SEIGNEUR DE BEAUJOLAIS ET DE DOMBES
Charles n'eut pas sitôt succédé à son père, décédé en Angleterre, qu'il vit le feu a son pays par les troupes que le l duc de Bourgogne mena lui-même en personne dans le Beaujolais, avec lesquelles il prit Belleville et quelques autres châteaux ; mais, comme il vit que le duc de Savoie ne remuait point, nonobstant le traité fait entre eux % il en fut si irrité qu'il s'accommoda avec le duc de Bourbon à une entrevue à Nevers où ces deux princes se festoyèrent 3.
Charles étant venu prendre possession de son pays de Beaujolais à Villefranche, il y confirma, au mois d'août de l'an 1434, leurs privilèges4, et la même année, et le 15 janvier ensuite, il fit donation à M. Philippe de Bourbon, son second fils, des baronnies et seigneuries de Beaujolais, avec leurs appartenances, par ses lettres patentes dont voici la copie :
« A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Colas Denis, conseiller de très excellent et très puissant prince et mon très redouté seigneur, M. le duc de Bourbonnois et d'Auvergne, et garde du scel aux contradicts de la chancellerie dud. duché de Bourbon, salut. Scavoir faisons que, pardevant notre Amé et féal Jean Tuchon, clerc juré, notaire de la court dudit scel et chancellerie de Bourbon, usant de nos autorité et pouvoir et auquel nous ajoutons plénière foy, personnellement établis ledit très haut et très puissant prince et mondit très redouté seigneur Monsr le duc de Bourbonnois et d'Auvergne, comte de Clermont, de Forez et seigneur de Beaujeu, d'une part, et très noble seigneur Philippe
1. L, T, B, J, V: Philippe. — 2. G : Guichenon, Hist. de Savoie^ fol. 476. — 3. G : Monstrelet, vol. II. — 4. G : 5e, 6e et 7e fol., coffre 9, cote J, sac ier.
de Bourbonnois, Monsr, second fils de mond. sr le duc et par luy émancipé et noble et puissant homme messire Jacques de Chastillon, seigneur de Dampierre et de Revel, tuteur datif et ayant le gouvernement et garde de Phelipe de Bourbonnois, mondit seigneur, d'autre part, mond. seigneur le duc désirant, si comme il disoit, messeigneurs ses enfants être enchevancerés à l'honneur de luy et d'eux, afin que mieux et plus avant ils puissent chacun en droit luy faire devoir de service qu'il appartient à la maison de France dont ils sont partis et pour certaines autres causes et considérations à ce mouvans mondit sr le duc bien pourvu et de sa certaine science, à iceluy son second fils Philipes, seigneur de Bourbon, présent, et aussy présent et assistant avec luy led. seigneur de Dampierre, son tuteur, dessus nommé a donné et transporté, donne et transporte par ces présentes, par donation entre vifs, pure, accomplie et irrévocable et comme mieux pourra et devra valoir et es descendans de luy en droite ligne et tant qu'icelle ligne durera, au défaillant de laquelle, que Dieu ne veuille, les chouses données dont cy après sera faite mention retourneront à mondit sr le duc et à son hôtel. C'est à scavoir la seignorie et baronnie de Beaujeu avec tous ses droits, apartenances et dépendances quelconques, tant et si avant quels seigneurie et baronnie de Beaujeu se extendent et comportent, peuvent extendre et comporter dans le royaume de France, horsdudit royaume en l'Empire, et que tenoit feu messre Edouard de Beaujeu par le temps qu'il vivoit seigneur desd. seigneurie et baronnie, soyent villes, châteaux, forteresses, fiefs, arrière-fiefs, justices, cens, rentes, domaines, noblesses et autres droits, devoirs et prérogatives quelconques comme que soyent nommées, dites et appelées, en le mettant dès maintenant en son lieu èsdites chouses données, et en le faisant vray seigneur en icelle; requérant, mond. sr de Bourbon par l'octroy de ces présentes, ceux dont lesd. chouses meuvent de fié que d'icelles veuillent recevoir à homme Phelipe, mondit seigneur, son second fils, en mandant et commandant à tous ceux que à cause desdites seigneurie et baron ie de Beaujeu luy soient tenus, soit par fief et arrière fief, devoirs quelconques ou autrement, comme que ce soit, semblablement a ses officiers, bailly, juge, capitaines et officiers quelconques desd. seignorie et baronie de Beaujeu et autre sujets d'icelles que doresnavant en répondent et obéissent à sondit second fils, Phe-
lippe Mr de Bourbon, ses gens commis et officiers, lesquelles seignorie et baronie de Beau jeu il baille et veut apartenir à iceluy son second fils, Phelipe, à cause de apanage en tout ou partie, par la forme et manière que de faire sera toutes les chouses dessusdites et chacune d'icelles, acceptant, stipulant et recevant pour iceluy Phelipes de Bourbon mons. led. seigneur de Dampierre, son tuteur présent, comme dit est, et a promis et juré, mondit seigneur de Bourbon, les donnations et transport et choses devant dites tenir et avoir agréables, fermes et stables à toujours et sans corrompre ne venir à l'encontre en manière aucune et, pour ce faire, a obligé luy, ses hoirs et biens quelconques, présens et avenir qu'il en a soumis à la juridiction de la cour et chancellerie dudit scel et de toutes autres, renonçant en ce fait, mondit sr le duc, et par sadite foy à toutes et singulières actions, exceptions, cautelles, cavillations, à tout ce généralement et expressément, tant de fait que de droit, que l'on pourrait dire, obvier ou alléguer contre ces lettres leur teneur et effet, mêmement au droit réprouvant générale renonciation si le spécial ne précède. Fait, témoins a ce présens, requis et appelles, Révérend Père en Dieu Monsr Geofroy Cholet, prieur du prioré de Souvigny, nobles hommes, puissans et sages messeigneurs Humbert de Lafaette, mareschal de France, Pierre de Thoulon, seigneur de Genat, chancelier de mondit seigneur le duc, Rolin Loup, seigneur de Beauvoir, chevaliers, et maitres Pierre de Tornamire, Rogier Roque, Jean Labise, licenciés en loys, et Etienne Débat, conseillers d'iceluy Mr le duc de Bourbon et d'Auvergne et plusieurs autres, si comme ledit juré notaire, nous a raporté par cet écript. En témoins de laquelle chouse, nousau raport d'iceluy juré notaire, auquel nous croyons publiquement, le scel dessusdit de lad. chancellerie de Bourbonnois, que nous tenons, avons mis et aposé a ces présentes lettres. Donné le quinzième jour du mois de janvier, l'an 1434. Tuchon. »
Ces lettres sont au trésor de Villefranche, au lieu ci-dessus coté l, avec l'émancipation dudit seigneur Philippe, à qui il donna pour tuteur .messire Jacques de Châtillon, seigneur de Dampierre, lequel seigneur de Dampierre passa procuration au seigneur de la Mollière et autres pour faire les foi et hommage au duc de Savoie de ce que mondit sei-