‹ Histoire du Bas-EmpireChapitre 4 sur 52 · CONSTANTIN II, G07VSTANGB, CONSTANT. 7S · texte numérisé non relu

CONSTANTIN II, G07VSTANGB, CONSTANT. 7S

embuscade près d'Aqoilée, et opposa de yains efforts à la multitude d'ennemis qui Tentouraient ; il9 le renversèrent de eheval et lui tranchèrent la tête. Son frère Constant profita seul de sa dépouille, et réunit tout T Occident sous sa domination.

La haine du vainqueur survécut à sa victoire; il proscrivit tous les amis de Constantin. On ne doit point s*étonner si; dans ces temps barbares, les églises, les séminaires, les monastères et les ermitages se peuplaient aux dépens des eamps, des cours, des villes et des champs. Le manteau de la relig»}ii était la seule égide sous laquelle on pût vivre à * Tabri de la tyrannie des princes, de la fureur des partis et de l'inconstance de la fortune.

La mort de Constantin privait Athanase de son plus ferme appui; les ariens Taccusèrent d'hérésie, de rébellion, et eheh!hè;*ent à le perdre dans l'esprit de Constant et du pape.

. Le saint Siège, occupé successivement par Sylvestre et par Marc, Tétait alors par Jules. Ce pape, Juste, charitable, vertueux, se montrait digne des premiers temps de l'Église : protégeant le malheur contre la puissance, il accueillit les plaintes de l'évéque d'Alexandrie, dont cent évéques signèrent la défense ; et, dans l'espoir de terminer enfin ces scandaleux débats, il convoqua en 340 un concile qui se réunit l'année suivante à Antioche. L'Église en a conservé les canons, et cependant, ce qui est remarquable, c'est que, dans la profession de M qu'on y rédigea, le terme de consubstantiel fut omis.

Bans la j^lupart des affaires de sectes et de partis, les hom* mes occupent plus que les choses, et ceux qui paraissent défendre des opinions ne combattent souvent que pour des intérêts. En vain le pape Jules voulait sincèrement la paix ; les passions s'y opposaient, et Constance favorisait celles de la &ction arienne.

Au moment où Ton croyait le concile terminé , soixante

èvêques catholiques étant déjà partis, quarante évéques T. 6

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ariens^qui restaient reprirent leurs séances, eteondamnèrenf de nouveau Atlianase. Grégoire fut nommé à sa plaee. Cette nouvelle, répandu» dans Alexandrie, y produisit la plus grande fermentation. Le peuple s'opposait à Tinstallation du nouvel évéque; Grégoire, accompagné de soldats commandés par Philagre, préfet d'Egypte, entra dans cette ville comme s'il l'avait prise d'assaut; les églises furent profanées, les vierges outragées, les catholiques massacrés. Le duc Balan, qui professait le polythéisme, lit condamner ftu fouet trente-quatre personnes. Il voulait exécuter Tordre fle ' l'empereur et faire trancher la tête d'Athanase, çpli trooya encore son salut dans la fuite.

On cherche toujours des crimes à ceux qu'on persécute : Grégoire attribua tous les malheurs de cette sédition aijx intrigues d'Athanase, et pour justifier son accusation, ilfabpîr qua un faux décret du peuple d'Alexandrie, qu'il fit sigp^ par des ariens, par des juifs et par des païens.

Balan, profitant de cette circonstance pouF assouvif sa haine contre les chrétiens, répandit la terrepr dans toute l'Egypte, immolant sans distinction tous ceux qu'pQ soupçonnait d'attachement à l'évêque proscrit.

Athanase, échappé aux fers de ses ennemis, court à Bonae, écrit à tous les évéques, leur retrace les malheurs et les affronts de l'Église, et se compare au lévite d'Ëpbraifm qui voyant le corps de sa femme victime des plus horribles outrages, le coupa en douze parts, et les envoya aux douze tribus d'Israël.

L'empereur d'Occident, comme celui d'Orient, les grands de leurs cours, leurs ministres, leurs gardes, la multitude esclave de la faveur, les légions qui ne connaissent que l'autorité, semblaient tous alors réunis pour accabler Athanase. Tout l'empire, comme le dit un historien du temps, se trouva surpris de se voir arien.

