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Histoire du BasEmpire

Depuis la mort de Sévère, le sénat , les armées, le peu- As. 467. pie, et même les barbares confédérés, désiroient un s^on%c^mi' souverain en Occident. La tyrannie de Ri ci mer étoitp. 114. odieuse ; on murmuroit secrètement de voir un Suève cE™f ' L 2 » fouler aux pieds la majesté de l'empire, faire et détruire Jom. dereb. à son gré les empereurs. Trois princes assassinés ou em- fï^c. £w. poisonnés dans l'espace de neuf ans ne montroient que :J ' CV6' trop avec quelle insolence ce barbare se jouoit de la Theoph. p. pourpre impériale ; et que , s'en rapporter à lui pour l'é- cw^fer. lection d'un nouveau souverain, c'étoit lui laisser le Vip^un' choix de sa victime. On crut devoir s'adresser à l'em- 1049. pereur d'Orient ; et comme Anthémius , illustre par sa „ 53/ or's' naissance, par son mariage, par ses richesses, l'étoit Va^- re' encore par ses dignités et par les succès qu il avoit eus /. 5. dans la guerre , le sénat et le peuple romain le deman- ^Jf/ Ba" dèrent à Léon par une députation solennelle. Il étoit, tj™1' rfn' par sa mère, petit -fils de cet Anthémius qui avoit si sagement gouverné l'empire d'Orient dans les premières années de Théodose le jeune. Son père Procope, qui , sur la fin du règne de ce même Théodose, s'étoit si-

gualé dans la guerre contre les Perses , descendoît de ce parent de Julien fameux par sa révolte contre Valeiis, Quoique Ricimer fût détesté, il étoit trop puissant en Italie pour qu'il fut possible d'y établir malgré lui nn empereur. Mais il fut le premier à favoriser Anthémius, et fit avec lui une convention particulière. Anlhémius avoit trois fils , Marcien , Romule , Procope , et une fille. Ricimer la demanda en mariage, et le désir de régner y fit consentir Anthémius. Celui - ci commandoit alors la flotte que l'empire entretenoit dans l'Hellespont : il vint à Constantinople, reçut de Léon le titre de César; et, sans craindre la peste qui désoloit alors l Italie , il partit à la tête d'un cortège si nombreux , qu'Idace l'appelle une armée. Il étoit accompagné de plusieurs comtes, et entre autres de Marcel lin, qui s'étoit établi une souveraineté en Dalmatie. Léon , ayant besoin deMarcellin pour faire la guerre qu'il se proposoit de faire à Genséric, l'avoit attiré à sa cour, et le ménageoit avec beaucoup de complaisance. Anthémius, approchant de Rome , trouva le sénat et le peuple assemblés à trois milles de la ville, où il fut proclamé Auguste le douzième d'avril. L'image du nouveau monarque d'Occident fut reçue en grande pompe à Constantinople, et portée par Férence , préfet de cette ville. Avant que de quitter la cour d'Orient , Anthémius avoit fait de sa maison une église, un hôpital pour les vieillards , et un bain public. La première de ces dispositions suffit pour démentir le témoignage d'un auteur païen, qui prétend qu'il étoit idolâtre dans le cœur, et qu'il avoit le dessein de rétablir le culte des dieux. Les auteurs chrétiens, au contraire, louent sa piété, dont ils ont peut-être d'autre preuve que la fondation de quelques églises.

Baronius. La réputation du nouvel empereur faisoit espérer Fieutjr hist. qU'ii alloit rétablir la gloire de l'empire d'Occident. c. 37. Mais ce grand corps, privé de la meilleure partie de ses

membres, et accablé de langueur, n'étoit plus en élat nu. And'être soutenu ; et ceux qui sembloient les plus capables them' aH'1' de le relever tomboient avec lui. Anthe'mîus avoit amené de Constantinople un hérétique macédonien , namraé Philothée, qui, s'appuyant de la faveur du prince, prélendoit introduire dans Rome la tolérance des diverses sectes, et leur faire accorder des églises. Le pape Hilaire, qui avoit succédé à saint Léon , s'y opposa fortement. Il fit à ce sujet des remontrances publiques à l'empereur, dans l'église de Saint-Pierre, et il engagea ce prince à faire serment qu'il ne permettroit jamais cette dangereuse innovation. Le mariage de Ricimer fut célébré avec une pompe digne du souverain, et d'un sujet plus puissant que le souverain même.

Ce fut vers ce temps-là que Sidoine revint à Rome A*. 4&*pour solliciter quelque remise d'impôts en faveur (\cSidon.carm. l'Auvergne. Au commencement de l'année suivante , idem , /. i , Anthémius ayant pris le consulat , Sidoine fut encore engagé à prononcer l'éloge du prince en présence du l6sénat. C'étoit le troisième empereur en l'honneur duquel il employoit sa muse demi - barbare, et il devoit être rebuté du peu de succès de ses magnifiques prédictions. Il fut en récompense honoré de la charge de préfet de Rome, et quelque temps après dii titre de patrice. On craignoit à Rome la famine, et le préfet appréhendoit encore davantage les emportemens du peuple , que la faim avoit coutume de mettre en fureur contre les magistrats. Mais l'arrivée de quelques vaisseaux venus de Brinde, et qui apportaient du blé de la Grèce, dissipèrent les alarmes du peuple et celles du préfet.

Il nous reste peu de lois d' Anthémius. Constantin Cod. TJieod. avoit défendu, sous peine de mort, les mariages à^$n0ç^Jet/usU femmes avec leurs esclaves; Anthémius déclara que celles »» 4, qui épouseroient leurs affranchis seroient punies par la 4 / %x\ confiscation de leurs biens et par le bannissement per- ^r* 6 » y »

pétuel; que les enfans qui naîtroient de ces alliances seroient censés illégitimes et esclaves du domaine. Cette loi tendoit à maintenir l'honneur des familles; il en fit une autre pour en conserver les biens. Celle-ci ne fat promulguée qu'après la réponse de l'empereur Léon, qu'Anthémius se faisoit un devoir de consulter comme son père. Souvent les biens confisqués , et abandonnés, ensuite à des personnes qui les obtenoient de la libéralité des empereurs , se trouvoient appartenir à des maîtres légitimes, qui en avoient été injustement dépouillés. Constantin avoit prononcé qu'en ce cas la donation subsisteroit, et que le prince dédommageroit les intéressés comme il le jugeroit à propos. Léon , jugeant cette décision injuste, répondit que les particuliers dévoient être reçus à poursuivre leur droit nonobstant toute donation du prince ; ce qu'il appuie de ces belles paroles : Que , la justice étant le plus noble apanage de la majesté souveraine , les princes ne doivent se croire permis que ce qui l'est aux particuliers, Léon fit aussi cette année deux lois remarquables : l'une défend de prostituer quelque personne que ce soit , et de contraindre à monter sur le théâtre aucune femme libre ou esclave ; l'autre interdit la profession d'avocat à tout autre qu'aux catholiques. Ce prince porta plus loin que ses prédécesseurs la haine du paganisme. Les empereurs chrétiens s'étoient jusqu'alors bornés à défendre l'exercice de l'idolâtrie; mais ils n'avoient point forcé leurs sujets à faire profession de la religion chrétienne. Léon, nom content de renouveler les peines déjà prononcées contre le culte idolâtre et contre l'apostasie , enjoint à ceux qui n'ont pas encore reçu le baptême de se transporter aux églises pour le recevoir , et de faire baptiser leurs dômestiques, leurs femmes, leurs enfans; ceux-ci sans délai , s'ils sont encore dans l'enfance; mais, s'ils sont adultes, après qu'ils auront été instruits selon les canons : ceux qui se feront baptiser seulement par intérêt, pour cou-

server leurs biens ou leurs emplois, sans s'embarrasser de retirer du paganisme les personnes qui leur appartiennent, seront exclus des emplois, privés de leurs biens, et pnnis de la manière qui conviendra; car la loi ne détermine rien de plus précis. A ces peines elle ajoute celle de l'exil pour ceux qui ne seront pas baptisés; et celle de mort, s'ils sont convaincus de persister dans la pratique d'un culte idolâtre après le baptême reçu. Elle ôte de plus aux païens le droit d'enseigner, et les exclut de toute participation aux distributions publiques.

La cession de Narbonne et de son territoire fait aux , , , Visigoths coupoit la communication de l'Italie et de Mariana , l'Espagne, où il devenoit impossible de faire filer des 5^5/* troupes pour y conserver ce qui restoit encore à l'empire. La Galice et une partie de la Lusitanie obéissoient aux Suèves; les Goths étoient maîtres de la Catalogne et de la Bétique. Les Romains possédoient encore plusieurs villes dans la province de Carthagène et dans la Tarragonoise. Mais, dépourvus de tous secours, ils étoient réduits à demeurer spectateurs des guerres que se faisoient Rémismond et Euric, jusqu'à ce qu'ils devinssent euxmêmes la proie du vainqueur. Depuis que Maldra s'étoit emparé de Lisbonne , les Romains, profitant des divisions des Suèves, y étoient rentrés, et Lusidius, né en cette ville , y coin m an doit la garnison romaine : c'étoit un traître qui en ouvrit les portes à Rémismond. Une armée de Visigoths, qn'Euric venoit d'envoyer contre les Suèves, étoit alors arrivée à Mérida : elle entra en Lusitanie, pillant et massacrant sans distinction les Suèves et les Romains qui leur étoient assujettis. Les Suèves s'en vengèrent par d'autres ravages. Rémismond mourut; mais les deux peuples continuèrent à désoler le pays , jusqu'à ce que , l'empire d'Occident étant entièrement détruit par l'invasion d'Odoacre, Euric pénétra en 477 jusqu'au fond de l'Espagne, conquit la Lusitanie, s'empara de Pampelune et de Saragosse, et, par la ruine de

Tarragone , acheva d'éteindre la puissance des Romains, qui , depuis plus de six cents ans, possédoient celte belle et riche contrée. Toute l'Espagne se trouva pour lors sous la domination des Goths , à l'exception de la Galice, où les rois suèves se maintinrent encore pendant un siècle jusqu'au règne de Leuvigilde, qui anéantit la monarchie des Suèves et la réunit à celle des Golhs. Prise p. 74. Tandis que les autres barbares attaquoient les extré- /. i,c.6. mités de l'empire, Genséric, le plus habile et le plus Pales. redoutable de tous, portoit le fer et le feu iusque dans

rum Jranc. * ■ ' 1

/. 5. ses entrailles. L* Sicile et l'Italie, tant de fois ravagées,

wt^é°n' ne fournissant plus au pillage, il se jeta sur l'empire d'Orient ; et , sous prétexte que quelques vaisseaux tic Léon avoient insulté les contrées maritimes de ses états, il envoya ses flottes faire le dégât dans les îles et sur les côtes de la Grèce. Pendant l'intervalle qui avoit suivi la mort de Sévère, il n'avoit cessé de solliciter Léon d'une part, et de l'autre Ricimer, de donner l'empire à Olybre. Il lui sembloit à la fois avantageux et honorable de voir le beau-frère de son fils Hunéric assis sur le trône d'Occident. Léon, peu disposé à le satisfaire, ayant préféré Anthémius, lui envoya Phylarque pour l'en instruire, et lui déclarer que, s'il ne meltoit fin à ses ravages, l'empereur seroit obligé de l'y forcer par les armes. Le fier Vandale, encore plus irrité de ces menaces que du peu de succès de ses sollicitations, répondit à l'ambassadeur qu'il n'étoit pas besoin de déclaration de guerre,' que les Romains avoient déjà rompu la paix, et qu'il sanroit bien leur répondre autrement que par des bravades. En même temps il envoya ses corsaires infester les côtes de l'empire d'Orient, et donna ordre d'assembler ses troupes. Phylarque, de retour, répandit l'alarme dans Constantinople : on ne douta pas que Genséric n'eût dessein de s'emparer de la Libye et de l'Egypte; et la renommée publioit déjà qu'il étoit devant le port d'Alexandrie. Léon eut besoin de la fermeté

du solitaire Daniel pour calmer ses craintes. Il résolut de faire un dernier effort pour s'affranchir des insultes d'un si opiniâtre ennemi.

On épuisa, pour cette expédition, une grande partie Eva$. /.a, des trésors et des forces de l'empire. Léon , naturellement sidon.carm. avare, n'épargna cependant aucune dépense pour encou- j,heod Uct rager les soldats et les matelots. Il équipa une flotte de 1. 1. onze cent treize galères, montée de cent mille soldats, f™'^™*' Mais il falloit que ces bâtimeus ne fussent que des bar- Theoph. p. ques médiocres , puisqu on n'y compte que sept raille ra- ïdac.chron. meurs. Cette entreprise coûta cent trente mille livres c^sZd.lhr'. pesant d'or, sans compter une somme considérable que Cedr.p.îSo. fournit Anthémius. Ce prince envoya aussi un corps de 59,60/ troupes sous les ordres de Marcellin. Basilisque, frèreJ°™-succ£sde l'impératrice Vérine, fut, pour le malheur de l'em-*/»1^ Phot,. pire, chargé du commandement général. Le rendez- PMaUià, P. vous de la flotte étoit en Sicile , d'où elle devoit faire # voile vers les côtes de Carthage. Marcellin avoit ordre de p • 5o. s'emparer de la Sardaigne , où les Vandales s'étoient éta- l'Ï^c?**'. blis. Héraclius d'Edesse, fils de Florus, qui avoit été j^™c préfet d'Egypte , et un Isaurien , nommé Marse , furent e^ X£<çi^. envoyés pour attaquer les Vandales du côté de la Tri- v*ks. /«politaine. C'étoient deux guerriers pleins de valeur. /"s.* ^>anc*

Un armement si formidable fit trembler toute l'Afrique. Marcellin chassa les Vandales de la Sardaigne, et vint rejoindre Basilisque lorsqu'il étoit encore en Sicile. Héraclius et Marse, ayant rassemblé les troupes de l'Egypte , de la Thébaïde et de la Cyrénaïque, s'embarquèrent dans le port d'Alexandrie, et firent voile vers Tripoli. Il y défirent une armée de Vandales, réduisirent en peu de temps toutes les villes de celte province, et, laissant leurs vaisseaux dans le port de Tripoli , ils prirent la route de terre pour se rendre à la grande armée, qu'ils croyoient déjà aux portes de Carthage. Basilisque étoit arrivé à quatorze lieues de cette ville; et, s'il y'eût sur-le-champ conduit sa ilotte, il

