VIII. PARTIE
De la Mai/on de Ville,
^HHNp L ne me refte plus à déduire, que ce qui regarde vôtre •$• I •$• Maifon de Ville, & l'autorité de vos Echevins. le trouve *|*|*»|/|» dans vos Mémoires, que ce droit de fe faire des Magiftrats, que les Roys & les Republiques accordent aux Villes, qu'ils confiderent, par leur grandeur, par leur importance, & par leur fidélité; que ce droit, dis-je qui eft toujours accompagné de fes Privilèges, a efté accordé à Villefranche, dés que les Princes de Beaujeu l'ont établie la Capitale de leur Païs. Le premierTiltre qui fe prefente eft de l'an 1360. par lequel Antoine Seigneur de Beaujeu, qui eftoit né à Villefranche, & qui outre les raifons qu'avoient fes Predecefteurs d'élever vne Ville, qui eftoit leur pur ouvrage, vouloit encore faire du bien au lieu de fa naiftance, que ce Seigneur accorda ou confirma par lettres Patentes, le droit d'Echevinage à la Ville de Villefranche, donnant pouvoir aux Habitans de choifir parmy eux ceux qu'ils voudroient, pour eftre Confiais & Echevins, & d'avoir Maifon de Ville, pour s'y affembler, & délibérer de leurs affaires, fous la direction des Echevins qu'ils choifiroient. Que ces Echevins choifis par eux, auroient l'autorité de les appeller aux aflemblées, lors qu'ils le jugeroient à propos, finis en demander permiffion au Prince, qui ne fe refervoit autre chofe que le droit d'exiger le ferment des Echevins, après leur nomination ; lequel il recevroit quand il fe trouveroit dans la Ville; & en fon abfence, fon Bailly le recevroit, ou fon Lieutenant General, le Procureur General y eftant prefent. Il leur accorde par le même A été, le droit de Seau, pour s'en fervir, voulant qu'il ayt la même force & le même effet que le sien.
Ce n'eft pas comme ie l'ay dit, que les Seigneurs de Beaujeu, 1 n'ayent accordé avant ce temps là, de grands Privilèges à cette Ville, j qu'ils confideroient dés lors, comme la Capitale de leur Païs. Auifi ie ! vois que dés l'année 1260. Guichard quatrième accorda des Privilèges
à Villefranche, que fes SuccefTeurs les augmentèrent ; & que Louys les amplifia ; Ce Louys eftoit fils de Renaud Comte de Forets, mary d'Ifabelle Dame de Beaujeu ; & l'Acte de la confirmation des Privilèges, eft du 12. de Mars 133 1. En fuitte les mêmes Privilèges furent confirmez par cet Antoine que i'ay nommé, Tan 1369 par Edouard le dernier Seigneur de la Maifôri de Beaujeu, le 25. de May 1399. Par Louys de Bourbon, l'an 1400. avec la vérification des gens des Comtes de Beaujoloispour le Seigneur, du 19. Décembre, de la même année. Par Anne de France, Ducheffe de Bourbonnois, Dame de Beaujeu, par fes lettres Patentes données à Villefranche le 15. Novembre 1413 Par Charles Duc de Bourbon, parTes lettres aufîi données à Villefranche au mois d'Aouft 1434. Par Iean Duc de Bourbon en 1463. Et par Pierre Duc de Bourbon, au mois de Mars 1489.
On voit encore dans les Tiltres de la Maifon de Ville, que les Baillifs de Beaujollois, & leurs Lieutenans, font obligez à leur inftalation, de iurer dans la Maifon de Ville, qu'ils maintiendront & obferveront les Privilèges de la Ville. Cela fe iustifie par diverfes iuflions, que les Princes en ont faites en divers temps. Vous avez celle de Louys de Bourbon donnée à Ganat le 25. de Mars 1408. par laquelle il commanda au Bailly de Beaujolois ; de iurer les Privilèges de Villefranche.
La même chofe fe iuftifie par les lettres Patentes, de la PrincefTe Anne Dauphine de Bourbonnois, du 15. de Novembre, en l'an 1413 . par le ferment que prêta Gilles Seigneur de faincl: Prieft & de Vaux, en qualité de Baillif de Beaujolois, le 8. de Février 145 1. par d'autres lettres de iuilion de Iean Duc de Bourbon, au même lieu au mois de Février 1463. Iean Dalbô Chevalier Seigneur de faint André, Baillif de Beaujolois pour Madame Louife de Savoye mère du Roy François I. les jura dans l'Hoftel de Ville le 9. Iuin 1528. félon qu'il y eftoit tenu, & que fes Predecefîeurs avoient obfervé de tout temps, entrant dans leurs charges. Autres lettres de pareille juifiô du Roy François I. données à Lyon au mois de Décembre 1533. au Baillif, luge & autres Officiers, & jufticiers de jurer & faire obferver ces mêmes Privilèges. Autres lettres de Louïs de Bourbon Duc de Montpenfier données à Paris au mois de May 15 61. commandant au Baillif de Beaujolois de iurer lefdits Privilèges. Autres femblables lettres de François de Bour-
bon Duc de Montpenfier, données à Rouen, au mois de Iuin 1588 Autres de Henry de Bourbon auffi Duc de Montpenfier, données à faint Quentin, au mois de May 1596.
