discordes me ferment le che- » min de l'Orient : réunissez -vous pour me le » rouvrir. >i

On ne répondit à ces sages conseils que par d'autres discussions sur l'époque à laquelle on de* vait célébrier la fêle de Pâques. Osius, évéque de Cordoue, chargé dés lettres et des ordres de l'empereur, fit de vains efforts pour rétablir la paix. Un nouveau concile fut réuni dans Alexandrie, mais l'aigreur des partis rendit toute con-«

OONSTANTIIf* 67

ciliadon impossible, et, comme on crut queTempereur inclinait du côté des adversaires d'Ârius, la fureur des sectaires s'accrut à tel point que, dans plusieurs villei» , on mutila, on brisa les statues de ce prince.

Quelques courtisans dénoncèrent avec chaleur cet attentat, dans Tin tention d'exciter son courroux. Constantin , portant alors la main sur son visage, leur dit en souriant : (( Je ne me sens n pas blessé. » Ce mot, répété dans tout l'empire, commanda le respect aux factieux, et le silence aux flatteurs.

Cependant l'empereur , voyant que ces querelles prolongées menaçaient la tranquillité publique, convoqua un concile général à Nicée en Bithynie '^.

Ce fut à cette époque que le prince publia plusieurs lois fort sages pour augmenter l'autorité paternelle , pour régler l'émancipation des mineurs, pour réprimer les excès de l'usure, qui étaient portés à tel point qu'on crut faire une grande réforme en réduisant l'intérêt du prêt, en argent, à douze pour cent, et, en nature, à trois boisseaux pour deux.

. Si, à cet égard, les mœurs publiques étaient trop relâchées , de leur côté les évéques se montraient trop austères. Us regardaient tout intérêt comme usuraire ; leur zèle, plus ardent

"- An 3a5,

qu'éclairé, les empêchait de voir qu'interdire aux prêteurs tout profit, c'était porter une atteinte mortelle au crédit et au commerce. Concile Dans l'année 525 le concile de Nicée ouvrît

gênerai.

sa session : c'était la première fois qu'on voyait l'Église tout entière rassemblée»

Elle offrit aux regards du monde la réunion d'un grand nombre de prélats respectables par leurs vertus, célèbres par leurs talens, et dont les tortures avaient souvent éprouvé le courage. L'un d'eux, Paphnuce, qui administrait un diocèse dans là Thébaïde , portait sur son front l'empreinte du fer des bourreaux. En le voyant, Constantin s'approcha de lui avec respect, et baisa plus dévotement que politiquement cette cicatrice : il ignorait les conséquences dangereuses de ce pieux abaissement , et ne prévoyait pas que l'ambition s'enorgueillirait de cet hommage rendu par la puissance non au sacerdoce, mais à la religion et à la vertu. On ne. comptait dans cette assemblée que dix-sept évêques ariens ; le plus redoutable rival d'Arius fut un jeune prêtre, nommé Athanase, que l'évêque Alexandre avait élevé. Athanase, destiné par le sort à jouer un rôle éclatant dans ces querelles religieuses, déploya, dès qu'il prit la parole, une éloquence vive et brillante, qui frappa d'étonnement les ariens , la cour et le concile.

L'empereur, entouré de tous les pontifes

COHSTAHTINi 69

chrétiens ; se vit assailli par une foule de requêtes et de mémoires qui contenaient un grand nombre de plaintes et d'accusations que faisaient réciproquement l'un contre l'autre les évéques de toutes les Églises de l'einpire. Après en avoir pris connaissance , ayant convoqué devant lui ces prélats : « Je remets, leur dit -il, la déci- » sion de tous vos procès à un jour fixe, ce » sera celui du jugement dernier : Dieu est » votre seul juge; je ne prononcerai point sur » de telles causes. Vous n'avez qu'un unique » devoir, remplissez-le ; il consiste à vivre sans » mériter de reproches, et sans en faire à votre » prochain. Imitons > croyez-moi, la bonté di- » vine ; oublions et pardonnons. »

En même temps il jeta au feu tous ces libelles, et ajouta ce peu de mats : u Gardons- » nous de rendre publiques les faiblesses des » ministres de la religion, de scandaliser le » peuple, et d'autoriser par là ses désordres. »

Le concile s'ouvrit le jour où l'on célébrait la fête de l'apôtre saint Jean. Arius soutint ses opinions avec adresse ; Athanase les combattit avec véhémence. Gomme on n'écrivit point tous les actes de ce concile > l'histoire ne nous a pas transmis les détails de ce fameux procès; elle n'a conservé que la profession de foi ^ les canons et les lettres synodiques qu'on y rédigea. La dernière séance se tint dans le palais de

l'empereur. 11 parait qu'Osius^ accompagaé de deux légats , présida rassemblée au nom du pape Sylvestre. Constantin se rendit sans gardes au concile.

« Pontifes de l'Église chrétienne , leur dit- » il^ mes vœux sont enfin remplis; après tant » de faveui*s que j'ai reçues du ciel, celle que » je désirais le plus vivement était de vous » voir tous réunis près de moi dans un même *) esprit. J'ai renversé la tyrannie qui vous per^ » sécu tait par une guerre ouverte. Triomphons » aujourd'hui de ce génie du mal qui travaillé I) à notre destruction par ses artifices et par » une guerre intestine. Vainqueur de mes en- » nemis , j'espérais ne jamais adresser à l'au- » teur de mes succès que les vœux de ma re- » connaissance; la nouvelle de vos discordes » m'a plongé dans une profonde douleur; c'est » pour faire cesser cette division , le plus fu- » neste des fléaux^ que je vous ai tous réunis. » Ministres d'un Dieu de paix , faites renaitre » parmi vous l'esprit de charité que vous de- » vez inspirer aux autres; étouffez toute se- » menée de haine; rétablissez, consolidez votre » union; ce sera l'offrande la plus agréable à » votre Dièû , et l'hommage le plus doux pour » votre prince. »

Les historiens ecclésiastiques disent qu'Arius présenta au concile une profession de foi artifi-

cieuaeoieut rédigée, dtin$ le désaeÎQ d'éluder plutôt que de résoudre la difficulté; mais ses adTersaires déjouèrent cette subtilité en proposant de déclitrer que Jésus-Christ était consubstantiel à son père. Cette déclaration précise ne permettait pas de subterfuges ; on dressa le forjBulaire que sigoa la majorité des pères, et que les ariens refusèrent presque tous de souscrire. Quelques-uns seulementse soumirent par crainte plus que par conviction à la décision du concile. Ëuaèbe de Césarée fut de ce nombre; mais ils ne tardèrent pas à revenir contre ce jugement, en disant que le mot comsuistaniiel ne signifiait que senibiaèle et non conforme en substance. Le concile excommunia les dissidens.

