‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 151 sur 171 · IL PARTIE · texte numérisé non relu

IL PARTIE

La fondation de la Ville.

TTiMr E parle de fes fondateurs, quoy qu'il y ayt quelque obscuf I f rite à les difcerner, & que Villefranche ait cela de comtÇ*!**!*^ mun avec beaucoup de grandes Villes, que l'origine en foit cachée, & qu'on connoiffe fes progrés, fans en fçavoir les commencemens. Ce qui eft certain, c'eft que Villefranche a efté bâtie

par vn Seigneur de Beaujeu. Et ce lieu demanderoit qu'on traitât au long de cette Illuftre & grande Maifon. Mais veu que ce n'eft pas fon Hiftoire que j'écris, & que ce grand fujet m'éloigneroit trop de celuy ou ie me fuis attaché, ie me contenteray de dire en peu de paroles ; qu'après la Maifon Royale, la France à peu de Familles plus anciennes, ny plus Illuftres par leur employs, que la Noble Maifon de Beaujeu. Elle paraît grande dés fon origine. Omfroy Comte de Beaujeu, eft le premier dont l'Hiftoire parle, qui vivoit au neufviéme fiecle du temps de Hue Capet, premier Roy de la troifiéme race : Et ce Comte pofîedoit alors tout le Beaujoflois, lequel de fon étendue enfermoit les deux bords de la rivière de Sône.

Ce qui eft au deçà de ce Fleuve, & qui eft le vray Païs de Beaujolois, eftant diftingué de l'autre Païs par vn nom qui monftroit qu'il eftoit compris dans la France, ce que figniffient ces deux mots Latins, à parte regni : comme les deux autres, à parte Imperij, du côté de l'Empire, montrent que les terres qui y font comprifes eftoient venues de l'Empire. Et ces terres contiennent le Païs de Dombes, que les Seigneurs de Beaujeu polfedoient en toute Souveraineté, fous le titre de Comté, de Baronnie & de Sirie ; après qu'ils eurent acquis ce Païs des Roys de Bourgongne.

Les descendans de cet Omfroy, bien loin de dégénérer d'vn Père si confidérable, ont augmenté en beaucoup de rencontres la splendeur & la grandeur de leur Maifon : Ils ont eu les plus belles charges de la Couronne, comme celle de grand Chambellan ; Il y en a eu de Généraux d'Armées, de Maréchaux de France, quelques-vns mêmes font montez au plus haut degré d'honneur, ou vn Seigneur en France puiiTe eftre élevés qui eft d'eftre Conneftable; Ils fe font fignalez dans les guerres Saintes par leur pieté & par leur valeur, on trouve encore dans Conftantinople des marques du courage de Guichard Seigneur de Beaujeu, qui fe fit confiderer par des a étions extraordinaires ; lors que les François allans à la Terre Sainte, prirent cette Ville Impériale, & y établirent le Comte de Flandres pour Souverain.

Ce même Seigneur de Beaujeu pour laiffer de (qs marques à la pofterité, dans cette même Ville de Conftantinople, y fit baftir vne Tour appellée la Tour de Beaujeu, où il fit mettre vne table d'Airain, fur laquelle fe voit encore écrit aujourd'huy, Tunis BeUijocenfis. Leurs

alliances avec les plus Illuftres Maifons de France, même avec la Royale, ont mêlé leur fang avec la plus éclatante Nobleffe du monde : leur fainte magnificence paroit aulîl dans les fondations qu'ils ont faites, des Chapitres, des Abbayes, & des Hôpitaux qui fubfiftent encore dans les Provinces qu'ils pofîedoient, à l'éternelle gloire de leur nom. Et cet à ces Seigneurs que la Ville de Villefranche doit fa fondation, fes progrés, & fon parfait établifTement.

Il eft vray qu'elle peut accufer les premiers Habitans de quelque forte de négligence, de n'avoir pas remarqué, & tranfmis à la postérité le nom du premier & véritable Fondateur, qui la comme tirée du néant, & rendue fi confiderable, qu'elle eft la Capitale de tout vn Pais. I'ay leu exactement ce que vous m'avez communiqué des doctes & curieufes remarques que Me François de la Praye en a faites, Avocat célèbre dans vôtre Ville, homme de bon fens, & d'vne probité reconnue. Après avoir leu toutes les Chartres qui font dans les Archives de vôtre Trefor, il avoué* qu'il n'a pu venir à la fource du Fondateur, & il fe contente d'en marquer quelques ruifïeaux, félon que ces Chartres les luy découvrent. le fuivray fes traces, & laifferay conclurre au Lecteur ce qu'il jugera de vray femblable.