Edouard dernier seigneur de Beauieu, eut plufieurs démêlez avec les Habitans de Villefranche, qui ayans moyenne leur accommodement prés de luy, ils obtinrent divers Privilèges, entr'autres celuy d'exemption de Péages en toute fa terre, tant deçà que de là la rivière de Sône ; c'eft accord eft du 25. May 1399. confirmé par Iean Duc de Bourbonnais, par fes lettres données à Villefranche le dernier Février 1463. deùement vérifiées par les gens de fon Conseil, & ce même Duc les confirma à Moulins le 5. May 1470.
Dans ces mêmes Privilèges il y a conceffion de Foires & Marchez pour cette Ville, aufquelles ayans efté troublés les Habitans, ils eurent recours au Roy Henry IV. lequel par fes lettres Patentes données à Paris le 23. Février 1602. confirma les Privilèges des Foires & Marchez de Villefranche, fit deffences à toutes perfonnes de les troubler, avec injonction au Baillif de les en faire ioûir comme auparavant.
Les Habitans de Villefranche avoient auffi de toute ancienneté efté gratifiés du Privilège de toute forte de' chaffe par les anciens Seigneurs de Beaujeu ; depuis en l'année 1436. ce Privilège leur fut confirmé par Charles Duc de Bourbonnois, Seigneur de Beaujeu, non feulement aux Habitans de Villefranche, mais à tous les Habitans du Pays de Beaujolois, aufquels par fes lettres Patentes, il vendit ce droit de Chaffe douze cens cinquante écus, de laquelle, la ville de Villefranche en paya quarante royaux à fa part, comme fe iuftifie par la quittance eftant dans la Maifon de Ville.
Ce Privilège de toute forte de Chaffe a depuis efté confirmé aux Habitans de Villefranche par Arreft du Parlement de Paris rendu en l'année 1494. avec les Officiers & Commiffaires du Duc de Bourbonnois qui avoient fait deffences aufdits Habitans de Villefranche de chaffer, bien qu'ils en euffent les Privilèges, que l'on verra avec cet Arréft à la fin de ces Mémoires.
La Ville jouît encore de plufieurs autres Privilèges, qu'on peut lire dans l'Extraiét qui en a efté fait, qui fe verra auffi en fuitte de ces Mémoires.
Ce que ie trouve encore de coniiderable, cet l'antiquité de vôtre
Confulat; lequel depuis plus de trois cens ans s'eft toujours confervé fans interruption, prefque dans la même forme que vous obfervez maintenant. Vos Regiftres fort exacts & fort fidèles, nomment tous ceux qui ont exercé cette charge d'Echevin; ce qui ne témoigne pas feulement l'exactitude des Secrétaires, mais ce qui fait voir encore l'eftime que l'on faifoit de cette charge, & de l'honneur de la pofTeder. Il paroît par ce Regiftre, qu'il y a toujours eu quatre Echeuins dans Villefranche ; que tous enfemble font pendant deux ans dans cet employ ; que chaque année deux fortent de charge, & que les deux qui font nommez prennent leur place, les deux plus anciens quittans à la fin de leurs deux années.
La nomination fe fait tous les ans à la fin de l'année, le Dimanche avant la Fefte faint Thomas, dans la Maifon de Ville, où les Officiers Bourgeois & Habitans font convoquez, & après que l'ancien des deux Echevins, qui doivent fortir de charge, à fait la propofition d'vne nomination, pour les deux années fuivantes, fait fon compliment & remerciement à la Ville, l'on procède à la nomination de deux nouveaux Echevins, à la pluralité des voix de l'affemblée, de laquelle nomination, Monfieur le Procureur du Roy ayant requis Acte, il eft octroyé par Monfieur le Lieutenant General, ou l'Officier du Baillage, qui fe trouve prefider en fon abfence. En fuitte les deux nouveaux Echevins ayans prefté le ferment devant Monfieur le Lieutenant General, en prefence de Monfieur le Procureur du Roy, ils ont l'honneur d'aller vers Monfeigneur le Gouverneur de la Province, prefter le Serment de fidélité qu'ils doivent au Roy, entre les mains de Monfeigneur, qui leur en fait délivrer l'Acte en bonne forme.
