‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 144 sur 171 · L, T, B : Jeanne · texte numérisé non relu

L, T, B : Jeanne

la possession vague et vide audit duc, et ce à ses propres coûts et dépens, et cependant, jusqu'à ce que ledit rachat soit fait, ledit seigneur roi a promis de bailler assignation sur une de ses recettes générales, pour portion et jusqu'à la concurrence desdites choses aliénées, et, quant à ladite baronnie de Beaujolais, pourra ledit duc faire les rachats, décharge et réunion des aliénations faites à titre onéreux à ses propres coûts et dépens, si bon lui semble, sans qu'il se puisse remettre dedans lesdites terres, sinon en remboursant et récompensant au préalable les acquéreurs et détenteurs des deniers et choses qui lui auraient [été] baillées et délaissées, en sorte que ledit seigneur roi n'en soit inquiété et poursuivi, et jouira, ledit duc, du pays de Beaujolais en tous droits de justice haute, moyenne et basse, fruits, profits, émoluments des greffes et amendes, et confiscations procédant des crimes de lèse-majesté divine et humaine, et sera la justice exercée et administrée sous le nom et titre de roi, par officiers qui seraient par lui pourvus, a la nomination toutefois et présentation dudit sieur duc, sans faire distinction des délits commis et cas royaux privilégiés et francs, et outre sera tenu, ledit duc, de faire tous frais de justice, même de crime de lèse-majesté divine et humaine, payer les officiers de leurs gages sans que le roi soit tenu de payer ou refondre aucune chose desdits frais faits, etc.; ce fut fait et passé à Orléans, le mercredi 27 novembre ' 1560 2.

Le roi étant décédé audit Orléans huit jours après, savoir le 5 décembre, le roi Charles IX, qui lui succéda, confirma, ratifia et approuva ladite transaction audit lieu d'Orléans, le 17 décembre suivant, par ses lettres patentes, lesquelles furent enregistrées avec la susdite transaction es registres de la cour du parlement de Paris, le 14 juillet 1 5 6 1, après que le prince, qui était occupé a éteindre les feux de la rébellion des provinces d'Anjou et de Tou raine, fut revenu à la cour, sur le commencement de mai de l'année 15 61, pour assister à la cérémonie qui se devait faire a Reims, le 19 du même mois, pour le sacre 3 du roi Charles IX

Au sortir de cette réjouissance, il se vit dans un deuil domestique, par la perte de sa mère, qui mourut le 5 juillet ensuivant, et encore de la duchesse, sa femme, cinquante jours après.

I. L, T, V : septembre. — 2. G : coffre coté xi, 3e sac. — 3. T : couronnement.

Toutes ces afflictions ne l'empêchèrent pas de pourvoir à ses états, puisque, l'année 1566, il confirma les privilèges de Villefranche, par ses lettres, données à Paris au mois de mai l.

Il racheta encore, le 25 janvier audit an, des sieurs consuls et échevins de Lyon, comme recteurs du grand hôpital du pont du Rhône de ladite ville, les droits de dîmes de Villefranche et de Gleizé, qui leur avaient été vendus par les commissaires du roi François Ier, le 21 octobre 1543, à condition de rachat perpétuel 2; il racheta encore, le 23 mars ensuivant, le droit de coupons de blé et autres grains qui se vendaient au marché de Villefranche, de noble François Gaspard, trésorier de Troyes.

Il racheta encore, le 15 janvier 1561, les seigneuries de Laye et de Pouilly de Beaujolais et de Sainte-Colombe et Charlieu, en Lyonnais, avec leurs appartenances et dépendances, qui avaient été vendues par MM. les commissaires du roi, le 7 juin 1558, à noble Me Jean Fournel, lieutenant général civil en la sénéchaussée de Lyon, à la charge de rachat perpétuel.

Il racheta encore, le 19 dudit mois et an, la terre, seigneurie et mandement de Chamelet, qui avaient été vendus, le 12 janvier 1552, par le roi Henri II à Pierre Vincent, bourgeois de Lyon 3.

Il racheta encore, le 20 janvier 1561, de M. Claude Lafont, le greffe de la prévôté de Beaujeu, que les commissaires du roi avaient vendu audit Lafont, le 5 février 1552 4.

