‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 5 sur 171 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

EN QUELLE MONARCHIE EST SITUEE LA PRINCIPAUTÉ DE DOMBES, SI DANS LE ROYAUME DE FRANCE OU DANS L'EMPIRE

SOMMAIRE. — /. La Dombes a toujours fait partie de F ancien royaume de Bourgogne. — //. Devenu le partage de l'aîné des enfants de Louis le Débonnaire. — III. Démembré après la mort de l'empereur Louis II.

— IV. Et de Lothaire, roi de Lorraine, dont les enfants, réputés illégitimes, furent exclus de la Bourgogne par leur oncle, Charles le Gros, empereur.

— V. Après la mort duquel Rodolphe, comte, s'empare de la Bourgogne et s'en fait déclarer roi. — VI. Rodolphe II, son fils, unit la Provence à la Bourgogne, par transaction faite avec Hugues, roi d'Italie. — VIL Rodolphe III, mourant sans enfant, fait héritier de ses royaumes l'empereur Conrad II, dit le Salique. — VIII. Sous lequel et son successeur les gouverneurs des provinces se l 'approprient sous la redevance de l'hommage et de la foi. — IX. Ce qui fait voir que le royaume de Bourgogne étoit un royaume séparé de celui de France. — X. Et que la Bresse et la terre de Villars en étaient pièces mouvantes et qui avaient couru même fortune que les autres.

I. — J'ai dit ci-dessus que, dans le déclin et la chute du royaume de Bourgogne, ce qu'on appelle aujourd'hui Dombes faisait autrefois partie de la Basse Bresse, et partie de la terre de Villars et partie de la Valbonne; or, par l'assiette du pays, il est constant que tout ce qui est au delà de la rivière de Saône qu'on appelle encore aujourd'hui la part de l'Empire était de l'ancien royaume de Bourgogne, auparavant que les Français eussent jamais mis les pieds dans les Gaules; et depuis, pour les droits que le grand Clovis y prétendait, à cause de sa femme issue de ses anciens rois ; et ensuite, par les conquêtes que ses enfants y firent, ce royaume tomba et demeura entre les mains de nos

monarques jusqu'au partage que firent les enfants de Louis le Débonnaire, l'an 843, auquel temps tous les pays qui sont au delà de la Saône devinrent en partage à l'aîné, qui était Lothaire, empereur, roi de Lorraine, de la Provence et de la Bourgogne transjurane, comme les provinces du même royaume, qui sont au deçà de cette même rivière, appartinrent à Charles le Chauve, le puîné des trois frères, qui fut roi de France, et cette portion a, depuis, toujours fait partie du royaume de France et n'en a jamais été séparée, si a bien été l'autre comme je dirai ci-après, ne faisant ici aucune mention du second fils, qui était Louis, roi d'Allemagne, qui n'entre point dans notre sujet; notre affaire ne consistant qu'au royaume de Bourgogne, au delà de la Saône, qui, par ce partage, se vit entièrement éclipsé de la domination française par désordres qui survinrent * en ce royaume.

Ce royaume de Bourgogne était borné, au regard de la France, des rivières de Saône et du Rhône, enfermait la Franche-Comté, les Suisses, la Savoie, la Bresse, le Bugey, le Dauphiné, le Lyonnais et la Provence.

IL — Lothaire, empereur, mort l'an 855, ayant laissé trois enfants, Louis, Charles et Lothaire, leur partagea de même ses états, ce qui ne fut point en France, où la loi salique n'appelle à la succession que l'aîné, et c'est ce qui fit subsister et maintenir l'état, là où le partage fait entre plusieurs 2 causant le plus souvent du désordre, de la confusion parmi les partageants, les divise et menace la ruine d'un état, ce qui arriva parmi les enfants de Lothaire, qui fit : Louis, son aîné, empereur et roi d'Italie ; Charles, son second fils, roi de Provence et d'une partie de la Bourgogne, et Lothaire, le dernier de ses enfants, roi de la Lorraine et de l'autre partie de cette même Bourgogne. Mais la mort de Charles étant advenue sans enfants, l'an 863, les deux frères, l'aîné et le cadet, s'accommodèrent de sa dépouille et de son héritage. Louis eut la Provence et le Viennois, la Bresse et le Bugey comme étant à sa bienséance et touchant son royaume d'Italie, et Lothaire la partie de Bourgogne que tenait son frère défunt, laquelle partie, jointe avec ce qu'il possédait déjà, devint un royaume tout particulier sous le nom de Lorraine, dont nous 3 verrons bientôt du changement.

1. L, T : par les désordres qui arrivèrent en. — 2. L, T ajoutent : enfants. — 3. L, T : dont nous parlerons et verrons.

III. — L'empereur Louis mourut l'an 875, laissant une seule fille, nommée Hermengarde, et, comme Lothaire, son frère, roi de Lorraine, était mort avant lui, l'an 867, Charles le Chauve, son oncle, roi de France, lui succéda en l'empire, quoique son frère Louis, roi de Germanie, fût le plus proche à la succession ; mais, soit qu'il fût trop éloigné, ou pour ce qu'il mourut un an après sondit neveu, ou qu'il eût partagé ses trois états entre ses trois enfants, Carloman, roi de Bavière, Louis, roi d'Allemagne, et Charles le Gros, qui suivra ci-après ', ou qu'il fût occupé à vouloir recueillir la succession de Lothaire, son cousin, roi de Lorraine, de qui on réputait les enfants illégitimes, Charles le Chauve, roi d'un puissant royaume, ayant les forces en main, y accourut le premier, ou plutôt en fut couronné par le pape Jean VIII, le jour de Noël 875, et prit soin de marier Hermengarde à son beau-frère, Boson d'Ardenne, de qui lui-même avait épousé la sœur, Richilde, en considération duquel mariage il le fit roi de Provence, l'an 876, comme par manière de restitution d'une partie des biens du défunt empereur, son neveu, ou plutôt pour favoriser le frère de sa femme. Ce nouveau roi eut un fils, Louis, roi de Provence et empereur, dit l'Aveugle, d'autant qu'il fut aveuglé par Bérenger de Spolette qui lui disputait le royaume d'Italie. Ce Louis l'Aveugle ne laissa qu'un fils, Charles Constantin, sous qui ce nom de royaume de Provence s'évanouit, car il ne porta jamais autre titre que celui de prince de Vienne, ce qui ne fait rien à notre sujet.

IV. — Et partant il nous faut recourir à Lothaire, roi de Lorraine et de la Bourgogne transjurane, dernier des enfants de l'empereur Lothaire, lequel roi, ayant laissé un fils et deux filles réputés illégitimes, le fils, Hugues, fut dépossédé delà Lorraine, comme bâtard, par l'empereur Charles le Gros, roi d'Allemagne, fils de Louis II, fils de Louis le Débonnaire, qui avait succédé en l'empire à son oncle, Charles le Chauve, l'an 877, et qui, par conséquent, ne fut que deux ans empereur après la mort de son neveu Louis. Charles le Gros ayant fait prisonnier le susdit Hugues, roi de Lorraine, le fit aveugler, l'an 885, et renfermer dans l'abbaye de Prum où il finit ses jours. De ses deux sœurs, Gisèle fut mariée à Godefroy le Danois, et Berthe à un comte

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