Apres cette nomination les Echevins nomment les Recteurs des Pauvres, du luminaire de l'Eglife Parroiffiale, & vn autre pour le banc qu'on nomme des Trépalîez, qui tous rendent compte de leur maniement aux Echevins.
Ils nomment & pourvoyent feuls les Officiers, qui dépendent de la Maifon de Ville, comme le Capitaine Enfeigne, le Secrétaire, l'Advocat & le Procureur, tant de la Ville que des Pauvres, les quatre Sergens de Ville, quatre Mande-ville, les quatre Portiers des quatre Portes, les deux Tambours & le Trompette. Ils nomment encore l'Organifte, le Recteur du Collège, le Marguillier fonneur de cloches, & con-
duéteur des horloges, & leur font payer leurs gages. Ils font encore en pofTefîion de choifir & prefenter à Monfeigneur l'Archevefque de Lyon, vn Prédicateur, pourl'Advent & le Carême, que la Ville paye tous les ans.
Quand il eft neceflaire de mettre les Habitans fous les armes, par la permifîion de Monfeigneur le Gouverneur, foit pour quelque parade, ou entrée de quelque Prince ou Seigneur, ou faire garde aux portes, c'eft aux Echevins à commander les armes, ils ont vn Capitaine Enfeigne qui les commande fous eux, le fieur Advocat de Phelines exerce cette charge avec honneur depuis l'année 1616. qu'il en fut pourveu par les Echevins.
Les Echevins ont la garde des clefs des Portes de la Ville, donnent le mot du Guet en temps de guerre, & lors qu'ils reçoivent les ordres du Roy, & de Monfeigneur le Gouverneur, pour faire garde aux Portes.
C'eft aufli à eux que font addreflez les ordres du Roy & de Monfeigneur le Gouverneur pour les paflages, logemens de gens de guerre, qu'ils font par billetz dans la Maifon de Ville, & ont foin de faire fournir l'Eftape par les Eftapiers nommez.
Ils ont l'honneur de porter le Poefle fur le faint Sacrement reveftus de la marque Confulaire, le iour de la Fefte Dieu, & aux autres occasions importantes, où l'on porte le faint Sacrement parmy la Ville aux Procédions générales; ils ont leur feance à la gauche & dedans le Chœur de l'Eglife Parroifliale, & quand ils marchent en cérémonie, revêtus de la marque Confulaire, ils font précédez des quatre Sergens de Ville, portans leurs halebardes, du Secrétaire de la Ville, & fuivis des quatre Mandeville portans leurs manteaux violets.
Ils font en pofTefîion de tout temps d'impofer, & faire dans la Maifon de Ville eux feuls, les Rolles des Tailles mandées impofer fur les Habitans contribuables dans la Ville, après en avoir receu les Commiflions, de Meffieurs les Officiers de l'Election, & les Rolles faits & vérifiez, ils les remettent aux Collecteurs nommez par eux Echevins, pour en faire par ces Collecteurs la levée & acquits aux Receveurs des Tailles en exercice. Dans ces Rolles des Tailles de la Ville les Echevins y doivent quelques fommes de deniers à eux concédez par lettres Patentes de fa Majefté, pour eftre employées annuellement, tant pour
les réparations des murailles, pavez de la Ville, que pour payer les gages des Officiers. Ils font auffi en poffeffion d'examiner, clorre & arrêter dans la Maifon de Ville, les comptes du maniement que les Echevins ont eu des deniers & affaires de la Ville.
Comme il n'y a point de Sindicqs dans le Païs de Beaujolois, les Echevins de Villefranche convoquent & font affembler dans la Maifon de Ville, les autres Chatelenies du Païs, qui font au nombre de huicl, compris Villefranche; fçavoir Belleville, Beaujeu, Chamelet, Lay, Perreux, Thizy, & Amplepuis, pour délibérer, dans l'Hôtel de Ville, des affaires générales qui regardent la Province, les proportions faites de l'affaire, dont il s'agit, parles Echevins de Villefranche, les députez envoyez parles Chatelenies donnent leurs voix, commencent par Villefranche, & en fuitte les autres en leur rang & ordre, les délibérations font arrêtées à la pluralité des voix, & paffent dans la Province, comme fi chaque Parroiffe en particulier avoit donné fa voix dans l'affemblée, ou prefide Monfieur le Lieutenant General en prefence de Monfieur le Procureur du Roy, qui requièrent & donnent acte des délibérations, mifes fur le Regiftre de la Maifon de Ville, par le Secrétaire, qui en expédie les Actes à ceux, qui en ont befoing.
