ZÉNON
An. 47^- Zénon, caché clans les montagnes de l'Isaurie , n'avoît (o dtd.p. per|ju loute eSpérance. \\ est vrai qu'il ne pouvoit
yw. Vand trouver de ressource en lui-môme; mais l'incapacité et Zon. les vices de l'usurpateur snffisoient pour le faire regretfftit!V!ieg. l**1*- Basilisque, aussi dissolu que Zénon, et encore plus ïuid vodb sllIPi(,e» lom d'affermir sa puissance par des bienfaits, iiciTixt<rKùs souleva d'abord les officiers du palais et les soldats, et etiiptKÔxioç. enfin tout l'empire, par son insatiable avidité. Il vendoit Cod.orig.p* |es dispenses ^cs \0\s jes plus sacrées; il exigeoit des évêques de grandes sommes d'argent ; il imposoit des taxes onéreuses sur les plus vils artisans. Au lieu de fêtes et • de réjouissances, son avènement à l'empire ne fut signalé que par les larmes et la désolation de ses sujets. Il devoit la couronne à Vérine ; il n'en ménagea pas davantage cette femme audacieuse , qui pouvoit rabattre plus facilement encore qu'elle ne l'avoit élevé. Il fit assassiner Patrice, dent il avoit découvert le commerce avec cette princesse. Vérine , furieuse de la perte de son amant , jura celle de Basilisque. Ce fut peut-être à celte occasion qu'il fit brûler vif un de ses chambellans , nommé Platon , dont les parens demandèrent par flatterie à l'empereur que, pour éterniser la mémoire du crime et du châtiment , il 'fût dressé une colonne qui ne pourroit jamais être abattue. Cette colonne subsista long-temps en effet, mais comme un monument de la cruauté du prince et de la bassesse d âme des parens de Platon. Liben. c. Non content de se rendre odieux aux grands et au i&w£. /. 3 , peuple , il se déclara ennemi de l'Eglise , et protecteur
des hérétiques. Sa femme Zénonide , aussi peu fidèle c. 4» 5,6, 7. à Dieu qu'à son mari, lui avoit inspiré les erreurs /. "° ^ <\ Eutychès. Dès qu'il fut sur le trône, il rappela d'exil l^?e^' p* Tiroothée £lure, confiné depuis vingt ans dans la Cher* Marc. chr. sonèse Taurique. Ce meurtrier de Protérius, cet usur- zTn'J. s"", pateur du siège d'Alexandrie , entra danSConstaatinople &f£Pcomme en triomphe.Pierre le Foulon, qui se tenoit depuis Baronius. huit ans caché dans un monastère , se montra au grand £^f/ Ba' jour avec hardiesse ; etquoiqu'il dût sa fortune à Zenon , ™- *cacef sa haine contre les orthodoxes lui ouvrit un favorable ?o. 7 ' accès auprès de Basilisque. Tous les ennemis du concile ecd^/L%\ de Chalcédoine levèrent le masque. Ces deux perturba- <jf*-4*> 4t , leurs des églises engagèrent le prince à publier un édit par lequel il ordonnoit à tous les évêques, sous peine de déposition , de prononcer ana thème contre le concile de Chalcédoine. Plus de cîn<J cents succombèrent à la crainte» et protestèrent que leur souscription étoit libre et volontaire; ce qu'ils désavouèrent cependant Tannée suivante, lorsque l edit fut révoqué. Acace , patriarche de Constantinople , osa seul résister à l'empereur ; il rffusa de souscrire Tédit et d'admettre Elure à sa communion. Pour faire connoître le deuil de l'Eglise et le péril auquel la foi étoit exposée, il s'habilla de noir et couvrit d'un voile de même couleur l'autel et le trône épiscopal ; ce qui étoit contraire aux usages des églises d'Orient. Le peuple s'assembloit dans l'église : tout rétentissoit île cris et de murmures contre l'empereur; on menaçoit de mettre le feu à la ville. Basilisque , épouvanté , sort de Constantinople, et se retire au palais de l'Hebdome ; il y est suivi de la foule du peuple qui l'accable de reproches. Dès le commencement de ces troubles, Elure étoit retourné à Alexandrie avec un ordre de l'empereur qui le rétablissoit , et Solofaciole fat obligé de lui céder la place et de se retirer dans un monastère de Canope. Pierre le Foulon avoit déjà repris possession du siège d'Antioche : il signala son entrée par des violences et des meurtres; mai&
il fat bientôt supplanté lui-même par une de ses créatures. Jean , qu'il avoit sacré évéque d' A pâmée , ne pouvant se faire recevoir dans sa ville épiscopale , revint à Antioche, chassa le patriarche , et s'empara de son église. En vain le pape Simplicius écrivit à Basil isque pour l'exhorter à défendre la foi dont il devoit être le protecteur ; le prince n 'écoutait que les partisans de l'hérésie. Mais la crainte arracha bientôt à cette âme foible ce que les remontrances n'avoient pu obtenir.
Mauîa?p, soit par accident imprévu , le feu prit à un marché de *Suid. voce Constantinople. L'incendie se répandit avec tant de ra- Mâxxoç. pidité, qu'il consuma en peu de temps plusieurs por- Barotuus. f£qUes et un grand nombre d'édifices publics et de maisons. Le palais de Lausus , orné de magnifiques statues , fut presque détruit par les flammes. Mais ce qu^n regretta davantage, ce fut la perte de la bibliothèque publique. Le portique où elle étoit placée fut réduit en cendres. Elle contenoit cent vingt mille volumes. Ou y voyoit linteftin d'un strpent long de cent vingt pieds , sur lequel étoient écrits en lettres d'or les quarante-huit livres de l'Iliade et de l'Odyssée. On apprit vers le même temps que Gabala, ville de Syrie, venoit d'être ruinée par un tremblement de terre. Basilisque donna cinquante livre d'or pour la rétablir; et c'est.la seule action louable qu'il ait faite pendant les vingt mois de son règne. £on- Cependant Zénon, qui auroit été pour tout autre un
l'ioTc.\.a " ennemi méprisable, faisoit déjà trembler Basilisque. Il
z*"*!* V<Ke avoil lrouvé dans *es Isaures ses compatriotes tout le courage dont il manquoit lui-même. Les devins, qu'il écouloit comme son unique conseil , lui prédi soient qu'au mois de juillet il se verroit dans Constantinople. Tous les Isaures étoient soldats ; ils lui eurent bientôt formé un corps de troupes capable de tenir la campagne, liluset son frère Troconde, ayant passé le Bosphore avec une armée , allèrent chercher les Isaures, et marchèrent
à Séleucie , d'où Zenon n'avoit osé sortir. Il ne les y attendit pas , et s'alla renfermer dans une forteresse située sur une montagne de difficile accès. Les deux généraux l'y suivirent et l'y tinrent assiégé. On dit que cette forteresse se nommoit Constantinople ; et que Zénon l'ayant appris, ne put s'empêcher de réfléchir sur la bizarrerie de son sort , et sur l'illusion de ces prédictions frivoles qui trompent même lorsqu'elles se rencontrent avec la vérité.
Illus avoit oontribué à l'élévation de Basilisque; mais a*. 477. il n'avoit été payé que d'ingratitude. A son départ de Constantinople , le mécontentement étoit général , et il ('andid. p. recevoit tous les jours des lettres de Vérine et des prin- /^Ct yMUim cipaux du sénat qui l'exhortoient à renoncer au service L. !» C-J*
., , , , % . « . » ii , l!*nnoil. pâ-
ti un tyran déteste, et a joindre ses troupes a celles de Y/W.
Zénon. Après plusieurs mois de siège , il suivit ce con- MyuZLjin\
seil; et, s'étant réuni avec le prince fugitif, il lui rendit Chnm.Meac.
le courage, et s'offrit à le rétablir. Zénon, suivi de \o*£iH~.
cette nouvelle armée, à laquelle se joignit un grand J%£n
nombre d'Isaures et de Lycaoniens, marcha vers Con- 5a.
stantinople. Ce fut alors que Basilisque, pour regagner Nicrph, Cuû
les esprits que sa déclaration en faveur de l'hérésie avoit £
aliénés, rentra dans la ville, combla de caresses leJ'W. Ucu
patriarche, et publia un nouvel édit par lequel il Jùasias. p.
cassoit le premier, proscrivoit l'hérésie, et ordonnoit ^ ^
une soumission entière aux décisions des conciles pré- Mmu**. p.
cédens. Il assembla tout ce qui restait de soldats en Mahia, p.
Thrace, à Constantinople et aux environs ; il y joignit ^
les troupes du palais, et donna le commandement à p. 4».
Harmace, après l'avoir engagé par dessermens horribles
à lui garder une fidélité inviolable. Harmace, à la tête
d'une armée nombreuse , rencontra l'ennemi près de
Nicée. Il y eut une action fort vive , où les troupes de
Zénon ayant été maltraitées, ce prince sans courage
alloit fuir de nouveau en Isauriç , s'il n'eût été retenu
par ÏIlus. Ce général lui représenta qu'il ne seroit pas difficile de gagner Harniace; qu'il falloit Péblouir par de magnifiques promesses; et il se chargea de la négociation. Etant secrètement passé au camp d'Harruace, il convint avec lui qn'Harmace an roi t pour récompense la charge de général de la milice de la cour , avec assurance d'en jouir toute sa vie; et que son fils, qui se nommoit aussi Basilisque, seroit honoré du nom de César et succéderoit à l'empire. A ces conditions, Harniace oublia ses sermens et sa maîtresse Zétionide; mais, pour déguiser sa trahison , il prit une route différente de celte que l^ennemi devoit tenir, et le laissa passer comme par inadvertance. Zenon, qui comptoit sur l'amitié de Théodoric l'Amale, lui avoit écrit pour le prier de le favoriser par une diversion. Théodoric leva des troupes, et s'approcha de Constant inople; mais, lorsqu'il arriva devant la ville, Zénon en étoit déjà maître. Jamais révolution ne fut plus prompte. L'empereur , accompagné de sa femme Ariadne -, et suivi de son armée, trouva les portes de la ville ouvertes. Le sénat et le peuple vinrent au-devant de lui : Vérine s'empressoit à lui témoigner son zèle. Elle n'avoit pas eu moins de part au rétablissement de Zénon qu'à sa digrâGe; et Basilisque, qui sonpçonnoit son changement, lui auroit ôté la vie , si Harmanec n'eut caché cette princesse dans sa maison pour la dérober à la fureur du tyran. Zénon , au milieu des acclamations de joie, se rendit à la grande église, et de là au palais. On eut dit qu'il rentroit eu triomphe après une glorieuse campagne.
Basilisque, abandonné de tous, se réfugia dans l'église de Sainte-Irène avec sa femme et ses enfans , et , ayant déposé sur l'autel la couronne impériale, il s'enferma dans le baptistère. Zénon, n'osant violer cet asile, lui envoya Harmace , qui n'épargna pas les sêrmens pour l'assurer de «la part de l'empereur qu'on lui laisseroit la vie.
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. 5q
Le patriarche contribua encore à foi persuader de s'en remettre à la clémence de Zénon. Dès qu'il fut sorti, l'empereur fit assembler le sénat et les évêques qui ' se trouvoient à Constantinople, comme pour les consulter sur le traitement qu'il dev6it faire au rebelle, dont il avoit déjà prononcé dans son cœur la sentence de mort. Basilisque fut condamné !à être relégué avec Zénonide et leurs enfans dans le château de Limnes , près de Gueuse en Cappadoce. Ils y furent jetés nus dans une citerne sèche , qui fut ensuite fermée et gardée par des soldats , afin qu'on ne pût leur porter aucune nourriture. On les trouva qnelquç temps après morts de froid ét de faim , se tenant embrassés les uns les autres. Zénon crut n'avoir pas violé les sermens qu'il avoit faits de ne leur point ôter la vie.
Harmace, peu tOiiché delà mort cruelle de Zénonide, Evag. l. 3 , dont l'amour criminel avoit élevé sa fortune, jouissoit CCa>idM .p. tranquillement du fruit de son parjure. Revêtu de la jjj^ Vand dignité qui lui àvoit été promise, il voyoit son fils dé- /. i, C y. claré César. Ce jeune enfant assista aux jeux du Cirque , t^oph'r' assis sur un trône à côté de l'empereur, et partagea avec ^on.Mcx. le prince l'honneur de couronner les cochers victorieux ; ZoiHp. i:> '. maïs Zénon avoit trop promis à Harmace pour lui tenir cf anas- l>' parole. Il s'acquitta envers ce traître en le faisant assas- MaUia,p. siner dans le palais. Ariadne eut compassion du fils; Suid. voce elle obtint de Zénon qu'il se contentât de le dépouiller a'^«*«ï. de la qualité de César et de l'engager «lans le clergé. Il fut dans la suite évêque de Cyzique, et il remplit cette place plus dignemeut qu'une vocation forcée ne donnoit Heu de l'espérer. Tout, dans la mort d'Harmace, portoit le caractère de sa perfidie. Le conseil en fut donné par Illus , qui l'avoit engagé à trahir Basilisque ; il fut tué de la main d'un barbare dii pays de Thuringe, nommé Onulphe, qui lui devoit sa fortune. Harmace , l'ayant reçu dans sa maison , l'avoit comblé de richesses ; il lui avoit procuré la dignité de comte, et ensuite celle de
général des troupes d'Illy rie. Les biens d'Harmace furent confisqués.