Quelle révolution soudaine dans les opinions, dans les esprits, dans les usages! L'empire romain semble tout à coup offrir à nos regards surpris un autre pays et d'autres hommes. Ou quitte les réalités de la terre pour s'élever dans les nuages et dans les régions mystérieuses du ciel. La subtilité remplace la force, les opinions succèdent aux intérêts ; ce n'est plus la politique , c'est la métaphysique qui gouverne le monde. Tout dans les idées parait à la fois -exaké, obscurci > rétréci; l'histoire ùe nous transmet plus que de Icmgs discours au lieu de grandes actions , et le glaive de la parole reste seul actif et tranchant^ tandis que celui de la

72 COJîSTANTlN.

victoire, s'émoussant chaque jour, laisse l'em-* pire livré sans défense à l'avidité des Barbares* Par une autre décision on établit que la fête de Pâques se célébrerait partput suivant Fusiage de l'Église d'Occident.

Mélèce éprouva l'indulgence du concile; on lui permit de remplir les fonctions épiscopales. On s'occupa ensuite d'une autre secte , celle des purs ou novatiens : ils ne reconnais- ' saient qu'à Dieu seul le pouvoir d'absoudre. Attaquant ainsi l'intérêt fondamental des prêtres et le pouvoijf" de l'Église, ils voulaient la priver du droit et de la faculté de lier, par l'anathême et de délier par l'absolution. En vain on voulut les ramener à l'opinion reçue; ils refusèrent tout accommodement et furent excommuniés ; mais ce qui rendit surtout ce premier concile œcuménique , c'est-à-dire iiniversel, le plus célèbre de tous, ce fut la profession de foi qu'on y rédigea , et qui sert encore aujourd'hui de règle à l'Église romaine.

Clôture . Après la clôture du'concile, tous les évéques " *=°"'^' ""' retournèrent dans leurs diocèses. L'empereur avait payé leur voyage et les av«^it défrayés pendant leur séjour. Il écrivit à toutes les comr muuautés chrétiennes de l'Egypte pour les in-viter à se réunir au corps de l'Église , et sévit avec rigueur contre les évéques qui persistaient dans leur opposition* Eusèbe de Nicomédie et

CONSTilNTIII. , 75

Thêognis de Nicée furent exilés dans les Gaules.

Surces entrefaites, Tévêque d'Alexandriemourut et désigna pour son successeur Athanase, qui chercha en Tain par la fuite à éviter son élévation : il fut élu. Son épiscopat dura quarante-six ans; son zèle opiniâtre, son austère fierté, sa vive éloquence et ses malheurs le rendirent célèbre; il sévit cinq fois banni et courut souvent risque de la vie*

Constantin, revenu à Rome, publia une loi jfs^'^ij^'bais pour abolir les combats de gladiateurs, jeux ^^^f^^^' sanglans qui ne s'accordaient pas avec la morale chrétienne , mais qui plaisaient encore aux Aomains; car ils conservèrent plus long-temps leur férocité que leur courage.

Constantin défendit par un décret, aux généraux et aux officiers, d'exiger du peuple des yivres et de l'argent, La raison de ne prince le portait à voulpir réprimer toutes les passions privées qui ^'opposaient à riûtérét public; mais il était trop impétueux pour triompher des siennes^ c^j^'^^'J'gj Ce fut à cette époque * que , trompé par Timpéra»trice Fausta , il ordonna la mort de Crispus soà fils, qu'elle avait faussement accusé d'uu amour incestueux. Éclairé sur cette imposture, il vengea ce jeune prince par un nouveau crime "* Fausta périt , et Constantin , tourmenté d'un repentir tardif, fit élever en honneur de l'infor-»

♦ An Sue.

t\e Fausta.

74 CCMISTâKTl».

tuné Crispus une «tatue dont le corps était d'argent et la tête d'or; sur son front on avait gravé ees mots : C^est monjils^ injustement dondwnné. BéToiie Les Romains^ dont l'humeur turbulente avait

contre Coq- '

rtantin. gurvécu à la perte de leur liberté , saisirent le prétexte de ces deux actes sanguinaires pour faire éclater leur haine contre un prince ennemi de leur culte et de leurs jeux» Constantin fut insulté dans Rome; ses favoris lui cour seillérent de Saire charger la multitude par ses troupes : il parut prendre un parti plus sage , celui de se nu>ntrer supérieur et ii^ensible à ces offenses ; mais la blessure resta, ouverte dans

ddfiniur"dl ^^ ^^^ ^® ^^ cœur. 11 partit pour rillyrie , Home, abandonna Rome et n'y revînt jamais.

D<?couTerte Sous Ic c(»isulat dc Conslaucc et de Maxime ,

du «épulcre , •w-ri lu ai

de jesu»- la princesse Hélène , mère de 1 empereur, agee

Christ. , !• i» • •

de soixante-dix-neuf ans^ et qui se trouvafit alors en Palestine , se rendit à Jérusalem et visita le Calvaire, dont les païens avaient fait un temple consacré à Vénus. L'histoire ecclésias*tique rapporte que cette princesse, indignée, fit abattre les statues de la déesse, renverser les murailles, et qu'en fouillant la terre, on dé> couvrit le sépulcre de Jé«as-<Christ, sa croix et CoMirno- celles des deux voleurs qui avaient péri à côté

tioD d'une ,,.-.> , « Vw •!•

«tgiuc nom- de lui. L rcmpereur donna ojxlre à Dracilien ,

^*'i1'/,^' gouverneur de la Palestine, de bâtir dans ce

lieu une église qu'on nomma le Saint-Sépidcre.

OCntSTAHTIV. 75

L'empereur fit attacher à ion casque les clous trouTés sur la croix. En 527 , Hélène mourut; on transporta son corps à Rome ; il y fut enfer* »é dans un tombeau de porphyre. Constantin lui éleva une statue et donna son nom à Drépane» ville nouvellement fondée en Bithynie.

Toujours constant dans sa piété filiale , il avait fait graver le nom d'Hélène sur les monn^ies^ Sous le consulat de Januarius et de Justus^ l'empereur, appelé de nouveau dans les camps par l'audace des Barbares , battit les Sarmaies, les Germains et les Goths. Après les avoir vaincus , il recommença plus vivement que jamais la guerre qu'il avait déclarée aux temples de ridolâtrie.

Ayant appris qu'en Palestine, autour du chêne de Membre , dans le lieu où l'on prétendait qu'Abraham avait été visité par des anges, on voyait quelques. chrétiens, mêlés avec les sectateurs de plusieurs religions diflPérentes, confondre ces différents cultes et sacriGer aux idoles, il défendit ces réunions et fonda une'' église en cet endroit.

