QUEL ÉTAT C'EST QUE LE PAYS DE DOMBES
SOMMAIRE. — /. En quoi consiste la principauté de Dombes. — IL Quand est-ce que I le nom de Dombes a commencé d'être connu ? — III. La Dombes a fait longtemps partie du Beaujolais. — IV. Opinion des sieurs Duchesne et Guichenon. — V . Contredite par divers actes et chartes anciennes. — VI. Et par les diverses acquisitions que les seigneurs de Beauj eu ont faites en divers temps.
I. — La principauté de Dombes, dont Trévoux est la capitale, est une souveraineté enclavée 2 de toutes parts dans le royaume de France, limitée de la Bresse d'un côté et de la rivière de Saône et des pays de Lyonnais, Beaujolais et Maçonnais, et delà rivière du Rhône en partie.
Le climat de cette province est doux et parfaitement beau ayant, du côté du matin, les montagnes du Revermont et du Bugey, et du soir celles de Maçonnais, Beaujolais et Lyonnais dont l'aspect est très agréable. Le terroir est des plus gras et des plus fertiles : ce ne sont que petites collines, que prairies, que vignes, que champs ensemencés, forêts et étangs qui fournissent en abondance les choses nécessaires à la vie ; il serait seulement à souhaiter que pour rendre les Dombistes plus riches et plus heureux, ils fussent autant laborieux que le pays est bon et moins attachés aux procès qu'au commerce.
Ce pays est arrosé de quelques rivières qui lui portent beaucoup de commodités, car, outre la Saône qui le borde et borne du côté du couchant, la plus considérable du 3 pays est la Chalaronne qui sort du grand étang de Joyeu en Bresse dans la terre du Montelier, de là, enflée de l'eau de plusieurs étangs, elle passe au Châtelard, à Châtillon-
i. L, T, B : quand le nom. — 2. L, T : entourée. — 3. Un blanc dans le ms. G ; L, T, B, J, V portent : la plus considérable est Chalaronne.
les-Dombes, Saint-Etienne, Saint-Didier et à Thoissey, d'où elle va se rendre en Saône, on est après pour la rendre navigable depuis l'étang de Marlieu jusqu'en Saône.
Mognien est une autre petite rivière qui sort de l'étang de Saint- Trivier, passe auprès * du château de Monos % dans la paroisse de Béreins, et de là va en celle d'Antanains où elle se jette dans la Chalaronne, sitôt qu'elle entre 3 en la paroisse de Béreins; elle sert de limites à la Bresse et à la Dombes. Dans la légende de saint Trivier qui vivait environ l'an 600, mise au jour par le R. P. Bullioud, elle est appelée Movienta ou Moneta 4, d'où, par corruption, s'est fait le mot de Movient et Movier, Monier puis Monian s,
La Veyle a sa source au grand étang de Chalamont et passe audessous de Lent et au bas du village de Longchamp ; de là, elle entre en Bresse, et se va rendre en Saône, au-dessous du Pont-de-Vesle.
Renon n'est proprement qu'un ruisseau qui paraît au sortir de l'étang de Marlieu, en Dombes, d'où il entre dans celui de Montrosat, de là va à Saint-Georges, Romans, Neufville et Vonnas 6, où il se perd en la rivière de Veyle, auprès de l'église et, depuis l'église de Saint-George, il commence d'être en Bresse 7.
Fromante est aussi un ruisseau qui prend naissance entre Ambérieu et Juyz et se va rendre en Saône au-dessus de Trévoux.