Fvag.l.i, Les leçons de l'adversité semblèrent d'abord avoir ^inonirales. corrigé les vices de Zénon : il récompensa par des libé- Cod. Jusi.l. raiîté5 ie zeie sénat et du peuple. Constantinoplc re- 16. t en Ussoit d'éloges ; on y voyoït de toutes parts élever
Ultrat. c. des sUlues à rerapereur Soïl premier soin fut d'aller
Thcoph.p. avec l'impératrice visiter le saint solitaire Daniel, aux y ici. Tun. prières duquel il attribuoit le succès. Il fit bâtir à Séleucie Cft/r't^.°46. en Isaurie une magnifique église de sainte Thècie , qu'il
'nTzhtw croy°^ avo*r vue en sonSe Wl annoncer son rétablissent. \o.enon' ment , et il la décora de riches présens. Il écrivit au St^faT PaPe Simplicius pour lui attester la pureté de sa foi ; et tUu?)hist' ^ en reÇut a son lour ^es lettres de félicitation , où le Zt. 49, '5!?/ pape l'exhortoit à chasser d'Alexandrie Timothée Eluref et à maintenir l'autorité du concile de Chalcédoine. En conséquence , Zénon cassa toutes les ordonnances rendues par Basilisque au préjudice de la foi et des évêques catholiques. Pierre le Foulon , déjà chassé d'Antioche par Jean d' A pâmée, fut canoniquement déposé dans un concile , et relégué à Pityonte. Jean fut lui-même anathématisé : on élut à sa place Etienne , dont la doctrine étoit orthodoxe. Ehire prévint l'orage qui alloit tomber sur sa tête, et s'empoisonna. Mais les hérétiques, qui étoient en grand nombre dans Alexandrie , firent élire, à la place d'Elure, Pierre, surnommé Morigus, c'està-dire le begut, homme habile, mais perfide et sanguinaire , qui changeoit de foi selon ses intérêts. Il avoit eu part au massacre de Protérius et à tous les crimes d'Elure. Anthémius, préfet d'Egypte, reçut ordre de l'empereur de bannir cet indigne prélat ; ce qu'il exécuta par le ministère des moines, qui le chassèrent du palais épiscopal trente -six jours depuis qu'il s'en étoit emparé. Solofaciole fut rétabli ; mais Mongus demeura caché dans Alexandrie , où dans la suite il excita de nouveaux troubles. Zénon paroissoit animé d'un si grand zèle
HISTOIRE DU BAS-EMPIKE. 6l
pour les intérêts de l'Eglise, que dans une lettre à Solofaciole il lui reprochoit trop d'indulgence à l'égard des hérétiques.
Genséric étoit mort dès le vingt-cinquième de jan- Çrof'^r"ru*m vier de cette année, après un règne de cinquante ans. w!cW». Ce fut le plus grand prince de son siècle. Invincible dans ^iCt-viul* toutes les batailles, où il se trouva en personne, créa- Tun.
.. • . . « A . . — . Tilt, vie de
tenr d une marine redoutable, maître de Larthage et 5. Eugènm, vainqueur de Rome , aussi fermé à maintenir le bon Malc-P-&* ordre dans ses états qu'habile à troubler ceux de ses ennemis, après s'être établi par la guerre, il laissa son royaume puissamment affermi par la paix , et mourut dans tout l'éclat de sa gloire, au milieu d'une famille nombreuse. Sa mémoire seroit en honneur entre les pins fameux conquérans, s'il n'eût répandu le sang des catholiques, qu'il persécuta avec fureur, plutôt par un faux principe de politique que par zèle de religion. Avant sa mort il régla l'ordre de succession des rois vandales de la manière qu'il crut la plus propre à maintenir l'autorité royale, et à épargner à ses sujets les guerres civiles et les désordres ou la foiblesse des minorités : il ordonna que la couronne passeroit toujours à celui de ses descendans en ligne masculine qui se trouveroit le plus âgé. Cette loi , qu'il fit insérer dans son testament comme une loi fondamentale , devint funeste à sa famille. Le prince régnant qui désiroit de laisser la couronne à ses fils fa i soit périr les autres princes de sa maison qui se trouvoient plus avancés en âge. Hunéric, fils et successeur de Genséric, usa le premier de cette / barbare politique. Son frère Théodoric fut mis à mort, sous de faux prétextes, avec sa femme, ses enfans et tous ceux qui leur ét oient attachés. Hunéric ne tenoit de son père que la naissance; il n'avoit aucune de ses grandes qualités : avide et impitoyable, il accabla ses sujets d'impôts ; lâche et voluptueux , il laissa éteindre dans le cœur *Ies Vandales cette ardeur guerrière qui *les avoit rendus
62 HISTOIRE DU BÀS-EMPIRË.
la terreur des Romains. Il cessa d'entretenir ces armées et ces flottes que Genséric tentât toujours prêtes pour prévenir par sa diligence les entreprises de ses ennemis. Les Maures révoltés se saisirent du mont Aurase en Nu> midie, à treize journées de Carthage, et s'y maintinrent en liberté tant que les Vandales demeurèrent en Afrique. Hunéric ne fit la guerre qu'aux catholiques , qu'il traita d'abord avec douceur, et qu'il persécuta ensuite plus cruellement que n'avoit fait Genséric. Méprisé des étrangers, détesté de ses sujets , il mourut après un règne d'environ huit ans, et laissa son royaume tellement affaibli , qu'il ne continua de se soutenir que par la lâcheté et la foiblesse de Zénon et d'Anastase. A*. 4;8- Les troubles de l'Orient avoient été utiles à Odoaere
^auild^hr ^orm*r Par nne vaine apparence de soumission, ce barfhoi.ff. 172. bare , plus habile que tous les Romains, et qui estimoit le pouvoir réel beaucoup plus que les litres , se conduisit avec l'adresse d'un politique consommé. Il ne doutoit pas qu'il ne fût odieux et à Zénon et au sénat, de Rome. Il se servit du sénat même pour amuser Zénon par de belles paroles, et d'Augustule, pour y engager le sénat. Le jeune prince , qui sans doute n'osoit rien refuser à son vainqueur, conjura les sénateurs d'envoyer une députation à Constantinople en faveur d'Odoacre; et par cette démarche il sembloit faire comtoître qu'il étoit con~ tent de son sort, et que sa renonciation à l'empire étoit volontaire. Les députés furent chargés de remettre entre les mains de Zénon les ornemens impériaux et de lui dire que Rome n'avoit pas besoin d'un empereur par* ticulier ; que Zénon sujfisoit seul pour soutenir ce nom auguste dans Us deux empires; que le sénat avoii choisi Odoaere pour défendre t Occident par sa prudence et par sa valeur ;• qu'il pr toit l'empereur de conférer à ce
général la dignité de palrice , et de se reposer sur lui du gouvernement de l'Italie. Dans le même temps que ces envoyés arrivèrent à Constantinopie, Zenon reçut d'autres députés de Népos qui venoient le féliciter de ses heureux succès, et le supplier d'aider leur maître à rentrer dans ses états. Ils lui représentoient que la cause de Népos étoit celle de tous les souverains ; que Zenon devoii avoir appris par sa propre expérience a terrasser les usurpateurs. Ils demandèrent de l'argent et des troupes pour réussir dans une si juste et si noble entreprise. Entre Jeux députaiions si contraires, Zenon inclinoit du côté de Népos. La conformité de fortune et les sollicitations de Vérine, dont Népos avoit épousé la nièce , faisoient sur lui tonle l'impression qu'il étoit capable de ressentir. Il répondit donc aux députés d'Odoacre que les empereurs d'Orient n'avoient pas à se louer des habit ans de Rome et de l Italie ; que , de deux princes que Constantinopie leur avoit envoyés , ils avaient fait périr A ni hé mi us et chassé Népos ; que, leur souverain légitime vivant encore , ils n'avoient d'autre parti à prendre que de le rappeler et de lui obéir; que, si la dignité de patrice jlattoit Odoacre , il devoit la demander à Népos 9 qui étoit le maître d'en disposer, et qui ne lui refuseroit pas cet honneur, s'il se mettoit en devoir de le * mériter; que, pour lui, il savoit bon gré à Odoacre d'avoir pris l'habillement romain ; que, puisqu'il désiroit le nom de patrice, il ne lut restoit plus qu'à en montrer tes sentimens , en remettant son souverain en possession de ses états. Ce qui s accordoit mal avec cette réponse sage et mesurée, c'est que, dans la lettre que Zenon écrivoit à Odoacre, il luidonnoit le titre de patrice, qu'il lui re~ fusoit de vive voix, tant ce prince étoit bizarre et inconséquent. Il répondit favorablement aux députés de Né- ; pos, et leur fit de belles promesses, qu'il n'exécuta pas. Népos vécut encore deux ans en Dalmatic , et fut tué en 4&0 , près de Salone, par deux de ses officiers , Viator
et Ovida. On soupçonna Glycérins, , qu'il avoit fait évêque de Salone, après l'avoir dépouillé de l'empire, de s'être vengé par cette trahison. Ovida, qui s'étoit voulu rendre maître de la Dalmatie, fut défait et tué par Odoacre Tannée suivante.
Evas;. l. 3 , Tous les sujets de l'empire reconnoissoient Zenon. C fiu-oph.p. Mais Théodoric le Louche, qui s'étoit déclaré en faveur lo8, de Basilîsque , n'étoit pas de caractère à poser les armes sans faire acheter la paix. Après avoir ravagé toutes les campagnes de Thrace jusqu'à l'entrée du Pont-Euxin dans le Bosphore, il s'approcha de Constantinople. Il songeoit à l'assiéger, lorsqu'il découvrit un complot formé par ses principaux officiers pour le livrer à l'empereur. Effrayé de ce péril , il s'éloigna de la ville, et se retira dans les montagnes de la Thrace.
Mate. p. 87, Zénon envoya , pour le poursuivre, quelques troupes s'uîd. voce commandées par Héraclins, qui, dans la guerre contre HftfxAf/oç. Genséric, avoit eu en Afrique des succès rapides, que Basilîsque avoit mal secondés. Il étoit brave, mais téméraire, faisant consister la valeur dans une audace précipitée. Il fut enveloppé et pris dans une embuscade. L'empereur, ne voulant pas perdre un général si courageux , fit proposer une rançon à Théodoric , qui demanda * cent talens; ce qui faisoit six cent cinquante-six mille livres de notre monnoie courante. Zénon, qui n'étoit pas assez généreux pour payer cette somme, la fit fournir par les parens riHéraclins. Ctlui-ci, étant mis en liberté, raarchoit vers Arcadiopolis, lorsqu'il fut attaqué par une troupe de Goths, dont l'un lui déchargea un grand coupd'épée sur l'épaule. Un soldat de l'escorte arrêtant le meurtrier: Ne sais-tu pas, lui dit-il, quel est celui que tu frappes ? Je le sais , repartit l'autre , et il ne nous échappera pas. En même temps ses camarades , se jetant sur Héraclius, lui coupent la tête et les mains » en disant : Voilà ce qu'il a mérité. C'étoit la vengeance cruelle d'une aussi cruelle sévérité exercée par ce général
s"r quelques soldats goths qu'il avoit dans ses troupes^ et que, pour une faute légère, il avoit fait jeter dans une fosse et accabler de pierres par toute L'armée.