Depuis qjuelques années le christianisme éten*^ dait ses racines en Ethiopie par le zèle de quelques hommes ardens et austères qui avaient voulu fuir dans les déserts la vue d^ tyrans , le spectacle de la décadence de Rome et la contagion d'un 4ècle corrompu* Ces fe^vens sec^

y6 CONSTANTIN*

taléurs'et des vertus antkjueâ et de la morale chrétienne furent les premiers ermites, La persécution de Dioclétien multiplia leur nombre; ils se réunirent et peuplèrent de monastères les solitudes de l'Afrique : ceux de Saint- Antoine et de Saint-Pacôme furent les plus fameux;

L'éloignément augmentait la vénération qu'inspirait leur vertu sévère^ et les peuples, accoutumés par le polythéisme à ne pas douter des prodiges > croyaient avidement à tous les mira-^ clés qu'on attribuait à leur sainteté. Fomiation Coustàntin, irrité contre Rome, exécuta le

de Gonstan- ^ ' '

''B°zlntr' S^^^^ projet que la haine plus que la politique lui avait dicté. Dans Tannée 528, il posa dans Byzance les fondemens d'une nouvelle ville qu'il nomma Constantinpple^ et dont il fit le siège de l'empire. 11 poussa les travaux avec tant d'activité qu'en 35o on les vit terminés.

i-e siège de Ccttc viUc famcusc , ancienne colonie de Mé-^

1 empire est ^

cfuetiiTe S^^' avait été fondée par Bizas, six cent cinquante-huit ans avant Jésus-Christ. Libres pendant quelques années , elle passa ensuite sous la dépendance des Perses et des Lacédémoniens 5 les Athéniens s'en emparèrent. Rome, qui promettait la liberté à tous les peuples qu'elle voulait asservir, accorda aux Byzantins le droit d'être gouvernés par leurs propres lois. Sévère l'assiégea^ la prit et la détruisit presque entièrement. A peine était -ellei rebâtie, lorsque

Gallicn renversa de nouveau ses murailles ; les Hérules la saccagèrent; Licinius en fit le centre de ses forces. Saint Ajidré y prêcha l'Evangile. . Constantin , sous prétexte d'occuper une po- Grands ipa-

* *, vaux dans

sition plus avantageuse pour défendre 1 empire ^^y;«°"'

sous

contre les Sarmates^ les Goths et les Perses, «'antin. mais animé réellement d'une profonde haine contre Rome, résolut de porter à l'extrémité des. frontières le centre de vie et d'activité de l'empire romain. Il fit de Byzance vsa capitale , étendit son enceinte et la remplit de superbes monumens.

On y bâtit un ^apitoie ; on y construisit des aquqducs; deux édifices majestueux furent destinés aux assemblées du sénat. Une vaste place publique, entourée de colonnes et d'arcades dorées où l'on admirait un. grand nombre de statues , étiait décorée par le milliaire d'or : celte place se nommait Augustion.

Au centre de la ville, les regards étaient frap pés par la beauté d'une autre place circulaire qu'on appelait la Salle de Constantin y et au mi-, lieu de laquelle s'élevait une colonne de porphyre servant de base à la statue de l'empereur. Cette statue, dont oh avait changé la tête, était celle d'ÂpoUon trouvée dans Ilium.On renferma dans sa base une partie de la vraie croix, qu'on disait avoir été découverte dans le Saint-Sépul-. cre par Hélène.

^8 CONSTANTIIf.

Rien n'égalai t^ même dans Rome, la magnificence du palais impérial de fiyzance, qui, s'élevant sur le bord de la mer, aux lieux où l'on voit aujourd'hui le sérail , semblait dominer l'Europe et TAsie,

Au milieu de la salle du trône > brillante de marbre, d'or et de pourpre, on avait attaché une grande croix enrichie de pierreries : Apollon pythien, les Muses de l'Hélicon, les trépieds de Delphes, enlevis à leurs temples déserts, ne servaient plus que d'ornemens : la curiosité venait admirer ces dépouilles de ridolâtrie dans ce palais superbe.

Constantin fit bâtir dans Byzance plusieurs églises, et entr'autres celle de Sainte -Sophie, qui, depuis, devint la principale mosquée des sectateurs de Mahomet.

L'empereur, occupé de la salubrité de sa nouvelk ville autant que de sa magnificence, fit construire sur le modèle de ceux de Rome de vastes égouts, dont les eaux s'écoulaient dans la mer.

Impatient de faire briller Constantinople du plus grand éclat , il accorda d'importans privilèges à tous ceux qui venaient s'y établir, et, par un décret très arbitraire , il priva du droit de tester tous les propriétaires de fonds en Asie, qui , à une époque fixée, ne seraient pas possesseurs d'une maison à Constantinople.

oonsTAimBi* 79

BîentÀt la nouTelIe capitale éclî|^ Tan^ eienne; mais si elle Teffaçaen puissance^ elle la surpassa de beaucoup en servitude. Rome , qui avait créé ses princes^ s'était toujours vue respectée par eux; Constantinople au contraire^ devant son existence aux empereurs , les re-* garda comme ses maîtres. Drc^ts, intérêts, tout changea ; les peuples parurent devenir la propriété des monarques ; le langage s'altéra comme la pensée , les mots n'eurent plus la même signification; la vertu ne consista plus dans l'amour de la patrie , de l'indépendance et des lois; on plaça l'honneur non dans la fidélité aux principes^ mais dans le dévouement au princç. L'obéissance à l'Église, la soumission au trône formèrent tout le cercle des devoirs; le monarque fut regardé comme représentant seul l'État : tous les sentimens, comme tous les droits, durent se concentrer et se confondre dans sa personne , et ce fut d'après ces nouvelles règles de morale et de politique que l'histoire jugea pendant beaucoup de siècles les caractères et les actions des hommes dans les monarchies modernes.

Rome avait été consaci'ée à Mars; l'empe-* Di^dicace reur, dans l'année 33o, sous le consulat deunopr/àu Gallicanus et Syqimaque, fit la dédicace de '''^^' Constantinople^ qu'il consacra à la Vierge. Les dépenses prodigieuses occasionées par la

translation du siège de l'empire, et par la fondation d'une nouvelle Rome, obligèrent Constantin à écraser les peuples par des impôts énormes. Il assujettit à de lourdes taxes les marchands, les artisans, les méndians mêmie et les lieux de prostitution. Gonstantinople seule fut exempte de ce fardeau qu'elle faisait peser sur l'empire, et ses habitans se virent affranchis de tous impôts directs et personnels.

instituiioiis Un nouveau sénat, formé dans la capitale de deConsian-j,p^jg^^^ malgré l'extrème faveur que l'empereur lui accordait, ne put obtenir de l'opinion publique la considération et le respect attachés au nom du sénat qui restait à Rome, etie peuple ne donna aux sénateurs byzantins que le titre de clariy réservant pour les sénateurs romains celui de clarissimi. Tous les efforts de l'autorité souveraine ne purent effacercette différence maintenue par la puissance des souvenirs.. L'empereur, pour assurer la tranquillité de ses vastes États, créant un nouvel ordre d'administration publique, confia l'exercice de son autorité à quatre chefs principaux, nommés . préfets du prétoire; il fit entr'eux le même partage qu'on avait vu établir autrefois par Dioclétien entre les quatre Césars ; mais le système de Constantin était mieux conçu et moins dangereux, puisque ces préfets étaient révocables : leurs quatre districts se divisaient en diocèses ;

GOKSTANTIN. 8l

rOrient en contenait cinq, Tltalie trois, les Gaules trois. Les préfets du prétoire étaient supérieurs à tous les autres magistrats : autrefois ils commandaient la garde prétorienne; mais, dans ce nouveau système , leur autorité devint purement civile, et les troupes furent mises sôus les ordres de deux généraux nommés maîtres de la milice.

