CHAPITRE XI
FRANÇOIS, HENRI ET MARIE DE BOURBON DE MONTPENSIER, SEIGNEURS ET DAME DE BEAUJOLAIS, SOUVERAINS DE DOMBES
François, fils unique de Louis de Bourbon de Montpensier et de Jacqueline de Longvic, sa première femme, a été un exemple de valeur et de fidélité, en un temps auquel l'état des affaires aurait bien fait changer de face à tout autre qui n'aurait pas été doué de tant de piété qu'il était. L'an 1562, et ensuite, il suivit son père au siège de Rouen et aux mémorables batailles de Jarnac et de Moncontour, et à la défaite des Provençaux; il succéda au gouvernement d'Anjou, par la promotion de son père au gouvernement de Dauphiné, et encore à celui de Normandie, après sondit père, et eut un tel soin de maintenir la paix dans ses gouvernements qu'il mérita justement les titres de prince craignant Dieu, fidèle serviteur de son roi et amateur du bien de sa patrie.
Le roi Charles IX, connaissant ses mérites, lui confia le commandement de son armée, après le siège de Saint-Jean-d'Angély, quoiqu'il fût jeune, ayant plus d'égard à son mérite et à sa vertu, dont il avait rendu de si bonnes épreuves, qu'à la grandeur et dignité de son extraction; ensuite de quoi il le fit gouverneur du Dauphiné, à cause que cette province divisée avait besoin d'une sage tête pour la ramener à son devoir, ce qu'il fit en partie et aurait continué si le roi Henri III n'eût eu besoin de lui pour accompagner son frère, le duc d'Alençon, à l'expédition des Pays-Bas et ensuite en Angleterre, vers la reine Elisabeth, pour arrêter les conventions de mariage proposées entre son dit frère et la même reine. Il fut un des ennemis de la Ligue, le parti de laquelle il défit en plusieurs endroits, tant es pays de Touraine et de Poitou qu'en Normandie, dont il eut le gouvernement, en l'an 1588, en laquelle il défit la garnison de Falaise, excitée contre le roi
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Henri III qu'il accompagna au siège de Paris, où ayant été tué, il fut un des premiers qui reconnurent le roi Henri IV, le suivit à Dieppe et au signalé combat d'Arqués, où il se porta vertueusement, et ensuite à la bataille d'Ivry où il avait la conduite de l'un des escadrons de l'armée royale; ensuite il réduisit La ville d'Avranches en l'obéissance de Sa Majesté et se trouva au siège de Rouen.
Mais la mort, jalouse de tant de prospérité, lui envia le bonheur de voir la réduction de cette ville, l'ayant assailli en la ville de Lisieux où il rendit l'esprit, le 4 juin 1592, l'année cinquantième de son âge, ayant laissé de Renée d'Anjou, sa femme, un seul fils :
Henri de Bourbon, duc de Montpensier, de Chatellerault et de Saint-Fargeau, pair de France, souverain de Dombes, prince de La Roche-sur-Yon et de Luc, dauphin d'Auvergne, marquis de Mézières, comte de Mortain et de Bar-sur-Seine, vicomte d'Auge, de Domfront et de Brosse, baron de Beaujolais, de Thiery, d'Escole, Montagne-en- Combraille et de Mirebeau, seigneur de Champigny, d'Argenton et de Saint-Severt, lieutenant général du roi en ses armées, gouverneur de Dauphiné, puis de Normandie, lequel naquit a Mézières, en Touraine, le 12 mai 1573, lorsque son père et son aïeul étaient au siège de La Rochelle, sous le duc d'Anjou, lieutenant général du roi Charles IX, son frère.
L'an 1588, il fut gouverneur du Dauphiné, par la promotion du duc, son père, au gouvernement de Normandie. Après la tenue des États de Blois, il eut le commandement de l'armée de Bretagne, où il lit lever le siège que la Ligue avait tenu pendant neuf mois devant Vitré, s'assura de Rennes et se rendit maître de l'affection des habitants qu'il disposa au service du roi; il assiégea et prit la ville d'Hannebond, le château de Chatillon, Moncontour, Guingamp et autres places. Etant gouverneur de Normandie par le décès de son père, il fut au siège de Dreux, où il reçut une périlleuse arquebusade. Il suivit le roi a la conquête de la Savoie et Bresse ; il tint la place du duc de Guyenne au sacre d'Henri le Grand; trois ans après, Sa Majesté l'associa en l'ordre des chevaliers du Saint-Esprit, et en l'assemblée des notables, tenue a Rouen, elle voulut qu'il présidât à la première des trois chambres de cette assemblée.
L'an 1597, et le 27 avril, il épousa Henriette-Catherine de Joyeuse,
fille unique et héritière de Henri, duc de Joyeuse, maréchal de France, et de Catherine de la Valette, duquel mariage ne vint qu'une fille, Marie de Bourbon, de laquelle je parlerai ci-après; il mourut à Paris, le 27 février 1608, âgé de 35 ans, comblé de gloire et de mérites, ayant reçu cet éloge de la bouche d'Henri le Grand, qui rendant raison du regret universel de sa mort répondit parce qu'il avait aimé Dieu, servi son roi, bien fait à plusieurs et jamais n'avait fait tort à personne.
L'an 1559, et le 16e jour de janvier, à Paris, ce prince confirma aux habitants de Beaujolais le privilège de chasser dans le pays que Charles Ier, duc de Bourbonnais et baron de Beaujolais, leur avait accordé à Moulins, au mois de décembre 1436.
Il fit son testament au profit de M. le duc d'Orléans, à Paris, le 13 février 1608, au cas que sa fille vînt à décéder sans enfants et, au défaut de M. le duc d'Orléans, M. le Dauphin, et au défaut de M. le Dauphin, les autres enfants du roi et de la reine ; le lendemain ensuite, il en fit une donation irrévocable entre vifs, excepté la donation qu'il avait faite à Mme Henriette de Joyeuse, sa chère épouse.
Marie, sa fille, duchesse d'Orléans, souveraine de Dombes, prit naissance au château de Gaillon, en Normandie, le 15e d'octobre 1605; après la mort de son père, elle demeura sous la tutelle du cardinal de Joyeuse, son grand-oncle maternel, et ensuite de Mme de Guise, sa mère ; elle avait été accordée, peu de temps avant le décès du duc, son père, le 14 janvier 1608, avec Monseigneur le duc d'Orléans, second fils du roi Henri le Grand, auquel traité, outre le roi, la reine et la reine Marguerite, les princes du sang et autres princes et les officiers de la couronne, intervint le susdit seigneur cardinal, qui de nouveau confirma la donation faite à la duchesse, sa nièce, lors de son mariage avec M. de Montpensier; mais le jeune prince décéda quatre ans après, sans que le mariage eût été accompli avec cette princesse. Mais deux mois après la mort de son père, Monseigneur le duc d'Orléans, frère unique de Sa Majesté, ayant pris naissance au château de Fontainebleau, le 25 avril 1608, le ciel destina ce prince à la consommation du mariage avec cette grande princesse qui n'avait pu avoir son effet par le décès du jeune prince, son frère.
La solennité en fut faite dans le château de Nantes, en Bretagne, le 6 du mois d'août 1626, en présence du roi et de la reine; mais,
comme les choses du monde sont peu assurées, le contentement que toute la France avait conçu de cette belle alliance dura fort peu de temps, puisqu'un an après la duchesse passa de cette vie en une meilleure, le 4 juin 1627, n'ayant encore atteint la 22e année de son âge, laissant une seule fille qu'elle avait eue le 29 du mois de mai audit an, laquelle suivra ci-après.