$'en seroit rendu maître sans coup férir. Les Vandales, effrayés , ne songeoient qu'à prendre la fuite. Genséric lui-même , consterné de la perte de la Sardaigne et de la Tripolitaine, n'osoit espérer de se défendre contre une puissance capable de subjuguer l'univers. Il se rassura quand il vit le général romain demeurer à l'ancre au promontoire de Mercure. Cette inaction de Basilisque n'étoit pas l'effet de sa stupidité naturelle; il y entroit de la trahison. Aspar et son fils Ardabure , mécontens de Léon , qui s'étoit affranchi de leur tyrannie , craign oient que la conquête de l'Afrique ne rendît ce prince assez puissant pour oser les punir. Ariens fanatiques, ils étoient portés d'inclination pour Genséric , qu'ils regardoient comme le protecteur de leur secte. Connoissant l'ambition de Basilisque, ils lui avoient promis de l'aider de tout leur pouvoir à monter sur le trône , s'il faisoit échouer l'entreprise dont l'empereur lui confioit l'exécution ; et ce perfide leur a voit vendu à ce prix la fidélité qu'il devoit à son prince. Genséric, qui n'étoit point instruit de ce traité secret, songea de son côté à mettre en œuvre la corruption , qui lui avoit déjà si bien réussi dans l'expédition de Majorien. Il entretenoit toujours une flotte dans le port de Carthage, et des troupes prêtes à embarquer. Il les fit monter sur ses vaisseaux, et rassembla un grand nombre de barques légères, qu'il laissa vides. Comme il attendoit un vent propre à l'exécution du dessein qu'il méditoit , il envoya demander à Basilisque une trêve de cinq jours pour aviser aux conditions de paix qu'il devoit proposer à l'empereur. Il accompagna cette demande d'une somme d'argent considérable, qu'il fit secrètement délivrer au général. L'avare Basilisque , ravi de voir qu'on lui payoit de nouveau une trahison à laquelle il s'étoit déjà engagé, accorda tout, et se tint en rade sans faire aucun mouvement , et sans observer ceux de l'ennemi. Dès que le vent, que Genséric attendoit avec impatience , eut

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commencé à s'élever, les Vandales sortent da port pendant la nuit , et s'avancent vers le promontoire , traînant avec eux les barques , dont ils àvoient fait des brûlots en les remplissant de matières combustibles. Arrivés près des Romains, ils mettent le feu à ces barques, qui, poussées par le vent, vont donner au milieu de la flotte romaine, et portent l'incendie dans tous les bâtimens dont elles approchent. Bientôt ce nombre prodigieux de mâts, de voiles et de cordages , n'offre plus que l'image d'une forêt que le feu dévore au milieu d'une nuit épaisse. La mer elle-même paroît une fournaise ardente. Les cris confus , mêlés au sifflement des vents , au mugissement des vagues, au pétillement des flammes, troublent les matelots et les soldats. Les uns, à demi-brûlés, se précipitent dans les flots ; les autres, voulant gagner à la nage les vaisseaux qui ne sont pas encore embrasés , sont mis en pièces ou assommés à coups de crocs et de rames. Au milieu de cet affreux désordre, les Vandales fondent sur eux ,*les accablent de traits, abordent les navires qui échappent aux flammes. Il se livre autant de combats qu'il y a de bâtimens. Plusieurs Romains vendirent bien cher leur vie , à la honte de leur lâche commandant , qui fut le premier à prendre la fuite. L'histoire a conservé la mémoire du lieutenant-général de la flotte; c'était Jean Daminec , natif d' Antioche. Ce brave officier, environné d'ennemis qui s'étoient jetés sur son bord, se défendit long-temps avec une valeur héroïque. Il se fit un rempart de ceux qu'il abattoit à ses pieds. Enfin , accablé par le nombre, comme Genzon, hls de Genséric , touché de son courage , lui crioit de se rendre , lui promettant la vie, il sauta tout armé dans la mer, en disant : Non, Jean ne se verra pas V esclave de ces chiens.

Tel fut le succès de la dernière expédition contre Genséric. Ni Léon, ni aucun autre empereur n'osa plus attaquer cet invincible ennemi. Basilisque , traînant

après lui les débris de sa flotte et de son armée, dont il avoit perdu plus de la moitié , retourna en Sicile chargé d'ignominie. Avant qu'il sortît de cette île, Marcelin» , trop généreux pour contenir son indignation , fut assassine. Après la perte de l'honneur, c'étoit la plus grande que l'empire pouvoit faire encore. Héraclius et Marse, ayant appris en chemin la défaite de l'armée, regagnèrent le port de Tripoli, et ramenèrent leur flotte en Egypte. Basilisque, qui méritoit autant de morts qu'il avoit perdu de soldats, arrivant à Constantinople, se réfugia dans l'asile de Sainte-Sophie. Vérine sa sœur obtint sa grâce ; et , pour le soustraire à la haine publique , elle l'envoya en Thrace , à Héraclée. Son exil ne fut pas long; le crédit de l'impératrice lui rendit bientôt toute sa faveur ; mais Aspar et Ardabure , ainsi qu'on le verra dans la suite, n'eurent pas le temps de le récompenser de sa trahison,

Eva!>.L a, Léon commençoit à se défier de leurs intrigues; et, Theoph. p. pour se ménager un appui contre des hommes si puissans 97Candîd. p. et s' audacieux , il songea à s'attacher la nation des lS« Isa ures. Ce peuple , qui n'étoit, dans l'origine, qu'un

Anon.Vales. 1 1 • i , i • •

Azaih.i. 4. amas de brigands cantonnés dans les montagnes de fo"si1' 2yP' l'Isaurie, s'étoit rendu fameux par ses ravages et par une jdaUla, p. réputation de valeur indomptable. Trascalissée, nommé Suid. voce par d'autres Tarasiscodisée , et aussi Aricmèse,' étoit ApKxoi*. d'une race renommée entre ces montagnards , et sa naissance lui donnoit un grand crédit dans la nation. Léon l'attira auprès de lui, l'honora de la dignité de patrice,, lui donna le commandement de sa garde, et, pour comble de faveur, il lui fit épouser Ariadne, l'aînée de ses deux filles. C'étoit approcher bien près du trône un barbare qui ne méritoit nullement cet honneur. Il étoit très-mal fait de corps et d'esprit, sans talens, sans aucune sorte de connoissances , sans mœurs, et même sans courage. 11 avoit eu une première femme, nommée Arcadie, dont il ui restoit un fils. Il changea son nom

barbare en celui de Zenon, devenu célèbre par la grande puissance à laquelle s'étoit élevé Zénon l'Isaurien dans les dernières années de Théodose le jeune. Le nouveau Zénon fut encore revêtu d'une dignité que l'autre avoit possédée : il fut fait Tannée suivante général des troupes dOrient.

Pour le décorer de tous les titres qui pouvoient l'éga- Ai». 469. 1er aux plus illustres personnages de l'empire, Léon le '■Tfooph.p. nomma consul, et lui fit prendre le nom de Flavius, attaché depuis Constantin à la maison impériale. Marcien , fils d'Anthémius, fut son collègue pour l'Occident. Aspar, jaloux de la fortune de Zénon, qui détruisoit ses projets et les prétentions de Basilisque , résolut de faire périr le nouveau favori. Les barbares ayant fait une incursion dans la Thrace, Léon y envoya son gendre , avec ordre aux gouverneurs de lui fournir des troupes. Les soldats, gagnés par l'argent d' Aspar, formèrent le complot d'assassiner leur général. Ils étoient sur le point de l'exécuter, lorsque Zénon, averti à temps, se sauva à Sardique. Les soupçons tombèrent sur Aspar, qui étoit en effet l'auteur de cette intrigue criminelle.

Ce fut peut-être la raison qui engagea l'empereur à Tlxcod. Uct. éloigner Zénon , et à l'envoyer en Orient pour corn- l'^'ieoph mander les troupes dont il étoit général. Zénon alla ré- 97, <)s-

•j * a »• i » «i r , • • • i »ii Niccph. Cal.

sider a Antiocne, ou il lut suivi par un moine brouillon /. ,5, c. 28. et audacieux, nommé Pierre, et surnommé le Foulon. ^dr-P-*^ parce qu'il avoit exercé ce métier. Chassé de deux4imonastères à cause de la corruption de sa doctrine et a,lu *ao *°"'m de ses moeurs , il devint flatteur et parasite , fit sa cour aux personnes puissantes , qui étoient comme lui infectées des erreurs d'Eutychès , èt s'insinua dans les bonnes grâces de Zénon. Arrivé à Antioche, il se joignit aux a poil inaristes, qui étoient en grand nombre dans cette ville; il les souleva secrètement contre l'évêque Martyrius; et lorsqu'il eut allumé le feu de la discorde, il représenta à Zénon que l'unique moyen de calmer ces

troubles étoit de se défaire de Marty rius , et d'établir un nouvel évêque. Il lui fit entendre en même temps qu'il se croyoit lui-même plus propre que personne à ramener les esprits. Il le pria de contribuer à cette bonne œuvre, et, pour lui en faire mieux sentir le mérite, il lui promit une grande somme d'argent. Zenon trouva ses raisons très-persuasives. Martyrius fut chassé , et Pierre installé en sa place. Aussitôt celui-ci leva le masque, et se déclara ouvertement pour la doctrine d'Eulychès ; ce qui excita dans la ville une grande division. Martyrius , s'étant retiré à Constantinople,y trouva des accusateurs qui le chargèrent de crimes atroces. Mais le patriarche Gennade, prélat vertueux et éclairé, défendit si bien son innocence , que l'empereur le renvoya avec honneur. Martyrius, de retour à Antioche, voyant la ville en désordre , et la faction de Pierre appuyée de tout le pouvoir de Zenon , crut devoir céder à l'orage. Il se démit publiquement de Tépiscopat , en reprochant au clergé et au peuple leur rébellion contre l'Eglise. L'usurpateur victorieux ne ménagea plus rien. Il assembla des synodes, dans lesquels il fit autoriser ses erreurs ; il ordonna des évêques qui lui ressembloient. Mais ce triomphe ne fut pas de longue durée ; il apprit bientôt que l'empereur, instruit par Gennade , avoit ordonné de le reléguer dans l'Oasis. Il prévint par la fuite l'exécution de cet ordre ; et , s'étant déguisé , il se rendit à Constantinople , où il se tint caché jusqu'au temps où Basilisque, devenu maître de l'empire, entreprit de relever le parti d'Eutychès. Julien fut élu selon les règles canoniques pour remplir le siège d'Antioche. Cod.JustA. Léon témoignoit beaucoup de zèle pour la religion et \\ ; tït. î\ pour les intérêts de l'Eglise. Constantin avoit défendu 5?* 35 - Vu. ^e ^a*re *e dimanche aucun acte judiciaire , et , de tous ii,/c^. 8; /. les travaux, il «'avoit permis que ceux de l'agriculture. ïe$. 9." " 'Les deux Théodoses avoient interdit pour ce jour-là 'Jheod. lect. (0Ute espèce de spectacles : Léon recommanda , par une

nouvelle loi , la sanctification du dimanche. Il fut de'- Clmn.Mex. fendu d'exiger en ce jour le paiement des impôts ou des ^caStP' dettes particulières, de faire aucune procédure ni au- JfaUla> p' cune vente ; les divertissemens publics furent prohibés; et si le jour de la naissance des empereurs ou de leur élévation à l'empire , tomboit au dimanche , les fêtes et les spectacles ordinaires dévoient être différés. Toute contravention à cette loi étoit punie de la privation des emplois et de la confiscation des biens. Il défendit encore d'aliéner les fonds appartenans aux églises; il confirma les privilèges qui leur avoient été accordés par les empereurs précédens, ainsi qu'aux hôpitaux et aux monastères. Mais la loi qu'il publia contre la simonie mérite d'être rapportée tout entière : « Lorsqu'il s'agit « (dit-il) de nommer un évêque, soit pour cette ville « impériale, soit pour toute autre église du monde « chrétien , c'est Dieu seul qu'il faut consulter ; l'élcc- « tion doit se faire selon la conscience , avec des inten- « tions pures et une persuasion sincère que celui qu'on « choisit est digne d'une place si sainte et si respectable. " Que personne ne prétende acheter l'épiscopat : le « prix du sacerdoce, c'est le mérite, et non la richesse. « Où la corruption ne s'étendra- 1- elle pas , si elle pénètre « jusque dans la maison de Dieu ? Que, l'avarice , cette ■ peste des mœurs, cesse donc d'approcher des autels : « qu'on la repousse loin du sanctuaire. Que, pour l'hon- « neur de notre siècle , on ne choisisse que des évêques « chastes, humbles, irréprochables, afin que la bonne « odeur de leur vertu purifie tous les lieux où ils por- « tent leurs pas. Loin de courir au-devant de Tépisco- « pat, il faut que celui qu'on destine à cette place se « fasse chercher ; il faut qu'on soit obligé de le contrain- « dre; qu'il se refuse aux prières; qu'il se dérobe aux « sollicitations ; qu'il ne se rende qu'à la nécessité d'ac- « cepter ce fardeau : il est indigne de cette place , s'il «- n'y a pas été porté malgré lui. Si quelqu'un est con-

l4 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.

« vaincu d'y être entré par argent; si Ton découvre « qu'un électeur en ait reçu , soit pour donner son suf- « frage, soit pour ordonner un évêque, le corrupteur et « celui qui s'est laissé corrompre, étant également cou- « pables, seront soumis aux mêmes peines. Tout accu- « sateur sera reçu à les poursuivre; on procédera contre « eux comme criminels de lèse-majesté ; ils seront dé- « gradés du sacerdoce , et notés d'infamie à perpétuité. » Deux ans après , Léon , pour arrêter les cabales des mauvais moines , semblables à Timothée Elure , à Théodose de Jérusalem , et à Pierre le Foulon, défendit aux moines de sortir de leurs monastères et de se répandre dans les villes t laissant seulement cette liberté aux procureurs chargés des affaires de leur communauté, mais à condition que ceux-ci ne se raêleroient point de disputes de religion ; qu'ils ne tiendroient point de congrégations ; que, dans les contestations qui s'éleveroient entre les fidèles , ils ne chercheraient point à séduire les simples ; il les menace de châtimens rigoureux , s'ils sortent des bornes prescrites par cette loi. Evag.L a , Constantinople et la Bithynie eurent beaucoup à soufc' frir cette année de l'abondance des pluies. Pendant trois

ou quatre jours de suite, il tomba du ciel des torrens. Des villages entiers furent submergés ; des montagnes furent aplanies. Dans le lac de Boane, près de Nicomédie, il se forma plusieurs tles du limon, des pierres et des autres matières que les eaux avoient entraînées.