On s'attendoit bien que Théod oric le Louche, ayant Mulc.p.yq f dissipé les troupes qu'on avoit envoyées à sa poursuite, ' tiJ% <J >* ne se tiendroit pas long-temps éloigné de Constantino- Jom.il* rel. pie. Zénon résolut de lui opposer Théodoric l'Amale. s' C'J'' Ce jeune prince, qui étoit demeuré fidèle à Zénon pendant la révolte de Basil isque , gouvernoit tranquillement ses sujets, et paroissoit sincèrement attaché au service de l'empire. Aussi l'empereur l'avoit-il comblé d'honneurs ; il lui avoit donné le rang de patrice et la charge de général des troupes du palais; il l'avoit même adopté pour son fils d'armes. Cette sorte d'adoption , dont on commence alors à voir des exemples dans l'histoire, et qui s'est conservée dans notre ancienne thevalerie , étoit sans doute un usage introduit par les Goths et par les nations germaniques. Le père d'armes donnoit ou envoyoit à celui qu'il adoptait des chevaux et une armure complète. Le fils adopté n'acquéroit pas le droit de succession ; mais l'un et l'autre contractent un étroit engagement de s'entre-aider dans les guerres qu'ils auroient à soutenir. Malgré ces démonstrations d'amitié, Zénon craignoit presque autant son allié que son ennemi. Il n'osoit compter sur une fidélité constante de la part du prince qu'il avoit adopté. Il sentoit que le voisinage des Goths, depuis leur établissement en-deçà du Danube, étoit une source perpétuelle d'alarmes; il conçut donc le projet de se délivrer de cette nation turbulente sans qu'il en coûtât rien à l'empire, et de détruire les deux Théodorics l'un par l'autre. C'eût été en effet un grand coup de politique, si Zénon eût été capable d'y réussir. Dans ce dessein, il somma Théodoric l'Amale de se joindre aux Romains pour combattre l'autre Théodoric. L'Amale, par une bravade de jeune guerrier, répondit d'abord que ses forces sursoient seules pour dé-
faire cet ennemi ; mais , après y avoir plus mûrement réfléchi, il démanda du secours. Zénon affecta aussitôt de faire les plus grands préparatifs. Il fit venir les troupes cantonnées sur les bords du Pont-Euxin, tant en-deçà qu'au-delà du Bosphore. On assembla des chariots et des voitures de toute espèce ; on acheta du blé, des bœufs et toutes les provisions nécessaires pour une importante expédition. Marcien fut nommé général. Claude , commandant des troupes étrangères et des Goths qui servoient à la solde de l'empire , eut ordre de venir joindre l'armée.
Tout étant prêt pour le départ , l'empereur envoya dire à Théodoric l'Amale qu'il étoit temps de marcher à l'ennemi, et de remplir les obligations que lui imposoient les qualités de patrice, de général, de fils de l'empereur. Théodoric, qui connoissoit la faiblesse et l'inconstance de Zénon, répondit que rien ne l'arrêteroit , pourvu que Zénon lui promit avec serment que jamais il ne traiteroit avec Théodoric le Louche. Zénon jura qu'il ne s'écarteroit en rien des conventions, à moins que l'Amale ne les violât le premier. Sur cette assurance, l'Amale partit avec ses troupes, qui étoient campées auprès de Marcianople. On lui avoit donné parole qu'à l'entrée du mont Haemus il trouveroit Marcien avec dix mille hommes de pied et deux mille chevaux ; que près d'Andrinople il seroit encore joint par un corps de vingt mille fantassins et de six mille chevaux, et que , s'il en désîroit davantage, on en tireroit autant qu'il en voudroit des garnisons d'Héraclée et des antres places. Toutes ces promesses furent sans effet. Théodoric l'Amale ne trouva pas un soldat au pied du mont Haemus ni auprès d'Andrinople. Les guides qu'on lui avoit donnés , au lieu de le conduire par les chemins les plus sûrs et les plus commodes, engagèrent son armée dans des routes étroites, escarpées, bordées de précipices, jusqu'à ce qu'il fût arrivé au pied du mont Sondis. Cette montagne,
qui faisoit parlie du mont Rhodope, étoit si roide, qu'il était impossible de la franchir en présence d'un ennemi. Théodoric le Louche y étoit campé, et l'Amale fut obligé de se loger dans le vallon.
Ces deux guerriers, renfermés entre ces montagnes , ne pouvoient faire aucun mouvement sans combattre. C'étaient des escarmouches continuelles pour s'enlever mutuellement leurs chevaux , leurs troupeaux, leur fourrage. Souvent Théodoric le Louche, voltigeant autour du camp ennemi, insultait l'Ample, l'appelant un parjure , un traîtrt , un enfant imbêcille , gui ne voyoii pas que le dessein de V empereur étoit de les armer l'un contre l'autre pour les détruire tous deux , et qu'il étoit indifférent aux Romains lequel des deux vainquît l'autre , parce que le vainqueur, affoibli , ne pourroit éviter dà périr à son tour. Ne dévoient- ils pas se joindre à vous ? ajoutait-il. Ils ne vous ont envoyé que des promesses trompeuses ; ils ne vous ont laissé que la honte d'avoir trahi votre nation. Ces paroles faisoient une vive impression sur les soldats de l'Amale; ils courent à sa tente : ils s'écrient que ces reproches sont justes ; que c'est une folie de s'armer contre leurs parens pour servir des alliés perfides. Le Louche, profitant de cette première émotion, monte le lendemain sur une éminence qui commandoit le camp de l'Amale , et de là élevant sa voix : « Fils indigne du brave Théodémir (dit-il ) , pour- « quoi traînes-tu à la mort tes compatriotes ? Combien « as-tu déjà perdu de soldats ! et ceux qui te restent , à quel « état les as- tu réduits! Us sont partis chacun avec deux « ou trois chevaux; je les vois maintenant à pied, se « traînant à ta suite comme des esclaves au travers des « rochers et des précipices. Vous êtes cependant , soldats, « des hommes libres; vous êtes tans d'une race aussi « noble que la sienne. Vous viviez dans l'opulence avant « cette guerre malheureuse , et vous périssez maintenant m de faim et de misère. » Frappé de ces discours, toi.t
le camp gémit et se soulève contre l'Amale; ses soldats demandent en tumulte qu'il fasse la paix avec leurs compatriotes; s'il le refuse, ils menacent de l'abandonner. L'Amale, irrité lui-même de la perfidie des Romains, envoie proposer une entrevue à Théodoric le Louche. Les deux chefs cànfèrent ensemble sur les bords d'une rivière qui les séparoit , et conviennent de vivre en paix.
Après avoir confirmé celte réconciliation par leur serment , ils envoyèrent tous deux des députés à Constantinople. L'Amale reprochoit à Zenon de lui avoir manqué de parole, et de l'avoir réduit à la nécessité de traiter avec l'ennemi; il demandoit qu'on fournît des vivres à ses troupes jusqu'au temps de la récolte, qu'autrement elles ne pourroient subsister que de pillage. L'autre Théodoric rappeloit le traité conclu avec Léon; il en demandoit l'exécution, et les arrérages des deux mille livres d'or qu'on étoit convenu de lui payer tous les ans. On ne dit pas ce qui fut répondu aux députés de Théodoric le Louche ; Zénon répondit à ceux de l'Amale , en rejetant sur leur maître le reproche d'infidélité, que les généraux romains étoient en marche pour le joindre , lorsqu'ils avoient appris qu'il trahissoit l'empire et qu'il se réunissoit avec l'ennemi. S'il vouloit abandonner son nouvel allié, on lui promettoit sur-le-champ mille livres d'or, dix mille livres d'a/gent, et une pension annuelle de dix mille pièces d'or, qui font près de cent quarante mille francs de notre monnoie; on lui offroit en mariage Julienne, fille d'OlyKe, qui avoit été empereur d'Occident , ou telle autre Romaine qu'il voudroit choisir dans les maisons les plus illustres. D'ailleurs Zénon traita avec assez de mépris les députés de l'Amale, quoique ce fussent des officiers d'un rang distingué. Il lui envoya de son côté Philoxène et Julien pour l'engager à rompre avec l'autre Théodoric.
Leurs efforts furent inutiles. L'Amale persista dans
la foi qu'il avoit jurée, et celte nouvelle répandit l'alarme dans Constantinople. L'up des deux Théodorics avoit été. jusqu'alors un ennemi redoutable; comment pourroit-on résister à leurs forces réunies ? Dans ce découragement général , Zenon pubjpa qu'il alloit marcher lui-même à la tête de ses troupes, et partager avec elles tous les périls de la guerre. Il n'en fallut pas davantage pour relever les courages abattus. Chaque soldat brûloit d'ardeur de se signaler sous les yeux de son souverain. Ceux qui auparavant achetoient de leurs avares généraux la dispense du service militaire s empressoient alors de s'enrôler. Déjà les partis des deux Théodorics étendoient leurs pillages jusqu'à la Propontide ; un détachement de l'armée romaine surprit et fît prisonniers les coureurs de Théodoric le Louche. Une cohorte de Théodoricl'Amaie s'étant avancée jusqu'à la longue muraille qui fermoit la Chersonèse , fut taillée en pièces. Mais la suite ne répondit pas à ces heureux commence meus. Zenon se replongea bientôt dans sa mollesse naturelle , et renonça au dessein de se mettre en campagne. Peu s'en fallut que cette lâcheté ne lui coûtât la couronne et la vie ; les soldats, indignés, s'attroupoient ; tout le camp qui étoit aux portes de Constantinople retenlissoit de murmures. Pourquoi, disoient-ils, aussi lâches que votre empereur, souffrons-nous l'avilissement du nom romain? Pourquoi, ayant les armes à la main, laissons-nous tomber et expirer dans V ignominie les forces de l'état ? La révolte alloit éclater , et se seroit sans doute communiquée au peuple de la ville, si Zénon, par l'avis de Marcien, ne se fût hâté de congédier l'armée , sous le prétexte que la paix étoit faite.
C'étoit en effet l'unique ressource qui restât à Zénon. Mû Comme il avoit trouvé l'Amale inflexible, il s'adressa 9U à Théodoric le Louche , qui, sans s'embarrasser de son allié, fit en cette occasion la loi à l'emperear. La paix fut conclue avec lui , à condition qu'on lui entretien-
droit une armée de treize mille hommes , tels qu'il les voudroit choisir ; qu'il auroitle commandement de deux compagnies de la garde impériale , et une des deux charges de général des troupes du palais ; qu'on lui rendront tous les titres etftoutes les dignités qu'il avoit reçus de Basilisque; que les cnfans d'Àspar, s'il eo restoit, rentreroient en possession de leurs biens, et pourroient habiter en sûreté dans la ville qu'il plairoit à Zenon de leur assigner pour demeure. En conséquence de ce traité, Zénon dépouilla l'Amale de la charge de général pour en revêtir Théodoric le Louche, auquel il envoya aussi de l'argent pour le distribuer à ses soldats.
Cet accommodement piqua Théodoric l'Amale d'une furieuse jalousie. Il étoit encore indigné qu'un allié dont on n'avoit pu le détacher par les offres les plus avantageuses eût traité séparément avec Zénon. Il résolut de faire sentir à l'empereur que la paix qu'il vetooit de faire ne pouvoit lui procurer aucun repos. Il vint donc à la tête de ses troupes dans les plaines voisines du mont Khodope, la plus belle et la plus fertile contrée de la Thrace, pillant, massacrant, détruisant par le fer et par le feu ce qu'il ne pouvoit emporter. L'autre Théodoric, apprenant ces ravages, loin de courir au secours de ses nouveaux alliés, se réjouissoit de leurs désastres, disant qu'il falloit laisser faire l'ami et le fils de l'empereur ; que la seule chose qui l'affligeoil, étoit de voir périr de pauvres laboureurs tandis que Zénon et Vérine dormoient tranquillement.