Quelques évéques courageux, l'intrépide Jules, la généreuse Eutropie, sceur du grand Constantin, résistèrent au torrent et protégèrent rinfortun»» Jule^ convoqua dans

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Rome le synode que les accusateurs d' Athanase avalent eux* mêmes demandé. Us refusèrent de s'y rendre.

Left mêmes violences qui avaient éclaté dans Alexandrie ensanglantèrent Constantinople. Les ariens venaient d'y élire de nouveau Maeédonius. Les catholiques indignés rétablirent Paul sur son siège. Constance donna l'ordre à Hermogène, général de cavalerie, de chasser l'évêque catholique. En vain la multitude le défend; Us l'arrachent de l'église. Le peuple entier se soulève alors, met en fuite les soldats et égorge Hermogène. Constance, furieux, accourt pour le venger. L'aspect du prince et de sa garde fait succéder la terreur à l'audace. Le sénat et le peuple, prosternés aox pieds de l'empereur, calment avec peine son courroux.' Enfin, accordant la vie aux rebelles, il réduit à moitié là distribution journalière qu'on faisait au peuple de quatre- * vingt mille mesures de blé.

"Cependant le parti d'Athanase, soutenu par le pape, reprenait quelques forces dans l'Occident. Constant parut se déclarer en sa faveur et sentir la- nécessité de rétablir la tranquillité publique, troublée par de si honteuses quereMe»; ■ il écrivit à son frère Constance : « Imitons la tolérance et Ja « piété de notre père : c'est s»n plus bel héritage et le fpn- « dément de sa puissance. »

Il le priait, dans la même lettre, de lui envoyer quelqnes évéques ariens, afin de connaître et d'approfondir leurs griefs. Ces évêques arrivèrent portant une profession de foi ^ qui ne contenait pas le mot conmhstantieL Jules et Con» ^ stant la rejettent ; les ariens, qui avaient promis de se ^umettre à la décision du pape, l'accusent d'attenter à la sou-, veraineté de l'Église, en jugeant un évêque déjà condamné' par un concile. Celui de Rome soutient le&^its du pape et justifie enfin Athanase.

Tout semblait alors éphspirer à la ruine de l*\Kmpire ; l'invasion des Bafbarçs et les fléaux célestes se joignaient aux tfoubles eivils et aux discordes religieuses pour hâter sa chute. Pendant l'espace de dix années, presque toutes les

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villes d'Orient se virent bouleversées par des tremblements de terre. A la même époque, les Francs se répandirent comme un torrent dans la Gaule, qu'ils devaient un jour conquérir, ravager, régénérer et illustrer.

Libanius, en retraçant les mœurs de ce peuple guerrier, le considère comme le plus formidable des ennemis de Rome. « Les Francs, dit-il, sont plus redoutables par leur courage a que par leur nombre : vaillants sur mer comme sur terre, a bravant l'intempérie des saisons, la guerre est leur élé- « ment; ils regardent la paix comme une calamité, le repos « comme un esclavage : vainqueurs, rien ne les arrête; « vaincus, ils se relèvent rapidement sans laisser à leurs en- « nemis le temps de quitter leurs casques. »

En 342, Constant marcha contre eux : les succès de cette guerre furent balancés, et l'empereur ne put les décider à repasser le Rhin qu'en leur payant un tribut. Il descendit ensuite en Bretagne, et remporta d'assez grands avantages sur les Calédoniens, qu'il contraignit à se soumettre.

Sous le consulat de Placidus et de Romulus (en 345), l'O- -.xieat se vit encore le théâtre de différents combats que le courage deà Romains et des Perses rendait meurtriers, et que l'incapacité des chefs les empêchait de rendre décisifs. Les armes de Constance, dans le cours de l'année 344, furent heureuses; il éloigna l'ennemi : ses généraux obtinrent ' quelques avantages sur les Arabes qui habitaient une contrée voisine du royaume de Saba, et qui, croyant trouver ''l^ vérité là où ils voyaient la victoire, embrassèrent le chris- 'tiairi^me. Ces Arabes prétendaient descendre d'Abraham par un fils de Cétura.

Ce fut à cette époque que l'évêque Théophile porta dans l'Inde à la fois l'Évangile et Tarianisme. On dit qu'à son retour il convertit les peuples de l'Abyssinie.

