I. PARTIE
de la Jttuation de Villefranche.
ILLEFRANCHE Capitale de Beaujolois eft à l'entrée de •^"y^ tout le Païs, dont elle fait comme la tefte du coté de &&Jm& midy. Sa fituation eft avantageufe, dans une campagne allez étendue agréable par fa beauté & très vtile par l'abondance des grains qu'elle produit, dont elle paye avec vfure innocente les foins de ceux qui la cultivent. C'eft fur le milieu qu'elle enrichit fes maiftres de fes moifïbns: car aux extremitez elle leur fournit tout ce qui eft neceffaire à la vie des hommes, & à celle des animaux qui les fervent. Vers le couchant cette riche plaine aboutit aux montagnes du Beaujolois, qui par vne Perfpedive agréable bornent la veuë, la recréent par la verdeur de leurs bois, & par les pampres de leurs vignes. Le haut des montaignes eftant couvert d'arbres, dont la couppe fert à beaucoup de commoditez & le bas eftant chargé de vignobles, de diuers plans, de diuerfes couleurs, & de diuers goûts pour l'ufage & pour le plaifir de ses pofTefTeurs. Les arbres fruitiers s'elevent fur les colines & dans la campagne, & donnent de leur abondance à toutes les faifons de l'année, dequoy couvrir les tables, & fatisfaire à l'innocente volupté du goût, qui fe contente des productions de la nature. Ces mêmes colines, qui font au bas des montaignes, & qu'on pourroit prendre pour leurs rejettons, font couvertes de quantité de maifons agréables & diuertiflantes, où les maiftres fe retirent au temps des belles faifons, & rendent à la terre par leurs foins, ce qui entretient fa merueilleufe
1 fécondité.
Cette belle plaine ayant prefté fon terroir à la Ville que je décris ; s'abaifle infenfiblement vers le levant ; elle va porter fes eaux à la Sône, & fe difpofe à recevoir celle de cette rivière bienfaifante dans fes prairies, qu'elle étend le long de fes bords. Ce côté n'eft pas
i moins agréable que l'autre; quoy que l'efpace en foit plus petit : Les jardins qu'on y cultiue, font également fertiles pour le plaifir cv pour
le profit, & les prez dont i'ay parlé, outre Pagréement d'vne verdure qui brille toujours, font fi abondans en herbages, que les habitans de la Ville, après leur vsage, pour les beftes de leurs écuiries & de leur granges, en font vn commerce confiderable.
C'eft dans cette plaine qu'on découvre la Ville de Villefranche. Elle eft au milieu de deux grandes villes, de Lyon & de Mafcon ; dans vne diftance affez éloignée, pour en tirer les commoditez, dont elle à befoin fans eftre incommodée de leur voifinage, comme elle le feroit, s'il eftoit plus proche. Car fi elle à au midy la grande Ville de Lyon, cet après vue feparation de cinq lieues; Et Mafcon quelle regarde du côté du Nort, en eft éloigné d'vn efpace encore plus grand. Ainfi eftant comme vnie à ces deux villes par la Sône, qui fait pour ainfy dire les deux bras de cette vnion, elle entretient le commerce en haut & en bas, donnant ce qu'elle produit, & recevant ce qu'elle defire.
Sa figure eft prefque femblable à la forme d'vne Galère, par fa longueur, vn peu étroite, & par fes deux extremitez, qui s'élevant au nort & au midy, ne reprefentent pas mal la prouë& la poupe d'vne Galère, l'enfoncement du milieu ayant du rapport avec le corps de ce Vaiffeau. La Ville a quatre Portes, qui font vne croix; ce qui ne doit eftre que de bon augure. La Porte qui mené à Lyon, eft appellée la Porte d'Anse; celle qui luy eft oppofée à l'autre bout de la Ville, fe nomme la Porte de Belleville ; à caufe que ces deux lieux font les plus proches de ces deux Portes : & celles qui font la croifée, Pvne qui regarde le couchant s'appelle la Porte des Frères, parce que le Convent des Pères Cordeliers en eft proche, on nomme l'autre la Porte de Fayette.
Ces deux Portes femblent s'ouvrir pour donner paffage à vne petite rivière, qui prenant fa fource dans les montaignes vers le couchant, & ayant arrouzé les champs qui ont eu befoing de fes eaux, entre dans la Ville, luy fournit des commoditez confiderables, & comme fi elle ne couloit que pour elle, fortant de fon enceinte, elle fait moudre quelques moulins, & à l'ombre des faules parmy le vert naifiant des prairies, elle finit fon cours dans la Sône, Mourgon, c'eft ainfi qu'on l'appelle, pour faire de biens à la ville, fe partage en deux branches en y entrant : la plus groffe paffe fous la boucherie, & en nettoyé les immondices ; elle paffe en fuitte fous diuerfes maifons de la grande rue de la Ville, fous de grandes voûtes faites exprés pour la loger & la
recevoir; après quoy elle fe va joindre hors des murailles à l'autre branche, qui n'eft pas moins glorieufe des biens qu'elle a faits : car après fon pafTage dans l'Hôpital de la Charité, ou par divers vfages, elle apporte tous les avantages qu'on tire de cet élemèt, elle paroit au milieu de la Ville, dans vn grand refervoir, où elle eft arrêtée dans des coffres de bois, pour y conferver le poilîbn, ou qu'elle porte, ou qu'on luy confie. Ainfi ces deux branches fervent à la nourriture des Habitans, & le secourent également dans la diverfité de leurs viandes.
Les maifons de la Ville font belles, commodes, toutes bâties de pierre de taille, avec des tours fur beaucoup de montées, qui portent la veuë auffi loin que la campagne fe peut étendre, & qui dehors font vn afpect très agréable, par leur nombre, & par la diverfité de leur conftruction. Aux deux coftez de la grande rue, deux autres s'étendent fur les ailles de la même longueur, outre plufieurs petites rues de traverfe, qui fe communiquent avec la grande. Mais cette grande rue eft fi remarquable, par fa longueur, par fa largeur, & par la beauté de fes bâtimens, qu'on ne peut la voir fans admiration, & fans vn plaifir fingulier. Comme la Ville eft fur le grand chemin de Bourgongne, entre Lyon & Mafcon, comme je i'ay dit ; Il femble que les Fondateurs ayent voulu luy donner vn caractère particulier, par la beauté de cette rue, & qu'ils ayent fait ce que la nature fait tous les jours, laquelle ne paroit pas moins dans fes petites productions, que dans les plus grandes.