L'an 1562, les huguenots s'étant emparés des meilleures villes du royaume et de toutes les villes du gouvernement d'Anjou, hormis de celle de Chartres, M. de Montpensier usa d'une telle diligence à empêcher leurs rébellions qu'à la faveur du château d'Angers, qui tenait encore pour le roi, il reprit la ville et tous les châteaux et forteresses dont les séditieux s'étaient emparés autour dudit Angers; de là, il s'en alla à Saumur, qui fut abandonné par ceux qui le tenaient, lorsqu'ils sentirent son approche, comme firent aussi ceux qui s'étaient emparés des villes de Tours, du Mans et de Château-Chinon.

Etant allé trouver Sa Majesté à Blois, elle lui fit expédier un ample pouvoir de lieutenant général es pays de Guyenne et de Poitou, où il

1. G : vol. VII du coffre 7 du trésor. — 2. G : 2e liasse du coffre 9. — 3. G : 8e liasse du 7e coffre. — 4. G : 4e liasse dudit.

s'achemina à la fin du mois de septembre de ladite année 1562, et d'arrivée il prit Saint-Jean-d'Angély, et Pons se rendit, d'où il alla à Mirambau x, à Blaye, à Bourg 2, à Libourne, pour joindre les sieurs de Burie et de Montluc 3, lieutenant au gouvernement de Guyenne, en l'absence du roi de Navarre, et il les alla attendre à Bergerac, et chemin faisant il assura Sainte-Foy-d'Agénois. Après avoir assuré la Guyenne, il s'en vint à La Rochelle où il fit mettre bas les armes aux habitants et y fit rétablir la religion catholique dans toutes les églises, même dedans la principale où ils faisaient les prêches et assemblées des huguenots, il se trouva 22 ministres qu'on fit jeter en mer, il y célébra la fête de Toussaint et contraignit les principaux habitants d'assister au service divin, aux processions et au sermon qu'il y fit faire, et y séjourna jusqu'après la fête de la Saint-Martin. Après avoir donné ordre à la sûreté de La Rochelle, fait amunitionner les tours du Garot et de la Chaîne de toutes choses nécessaires, ordonné le capitaine Richelieu pour les gouverner, avec bon nombre d'hommes, il s'en retourna à Saint-Jean-d'Angély, de là à Taillebourg et à Saintes, pour pourvoir à leur sûreté.

En 1563, et le 20 mars, il racheta le droit de pèche et étanche en la rivière de Saône, au pays de Beaujolais, qui avait été vendu, en l'an 1558, par les sieurs commissaires députés du roi Henri II à Antoine Goujon et autres.

La même année, il racheta la justice haute, moyenne et basse de Quincié et Marchant.

L'an 1564, le roi ayant résolu de visiter une partie des provinces de son royaume où il n'avait point encore été, M. le Duc l'accompagna jusqu'à Lyon, d'où il partit le 9 de juillet, pour s'en retourner en sa maison de Champigny, par ses terres de Beaujolais, Auvergne et Berry.

Par ses lettres patentes, il manda à M. le bailli de Beaujolais ou à ses lieutenants de faire très exprès commandements, sous grosses peines, à tous ceux qu'il appartiendrait de tenir entièrement nette la rue par laquelle les PP. Cordeliers ont accoutumé de passer, allant en proces-

1. L : Mirabeau ; T : Mircbeau. — 2. L, T, B : Vourg. - - 3. L, T : Monglas; B : Mondas.

sion en l'église paroissiale de Villefranche, en défendant à toutes personnes de tenir en ladite rue ordures, immondices, bêtes et sang, ni faire aucune chose qui cause incommodité, puanteur ou infection quelconque, en date du 13 juillet de ladite année 1564.

Et le lendemain, 14 dudit mois, par autres lettres patentes, il octroya et donna pouvoir à Me Hugues Charreton, son trésorier et receveur général en ses pays de Beaujolais et Dombes, de construire et édifier en sa maison forte de La Terrière, tours, tournelle, pont-levis et autres fortifications nécessaires pour la tuition et défense de ladite maison.

Le premier août suivant, il reçut les foi et hommage des terres, seigneuries et justice de l'abbaye de Joug, par messire Simon de Pierrevive, abbé dudit lieu.