Autrefois les Echevins de Villefranche convocquoient l'afïemblée des trois Eftatz du Païs, comme il paroît par les lettres de Iean Duc de Bourbonnois & d'Auvergne, à eux adreffées fous ces mots. A nos très chers & bien aymez les Echevins, Bourgeois & Habitans de nôtre ville de Villefranche. Le Duc de Bourbonnois & d'Auvergne
Tres-chers & bien amez, Pour aucunes chofes touchant tres-gran dément le bien & vtilité de nôtre Païs de Beaujolois : Vous mandons aflembler, les gens des trois Eftats de notredit Païs de Beaujolois, en nôtre ville de Villefranche, au 19. du mois d' Octobre prochain venant, aufquels iour & lieu, beau-frere de Beaujeu fera, & fera expofer de par Nous lefdites chofes; Si vous mandons que foyez audit iour, ou aucuns de vous les plus fuffisans pour ouïr &confentir lefdites chofes, & en ce ne devez aucunement faillir, tres-chers & bien amez, nôtre Seigneur foit garde de vous; écrit à Paris le 19. Septembre, figné Iehan, & plus bas Petide.
Pour faire voir que nos Roys ont confideré cette Ville, comme vne des principales de leur Royaume, le Roy Charles IX. ayant par fon
Edît du mois de Novembre 1563. crée des luges Confuls des Marchands en toutes les Villes marchandes de fon Royaume; Le même Roy par autres lettres Patentes du mois de Mars 1566. fit l'honneur à cette Ville, & donna pouvoir aux Echevins d'élire cinq notables Bourgeois & Marchands, pour juger du fait des marchandifes, à l'inftar de la Ville de Paris, les lettres deûement vérifiées au Parlement de Paris oùy & confentant Monfieur le Procureur General.
La ville de Villefranche a auffi Privilège de Foires & Marchez, & dans les Papiers de la Maifon de Ville, il y a lettres Patentes de Madame Marie de Berry Ducheffe de Bourbonnois & d'Auvergne, du premier Ianvier 1427. qui luy donna deux Foires; fçavoir qu'outre la Foire de faint Simon, elle en auroit vne les Lundy & Mardy avant la Chandeleur, & vne autre les Lundy & Mardy avant l'Accenfion ; ces Foires confirmées comme il a efté dit cy-deffus par le Roy Henry IV. en 1602. mais elles ne font pas meilleures, que les Marchez ordinaires de la ville, qui font tous les Lundy de chaque femaine ; & quand il fe trouve vne Fefte double, le Marché eft remis au landemain : ces Marchez font confiderables, par le négoce des toiles, vente des beftiaux, & particulièrement par la vente des bleds à la Grenette, que l'on peut dire débiter autant de bleds, qu'en aucune Grenette de France, eu égard à l'étendue de la Ville.
Il y a vn Collège dans la Ville, où le Reéleur tient diverfes Gaffes, pour enfeigner à lire, à écrire, & la langue Latine, autrefois il a efté meilleur ; mais depuis l'établifîement des Collèges voifins tenus par les Pères Iefuites il a diminué de fa fplandeur. Il eft forty de cette Ville quantité d'hommes Illuftres & fçavans. Papirius Maffon dit y avoir étudié, ie diray quelque chofe de fes perfonnes, à la fin de ces Mémoires.
Il y a dans la Ville deux exercices honnorables, établis pour le divertiffement, & pour exercer l'adreffe des Habitans; fçavoir les jeux de l'Arc, & de la Sible, ou de l'Arquebuze, ils font hors la porte de Fayette, il y a deux lieux deftinez à cet effet, le long des murailles de la Ville, annuellement au mois de May les Chevaliers de l'vn & de l'autre jeu, tirent chacun vn oizeau, & celuy, qui l'abbat, en eft le Roy toute l'année, & jouit de certains Privilèges entr'eux. On y propofe divers prix, principalement au jeu de l'Arquebuze, ou fe tirent fouvent des prix confiderables, aufquels les Chevaliers de l'Arquebuze
des Villes voifines, comme Lyon, Mâcon, Châlon, Bourg, Trévoux, & autres leur font l'honneur de venir tirer. Ils y font receus & régalez avec tout l'empreffement qu'on peut s'jmaginer ; comme aufîi les Chevaliers de l'Arquebuze de Villefranche vont tirer aux prix, qui fe propofent dans les mêmes Villes, portant l'Etendart aux Armes de cette Ville, & font receus par les Chevaliers & régalez de la même manière.