Ah. 4:9- Le mépris que Zénon s'attiroit par sa lâcheté lui susf' l' 3 » cita, au commencement de l'année suivante, un nou- Theod. lect. veau rival dans la personne de Marcien. Ce général étoit Maïc.p. 86, filsd'Ànthémius, qui avoit régnf en Occident. Sa mère *~Candid E«phémie étoit fille de l'empereur Marcien , dont il por- 19, 20. toit le nom. Il avoit épousé Léoncie, seconde fille de Theoph.p. jJ^Qn ^ et ce marîagC fondoit les prétentions qu'il avoit
à l'empire. Léoncie étant née lorsque Léon étoit déjà Proc. Are. sur lé trône , Marcîen , quoique naturellement doux et c'sJid. vocé tranquille, se laissa persuader que la couronne lui ap- iu^**^* tos. partenoit à meilleur droit qu'à Zénon , qui n'y étoit parvenu que par son mariage avec Ariadne, née avant que Léon fût empereur : prétention aussi ancienne que frivole, et renouvelée toutes les fois que l'ambition de . régner n'a eu besoin que d'un prétexte. Ses frères Procope et Romule entrèrent dans le complot, qui fut conduit avec beaucoup de secret. Marcien étoit aimé des gens de guerre : il en gagna un grand nombre. Ce qui restoit de partisans de Basil isque se joignit à lui ; et, au jour marqué , les conjurés s'étant rendus en armes dans une place de Constantinople, il se mit à leur tête et marcha vers le palais. Au premier bruit de cette émeute. Mus, maître des offices, assembla promptement toutes les troupes de la garde , et vint à la rencontre des révoltés. Il y eut un combat dans lequel Mus fut repoussé avec un grand carnage, et obligé de se renfermer dans le palais. Marcien l'y assiégea ; et s'il eût profité de l'ardeur de ses soldats, il étoit maître du palais et de l'empire. Mus étoit prêt à se rendre, et il ne fut retenu que par un philosophe païen, nommé Pamprépius, qu'il ccoutoit comme un grand prophète , et qui l'assura que le ciel se déclaroit pour Zénon. La nuit étant survenue, Marcien, qui secroyoit déjà empereur, remit l'attaque an lendemain ; et pendant qu'il passoit le temps à boire et à dormir, Mus lui débaucha par argent une grande partie de ses soldats. Ses deux frères , aussi imprudens que lui, furent pris cette nuit même dans les thermes de Zeuxippe, où ils se baignoient. Le lendemain Mus, étant sorti , battit à son tour Marcien , qui , se voyant abandonné , s'enfuit dans l'église des Apôtres. Zénon , qui affectait encore un caractère de clémence, le fit ordonner prêtre par le patriarche, et l'envoya sous bonne garde à Césarée en Cappadoce. Peu de temps après ,
Marcien, s'étaut évadé, et excitant de nouveaux troubles en Galatie , fut pris dans un monastère où il s'étoit caché, conduit à Tarse, et enfermé avec sa femme Léonlie dans le château de Papyre en Isaurie , où il finit ses jours. Procope et Romule s'échappèrent des mains d'il— lus, et se réfugièrent auprès de Théodoric le Louche. Après la mort de ce prince , ils se retirèrent à Rome. On ne sait duquel des trois frères étoit fils Zéoon qui vivoit du temps de Justinien , et qui mourut sans enfans peu de temps après avoir été nommé préfet d'Egypte. Ce fut en sa personne que s'éteignit la postérité de l'empereur Marcien , et celle d'Anthémius.
Maic.p.[&G. Théodoric le Louche n'avoit fait la paix qu'en atten-
uMurcsU chr. * ■
dant une occasion favorable de recommencer la guerre. Dès qu'il apprit la révolte de Marcien, il assembla des troupes , comme pour venir au secours de l'empereur. 11 croyoit trouver Constant inople divisée au-dedans par la goerre civile, et sans défense contre les ennemis du dehors. Il se flattoit même d'être reçu à bras ouverts par le peuple, qui détestoitles Isanres,dont Zenon avoit rempli la ville. L'empereur , qui pénétroit ses intentions , alarmé de ce nouveau péril , lui dépêcha un courrier pour le remercier de -sa bonne volonté, et pour lui dire que, la révolte étant étouffée, il n'avoit plus besoin de son secours; et que, dans l'agitation où les esprits étoient encore, la vue d'une armée étrangère ne seroit capable que d'y exciter de nouveaux troubles.' Théodoric répondit que ses troupes étoient trop fatiguées pour retourner sur leurs pas sans avoir pris quelques jours de repos, et il continua sa marche jusqu'au promontoire d'Anaple sur le Bosphore, à quatre milles de Constantin nople. Zenon, dont la frayeur croissoit â mesure qu'il voyoit approcher cet allié formidable, força son avarice pour satisfaire celle de Théodoric et des Goths. Il fit partir Pélage le silentiaire, officier fidèle et intelligent, qui, à force d'argent et de promesses , vint à bout d'en-
gager les Goths à s'en retourner, et délivra la ville d'un grand danger. L'entrée de Théodoric y auroit infailliblement allumé une guerre sanglante. Les Isaures étoient bien résolus de disputer opiniâtrément le terrain ; ils avoient même déjà préparé de longues perches garnies détoupes soufrées, et d'autres matières inflammables ,v» à dessein de mettre le feu aux édifices, s'ils étoient forcés d'abandonner la ville.
Les Goths tenoient Zenon dans de perpétuelles in- Malc^p.**, quiétudes. Les deux Théodorics , l'un allié perfide, l'an- / 9' Ire ennemi déclaré, étoient pareillement à craindre. S'ils eussent agi de concert, c'en étoit fait de l'empire ; mais, par une soçiede fatalité, ils se servoient mutuellement de contre-poids; et , balançant leurs forces , attachés tour à tour et opposés à Zenon, ils se jouoient également de la foiblesse de ce prince. Pendant que Théodoric le Louche, chargé des présens de l'empereur, se rctiroit dans ses états , Théodoric l'Amale ravageoit la Macédoine. Il pilla Stobes, une des principales villes de cette province, et fit passer la garnison au fil de l'épée. Comme il approchoit de Thessalonique, les habitans, qui ne recevoient aucun secours de l'empereur, s'imaginant que Zénon lui-même les trahissoit , se soulevèrent, abattirent ses statues, coururent à la maison du gouverneur pour y mettre le feu, et l'auroient brûlé ou massacré, si les ecclésiastiques et les magistrats ne l'eussent sauvé des mains de ces furieux en le faisant sortir de la ville , blessé de plusieurs coups. On eut beaucoup de peine à calmer cette fougue populaire ; les habitans se déterminèrent enfin à se mettre en défense; ils confièrent les clefs de Thessalonique à leur évêque , et se donnèrent un chef.
Zénon , informé de cette émeute , prit le part i de traiter avec l'Amale.Il lui députa Artémidore,et Phocas,qui avoit en même temps le titre de général et celui de secrétaire du prince. Ces envoyés rappelèrent à Théodoric les bien-
"à HISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
faits de Zenon; ils lui reprochèrent son ingratitude à l'égard de ce prince, qu'ils tâchèrent de justifier; ils l'exhortèrent à suspendre les hostilités et à députer à la cour, lui faisant espérer qu'il obtiendrait toute justice. Théodoric se laissa persuader; il envoya avec eux des députés, et défendit à ses troupes d'employer leTer ni le feu ; mais, comme il ne pouvoit subsister qu'aux dépens des campagnes, il en exigea des contributions. S'étant éloigné de Thessalonique, il alla camper aux portes d'Héraclée , surnommée Sintique , près du fleuve Strymon. L'évêque racheta la contrée du pillage en s'obligeant à nourrir l'armée de Théodoric. Les envoyés, de retour à Constantinople, firent sentir à Zenon qu'il n'avoit point de temps à perdre, et que Théodoric ne pourvoit long-temps contenir des barbares avides de butin. Sur cet avis, l'empereur fit partir le patrice Adamance, qui avoit été préfet de Constantinople ; et , pour lui donner encore plus de considération , Zénon le revêtit des honneurs du consulat , mais sans lui conférer cette charge. 11 lui donna ordre d'offrir à Théodoric, en toute propriété, Pautalie et son territoire. Cette place étoit située sur la frontière de l'Illyrie et de la Thrace ; et , selon la politique de Zénon , l'Amale , dans cette position , pouvoit servir les Romains, mais ne pouvoit leur nuire : il auroit tenu en échec Théodoric le Louche , et n'auroit pu remuer lui-même sans s'attirer sur les bras les troupes de l'Illyrie et celles de la Thrace , qui se seroient réunies pour l'écraser. Comme Zénon prévoyoît que l'Amale demanderait pour cette année des subsistances, les terres n'ayant pas été ensemencées, il mit entre les mains d'Adamance deux cents livres d'or, avec ordre de les remettre au préfet d'Illyrie , qui auroit soin de faire transporter des vivres à Pautalie. Adamance partit et s'arrêta à Thessalonique pour y rétablir le bon ordre. Maie. p. 80 , Cependant Théodoric , campé près d'Héraclée , conçut le dessein de s'emparer de Dyrrachium, capitale de la
nouvelle Epire, aujourd'hui Durazzo , en Albanie. C'était un port commode sur le golfe Adriatique ; et la possession de cette place lui ouvroit la conquête de l'Epire entière. Sidimont , de la nation des Goths et de la race des Amales, s'étoit marié dans ce pays, et possédoit de • grandes terres dans le voisinage de cet te ville. Commeil recevoit une pension de l'empereur , et qu'il étoit cousin d'Edinge, comte des domestiques, et favori de Vérine, on le croyoit très-attaché an service de l'empire. Ce fut à lui que s'adressa Théodoric : il le conjuroit , au nom de leurs communs ancêtres, de trouver un moyen de le mettre en possession de Dyrrachium et de l'Epire, où il pourroit enfin se reposer de tant de courses et de fatigues. Sidimont, préférant l'intérêt d'un parent à celui des Romains, se mit en devoir de le satisfaire. Il vint à Dyrrachium , où il avoit un grand crédit, et jeta l'alarme parmi les habitans : « C'est ( disoit-il ) par bienveil- «« lance que je viens vous avertir du danger où vous êtes. « Zénon abandonne votre ville à Tnéodoric l'Amale en « toute propriété. Vous allez être traités en esclaves. Si « vous voulez sauver votre liberté et vos biens , vous « n'avez qu'un parti à prendre ; enlevez tout ce que « vous possédez , et retirez-vous dans les îles du golfe ou « dans quelque place éloignée; il en est encore temps; « mais ne tardez pas. Vous avez peut-être appris qu'A- « damance est parti de Conslantinople ; c'est pour éta- « blir ici le prince des Goths. Si vous entreprenez de « faire résistance, vous aurez à la fois pour ennemis « l'empereur et Théodoric. » La terreur qu'il inspire aux citoyens se communique à la garnison , composée de deux mille hommes , qui pouvoient défendre la ville, même dans une attaque imprévue. Tous se hâtent de partir : on eût dit qu'un ennemi vainqueur avoit le bras levé sur leurs têtes. Dyrrachium demeure déserte.
Sidimont envoya un courrier à Théodoric pour Ta-
vertir de se hâter. The'odoric ayant reçu ce message, fait dire aux habitans d'Héraclée qu'il veut bien s'éloigner d'eux; niais qu'il a besoin de vivres, et qu'ils aient à lui fournir sur-le-champ une certaine quantité de blé et de vin, s'ils ne veulent y être forcés. Les habitans, effrayés de cette menace, quittent aussitôt la ville et se renferment avec tous leurs effets dans la citadelle, qui étoit bien fortifiée ; ils répondent ensuite qu'ils ont consumé toutes leurs provisions à faire subsister les Goths, et qu'ils sont hors d'état de fournir ce qu'on leur demande. Théodoric, irrité, met le feu à la ville, et prend le chemin de la nouvelle Epire. C'étoit une route étroite et difficile, dans des gorges de montagnes, défendue de plusieurs châteaux capables d'arrêter long-temps une plus nombreuse armée. Il envoya devant lui des cavaliers pour reconnoître les passages. Ils les trouvèrent si mal gardés, et jetèrent tant d'épouvante, que l'armée qui les suivoit n'eut d'autre obstacle à surmonter que la difficulté des lieux. Les troupes de Théodoric marchoient en trois corps. Il conduisoit lui-même l'avant- garde ; Soas, son lieutenant-général, commandoit le corps da milieu; Theudimont , frère de Théodoric, l'arrièregarde. Les chariots et les bagages sui voient avec une escorte de cavaliers. Mats lorsque Théodoric vit qu'il n'étoit pas poursuivi , et qu'il n'avoit point à craindre d'être attaqué, il détacha l'escorte, et, l'ayant jointe au corps qu'il commandoit, il s'avança versLychnide, d'où il fut repoussé : c'étoit une grande ville , riche et avantageusement située entre des sources et des marais. Il auroit souhaité de s'en rendre maître, parce qu'elle avoit des magasins de blé ; mais , dans une conjoncture où le temps étoit plus précieux pour lui que tout le reste, i\ ne s'arrêta pas à l'assiéger. En passant , il s'empara de la ville de Scarpes, qu'il trouva abandonnée ; et de là étant arrivé à Dyrrachium, il s'y établit en attendant le reste de ses troupes , qu'il avoit devancées de plusieurs journées.
Cette entreprise avoit été conduite avec tant de dilî- Mate p. «a. gence, qu'Adamance étoit encore à Thessalonique lors- Mat,ceLchrqu'il apprit que Théodoric, qu'il croyoit aux portes d'Héraclée , étoit dans Dyrrachium. Il lui dépécha aussitôt un de ces courtiers de l'empereur qu'on nommoit magistriens , pour se plaindre qu'il eût, par cet acte d'hostilité, rompu le cours de la négociation. Il le sommoit de ne faire à la ville aucun dommage, de ne point toucher aux vaisseaux qui étoient dans le port, et de laisser, jusqu'à la conclusion des conférences, toutes choses dans l'état où elles se trouvoient. Il offroit de se transporter à Dyrrachinm, mais il demandoit une sûreté pour sa personne. Après ces dépêches, il partit de Thessalonique , et alla porter à Sahinien, qui étoit pour lors à Edesse en Macédoine, le brevet par lequel l'empereur le nommoit général des armées d'IHyrie. C'étoit un guerrier de grande réputation, regardé comme le seul capable de faire tête à un prince aussi brave et aussi habile que Théodoric l'Amale. Observateur exact de la discipline militaire , on le comparoit aux anciens généraux romains, et les auteurs de ce temps-là le nomment te grand Sabinien. Il envoya aussitôt des ordres à toutes les troupes dispersées dans les garnisons de llllyrie de se rassembler à Lychnide.