L'empereur institua une nouvelle dignité supérieure à celle de préfet, ce fut la dignité de patrice^ mati' il ne lui attt'ibua que de grands honneurs sans fonctions. Constantin chargea les ducs de la défense des frontières, en leur assignant des terres qu'ils transmettaient à leurs enfans, et qu'on appelait bénéfices ^ Ces ducs, après de grands services, obteitaient quelquefois le titre de comte, qu'on regardait alors comme supérieur, et que portaient les principaux officiers du palàis«

Le nom de comte était ancien et datait du règne d'Auguste : on appelait comités j^ugusti les sénateurs qui accompagnaient ce prince dans ses voyages.

Le fondateur du nouvel empire connaissait les hommes et la dépravation de son siècle; il savait que les Romains n'avaient plus la fierté qui rend libre, et qu'il ne leur restait que la vanité qui rend courtisan. Dépouillant les citoyens de leurs droits^ il les en dédommagea par

Sa CONSTANTIN*

des titres; et les principaux personnages de l'empire se consolèrent de la perte de leur indépendance^ en se voyant traités de référence, ^éminence) de grandeur et de magnificence. . Pour maintenir le respect du pouvoir absolu^ il faut qu'il brille de l'éclat de la victoire, et la gloine militaire est ce qui fait le plu» d'illuston» sur la perte de la liberté.

viciairesdu En 352, Constantiu reprit les armes, et fit la sianUnsur guc^rc coutrc Ics Gotlis. Le jieune Constantin ,: $on fils> commandant xxtk corps d'armée, défit cent mille de ces Barbares, les contraignit à payer un^ tribut annuel et à donner en otage Ariaric, un de leurs princes.

Jusqu'alors l'empereur avait cru convenable et prudent d'éloigner ses frères des affaires publiques; mais en 333, voyant sa puissance consolidée , il nomma Delmace , 'son frère , consul et censeur. La peste et la famine désolèrent l'empire j Constantin, par ses soins actifs, par ses libéralisés , soulagea les souffrances du peuplé.: Mon du Ce fut à cette époque que le philosophe Sasopaière. patèrc vint à la cour d'Orient , et osa soutenir la cause de l'ancien culte contre lé christianisme : il plut à l'empereur. Ce prince, doué d'une imagination vive, aimait l'esprit, cultivait les lettres et venait de rouvrir les écoles d'Athènes. La faveur de Sopatère 'éveilla l'inquiétude des prêtres; le peuple^ toujours dis-

CORSTANTIIÏ^ 85

posé au fanatisme, éclaCtt en murmures sédiitieux; Constantin ^ effrayé de ce mouvement, sacrifia le philosophe à se9 ennemis, et lui fit trancher la tête.

L'empereur, dont les prêtres échauffaient sans cesse le zèle, ne se bornait pas à combattre les rois étrangers* il travaillait sans relâche a leur conversion et comblait de présens leurs ambas<» sadeurs pour les attirer à sa croyance. ÉtaûC informé que le a*oi de Perse, Sapor, maltraitait les chrétiens, il lui adressa des lettres pi^essantes en leur faveur : w Croyez, lui écrivait -il, » que l'empereur Valérien ne s'est attiré ses' )i longs malheurs qu'en persécutant les adora- H teurs de Jésus-Christ, et que moi je ne dois >► mes victoires qu'à la protection de ce Dieu. »

Ses argumens furent sans succès; .il réussit mieux en fournissant aux Perses, sur leur demande, des armes qui leur manquaient ^ et dont ils ne tardèrent pas à se servir contre lui. '

Cette année fut marquée par peu d'événemens. Constant, le plus jeune des fils de Temperëur, reçut le titre àe César. Constantin, frappé de tous les prodiges qu'on racontait du pieux ermite saint Antoine , lui écrivit pour lui . exprimer Tadmiration que lui inspirait l'austérité de sa vertu. C'est ainsi qu'un zèle impoli-' tique portait alors ce prince à encourager cette ferveur pour la vie ascétique, qui dégarnissait

84 CONSTAIITIN*

les câunpsy enlevait aux travaux de la campagne et aux emplois publics un grand nombre d'hommes utiles , et dépeuplait les villes pour peupler les déserts.

. On doit cependant convenir que les fautes tnémes de Constantin avaient souvent pour motif de louables intentions. Ce prince possédait le mérite qu'on retrouve chez tous les hommes qui Ont fait de grandes choses : dans tou^ les rangs ^ dans tous les genres où l'on voyait la vertu paraître et le talent briller, ils attiraient les regards^ fixaient l'attention de l'empereur , , et recevaient de lui des marques d'estime et de faveur. L'art de régner consiste surtout dans l'habileté des choix , et ceux de Constantin tombaient presque toujours sur des personnes distinguées par leur capacité et par leurs actions. En changeant la constitution de. Tempirèy. Constantin n'avait point osé abolir le consiilat, et tous ceux qu'il éleva à cette dignité furent des citoyens faits pour l'honorer.

En 354^ il nomma consuls Lucius Ràliius et Âcconcius Optatus, qui avaient mérité l'estime publique comme préteurs et comme proconsuls, iPaulinus Ànicius^ renommé par son éloquence, et dont on vantait l'équité, reçut le même honneur.

K^voiuiion À cette époque on vit éclater Une grande rérfairet. volutiou paHui Ics Barbares dont les armes

GONSTAIfTIlf. 85

avaient le plus fréquemment menacé les fron-« tiéres de l'empire. Depuis que les Croths s'é"« taient vus forcés par les Romain» à conclure la paix, leur ardeur inquiète, pour se consi4er d» ce revers, cherchait une autre proie u sous la conduite de leur roi Géfoéric, ils. marchèrent contre les Sarmates, les battirent complètement etlivrèretttleur paysan pillage. Les vaincus, dé^ espérés, anaèrènt leurs esclaves, qu'on nommait Umaganêes. Cette nombreuse population d'hommes long-temps opprimés se servit de la liberté qu'on lui rendait pour satisfaire' sa vengeanoe. Après avoir chassé les Goths, ces fiers aflÂ*anchis se sen^itsent de leurs .forces contre leurs maîtres, s'ecB^arèr^it de leurs, propriété» et les contraignirent à la fuite.

Trois cent mille Sarmates vinrent demander asile à Constantin , qui commit ht haute imprudence, au lieu de les disperser dans l'empire, de les incorporer dans ses troupes et de leur doqnerdes terres en Thrace, en Macédoine et en Pannonie. Ouvrant ainsi le passage aux en--» nemis de Rome, il prépara sa destruction, et ces Barbares sans patrie obtinrent après leur défaite > comme supplians, les possessions que pendant plusieurs siècles leurs armes s'étaient en vain efforcées de conquérir.

En 335, l'empereur nomma consul son se- Naissance

1 o \ t 1 r* ^ • • ^^ Julien

cond frère Jules Constance : ce jeune pruice i Apostat.

86 G(»iâTA^TlN.

çut d'un premier maria^ un fils tH^mmé Gallu3 ; ayant ensuite' épousé Basîlîne ^ sœur de Julien 7 comte d'Orient, il devint père du fameux Julien y surnommé V Apostat.