Cette principauté a sept ou huit lieues de long, et trois ou quatre de large, et, en divers endroits, moins parce que sa figure est irrégulière et rhomboïde 8. Elle consiste en douze châtellenies, qui ont pouvoir d'envoyer des députés aux assemblées générales 9. Il y en a huit qui appartiennent à son Altesse Royale, savoir : Trévoux, Beauregard, Montmerle, Thoissey, Villeneuve, Ambérieu, Châtelard et Lent ; celle de Chalamont appartenant à M. le duc du Pont-de-Vaux ; celle de Saint-Trivier aux pauvres de la Charité de Lyon ; celle de Lignieu à monseigneur l'archevêque de Lyon, par échange de MM. de l'Ile-Barbe, et celle de Banains au seigneur de Langeron. Ces châtellenies consistent
i. L, T : au travers. — 2. L, T, B : Monoz; J : -Monor. — 3. L, T, B : dans la Chalaronne, en entrant dans la paroisse. — 4. L : Moventa; T : Movienra ou Moventa. — 5. T : s'est fait le mot de Movien, puis Moniet, et ensuite Monian. — 6. L : Novaz ; T : Novas ; G, B : Nouvas. — 7. J : Creuse. — 8. Ce mot manque dans les mss. T, B, J. — 9. L, T, B ajoutent : s'il y en a. Huit appartiennent.
en soixante-dix ou douze paroisses, outre quelques autres dont les clochers sont en Bresse, comme sont celles de Béreins dont le Sancta Sanctorum est en Bresse : Servat, toute l'église, avec les maisons proches du cimetière; Peronas, proche de Bourg, toute l'église; Longchamp, toute l'église; Sartines, le Sancta Sanctorum ; Saint-Eloy, de même; l'abbaye de Chassaigne, de même; Saint-Cire, de même; Le Bouchoux, de même; Saint-Nizier, toute l'église; Joyes, le Sancta Sanctorum ; le Montelier, de même; Vassalieu, Boulignieu et Seurjet r, de même; La Grange et La Perouze, toute l'église.
Il y a plus de cent maisons ecclésiastiques, seigneuries, fiefs et châteaux. Il y a des principautés souveraines et des républiques libres ou indépendantes en Europe qui n'ont pas une si grande étendue; quoi qu'il en soit, la souveraineté est une prérogative si illustre qu'il n'est point de petit état quand il est souverain.
Outre ces douze châtellenies, il y a un bailliage à Trévoux composé d'un lieutenant général civil et criminel, d'un lieutenant particulier, d'un avocat et procureur de son Altesse Royale et autres officiers dont les appellations vont directement au parlement de Dombes, séant à Lyon, composé de trois présidents, trois maîtres des requêtes, quatorze conseillers, douze titulaires et deux honoraires qui sont le doyen de Trévoux et un chevalier d'honneur, deux avocats et un procureur de S. A., de quatre secrétaires, etc.
Quant aux revenus de cette souveraineté, comme ils consistent au domaine, aux gabelles et en la monnaie, ils ne sont pas certains parce que le prix des baux à ferme change souvent; ils sont pourtant à l'ordinaire de cent mille livres par an.
Toute la Dombes est du diocèse de Lyon; il n'y a qu'un seul archiprêtre qui, en l'absence de l'archevêque, a droit de visite dans toutes les paroisses et la correction sur les curés qui lui payent les droits synodaux. Cette dignité d'archiprêtre fut annexée à celle de sacristain de Notre-Dame et de Saint-Thomas de Fourvière par transaction passée entre l'archevêque Pierre de Savoie et le chapitre de Fourvière.
II. — On a voulu dire que le nom de Dombes n'est pas beaucoup 2 ancien et qu'on n'avait jamais ouï parler de ce nom, ni sous les rois
i. L, T, B : Seurjat; J : Vassalieu et Surjat. — 2. L, T, B : fort.