£p?^h' vij? ^a dignité souveraine s'avîlîssoit de plus en plus en r^i.etseq. Occident. Magnns Félix , quWnthémius avoit fait patrice, fils de ce Gaulois célèbre qui avoit été consul et préfet du prétoire sous le règne de Majorien , quitta la cour, et se retira dans un monastère. Ricimer , qui , ne pouvant régner, ne pouvoit cependant se résoudre à obéir , se brouilla bientôt avec son beau-père. Comme ils avoient chacun leur cour, dès qu'on s'aperçut de leur

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mésintelligence, les flatteurs qui les environnoient s'empressèrent de souffler le feu de la discorde. Ricimer, laissant Anthémius à Rome, se retira à Milan; et toute 1 Italie appréhendoit les suites de cette rupture. En effet, on se préparoit de part et d'autre à la guerre. Anthémius accusoit Ricimer d'entretenir des intelligences avec les barbares, et de les exciter sous main à prendre Jes armes. Ricimer reprochoit à l'empereur ses injustes soupçons, et le représentoit comme un prince jaloux, ombrageux , implacable dans sa colère. Pour détourner une guerre civile près d'éclater , les personnes les plus distinguées de la Ligurie vinrent à Milan se jeter aux pieds de Ricimer, et le conjurer de tenter les voies de conciliation avant que d'en venir à des extrémités funestes. Le Suève eut bien de la peine à se résoudre à faire les avances envers son maître et son beau-père. Enfin il consentit à députer à Rome Epiphane , évêque de Pavie. Ce prélat n'avoit encore que trente ans ; mais , son eminente vertu et sa profonde sagesse le faisant respecter de l'empereur et de tout l'empire, on le jugea plus propre que personne à une négociation si difficile. On dit qu'Anthémius, apprenant son arrivée, s'écria : Que Ricimer sait bien emprunter la vertu qu'il n'a pas ! qu'il sait bien couvrir sa malice ! après m* avoir outragé, il me combat par ses ruses jusque dans les députations qu'il m'en-' voie. Il choisit le seul homme capable de me vaincre.

Epiphane étoit éloquent , et ce talent étoit relevé par un extérieur noble et majestueux , qui attira les regards des courtisans. Lorsqu'il fut devant Anthémius : « Prince « (lui dit-il), nous devons rendre grâces à la Providence « divine de nous avoir accordé un empereur qui sait que « Dieu donne la bonté , et qui aime ses dons. Le maître « des souverains foule aux pieds l'orgueil des hommes ; « il opère par la concorde ce que la bravoure ne peut « exécuter. Les monarques, qui sont ses images, doi- « vent , comme lui , écouter les prières. La clémence est

l6 HISTOIRE DU DAS-EMPIRE.

« le lustre de la puissance : elle la fait briller d'un doux « éclat qui la rend aimable. C'est cette vertu qu'implore « aujourd'hui Ricimer, ou plutôt toute l'Italie. En fai- « saut grâce à un barbare , vous la mériterez de Dieu « pour vous-même. Ce sera pour vous un triomphe glo- « ri eux, et qui vous sera propre , d'avoir vaincu sans ré- « pandre de sang. Est-il une plus solide victoire que « celle qu'on remporte sur soi-même ? Pouvez- vous « tirer d'un fier barbare une vengeance plus complète « que de le faire rougir à force de bienfaits ? L'événe- « ment des combats est incertain ; et , supposé qu'il se « décide en votre faveur, ce que les deux partis auront « perdu sera perdu pour votre compte. Considérez que « c'est mettre de son côté la justice et la raison que d'ê- « tre le premier à offrir la paix. » Anthémius répondit en soupirant qu'il a voit comblé Ricimer de faveurs ; qu'il l'avoit honoré de son alliance; il s'étendit sur son ingratitude, sur ses entreprises contre l'état, sur ses liaisons avec les barbares : se fier à un gendre si perfide , n'étoit-ce pas lui fournir de nouveaux moyens de nuire? « Ce n'est pas ( dit-il ) que je le craigne ; je suis le seul « homme de l'empire pour qui je n'appréhende rien ; « mais je crains pour le salut de l'état , et c'est le seul « genre de timidité permis à un souverain. Je connois « Ricimer ( continua-t-il ) , et c'est pour moi un grand « avantage : avoir démasqué un traître , c'est l'avoir « désarmé. Mais si vous êtes sa caution , vous qui , éclairé « de la lumière et soutenu de la grâce divine, pouvez « pénétrer et arrêter ses mauvais desseins , je ne vous « refuse rien. S'il vous trompe par ses artifices ordinai- « res , il se sera lui-même blessé avant que de prendre « les armes. Je me remets entre vos mains, et je vous « accorde la grâce que j'étois résolu de refuser à Ricimer. « C'est assurer mon vaisseau au milieu de la tempête que « de le gouverner par vos conseils. » Epiphane remercia l'empereur f et rendit grâces à Dieu de ce qu'il inspirait

HlSTOikE DU BAS-ERÎPIRÉ. 1 j

au prince des sentimens si conformes à la bonté divine. Il prit le serment d'Anthémius, et retourna en Ligurie. Il arriva quatorze jours après à Pavie, où il fut reçu avec d'autant plus de joie qu'on avoit moins espéré la paix.

Quoique j sous des règnes si foibles, les concussions Sid.Li et même les trahisons demeurassent souvent impunies, ^,

7 , et lài

vin.

quelquefois cependant la justice reprenoit ses droits, et c^fd'J^rc' rien ne contribuoit tant à faire succomber les coupables i.G. que leur audace et l'assurance qu'ils avoient de l'impunité. Arvande avoit été préfet de la Gaule pendant cinq ans , en deux fois. Dans sa première préfecture , il avoit gouverné la province avec beaucoup d'humanité. Dans la seconde > il l'avoit pillée sans miséricorde ; et ses exactions ne pouvant encore suffire aux dépenses excessives de son luxe, il avoit contracté des dettes énormes. Pour se mettre à l'abri des poursuites de ses créanciers , il crut n'avoir d'autre ressource que de brouiller les affaires , et de mettre la Gaule entre les mains des barbares , dont il espéroit de grandes récompenses. Il écrivit au roi des Visigoths pour l'engager à prendre les armes * à tomber sur les Bretons de l'Armorique , qu'il subjugueroit sans peine, et à partager la Gaule avec les Bourguignons.il ajoutoit à ces conseils plusieurs projets extra vagans, mais qu'il croyoit propres à réveiller l'humeur turbulente et belliqueuse du prince. Pendant qu'il tramoit cette intrigue criminelle * se croyant assuré de réussir * il raloubloit d'insolence , et accumuloit dé plus en plus sur sa tête la haine publique dont il étoit chargé. Sa lettre fut interceptée par les principaux de la Gaule , qui épioient ses démarches. La province députa aussitôt à Rome Tonance Ferréol , ancien gouverneur , qui s'étoit fait chérir des peuples autant qu'Arvande en étoit dé* testé. On lui donna pour adjoints Thaumaste et Pétrone , recommandables par leur vertu et par leurs talens. Ils étoient munis d'un décret public , qui les commettoit

HIST. DU 8ÂS-EMP. TOM. IV. a

l8 HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.

pour dénoncer le préfet au nom de toute la Gaule. Ils portoienten même temps la lettre d'Arvande, qui n'avoit aucune connoissance qu elle eût été surprise. Sur la requête des Gaulois , l'empereur envoya ordre de l'arrêter et de le conduire à Rome par mer. Le coupable, étant arrivé, eut d'abord le Capitole pour prison, sous la garde d'Asellus, intendant des finances, qui étoit lié d'amitié avec lui. Ses amis, et entre autres Sidoine, lui conseillent de rabattre de sa fierté et de son assurance , qui ne servotent qu'à le rendre plus odieux , et de se défier de ses adversaires , qui avoient peut-être quelque coup imprévu à lui porter , et qui ne cherchoient qu'à exciter sa hardiesse pour tirer de sa bouche quelque réponse téméraire. Il rebuta leurs conseils avec hauteur, les traitant de lâches , et disant qu'il savoit ce qu'il avoit à faire; que sa bonne conscience lui suffisoit, et que même il consentiroit à peine d'employer un avocat pour sa défense. Il continua de se promener, magnifiquement vêtu, dans le Capitole, de recevoir des visites, d'écouter avec complaisance les flatteries des parasites qu'il admettait à sa table, de passer le temps dans les magasins des marchands , à se faire montrer et à acheter des bijoux et des étoffes précieuses, se plaignant sans cesse des lois, du gouvernement , du sénat et du prince. Enfin le sénat s'assembla pour procéder à l'examen. Il s'y rendit fort ajusté , et dans une parure brillante : ses adversaires, au contraire, se présentèrent en habit de deuil, dans un extérieur conforme au misérable état de la province , dont îlsétoient députés. On fit entrer les deux parties; et cornme les anciens préfets avoient droit de séance , Arvande, oubliant qu'il étoit accusé, alla s'asseoir auprès des juges. Ferréol, quoiqu'il fût sénateur , se tint avec ses collègues sur les derniers bancs de la salle. On écouta les plaintes des députés. Tant qu'ils ne parlèrent que des vexât Tons d'Arvande, celui-ci ne perdit pas contenance, persuadé qu'un crime avoit cessé de l'être de-

itISTOtRE DU BAS-EMPlftÈ. ig

Jduîs qu'il étoit devenu si commun. Les accusateurs firent ensuite lecture de la lettre adressée au roi des Visigoths. On fc'étoit attendu qu'il s'inscriroit en faux ; et, pour le convaincre, on a voit arrêté son secrétaire, qui reconnoissoit l'avoir écrite sous sa dictée. Mais on n'eut pas besoin de cette déposition. Àrvande, aveuglé par son ar* rogance, sans attendre qu'on l'interrogeât, s'écria qu'il étoit véritablement l'auteur de la lettre , et répéta trois ou quatre fois qu'il ne la désavouoit pas. Toute rassemblée se récria : les juges prononcèrent que , de son propre aveu , il étoit coupable du crime de lèse-majesté. Ce ne fut qu'en ce moment que le bandeau lui tomba des yeux, et que, changeant de couleur, il vit l'abîme où il s'étoit lui-même précipité. On le déclara déchu des privilèges que lui avoient acquis deux préfectures. Alors , revêtu de ses magnifiques habits , sous lesquels il àvoit paru in. sulter à ses juges, et qui ne lui attiroient plus que la risée et l'indignation du peuple , il fut conduit à la prison publique. Quinze jours après il reçut sa sentence de mort, et fut enfermé dans l'île du Tibre pour y attendre, dans les horreurs du plus affreux désespoir , le délai des trente jours , qui dévoient, selon les lois, s'écouler entre la condamnation et le supplice. Pendant cet intervalle , Sidoine et ses autres amis ( car les grands criminels en trouvent toujours) se donnèrent tant de mou- ^ vement , que l'empereur commua sa peine en celle de la confiscation et d'un bannissement perpétuel. Sidoine , dans le temps même qu'il intercédoit pour lui, ne pouvoit s'empêcher de dire qu' Arvande étoit bien lâche et bien malheureux , s'il craignoit rien plus que de survivre à tant d'ignominie.

Cette indulgence d'Anthémius encouragea les con- An. 470.' eussions et les rapines, et fit voir que ces avides ravis- -f* g'.'/^ep. seurs, espérant toujours dérober à la confiscation une »3 partie de leur pillage* ne sont point retenus par la'* Damasc . crainte de l'exil, parce qu'ils ne connoissent point de^"^0^^

Suid. voce patrie, et qu'ils ne craignent que la mort. Séronat, y*fcft. successeur d'Arvande dans la préfecture des Gaules,

Paul, dtac, ..... .

/.6. l imita dans ses extorsions, et reçut enfin la punition

qu'Arvande avoit méritée avant lui. Cet événement doit tomber sur Tannée suivante, dans laquelle Jordane, fils de Jean le Vandale, étoit consul avec Sévère. Ce Sévère étoit un païen né à Rome ; mais le triste état de l'empire l'avoit déterminé à se retirer dans Alexandrie. Cette ville étoit alors le centre des études et du savoir. Il s'y appliqua aux lettres et à la philosophie, pour se distraire de la vue des maux dont son siècle étoit affligé. La bonne opinion qu'il avoit d'Anthémius le ramena en Italie, où il fut bientôt élevé au consulat et à la dignité de patrice. Séronat , aussi avare et aussi perfide que son prédécesseur, désoloit comme lui la province, et formoit des intrigues" avec Euric, qu'il alloit souvent visiter, tantôt à Aire, tantôt à Toulouse. Il avoit dessein de lui livrer l'Auvergne; et, pour accoutumer les habitans au joug des barbares , il rendoit la justice selon les lois des t Visigoths, au lieu de suivre les lois romaines. La noblesse, qui n'espéroit pas grand secours de la foiblesse d'Anthémius, songeoit déjà à quitter le pays; plusieurs embrassoient l'état ecclésiastique pour se sauver des violences du gouverneur. La rigueur des exactions produisit la disette; et c'étoit alors un proverbe répandu dans la Gaule, que ce qui faisoit une bonne année, c'étoit plutôt l'humanité des magistrats que la [température des saisons. Les habitans de l'Auvergne ne s'abandonnèrent pas néanmoins , et firent connoître à Rome cet impitoyable concussionnaire. On leur rendit justice cette fois, et Séronat fut puni de mort. Romain, élevé au rang de patrice, subit le même sort. Il fut convaincu d'avoir aspiré à l'empire. C'étoit le même officier que Valentinien, vingt-deux ans auparavant, avoit député vers Attila avec Romnle et Promote.

*'cl.l.i,ept Arvande et Séronat a voient excité le roi des Yisi-

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. Il

goths à dépouiller les Romains de ce qui leur restoit 19 ; 7.7 , dans la Gaule. Ricimer, plus adroit, mais encore plusCf' iusumméchant, ennemi secret de l'empereur, son beau-père, Jorn' dereô. cherchoit à le ruiner aux dépens même de l'empire, GreS. Tw. . et à lui susciter des guerres qui découvrirent sa foi- 9 Liesse. Genséric, plus redoutable et plus habile que tous Aini»in> lces traîtres, voulant enfin vivre en repos et occuper Pagî ad Baailleurs les forces des deux empires, employoit l'argent rTià"nÀinîieet l'intrigue pour soulever les Ostrogoths en Orient , et ™ius » anles Visigoths en Occident. Euric , roi d'uue nation " fw«. rcbelliqueuse , embrasé lui-même du désir des conquêtes , Jra*lQt n'avoit pas besoin de tant d'aiguillons pour courir aux armes.