Si le christianisme s'étendait alors dans plusieurs contrées lointaines, la politique de Sapor s'efforçait d*arrêter ses progrès dans la Perse. Cet ennemi implacable des Romains déclarait aussi la guerre à leur culte, et, si l'on en croit les

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historiens du temps, seize mille martyrs furent victimes de sa cruauté.

Sous le consulat de Constant et de Constance (en 346), l'empereur d'Otient fit ouvrir à l'embouchure de l'Oronte le port de Séleucie. Dans la même année, nn concile rassemblé à Milan se sépara sans avoir rien pu décider. Les évéqaes d'Asie y proposèrent une nouvelle formule : ceux d'Europe ne voulurent rien changer à celle de Nicée. Les deux empereurs, qui désiraient vivement et vainement la fin de cette longue dissension, rassemblèrent à Sardique , en 347, un concile œcuménique, c'est à-dire universel. Cent soixante-quinze évêques s'y trouvèrent réunis. Les évéques ariens refusèrent d'assister aux séances, sous prétexte qu'ils ne pouvaient siéger avec Athanase excommunié, et ils se formèrent en assemblée particulière.

Le concile catholique confirma le Jugement du pape, renouvela la profession de Nicée, déposa les évéques réfractaires, et invita les empereurs à rétablir les catholiques dans leurs sièges. Ce fut dans cette assemblée qu'on reconnut solennellement, pour la première fois, la suprématie de l'é vêque de Rome.

De son côté , le concile arien excommunia le vertueux Osius et le pape même, nia sa suprématie, persista dans son opposition à la profession de IVicée, et sema ainsi les germes de cette séparation des Églises de l'Orient et de l'Occident, qui existe encore de nos jours.

Constant se rangea du côté des catholiques. Constance ne voulut se décider ni pour l'un ni pour l'autre concile.

Cependant la guerre d'Orient semblait, en se prolongeant, accroître Fanimosité des deux peuples qui se combattaient. Aésolu à tenter un grand et décisif effort , Sapor arme tous les Perses; les femmes mêmes se mêlent aux guerriers. Les Hooiains réunissent toutes leurs troupes; l'Orient entier ft'ébranle ; les deux armées se rencontrent près du Tigre. Constance, vain comme tous les hommes faibles, ordonne à ses postes avancés. de s'éloigner du fleuve et d'ouvrir un

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passage libre à Tennemi. « Laissez-les s'approcher, dit-il, « choisir leur terrain et s'y retrancher : tout ce que je dé- « sire, c'est de les attirer au combat. Je ne crains que leur « retraite. » •

Les Perses traversent sans obstacle le Tigre et campent près de la ville de Singare: l'approche de Tennemi avait diminué la confiance et le courage de Constance; il le laisse s'établir tranquillement et s'oppose à l'ardeur de ses troupes qui s'indignaient de cette lâcheté. Éiien, officier de la garde, et qui commandait dans la ville de Singare, ne peut supporter les bravades des Perses, sort, la jiuit, à la tête d'un foible corps déjeunes soldats, pénètre dans le camp des ennemis, en égorge un grand nombre, y répand la terreur, et se retire sans être poursuivi. Si l'empereur eût imité ce Romain, l'armée perse était détruite.

Le lendemain au point du jour les deux armées se rangent' en bataille. Jamais les deux empires n'avaient déployé de forces plus imposantes ; les rives du fleuve , les vastes plaines de Singare étaient couvertes de bataillons et d'escadrons dont les armes , éclairées par les rayons du soleil , éblouissaient les yeux. Les hautes montagnes qui bordaient la plaine semblaient à perte de vue hérissées d'une forêt de lances. Sapor, élevé sur un bouclier, contemple ce magnifique spectacle; mais cet aspect formidable, au lieu d'exalter son âme, intimide son esprit. Frappé de l'ordre qui règne dans l'armée ennemie, effrayé des souvenirs de tant de victoires remportées sur des forces innombrables par la tactique romaine, la crainte dans son cœur succède à l'audace; il tremble pour son trône, oublie son honneur, donne le signal de la retraite, repasse promptement le Tigre , et laisse son armée continuer avec lenteur sa fuite sous les ordres de soa fils Narsès.

Les Romains, voyant l'ennemi s'éloigner, demandent à grands cris le signal du combat. Constance, aussi timide que Sapor, et croyant voir un piège dans cette retraite , veut en Tain calmer la fougue de fees légions; eUea«e récoutentpliis^

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se précipitent avec fureuf sur i' ennemi , le mettent en désordre , forcent le c^mp , enveloppent et désarment Marsés.