La Ville de Villefranche porte pour Armoiries, de Gueules à la Tour d'Argent, maffonnée de fable, au chef de Bourbon ou de France. La Princeffe Anne de France femme du Prince Pierre Seigneur de Beaujeu, & douairière Beaujolois, voulant gratifier la Ville de [Villefranche, & décorer fes Armes, y adjouxta le chef des Armes de Bourbon, qui eft d'azur à trois fleurs de Lis traverfée d'vn filet ou bâton péri en bande de Gueules : Comme les portoit la Maifon de Bourbon ; cette conceffion fut faite à Moulins au mois de Novembre 1514. La figure des armoiries efh peinte dans les lettres de la conceffion, & au commencement de ces Mémoires ; voicy la teneur des lettres.
Anne de France Ducheffe de Bourbonnois & d'Auvergne Comteiïe de Clermont, de Forets, de la Marche, & de Gien, Vicomtelfe de Cariât, de Murât, de Chateleraut, Dame de Beaujolois, d'Annonay, de Rochereynier, & de Bourbonlancy; Sçavoir faifons, à tous prefens & advenir, que nous reduifans à mémoire la bonne loyauté parfaite amour, & vraye obe'uTance que nos chers & bien amez les Echevins, Bourgeois, manans & Habitans de nôtre ville de Villefranche en nôtre Pais & Baronnie de Beaujolois, ont toujours montrée envers feu nôtre très-cher Seigneur & Epoux le Duc, que Dieu abfolve, nous & autres nos Predeceffeurs de la Maifon de Bourbon, ont & continuent de bien en mieux envers nous ; confiderant aufîi que ladite Ville eft la principale, & Capitale dudit Païs, & qu'elle eft remplie de plufieurs bons & notables perfonnages de divers Eftats ; lefquels comme reprefentans le Corps & Communautez de ladite Ville ont de longue ancienneté acoutumé d'avoir les Armes de ladite Ville ; à fçavoir eft vn écu de Gueules, à vne Tour d'Argent ; voulant de nôtre part pour confideration & reconnoiilance, des chofes deiTus dites, icelles Armes leur décorer, & lefdits Echevins, manans & Habitans acroitre en honneur & en dignité, & les faire participans en nos bienfaits & liberalitez, à ce que cy-apres foient toujours plus enclins de perfeverer en leur dite
obeiffance ; à iceux pour ces caufes, & autres à ce nous mouvans, avons de nôtre grâce, libéralité, plaine puiiïance, & authorité, donné & o&royé, donnons & octroyons, par ces prefentes, vn chef des Armes de la Maifon de Bourbon, & des nôtres, par defîus les leurs, félon la forme & manière, qu'elles font cy peintes, & figurées ; voulans & oétroyans, que lefdites Armes, ils puiffent d'orénavant à perpétuel avoir prendre & porter, & icelles mettre & afficher aux portaux, Tours & autres lieux de ladite Ville, & ailleurs ou ils voudront, & que bon leur femblera, & tout ainfi qu'on à acoutumé de faire aux autres bonnes Villes de ce Royaume, en mandant à tous nos Iufticiers, Officiers & fujets, que lefdits Echevins manans & Habitans de Villefranche, & leurs fucceffeurs ores, & pour le temps à venir, ils ne troublent, & n'empêchent en l'effet & contenu defdites prefentes, mais les en laiffent jouir paifiblement, fans aucunement venir au contraire : Car tel efl nôtre plaifir, & afin que ce foit chofe ferme & fiable à toujours; Nous avons fait mettre nôtre Seel, à cefdites prefentes, fauf en autres nôtre droit, & l'autruy en toutes. Donné à nôtre Châtel de Moulis, au mois de Novembre l'an de Grâce mille cinq cens & quatorze, par Madame la Duchefîe ; les Sires de Coulan & de Mortare, du premier Prefident des Comtes, & de Brigneu, Maître des Eaux & Forets de Beauiolois & autres prefens, figné Billon, & feellé du Seau de la Princeffe.
Il ne faut pas oublier qu'il y a tiltres dans la Maifon de Ville, qui obligent les ParroiiTe voifines & confignes à la Ville, d'y tenir faire Guet & Garde, en temps de guerre, & contribue aux réparations des murailles, comme retirans leurs perfonnes & biens dans la Ville, en temps de guerre. Ces Parroiffes font Pommiers, Limas, Beligny, Chervinges, Glaizé, Oully, Arnat & Rognains.
Les Echevins voulans de plus en plus décorer la Ville, y ont fait établir depuis quelques années vne Imprimerie, pour la commodité du Public.