11 pouvoit ne s'occuper que de la guerre, sans craindre aucune révolution, aucun désordre dans ses états. Il avoit pour ministre Léon, homme de génie et d'une exacte probité , descendu de Fronton, célèfrrç orateur, consul sous Antonin , et qui avoit donné des leçons d'éloquence à Marc Aurèle. C'étoit ce Léon , aussi habile politique que savant jurisconsulte, qui dictoit au prince ce qu'il devoit répondre aux ambassadeurs, qui dressoit les traités , qui composoit les ordonnances. Quoiqu'il fît profession de la foi catholique , le prince arien , ennemi des orthodoxes, non-seulement l'épargnoit , mais le chérissoit même, parce qu'il sentoit l'importance de ses services et l'étendue de ses lumières. Il respectoit sa vertu. Le ministre, de son côté, ne s'étudioit qu'à concilier au prince l'affection de ses sujets, et méprisoit les richesses, uniquement curieux de science et d1 honneur; frugal au milieu de la bonne chère, toujours simplement vêtu dans une cour où brilloit la magnificence ; loin d'attirer sur lui les bienfaits du prince, il ne songeoît qu'à les répandre sur les autres, persuadé que le cœur des hommes de mérite étoit la plus utile conquête qu'il pût procurer à son maître.

Euric brôloit d'envie de réunir sous sa puissance tous

39 HISTOIRE DU BÀS-EMPÏRJE.

les pays compris entre la Loire, l'Océan, la Méditerranée et le Rhône. Anthémius, apprenant qu'il étoit prêt à se mettre en campagne, donna ordre de rassembler les troupes de la Gaule, et engagea Riotham, roi des Bretons de TArmorique , à marcher contre les Visigoths. Ce prince s'étant embarqué à la tête de douze mille hommes, vint par la Loire, entra dansée Berri, et fut reçu dans Bourges. Comme Euric s'approchoit avec une armée nombreuse , Riotham , pour avoir seul Thonneur du succès, alla à sa rencontre avant que d'être joint par les troupes romaines. La bataille fut livrée près du bourg de Déols , sur les bords de l'Indre. Les Bretons, après avoir long-temps disputé la victoire, furent vaincus avec une grande perte j et Riotham , forcé d'abandonner le pays, se retira sur les terres des Bourguignons, qui tenoîent pour l'empire. Ce succès rendit Euric maître d'une grande partie du Berri.

Dans le même temps, Childéric, roi des François, achevoit de conquérir le pays au-delà de la Loire. Odoacre, chef d'une troupe de Saxons, dont nous avçns déjà parlé, éfoit resté maître d'Angers depuis la mort d'Egidius , et gardoit cette ville au nom de l'empire. Il avoit avec lui quelques cohortes romaines commandées par le comte Paul. Ayant été battu par Childéric près d'Orléans, il s'enfuit à Angers; mais, ne se sentant pas en état de tenir contre le vainqueur , qui le poursuivoit opiniâtrément , il se sauva par la Loire. Childéric, étant arrivé le lendemain, força la ville, et fit massacrer le comte Paul. Le Saxon , découragé par ces mauvais succès, renonça au service de l'empire. Les Romains, dont il s'étoit détaché, se trouvèrent assez forts pour le battre; il perdit, dans une rencontre, un grand nombre de soldats; ce qui donna aux François occasion de s'emparer des îles de la Loire , où les Saxons s'étoient fortifiés , pour avoir la liberté de regagner l'Océan en cas de disgrâce. Odoacre, également maltraité par les Ro^

mains et par les François, prit le parti de traiter avec Chîldéric, et se joignit à ce prince pour attaquer les peuples de l'Armorique. Ils les vainquirent. Les Saxons s'établirent dans le pays de Nantes, et dans une partie de ce qu'on nomme aujourd'hui Normandie, où l'on trouve en effet, encore long-temps après, des Saxons près de Bayeux.

Les Bourguignons servoient les Romains plutôt par sid. /.3, ep. jalousie et par crainte des Visigoths que par attache- £ LS>eP-6> ment aux intérêts de l'empire. Dans le cours de cette £nnod. vit. guerre ils s'opposèrent constamment aux progrès d'Eu- aof^'^'os rie, et défendirent l'Auvergne, que ce prince s'efforçoit ' ^ x d'envahir. Ils possédèrent alors un assez grand pays. Gng.Tur. On peut conjecturer qu'une partie leur avoit été cédée ilc.V. par les empereurs, et qu'ils s'étoient eux-mêmes peu à ^."S; Turpeu agrandis à la faveur des troubles de l'empire, de- 17venu comme flottant par le fréquent changement des i^^!er'cfir* princes. Ils étoient maîtres de Lyon, de Vienne, de la pagiod Baprovince séquanoise et de celle qui porte aujourd'hui le nom de Dauphiné. Il paroît même qu'ils avoient passé la Saône, et que leurs états s'étendoient depuis Langres et Dijon jusqu'au-delà de l'Isère. Gondiac, étant mort vers ce même temps, laissa quatre fils, qu'il avoit eus de la sœur de Ricimer , et qui , ayant jfertagé le royaume de leur père, sont souvent, pour cette raison, nommés tètrarques dans les chroniques. C'étoit Gondehaud , Godigiscle, Ghilpéric et Gondomar. Tous ces princes héritèrent du titre de maîtres de la milice de l'empire. Ils ne demeurèrent pas long-temps unis. Les deux plus jeunes, ayant appelé à leur secours les barbares d'au-delà du Rhin, firent la guerre à leurs aînés, et les battirent près d'Autnn. Gondebaud disparut dans la défaite, et passa pour mort. A la faveur de ce bruit, il se sauva en Italie, où le crédit de Ricimer, son beaupère, le rendit assez puissant pour contribuer à faire un emperenr, comme noorle verrons bientôt. Etant ensuite

*4 HISTOIRE DU BAStEMPIRE.

. revenu dans la Gaule, il se vit en peu de temps à la tête d'uue nombreuse armée, assiégea dans Vienne ses deux frères, les força de se rendre, et les mit à mort. Il fît égorger tous leurs enfans mâles , et n'épargna que les filles de Chilpéric, dont l'aînée prit le voile dans un monastère, et la cadette fut élevée à la cour de son oncle. C'est la princesse Clotilde, qui, dans la suite, épousa Clovis. La femme de Chilpéric étoit estimée dans toute la Gaule pour sa sagesse et sa bonté ; mais sa vertu ne la sauva pas de la cruauté de son beau-frère : il la fil noyer dans le Rhône, et partagea le royaume de Bourgogne avec Godigiscle, qui lui avoit toujours été attaché.

Aif. ifu Lorsque la nouvelle de la défaite de Basilisque étoit Jdac.chron. arrivée à Rome, le bruit s 'étoit en même temps répandu C«S.ck en Occident qu'Aspar avoit été dépouillé de toutes ses

Candid"'1' dignités, e* (lue son u^s Ardabure avoit été puni de 18. mort pour avoir favorisé les Vandales; ce qui fait con-

c'c js"nd' noître que dès ce temps -là on lessoupçonnoit généra-

Theoph.p. lement de trahison. Cependant Léon , soit qu'il n'en eût Ckmn.Alex. pas de preuves assez certaines, soit qu'il ne se crût pas £vaS.l.23ç. assez forl pQUr pUïl|p ^5 traites si pnissans, ne fit alors

Jom.dereb. contre eux aucune poursuite. Aspar , soutenu de ses trois Sidcmdesuc-fA*i tous consulaires , ne rabattit rien de son insolence. ivSpft. Cal. lrrîlé contre l'empereur de ce qu'il différoit toujours d'exé- /. <5, c. 27. cuter sa promesse, il ne cessoit de décrier son gouvernepZ4°9. ' 3 * nient et de traverser toutes ses volontés. 11 ne craignit pas ^Maieia^0 m^m* de ^ manquer ouvertement de respect par des paa«. ' rôles très-offensantes. L'aigreur mutuelle en étoit venue Jotlùamlïc \ * un tel point, que l'un ne ppuvoit se conserver que par tpud Phou la perte de l'autre. Cependant Léon , moins fier et plus 10 u timide , tenta encore une fois de regagner cet esprit hautain et intraitable. Il se détermina enfin à lui tenir parole, et à donner la qualité de César à un de ses fils. Ardabure, qui étoit l'aîné, arien aussi obstiné que son, père , ne pouvoit espérer de parvenir à l'empire. L'emr

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. â5

pereur jeta les yeux sur Patrice, second fils d1 Aspar. C'étoit un caractère plus doux et plus flexible ; il paroissoit disposé à préférer une couronne à l' honneur de ses préjugés. Léon le déclara César; et pour lui donner plus de droit à ce titre, il lui fiança Leontie , sa seconde fille, qui n'étoit pas encore nubile. Un choix si peu attendu souleva toute la ville de Constantinople. Le sénat porta ses plaintes à l'empereur; le peuple insulta Patrice dans le Cirque; le clergé et les moines, suivis d'une foule d'habitans , ayant le patriarche à leur tête , vinrent au palais, suppliant à grands cris l'empereur de se désigner un successeur orthodoxe , et de ne pas exposer les catholiques aux traitemens cruels qu'ils avoient éprouvés sous les malheureux règnes de Constance et de Yalens. Léon les apaisa en leur déclarant qu'il n'a voit choisi Patrice que parce que celui-ci renonçoit à ses erreurs , et que le nouveau César donneroit bientôt des preuves de la pureté de sa foi à la face de tout l'empire. On le crut sur sa parole, et les cris séditieux se changèrent en acclamations. Dès le commencement de cette émeute, Aspar et ses fils s'étoient retirés à Chalcédoine , dans l'église de Sainte-Euphémie. Le patriarche fut envoyé pour leur assurer qu'ils if avoient plus rien à craindre ; mais ils refusèrent de sortir de cet asile , si l'empereur ne venoit en personne pour les ramener en sûreté dans Constantinople. Léon voulut bien déférer à leurs désirs ; il les traita magnifiquement dans son palais , et la concorde sembloit être rétablie. Mais le fier Aspar , prenant pour un outrage d'avoir eu besoin de grâce de la part de celui qu'il méprisoit comme sa créature , ne fut pas long-temps à renouer le fil de ses pernicieuses intrigues. Léon fut averti qu'Ardabure travailloit à soulever les Isaures, que l'empereur se flattoit d'avoir attachés à ses intérêts. Zénon lui manda en même temps que Martin, officier d'Ardabnre, étoit venu lui découvrir que la résolution étoit prise de faire périr l'empereur. Sur cet avis , Léon envoya ordre à Zénon

de se rendre au plus tôt à Chalcédoine, pour être prêt à seconder son beau-père, au cas qu'il eût besoin de secours. Dès qu'il sut que Zénon y étoit arrivé, il manda au palais Aspar et ses fils. Ceux-ci s'y étant rendus sans défiance, Aspar et Ardabure furent massacrés par les eunuques. Patrice , percé de plusieurs coups , s'échappa , et ne reparut que sous le règne d'Anastase. Dans la suite, Zénon, qui ne put découvrir sa retraite , voulant lui ôter toute espérance d'épouser Léontie , la donna en mariage à Marcien , fils d Anthémius , empereur d'Occident. Patrice, dans sa retraite, épousa une autre femme, dont il eut Vitalien , qui se rendit célèbre dans la suite. Ermenaric, troisième fils d' Aspar, le seul qui ne s'étoit pas trouvé au palais avec son père, s'enfuit en Isaurie. Zénon , dont il étoit aimé , ne le croyant pas complice des crimes de son père, favorisa son évasion, et lui fit dans la suite épouser la fille d'un de ses bâtards. Après la mort de Léon, Ermenaric revint à Constantinople, et y passa ses jours avec honneur. Telle fut l'issue des funestes intrigues de l'orgueilleux Aspar, qui, en se donnant un maître, avoit prétendu retenir le droit de lui commander. Quelque coupable qu'il fût , le surnom de Mocela, que sa mort à fait donner à Léon , et que les auteurs de ce temps-là expliquent par le mot de meurtrier, montre que la postérité, ce juge incorruptible des souverains , n'approuve pas toujours ce qu'on appelle raison, d'état ; et qu'elle ne pardonne point à un prince qui , par sa foiblessc , s'est laissé réduire à la nécessité de substituer les assassinats aux formes régulières de la justice. Les biens d' Aspar furent confisqués, et l'empereur fit publier des édits qui ôtoient aux ariens toutes les églises , avec défense de tenir aucune assemblée.

Tlitoph. p. Le massacre d' Aspar excita de grands mouvemens dans alj-on./Jlex. Constantinople. Chef de la milice , il avoit à ses ordres

MaUlayp. un gran(| nombre de troupes , la plupart de la nation des Goths, dont les officiers lui étoient dévoués. Ostrys, ca-

niSTOIRE DU BÀS-EMPIRB. 27

pitaine goth , qui portoît le titre de comte, vînt à la tête de ses soldats pour forcer le palais : les gardes du prince résistèrent avec courage, et il y eut de pari et d'autre beaucoup de sang répandu. Enfin Ostrys fut contraint de se retirer , emmenant avec lui line concubine d' Aspar , célèbre pour sa beauté. Quoique Aspar eût été odieux , le peuple ne put s'empêcher de donner des éloges à la fidélité et à la valeur d'Ostrys : on crioit par toute la ville qu' Aspar, qui avoit trouvé tant d'amis pendant sa vie n'en avoit eu qu'un après sa mort. Cependant Ostrys ne fut pas le seul. Théodoric le Louche , frère ou neveu de la femme d' Aspar, accourut à la nouvelle du massacre ; et, s'étant joint à Ostrys , il vint avec lui jusqu'aux portes de Constantinople. La ville étoit en grand danger, si Basîlisque et Zénon ne fussent venus au secours avec ce qu'ils purent rassembler de soldats. Leur arrivée dissipa les barbares, et rétablit la tranquillité dans la ville. Ostrys et Théodoric demeurèrent en armes , et ravagèrent la Thrace jusqu'à l'accord que Léon fit avec eux , et qui ne fut conclu que deux ans après.

