‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 71 sur 171 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

SI LES ANCIENS SEIGNEURS DE BEAUJEU ÉTAIENT PRINCES AVANT CiU ILS FUSSENT SOUVERAINS DU PAYS DE DOMBES

La question que je mets ici en avant ne regarde pas la maison de Bourbon depuis qu'elle eut acquis le Beaujolais, ni les seigneurs de Beaujeu depuis qu'ils se furent rendus souverains de Dombes, la souveraineté ne fait rien à notre discours, vu qu'il y a des souverainetés en notre France dont les seigneurs ne sont pas princes de naissance, comme sont Yvetot, Boisbelle, Bidache, etc., et encore plus de princes qui ne sont pas souverains; mon dessein est de faire savoir l'excellence et la grandeur de nos anciens seigneurs de Beaujeu que l'on ne qualifie que des noms de sire et baron.

Quelqu'un me dira qu'il n'était nullement nécessaire démettre cette question en avant, vu qu'il est très constant, par toute la connaissance que les historiens nous ont laissée, que tous les seigneurs qui usurpèrent le domaine de l'Etat, sous le règne de Charles le Simple et ses successeurs, se rendirent souverains sous l'hommage de la couronne, et par conséquent princes héréditaires de leurs états, car qui est-ce qui a fait les premiers princes du monde, que l'autorité et le commandement. Quand Dioclétien fut élu empereur il n'était pas prince non plus que Justin Ier, et plusieurs autres que la vertu et le mérite ont élevés à l'empire et non pas la naissance, n'étant auparavant que simples soldats. Abdolonimus , qui fut fait roi de Sidon par le seul caprice d'Alexandre à qui la fortune riait de tous côtés, s'est-il vu une plus aveugle fortune que celle de Changy, qui de maréchal ferrant de son métier, s'est vu le premier empereurs des Tartares, comme Seduch, le premier roi des Turcs; c'est Dieu qui fait les princes comme il fit Saùl et David, ou la naissance et succession héréditaire dans l'état monarchique ou le peuple assemblé qui se les choisit et les établit sur soi dans l'état démocratique

et aristocratique comme parmi les Suisses et chez les Vénitiens, d'autant qu'après Dieu, qui est le souverain seigneur de tout, le peuple a le plus prochain pouvoir de disposer de sa propre liberté ainsi qu'il le juge à propos pour son propre bien, et par cet aveu et reconnaissance ce peuple se soumet librement sous le commandement de celui qu'il a souhaité et à qui il a déféré. Il y a une autre voie de faire des princes qui est la tyrannie qui ne subsiste qu'autant que la force le permet, et qui n'a point de suite, comme on a vu naguère en la personne de milord Cromwell, qui a subsisté et qui a été reconnu de toutes les puissances de l'Europe pour souverain d'Angleterre autant qu'il a vécu, sans que ses enfants en sa postérité osent s'avouer pour princes ; bien loin de là, s'ils paraissaient on leur ferait pis qu'à la race d'Hiéron, roi de Sicile, après le meurtre du roi Hiéronymus.

Or, comme Hugues Capet avait été un de ceux qui avaient usurpé le domaine royal et qu'à l'aide de ceux qui avaient failli comme lui il fut monté sur le trône, il ne put faire autre chose que ce que dit le poète l Lucain : jusque datum sceleri canimus; d'approuver l'usurpation faite par tant de seigneurs à qui il aurait eu peine de faire rendre gorge puisqu'il avait failli comme eux, et que s'il y eût eu lieu de les châtier il aurait fallu commencer par lui, et partant, les ayant laissés dans la possession de ce dont ils jouissaient moyennant la foi et l'hommage à la couronne, chacun gouvernait ses états à sa fantaisie. Il n'y avait pas encore de parlement établi à Paris et le roi ne se mêlait pas de ce qui se passait chez ses vassaux, moyennant qu'il fût servi par eux dans ses armées, et l'histoire dit que, du temps de saint Louis, il n'y avait que deux maîtres des requêtes qui demeuraient toute la matinée à la barre du Louvre en attendant les plaintes et les requêtes de ceux qui avaient quelque chose à leur présenter, et, quand l'heure de midi était sonnée, ils s'en retournaient le plus souvent sans avoir vu personne.

L'acquisition des comtés de Sens et d'Auxerre sous les rois Robert et Philippe Ier, la confiscation de la Normandie, de l'Anjou, du Poitou, du Maine, de la Touraine et autres provinces par Philippe-Auguste, et ensuite la conquête de Languedoc par Louis VIII, et l'achat de la comté

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