de Bourgogne, ni sous les seigneurs de Bresse et de Villars qui s'approprièrent cette province sous le débris et la décadence de ce môme royaume de Bourgogne, depuis que les empereurs Conrad et ses successeurs en eurent hérité, et il est très certain que ce que l'on appelle aujourd'hui Dombes s'appelait la Basse-Bresse et la terre de Villars auparavant que les seigneurs de Beaujeu y eussent fait aucune acquisition. Depuis quoi tout ce grand pays de Bresse a été divisé, selon le sentiment du P. Monet, dans sa géographie celtique, en Bressans Chalonnais, Dombois et Francs-Lyonnais; et quoique véritablement il y eût un petit pays le long de la rivière de Chalaronne, depuis Thoissey jusqu'à Châtillon-les-Dombes, qui portait ce même nom de Dombes, pagus Dnmbensis juxta flumen Araris l , comme m'apprend la légende de saint Trivier, qui vivait environ l'an 600, qui 2 continua jusqu'en l'an 1280, auquel on trouve ce nom in Dombis, dans l'acte d'une donation faite par Louis, seigneur de Beaujeu, l'an 1280, à Guy Chabue, seigneur de Saint-Trivier et de La Colonge in Dombis, ce sont les mots de l'acte, d'autant que la véritable Dombes était, comme j'ai dit, depuis Châtillon-les-Dombes, tout le long de la rivière de Chalaronne jusqu'à Thoissey; néanmoins, depuis les acquisitions que firent en divers temps les seigneurs de Beaujeu devant ou après, aux environs de ce pays de Dombes, ils qualifièrent ce qu'ils y possédaient du nom de Beaujolais, à cause que les seigneurs de Villars possédaient partie de la Dombes, comme on pourrait 3 voir dans YHistoire de Bresse du sieur Guichenon 4, y ajoutant ces mots : à la part de l'Empire, à cause que la rivière de Saône partageait le royaume de France d'avec le dernier royaume de Bourgogne, dont les empereurs avaient hérité et que les mêmes seigneurs de Beaujeu étaient souverains dans l'une et dans l'autre partie, au temps que la France était partagée entre autant de roitelets qu'il y avait de provinces et de villes, et que les empereurs, devenus rois de Bourgogne, ne se sentirent pas assez forts pour empêcher l'usurpation de leur état faite par ceux qui le devaient maintenir, puisqu'ils en avaient la garde et le gouvernement.
1. L, T, B : fluvium Ararim. — 2. L, T, B : ce qui. — 3. L, T : pourra. — 4. G : chapitre XXII, fol. 40.
III. — Or, parceque l ce petit pays de Dombes et les acquisitions faites aux environs par les seigneurs de Beaujeu ne faisaient qu'un état avec le Beaujolais et était tenu par mêmes seigneurs et gouverné par mêmes officiers résidant à Villefranche, et dont les appellations allaient à la chambre du Conseil des ducs de Bourbonnais, séant à Moulins, les habitants du pays de Dombes étaient cotisés sous mêmes impositions qui se faisaient sur tout le pays, tant deçà que delà la rivière, parce que la taille a longtemps appartenu aux grands seigneurs du royaume, et que- les ducs de Bourbonnais, devenus seigneurs de Beaujolais, imposaient la taille sur leurs sujets et avaient leur chambre des comptes à Villefranche pour tout le Beaujolais ; mais, après que François Ier se fut saisi des terres de la maison de Bourbon et qu'il eut reconnu la souveraineté de Dombes, dont il se disait seigneur, les échevins de Villefranche ayant voulu continuer d'imposer comme auparavant sur ceux de Dombes, conjointement avec ceux du Beaujolais, et même fait emprisonner les échevins de Beauregard pour ce sujet, ceux de Beaujolais, à la part de l'Empire, recoururent à Sa Majesté qui les sépara et détacha d'avec le Beaujolais à la part du royaume, y mit des nouveaux 2 officiers et un autre bailli que celui du Beaujolais; y établit un parlement pour souverain et dernier ressort, et, depuis, ce pays quitta son nom de Beaujolais pour reprendre celui de l'ancienne Dombes.
IV. — Le sieur Duchesnequi, dans son Théâtre de F Univers, imprimé chez Antoine Rubinot, devant le Louvre, à Paris, l'an 1646, reconnaît la souveraineté de Dombes, dit, en son Histoire de Bourgogne, que les seigneurs de Beaujeu n'avaient pas grand bien au delà de la Saône, avant l'an 121 8, que Guy, seigneur de Miribel, de par sa femme, fille de Guillaume, comte de Chalon, donna cette place, située sur un coteau près du Rhône, à deux lieues de Lyon, en dot à sa fille unique, Marguerite de Baugé, la mariant avec Humbert, sire de Beaujeu, et que, de ce mariage, sont procédés les droits que les seigneurs de Beaujeu ont eus depuis en Dombes, ce que le sieur Guichenon assure en son Histoire de Bresse, disant que, pour lors, les seigneurs de Beaujeu ne