Ils étaient vainqueur»-^ mais sans chef. Une partie des Bomains se livre au pillage et à la débauche; d'autres attaquent sans ordre les hauteurs %ù plusieurs corps de Perses s'étaient retranchés : après de vains efforts, ils sont repousses et poursuivis. Les Perses profitent de cette confusion , reprennent leur camp et chassent les Romains. Narsés périt dans ce tumulte.

Constance, incapable de réparer'ce désordre, comme 11 l'avait été de profiter de la victoire, prend la fuite et entraîne toutes les troupes qui suivent ce honteux exemple. Le lendemain les Perses, plus affligés de leurs pertes que fiers de leurs derniers avantages, se retirent et repassent le fleuve.

Sapor, honteux de sa lâcheté et inconsolable de la mort de son fils, s'arracha les cheveux de désespoir, et fit trancher la tête aux satrapes qui lui avaient conseillé la guerre. Telle fut la bataille de Singare, où l'on vit successivement deux armées battues et mises en fuite par l'incapacité de leurs chefs. La lâcheté des deux monarques rendit inutile la bravoure de leurs soldats.

Constance, vaincu par les Perses, retourna dans sa capitale. Dominé par les ariens, il persécutait leurs adversaires; mais Constant , protecteur des catholiques , l'ayant menacé de la guerre , il parut cédef , et consentit non-seulement à recevoir les évêques que lui envoyait son frère, mais même à écouter Athanase. Il le manda près de lui , mais cet illustre proscrit refusa d'abord d'y venir : il connaissait trop l'empereur pour se fier à sa foi.

Les ariens, effrayés de l'arrivée des évêques catholiques à Gonstantinople , s'efforcèrent de les perdre dans l'opiiiion publique. Etienne , évêque d' Antioche , par le moyen d'un domestique corromptf; introduisit chez l'un d'eux une courtisane et le fit surprendre avec elle : cette femme, perdant loia audaee à la vue du vénérable évêque calomnié, lui ren-*

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dit elle-même Justice. Etienne, arrêté et jugé dansîintérieur du palais, fat déposé.

Sur ces entrefaites, Athanase, rassuré par la protection de Constant, vint à Gonstantinople, oonfondit ses ennemis et obtint de Constance la liberté de retourner en Egypte ; sa rentrée dans Alexandrie fut tta triomphe.

Tandis que Tempereur d'Orient, sévère dans ses mœurs , grave dans son maintien , mais bizarre dans sa conduite et timide dans sa politique , ne s'occupait que de discussions métaphysiques, s'entourait dé prêtres, ariens , passait sa vie au milieu des conciles et défendait jnoUement l'empire contre les Perses, Constant, plus brave, combattait de nouveau les Francs, et après en ayoir délivré la Gaule^ se livrait aux plaisirs avec excès.

Dirigé dans sa politique par l'.évêque de Trêves, qui jouissait de toute sa confiance, il repoussait l'arianisme, poursuivait la destruction de l'idolâtrie, fermait les temples , ne les conservait que comme monuments, défendait les sacrifices dans les villes, et ne les permettait qu'aux habitants des campagnes attachés fortement aux cérémonies religieuses , leurs uniques et leurs seuls spectacles.

Dans tout l'empire, les villageois défendirent longtemps Tancien culte, et c'est ce qui fit appeler les idolâtres païens, du nom de pagus qui signifie bourg.

Comme ce prince comblait le clergé de biens et d'honneurs, les chrétiens le considérèrent comme un grand homme. Les païens, opprimés par lui, le regardèrent comme un tyran : aux yeux des hommes iî^partiaux , il devait passer pour un mauvais prince. La vertu rougissait de s'approcher de sa cour ; son palais était un lieu de débauches, et les historiens du temps assurent qu'on ne voyait parmi ses ministres qu'un seul honnête honune : c'était l'eunuque £uthérius,.né en Arménie.

Le trône le plus éclatant est bien peu solide lorsque, dépottilé de vertus et souillé de vices, il n'est soutenu ili par l'intérêt général ni par l'amour des peuples. Un Barbare

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forma le projet d'enlever la couronne au fils de Constantin. Le succès couronna son audace.

