L, T : lui ; J : après Louis, son (ils, contre qui
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VI. — Rodolphe II, roi de Bourgogne, ayant accru ses états des provinces de Provence et de Dauphiné, par la cession que lui en avait faite Hugues, devenu par ce moyen roi d'Italie, fut père de Conrad, dit le Pacifique, qui lui succéda au royaume de Bourgogne et qui épousa, l'an 955, Mahaud, fille de Louis d'Outremer et sœur de Lothaire, roi de France, à laquelle sondit frère Lothaire donna en dot le Lyonnais, la Suisse I et le Bugey que Charles le Chauve s'était réservés de la dépouille de l'empereur Louis II, son neveu, lorsqu'il maria Hermengarde, fille dudit Louis, à Boson, son beau-frère, qu'il fit et créa roi de Provence; Lothaire, roi de France, ayant beaucoup d'affaires au-dedans de son état où tous les grands seigneurs s'étaient cantonnés du vivant de son aïeul Charles le Simple, ne pouvait facilement conserver ces provinces si éloignées du cœur de la France, de peur que, suivant le dire du gymnosophiste Calanus, quand il aurait voulu marcher à l'extrémité du cuir l'autre bout ne se fût élevé, et c'était un temps auquel personne ne pouvait accuser son compagnon, à moins que de subir le reproche que l'orateur romain fait à Tuberon accusateur de Ligarius : Quid enim, Tubero, tuus Me destrictus in acie pharsalica gladius agebat ? cujus latus Me muero petebat? qui sensus armorum tuorurn? qua tua mens? oculi? manus? ardor animi? quid cupiebas? quid optabas2?
Voilà donc par la cession du Lyonnais, de la Bresse et du Bugey encore une fois ces provinces éclipsées du royaume de France et réunies en un seul corps sous le nom de royaume de Bourgogne et d'Arles.
VIL — A Conrad succéda son fils, Rodolphe III, surnommé le Lâche, ou le Fainéant, l'an 994, lequel régna dans tous ses royaumes de Bourgogne et d'Arles jusqu'à l'an 1032, auquel il mourut, le 6 septembre, ayant institué, dès l'an 1027, héritier dans lesdits royaumes, Conrad II, empereur, dit le Salique, mari de Giselle, sa nièce, et père d'Henri III, aussi empereur, et consécutivement de tous les empereurs qui ont suivi jusqu'à Raoul d'Habsbourg, souche de la maison d'Autriche.
VIII. — L'empereur Conrad ayant pris possession du royaume de Bourgogne, après la mort de Rodolphe, et ayant eu beaucoup de peine
1. L, T, B,J : le Lyonnais, la Bresse et le Bugey. — 2. Cicéron, Pro Ligario, III.
à s'y établira cause des troubles qu'y excita Eudes, comte de Champagne, qui prétendait le devancer en cette succession, se vit contraint par la mort de le quitter, l'an 1039, lorsqu'il commençait d'entrer dans la libre et paisible jouissance d'icelui qui fut la fin de sa vie ; néanmoins, un an auparavant, ayant fait couronner à Soleure son fils, Henri III, empereur et roi de Bourgogne, celui-ci y fit un voyage quatre ans après où les principaux du pays le vinrent trouver et se soumirent à lui; mais, l'an 1047, son royaume fut entièrement démembré par divers comtes et gouverneurs de l'État qui, pendant la fainéantise de Rodolphe et les guerres qui survinrent après sa mort à cause de sa succession, ayant acquis une extraordinaire autorité sur les peuples, se rendirent maîtres chacun en leur province, de sorte que la haute Bourgogne, la Provence, le Viennois et la Savoie eurent des seigneurs particuliers qui se rendirent propriétaires des terres et seigneuries qu'ils ne tenaient qu'en titre de gouvernement, ce qui donna commencement à tant de principautés et seigneuries indépendantes. Guichenon, en son Histoire de Bresse, fol. 18, dit que Humbert aux blanches mains s'empara de la Savoie, Maurienne et des Alpes; Guigues le Gras, comte et gouverneur de Grésivaudan, se rendit maître du Dauphiné; Othe Guillaume, comte