Léon avoit à craindre que les rois ostrogoths établis Jorn. de reb. en Pannonie ne se joignissent à ces nouveaux ennemis? Spâui.5diac. qui sortoient de la même origine. Il voulut s'assurer de leur amitié. Théodémir faisoit alors la guerre en Germanie; il n'avoit pas oublié l'ingratitude de Hunimond, roi des Suèves , qui , lui étant redevable de la vie , étoit venu ravager son pays. Le roi des Ostrogoths laissa passer quatre années sans faire aucun mouvement. Enfin » lorsque les Suèves ne s'attendoient à rien moins qu'à une irruption soudaine, il se mit en marche au milieu de l'hiver , suivi d'une nombreuse infanterie ; et , ayant passé le Danube , dont les eaux étoient glacées, il fondit sur eux , désola leur pays , et poussa ses ravages dans la contrée qu'habitoient les Allemands, leurs voisins et leurs alliés. A son retour en Pannonie, il reçut avec les plus vifs transports de joie son fils Théodoric , que Léon

lui renvoyoit avec de riches présens. Ce jeune prince, âgé pour lors de dix-huit ans, en avoit passé dix à la cour de Constantinople. Plein de reconnoissance du traitement honorable qu'il y avoit reçu , il brûloit d'envie de se signaler en servant l'empire. 11 apprit qu'un chef de Sarmates nommé Babaï , ayant traversé le Danube , avoit battu Camond, commandant des troupes romaines, et s'étoit emparé deSingidon , dans la Haute-Mœsie. Il rassembla aussitôt six mille volontaires', qu'il trouva entre ses amis et ses cliens , partit avec eux à l'insu de son père , alla chercher Babaï , le délit et le tua , reprit Singidon , et revint , couvert de gloire , annoncer à Théodémir son départ , sa victoire et sa conquête. Singidon ne fut pas rendue aux Romains; Théodémire la joignit à ses états , dont elle étoit frontière, et l'empereur aima mieux perdre cette place que 1 amitié de ce prince guerrier- An. 47a. L'année suivante un phénomène extraordinaire ef- V rT4°f fraya Constantinople. Le onzième de novembre, tandis 50?' >ef qu'on céléhroit les jeux du Cirque, à l'heure de midi, i™'c?£th' l'air s'obscurcit tout à coup, et d'épaisses ténèbres se Theoph. p, répandirent sur toute la ville. On crut voir une pluie Cedr.p. 55o. de feu qui tomboit du ciel avec abondance : mais ce pZ5o tm a' n'étoit que des cendres sorties du mont Vésuve, et pous- Chron.Alex. sées par le vent jusqu'à cette distance. Les toits en de- Theod. Led meurèrent couverts à la hauteur de quatre doigts. Quoi-

Pa»i ad Ba clue 'a cause en eu' ^ reconnue, le peuple aima mieux ron, continuer de croire que c'étoit un véritable feu , que la miséricorde divine avoit changé en cendres : et , en mémoire de cet événement , on institua des processions et des actions de grâces , qui se célébroient tous les ans au mois de novembre. Plusieurs villes furent renversées en Asie par des tremblemens de terre. Acace, évêque de Constantinople, voyant la décadence de l'empire en Occident , crut l'occasion favorable pour obtenir ce qu'Anatolius avoit en vain entrepris : que le siège de Constantinople fût élevé au-dessus de ceux d'Alexandrie

niSTOIRE DU BAS-EMPIRE. 2g

et d'Antioche. Il employa les sollicitations de l'empereur Léon. Mais le pape Simplicins s'y opposa avec tant de vigueur, que cette tentative demeura encore sans effet. t

Après la mort d'Aspar et de son fils, Léon en a voit Evag. l. a, mandé la nouvelle à Anthémius. Ricimer, qui se sentoit cj?]^'0j lir aussi odieux à son maître qu'Aspar l'avoit été à Léon, Epiph. p. conçut de la défiance ; il craignit que cet exemple ne lui Cassiod.chr. devînt funeste ; et, pour sa propre sûreté , il résolut de MarceLchr.

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prévenir Anthémius. Etant donc parti de Milan à la Prœ. y and. tête d'une armée, il marcha vers Rome , et campa près LTheôpL p. du pont Milvius. La ville étoit divisée en deux factions: ^» Jes uns, fidèles à l'empereur, étoient résolus de soutenir get/c. 45. un siège ; les autres , gagnés par Ricimer , vouloient ifs"1' d'*c' qu'on lui ouvrît les portes de la ville. A la première Jo^'lF^71' nouvelle de cette révolte, Léon avoit envoyé Olybre 29/30. *P' pour rétablir la paix entre l'empereur et le rebelle. cefjut' mi" Quelques auteurs prétendent que Léon le fit partir avec Baiynius, le tit re d'empereur pour régner en la place d'Anthé- ron. mius, qu'il croyoit perdu sans ressource. Mais auroit-il J^*1^™* si lâchement abandonné celui qu'il avoit lui-même élevé à l'empire, et au fils duquel il avoit donné sa fille en / "«."ctT* mariage? Il est plus vraisemblable qu'il choisit Olybre pour négocier la paix, et qu'il le préféra à tout autre, parce qu'il étoit bien aise de l'éloigner à cause de ses liaisons avec Genséric. Olybre se rendit à Rome en diligence, et , au lieu de travailler à faire cesser la guerre civile , il accepta la couronne que lui déféra la faction de Ricimer. Selon la chronique d'Alexandrie , Olybre fut forcé malgré lui de prendre le titre d'empereur : mais les pressantes sollicitations que Genséric renouveloit en sa faveur toutes les fois que le trône étoit vacant ne permettent pas de douter de son ambition. Anthémius, trahi par celui-même qui devoit être son libérateur , se réfugia dans l'asile de Saint-Pierre ; et ses sujets fidèies, n'osant plus sortir de leurs maisons, y

mouroîcnt de faim et de maladie. Le rebelle entroit dans" Rome lorsqu'un seigneur goth établi en Gaule, nommé Bilimer, zélé pour le service de l'empereur, y arriva avec un corps d'armée. Il y eut un sanglant combat au pont d'Adrien. Bilimer y perdit la vie, et ses troupes furent taillées en pièces. Ricimer, victorieux, s'empara de la ville le onzième de juillet; il la livra au pillage, à l'exception des deux quartiers où il cantonna ses trou* pes , et où ses partisans se retirèrent. C étoit depuis soixante-deux ans la troisième fois que cette ville infortunée devenoit la proie d'un vainqueur barbare. Anthémius fut massacré; il avoit régné cinq ans et trois mois. Olybre demeura maître de l'empire, autant qu'il pouvoit l'être sons le glaive de Ricimer. Il fut bientôt délivré de ce tyran , qui mourut de maladie , et expira , dans les plus cruelles douleurs , le dix-huitième d'août suivant. Perfide, inhumain , abusant d'un pouvoir qu'il ne devoit qu'à la foiblesse de ses maîtres, quatre fois il donna , il arracha quatre fois la couronne impériale. Mais quoique tant de forfaits aient noirci sa mémoire , on ne peut s'empêcher d'avouer qu'il fut grand capitaine, et seul digne de ce nom en Occident. 11 s'étoit emparé, malgré les papes, de l'église de Sainte-Agathe , où les ariens de Rome tinrent leurs assemblées. Olybre , par un sentiment de reconnoissance que son bienfaiteur, s'il eût vécu plus long-temps, auroit sans doute bientôt effacé, conféra la dignité de patrice à Gondebaud , neveu de Ricimer. C'est la seule action de son règne dont la mémoire se soit conservée. Il mourut de sa mort naturelle le vingt-troisième d'octobre de cette année , trois mois et douze jours après Anthémins, laissant de sa femme Placidie une fille nommée Julienne. Placidie passa ses jours en Orient, et Hunéric, successeur de Genséric , remercia , par une ambassade , l'empereur Zénon du traitement honorable qu'il faisoit à sa belle-sœur. Ce fut par cette considération que ce

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 3l

roi des Vandales permit à l'église de Carthage d'élire un évéque. Zénon voulut d'abord donner Julienne pour femme à Théodoric, fils deThéodémir, à condition qu'il feroit la guerre à l'autre Théodoric, surnommé le Louche. Mais cette entreprise n'ayant pas eu de succès, elle épousa le général Aréobinde, célèbre du temps d'Anastase. Elle se signala par la fermeté avec laquelle elle résista à ce prince, qui vouloit la contraindre à condamner le concile de Chalcédoine.

Olybre étant mort, l'empire d'Occident , resserré dans a*. 470. des bornes étroites, et ne renfermant plus que l'Italie, Cassîod.chr. la Dalmatie et une petite partie de la Gaule, demeura Evag.'i. % \ sans maîtres pendant quatre mois et demi. L'inutilité cj0fn\dereb. des derniers princes depuis Ma jorien avoit accoutumé get. c. 45. les peuples à l'anarchie ; à peine s'étoit-on aperçu , sous ^teoph.p. les trois règnes précédens , qu'il y eût un souverain. Tant fg"1' de chutes précipitées n'effrayèrent point Glycérius. Il Ennod. vit. étoit officier de la garde impériale. Le patrice Gonde- f^tum' p° haud , qui auroit bien voulu succéder à la puissance de TdLOdoa-

' 1 . . r cre, art, 1.

son oncle Ricimer , lui persuada de prendre la pourpre, et lui ménagea le suffrage des soldats. Il fut proclamé Auguste à Ravenne, le 5 de mars 47 3, sans avoir demandé le consentement de Léon. On ne sait rien de la naissance de Glycérius, ni de ses aventures jusqu'à son avènement à l'empire ; et tout ce qu'on sait de son règne, c'est qu'il avoit quelque probité; qu'il honoroit beaucoup le saint évêque Epiphane ; qu'à la prière de ce prélat il pardonna aux habitans de Pavie une insulte qu'ils avoient faite à sa mère , et qu'à force d'argent il détourna de l'Italie uue armée d'Ostrogoths qui venoient en faire la conquête. Voici ce que l'histoire nous fournit sur cette expédition.

Ricimer avoit contenu les Ostrogoths, qui redoutoient Jom, dereb. sa valeur. Après sa mort, ils se trouvèrent trop resserrés a?âc. dans les bornes de la Pannonie. Comme leurs fréquentes l- 6- D . . incursions avoient désolé tout le pays au-dela du Da- /. itf, c. a.

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St HÎSTOÏRÏ DU BAS-EMPIRE!.

nube, accoutumés au pillage , ils demandèrent à leurs princes de les conduire sur les terres de l'empire, et de leur procurer un établissement plus commode. Leurs rois convinrent entre eux que Théodémir, qui avoit de plus grandes forces, entreprendroit la conquête la plus difficile , et qu'il attaquerait l'empire d'Orient en Illyrie tandis que Vidémir se jeteroit en Italie, où il devoit trouver moins de résistance. Vidémir < à la tête de tout son peuple, prit sa roule par le pays des Ruges, qui habitaient alors ce qu'on appelle aujourd'hui la basse Autriche. En vain Flaccitée, roi des Ruges, voulut lui disputer le passage; Vidémir traversa et pilla le Norique; mais il mourut en entrant en Italie. Son fils, qui portoit le même nom que lui, se laissa gagner par les présens que lui envoya Glycérius, et passa en Gaule, où il se joignit aux Visigoths, avec lesquels cette branche des Ostrogoths demeura confondue. Le jeune Vidémir se contenta de partager la gloire et la fortune d'Euric, qu'il aida dans les conquêtes que ce prince fit en Gaule et en Espagne.

Jom. dereb. Théodémir fut plus heureux. Après avoir passé la Sesigon.' de Save sans opposition de la part d'une peuplade de Sarimp.occid. raates établis sur les bords de cette rivière, il alla s'em-

* aies, ne- 7

rum franc, parer de Naisse, et prit Ulpiane par composition. II / o* força plusieurs passages , qui jusqu'alors étoient regar-

dés comme impraticables. Ayant pénétré en Thessalie f il prit et pilla Héraclée et Larisse. La valeur héroïque de son fils Théodoric ne contribuoit pas moins à ses succès que son propre courage. Etant revenu à Naisse, il y laissa garnison, et marcha vers Thessaloni que, capitale de toute l'Illyrie. Léon y avoit envoyé le patrice Glarien pour la défendre. Dès le commencement du siège, Clarien , jugeant qu'il ne pouvott tenir longtemps contre de si puissans efforts , prit le parti de traiter avec Théodémir, qui se fit payer une grande somme d'argent pour consentir à se retirer. Get accommode-

ment particulier entraîna la paix générale. L'empereur, étant entré en négociation , céda aux Goths les terri- h. toires de Pautalie, d'Europus, deBérée, de Médiane et de plusieurs autres villes dans cette partie de l'IUyrie. C'étoit établir sur la frontière de la Thrace des voisins dangereux; mais , dans l'état où se trouvoit l'empire, on croyoit gagner tout ce qu'on n'étoit pas forcé d'abandonner.

Cette paix étoit d'ailleurs nécessaire pour empêcher Malc.p.w, Théodémir de donner la main aux autres Ostrogoths ,93, qui , depuis deux ans, désoloient la Thrace. Ostrys et Théodoric le Louche continuoient de venger la mort d'Aspar. Léon leur envoya Logius le silentiaire pour entendre leurs propositions. Ils demandoient que Théo* àoric fut mis en possession de 1 héritage aVAspar ; qu'on lui accordât un établissement dans la Thrace ; qu'on lut conférât la charge de général de V infanterie et de la cavalerie qu'Àspar avoit possédée. Léon rejetoit les deux premières demandes; il accordoit seulement la troisième, qu'il semble cependant qu'il auroit dû principalement refuser. L'héritage d'Aspar et quelque coin de la Thrace étoient-Hs donc d'un plus grand prix qu'une charge qui mettoit entre les mains de Théodoric toutes les forces de l'empire? Quel gouvernement que celui où l'argent est plus estimé que l'honneur et la sûreté ! Théodoric , irrité du refus, envoya une partie de ses troupes assiéger la ville de Philippes, et alla lui-même avec le reste attaquer Arcadiopolis. Il la prit par famine , les habitans,qui atteudoient inutilement du secours , s'étant laissé réduire à une telle extrémité , qu'ils mangèrent les chevaux , et même les cadavres humains. Les troupes qui assiégeoient Philippes se contentèrent de brûler les faubourgs, et ne firent point d'autre dommage. Les Goths, après avoir tout ravagé, ne trouvant point euxmêmes de quoi subsister, entrèrent en négociation. La paix fut faite à condition que l'empereur leur paieroit

1IIST. DU BAS-EMP. TOM. IY. 5

tons les ans deux mille livres d'or; que Théodoric posséderait en propriété un canton de la Thraee ; qu'il seroit revêtu de la charge de maître de Tune et de l'autre milice; qu'il auroît le titre de roi desGoths; que l'empereur ne donneroit retraite à aucun déserteur ; et que les Goths serviroient l'empire dans toutes les guerres , excepté contre les Vandales. Cette exception achève de faire connoître que Genséric étendoit ses intelligences chez tous les ennemis de l'empire , et qu'il entretenoit ces mouvemens.