Déjà le courrier d'Adamance étoit revenu avec uv\ Malc P>%* ) prêtre arien pour lui donner par serment toute sûreté ' de la part de Théodoric. Adamance s'étoit rendu à Lychnide avec Sabinien : mais, ne se fiant pas assez à une parole, quoique confirmée par serment, il fit proposer au prince des Goths de le venir trouver à Lychnide, ou de l'attendre à Dyrrachinm , où il se rendroit, pourvu que Théodoric envoyât à Lychnide les capitaines Soas et Dagithée en otage. Théodoric les fit partir sur-lechamp; mais il leur ordonna de s'arrêter à Scarpes, et d'envoyer de là demander à Sabinien qu'il s'engageât par ferment à les remettre en liberté dès qu' Adaïuance
«jS HISTOIRE DU BIS-EMPIRE.
scroit de retour. Ce fut une nouvelle difficulté. SaLînîen protesta qu'il ne jureroit pas; que, conformément à l'Evangile, il s'en étoit fait une loi inviolable. En vain. Adamance lui représenta que ce préliminaire étoit indispensable , et qu'un scrupule si mal entendu alloit renverser toutes les espérances de paix; Sabinien demeura inébranlable. Dans cet embarras, Adamance résolut de risquer sa personne, mais avec autant de précaution qu'il seroit possible. 11 partit sur le soir avec deux cents cavaliers ; et , ayant pris un grand détour par des chemins impraticables, où jamais des chevaux n'avoient passé, il arriva à un château situé près de Dyrrachium,sur une hauteur escarpée et bordée d'un vallon, au fond duquel couloit un ruisseau large et profond. 11 envoya aussitôt avertir Théodoric, qui, étant sorti de Dyrrachium à la tête de ses troupes, les fit arrêter à quelque distance de la ville, et s'avança jusqu'au bord du ruisseau avec quelques cavaliers. Adamance, après avoir posté les siens au pied de la colline pour se tenir en garde contre les surprises , descendit seul dans le vallon , et pria Théodoric de faire aussi éloigner son escorte, afin qu'ils pussent s'entretenir sans témoins. Théodoric parla le premier. Il représenta qu'il vivoit en paix, résolu de servir fidèlement l'empire , lorsque Zenon tavoit appelé à son secours contre l'autre T/iéo~ doric, promettant des renforts considérables ; que , loin de lui tenir parole, il avoil tenté de le faire périr avec toute son armée en lui donnant des guides qui l'avoieni engagé dans des défilés et des précipices où sa perte étoit infaillible , si l'ennemi eût été aussi impitoyable que Zénon étoit infidèle. Ces reproches étoient justes, et Adamance n'y put faire que des réponses vagues et peu capables de satisfaire Théodoric. Il se rabattit sur les bienfaits dont Zénon l'avoit comblé; sitf la qualité de fils, qui lui imposoit la loi du respect et de l'obéissance. Il lui reprochoit comme un attentat la surprise
de Dyrrachium, dont il s'étoit emparé dans le temps même qu'on traitoit avec lui; il lui conseil loi t de ne pas abuser plus long-temps de la patience de l'empereur. « Doutez-vous (lui disoit-il ) que le Romains, qui vous « tiennent enveloppé de toutes parts, ne viennent enfin « à bout de vous accabler? Ne vous flattez pas qu'on « vous laisse le maître de ce pays, qui fait partie de « l'ancien patrimoine de l'empire. Retirez -vous en « Dardanie ; vous y trouverez des contrées fertiles qui « n'attendent que la culture. L'empereur est prêt à « vous les abandonner; la terre vous y prodiguera des « trésors qui ne vous coûteront point de sang. » Théodoric répondit qu'il acceptoit ses offres ; mais que son armée , qui commençoit h se remettre de ses Jatigues , fie pourroii consentir à entreprendre sur-le-champ un si long voyage ; qu'il falloit la laisser passer l'hiver en JEpire , ou il promettait de demeurer en repos , sans
faire ni ravags ni nouvelle entreprise ; qu'au commencement du printemps il pr endroit la route de la Dardanie avec les commissaires que l'empereur lui enverroit pour l'en mettre en possession. Il ajouta que , si c'éloit la volonté de l'empereur , il déposeroit dans telle ville que Zenon voudroit indiquer tous les bagages et tous les Goths hors d'état de combattre, et qu'il donneroii en otage sa mère et sa sœur pour répondre de ses promesses. Ce qu'il promettoit étoit d'entrer en Thrace avec six mille de ses meilleurs soldats, et de se joindre à l'armée de l'empire pour exterminer ce qu'il y avoit de Goths dans cette province. En récompense de ce service, il demandoit qu'on lui rendît la charge de général dont on l'a voit dépouillé pour en revêtir Théodoric le Louche, et qu'il lui fut permis de venir à la cour, et d'y vivre à la romaine. Il oflroit encore d'entrer en Dalmatie, si l'empereur le jugeoit à propos, et d'en chasser Népos , qui prétendoit y exercer les droits
. de la souveraineté. Âdamance lui répondit qu'il n'étoil
autorisé à rien conclure avec lui tant que les Goths resteroient en Epire ; qu'il alloit informer V empereur de ses propositions , et qu'il attendroit a Lychnide la réponse du prince. La conférence s étant ainsi terminée , ils se séparèrent.
\falc p.H± , Mais comme Théodoric avoit rompu la première ne'- Marc, chr. gociation en s'emparaut de Dyrrachium, Sabinien rendit la seconde inutile par la défaite d'une partie des Goths. Les troupes auxquelles il avoit donné rendezvous à Lychnide étoient assemblées lorsqu'on vint l'avertir qu'un corps considérable de Goths, suivi de 'chariots et d'équipages, traversoit la Candavie, près de Lychnide. La Candavie est cette chaîne de montagnes qui s'étendent par le travers de la Macédoine , depuis Dyrrachium jusqu'au golfe de Therme, sur la mer Egée. Ces Goths faisoient l'arrière-garde de Théodoric, commandée par son frère Theudimont. Ils étoient restés bien loin derrière, parce qu'étant chargés de bagage dans des chemins presque impraticables , ils ne marchoient qu'à petites journées. Sabinien envoya ses gens de pied faire le tour de la montagne, après les avoir avertis du lieu où ils dévoient s'embusquer. Il retint avec lui les cavaliers , et , partant à l'entrée de la nuit , il atteignit au point du jour les ennemis, qui étoient en marche, et fondil sur eux Theudimont , surpris de cette attaque imprévue, n'eut rien de plus pressé que de sauver sa mère, dont il étoit accompagné; et, ayant mis entre les Romains et lui un fossé profond et large, il fit rompre le pont sur lequel il l'avoit passé. La plupart de ses soldats, qui n'avoient pu passer avec lui ,se voyant enfermés entre le fossé et l'ennemi , se jetèrent d'abord en désespérés sur la cavalerie romaine , qui les serroit de près ; mais , lorsqu'ils aperçurent l'infanterie quidescendoitde la moutagne pwir venir tomber sur eux , ils perdirent courage , et se laissèrent égorger sans résistance. Sabinien se trouva maître de deux mille chariots, d'un grand butin et de
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plus de cinq mille prisonniers. Après avoir brûlé une partie des chariots, qu'il étoit difficile de conduire au travers de ces montagnes, il revint à Lychnide, où il trouva Adamance de retour. Il fit mettre aux fers les prisonniers les plus distingués, et distribua les autres aux soldats , ainsi que le butin. Il avoit demandé aux villes du voisinage une certaine quantité de chariots pour l'usage de l'armée; il les dispensa de cette contribution. Adamance manda à l'empereur ce qui s'étoit passé dans la conférence. Sabinien , de son côté, lui rendit compte de sa victoire , et lui conseilla de ne point faire de paix avec le barbare, qu'il espéroit chasser du pays, ou faire périr avec ses troupes. Zénon suivit ce conseil, et envoya ordre à Adamance de revenir à Constantiuople , et de dire de sa part à Sabinien et à Genton que tout accord étoit rompu avec Théodoric , et qu'ils eussent à lui faire la guerre sans aucun ménagement. Genton étoit un Goth fort puissant en cette contrée , et dévoué au service des Romains. Adamance donna de grands éloges aux soldats , et leur promit de la part de l'empereur des récompenses dignes de leur courage. Il partit ensuite au milieu des acclamations de l'armée. Sabinien, pendant cette \ année et la suivante , continua la guerre contre Théodoric; mais il avoit affaire à un guerrier infatigable, qui joignoit à l'activité et à l'audace de la jeunesse la prudence et l'habileté de l'âge avancé. Il ne put lui arracher sa proie en le chassant de Dyrrachium ; mais il l'empêcha d'étendre ses conquêtes , et mourut en 481 , avec la gloire d'avoir sauvé la Grèce et relevé l'honneur de l'empire.
Lia mort de Genséric avoit délivré Zénon d'une grande An. 480. inquiétude. Hunéric ne paroissoit occupé qu'à vexer ses ^ict.vit. I. sujets et à se livrer à ses plaisirs. Cependant, comme àalc. p. 95, Genséric s'étoit toujours réservé des prétextes de guerres ^aronlus pour les faire valoir dans l'occasion, Zénon craignoit Till.vicdê
«S. Eugène , ,*i a. • ♦
art. 2oî a;. qu » ne prît en vie a son successeur de troubler le repos de l'empire. Genséric avoit toujours prétendu que Léon s'étoit emparé des biens de Placidie , qui dévoient appartenir à Hunéric en vertu de son mariage avec Euddfcie , fille de Placidie et de Valentinien. De plus, il n'avoit cessé de demander des dédommagemens pour des vaisseaux de Carthage saisis pendant la guerre. Pour ne laisser subsister aucun sujet de rupture, Zénon envoya en 480 une ambassade à Hunéric. Il choisit pour cette commission Alexandre, intendant de Placidie , veuve d'OIybre, et sœur d'Eudoxie, parce que cette princesse avoit conservé du crédit auprès du roi des Vandales son beaufrère. Alexandre trouva Hunéric disposé à entretenir la paix, et revint à Constantinople avec des ambassadeurs de ce prince, chargés d'assurer l'empereur qu Hunéric vouloil contracter avec lui une amitié inviolable; qu 'il renonçoit pour toujours h toutes les prétentions de son père; qu'il ressentoil vivement le traitement honorable que l'empereur faisoit h sa belle-sœur , et qu'il ne perdroit aucune occasion d'en marquer sa reconnaissance. Zénon renvoya ces ambassadeurs chargés de présens ; et , pour récompenser Alexandre d'une si heureuse négociation , il le fit intendant de son domaine. Alexandre avoit , obtenu d'Hunéric qu'il permettrait d'élire un évêque à Carthage, dont le siège étoit vacant depuis vingt-quatre ans. Mais cette consolation accordée aux catholiques ne fut pas de longue durée; ils virent bientôt chasser leurs évêques , et ils essuyèrent une persécution plus cruelle que celle de Genséric. Ce fut en vain que , pour adoucir la barbarie d'Hunéric, Zénon , à la prière du pape Félix, lui députa Vrane en 484. Non-seulement Vrane ne put rien obtenir, mais même Hunéric fit border d'échafauds, de chevalets et de bourreaux les rues par où le député romain devoit se rendre au palais, afin qu'il fût témoin lui-même des horribles supplices de ceux pour lesquels
il venoit demander grâce. Ces cruautés ne se terminèrent qu'à la mort de ce méchant prince , qui , cette année même , expira rongé de vers.
On peut , selon quelques auteurs , rapporter à Tan 480 j^'h1*' un grand tremblement de terre, que d'autres historiens 108. P P' placent plus tôt ou plus tard. Il arriva le 24 ou 25 de f^^352' septembre. Il ne s'étendit pas beaucoup dans la ville de Chron.AUx. Constantinople ; mais il fut violent , et dura quarante lni£2uia*7p . jours à diverses reprises. Deux portiques, quelques églises, 35, et grand nombre de maisons écrasèrent sous leurs ruines beaucoup d'habitans. La statue du grand Théodose , posée sur une colonne dans la place de Taurus , fut abattue ; un pan des murailles de la ville s'écroula. Ce tremblement infecta l'air d'une odeur qui se fit sentir durant plusieurs jours. Nicomédie et Hélénopolis en Bithynie ayant éprouvé le même malheur , Zénon fit de grandes largesses pour réparer les dommages que ces deux villes avoient soufferts.