Magnence,pé dans les forêts de la Germanie, avait langui quelques années dans les fers des Romains ; le grand Constantin r affranchit et le plaça dans une légion. Cet homme actif, intrépide, éloquent, ambitieux, s'ékva promptement du rang de soldat au grade d'officier. Il dut son premier avancement à sa valeur , et bientôt une assez grande faveur à son adresse. Il obtint le titre de comte et le commandement de deux corps de la garde formés par Dioclétien et Maximien, et qu'on nommait \t%joviens et les herculiens,

Sonayarice et sa dureté excitèrent une révolte parmi les soldats; ils s'étaient jetés sur lui, et l'entouraient de glaives menaçants; l'empereur Constant lui sauva la vie. Le Barbare lui jura une éternelle reconnaissance , et médita sa perte.

Deux hommes puissants, Christus, maître de la milice, et :cellin, intendant des finances, entrèrent dans ses crimifÉojets. Tous trois réunirent leur crédit et leurs efforts pour séduire les troupes. Dans cette conjuration, on déférait le premier rôle à.Marceliin, mais il préféra le second. Ce conspirateur adroit savait qu'un trône usurpé est entouré de trop de précipices, et , comme le dit un historien du temps : « Marcellin , préférant un pouvoir tranquille à un éclat pé- « rilleux, aimait mieux être maître de l'empereur quede « l'empire. »>

La guerre des Francs était alors finie ; Constant, que le bruit des armes pouvait seul distraira des plaisirs, oubliait les affaires au milieu des loisirs de la paix. Ce prince sans prévoyance se livrait à sa passion pour la chasse , et passait toutes les journées au fond des forêts.

Dans l'année 350^ sous le consulat de Sergius et de Négritien, la cour se trouvant à Autun, Marcellin invite à un grand festin tous les principaux officiers de Farmée. Pendant le tumulte de la fête, Magnence sort de la salle sans qu'on s'aperçoive de. son absence; bientôt il y rentre couronné, décoré

*' !fef

S2 £M^IAS d'oAIEND. [3S7-d5i3

dé la pourpre et entouré de gardes. Les conjuras le saluent empereur; les autres, saisis de crainte, gardent le silence. 11 les harangue, les entraîne, marche au paiaif, s'en empare et pose des gardes dans la ville. Un corps de cavalerie iUyrienne se joint à lui ; le peuple, ami des nouveautés, se déclare en sa faveur. Peu à peu toutes les légions, séduites par de magnifiques promesses^ suivent le torrent et proclament Magnence Auguste.

Constant, qui se trouvait alors à la chasse, apprit à la fois le projet des conjurés, leurs succès, la trahison des grands, la révolte <Ri peuple et la défection de sa garde. Accompagné d'un petit nombre d'amis, il chercha son salut dans la fuite, espérant trouver un asile en Espagne. Gaïson, envoyé avec quelques cavaliers à sa poursuite, l'atteignit près de la ville d'Elne au pied des Pyrénées. La crainte dispersa se» lâches compagnons : le fils du grand Constantin, naguère maître de Rome et de l'OeWdent, alors seul et trahi par tous les Romains, ne se vit défendu que par un Frane nomort , Laniogaise. Après un court combat, tous deux tombèrent ^ percés de coups. Constant périt la treizième année de son règne et la trentième de son âge (an 350).

Magnence manda près de lui les généraux , les préfets, les administrateurs qui avaient servi Constant avec le plus de fidélité : ils furent égorgés en route par des assassins envoyés au-devant d'eux. Le tyran sacrifia même à sa politique ombrageuse tous les hommes de son parti dont la lenteur et la timidité lui avaient inspiré de la défiance.

L'étonnement produit par la rapidité de son élévation, et la crainte que répandait sa sévérité, le rendirent sans obstacle maître de l'Occident. On commande aux hommes dès qu'on les étonne.

Magnence nomma Titien préfet de Rome, et Anîcet préfet du prétoire. L'illyrie ne voulut pas le reconnaître, et donna le titre d'Auguste à Yétranion, vieux général qui commandait les troupes romaines en Pannonie. Cet homme, né dans les campS; ne savait que combattre, et il ne commençai

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apprendre à lire gu'au moment où il fut nommé empereur. Il dut son élévation au crédit, aux richesses et aux intrigues deConstantine, fille du grand Constantin et veuve d'Ani^ hsÊkùi Cette princesse le plaça sur le trône dans le dessein de l'opposer au barbare Magnence qu'elle méprisait, et à son propre firère Coastance qu'elle regardait comme l'assassin de son mari.