Mak.p. 91, Léon se rendoit méprisable aux barbares. Par le traité Proc. pers. conclu avec les Perses sous le règne de Théodose le jeune,

;* c* ,9' on étoit convenu que ni les Romains , ni les Perses ne prendroient sous leur protection les Sarrasins qui se détacheroient de leur souverain naturel. Le Sarrasin Amorcèse, soit par mécontentement, soit par inconstance, quitta la Perse, et se retira en Arabie. Il se mit à ravager les pays voisins , épargnant les sujets de l'empire, mais traitant en ennemis les Sarrasins tributaires de la Perse. Ayant peu à peu étendu ses conquêtes, il s'empara de l'île de Jotabé , qui appartenoit aux Romains, dans le golfe Arabique ; cette île est éloignée d'environ quarante-cinq lieues de la pointe du golfe, où étoit située la ville d'Aïla. Amorcèse chassa les officiers commis pour le recouvrement des impots , se les fit payer à hii-même, et se rendit maître des bourgs et des villages établis sur la côte du golfe. Malgré cet acte d'hostilité , il rechercha l'alliance de Léon , et voulut obtenir de lui le commandement de tous les Sarrasins de l'Arabie pétrée , qui reconnoissoient l'autorité de l'empire. Dans ce dessein, il députa d'abord Pierre, évéque du pays; ensuite, sur l'invitation de l'empereur, il se rendit lui-même à Consrantinople. Léon , oubliant le traité fait avec les Perses , le reçut avec distinction , le fit manger à sa table, et sous prétexte qu'il méritoit des honneurs singuliers pour av oir embrassé la religion chrétienne, il le

fit asseoir dans le sénat au-dessus de tous les patrices. Il lui céda File de Jotabé, et beaucoup plus encore qu'il ne deroandoit , et ne le congédia qu'après lui avoir donné son portrait enrichi de diamans de grand prix. Il obligea même chacun des sénateurs à lui faire un présent. Tant d'honneurs rendus à un chef de brigands avilissoient l'empereur, et iuspiroient au Sarrasin même plus de fierté et de présomption que de reconnoissance. On blâmoit encore Léon d'avoir fait connoître à ce barbare le mauvais état de l'empire en lui permettant de traverser tant de villes , où il n'avoit trouvé que du luxe et du désordre , et point de soldats. On jngeoit que , si l'empereur vouloit lui accorder l'honneur de commandant , il devoit lui en envoyer le brevet en Arabie, plutôt que de lui laisser voir de si près la majesté romaine presque entièrement éclipsée.

Zénon étoit chéri de son beau-père, c* qu'il devoit Candid.p* moins sans doute à ses qualités personnelles qu'à l'a- fecf dresse de sa femme Ariadne. Cette princesse vouloit ré- /. i. ■ gner, et elle avoit disposé son père à désigner Zénon l^toph'p'' pour son successeur. Ce dessein révolta le peuple de £^a81^* Constantinople. Le nom des Isaures étoit odieux , et la Prœ. Fond. difformité de Zénon augmentoit encore l'aversion pu- Zon. *. 2, blique. Ce sentiment de haine fut porté à un tel excès, P^^ 35o que le peuple se souleva dans les jeux du Cirque, et Marcel. chr. massacra un grand nombre d'Isaures. Léon , n'espérant c2siôd.chr. pas ramener les esprits, nomma Auguste, son petit-fils, a^rca*' p* qui portoit aussi le nom de Léon. C'étoit un enfant qui , sur la fin de463, ne pouvoit avoir que quatre ans, Ariadne, sa mère, n'ayant épousé Zénon que vers la fin de 468. Ce choix fut agréable au peuple , qui , dans ce jeune prince , considéroit son aïeul plutôt que son père.

Le nouvel Auguste fut seul consul l'année suivante, et An. 4ri« se vit bientôt seul empereur. Dès le mois de janvier, cE™§- /,a * son aïeul mourut d'une dysenterie. La maladie fut Marc. chr. longue, et consuma tellement ce prince, qu'il ne lui ^l5uôd.chr\

Cec/r.p.zso. resta plus que la peau sur les os. Il avoit vécu soixante- P Su 2 ' treize ans, et en avoit régné dix-sept moins quelques Maleia, jours. Il fut enterré dans le mausolée de Constantin. Les i<&.opi' '''Grecs lui ont donné le surnom de grand, quoique

i(ïsrCaS> P' ^ans ses act*ons on ne v0*e nen *lu* niérite un titre si Mauas. p. honorable. Les objets croissoient sans doute aux yeux

Joël, p, 171. ^e 'a naiï°n 1 a mesure qu'elle perdoit de sa propre grandeur. Léon ne se rendit mémorable que par la fondation de quelques églises.

Candie/, p. Vérine, veuve de Léon, acquit , par la mort de son ^Anon.Vales. mar' » p'us de pouvoir qu'elle n'en avoit eu pendant r Theoph. p. qu'il vivoit. Cette femme ambitieuse, dont les vices s'é- Chi-on.Mex. toient jusqu'alors couverts du voile d'une fausse piété ,

Evag. l. 2 , tétant jointe à sa fille Ariadne , travailla de concert avec Tlieod.Uct. elle à gagner les esprits en faveur de Zenon. Elles réus-

Zon. t. a , sirent auprès du sénat et de l'armée. C'étoit déjà Zénon

FCedr p 350 gouvernoit sous k nom du jeune empereur ; mais AJatcia, elles craignoient que, dans le cours d'une longue ré- PauL duc. gence, le prince ne leur échappât, et que Zénon, étant

1 Baroniu* sans ***re ' ne m* ^car^ Par mie^°iue étranger plus capable que lui de soutenir le poids des affaires. Elles se flattoient de gouverner Zénon, qui ne s'occupoit que de ses plaisirs, et qui devoit toute sa fortune à sa bellemère et à sa femme. Elles résolurent donc de l'associer à la souveraineté; et Ariadne ayant fait la leçon à son fils, le neuvième de février elle le conduisit à l'Hippodrome , et le plaça sur un trône comme pour le montrer au peuple. Zénon s'étant approché pour lui rendre son hommage, le prince lui mit le diadème sur la tête, et le déclara son collègue en le nommant Auguste. Léon ne vécut pas long - temps après. Au mois de novembre suivant il mourut de maladie , et l'on soupçonna son père de l'avoir empoisonné. Plusieurs auteurs ont écrit que Zénon, voulant poignarder son fils, Ariadne, qui conservoit encore un reste de compassion maternelle, substitua uue autre victime ; et qu'ayant tenu caché le

VlùlOS.

HISTOIRE DU BÀS-EMPIRE. 5j

jeune enfant, elle l'engagea ensuite dans la cléricature, où il vécut jusqu'au règne de Justinien. Mais ce récit a tout l'air d'une fable.

Les soupçons ne furent point étouffés par la conduite Eva^. l. 3 , que tint le nouvel empereur. Esclave des passions les CT/leoph'/p. plus infâmes, il sembloit ne faire consister le privilège ^ ^ de souverain que dans la liberté de les satisfaire impu- 97. nément à la face de toute la terre. Lâche et fanfaron, il a^Tpf^ paroissoit toujours prêt à marcher en personne contre ^°58* les barbares; et lorsque ses armées n'attendoient plus^.51. que sa présence, il se replongeoit dans ses débauches. ^rp'ù51* Ignorant et sans expérience, il gouvernoit au gré de ses Suid. votib. caprices; colère, défiant, jaloux, n'oubliant jamais les^0'^ç injures qu'il croyoît avoir reçues. Ce fut de la disgrâce E (> et de la mort qu'il paya les plus importans services. Son avarice fut différente de celle de Léon. Celui-ci avoit accumulé des trésors qui auroient pu servir à relever l'empire : Zenon pilloit pour répandre ; aussi prodigue que ravisseur, il eut bientôt dissipé les sommes immenses que Léon lui avoit laissées ; et , pour continuer ses profusions, il accabla ses sujets d'impôts. L'Egypte payoit avant lui cinquante livres d'or : il fit tout d'un coup monter cette contribution à cinq cents livres. Tout méchant qu'il étoit , il vouloit être loué , et il affectoit des vertus qu'il n'a voit pas. Dans ce dessein, il répandoit des aumônes, qui ne lui coûtoient que des crimes et d'injustes confiscations. Par une vanité encore inconnue dans ce temps-là, il se faisoit peindre les sourcils, les cheveux et. la barbe, s'imaginant corriger ainsi sa laideur naturelle. Faisant un bizarre mélange de dévotion apparente et d'impiété réelle, il consultoit le saint solitaire Daniel , et bien plus souvent des magiciens , qui abusoient de sa stupide crédulité. Il réunissoit tous les vices de la bassesse qu'il tenoit de son éducation grossière avee ceux de la puissance qu'il avoit acquise sans la mériter.

38 niSTOIRE DU BAS-EMPIRE.

II avoit eu d'Arcadie, sa première femme, un fils qu'il nomma Zénon , et qu'il destinoit à lui succéder. Il lui conféra de bonne heure plusieurs dignités, et lui donna des maîtres pour le former aux exercices. Mais la jeunesse de la cour s'empara de l'esprit de ce jeune prince , et le plongea dans un abîme de débauches. Bientôt, dégoûté de toute occupation honnête, enivré du poison de la flàtterie , ne voyant que le diadème qui lui étoit destiné, enflé d'un orgueil et d'une arrogance qui se montroit sur son visage et dans sa démarche, il t raitoit les autres hommes comme ses esclaves. La Providence divine voulut bien épargner à l'empire les maux dont ce monstre naissant sembloit le menacer. Une cruelle dysenterie l'emporta dans sa première jeunesse. Zénon avoit deux frères, plus capables d'exciter sa méchanceté naturelle que de la retenir. L'un, nommé Conon, n'usoit de son pouvoir que pour répandre le sang; c' étoit un barbare affamé de meurtre et de carnage. Il paroît qu'il mourut avant Zénon. L'antre, nommé Longin , lui survécut pour le malheur de l'empire. Tous les deux abusoient de l'autorité de l'empereur pour ravager les provinces, envahissant les riches possessions, et vendant l'impunité aux plus grands criminels. Mais Longin étoit plus odieux par ses débordemens. Toujours ivre, il passoit sa vie avec des libertins et des courtiers de débauches, qui, en même temps qu'ils lui faisoient leur cour, trompoient son incontinence. Après lui avoir promis de lui livrer des femmes distinguées par leur naissance et par les dignités de leurs maris, ils lui amenoient dans de superbes équipages des prostituées richement vêtues, qui se paroient des noms les plus illustres. Toutes les fois qu'il sort oit en public, il affectoit de jeter au peuple des bracelets et d'autres bijoux. Il faisoit enlever les femmes et les tilles même des magistrats, lorsqu'elles avoient le malheur de plaire à ses yeux. Il ne respect oit pas davantage les lois de la religion.

Etant à Pèges, ville de la Mégaride, près de l'isthme de Corinthe , il apprit qu'il y avoit dans le voisinage un monastère de filles fort pauvres, mais dont plusieurs étoient très-belles. Il s'y introduisit sous prétexte de leur distribuer des vivres et des habits, et n'en sortit qu'après avoir profané par ses violences cette retraite sacrée.

Dans une cour si corrompue il n'y avoit que deux hommes de bien: c'étoit Erythre, préfet du prétoire, et le patrice Pélage. Nous aurons occasion dans la suite de faire connoître celui-ci. Mais nous ne pouvons différer de parler d'Erythre , parce qu'il se retira des affaires dès le commencement du règne de Zénon. Il exerçoit avec honneur les fonctions de la préfecture lorsque Zénon parvint à l'empire. Dès qu'il vit le trésor épuisé par le luxe et par les débauches du prince, comme il étoit trop humain pour lui chercher des ressources dans l'oppression des sujets, déjà surchargés d'impôts , il demanda sa retraite, et l'obtint aisément. Tout l'empire, excepté Zénon et sa cour, fut sensiblement affligé de perdre l'unique magistrat qui s'occupoit du bien public. L'indignité de Sébastien, son successeur, augmenta encore les regrets. Celui-ci trafiquoit de tous les emplois. Lorsque l'empereur conférait une charge, le préfet la rachetoit pour la revendre plus cher à un autre ; et le prince partageoit avec lui le profit de cet infâme commerce. Sébastien ne trouvoit rien d'injuste ni de difficile pour s'enrichir lui-même en fournissant à l'insatiable avidité de Zénon.

Léon n'avoit reconnu pour empereurs ni Olybre, mjom .detxb. son successeur Glycérius. Se croyant en droit de donner fj^ll'^. un maître à l'Occident, quelques mois avant sa mort,*£««.^ ^ il avoit envoyé en Italie Julius Népos, après lui avoir c. T&? fait épouser une nièce de sa femme Vérine. Népos, fils ^W^ /'de Népotien , qui avoit commandé en Dalmatie, étoit , ^a^y7"'* par sa mère, neveu de Marcellin , que nous avons vu elû',^;'. maître d'un canton de cette province. Léon fit partir ^nc[r^lj

Vhot. p. 171. avec lui un de ses officiers nommé Domitien ; qui avoit Pag» :°adBa- ordre de le proclamer*empereur lorsqu'il seroit arrivé Jïuck Belg en ^ane* Népos, s'étant embarqué avec des troupes , entra /. 18, c. 10. dans le port de Ravenne, d'où Glycérius, averti de son approche, étoit sorti pour se sauver du côté de Rome. Le nouvel Auguste le poursuivit, et l'ayant assiégé dans Porto, à l'embouchure du Tibre , il le força de se rendre et de renoncer à l'empire. On lui coupa les cheveux , et il fut sur-le-champ ordonné évêque de Salone en Dalmatie. Il avoit régné environ quatorze mois. Népos reçut de nouveau à Rome le titre d'empereur, le 24. de juin, lorsque Zénon régnoit déjà en Orient , conjointement avec le jeune Léon. Sidoine fait un grand éloge de Népos; il le représente comme un prince zélé pour la justice , qui, pour l'avancement de ses officiers, ne considéroit que la capacité et la vertu, sans avoir aucun égard à la fortune. Gondebaud , qui avoit gouverné l'Italie pendant près de deux ans sous les règnes d'Olybre et de Glycérius, s'enfuit en Bourgogne, et tâcha de soulever ses frères contre le1 nouvel empereur. Mais Népos avoit déjà pris soin de prévenir ces princes par des présens et par la concession de quelques villes.

