CHAPITRE IV
EDOUARD Ier, SEIGNEUR DE BEAUJEU ET DE DOMBES
SOMMAIRE. — /. // porte secours aux chrétiens en la Terre sainte. — //. Est grandement dévot à la Vierge. — III. Transige avec Etienne de Laye, de la justice de Saint-Lagier, pour V acquisition de Horousi en Dombes. — IV. Reçoit Buenc et Coligny du comte de Savoie pour la perte que son père avait faite en la bataille de Varey. — V . Il combat contre les Anglais oh il perd la vie. — VI. Son testament. — ■ VII. Sa femme et ses enfants. — VIII. Quel était le chapitre de Beaujeu sous ce prince.
I. — Edouard, Ier du nom, seigneur de Beaujeu et de Dombes, fils aîné de Guichard le Grand et de Marie de Châtillon, sa seconde femme, naquit le jour de Pâques, l'an 13 16, et prit possession des seigneuries de Beaujeu et de Dombes à 15 ans. Depuis, il assista nos rois en plusieurs de leurs guerres et fit même un voyage à ses dépens contre les infidèles où il mena grand nombre de gentilshommes, au retour duquel voyage Philippe de Valois le créa maréchal de France, l'an 1347, par la démission de Charles de Montmorency, son beaufrère. Il y a dans le trésor de Villefranche une convention de l'an 1350, touchant le louage d'un navire pour passer de Constantinople à la Morée et Nègrepont.
Comme il fut arrivé à la succession du Beaujolais et qu'il se vit accablé de dettes qu'avait faites feu son père, dont il payait de grosses usures, il vendit, de l'avis de Girard de Chintreys, son curateur, à Guillaume, archevêque de Lyon, pour lui et ses successeurs archevêques, pour le château de Ternant, avec ses appartenances et la somme de 30.000 florins d'or, l'an 1333, Mirebel et son mandement et Montaneys et la garde de l'Ile-Barbe et de Vimy.
IL — Il était extrêmement dévot à la sainte Vierge, ce qui l'occasionna de fonder une chapelle en l'église de Notre-Dame de Montmerle, à laquelle il assigna 25 livres viennoises de rente annuelle, le jeudi après Pâques de l'an 1347 * ; ce fut en considération de ce que sa femme, Marie du Thil, avait fait une donation perpétuelle à ladite chapelle desdites 25 livres pour l'entretien d'un prêtre qui devait servir avec les autres dans ladite église, sous l'habit régulier de Saint-Augustin; chassa tous les Juifs de ses terres de Dombes et enjoignit, par son testament, de ne les y souffrir jamais.
III. — L'an 1339, et le lundi, lendemain du second dimanche de carême, présents Hugues de Marchampt et Antoine de Laye, chevaliers et autres, il transigea avec noble et puissant seigneur Etienne de Laye, chevalier, sur la forme d'un échange qu'ils firent entre eux, savoir : que ledit seigneur de Laye lui quitta, à perpétuité, et à jamais, par droit de permutation et d'échange, sa terre de Horous, sise en la paroisse d'Agnereins, en Dombes, proche le château de Villeneuve, qui appartenait audit seigneur de Beaujeu, avec tous ses revenus, usages, journaux, corvées, services, forces 2, soit en deniers, blé froment, seigle, orge, avoine, poules, poulets, chapons, huile, miel, cire et toutes sortes de légumes, avec tous les domaines, soit en terres labourables, prés, pâquiers, vierres, forêts, chasses et autres choses cultes et incultes quelconques, avec mère et mixte, impère et toute justice, juridiction ordinaire, haute et basse, sur toutes personnes esdits lieux, et encore tout le droit qu'il avait sur les hommes taillables et non taillables et tenanciers dudit lieu, appartenances et dépendances, avec tous lods, ventes, reconnaissances et tous autres droits qui lui pouvaient appartenir pour quelque cause que ce fût ou pût être ; en échange de quoi le prince Edouard, seigneur de Beaujeu, céda, quitta et transporta, pour lui et ses successeurs à l'avenir, audit Etienne de Laye, chevalier, et aux siens, à perpétuité, tous les cens et revenus qu'il avait et pouvait avoir es villes et paroisses de Saint-Lagier et de Cercié, avec tous ses hommes 3, rentes, usages, journaux, corvées, services, forces, soit en denier, blé froment, seigle, orge, avoine, vin, poules, poulets, cha-
1. G : Fol. 31 du 1. A du Ier coffre. — 2. G : Angaria, servitus coacta. 3. L, T, B : hommages.
pons, huile, miel, cire et toutes sortes de légumes, etc., mère et mixte, impère et toute juridiction ordinaire, haute et basse, entre toutes les personnes et en tous lesdits lieux et autres droits qu'il pouvait avoir sur les hommes taillables et non taillables et tenanciers desdits lieux limites, selon qu'il est spécifié dans l'acte qui sera aux preuves, en sorte que ledit seigneur de Laye y puisse bâtir bourg clos et fermé, y accorder foires et marchés avec franchises, toutes les fois que lui et ses successeurs le trouveront bon, sauf au seigneur de Beaujeu la supériorité et le ressort et le droit de ressort desdites villes de Saint-Lagier et de Cercié, dans lesdites limites, et ledit seigneur de Laye reçut en fief lige dudit seigneur de Beaujeu la maison forte ou château de Saint- Lagier et les forts qu'il y ferait à l'avenir, avec toute justice comme j'ai dit, foires, marchés et franchises, telles que ledit seigneur de Laye "y voudrait instituer, de quoi il en fit pour lors hommage entre les mains dudit seigneur, qui lui donna la bouche, et confessa pour lui et ses successeurs qu'il était homme lige dudit seigneur de Beaujeu et de ses successeurs à perpétuité, à la même façon qu'était le seigneur de Vaux, qui avait pareille justice, en échange d'une portion du péage de La Marche, que Milon, seigneur de Vaux, avait droit de lever au port de Belleville et laquelle il avait cédée à Guichard le Grand, père d'Edouard, l'an 1308, en contre échange de la juridiction du lieu de Vaux, que ledit seigneur de Beaujeu lui remit et délaissa. Le reste se verra mieux dans l'acte qui est aux preuves.
IV. — Au précédent chapitre, j'ai dit que Guichard, seigneur de Beaujeu, ayant été fait prisonnier en la bataille de Varey, Edouard, comte de Savoie, pour le récompenser de la rançon qu'il avait payée au dauphin, lui promit, l'an 1328, les châteaux de Coligny et de Buencet 40.000 livres viennoises, à condition que le sire de Beaujeu prendrait en fief de lui les villes et châteaux de Thoisseyetde Lent, en Dombes '. En exécution de ce traité, le comte Aimon, fils d'Edouard de Savoie, étant au monastère d'Ambronay, le 5 juillet 1337, quitta à Edouard, sire de Beaujeu, fils de Guichard, les villes, châteaux et seigneuries de Thoissey, Lent et de Buenc et Coligny, à la charge de l'hommage, tel que Louis de Savoie, seigneur de Vaud, Jacques de Savoie, prince de Pié-