Panpgy- L'empereur célébra dans sa nouvelle capi-

riques

consun^in. talc la trentième année de «on ifègne *. Ce fut à cette époque qu'Eusébe de Césarée prononça son panégyrique. Un de nos grands écrivains, M. Thomas, remarque avec raisop que la ré^ Yolution qui s'opérait alors dans le motide créa un pQuveau genre d'éloquence, w Le droit de j^ ps^rlerau peuple, ditril^ avait appartenu dans DiRome libre aux magistrats, et dans-Rome ^ esclave aux: empereurs. Ce droit ^ qui faisait n partie de la souveraineté , commandaitt aux \ » volontés en dirigeant les opinimis. Il passa » sous Gonstantitx aux ministres' des autels, et JD les discours religieux succédèrent aux dis-^ JD cours politiques* » :

.Ainsi Rome vit fleurir successivement l'éloquence républicaine animée par de grands in-^ térèts; sous les premiers empereurs y l'éloquence^ monarchique, fondée sur la nécessité de flatter et de plaire ; à l'époque de Marc-Auî*èlè , Télo-»quence philosophique; enfin , au moment où la doctrine de l' JÊvangilè renversa le polythéisme, on vit naître Téloquence chrétienfte qui tenaità deç. id^es, à des princif)es^ à dès<objets eh-

COIfSTANTm. 87

iièrement nouveaux. Le monde réparé^ la terre réconciliée avec le ciel , un pacificateur entre Die« et Thomme^ un nouvel ordre de justice > une vie à venir et de grandes espérances ou de grandes cFainte» au -^ delà des temps , tel était le tableau que cette éloquence présentait aux hommes. Elle tendait à élever la faiblesse » à rabaisser l'orgueil^ à égaliser les rangs par la vertu. Mêlée de force et de douceur, empreinte de l'esprit des livres sacrés et des imagînaticms ardentes de l'Asie, elle prit une teinte #rientale, inconnue jusqu'alors aux orateurs -romains,

Constantin ftit également loué par les orateurs des deux religions. Le temps ne nous a ccmservé que sept de ces éloges. Un seul passage, tiré -de l'un de ces panégyriques où. l'oiratcur païen place déjà Constantin au nom*bre des dieux , suffirait pour donner une idée de la férocité des mœurs romaines à cette époque.

L'orateur peint son héros vainqueur . des Francs sur les bords du Rhin> et lui pi:t)digue les plus grands éloges pour avoir fait servir le carnage des vaincus aux amusemens de Rome. « Vous avez, dit -il, embelli de leur sang la n. pompe de nos spectacles; vous nous avez » donné la délicieuse jouissance de voir une » foule innombrable de captifs dévorés par les M bétes féroces; de sorte que ces Barbares > en

M expirant y spuffi^aient encore plus des outrât A ges de leurs vainqueui^ que de la dent des » animaux et des angoi9ses de la mort même. »

Le panégyrique prononcé par Eusébe , ëvéque peu orthodoxe^ courtisan flatteur, historien suspect, offre un mélange » çQi|\mun alors , de la philosophie de Pythagore , de celle de Platon et de la doctrine des livres sacrés. Ne se bornant pas à représenter Constantin comme vainqueur de ridolâtpîe, il compare son empire sur la terre avec l'empire éternel de DiiBU sur l'univers/ reconnaît qu'il a un commerce Immédiat avec la Divinité, l'invite à faire connaitrè aux fidèles le grand nombre de visions et d^apparitions dans lesquelles Jésus*Christ s^était manifesté à ses regards, fo.it l'éloge le plus pompeux de ses vertus et le plus exagéré de ses exploits.

Reprenant ensuite la sévérité épisoopale, il lui rappelle les principes de l'Évangile, l'instruit, le loue, le trompe à la fois, et, mêlant le style de la chaire à celui de la cour ^ lui prodigue touF à tour les flatteries et les leçons.

Au milieu dès solennités de cet anniversaire , un prêtre, poussant au plus haut degré l'adulation, et voulant paraître animé d'un esprit prophétique , prédit à l'empereur qu'après avoir bien régné sur les hommes dans ce. monde, il rè« gnerait dans l'autre à côté du fils de Dieu. « Ces-» » sez cette indigne flatterie, répondit le prince;

GQNSTAKTIN. 89

ji je n'ai pas besoin de vos ëlôget, msas de vos » prières, n .

Jusqu'à ce moment Constantin, paisible pos- R^^oito sesseur de l'empire , n'avait point eu d'autres caiocèn. séditions à réprimer que celle de quelques seo^ tairas fanatiques. Cette année, 555, un officier ambitieux, nommé Galocére, osa lever Té ten«* dard de la révolte; à la tête de quelques troupe» qu'il avait séduites, il s'empara de l'ile de Chypre, Le jeune Delmace,*neveu de Constantin, combattit ce rebelle, le vainquit, le prit, et, abusant cruellement de sa victoire, le fit brûler vif, ^

Ce fut alors que l'empereur, abandonnant le P"i«8»

, , de Temptro

sage systètaie qu'il avait suivi jusque-là, etcom- «><jre i<» mettant la mtème faute que Diocléden, accéléra constantia. la ruine de l'empire en le divisant. Ayant donné sa fille Constantine en mariage à son second frère Ânnibalien, il le créa roi de Pont et de Cappadoce. Delmaee gouverna sous le même ti-^ tre la Thrace, la Macédoine et la Grèce; l^empereup donna en partage à Constantin, son fils aine, les Gaules, l'Espagne et la Bretagne. Constant régna sur l'Illyrie et sur l'Afrique. Constance , le second et le plus aimé de ses enfans , obtint pour son lot TAsie , la Syrie et l'Egypte.

La renommée de l'empereur était parvenue jusqu'aux extrémités du monde; il reçut à Con*

go CONSTAlfTIir.

«tantinople les hommages des iiKmarques de rinde^ qui lui envoyèrjent des ambassadeurs et ' des préseiia.

ifoaT«uet Tout s'abaissait devant sa puissance? l'esprit

dissensions -rf, •

de l'Église. <je discorde qui agitait l'Eglise résistait seul à son autorités. Constancie^ sc&ur^ veuve de Li-^^ einius^ avait donné sa coûfianee à un prêtre arien insinuant et adroit; en mourant elle le re^ commanda à remperéur, sur Fesprit duquel il prit bientôt assez d'ascendant pour le' déterminer à rappeler Arius^. ainsi qu'Eusèbe de Nioomédie et Théognis. Forts d'un tel appui ^ les deux Eusèbe et les évêques de leur parti réso* lurent de perdre. Athanase; mais^ avant de l'attaquer, ils cherchèrent à le priver de som plus ferme soutien , d'Eustathe, évéque d'Antioohe.

t:iiKtmori Trompant d'abord ce prélat sous l'apparence d une fausse amitié, ils^se réunissent et se con-^ certent à Jérusalem', reviennent à Antioche, y convoquent un concile presque entièrement composé de leurs amis, et y font paraître una courtisane éplorée, portant dans ses bras, un enfant, dont elle accuse! Eustathe d'être !epére« Le concile , sans vouloir écouter Taccusé , le dépose : cette violence excite dans la ville un grand tumulte ; on court aux :armes : les deux partis sont prêts à s'égorger. Acace, comte d'Orient, apaise la sédition : Eustathe, mandé par Constantin, allait déconcerter l'imposture; ses

ennemis chang^t d'attaque et trouvent de faux témoins qui l'accusent d'avoir autrefois outragé l'impératrice Hélène. L'empereur trompé ne se donne pas le temps d'approfondir l'accusation ; cédant à sa colëire, il exile Eustathe et donne aux ariens un triomphe complet. La mort de cet évéque, qui succomba bientôt en Thrace à ses chagrins y délivra ses adversaires d'un ennemi redoutable.