Au retour du voyage du roi à Bayonne, S. M. fit venir à Moulins tous les principaux princes et seigneurs de son royaume, au commencement de l'année 1566, par l'avis desquels il fit plusieurs édits et ordonnances qui gardent encore le nom d'ordonnances de Moulins. Après que cette assemblée eut été finie, M. de Montpensier voyant le peu de soin qu'on avait eu de faire exécuter la transaction passée entre le roi François II et Mme la Duchesse, sa femme, le défaut de payement de ses états, depuis le commencement du règne de Charles IX, et plusieurs autres sujets de plainte et de soupçon qu'on lui avait donné l'obligèrent de présenter une requête à S. M., comptant que commesadite Majesté avait fait des édits sur la réunion de son domaine, au préjudice desquels on avait conservé quelques-uns, qui n'avaient pas l'honneur d'être de sa qualité, en la possession et jouissance d'aucunes terres qu'ils tenaient de son domaine, lui, néanmoins, se trouvait privé et dépossédé de la comté de Bar-sur-Seine et seigneurie d'Azay-le-duc, qu'il avait plu au roi François Ier donner et laisser ensemble l'émolument du grenier à sel dudit Bar-sur-Seine, à la survivance de lui et de la duchesse de Montpensier, sa femme, avouée et reconnue dudit feu seigneur roi pour sa nièce et ce, en faveur et contemplation de leur mariage, et encore à titre si onéreux que, moyennant ce bien, ladite duchesse, autorisée de son mari, renonça à la succession de ses père et mère, au profit de l'amiral de Brion et de ses descendants et de feue dame Françoise de Longvic, son épouse, sœur de ladite duchesse, encore que le bruit courait qu'on voulait procéder par saisie sur sa

comté de Mortaing et vicomte d'Aulge l, qu'il tenait dudit feu roi François Ier, en échange et récompense des terres deLeuze et Condé, en Hainaut, lesquelles Sa Majesté avait prises et baillées à l'empereur pour le payement de partie de sa rançon, qui n'étaient moins belles et seigneuriales que lesdits comtés et vicomtes, et quoique pour toutes ses prétentions et droits qu'il avait à l'héritage de feu son oncle, le connétable, on l'avait fait contenter des duchés de Montpensier, baronnie de Beaujolais et souveraineté de Dombes; il n'avait encore tiré un sol de ladite baronnie, ayant été contraint de l'employer au rachat du domaine de ladite baronnie, d'où il n'avait su tirer une seule pièce sans procès; de sorte qu'il y avait 'mis plus de 50.000 livres de ses autres deniers, et était encore en procès aux requêtes du palais et au privé conseil pour la poursuite d'aucuns desdits rachats, et encore qu'il dut retirer 12.000 livres de rente des terres qui avaient été à la maison de Bourbon, données ou vendues par feue Madame la régente, ou en défaut d'en trouver de cette qualité pour pareille somme en revenu prendre jusqu'à ladite concurrence de celles de ladite maison de Bourbon qui avaient été données ou vendues par les défunts rois François Ier et Henri II, lui duc, n'ayant trouvé avoir été disposé par ladite dame régente que des seigneuries de Thiers, Germigny, Breulle, Laissy, Tourry, Marigane et Gignac, qui ne valaient pas 7.000 livres de revenus, et poir lesquelles il était en procès en la cour de parlement, il aurait retiré des héritiers du feu archevêque de Vienne la seigneurie de Montagu, autrefois de ladite maison de Bourbon, sur le bail à ferme de laquelle les seigneurs de Puiguillon et Cestel % trésoriers des finances établis à Riom avaient commencé à exécuter la commission du bail du domaine, en quoi il se trouvait empêché à la première pièce, qu'il avait retirée, suivant ladite transaction, combien qu'elle ne valut 13 ou 1.400 livres et qu'il en dut retirer jusqu'à 12.000 de revenus.

Mais n'ayant pas été satisfait, il en présenta une autre, laquelle vue au conseil, le 15 juillet delà même année; la reine mère, qui tenait les rênes de l'état, craignant que le mécontentement du duc n'altérât l'affection qu'il avait toujours témoignée pour le bien du royaume, lui promit, par une lettre de sa main, que toutes les choses qu'il désirait seraient accomplies.

1. L, T : d'Auge; B : Aulge. — 2. L : Cuiptel; T: Cuystet; B : Puyguillon et

Cvbtil.

Tous les mécontentements qu'il pouvait avoir reçus du côté de la cour ne le purent jamais détacher du service de leurs majestés, puisqu'il combattit en vrai prince à la journée de Saint-Denis contre le prince de Condé, son parent, et qu'il postposa son sang et sa parenté à son devoir. Il tailla en pièces les arquebusiers que ledit sieur prince et les siens avaient amenés en croupe en venant à la charge pour les mettre a la tête des chevaux, entre deux, un, et si son avis eût été cru on n'aurait pas laissé entrer les reîtres en France joindre le prince de Condé.