YéUranion écrivit à Constance qu'il n'avait cédé aux vœux des légions que pour le servir, et que, sous le titre d'Auguste) il ne voulait être que son lieutenant. L'empereur, dissimulant son ressentiment, feignit de le croire , parut le reconnaître et lui envoya un magnifique diadème.

Bans le même temps, Népotien, jeune prince échappé au massacre de la famille du grand Constantin, sort tout à coup de la retraite où il vivait ignoré, se met à la tête d' une troupe de bandits et de gladiateurs, marche à Rome, met en fuite tes troupes d'Anicet, fait massacrer ce préfet, entre dans la capitale, la livre au pillage, se décore de la pourpre, est rereconnu par le sénat et prend le nom de Constantin.

Dès que Magnence fut informé de cet événement, il envoya Marcellin , grand-maître du palais , avec quelques légions, en Italie, pour combattre le nouvel Auguste; Les Romains vinrent avec ardeur à sa rencontre pour défendre Népotien; mais, au moment du combat, un sénateur nommé Héraclide, trahissant la cause de ce prince, entraîna dans sa défection une partie des troupes romaines. Marcellin dispersa le reste et tua Népotien, dont la tête fut portée en triomphe au bout d'une lance.

Magnence, suivi d'un grand nombre de soldats gauloiâ , francs et germains, entra dans Rome, l'inonda de sang, la livra sans pudeur à la cupidité des Barbares , et la fit gémir sous le joug de la plus aflreuse tyrannie. Il ordonna sous peine de mort à tous les Romains de porter au trésor la moitié de leurs biens, et permit aux esclaves de dénoncer leurs Bûaîtres, s'ils voulaient éluder cette loi. U fallait se préparer à combattre Constance; Magnence,

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détesté par les Romains, attira dans ses troupes/ paf l'espoir du pillage , une foule de Francs et de Saxons. Tout rOcqiâent, forcé d'obéir, s'arme et se lève pour sa cause.

Depuis la bataille de Singare , l'incapacité de Gonstaxce atait fait éprouver aux armées d'Orient des pertes considérables, et les soldats romains, trop souvont battus pac la faute de leurs chefs, devenaient, dit un historien du temps, ' « si timides, que Ift poussière d'un escadron perse leà met- « tait en fuite. » Cependant les Romains manquaient moins de courage que de confiai^e, et on retrouvait encore les traces de leur antique vaillance lorsqu'ils se voyaient défendus par une position forte ou conduits par un chef habile.

Sapor, instruit des troubles de l'empire et enhardi par ses succès, réunit toutes ses forces pour s'emparer de Nisibe. Ce siège fut mémorable par la constance des assaillants et par l'opiniâtreté des assiégés. Après de vains et sanglants assauts, Sapor ayant détourné le cours du fleuve, en rassemble les eaux; leur masse trop longtemps contenue par une digue, s'élance violemment lorsqu'elle est ouverte, tombe sur les murailles et les renverse.

La plaine inondée présente le spectacle d'un lac Immense; Nisibe n'est plus qu'une fie au milieu des flots, les Perses approchent sur une foule de barques et donnent un assaut général. Les Romains, n'ayant plus d'autres remparts que leurs boucliers , se précipitent avec^ intrépidité sur la nombreuse armée qui les attaque; l'évêque de Nisibe, prostetné au pied des autels, invoque les secours du ciel ; enfin la bravoure de la garnison l'emporte; vingt mille Perses tombent sous le fer des Romains : Sapor fuit et lève le siège. La peste se répand dans son armée ; elle se retire, la guerre est suspendue, et les chrétiens vainqueurs ne voient dans leur délivrance et dans les prodiges de leur courage qu'un miracle dû à l'intercession de leur saint évêque.

Constance, rassuré par la fuite de Sapor, rassembla pour combattre Magnence une armée et une flotte presque aussi nombreuses que celles de Xerxès; mais, malgré le danger

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dont le menaçait cette lutte contre un rival qui commandait les guerriers les plus redoutables de l'Occident, il ne craignit point de diminuer ses forces en renvoyant des légions tous les soldats qui refusèrent de se faire baptiser.