Le Titre le plus remarquable en ce point eft de l'An 1131. du 12. de May, où font contenus les principaux Privilèges, que les Seigneurs de Beaujeu ont accordez à la Ville de Villefranche ; & où le Seigneur qui les donne parle en ces termes : Quondam Humbertus Pater extitit Fundator Villxfrancx. Cet Humbert eftoit père de Guichard premier, lequel Guichard eftoit l'Auteur de ces Privilèges : ainfi la fondation de la ville auroit efté faite par Humbert, au commencement de l'vnziéme Siècle. Vn autre Titre qui confirme les mêmes Privilèges, en datte du mois de Novembre 1260. femble encore établir la fondation par cet Flumbert : voicy comme parle ce Seigneur, qui eft Guichard fécond du nom : Humbertus pater Dominus Bellijoci, qui Fundator extitit Villxfranchx, in ipfa Fundatione dédit & conjiituit Villamjrancam libérant, &c. En fuitte il nomme les Seigneurs fes Predecèffeurs, qui avoient confirmé les mêmes Privilèges ; fçavoir Guichard, qui prxdiclo Humberto jucejjit ; & puis vn autre Humbert, de qui il fe dit eftre le fils. Dequoy l'on peut conclurre ce me femble, que ce premier Humbert fut le Fondateur de la Ville; & que lors que Guichard fécond le nomme fon

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Père dans l'Aête dont nous parlons; il veut dire qu'il eft fon Ayeul ou fon père médiat ; ce qui fe conjecture par ce mot quondam, Se ce qui fe vérifie clairement ; en ce que le même Guichard, ayant nommé Humbert fécond, le nomme fon Père : & fe dit eftre fon fils. Or le même Guichard ne pouvant pas avoir deux pères, il faut venir neceflairement à l'explication que j'apporte & la recevoir.

le croirois même que les deux Humberts premier & fécond, peuvent eftre appeliez Fondateurs de la même Ville : Le premier y ayant fait bâtir vn nombre de maifons suffifant, pour le commencement d'vne Ville ; Et le fécond l'ayant fermée de murailles, & flanquée de tours. Au moins eft-ce le fentiment de Monfieur de la Praye ; fi j'ay bien fçeu le pénétrer. Quoy qu'il en foit du Fondateur ; il eft certain que la Ville n'eft parvenue à la grandeur ou elle eft, qu'après de foibles commencemens. La tradition commune dans le Païs est, qu'il y avoit vne grande Tour, qui dure encore, & qui eft à la porte d'Anfe, du côté de Lyon; & qu'on l'appelloit la Tour du Péage; à caufe qu'on y levoit vn droit, pour les Seigneurs de Beau jeu, félon la coutume de ces temps-là. L'occafion de ce Péage fit qu'on bâtit plusieurs maifons au prez de la Tour; veu même que c'eftoit vn lieu de pafïage, fur le grand chemin de Bourgongne. Ces maifons firent vn Bourg, qui eftoit dans la Parroiffe de Limas, & ne furent pouffées que jufqu'à l'endroit, ou l'on voit encore aujourd'huy vne Tour, que l'on appelle la Tour de Liergues : C'eftoit vers le couchant; & il y avoit vne Porte qu'on a murée.

Ce Bourg ou cet amas de maifons s'avançoit hors de la principale Tour, dans tout l'efpace où eft prefentement le grand Cimetière, hors la Porte d'Anfe. L'Eglife eftoit dans ce même lieu, fous le titre de fainête Marie Magdeleine : en mémoire de quoy, le Curé Se les Ecclefiaftiques de la grande Eglife, ou eft maintenant la Parroiffe de la Ville, vont en Proceftion tous les ans le Dimanche des Rameaux en ce grand Cimetière, accompagnez des Habitans, & ou le Preftre qui officie, bénit les Rameaux, félon la coutume de l'Eglife. Il arriva donc que ce Bourg fe trouvant avantageufement fitué, Se plufieurs Habitans s'y venants loger; les Seigneurs de Beaujeu l'augmentèrent, le firent fermer de murailles, & en firent vne Ville. Et pour l'acroître de plus en plus, ils luy donnèrent des Privilèges confiderables, avec le nom de Ville-

franche ; à caufe des franchifes & immunitez, dont ils l'ornèrent plus qu'aucune autre Ville de leurs Seigneuries.

Mais avant que de quitter cette Noble & ancienne Maifon de Beaujeu, le Le&eur remarquera, qu'elle finit en vn Prince nommé Edouard, lequel n'ayant point d'enfant, fit Donnation l'an 1400. de toutes Tes belles & riches terres, à Louïs Duc de Bourbon, qui eut le furnom de bon Duc, à caufe de la finguliere douceur de cette Maifon de Bourbon. Les mêmes Seigneuries ont efté dônées à la Maifon de Montpenfier; de laquelle l'vnique heretiere Marie Princefte deDombes, fut mariée à fon Altefïe Royale le Duc d'Orléans frère vnique de Louïs XIII. Cette Maifon de Beau jeu, ayant ce rare avantage, que de croître en gloire & en honneur, par ce qui fait déchoir, & ce qui ruyne les autres maifons : le manquement d'enfans & de fuccefteurs légitimes n'ayant fervy qu'à l'élever jufques à la Maifon Royale. Il n'y eut qu'vne fille de ce mariage, qui eft fon AlteiTe Royale Madmoifelle, Souveraine de Dombes, & Dame du Beaujolois. Venons maintenant à l'accroiffement de la Ville, & commençons par l'Eglife.

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