Avant que de finir ces Remarques fur nos Mémoires, ie diray encore trois chofes, dont l'vne regarde la fidélité & la valeur de vos Habitans; & l'autre la Pieté libérale des anciens Seigneurs de Beaujeu. Pour la première, j'aprens par ce titre ancien, qui efl: dans vôtre Maifon de Ville, qu'vn Seigneur de Beaujeu, qu'il ne nomme pas, auoit vn démêlé contre le Comte de Breffe, qui eftoit voilin de la
Dombe, poiledée par les Seigneurs de Beaujeu. Comme en ces tempslà les Princes & les grands Seigneurs plaidoient & vuidoient leurs procès par les armes; Il y eut vne forte guerre entre ces deux Seigneurs de Beaujeu & de Breffe; le premier eut du malheur en quelques combats, & fut contraint de fe retirer à Belleuille, où le Comte de Breffe pouffant fa victoire, le vint affieger auec fes troupes viclorieufes. Mais le feigneur de Beaujeu trouua le moyen de fortir, & vint à Villefranche chercher du fecours. Les Habitans ne balancèrent point à luy en donner : Ils fe faignerent, dit le Regiftre, & luy fourniffant de l'argent & des hommes, il fit promptement de nouuelles troupes, vint attaquer le Comte deuant Belleuille, le défit, le prit prifonnier, & reconquit tout fon pays de Dombes, qu'il au oit perdu.
Ce que Guichenon rapporte dans fon Hiftoire de Breffe, fait encore voir l'eftime que les Seigneurs de Beaujeu auoient pour la Capitale de leur Pays. Il dit qu'en l'année 1409. Louis Duc de Sauoye, prétendant que le jeune Comte de Clermont, Baron de Beaujeu, luy denioit quelque hommage, pour quelques terres fcituées en Dombes, ils conuinrent de s'affembler à Villefranche en Beaujolois, & les Ambaffadeurs ou Commiffaires, qui s'y trouuerent du côté du Duc de Sauoye, furent Pierre de Marchant, Chancelier de Sauoye, Iean de Seiffeil, Seigneur de Barjat & de la Rochette, Maréchal de Sauoye, Guillaume de Bolonier, Maître des Requeftes, & Iean de Lorney, Efcuyer de Sauoye; Et pour le Comte de Clermont, Baron de Beaujeu, le Seigneur de la Fayette, Maréchal de France, le Seigneur de Chalamont, le Sénéchal de Bourbonnois, le Seigneur du Chatel, Gafton Gafte, Seigneur de Luppé, le Bailly de Beaujolois, Maître Gilles Baffier Docteur es Droict.ts, Louis de la Vernede luge de Foretz, & Pierre Balarin Licentié es Loix, luge de Beauiolois. Lequel traiclé & accommodement fut depuis figné par le Duc de Sauoye, & le Comte de Clermont, Baron de Beauieu.
Pour la Pieté des Seigneurs de Beauieu, il en refte trois infignes monumens dans le Beauiolois, qui félon les apparences, ne dureront pas moins que le monde. Ce font trois Fondations illuftres, d'vne Eglife Collégiale, & de deux Abbayes. Car en l'an 1032. Beraud Seigneur de Beauieu, & la Dame Vandermode fon Epoufe, fondèrent vn Chapitre de Chanoines, & leur bâtirent vne Eglife dans leur Château
de Beauieu ; lequel Chapitre fubfifte encores, à la gloire de Dieu, & à l'auantage de tout le Pays ; l'Eglife eft dédiée à la fainte Vierge. L'an 1158. Humbert deuxième du nom, fonda de mefme vne Eglife Collégiale à Belleuille, à l'honneur de la fainte Vierge, comme celle de Beauieu ; Et l'Eglife fut confacrée par Ponce Euéque de Mafcon : Mais quelque temps après, qui fut l'an 1164. le mefme Prince Humbert fit changer ce Chapitre en Abbaye, y mettant des Religieux de faint Auguftin, gouuernez par vn Abbé ; Dreux Archeuéque de Lyon fit ce changement, & le premier Abbé fut vn nommé Eftienne, Prieur de faint Irenée. Peut eftre qu'Humbert en ce changement voulut imiter son predeceffeur Guichard premier, lequel en l'an 1037. fonda vne Abbaye de l'Ordre de S. Benoifl à Ioux auprès de Villefranche, dédiée pareillement à la fainte Vierge, & appellée Nôtre Dame de Ioux- Dieu ; tant ces bons Princes auoient de deuotion enuers la glorieufe Mère de Dieu. Vn Pape Innocent au Chapitre vingt-neufviéme De SIMONIA, nomme cette Abbaye, & Villefranche, IN CAVSA PARO- CHIARVM DE VILLAFRANCA.