L'empereur ne pouvoit être tranquille tant qu'il voyoit A*' 4S| • en ThraceThéodoric le Louche , toujours ennemi dans le gj^f * cœur , toujours prêt à profiter des désordres de l'empire. Procope et Romule , frères de Marcien , qui s'étoient réfugiés auprès de ce prince, donnoient de l'inquiétude à Zénon. Il les fit demander à Théodoric , qui répondit qu'il ne désiroit rien tant que de satisfaire l'empereur ; mais que les Goths , ainsi que toutes les nations du monde , se croiroient coupables d'une lâcheté criminelle s'ils livroient à la mort ceux quiétoient venus chercher un asile entre leurs bras : que Procope et Romule êtoient bien résolus de n'offenser personne, à moins que l'empereur ne se tînt offensé de voir vivre des malheureux. Cette, réponse irrita Zénon. Il apprit en même temps que Théodoric se préparoit sourdement à la guerre. Afin de sfessurer des intentions de ce prince , il lui envoya des députés pour lui dire que l'empereur vouloit bien lui abandonner par un traité perpétuel et irrévocable
tout le pays dont il s'était emparé , à condition qu'il n' entretiendrait plus de troupes , qu'il feroit serment de fidélité à l'empire , dont il se reconnoîtroit le vassal , et que, pour assurance de sa sincérité, il donneroit son fils en otage. Théodoric répondit que se laisser désarmer, ce seroit se trahir lui-même ; qu'il ne pouvoit faire subsister ses soldats que par la guerre , et que V incertitude des combats ne f effrayait point ; que cependant , si V empereur s'engageoit à lui fournir l'entretien de ses troupes, il promettoit de ne point commencer les hostilités, et qu'il éioit prêt à mettre son fils entre les mains de Zénon , comme un gage de sa bonne foi. Il envoya aussi de sa part des députés à l'empereur , pour lui protester qu'il ne demandoit qu'à vivre en repos, sans former aucune entreprise : il le prioit de réfléchir sur la différence qu'on devoit mettre entre lui et Théodoric l'Amale , et de considérer lequel des deux avoit fait plus de mal à l'empire : que, pour lui, quoiqu'il fût beaucoup plus en état de nuire , il avoit toujours ménagé les Romains , dans le temps même qu'il étoit forcé de leur faire la guerre.
La jalousie que Théodoric le Louche faisoit paroître contre l'Amale venoit de ce que celui-ci étoit en termes d'accommodement avec les Romains. Sabinien étoit mort ; mais il avoit assez vécu pour faire sentir à Théodoric l'Amale qu'il lui étoit impossible de résister longtemps aux forces romaines; et qu'il succomberoit enfin à une puissance si supérieure. Ces réflexions l'a voient déterminé à renouer la négociation. Il consentoit à sortir de Dyrrachium ; mais il demandoit un autre établissement, de l'argent et des vivres. Zénon , qui craignoit la * guerre, auroit bien voulu satisfaire les deux Théodorics. Il consulta le sénat , qui lui représenta que les revenus publics ne pouvoient suffire à rassasiêr l'avidité des deux princes ; qu'à la vérité ses sujets avaient jusqu'alors porté avec zèle le fardeau des contributions ; mais, qu'étant épuisés K il ne pouvoient qu'à peine sou-
tenir V entretien des troupes de l'empire ; que cependant ils feroient un effort pour fournir de quoi contenter Vun des deux Théodorics ; que c'était h l'empereur à décider qui des deux méritait la préférence. Sur celte réponse, Zenon , ayant assemblé dans le palais les officiers de ses gardes et ceux des autres corps de troupes qui se trouvoient à Constantinople , leur exposa ses sujets de plainte contre Théodoric le Louche. « Ce barbare, ingrat « et cruel (ajouta-t-il), héritier de tonte la haine que ses « ancêtres ont portée au nom romain , ne cesse de ravager « la Thrace; il fait couper les mains aux prisonniers; « il détruit les laboureurs et ruine la culture des terres; « il a été le principal auteur de la révolte de Basilisque; « il m'a voulu engager moi-même à congédier toutes les « troupes romaines pour ne prendre à mon service que « des Goths ; l'ambition de ce fourbe est de se faire nom- « mer seul général pour se rendre maître des forces de « l'empire et les anéantir. Je vous ai convoqués pour sa- « voir votre sentiment sur le parti que je dois prendre; « je sais qu'un prince ne peut trouver de meilleur con- « seil que dans le zèle et l'expérience de ses officiers. » A la vivacité de ces paroles les officiers sentirent ce qu'ils avoient à répondre. Ils s'écrièrent tout d'une voix qu'il falloit traiter en ennemi Théodoric le Louche et tous ceux qui le favorisoient. Zénon toutefois ne se pressa pas de rendre réponse aux députés de ce prince ; il vouloit auparavant s'assurer du succès de la négociation avec Théodoric TAmale.
Dans cet intervalle on découvrit une correspondance que Théodoric le Louche entretenoit à Constantinople. Anthime , médecin , Marcellin et Etienne l'avertissoient de tout ce qui se passoit à la cour. Pour l'encourager davantage, ils lui envoyoient même de fausses lettres, qu'ils supposoient être des principaux officiers , qui i'exhortoient à marcher au plus tôt vers Constantinople , où il trouveroit. quantité d'amis prêts à se joindre à lui. Ces
86 HISTOIRE DU B A S-EMf ! R E.
lettres ayant été interceptées, les coupables furent mis entre les mains d'illus, maître des offices, qui, assisté de trois sénateurs, instruisit leur procès. On se contenta de les condamner à être frappés de verges et bannis à perpétuité : Zénon se faisait encore un honneur de ne point prononcer d'arrêt de mort.
Marcel. chr. Un accident imprévu tira Zénon d'embarras , et ren- Evag. l.s , versa tous jes projets deThéodoric le Louche. C'étoit la Theoph. p. coutume des Goths de suspendre devant la tente du gé- Jork.de mb. néral une javeline à deux fers, les deux pointes vers la get. c*;,et terre à la hauteur de cinq ou six pieds. Théodoric , vou-
de regn.suc- ' ^ r
cm. lant s exercer, se nt amener son cheval, et ayant saute
dessus avec son impatience naturelle, avant qu'il fût affermi sur la selle , le cheval , qui étoit fougueux , se dressa sur les pieds de derrière , et le porta sous la javeline, où Théodoric s'agitant violemment se perça les flancs. Il mourut de cette blessure peu de jours après. Zénon , délivré d'un si dangereux ennemi , devint moins attentif à ménager Théodoric PAmale , que nous nommerons désormais du seul nom de Théodoric. La négociation fut rompue, et le roi des Goths, auquel, selon les apparences , se donnèrent les troupes de l'autre Théodoric, vint ravager la Macédoine et la Thessalie, où il saccagea la ville de Larisse , qui en étoit la capitale. L'empereur prit enfin le parti de l'apaiser à force de bienfaits. Il le déclara général des milices de la cour et préfet de Thrace. L'ayant engagé à venir à Constantinople, il lui fit dresser une statue équestre devant le palais, et le désigna consul pour l'année 4&4- En échange de Dyrrachium , que Théodoric rendit à l'empereur , Zénon lui céda en propriété une partie de la Dace inférieure et de la basse Moesie, où le roi des Goths établit sa résidence dans la ville de Noves, A*. 48a. La paix étoit rendue à l'empire ; mais la foiblesse et libérât c ^6norance de l'empereur , qui prétendoit décider en
17, »«, ' souverain des dogmes de la foi, excitoient de grands
troubles dans l'église d'Orient. Nous allons reunir ici Tkeodt lectt en peu de mots ce qui se passa sur ce sujet jusqu'à la fin de son règne. Comme nous faisons l'histoire de l'em- cE^êt'sl/. pire, et uon pas celle de l'Eglise, notre dessein , dans tout Theoph.p. cet ouvrage, est de ne toucher les matières ecclésiastiques n3 \ \\\\ qu'autant qu'elles ont eu d'influence sur les affaires de "clndid. /». l'état. L'ambition d'Acace, évêqne de Constantinople , >9;.
- i . - * * ict. 1 un.
tut la première source de tous ces maux. Ce prélat, vou- Ana&u p. lant faire valoir les nouvelles prétentions de son siège cedi7p.$M. malgré l'opposition de Rome , se détacha des papes , Jft<*lei<* > P' qu'il avoit auparavant respectés comme chefs de l'Eglise B^onius. universelle , et s appuya de deux hérétiques turbulens et f^jf* a' audacieux, qu'il avoit lui-même condamnés. Nous par- D^nsi ad courrons d'abord tout de suite et sans interruption les tul vie désordres que Pierre le Foulon excita dans Antioche ; et ^Acfcf^vU
1 7 1 7 et suw*
nous parlerons ensuite de ceux dont Pierre Mongus Fleuty , l. remplit la ville d'Alexandrie , et dont les suites furent 2? *r/" aV, encore plus durables et plus pernicieuses. €t
Etienne , évêque d'Antioche , étant mort trois ans oriens après son élection , eut pour successeur un autre Etienne, cAm^•/,•7aC• qui , après un an d'épiscopat , fut assassiné dans une église par les partisans de Pierre le Foulon. Les meurtriers furent punis par ordre de l'empereur , qui fit élire un évêque pour Antioche. Cette élection se fit à Constantinople , à cause des troubles dont Antioche étoit agitée. Calendion fut sacré par le patriarche Acace, et gouverna son église pendant quatre ans, après lesquels Acace fit rappeler Pierre le Foulon, et le rétablit sur le siège épiscopal. Calendion fut relégué dans l'Oasis. On l'accusoit d'avoir favorisé ïllus , dont nous raconterons bientôt la rébellion. Mais son véritable crime étoit de vivre en communion avec le pape , dont Acace s'étoit déclaré l'ennemi. Pierre le Foulon , ayant gagné à force (l'argent la faveur du prince et des courtisans , leva l'étendard contre le concile de Chalcédoine. Il s'associa de sentimens avec Pierre Mongus, et se porta aux dernières
violences, chassant, proscrivant, massacrant ceux qui refusoient de communiquer avec lui. Il soutint, et fit évêque d Hiérapolis Xénaïas, esclave perse, manichéen, qui n'avoit pas même reçu le baptême, et qui brisoit les images : digne précurseur des iconoclastes. Le Foulon mourut en 488, frappé des anathèmes de l'église de Rome. Il eut Pallade pour successeur de sa dignité et de ses erreurs.
Alexandrie n'étoit pas dans un état moins déplorable. La mort de Timothée Solofaciole jeta cette église dans un désordre qui dura plus de cinquante ans, et dont on peut dire que les effets funestes subsistent encore. Ce prélat, sentant que sa fin approchoit , écrivit à l'empereur, et lui envoya Jean Talaïa, prêtre respecté pour sa science et sa vertu. Timothée prioit Zenon de faire en sorte qu'on lui donnât un successeur catholique. L'empereur accorda une si juste demande; il combla de louanges Talaïa dans une lettre qu'il écrivit au clergé d'Alexandrie ; et ces éloges, joints au mérite de Talaïa , déterminèrent les suffrages en sa favenr. Il fut canoniqnement élu après la mort de Timothée. Mais Acace, qui tournoit à son gré l'esprit de l'empereur, détruisit bientôt les favorables dispositions de ce prince. Ce patriarche étoit irrité contre Talaïa, parce que, n'ayant pas reçu de lui de lettres synodales, selon l'usage, il s'en croyoit méprisé. Il n'y avoit cependant d'autre faute de la part de Talaïa que d'avoir adressé à Illus, son ami, les lettres qu'il écrivoit à l'empereur et au patriarche après son installation. Lecourrier qu'il euvoyoit, n'ayant plus trouvé Illus à Constantinople, alla lui porter ces lettres à Antioche, et la révolte d'Illus fut cause qu'elles ne furent pas rendues. Ce fut assez pour porter un prélat hautain et vindicatif à ruiner Talaïa. Acace n'eut pas de peine à persuader à l'empereur que cet évêque t entièrement dévoué au perfide Illus, n'étoit entré dans J épiscopat que par brigue et par cabale; que, dans les
divisions qui partageoient Alexandrie , il falloit sur ce siège un esprit souple et insinuant ; et que Pierre Mongus étoit plus propre que tout autre à ramener la concorde. Zenon en écrivit au pape Simplicius, qui répondit avec fermeté qu'il ne consentiroit jamais au rétablissement de Mongus , hérétique déclaré, et tout-à-fait indigne de l'episcopat.