Cependant, avant de tenter la voie des armes, Magnence chargea Marcellin et Ruûn de proposer la paix. L'empereur d'Orient, excité par l'honneur, retenu par la crainte, hésite et ne sait s'il doit rejeter ou accueillir ces propositions. Agité par cette incertitude, au milieu de la nuit, il croit voir apparaître son père qui lui montre Tombre de Constant et lui dit : « Voilà votre frère égorgé ; vengez-le, fermez les yeux « sur le péril; ne songez qu'à votre gloire, et frappez Je « tyran. »

Constance, déterminé par cette vision, renvoie les ambassadeurs, déclare la guerre, marche et arrive à Sardique. Yétranion l'y attendait avec ses légions et lui promettait de combattre avec lui contre Magnence.

Pour régler les opérations de cette campagne, les deux empereurs entrent en. conférence, et, sur un tertre élevé au milieu des deux armées, s'asseyent sans armes et sans gar- ^des. Tout à coup Constance, jetant le voile d'amitié sous lequel il avait déguisé son ressentiment, prend la parole, et «'adressant aux soldats de Yétranion : « Souvenez- vous, dit-U, « de la gloire, des bienfaits démon père Constantin et de vos « serments. Vous avez tous juré de ne reconnaître d'autres « princes que ses ûls. Garderez-vous pour chefs des hommes t nés pour obéir? Tant de discordes, tant de guerres, tant « de meurtres, tant de désastres ne vous ont-ils pas appris a que l'état ne peut être tranquille que sous le pouvoir d'un « seul chef? »

La mémoire du grand Constantin, la crainte des troubles civils, le souvenir d'un engagement solennel donnent à ce peu de paroles une force soudaine qui s'empare de tous les esprits. Par une acclamation unanime, tous les soldats proclament Constance seul Auguste. Vétranion, abandonné de sa cour, menacé par une armée* se jette aux pieds de son

fival Redevenu êon maître, se dépouille de la pourpre et invoque sa clémence. Constance conserva la vie à Vétranion, remmena dans sa tente, le fit dîner avec lui et lui dit pour le consoler : « Vous ne perdez qu'un vain titre qui ne donne a qu6 des biens imaginaires et des chagrins réels; vous « allez jouir en paix, dans la vie privée, d'ttn bonheur sans a mélange. »

Vétranion le crut et vécut heureux à Pruse, en Bithynie, pendant six années ; lorsqu'il sut que Constance, attaqué par les Perses et menacé par Julien, éprouvait toutes les peines trop inséparablement attachées au rang suprême, il lui écrivit : a Vous avez bien tort de ne pas m'imiter, et de né ^ « point prendre votre part de ce bonheur de la retraite que « vous savez si bien procurer aux autres, »

Avant de continuer sa marche. Constance donna le titre de César à Gallus, son cousin germain, seul échappé avec son frère Julien au massacre de sa famille. Gallus vivait alors retiré dans une de ses terres en lonie. L'empereur lui fit épouser Constantine, veuve d'Annibalien, et le chargea de défendre les frontières de l'Orient contre les Perses.

Magnence laissa le commandement de Rome à son frère Décence, qu'il décora du titre de César. Il franchit ensuite les Alpes Juliennes et marcha sur Sirmium, où Constance, oubliant la guerre, ne s'occupait que de la réunion et des disputes d'un concile.

Les avant-gardes des deux armées eurent des succès et des revers balancés. Au moment où Magnence allait passer la Save, il reçoit un ambassadeur de Constance, qui, en présence de l'armée, lui propose, s'il veut abandonner l'Italie, de lui céder tout le reste de l'Occident. En vain Magnence s'indigne de cette proposition, ses légions murmurent et se disposent à la révolte. Feignant de céder, il gagne du temps, reprend son crédit sur les esprits, garde l'ambassadeur de Constance prisonnier, avance sur les bords de la Save, négocié, et obtient qu'on ne l'inquiétera plus dans sa retraite.

Cependant Constance, croyant peu à ses promesses, le .