Eusèbe de Nicomédie sut profiter avec activité oësobëisde ravantagfe que son parti venait de rempor- lëvêque ter î il décida l'empereur à écrire une lettre à «« ««jet

' d*Arius.

Athanase^ pour lui ordonner de recevoir Ârius dans sa' communion. Ce prélat , fier et indépen* danty dé^béit. Le caractère de cet homme célèbre offrait un mélainge rare de douceur et de fermeté. Par l'une il était parvenu à fixer l'humeur mobile des Alexandrins et à se concilier leur constante affection ; par l'autre il se faisait respecter dé ses partisans et craindre de ses ennemis.

Ceux qui avaient prévu que sa résistance exciterait le courroux de l'empereur l'accusèrent d'avoir fomenté une révolte ^n Egypte, d'avoir profané les livres saints, et d'usurper la puissance souveraine en établissant arbitrairement des impôts sur le peuple d'Alexandrie.

, La haine égare plus souvent qu'elle n'éclaire ; l'accusation était si peu vraisemblable qu'où

ga cfinasTkBrm.

ne pouvait la soutenir. L'ianooence d'Atliaiiase fut recounuei^ AeeiiMaoïu S^ ^iweiDia ne ie laisséFent paft-4ëoourager coâ"re î^i. par cet échec* A cette même époque % Arsène, évéque 4'Hyp8al en Thébàide, disparut tout à coup. Les méléoiensy unis aux aryens , accusent publiquement Athanase de la mort de cet évéque, qu'il avait fait périr, disaient- ils, par des opérations magiques. Ils prétendent qu'avant sa mort ce malheureux a été mutilé; ils.montrent même partout une de ses mains qu'Athauase avait fait couper, ajoutant que jusque-Jà ils pV vaient pu trouver son corps., caché avec soin par soq meurtrier. i

En vain les moines d'^n couvant où Tévéque Arsène était venu quelque temps, vivre en re^ traite attestent qu'il est vivant : lea ariens soutiennent que cç préteudu Arsène est un imposteur,

Athapase, mupi d'une lettre d'Arsène, qui lui demandait de rentrer dans sa communion , vient à Qonstantinople, se justifie et calme momentaqément le ressentiment de l'empereur. Les troubles que cette discorde excitait dana Alexandrie s'apaisent; mais, après le d^p^rtd'A-: thanase, les deux £usèbe parvieniient de nou-r veau à séduire l'empereur et à. lui faire croire que le crime de Tévèque d'Alexandrie est avéré,

♦ An 338.

GonsTANT». gS

et qu'il met ea jeu^ pour se jUâtSfier^ un faux Arsène.

Corotantin, trop crédule ^ bbândonUe Atha>nàse, et le livre au jugement de ses ennemis i il fut obligé de comparaitre à Tyr devant un concile composé d'évéques presque toUS ariens, en présence d'Archélaûs, comte d'Orient, et ^du comte Denis.

Là. se renouvelle la scène d'Eustathe : une femme effrontée parait, et accuse Athàtiase d'à» voir triomphé de sa pudeur. Timothée, prêtre attaché à l'évéque d'Alexandrie , et qui se troit^ vait alors assis près de lui> s'adressant à cette femme >.s'écrie vivement : « Quoi I c'est moi que ji vous accusez d'un tel crime?» » Oui, c'est » vous-même, lui répond^Ue en le menaçant )» d'un geste furieux : je voUs connais trop bien ; » c'est vous qui m'avez dëébonorée. m

Cette étrange méprise, qui justifiait si évi** demment l'accusé, fit rougir les accusateurs, et excita la risée des comtes et des soldats qui assistaient à cette séance.

Les ennemis de l'évèqUe d'Alexandrie persistent néanmoins dans l'infâme projet que leur dictait unie haibe implacable, lui reprochent le meurtre d'Arsène, et offrent aux regards du concile la main sanglante de cette prétendue victime.

< Athanase, ap^ès ua moment de silence , de-

g4 GONSTANTlKi

mande aux juges si Arsène est connu par eux* Plusieurs répondent qu'ils l'ont vu souvetit : alors il fait entrer dans la salle un homme enveloppé d'un grand manteau , lui découvre la tête, et le véritable Arsène parait aux yfiux surpris de tous les assistans*

Athanase^ prenant ensuite successivement les bras de cet homme qu'il dégage du vêtement qùi^ les couvrait ; « Voilà , dit-il, Arsène vivant , avec » ses deux mains; Dieu né nous en a pas donné » davantage; c^est ^ mes accusateikrs à vous dire ir à présent o^ ils Ont trouvé la tix>isièm€« >i • sajustiiî. La justification était sans réplique; mais la condamn"?- raisou, par son évidence, ne fait qu'irriter la* ^*^*iuoD.~ passion; \e^ ennemis d'Athanase passent rapi^ dément de la consternation à la fureur; ils l'ac** cusent d'être un magicien, un! enchanteur, se précipitent sur lui pour le massacrer > et le comte Archélaûs parvient avec peine à le sauver de leurs mains. Enfin le concile , violant toutes leâ lois divines et humaines, condamne Athanase^ le dépose , lui défend de rentrer dans Alexan-* drie , et, pour comble d'infamie, Arsène signe lui-même cette condamnatioti.

Ce n'était point assez de perdre Athanase, il fallait faire triompher Arius, L'empereur, oubliant, comme beaucoup de princes , qu'un monarque cesse d'être chef de l'État quand il se fait chef d'un parti, et qu'il ne peut plus rien

CONSTANTIN. gS

pour l'intérêt général quand il fiiyiirke l'intérêt privée seconda la haine des ariens /et cette partialité prolongea les troubles de l'Église.

On fit par ses ordres^ dans ce temps, avec beaucoup de. solennité, la dédicace de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem* Tous les évêques et tous les fidèles de l'Orient qui s'y rendirent furentdéfrayés par le. trésor public. Constantin y convoqua un concile ; mais^pour le réunir on attendit le moment où la plupart des évèquescallioliques avaient déjà. quitté Jérusalem.

Ce concile accueillit la justification d'Anus -, RéinUgnle réintégra Sans ses fonctions sacerdotales ; en- ri»; fin il invita par des lettres pressantes toutes les» Églises de l'empiré à recevoir Arius dans leur communionet à proscrire Athanase.