L'année 1567, et au mois d'octobre, il défit auprès de Périgueux l'armée des Provençaux, qui était composée de 600 chevaux, conduits par les sieurs Dacier et de Baudiner, et de 80 compagnies de gens de pied, conduits par les sieurs de Monnans et de Pierregourde, qui furent tous taillés en pièces, et leurs enseignes prises au nombre de 24; de la ils passèrent dans le Poitou, où se donna la bataille de Jarnac, où fut tué le prince de Condé, et, s'il faut dire la vérité sans passion, M. le Duc et M. le Prince, son fils, furent les seuls qui emportèrent le prix de cette bataille, comme ils le firent de celle de Moncontour. L'an 1569, il assiégea et prit Lusignan, ville et château imprenables, et fit démanteler la ville et raser le château, pour éviter aux peines et dépens qu'il avait donnés; il en aurait fait autant à La Rochelle, si la jalousie des envieux de sa vertu n'en eût empêché l'exécution. Il fit encore démanteler quarante-sept places qu'il avait prises et forcées, lesquelles servaient de retraites aux huguenots et voleurs.

L'an 1575, M. le duc d'Alençon, frère du roi, s'étant retiré d'avec Sa Majesté, pour quelque mécontentement, M. le Duc le réconcilia, au bout de six ou sept mois, pendant lesquels il ne l'abandonna jamais; s'étant encore émue une guerre de la part du roi de Navarre, a l'issue des États de Blois, au mois de janvier 1577, il trouva encore moyen de la pacifier et alla pour cet effet, au mois d'avril, jusqu'à Bergerac, où elle fut conclue, le mois de juillet ensuivant; l'an 1578, au mois d'août, il fut encore trouver la reine en Périgord et jusques en Gascogne pour pacifier le roi de Navarre sur un nouveau mécontentement qu'il avait encore conçu, auquel voyage il tomba malade et faillit à mourir à Moissac et a Limoges, d'où il ne retourna qu'en l'année 1579, et encore ne laissa pas d'aller par commandement du roi aux Etats de son gouvernement de Bretagne, au mois de septembre ensuivant.

Enfin ce bon et vaillant prince étant chargé d'ans l, d'honneurs et de biens, décéda dans son château de Champigny, qu'il avait fait bâtir, le 23 septembre 1582, étant presque septuagénaire et laissant une mémoire si agréable de sa bonnaireté et de ses vertueux déportements qu'il en acquit le surnom de bon duc. Il maintint toujours la religion catholique, et, pour marque de sa piété, il fonda diverses églises et un couvent de religieuses de Saint-François à Champigny, et fit édifier la sainte chapelle de ce lieu, l'une des plus belles qui se voient, dédiée en l'honneur de saint Louis, où il élut la sépulture de son corps et celle de son cœur dans l'église d'Aigueperse, principale ville de son duché de Montpensier.

Il fut marié deux fois : la première avec Jacqueline de Longvic, comtesse de Bar-sur-Seine, avec des conditions assez rigoureuses pour lui, comme j'ai dit ci-dessus; néanmoins, c'était une dame de grand esprit, courageuse et prudente; il en eut un fils et cinq filles : le fils fut François de Bourbon, duc de Montpensier, qui fera le sujet du chapitre suivant.

La première des filles fut Françoise de Bourbon, duchesse de Bouillon, mariée avec Henri Robert de la Marck, duc de Bouillon, prince souverain de Sedan, etc. Le 7 février 1558, à Paris, elle eut 70.000 livres de dot et elle décéda l'an 1587.

La seconde fut Anne de Bourbon, duchesse de Nevers, laquelle, au retour du voyage d'Espagne où elle était allée accompagner Elisabeth de France, reine d'Espagne, fille du roi Henri II, fut mariée avec François de Clèves, second du nom, duc de Nevers, le 6 septembre 2 1561; ce duc fut blessé à la bataille de Dreux, le 29 décembre 1562, dont il décéda en la ville de Dreux, le 10 janvier ensuivant, sans enfants, et elle mourut du vivant du duc, son père, l'an 1572, qui en porta un extrême regret.

La troisième fut Jane de Bourbon, abbesse de Sainte-Croix de Poitiers, puis de Jouarre, où elle mourut, le 6 mars 1624, et lui succéda en l'abbaye de Jouarre, Jane de Lorraine, prieure de Prouillé, en Languedoc, fille d'Henri de Lorraine, duc de Guise, et de Catherine de Clèves, son épouse.

La quatrième fut Charlotte de Bourbon, princesse d'Orange,

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