de Dijon, en fit autant de la Franche-Comté ; les Bérenger, de la Provence; les sires de Coligny, du Revermont; les sires de Villars, de la terre de Villars, de partie de la Dombes et du Franc-Lyonnais, et les sires de Baugé, d'une partie de la Dombes et du reste de la Bresse; c'est ce que dit le sieur Guichenon au lieu sus allégué, quoique les Bérenger soient venus longtemps après, et qu'il y eut beaucoup plus d'usurpateurs du royaume de Bourgogne qu'il n'en compte pas, entre lesquels furent les comtes de Forcalquier et ensuite ceux du comtat Venaissin, les comtes de Valentinois et Diois, les archevêques d'Embrun, de Lyon, Besançon et Tarentaise, les évêques de Valence, Die, Gap et Saint-Paul-Trois-Châteaux, de Belley, de Lyon et autres, quelques abbés et prieurs qui se firent déclarer princes de l'Empire, les maisons de Thoire et de Coligny dans leBugey et autres que le défaut de mémoire m'a fait oublier, à qui les empereurs successeurs de Conrad, désirant se maintenir dans le droit des rois de Bourgogne, inféodèrent le temporel sous la redevance de la foi et hommage, de sorte qu'il ne resta presque aux empereurs que le nom royal avec la souve-
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raineté, laquelle encore s'en alla en fumée du temps de Frédéric Barbe-
rousse.
IX. — Suivant ce que je viens d'avancer, il appert que le royaume de Bourgogne était un véritable royaume indépendant de la France, possédé par l'aîné des enfants de Louis le Débonnaire et par ceux qui ont droit de lui, jusqu'au dernier roi, Rodolphe III, qui le donna à l'empereur Conrad, sans que pour cela il ait été uni à l'Empire quoique tenu conjointement par les empereurs avec ledit Empire, de la même façon que nos rois sont rois de Navarre, sans que ce royaume- là soit uni à celui de France, quoique possédé par mêmes princes, mais sous titres différents, sans confusion ni union de l'un à l'autre et sous diverses chancelleries.
X. — Il appert encore que la Bresse et la terre de Villars étaient pièces mouvantes dudit royaume de Bourgogne, lorsque cette grande révolution et invention des provinces se fit par ceux qui en avaient l'administration et le gouvernement, et qu'elles coururent la même fortune que les autres, c'est-à-dire qu'elles furent envahies et usurpées sur ce royaume-là par les sires de Baugé et de Villars qui étaient chacun seigneurs d'une partie de la Dombes avant que les seigneurs de Beaujeu y possédassent aucune chose.
Or, quoique les empereurs Henri IV, Henri V, Lothaire, Conrad, Frédéric Ier, dit Barberousse, Henri VI, Frédéric II, et plusieurs de leurs successeurs aient porté la qualité de roi de Bourgogne et Arles, et en aient donné le vicariat aux comtes et ducs de Savoie, aux dauphins de Viennois, aux princes d'Orange et à d'autres, si est-ce pourtant que leur puissance n'y était pas en trop grande considération, à cause de leur éloignement, néanmoins le pays qui est entre la Saône et le Rhône fut toujours appelé terre d'Empire, et les lois et constitutions impériales y ont toujours été observées, et encore à présent la Dombes est régie par le droit écrit d'où vient que, quand les sires de Beaujeu commencèrent à y avoir des terres, on nomma ce pays la terre de Beaujeu à la part de l'Empire, et les bateliers qui voyagent sur la Saône pratiquent encore cette façon de parler de nommer le Beaujolais le côté du Royaume, et la Dombes le côté de l'Empire, ce qu'a remarqué M. de
Thou. Ch. 2 : Histor. Regnum Arelatense antequam in potes tatem regum nostrorum veniret sub imperio fuit, cujus rei memoria post sublatam imperii jurisdictionem aboliri non potuit, nam et hodie in sermone vulgari interior Rhodani ripa imperii citer ior regni indigetatur.