L'évêque d'Aleiutndrie , indigne de tant de* Arrivée persécutions, courut a Constantmc^le pour m- àconstanuvoquer la protection de l'empereur. Ses ennemis lui fermaient avec soin l'entrée du palais ; maisy comme, l'empereur, un jour, traversait à cbeval la ville, Athanase parait tout à coup devant lui. Constantin, prévenu et irrité^ ne* veut pas s'arrêter pour écouter sa justification ; l'é^ véque alors , élevant la voix, lui dit hardiment : « Si vous me refusez justice, si vous^nè voulez. » point m'entendre en présence de mes caloin^ >i niateurs, je prendrai Dieu pour juge entre » vous et moi. »

96 cxOiàTÂSjiSi

Sa jttftific*. L'empereur; fiédant à sa fermeté, consentit à

GoBsuBiia. sa demandé. Il se justifia facilement des accusa^ tions absurdes de magie^ de meurtre et d'im^ piété; mais les deux Eusèbe lui reprôéhëi^nt sa résistance au prince , son esprit turbulent, le firent considérer comme un cbef de faction, et Faccusérent d'avoir accaparé les gi^ins en Egypte pour aflamer Constantinople. Leur^ nombreux partisans ap{iuyërent cette dénonciation.

^au!!?'"' Ccmstantin, aveuglé par eux, prononça la con- •oaaûi. damnation d'Athanase, et l'envoya en exil à Trêves.

TrioBfiia Ses ennemis, profitant de ce sâccè^, firent

cl mort ' '^ . . X A '

dArias. convoquer un concile a Constantmople • On pressait l'empereur de déppser Âthanase et de lui nommer ua successeur. Ce prince n'y voulut pas consentir; mais il accueillit favorablementÂriûs, et donna l'ordre formel à Févéque de Constantinople, Alexandre, de recevoir cet hérésiarque dans sa communion , et , sans nul retard , de l'admettre publiquement dans l'église.

Ce décret consommait la victoire de l'arianisme* Au moment où l'ordre devait s'exécuter, Alexandre , prosterné au pied de l'autel, disent les écrivains catholiques de ce temps, invoque Dieu et lui demande de faire disparaître Arius, afin que la présence d'un hérétique ne souille pas l'église.

Cependant l'heure fatale arrive; Arius, à la

tête d'un brillant et nombreux cortège , traverse la ville en triomphe ; mais, atteint tout à coup d'une vive douleur^ il se voit forcé d'entrer seul dans une maison^ et ne reparait plus.

Impatiens de le revoir, ses amis le cherchent avec inquiétude ; ils le trouvent étendu sur la terre , nageant dans son sang ; ses entrailles étaient sorties de son corps. Les catholiques regardèrent cet événement comme un miracle, les ariens comme reffetd'un sortilège, les 'hommes sans superstition comme un assassinat.

L'évéque d'Alexandrie, plus animé par l'esprit de parti que par Tesprit du christianisme, rassembla le peuple, et rendit à Dieu de solennelles actions de grâces pour la mort de son ennemi.

Tandis qu'Âthanase, éprouvant le sort de tout homme disgracié , ne trouvait point de défenseur à la cour, saint Antoine , du fond de son désert, écrivit en sa faveur à Constantin ; mais ce prince se montra inexorable.

Eusèbe rapporte que, dans ce temps, Tempe- i^oisuria reur publia une loi sur la juridiction épiscopale, épUcipiT. qu'il donna le droit aux évêques de juger sans appel , et ordonna aux tribunaux de déférer toutes les causes aux juges ecclésiastiques dès qu'une partie le demanderait, et malgré toute opposition de la partie adverse.

Quelques jurisconsultes ont contesté l'exis-

tence de cette loi que rappellent cependant des codes postérieurs. Par ce zèle impolitique qui favorisait l'ambition du clergé aux dépens de la puissance civile , on commençait une grande révolution dont l'efFet devait être de placer non , plus l'Église dans l'État^ mais l'État dans TÉglise. Hctr^eis'de L'cmpercur, par un autre édit, inexécutable <:onatanUn. j^n^ ^^i sièclc dc corruption , assimila l'adultère à l'homicide^ et lui appliqua les mêmes peines. Une disposition étrange , et bien contraire à l'esprit d'égalité que veut la justice et que doit inspirer la religion, exceptait des rigueurs de ce décret les cabaretières , les comédiennes, les servantes, les femmes d'artisans. « La sévérité des jugemens, disait l'empereur, » n'est pas faite pour des personnes que leur » bassesse rend indignes de l'attention des lois. » Par d'autres décrets , il rendit les divorces plus difficiles et plus rares; il défendit à tous les fonctionnaires publics de légitimer les enfans qu'ils auraient eus de filles publiques, d'affranchies, de revendeuses, et des femmes qui combattaient dans les amphithéâtres.

Plus les mœurs se dépravent, plus la nécessité d'une législation sévère se fait sentir. Les douze tables suffirent long -temps à Rome vertueuse et libre ; on ne vit naître les codes volumineux qu'au moment où elle fut près de sa chute. Us imumortalisèrent leurs auteurs sans

de guerre aux Perses.

prolonger Texistence de l'empire. Malgré les efforts de Constantin pour réformer les abu^, ses officiers se livraient à tant de concussions et opprimaient tellement le peuple par leur avidité , qu'il invita, par un édit, tous les citoyens à lui porter directement leurs plaintes, et menaça en même temps tous les fonctionnaires publics de leur faire trancher la tête si leurs exactions étaient prouvées.

Depuis les victoires de Galère et la paix con- DëcUraiion due par Dioclétien, les Perses, affaiblis par leurs »«¥! défaites, n^avaient point osé reprendre les armes ; mais l'inimitié qui régnait entre les deux empires annonçait que le calme ne serait pas de longue durée.

Tout ennemi de Constantin était reçu avec honneur en Perse, et il accueillait avec faveur tous les Persans qu'on chassait ou qui s'exilaient de leur pays;

Le prince Hormisdas, dont l'humeur altiére et cruelle avait offensé les grands de ce royaume , s'était vu privé par eux de ses droits au trône, et jeté dans une obscure prison, où il languit quinze années. Son jeune frère, Sapor, fut proclamé roi après la mort de leur père ; enfin la femme d'Hormi^das, exposant sa vie pour sauver son époux , corrompit ses gardes , et lui fit parvenir dans son cachot une lime dont il se servit pour briser ses fers. Traversant la

lOO CONSTANTIN.

Perse sous le vêtement d'un esclave, il vint demander un asile à Constantin, qui le reçut avec joie, l'admit dans son palais, lui persuada d'embrasser le christianisme., et lui donna de hauts emploi^ dan« son armée, espérant que son nom pourrait lui faire un parti en Perse et affaiblir, par des divisions , cet empire dont il méditait la conquête.

Ces intrigues irritaient la cour de Sapor, impatiente d'ailleurs de s'affranchir d'un traité honteux : de son côté Constantin reprochait au Foi de Perse ses rigueurs contre les chrétiens. De part et d'autre on se disposait à la guerre. En 537, Sapor la déclara ouvei:^tement,^t écrivit à l'empereur qu'il fallait combattra ou lui rendre les cinq provinces cédées par Narsés à Dioclétien . Constantin répliqua qu'il lui porterait bientôt sa réponse lui-même à la tête de ses légions.