Sid. l. \ ep. Euric ne fut pas si aisé à contenir. Plein de mépris 5*^.6,12; P°ur ces empereurs éphémères, jugeant bien que Nél Ce ep'$ \1' Pos» assis sur un trône si chancelant, n'y seroit pas plus càvm. ia, et assuré que ses prédécesseurs, il crut l'occasion favorable ibl Eim 'od. Pour achever de se rendre maître de la Gaule méridio- ^îta^Epîph. naje jusqu'au Rhône. Il ne lui restoit plus à conquérir VJom. de reb. que l'Auvergne. Les Auvergnats s'étoient autrefois flat- *Pagïadba<. ^u nom ^e frères des Romains : ils prétendoient tiron. rer comme eux leur origine de la ville de Troie. Ces phavs.LÙ traditions, quoique fabuleuses, les attachoient à l'empire , et les vexations de leurs derniers gouverneurs n'avoient pu étouffer en eux cette ancienne affection. Euric étant venu assiéger la capitale du pays, nommée aujourd'hui Clermont , dont Sidoine étoit alors évêque , les

HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. li\

habitans souffrirent avec patience la faim, le fer , le feu, la peste et tous les maux d'un siège opiniâtre. Après avoir repoussé les assauts des Visigoths, ils sortoient eux-mêmes de leur ville , et alloient les attaquer dans leurs retranchemens , brûlant , renversant , détruisant toutes les machines et tous les ouvrages. Leurs faubourgs étant réduits eu cendres, et leurs murs en partie abattus, ils ferai oient les brèches avec des palissades, et ne rabattoient rien de leur constance et de leur hardiesse. Les Bourguignons, qui étoient venus à leur secours, enfer- \ niés avec eux dans la ville , leur étoient à charge plus qu'ils ne les défendoient, s'emparant des subsistances; en sorte que les habîtans, mourant de faim , arrachoient les herbes qui croissoient au pied de leurs murailles ; et cette nourriture misérable, souvent pernicieuse, faisoit périr les uns, tandis qu'elle sontenoit à peine la vie languissante des autres. Mais leur principale défense consistoit dans la valeur et dans l'activité d'Ecdice : il étoit né dans leur ville, et avoit épousé une fille de l'empereur Avitus. C'étoit un excellent guerrier, et, selon la remarque d'un auteur contemporain , dans cette décadence de l'empire d'Occident, ce n 'étoient pas les gens de mérite qui manquoient à l'état , mais les places et les emplois qui manquoient aux gens de mérite. Ecdice se trouva hors de Clermont lorsque Euric vint en former le siège. A cette nouvelle, il accourut escorté seulement de dix-huit cavaliers , et donna tête baissée sur l'armée ennemie , qui , étonnée de cette attaque imprévue , et le croyant mieux accompagné , se retira sur une hauteur escarpée. Ecdice leur tua plusieurs soldats de leur arrièregarde, et \ sans avoir perdu un seul de ses gens, il entra comme en triomphe dans la ville, au milieu des cris de joie des habitans , qui, du haut de leurs murailles, avoient été spectateurs de cette action hardie. Il partagea la bourgeoisie en divers corps , et forma une petite ar-

niée , à la tête de laquelle il fit de fréquentes sorties , et toujours avec succès. Dans ces combats les Goths étoient si maltraités, qu'afin de cacher leur perte, ils coupoient la tête à leurs morts, qu'on distinguoit aisément à leur longue chevelure. Enfin, l'hiver approchant, Euricfut obligé de lever le siège, bien résolu de revenir au printemps , et de ne pas quitter cette entreprise qu'il n'eût réduit Clermont sous sa puissance.

SM. L 3, *p. La retraite des Visigoths laissa la ville en proie à deux 12. maux plus redoutables que 1 ennemi. La division se mit

L^fc.Ii"^' en*re les habitans, les uns voulant soutenir un nouveau siège, et les autres abandonner la ville. En même temps une affreuse famine désoloit tout le pays que les Visigoths a voient ravagé. Un prêtre de Lyon , nommé Constance , dont la vertu étoit connue et respectée en Auvergne , vint rétablir la concorde. Par ses larmes , par ses prières , par la force de sa persuasion il ramena dans la ville ceux qui s'étoient déjà retirés , et anima tous les habitans à réparer les brèches de leurs murailles , et à se mettre en état de défense. On trouva dans les richesses et dans la générosité d'Ecdice une ressource contre la famine. Aussi charitable que courageux , il envoya ses domestiques dans les territoires voisins avec des chevaux et des chariots, pour lui amener ceux qui manquoîent du nécessaire. Toutes ses maisons , à la ville et à la campagne , devinrent des hôpitaux où Ton distribuoit des alimens à tous les pauvres tant que dura la disette. Il s'y rassembla plus de quatre mille personnes des deux sexes. L'abondance étant revenue , il leur fournit des voitures pour retourner chacun dans leurs demeures. Saint Patient, évêque de Lyon, donna aussi, dans cette famine , des marques d'une charité vraiment pastorale. Ce fut alors que Sidoine , pour attirer la miséricorde divine sur l'Auvergne accablée de tant de maux, établit dans son diocèse les processions

gâtions, que saint Mainert , évêque de Vienne, avoit instituées, six ans auparavant , pour le sien , dans une calamité publique.

L'hiver se passa en négociations du côté des Romains, Sid. l. \ ep. et en préparatifs de guerre de la part des Visigoths. Hl'^^ep Népos, ne se sentant pas assez fort pour soutenir la guerre e>£'mod vi[ contre Euric , lui envoya le questeur Licinien pour Epiph. />• traiter avec lui. Ce député étoit en même temps chargé lQrig. Tur. de porter à Ecdîce le brevet de patrice, dignité qu'An- a5thémius lui avoit promise autrefois. Licinien avoit toutes les qualités d'un habile négociateur; il étoit d'ailleurs incapable de trahir les intérêts de son maître , ce qui étoit alors devenu très-ordinaire. Cependant il ne put réussir. En vain plusieurs évêques de la Gaule se joignirent à lui pour le seconder, Euric ne voulut entendre à aucune proposition , si on ne lui cédoit l'Auvergne : il menaçoit même de passer le Rhône et de pousser ses conquêtes jusqu'au pied des Alpes. Les Auvergnats ne craignoient rien tant que de tomber sous la puissance de ce prince cruel et sanguinaire : ils offroient de soutenir encore tous les hasards et tous les maux d'un siège , résolus de mourir sur les remparts de leur patrie; et si l'on se déterminoit à livrer l'Auvergne aux Visigoths, ils demandoient en grâce qu'on leur permît de s'exiler eux-mêmes et d'aller s'établir dans quelque autre contrée de l'empire. L'évêque Sidoine entretenoit son peuple dans ces senti m en s : il avoit en horreur l'arianisme , qui ne tarderoit pas d'entrer dans son diocèse avec les Visigoths. Euric étoit persécuteur; il avoit mis à mort ou exilé les évêques orthodoxes de ses états ; il faisoit fermer les églises : et la doctrine catholique étoit presque abolie dans toute l'Aquitaine. '

Népos, touché du désespoir des peuples de l' Au ver- -j *•/'• gne , se voyoit cependant hors d'état de les conserver, p; /. q. rp. ô4 Il falloit , à quelque prix que ce fût , satisfaire Euric cj£~?r"r. pour sauver à l'empire ce qui lui restoit encore entre t /l c. 20,

j uigitized t>y

F.nnod. vit. le Rhône et les Alpes. Il fit une dernière tentative ; ce 383 fat de députer au roi des Visigoths Epiphane dePavie , \s"ù' , . dont l'éloquence, soutenue de la grâce divine, avoit au-

Joï%tl* lit* l'Cu

^.c.45. trefois désarmé l'indomptable Ricimer. Le saint prélat Paul. diac. |rouva Euric plus inflexible. La paix ne fut conclue raies. 7«- qU'a condition que l'Auvergne resteroit aux Yisigoths.

rum franc. * . . ^ "

/. 5. Lcdice se retira au-delà du Rhône ; et , ne pouvant passer Pasi ad Bu- en Italie ^ où Népos le rappeloit à l'arrivée d'Odoacre , il ifuch. Belg. vécut chez les Bourguignons dans la retraite et la piété , .1 , c. 10. £ajsan^ gran(jes aumônes. Euric enferma Sidoine

dans le château de Liviane,, à quatre lieues de Carcassonne. Lui ayant ensuite rendu la liberté à la sollicitation de Léon , son ministre, il le fit venir à sa cour, sous prétexte de régler avec lui les affaires de l'Auvergne , et le retint long-temps comme en exil à Bordeaux , où ce prince faisoit alors son séjour. Il donna le gouvernement de sa nouvelle conquête à Victorius, qui le garda six ans. Celui-ci se comporta d'abord avec équité, et mérita de Sidoine les plus grands éloges. Mais ensuite , s'étant livré à la débauche, il devint cruel , et se rendit odieux à la province. Craignant même pour sa vie, et n'osant retourner à la cour d'Euric , instruit de ses méchancetés , il s'enfuit à Rome , où ses débordemens excitèrent tant d'horreur, qu'il fut tué par le peuple à coups de pierres.

A*. 4,-3. La paix conclue avec Euric ne rassuroit pas entièreç°™c?l*b' ment l'empereur. Il envoya ordre au patrice Oreste de prise, p. 37. rassembler des troupes , et de les faire passer en Gaule. £vag. î. 2, Oreste étoit Romain d' origine , né en Pannonie. Nous €ptoc Goth l'avons vu secrétaire d'Attila , auquel il s'étoit attaché /. i, c. 1. lorsque les Huns devinrent les maîtres des bords de la Theoph.'p. Save. Son père Tatule étoit au service de ce conquérant. VJa- , ? Après la mort d'Attila , Oreste vint en Italie avec de

jVarvcl.chr. 1 7

Paul. diac. grandes richesses , qui , formant alors une recomman- %d. 1.5, ep. dation puissante, et se trouvant jointes à un esprit am- %aivnius kitieux et adr°it, l'éievèrent jusqu'au rang de patrice.

Il avoît épousé la fille du comte Romule, qui fut , en PaçiaJ Ba- 448 , député par Valentinien au roi des Huns. Il étoit ^"vales. reà Rome lorsqu'il reçut les ordres de Népos, qui résidoit Jrancà Ravenne. Ayant levé des troupes , et se voyant chef Buch, Bclg. d'une petite armée, il lui vint en pensée qu'il valoit [t]^' lo' mieux être maître que général de l'empire , et il mar- ™L°doaCm cha vers Ravenne. Pour dépouiller de si foibles souve- MuratoH , rains, il suffisoit de l'entreprendre. Népos n'essaya pas J*™" UaL de résister ; dès qu'il apprit la révolte et la marche d'Oreste , il s'embarqua le 28 d'août , et s'enfuit à Salone , sansxraindre Glycérius, qu'il en avoit fait évêque. C étoit un spectacle singulier de voir réunis dans la même enceinte deux princes, le détrôné et l'usurpateur réduits à la même fortune. Oreste, étant entré dans Ravenne, au lieu de prendre lui-même le nom d'empereur, le fit donner à son fils, nommé Romule, ainsi que son aïeul maternel , et surnommé Auguste avant même que de parvenir à l'empire ; en sorte qu'étant empereur il portoit deux fois ce nom , comme son nom propre et comme son titre de souveraineté. Les Romains , par une sorte de mépris , l'appelèrent communément Augustule, à cause de sa grande jeunesse. Il fut proclamé le 29 d'août ^jS, selon d'autres le dernier de septembre; quelques auteurs diffèrent cet événement au dernier d'octobre. L'histoire ne dit de ce prince que ce qu'Homère dit de Nirée , qu'il étoit parfaitement beau, sans lui attribuer aucune autre qualité , ni même aucune action. Oreste gouvernoit son fils, et l'empire par les conseils d'un prêtre italien nommé Pirmène, dont on loue la capacité, sans en donner aucune preuve. Les rois bourguignons demeurèrent attachés à Népos , espérant qu'il se rétabliroit. Mais , lorsqu'ils virent que sa disgrâce étoit sans ressource, ils s'approprièrent tout le pays jusqu'à la Durance. Les évêques d'Arles, d'Aix, de Marseille , et les autres de la contrée entre la Durance et la mer, gouvernèrent les peuples au nom de Népos, tant

qu'il vécut. Après sa mort, ils se soumirent à Odoacre. Mais ce prince politique se tint renfermé dans les bornes de l'Italie, et céda ce pays aux Visigoths, dont la domination s'étendit alors jusqu'aux Alpes. Népos conserva une ombre d'autorité dans la Dalrnatie.

Evag.L*, Oreste, voulant s'appuyer de la protection de l'em- Aflicp. h2. pire d'Orient, fit partir pour Constantinople deux déty,ld' pu tés nommés Latin et Madnse, dont le premier étoit Tlieoph.p. patrice. Ils trouvèrent la ville dans un grand trouble. ^rict. vit. l. Basilisque étoit devenu maître des affaires par la fuite Cedr p.35i ^e Zénon, comme je vais le raconter, après avoir rapporté quelques événemens qui précédèrent cette révolution. Zénon, livré à ses débauches, laissott les barbares insulter impunément les frontières de l'empire. Les Sarrasins ravageoient la Mésopotamie ; les Huns , ayant passé le Danube, pilloient la Thrace. La Grèce étoit en alarme : Genséric , qui se lassoit plutôt du repos que de la guerre, a voit repris les armes, et recommençoit ses pirateries/Afin d'arrêter ses ravages, Zénon lui députa un sénateur nommé Sévère, qu'il décora de la dignité de patrice, pour donner plus d'éclat à cette ambassade. Sévère étoit l'homme du monde le plus capable de réussir dans cette négociation. Juste, désintéressé, plein d'honneur, il étoit digne du siècle des Fabricius et des Curius. Ces belles qualités me portent à croire que c'étoit le même qui en avoit été consul en Occident l'année 470, et, qu'ayant embrassé le christianisme, comme on peut le conjecturer par l'intérêt qu'il prit à la religion dans le cours de son ambassade , il avoit eu quelque raison de passer au service de la cour d'Orient. Genséric, malgré sa dureté naturelle, avoit le jugement droit et l'âme élevée; il connoissoit le prix de la vertu. Dès qu'il apprit qu'on songeoit à lui envoyer une ambassade, il fit partir une flotte, et prit Nicopolis en Epire. Sévère arrivé à Carthage, se plaignant de cet acte d'hostilité : J'étois en droit d'agir

en ennemi, lui répondit Genséric; maintenant que vous venez faire des propositions de paix , je suis prêt à vous entendre. Le roi ne tarda pas à concevoir une haute estime pour Sévère. Charmé de sa sagesse, il prenoit plaisir à l'entretenir ; et il l'estima encore davantage lorsque le député lui eût fait connoitre sa grandeur d'âme. Comme Genséric vouloit lui faire accepter des présens considérables, il les refusa en disant que Tunique présent digne d'un ambassadeur tel que lui, c'étoit la permission de tirer d'esclavage les sujets de l'empire : Eh bien , repartit Genséric, je vous donne gratuitement tous ceux qui m'appartiennent , ainsi qu'à mes fils ; pour les autres qui sont tombés en partage à mes soldats , je n'en suis pas le maître; mais je vous permets de les racheter. Sévère , ayant remercié le roi , fit aussitôt vendre sa vaisselle et ses équipages; et, joignant à cette somme tout ce qu'il avoit d'argent, il retira des mains des Vandales autant qu'il put de prisonniers romains. Le fier conquérant, subjugué par tant de générosité, accorda tout à Sévère; il conclut avec l'empire un traité d'amitié perpétuelle; et cette alliance fut fidèlement observée par lui et par ses successeurs jusqu'au règne de Justinien. Malgré la haine mortelle que Genséric portoit à la doctrine catholique, Sévère obtint la liberté de religion pour Carthage; l'Eglise, fermée depuis long -temps , fut ooverte ; les ecclésiastiques bannis eurent la permission de reprendre leurs fonctions; et ce que les forces de l'empire n'avoient pu exécuter fut le firuit de la vertu d'un seul homme.