Zenon, offensé de ce refus, passa outre, et pour préparer les voies à Mongus, il publia le fameux édit appelé Vhénotique, c'est-à-dire Vèdit d'union, par lequel il prétendoit ramener tous les Orientaux à la même croyance. Ses flatteurs lui persuadoient qu'il devoit être l'arbitre de la foi , et qu'il en sa voit plus que tous les prélats. L édit étoit adressé aux évêques, aux ecclésiastiques, aux moines, et aux peuples d'Alexandrie , d'Egypte, de Libye, et de la Pentapole cyrénaïque. L'empereur y déclaroit qu'il ne falloit admettre d'autre symbole que celui de Nicée; il anathématisoit Nestoriuset Eutychès, mais il ne parloit du concile de Chalcédoine que pour prononcer ana thème contre tous ceux qui , soit dans ce concile, soit dans tout autre, auroient avancé des opinions contraires au formulaire de foi qu'il proposoit. Ce formulaire, à la vérité, ne contenoit rien que de conforme aux dogmes catholiques: Zénon exhortoit tous les fidèles à se réunir dans le sein de l'Eglise; il leur proraettoit la faveur de Dieu et la bienveillance du prince. Cet édit, composé sans doute par Acace, fit beaucoup de bruit. Presque tous les orthodoxes le rejetèrent , parce qu'il sembloit attribuer des erreurs au concile de Chalcédoine, et que d'ailleurs il n'appartenoit pas à un empereur de faire des définitions de foi. Cependant Zénon protest oit dans une lettre au pape Félix, successeur de Simplicius, qu'il étoit inviolahlement attachéaux dogmes approuvés par le concile de Chalcédoine; il ne souffroit f pas qu'on les condamnât publiquement ; mais en même temps il laissoit impunis tous les attentats contre la foi
de ce concile; il en protégeoit même les plus violens adversaires, Pierre le Foulon et Pierre Mongus. Ce fut à cause de cet édit que le nom de ce prince fut , après sa mort, effacé des diptyques, du consentement de toute l'Eglise, lorsque la paix fut rétablie entre les évêques d'Orient et ceux d'Occident, sous le règne de Justin. Toutefois l'Eglise n'a jamais directement condamné l'hénotique de Zenon. Pergamius, qui commandoit en Egypte, et Apollonius, gouverneur de la province, furent chargés de chasser Ta laïa, de rétablir Mongus, et de faire souscrire l'édit de l'empereur. Ta laïa a voit déjà pris la fuite. Il se réfugia d'abord à Antioche , auprès d'IUus, et de là en Italie, où le pape Félix, après avoir fait de vains efforts pour le remettre en possession de son église, lui conféra l'évêché de Noie en Campanie. Mongus fut le premier à souscrire l'hénotique ; il fit plus , il prononça publiquement anathème contre le concile de Ghalcédoine; le corps de Timothée Solofaciole fut déterré par son ordre, et jeté hors de la ville, dans un lieu désert. Aussi fourbe que violent et emporté, lorsqu'Acace, indigné de ces attentats, lui eut envoyé des exprès pour s'informer de la vérité, il nia hardiment les faits; il écrivit d'une part à Zénon, au pape et au patriarche Acace, qu'il recevoit avec respect le concile de Chalcédoine;et de l'autre il mandoit à Pierre le Foulon, et aux autres prélats hérétiques , qu'il le rejetoit absolument.
L'édit d'union fut une féconde semence de division et de discorde. On en vit naître un essaim de nouvelles hérésies qui déchirèrent le sein de l'église d'Orient. On compte jusqu'à dix sectes différentes d'acéphales. C'étoit une sorte de sectateurs d'Eutychès, qui n'avoient point de chef particulier. Les uns trouvoient Pierre Mongus trop outré, les autres trop doux et trop condescendant. En vain l'empereur s'efforça de rétablir la paix ; Gosme et Arsène, qu'il envoya pour cet effet, ne purent y réussir.
Le pape Félix députa deux évêques à Constantinople , avec des lettres pour Zenon et pour Acace ; il leur représentait ce qu'ils avoient fait autrefois contre Mongus , et les exhortait à ne pas se déshonorer eux-mêmes en soutenant celui qu'ils avoient si justement condamné. Les légats étant arrivés à Abyde furent arrêtés, jetés en prison , et menacés de mort , s'ils ne consentaient à communiquer avec Mongus. On employa pour les corrompre les caresses et les présens; on leur jura que, s'ils se prêtaient au désir de l'empereur, la cause seroit réservée en entier au jugement du saint-siége. Séduits par ces promesses , et fatigués des mauvais traitemens, ils succombèrent enfin. Mais , étant revenus à Rome couverts d'ignominie, rapportant au pape des lettres de Zénon et . d'Acace pleines d'injures contre Talaïa et d'éloges de Mongus ,«ils furent déposés et excommuniés par le pape dans un synode. Félix, après avoir inutilement tenté toutes les voies de douceur , prononça l'excommunication contre Acace dans un concile de soixante - sept évêques. Il en donna avis à l'empereur; et quoique Zénon eut fait garder les chemins pour^empêcher que la sentence ne parvînt à Constantinople , il se trouva des moines assez hardis pour la signifier au patriarche. Ils furent punis de cette hardiesse, les uns par la prison, les autres par des supplices. Toutefois il y eut , dans Constantinople même , des abbés et des monastères entiers qui demeurèrent attachés au saint-siége. Ils éprouvèrent de la part de Zénon et d'Acace les plus indignes traitemens. Presque tout l'Orient suivit Acace, et cette division dura trente-cinq ans. La mort de Pierre le Foulon, en 4^8 , celle d'Acace et de Mongus l'année suivante , ne mirent pas fin à ces troubles. Fravita , évêque de Constantinople après Acace, imita sa conduite, et ne tint le siège que quatre mois. Ses successeurs, quoique catholiques , ne furent point admis à la communion de l'église romaine jusqu'au règne de Justin , parce qu'ils ne vou-
lurent point effacer des diptyques le nom d'Acace. Après Pierre Mongus, le siège d'Alexandrie fut successivement rempli par sept prélats hérétiques, qui l'occupèrent jusqu'en 358.
Cmdu?' Zénon ne couroit aucun risque en persécutant les ca- ^an t . p. tno|iqUes ^jaj5 |e ressentiment d'Illus, auquel il devoit ™™l'h'P- son rétablissement, lui suscita un ennemi. beaucoup plus p/mt. p. dangereux. Il lus, maître des offices , recommandante par 107?/ IOJ7 ' ses grandes qualités, jouissoit de la plus haute faveur. Il Suid. voce paurojt toujours méritée, s'il ne se fût laissé séduire par TïtLZénojt, un imposteur nommé Pamprépius, dont j'ai déjà dit un an' l9' mot en passant , mais que je dois ici faire connoître.
C'étoit un païen né àPanopolis en Thébaïde; esprit remuant , hardi , ambitieux. Après avoir enseigné la grammaire dans la ville d'Athènes, il se livra aux chimères de la théurgie, qui faisoit toute la philosophie des païens de ce temps-là , et vint à Constantinople avec la réputation d'un homme extraordinaire. Marse l'Isaurien, ce même guerrier que nous avons vu se signaler en Afrique sous le règne de Léon, l'introduisit chez Illus, qui se piquoit de littérature. Illus se laissa éblouir par les talens *'un homme qui étoit à la fois grammairien, poète, orateur , politique , et surtout grand astrologue. Il lui assigna des pensions , lui en procura de la part de l'empereur, et le fit entrer dans le sénat. Ayant été obligé de faire un voyage en Isaurie, il le laissa à Constantinople. Le prétendu philosophe*, éloigné de son protecteur, ne tint pas long-temps contre ses envieux, qui persuadèrent à l'empereur que ce païen employoit les secrets de la divination pour inspirer à Illus des desseins criminels. Zénon le chassa de la ville, et pamprépius se retira à Pergame. Dèsqu'Illus eut appris qu'il avoit lui-même servi de prétexte à la disgrâce de son ami, il s'attacha à lui plus étroitement que jamais; il le fit venir en Isaurie, et le ramena avec lui à Constantinople. Tout cela s'étoit passé avant la révolte de Marcien,
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. g3
dans laquelle Pamprépius procura la victoire à Mus, en relevant son courage par ses prédictions. Leur accomplissement augmenta la réputation du philosophe, et 11 lus ne faisoit plus rien sans le consulter. Cet imposteur, de concert avec Marse, païen comme lui, infecta Illus des impiétés du paganisme. Léonce, dont nous parlerons bientôt , se laissa corrompre ; ils formèrent le projet insensé de rétablir l'idolâtrie. Un mauvais prêtre , nommé Marcien , épicurien dans le cœur , et entêté d'astrologie , se joignit à eux , et contribua lui-même à pervertir Illus.
Vérine haïssoit également Zénon et Illus; Zénon ne Evag. 1.3 , cherchoit qu'à la rabaisser ; Illus la méprisoit, et vouloit ïhéâd. Uct. la faire chasser de la cour. Elle tenta d'insinuer à Zénon l'^'amiid p que le maître des offices aspiroit à l'empire. Mais, trou- 19vant dans le prince trop peu de confiance en ses paroles, ^°ph' p' et trop de timidité pour attaquer un homme si puis- *Jflot- P' sant, elle entreprit de faire assassiner Illus. Un Alain, z'on.p. 62. qui s'étuit chargé de cette commission , manqua son 55^'" ' p' coup, fut arrêté , et déclara qu'il avoit été engagé à ce forfait par Epinice, un des domestiques de Vérine. Epinice fut livré entre les mains d'Illus; et , sur la promesse de l'impunité, et même d'une récompense, il avoua qu'il n'avoit agi que par les ordres de Vérine. Zénon abandonna sa belle-mère au ressentiment d'Illus, qui, étant venu à bout sous quelque prétexte de la faire sortir de Constantinople , où elle avoit trop de partisans, et de la faire passer à Chalcédoine, se saisit de sa personne , et la fit conduire dans une forteresse de Cilicie , d'où elle fut tirée peu après pour être enfermée dans le château de Papyre> où étoient déjà sa fille Léontie et Marcien son gendre.
Ariadne, touchée de compassion pour sa mère, qui Evag. I. s, la supplioit par ses lettres de la faire sortir de prison , c'cl\jij. p. obtint cette grâce de l'empereur, à condition qu'Illus wj,hc f ^ y voudroit bien consentir. Elle tâcha en vain de fléchir 109, no.
Marcel, chr. Mus par ses prières et par ses larmes: il fut inexorable ; io57*° P il aUa même jusqu'à outrager l'impératrice, en lui di-
\Urfefa 53 sant ^u ^ n'îgnor°ît Pas qu'elle s'ennuyoit de voir la 55, 36/ couronne sur la tête de son mari. La princesse, outrée cess™ SUC °*e colère, alla se plaindre à Zenon, lui déclarant qu'il josueStjU- pouvoit choisir qui d'elle ou.d'IUus devort rester dans sislemanil le palais. Zénon , qui sou ha i toit lui-même la perte d'il-
p.bth°Pent' l"s » et <Iue *a cramle ^ule retenoit , permit à la princesse de satisfaire sa vengeance, si elle pouvoit y réussir sans qu'il parût y avoir part. Le reproche d'il lus à l'impératrice étoit d'autant plus capable de l'irriter, qu'il étoit fondé. On soupçonnoit dès-lors une intrigue d' Ariadne avec Anastase le silentiaire. Selon Jornande, lllus en avoit donné avis à l'empereur, et Zénon avoit chargé un de ses officiers de tuer Ariadne. Mais , la nuit même destinée pour cet assassinat , l'impératrice, ayant été avertie à temps , se réfugia secrètement dans la maison de i'évêque; et le lendemain Zénon , qui croyoit la chose exécutée, se tenant renfermé comme s'il eût été plongé dans une profonde tristesse , fut fort étonné de voir entrer Acace qui lui représenta l'atrocité de ce forfait et l'innocence de la princesse. Zénon consentit qu'elle revînt au palais; et, à son retour, elle obtint la permission de se venger d'Ultis. Tel est le récit de Jornande , et tout est croyable d'une princesse telle qu' Ariadne et d'un empereur tel que Zénon. Tous les auteurs conviennent sur la manière dont la vengeance fut entreprise. Ariadne donna ordre à Urbice, son chambellan , de la défaire de son ennemi. Un soldat de la garde prît le temps qu'Illus montoit l'escalier du Cirque, et lui déchargea un coup d'épée qui ne lui abattit que l' oreille droite , un des gardes d'IUus ayant détourné le coup. Zénon crut se laver du soupçon en faisant mourir l'assassin, et en jurant à lllus qu'il n'avoit eu aucune connoissance du dessein formé contre lui.