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suit avec pradence et campe près de Gybales, Au même lieu où Constantin avait remporté sa première victoire sur Lici« nias. Là, 4i voit»arriver Titien, préfet de Rome. Magnence, ayant apaisé la sédition de son armée, avait chargé ce préfet ' de signilier insolemment à Constance Tordre d'abdiqaer. L'empereur lô renvoya avec mépris. Cette rupture d'une trêve si récemment conclue excita le mécontentement de quelques guerriers généreux, et entre autres de Sylvain, capitaine franc, distingué par ses ex^oits, et fils du-Uttneux Bonity dont Tépée avait ctftitribué aux victflfirej dH grand Constantin. Sylvain^ abandonna Magnence et passa dans le canrp de s^i^val.

Magnonce, plus irrité que découragé par cette défection^ poursuit àudacieusement ses projets, met en fuite Tavant-, garde ennemie, tourne le camp de Constance et s'approche de Sir&Uum.

> Enûikles deux armées se livrèrent, sur la Drave, près de 4^|[^S, iftie Lataille^ décisive. L'empereur d'Orient était h la Jiéte de quatre- vingt mille hommes; Magnence ne lui en opfposait que quarante mille, mais tous aguerris et fiers d'un •grand nombre de victoires. Les deux chefs se montrèrent également indignes du rang qu'ils occupaient, Constance par sa faiblesse, Magnence par sa superstition cruelle ; ce tyran sacrifia aux dieux une victime humaine. Pendant le choc des armées, Constance se tint caché dans une église, avec l'arien Valens, évoque de Murse. Dans cet asile, effrayé parle bruit des armes, le lâche envoie l'ordre de suspendre le combat et propose un armistice; ses soldats rejettent cet ordre avec mépris, et, après une mêlée sanglante, son armée enfonce l'armée ennemie.

Les vaincus, ralliés par Magnence, recommencent avec acharJiMMiit le combat et rendent longtemps la victoire incertaine. Enfin la cavalerie de Constance tourne l'armée d'Occident, la met en fuite, la détruit presque entièrement €t s'empare de son camp. Magnence n'échappa au vainqueur qu'en se dépouillant de la pourpre et en se sauvant sous

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l'habit d'un esclave. Trente mille hommes d'un c6té, vingtquatre mille de l'autre, périrent dans cette journée. Cette perte de tant de braves guerriers fut ime gi;ande plaie pour l'empire. On regarda Murse comme le tombeau de cette ancienne milice, l'appui de Rome et l'effroi des Barbares.

Lesdeuxarméespleurèrentleurs plus braves ofûciers: Arcadius, Proculus, Marcellin, Bomulus. Constance ignorait tous cesévénemeuts; mais l'évoque Valens, qui avait pris toutes ses mesures poiir en être secrètement informé, annonça taut'A ce^ip è. l'empereur' sa victoire, dont on ange, disait-il, ven^t de lut apporter la nouvelle^an 3p4}.

Magnence, arrivé eu Italie, fortîAa tous les ^^sage^des montagnes, et s'enferma dans Aquilée. L'empereur^à la tête ^ de l'armée victorieuse, força les retranctiemefits qui défendaient les Alpes; Rome se révolta contre son t^ran, et Magnence se sauva dans la Gaule, en abandonnant l'itik^e et< l'Afrique qui se déclarèrent contre lui. " J

L&cbe de tous les tyrans, aprèf kvnm

demandé VI i de lui conserver la*vie, il!

envoya dan i pour se défaire de Ballus{

ses émissaii is, ne lui laissèrent que la'

honte d'un it.

Les généraux de Constance, mar(;hant avec rapidité contre , Magnence, l'atteignirent près de Gap, lui livrèrent bataille, et mirent en fuite les troupes sur lesquelles il fondait sfs dernières espérances. 11 courut à Lyon, où ses propres soldats, le voyant sans ressource, l'enfermèrent comme prisonnier. Le Barbare, réduit au désespoir, tourne enfin contre lui et contre sa famille cette fureur qui avait inondé l'Italie' du sang de tant de victimes. Tirant son glaive, il égorge sa mère, sa femme, ses enfants, blesse Didier, son frère, et se perce lui-même le cœur. Il mourut à cinquante ans, après trois ans de régne.

Son frère Décence apprit dans la ville de Sens sa fin tragique et s'étrangla. Son autre frère, Didier, dontlablessurS' n'était pas mortelle, implora et obtint le pardon de Cod-

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stance, qui, malgré sa faiblesse, se vit alors, par lé courage de ses soldats, maître sans rival de tout Fempire romain.

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