Pour la troifiéme chofe que ie me fuis referué de dire, c'eft de nommer quelques perfonnes îlluflres, qui ont eu naiffance à Villefranche, & qui ont fait rejaillir l'éclat de leur gloire fur leur Patrie, & fur le lieu de leur origine. Antoine Prince de Beaujeu naquit à Villefranche le 12. d'Aouft, l'an 1343. Il fut fils d'Edouard premier, Maréchal de France, & de Marie de Thil. Il n'auoit que huicl: ans lors que fon Père mourut ; fa Mère prit la conduite de fes terres, qu'elle garda iufques à fa mort, qui fut à Pouilly le Châtel, l'an 1358. Le ieune Antoine, qui n'auoit alors que quinze ans, parut bien toft dans la Cour du Roy Charles cinquième, qui eftoit encore Dauphin ; Il eftoit beau par excellence, fa valeur & fon courage paffoient encor £1 bonne mine, & fa douceur & fa modeftie le rendoient aimable à tous. Il affifta le Comte de Sauoye, furnommé le Vert, en plufieurs rencontres, & le feruit de fes troupes, & de fa perfonne ; Le Comte le choifit pour vn des premiers Cheualiers de fon Ordre. Le mefme Antoine ne manqua point à feruir fon Roy : Il eftoit à la bataille de Cocherel, où les Anglois & les Nauarrois furent vaincus. Dés lors il s'attacha au vaillant Bertrand de Guefclin, & le fuiuit dans fes deux voyages d'Efpagne. Après la mort de ce grand Guerrier, le Prince Antoine fe donna au Duc d'Anjou. Il
époufa Beatrix, fille de Iean Comte de Châlon, & mourut à Montpelier fans enfans, deux ans après fon mariage. Il auoit témoigné pendant fa vie beaucoup d'eftime pour Villefranche, qu'il cheriffoit comme fa Patrie.
Geoffroy de faint Amour naquit h Villefranche, d'vne famille confiderable : puifque Geoffroy de faint Amour fon Ayeul auoit tranfigé l'an 1323. auec Guichard Seigneur de Beauieu, pour plufieurs droicts Seigneuriaux, que ledit Geoffroy auoit acquis de Iean de Franchelins. Son petit Fils, dont ie parle, s'auança dans l'Eglife, par fa pieté & par les lettres. Il fut premièrement Precenteur de l'Eglife de Mâcon, & en fuite il fut Euéque de la mefme Ville. On ne peut mieux iuger de la fainteté de fa vie, que par la Fondation qu'il fit de la Chapelle de S. Chaude, das fon Eglife Cathédrale ; Et par fon Teftament, laiffant la moitié de fes biens à fon Eglife, & l'autre moitié aux Pauures. "
Frère Antoine Fradin Cordelier, fut renommé par fes Sermons fçauans & pieux. Il vint à Paris, l'an 1478. du Règne de Louis XI. & bien-toft fes Prédications luy acquirent la réputation qu'il meritoit. Il s'appliqua tout à la correction des vices, il fit de grandes conuerfions par la force de fon Eloquence, & l'Hiftoire de ce temps-là remarque que plufieurs Courtizannes, après l'auoir ouy, quittoient leur vie débauchée, & entroient dans des Monafteres, pour y viure & mourir dans la Pénitence.
Claude Guilliaud fut Do&eur en Théologie, de la Maifon de Nauarre. Il y enfeigna la Théologie, & fut Prédicateur célèbre, ayant prêché des Advens & des Carêmes, à Paris, à Lyon, & à Autun. Cette dernière Ville l'arrefta, le faifant Preuofl & Chanoine de la Cathédrale. Après quelques années, l'amour de la Patrie le rappella dans Villefranche ; Il y fut Curé de la Ville, & il y mourut l'an 1545. Il auoit compofé plufieurs Traitez fur l'Efcriture fainte; Griffius Libraire célèbre à Lyon, imprima le Commentaire, qu'il avoit fait fur les Epiftres de S. Paul.
Iean Bonnet, Dodeur es Droits, & luge ordinaire de Villefranche, a compofé vn Traité fort curieux de la Iurifdiction Criminelle.
Quoy que Iean Godard, Lieutenant General de Riblemont, fe dife Parifien dans l'Impreffion de fes ouurages : neantmoins comme il les a tous compofez à Villefranche, & qu'ils font remarquables par leur
mérite & par leur nombre, ils doiuent reconnoiftre le lieu de leur naiffance, & luy rendre vne partie de leur gloire.
L'Illuftre & Noble Maifon de Villars, qui a donné de fi Grands Hommes à la France, eft originaire de Villefranche ; on void encore les Armes de cette Famille en beaucoup d'endroits de l'Eglife ParoifTiale, qui marquent la Pieté & la Libéralité des Anceftres de tant dllluftres Prélats, qui font l'honneur de l'Eglife & de la ville de Vienne.