Ju>aS. i.ô , Ma;s ni ce serment , ni la mort du meurtrier ne per-
HISTOIRE DU BAS-EMPIRE. <p
suadèrent Mus. Après avoir manqué deux fois de perdre Libérât. c. la vie, il vit bien qu'il n'y avoit pour lui nulle sûreté Cand'id. p. à la cour. Il résolut de se venger ; et , sous prétexte d'à- *°yict Tun voir besoin de changer d'air pour achever la guérison Theod. Ua. de sa blessure, il demanda la permission de passer en rheoph.p. Orient. Non-seulement Zenon lui accorda sa demande, ntV ,
' Anast. p.
mais même , pour lui témoigner plus de confiance , il \^ ^ le nomma général des troupes d'Orient , et lui donna j™n?'sucla nomination des commandans subalternes. Il lui per- C€"', .
. Malcla, p,
mit encore d'emmener avec lui tous les sénateurs qu'il 3C. jugeroit a propos , et, entre autres, Léonce , qui , selon la ieSm promesse d'IUus, devoit aller retirer Vérine du château TiU.Zénon,
r art. ai.
de Papyre , et la ramener à Constantinople. Le général , trop bien accompagné par 1 imprudence de l'empereur, se rendit à Antiocheavec son frère Troconde, qui avoit été consul en 462, Léonce, Marse et Pamprépius, qui lui promettoit de la part de ses dieux les plus heureux succès. Il rassembla toutes les troupes d'Orient, et, se voyant à la tête d'une puissante armée , au lieu de prendre pour lui le titre d'empereur, il le donna à Léonce. Celui-ci étoit un Syrien né à Chalcis , habile dans les lettres et dans le métier de la guerre : il avoit été revêtu de la charge de général des troupes de Thrace. Mus , qui étoit l'âme et le chef de l'entreprise , ne lui cédoit sans doute l'autorité souveraine que pour un temps, bien résolu de détruire sa créature et de s'emparer lui-même de l'empire quand la révolution seroit assez affermie. Pour colorer cette usurpation par une forme du moins apparente, ils allèrent chercher Vérine dans sa prison; et, l'ayant gagnée par les plus belles promesses, ils l'amenèrent à Tarse, où cette princesse, en présence de l'armée , mit elle-même la couronne impériale sur la tête de Léonce , et le proclama empe^ reur. Elle adressa ensuite une lettre circulaire à tous les gouverneurs et commandans de l'Orient, de l'Egypte et de la Libye; elle étoit conçue ea çes termes : « Vérine
« Auguste, à tous nos préfets et nos peuples salut. Vous « savez que l'empire nous appartient, et qu'après le décès « de Léon notre époux, novs avons élevé à la puis- « sance souveraine Trascalissée , qui a pris le nom de « Zenon. Nous espérions qu'il rendroit nos peuples « heureux. Mais, voyant que, par son insatiable avarice, « il n'est propre qu'à les accabler, nous avons cru néces- « saîre de vous donner un empereur vraiment chrétien , « qui , se conformant aux règles de la religion et de la « justice, sût relever l'état penchant vers sa ruine, gou- « verner les peuples, et contenir nos ennemis. A ces « causes, nous avons couronné le très- pieux Léonce. « Ayez à le reconnoître pour empereur des Romains, et « que quiconque lui refusera obéissance soit traité comme « rebelle. » Cette lettre fut reçue avec de grandes acclamations ; la plupart des villes de Syrie se soumirent à Léonce. Vérine fut mal récompensée de sa complaisance. Dès qu'Illus n'eut plus besoin de son autorité» il la renferma de nouveau dans le château de Papyre , où elle mourut quelque temps après. Sa fille Ariadne fit dans la suite rapporter son corps à Constantinople. Theod. lect. Le nouvel empereur étant retourné à Antioche avec 1 Theoph.p. IH"S» se niit en campagne à la tête de soixante et dix ilproc œdif. ni*^e ^ommes- M avoit tiré de Papyre de grandes /. 3, c. 1. sommes d'argent, que Zénon y avoit mises en réserve ce«™ mC comme dans une place de sûreté, en cas qu'il lui arrivât Codât. oHg. encore quelque disgrâce. Les Isaures, jusqu'alors attachés P)osue Styli- à Zénon leur compatriote, s'étoient donnés à Léonce, qui les avoit attirés par une solde plus considérable que celle qu'ils recevoient de Zénon. Les petits princes de l'Arménie romaine, qui étoient vassaux héréditaires de l'empire, vinrent se joindre à lui ; et ce fut en punition de cette félonie que Zénon les destitua dans la suite , et qu'il établit dans ce pays des commandans sans droit d'hérédité comme dans le reste de l'empire. Léonce et Mus, suivis d'une si nombreuse armée, firent de grands
ravages. Ils prirent Ghalcis de Syrie, patrie de Léonce, et , suivant le conseil de Pamprépius, ils tâchèrent d'attirer à leur parti le roi de Perse à force d'argent. Ils n'eurent pas le temps de consommer cette négociation , qui eût été pernicieuse à l'empire. Ils remportèrent d'abord une grande victoire. Longin , frère de Zénon , marcha contre eux ; la bataille se livra près d'Antioche : Longin fut entièrement défait et se sauva presque seul. Il fut pris dans sa fuite , et enfermé dans une forteresse. Métronin fut envoyé par Léonce à la tête de cinq cents cavaliers pour surprendre Edesse; mais cette entreprise n'eut pas de succès.
La prospérité d'Illus ne fut pas de longue durée, a*. 485. L'année suivante, Théodoric* qui sortoit du consulat , ^«g» l- 5> fut envoyé contre les rebelles avec des troupes de terre c'tiurat. c. et de mer, dont les Goths faisoient partie. Zénon lui ^ecpfc.p.i donna pour collègues Gottaïs et Jean surnommé le »»» , "» > Scythe, apparemment parce qu'il étoit Goth d'origine; lMaiela,p. car les auteurs de ces temps- là désignent souvent les ^ôdin ong Goths par le nom de Scythes. L'armée de Léonce et M3d'Illus fut taillée en pièces dans une sanglante bataille ch^Edes?. près de Séleucie en Isaurie. Cette victoire délivra Longin *PU*.
■ m ° muni , bwl.
de sa prison. Il revint à Constantin o pie, où l'empereur orient. 1,/.] le désigna consul et le nomma chef du sénat. Des PagiadBa* honneurs si mal placés , loin d'effacer sa honte, la gra- ™voient plus profondément dans l'esprit des peuples. Illus, Léonce et Troconde se réfugièrent dans le château de Papyre avec Pamprépius leur oracle. Marse étoit mort de maladie dans le cours de cette guerre. La puissance de Léonce n'avoit duré qu'un an.
La situation du château de Papyre le rendoit im- Candid. p. prenable. Il étoit bâti sur un rocher qui s'élar^ssoit par j>iieod. Uct. le haut , et que l'on comparoit au col d'un chameau qui t anroit porté une tête d'éléphant. On n'y pouvoit monter c. 7*!lî. que par un chemin fort étroit pratiqué dans le roc , et y*£' fun\ qu'une poignée de soldats pouvoit défendre contre la Theoph. p.
g3 UISTOIRE DU BAS-EMPIRE.
nî, „s f pins forte armée. Comme il n'étoit possible de lé prendre lïkotXl6p q«e par famine, Théodoric, ayant formé le blocus , ioiî,Tio6o! laissa devant cette place Jean le Scythe et Gottaïs, et Mulela)P. retourna à Constantinople avec sesGoths. Dès le com- Jom. suc- mcncement du siège, Mus avoit fait sortir son frère VnL SLjli- Troconde, qu'il avoit chargé de rassembler des troupes, pour forcer les retranchemens et lui ouvrir un passage. Troconde fut pris par les assiégeans, qui lui coupèrent la tête. Comme les assiégés ignoroient cet événement, Pamprépius les amusoit par ses prédictions , leur promettant de jour en jour que Troconde alloit arriver avec le secours. Enfin, après trois ans de patience, la disette augmentant tous les jours, Illus et Léonce, qui avoient perdu toute espérance sans perdre le courage, découvrirent que Pamprépius lui-même les trahissoit. Ils firent trancher la tête à ce perfide, qui étoit l'auteur de tous leurs maux, et la jetèrent dans les retranchemens des ennemis. Ils se seroient laissé mourir de faim plutôt que de se rendre, sans une autre trahison, qui eut plus de succès. Le frère de la femme de Troconde alla , par ordre de Zénon, se renfermer avec eux. On le reçut avec joie, comme un homme que la mort de son beau-frère animoit d'une juste vengeance. Il trouva le moyen de faire monter de nuit les ennemis, et de les rendre maîtres du château. Les vainqueurs firent couper les mains aux soldats de la garnison qu'ils avoient surprise, et les renvoyèrent dans ce triste état. Illus et I^éonce furent décapités : leurs têtes, portées à Constantinople , furent promenées dans le Cirque , et plantées sur des pieux dans le quartier de Syques, au-delà du golfe, où elles donnèrent an peuple un affreux spectacle pendanUplusieurs jours. On pleuroit la triste destinée dlllus, à qui ses grandes qualités sembloierit promettre une fin glorieuse. Il n'avoit échappé à la fureur des deux impératrices que pour être le jouet d'un vil imposteur, qui, après avoir altéré toutes ses vertus, l'avoit enivré
de folles espérances, et précipité dans un abîme de malheurs. L'empereur, pour regagner les Isaures, fut obligé de leur assigner sur l'épargne une pension annuelle de cinq mille livres d'or.
Théodoric, de retour à Constantinople, ne se crut Ennod.papas long-temps en sûreté dans la cour d'un prince dé- rt^co^ p fiant et jaloux. Il se retira à Noves en Mœsie, lieu de i:>7son séjour ordinaire. La qualité de général de laThrace " l'obligea bientôt à prendre les armes pour éloigner de ^fj^J" cette province un nouvel orage qui la menaçoit. Les p. ai. Bulgares avançaient le long du Pont-Euxin, et mar-y^" j^pl choient vers le Danube. C'est la première fois que ces 5o;V . „ .
' . * , M. de Gui-
barbares sont nommés dans l'histoire. Ils avoient pris gnes , hist. leur nom du fleuve Volga, dont ils avoient habité les ^es ^""V/* bords. Le nom à'Hunogundures, qu'ilsportcrent d'abord, « Mémoire fait penser que leur origine a quelque rapporta celle TOie, t. 3o , des Huns. Théophane les joint avec les Huns, et leurs 3*3, migrations diverses, procédant toujours d'orient en occident, confirment cette conjecture. On les trouve d'abord près du Volga; on les voit ensuite établis vers les Palus-Méotides , sur les bords du fleuve Cophin ou Kuban, qui est l'ancien Hypanis du Bosphore. Enfin ils passèrent le Tanaïs, et firent craindre à l'empire les mêmes ravages qu'il avoit éprouvés de la part des Huns. Cette nation, dès qu'elle se fit connoître, jeta la frayeur dans le cœur des Romains. Les auteurs en parlent comme un fléau envoyé de Dieu pour châtier les princes et les peuples. Les Bulgares étoient tous égaux : on ne méritoit de titre chez eux qu'en tuant un ennemi. Accoutumés à supporter la faim, ils se nourrissoient du lait de leurs cavales, et leurs chevaux étoient habitués à demeurer long-temps sans nourriture. Théodoric , en servant l'empire dans une circonstance si périlleuse, n'îittendoit aucune reconnoissance de Zenon. Mais pour un cœur tel que le sien le péril avoit des attraits, et la gloire étoit une assez riche récompense. Il marcha contre ces
barbares, dont le nom seul faisoit trembler l'empereur dans son palais; il passa le Danube, les alla chercher sur les bords du Borysthène , les défit, et blessa dans le combat leur chef, nommé Libertem , qui ne lui échappa que par la fuite.
Ax. 486. L'année suivante 486 vit expirer dans la Gaule le dernier reste de la puissance romaine. Syagrius, n'ayant
ÎT5 .°Ct ' plus de ressource que dans sa valeur , avoit pris le titre de roi; et quoique environné des armes françaises , il s'étoit conservé un petit état dont Soissons étoit la capitale. Clovis régnoit depuis cinq ans. Ce jeune prince, avide de combats et de conquêtes, attira Syagrius à une bataille. Le général romain signala son courage; mais il fallut céder à la fortune et à la valeur de Clovis; et s étant couvert le visage de son sang pour n'être pas reconnu, il s'enfuit à Toulouse, où régnoit Âlaric, roi des Visigoths , qui venoit de succéder à son père Euric^ Le vainqueur l'arracha de cet asile, en menaçant Alaric de lui déclarer la guerre. Syagrius, livré à Clovis, eut la tête tranchée ; et avec lui fut à jamais détruit l'empire romain dans cette contrée.
Chron.Mex. La défaite d'Ulus avoit rétabli la tranquillité en ï fiT'c Orïent- ^a Syrie étoit rentrée dans l'obéissance, lors-