Théodémir, roi des Ostrogoths, un des plus grands Jom.de vei^ princes qui fussent alors, étant mort cette année, eutf^' L' 06 * un successeur encore plus grand que lui. Ce fut son fils Théodorie , le héros de ce siècle. Il avoit pour lors vingtdeux ans. Zenon s'empressa de le féliciter sur son avènement à la couronne. Il l'attira à sa cour, et l'ayant d'abord comblé d'honneurs pour le trahir ensuite, il

éprouva tour à tour ce que peut la valeur pour reconnoître les bienfaits et pour se venger de la perfidie. Tlieod. Icci. L'incapacité de Zénon ne lui laissa point de ressource

Efag. l.o , contre les cabales qui se formèrent dans son propre pa- C'càndid.p. ^1S' Vérine , sa belle-mère, qui l'avoit placé sur le a}'/9* 4 trone' se croy°^ en droit de lout obtenir. Irritée d'un Jorn.'succei refus, elle résolut de le perdre, et trama contre lui une j^Toif conspiration secrète. Cette femme dissolue aimoit Pa-

Agatlui. 4. trice, maître des offices, et l'on soupçonna que son but /. 1, c.7. étoît de l'épouser et de le faire empereur. Mais, s'il est

Marc Tchr vra* ^u e^e eut ce dessein , elle se garda bien de le déjnon.Vales. couvrira son frère Basilisque et à son cousin Harmace,

Chron Alex

éedr. p. 35i. qu'elle n'eut pas de peine à faire entrer dans le complot. 3Giycà$^p ^e Prom^ ^a couronne à Basilisque, bien assurée sans 264. * doute qu'il tomberoit dès qu'elle cesseroit de le soufoana5% v' tenir. Harmace entretenoit avec Zénonide, femme de

Makla, p. Basilisque, le même commerce que Patrice avec Vérine.

Suid. voce II se prêta donc avec ardeur à une entreprise qui devoit

1rïiï*Zénon mellre sa raaîtresse sur le trône. Il devoit à la passion an. h, 19. ' de cette princesse tout ce qu'il avoit de richesses et de considération à la cour. C'étoit un jeune homme vain et frivole, idolâtre de sa beauté , uniquement occupé de ses cheveux et de sa parure. Sous le règne de Léon , il avoit eu quelque part avec Théodoric le Louche à une expédition contre des Thraces révoltés ; et, parce qu'après la défaite de ces misérables, il leur avoit fait couper les mains, il prenoit la cruauté pour la valeur , et se croyoit grand homme de guerre. Affectant de paroître armé et habillé comme Achille est représenté dans les monumens , il se promenoit dans le Cirque sur un cheval qui lui disputoit de fierté ; une multitude imbécille , toujours séduite par l'appareil , le suivoit, et lui donnoit dans ses acclamations le nom de Pyrrhus , fils d'Achille , quoique , selon la remarque d'un ancien auteur, de tous les personnages de l'Iliade, Pâris fut le seul auquel il pût ressembler. Yérine, moins persuadée des talens

militaires dHarmace, qu'il ne l'étoit lui-même, crut devoir s'assurer d'un meilleur capitaine. Elle trouva moyen de gagner Illus, homme de conduite et de courage. Il ctoit Isaurien, ainsi que Zenon, dont il avoit été l'ami lorsqu'ils menoient tous deux une vie privée. Mais Illus, réglé dans ses mœurs , instruit dans les sciences et dans les lettres, zélé pour la justice, n'a voit pu souffrir les vices de Zénon devenu empereur. On se ménagea le secours deThéodoric le Louche, en cas qu'ily eût une guerre à soutenir.

Mais Vérine méprisoit trop Zénon pour le juger capable d'aucune résistance. Ainsi, comptant sur la lâcheté du prince, lorsqu'elle eut dressé toutes ses batteries, elle courut elle-même l'avertir du danger qui le menaçoit;et, feignant d'en être alarmée, elle l'intimida de telle sorte, qu'il quitta son palais pour se retirera Chalcédoine. A peine y fut-il arrivé, qu'il apprit que Vérine et Basilisqae étoient à la tête des révoltés. Effrayé de cette nouvelle, il prit des chevaux de poste, et, à la faveur de la nuit et d'une grande pluie qui tomboit alors, il s'enfuit en Isaurie, avec l'argent qu'il put emporter. Il y fut suivi de sa jrnère et de quelques courtisans qui craignoient d'être immolés à la haine publique. Sa femme se déroba secrètement ; et, ayant passé le Bosphore pendant une tempête, elle le joignit en chemin. Ce n'est pas qu'elle fût assez vertueuse pour être encore attachée à un mari de ce caractère; mais elle aimoit mieux périr en exil que de tomber entre les mains de sa mère et de voir sa couronne sur la tête de Zénon ide. Zénon, arrivé en Isaurie, s'enferma d'abord dans une forteresse nommée Vare on Ubare, où ne se croyant pas en sûreté, il se retira dans celle de Tessède.

La fuite de Zénon laissoit le champ libre aux conjurés, sans effusion de sang. Mais le peuple , indigné contre ce prince , prit les armes, et fit un horrible massacre des Isaures , qui se trou voient en grand nombre à Constan*

tinople. Mus ne put retenir cette fureur, et se trouva lui-même heureux d'être épargné. Au milieu de ce trouble, Basilisque étant venu dHéraclée , où il étoit pour lors, fut proclamé empereur cfaus une campagne près de la ville. Véritie lui mit elle-même la couronne sur la tête. 11 donna aussitôt le nom d'Auguste à sa femme Zénonide, et à Marc, son fils, celui de César. Peu après il conféra aussi à son fils le titre d'Auguste. Il prit le consulat pour Tannée suivante avec Harmace, qu'il nomma général des armées de Thrace.

A». 4;6. Tel étoit l'état de l'empire d'Orient lorsque celui Proc Goth. ^Occident fut enfin entièrement abattu. L'Italie ffémis-

Paul. diac. soit sous la tyrannie d'Oreste, qui , la trouvant épuisée, Theoph.p. Taccabloit encore de nouveaux impôts. Les peuples, mêlés

jlrn denb ^eDaroares» ne connoissoient plus de patrie. Sans attachement pour des princes qui, semblables à des fantôdemdesuc- mes ^ ne s»élevoîent qUe pOUr disparoître , l'habitude des

A™n'V<£*S' révolutions les a voit accoutumés à n'en craindre au- /.a, c. 18, cune. Ils n'étoient plus Romains, et peu leur im port oit 1%moini /. de quels barbares ils seroient obligés de prendre le nom. 2» Dans ce découragement général , Odoacre vint renverser

rum jhanc. ce trône qui tomboit de lui-même. Cet Odoacre n'est pas ' Jànmius. *e guerrier Saxon que nous avons vu dans la Gaule. L'origine et le pays de celui-ci sont incertains. On lui donne pour père un Edécon ou Edic , qui n'est pas mieux connu. Il nTy a pas d'apparence que ce fût cet Edécon , ofBcier d'Attila , qui fut envoyé en ambassade à Théodose le jeune. Les divers auteurs font Odoacre Goth, Hérule, Sqnire, Turc ilinge, parce qu'il fut chef d'une armée mêlée de toutes ces nations. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il étoit de très-basse naissance. On rapporte qu'en passant par le Norique, comme il étoit allé visiter saint Séverin, célèbre alors par ses miracles , et que sa haute taille l'obligeoit à se tenir courbé dans la cellule du solitaire, le saint lui prédit que Dieu Pëleveroit bientôt au-dessus des autres hommes , et lui feroit quitter les nié-

HISTOIUE DU BAS-EMPIRE. ^ 5l

chans habits de peaux dont il étoit couvert , pour le revêtir de gloire et de puissance. On ne convient pas non plus de la manière dont il s'empara de l'Italie. Les uns disent que les Hérules , les Squires et les autres barbares enrôles dans les troupes de; l'empire , se voyant en plus grand nombre que les soldats romains , concertèrent ensemble, et portèrent l'insolence jusqu'à demander à Oreste qu'il leur abandonnât le tiers des terres de l'Italie ; que, sur son refus , ils se mutinèrent, et qu'Odoacre, qui n 'étoit que soldat de la garde impériale, leur ayant promis de les mettre en possession de ce qu'on leur refusoit , ils le choisirent pour leur chef. Selon d'autres écrivains, Odoacre, à la tête d'une multitude de ces barbares,. vint des extrémités de la Pannonie ; et , ayant traversé le Norique, il entra en Italie par la vallée de Trente , semant partout la terreur.

Quoi qu'il en soit, Oreste, ayant rassemblé quelques Ennod. vit. troupes, vint à sa rencontre en Ligurie. Mais, trop foible .^'j?^ pmf pour livrer bataille à une si nombreuse armée, décou- fJo$. /.a , ragé d'ailleurs par la désertion d'une partie de ses sol- c Thmph. p. dats, il se renferma dans Pavie. Odoacre l'y suivit, '^jfy^ emporta la ville de force, y fit un grand carnage, mit /. <>. le feu aux églises et aux maisons. Dans ce saccagement , J^ertn'Ct la sœur de l'évêque Epiphane ayant été mise aux fers, idem de sucle prélat, s'exposant sans crainte au milieu du pillage Anon.Valeu et du meurtre, alla trouver Odoacre : il s'en fit respecter Cjj?arc. chrl par son intrépidité , et obtint la délivrance de sa sœur ^™cGxothm et d'un grand nombre d'autres prisonniers. Oreste fut Voies, repris, conduit à Plaisance, et eut la tête tranchée le ™™ •//w,c« vingt-huitième du mois d'août , jour auquel l'année pré- Muratori, cédente il avoit obligé Népos à prendre la fuite. Le 4 de i, is. septembre, Odoacre entra dans Ravenne. Paul, frère sri£™±£\ d'Oreste , y fiit tué. Augustule, abandonné de tous, se «ri. >4. dépouilla lui-même de la pourpre : le vainqueur, par compassion pour son âge, lui laissa la vie, et l'envoya avec plusieurs de ses parens dans le château de Lucul-;

lané, en Campanie, entre Naples et Pouzzol, où !1 vécut avec assez de liberté. On lui assigna une pension de six raille sous d'or, qui font près de quatre-vingt mille livres de notre monnoie. Le prêtre Pirmène , principal conseiller d'Oreste , craignant pour sa vie, se retira dans le Norique, auprès de saint Séverin. Dès le vingttroisième d'août, aussitôt après la prise de Pavie , Odoacre avoit reçu le titre de roi : il s'en contenta, sans prendre jamais ni la pourpre ni le nom d'empereur. Nous verrons même dans la suite qu'il sembloit reconnoître l'autorité des empereurs d'Orient. Ceux-ci , plus jaloux de leur titre qu'attentifs à conserver leur empire , prétendirent depuis ce temps-là que la qualité d'empereur leur appartenoit exclusivement. Home se soumit au nouveau maître; et les barbares, s étant répandus dans l'Italie, la subjuguèrent tout entière. Quelques villes qui tentèrent de se défendre furent saccagées et ruinées. Odoacre établit son séjour à Ravenne. Il distribua , selon sa promesse, à ses soldats le tiers des terres de l'Italie. D'ailleurs il ne changea rien dans la forme du gouvernement , et il conserva les magistratures romaines, si ce n'est qu'il passa plusieurs années sans nommer de consuls pour l'Occident. Il traita avec Genséric, qui lui céda la Sicile, à l'exception de Lilybée , mais à condition qu'il lui en paieroit tribut , comme au souverain. On l'accuse d'avoir été jaloux de la noblesse, qui sembloit lui reprocher la bassesse de son origine ; d'avoir tiré des peuples des sommes immenses , qu'il prodiguoit à ses favoris ; d'avoir lâché la bride à l'insatiable avidité de Pélage , son préfet du prétoire , qui faisoit payer aux sujets le double des taxes imposées par le prince. Mais il corrigea une partie de ces désordres sur les remontrances d'Epiphane , qu'il écoutoit avec respect. Ce saint prélat fut honoré d'un roi barbare et arien , plus qu'il ne l'avoit été d'aucun empereur catholique ; il obtint une exemption d'impôts pour cinq années en faveur de la ville de Pavie, qui

travaillent à se relever de ses ruines. Odoacre laissa toute liberté aux orthodoxes , et témoigna une singulière vénération pour saint Séverin, qui lui avoit prédit sa haute fortune. Il avoit l'âme grande et élevée, comptant assez sur sa valeur pour être exempt de ces craintes et de ces défiances qui ensanglantent souvent les nouvelles conquêtes. Les Romains , sous le règne d'un barbare , furent plus heureux qu'ils ne l'avoient été depuis longtemps sous leurs princes naturels.

Ce fut par cette révolution que s'éteignit l'empire d'Occident. Il avoit subsisté cinq cent six ans, si Ton prend pour époque de son commencement la bataille d'Àctium, douze cent vingt-neuf ans, si Ton remonte jusqu'à la fondation de Rome. Nous avons vu les divers degrés par lesquels , s'étant affaibli peu à peu sous les premiers successeurs de Constantin , il se précipita vers sa ruine sous ceux du grand Théodose. Sa chute , qui se préparoit depuis long-temps, fut à peine sentie du reste du monde; il tomba sans bruit : c'étoit la mort d'un vieillard qui, privé de ses forces et de l'usage de ses membres , expire de caducité. Comme notre dessein se renferme dans l'histoire de l'empire, nous abandonnons ici ce qui regarde l'Occident, dont nous ne parlerons plus qu'autant que les événemens de l'empire d'Orient pourront nous y rappeler. Quoique Rome et l'Italie aient été alors détachées de l'empire , cependant les empereurs d'Orient et leurs sujets retinrent le nom de Romains , eu égard à l'origine de la puissance de ces princes. Nous continuerons de les appeler ainsi jusqu'au temps de Charlemagne. C'est alors qu'un nouvel empire établi en Occident prendra seul le nom de romain, et nous obligera de désigner sous le nom d'empire grec les états des empereurs de Constantinoplc»

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