Claude le Brun, Sieur de la Rochette, fameux Iurifconfulte, a pafle fa vie dans Villefranche, où il étoit né ; Il a compofé vn Liure tres-vtile pour la Pratique du Barreau, du Procez Ciuil, & du Criminel, auec quelques autres Traitez.
Iean Baptifte Morin eft né à Villefranche le 7. jour de Mars, l'an 1583. & eft mort à Paris le 6. de Novembre, Tan 1656. Il eftoit Profeffeur Royal des Mathématiques à Paris, & fort confideré parmy les Sçavans de l'Europe, par la connoifïance de cette feience, & parcelle de l'Aftronomie. Les Cardinaux de Richelieu & Mazarin en faifoient eftime : & l'on void par fes ouurages qu'il la meritoit. Il a donné au Public ce Livre tant defiré, des Longitudes & des Latitudes, les Tables Rudolphines, diuers Traitez de Phyfique : & ce rare ouvrage d'Aftrologie, qui n'a efté imprimé qu'après fa mort, fous le Titre, AJîrologia Gallica. Finiflbns par fon Anagramme :
IOANNES BAPTISTA MORINVS,
Mira fapiens, vni botio ftat.
On peut encore adjoûter quelques Familles confiderables qu'il y a eu dans Villefranche, entr'autres celles des Baudets, de la Befïée, & Gayand. Celle des Baudets a efté alliée dans la Maifon de Ferrieres en Bourgongne Maifon qu'on peut dire Illuftre, puis qu'elle a efté alliée dans la Maifon de Bourbon; Il y a eu des Baudets deux Doyens de l'Eglife Collégiale de Beau jeu, Pierre & Hugues Baudet : le premier viuoit enuiron l'an 1390. & le fécond, l'an 1410. Ils ont fait de belles Fondations dans cette Eglife Collégiale, même donné tous leurs biens, qui étoient confiderables, par fubftitution, de laquelle ce Chapitre ne jouit pas.
Baudet portoit pour Armes d'Azur à trois Fleurs de Lys d'argent.
au chef d'or, chargé d'vn Lyon pafTant de gueules armé & lampaffè d'argent.
La Maifon de la BefTée a efté aufïi Illuftre dans Villefranche, il y en a eu qui ont pofTedé des dignitez dans le même Chapitre de Beaujeu ; on void qu'vn Aymé de la BefTée eftoit en l'année 1352. Chantre & Chanoine dans lad. Eglife, & y fonda la Chapelle de fainte Croix. Il portoit pour Armes fafle d'argent & de gueules de fept pièces, au Lyon d'argent brochât fur le tout. Cette Maifon de la BefTée fut encore en confideration prés d'Edouard dernier Seigneur de la Maifon de Beaujeu : jufqueslà, qu'vne Fille de la BefTée fut afTez heureufe de mériter les bonnes grâces de ce Prince; en forte que bien fouuent il fe plaifoit à jouer aux échets auec elle : ainfi qu'il paroit dans des anciennes vitres de la maifon de la BefTée ; Et comme la Figure eft curieufe par la rareté des habits de ce temps-là, on en verra icy la Planche.
A Tégard des Gayands, ils ont aufTi efté confiderables dans Villefranche, & y ont pofTedé des premières charges. Ils fe font pouffez iufques dans les Cours Souueraines, y en ayant eu des Confeillers & des Prefidens au Parlement de Paris dans le fiecle dernier, & dans celuy-cy. Autrefois ils ont auffi pofTedé des Dignitez dans la mefme Eglife de Beaujeu. On y trouue vn Guillaume Gayand, qui eftoit Chantre & Chanoine en l'année 1480. & outre ce, Doyen d'Aigueperfe : Iean Gayand en 15 19. luy fucceda aux mefmes Dignitez : Et à celuy-cy fucceda Charles Gayand en l'an 1525. En fuite vn Philippes Gayand en l'année 1S40. fut Sacriftain & Chanoine de la même Eglife & Doyen d'Aigueperfe : Et le dernier fut Pierre Gayand, qui en l'année 1557. fucceda aux mefmes Bénéfices; & outre ce, fut Chanoine & Officiai de l'Eglife Cathédrale de Mâcon.
Gayand portoit pour Armes d'azur à quatre lozanges, mis en lozange d'argent.
Edouard prince cte JDeauieu. .
\ jouant ûux &ch.atj au&c la- fiïle de la &cssec .
Voila, MESSIEVRS, ce que vos Mémoires me fourniiïent de vôtre Ville. Excufez mon peu de fuffifance à écrire, ce qui demandoit vn Efprit plus éleué que le mien ; Acceptez le defir que j'ay eu de vous fatisfaire, en ne difant que la vérité; & me croyez,