Les troupes de Sapor étaient déjà entrées en Mésopotamie et la ravageaient. Constantin, ayant assemblé promptement son armée , se rendit à Nicomédie ; il y célébra la fête de Pâques avec solennité, ordonna que toute la ville fût illuminée, et fit distribuer de grandes aumônes dans tout l'empire^

Ce prince , croyant toujours sa gloire aussi intéressée au triomphe de la religion chrétienne qu'à celui de ses armes j prononça publiquement dans son palais un discours sur l'immortalité de

CONSTANTIN. lOI

l'âme ^ comme s'il eût pressenti que la sienne allait bientôt en jouir dans un monde nouveau.

Peu de jours après, atteint par une maladie j^a|adie et grave, il tente vainement de chercher des se- coMtaniin, cours aux eaux d'Hëîénopolis, revient près de Nicomédie dans le château d'Achiron, rassemble près de lui plusieui^s évéques , et les prie de lui administrer le baptême « Voici, leur dit- » il, le jour auquel j.'aspirais avec ardeur; je » voulais laver mes péchés dans le Jourdain , où » notre Sauveur s'est baigné.. Dieu m'arrête, et M veut que ce soit ici que je jouisse de cette }) faveur.. >x

Après la. cérémonie il ajouta ces mots : « Me }> voilà vraiment heureux, vraiment digne d'une » vie immortelle l Ah ! que je plains les hom- » mes privés de l'éclat de la lumière qui frappe » mes yeux I »

Ses officiers en larmes priaient le- cîel de liiî conserver la vie : w Compagnons^, leur dit-il, la >i vie où je vais entrer est la- vie véritable ; je » connais les biens qui m'a|tendent,, et je me » hâte d'aller à Dieu.. »

C'est ainsi qu'Eusébe raconte les demieramomens de ce prince; d'autres historiens prétendent qu'il fut baptisé à Rome, et que le pape Sylvestre le guérit miraculeusement de la lèpre rces fables, inventées plusieurs siècles après, avaient pour objet de prêter quelque vraisem-

I02 COIlSTANTUf.

blance à l'acte^ de donation qu'on attribuait faussement à Constantin, et par lequel on prétendait qu'il avait cédé au pape , Rome , son territoire et la côte occidentale d'Italie, La rédaction de cette pièce absurde est digne du temps d'ignorance où elle fut fabriquée. L'empereur y parle des satrapes de son conseil. Il n'est pas nécessaire que l'histoire s'occupe plus long-temps d'un conte qui ne trouve plus à présent de crédulité ni d'appui«

L'empereur distribua en mourant de grandes largesses à Rome et à Constantinople, confirma le partage de ses États, et fît jurer aux légions d'être fidèles à ses enfans et à l'Église. Il donna son testament au prêtre arien qui jouissait de sa confiance, et lui enjoignit de ne le remettre qu'entre les mains de Constance, le plus chéri de ses eufans.

Rappel Son dernier acte fut un acte de iustice ; il rap-

dAlbanase. ^ J ' JT

pela d'exil Âthanase et lui permit de retourner à Alexandrie. Ce prince mourut le jour de la Pentecôte, le 22 mai 3S7, sous le consulat de Félicien et de Titien. Sa vie avait duré soixantetrois ans et son règne trente *.

Mort de Au moment de sa mort on parut oublier ses

Constantin. '■

erreurs et même ses crimes; on ne se souvint que de ses exploits et de ses grandes qualités. Ses gardes, ses,soldats exprimaient leur douleur par

♦ An 337.

COWafAIfTlW. lo3

de profonds gémissemens ; chaque famille semblait porter le deuil de son chef. Tous^ se rappelant les malheurs passés^ effrayés des malheurs à venir^ regrettaient un si ferme appui.

Ses restes, enfermés dans un cercueil d'or, furent transportés à Constantinople ; on y éleva son corps sur une estrade entourée d'un grand nombre de flambeaux ; et, pendant tout le temps qui s'écoula jusqu'à l'arrivée de Constance , les grands officiers, les sénateurs, les comtes, les généraux, se rendaient journellement au palais pour remplir leurs fonctions comme si l'empereur eût encore vécu.

Dans tout l'empire les légions, respectant peu la royauté des frères de Constantin, jurèrent de ne reconnaître d'autres princes que ses enfans..

Constance, arrivé dans la capitale, conduisit le corps de son père à l'église des Apôtres, où il fut déposé dans un tombeau de porphyre.

Rome , que Constantin avait dépouillée de son antique grandeur, partagea cependant la douleur commune. Le peuple romain se reprochait d'avoir irrité ce prince et de l'avoir forcé par ses outrages à se réfugier dans Byzance. Il réclama vainement le droit de conserver dans la capitale du monde la dépouille mortelle de son libérateur.

La gloire humaine, même lorsqu'elle n'est pas pure y excite l'enthousiasme dès qu'elle cesse

I04 COWSTAKTIIf.

d'être un objet d'envie : tous les partis, qui décriaient Constantin vivant, l'adorèrent après sa mort/Les clM*étiens le comptèrent parmi les saints, et les païens le placèrent au nombre des dieux, dont il avait renversé les temples.

De tous les hommes qui ont brille sur la terre, Constantin est peut-être celui qui a fait dans le monde la plus grande révolution. Il détruisit l'idolâtrie, fit triompher le christianisme, abaissa Rome, éleva Byzance, porta la force de l'empire dans l'Orient, et, ouvrant l'Occident aux Barbares , prépara l'existence nouvelle de l'Europe,

Déplaçant la souveraineté , il l'ôta au peuple et la donna au trône. Partout, depuis son règne, l'esprit général des nations prit une direction nouvelle; les droits, les principes, le» intérêts , tout ce qui influe sur le gouvernement * des hommes, tout changea, et, en parcourant l'histoire des temps qui suivent cette époque célèbre, on croit entrer dans i^n monde nouveau. Comparé avec justice aux plus riiauvais et aux meilleurs princes, Constantin réunit dans son caractère les qualités les plus opposées. Les partisans de Maxence éprouvèrent sa clémence , les persécuteurs des chrétiens son humanité; il se montra féroce pour les prisonniers francs et pour les rois captifs qu'il donna en specUcle aux Romains, et qu'il fit déchirer sous la dent des

CONSTANTIN. lo5

animaux du cirque : meurtrier de son beaupère et de son beau-frère, assassin de sa femme et de son fils , il pardonna souvent à des rebelles et souffrit patiemment des injures. Zélé pour la justice, il opprimait la liberté; prodigue pour les pauvres par humanité, il laissait piller les provinces par faiblesse ; jaloux de la puissance du trône, il lui donna dans l'Église une rivale dangereuse , en favorisant l'ambition de ses ministres.

Dans les can^ps son activité, sa tempérance , son courage , rappelaient les héros de l'ancienne Rome; à Byzanee, à Nicomédie, la pompe de sa cour, son luxe et sa mollesse ne semblaient offrir aux regards qu'un descendant de Darius.

Sa législation fut douce, et sa politique barbare; aux vertus de Trajan il joignit la violence de Sévère , et souvent les crimes de Néron.

Pour être juste on doit attribuer ses erreurs à son siècle, ses crimes à ses passions, sa rigueur à son caractère, sa clémence, sa bienfaisance à sa religion, et ses exploits à son génie.

io6

Page 1