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2l8 HISTOIRE DU BEAUJOLAIS
prince de la Morée, outre que la Généalogie de Portugal ne fait aucune mention de ladite Sibille; Mayerne Turquet, en son Histoire générale d'Espagne, n'en dit mot comme ne la connaissant point pour fille de Portugal.
Duchesne n'a donné à notre Guichard que quatre enfants : i° Humbert, son successeur; 2° Guichard, seigneur de Montpensier; 30 Louis de Beaujeu, chanoine en l'église de Lyon, et 40 Agnès, qu'il dit avoir été femme de Thibaud IV, roi de Navarre, en quoi il a heurté aussi bien que Guichenon, d'autant que le premier Thibaud, comte de Champagne et Brie, qui succéda à la couronne de Navarre, l'an 1236, était Thibaud, VIe du nom, qui épousa en secondes noces notre Agnès de Beaujeu.
Le testament qu'il fit au siège de Douvres, en Angleterre, le 18 septembre 121 6, où il était allé accompagner le prince Louis de France qui avait [été] appelé par les Anglais, montre qu'il avait huit enfants, savoir : i° Humbert, qu'il fait son héritier en toute la terre de Beaujolais; 20 Guichard, à qui il donne la terre de Montpensier; 30 Henri, à qui il donne les terres qu'il avait en Bugey, desquelles il en ferait hommage lige au comte de Savoie. Il ne nomme pas son quatrième fils, mais il le laisse à son cousin Renaud, archevêque de Lyon, le priant de le vouloir faire chanoine de ladite église; ce dernier est appelé Louis par Severt et Duchesne, qui fut chantre et chanoine de Lyon, puis évêque de Bayeux, qui donna la maison de Beaujeu de Lyon à Amé de Talaru et qui légua cent sous de rente au chapitre de Beaujeu, pour l'amortissement desquels, Humbert, son frère, seigneur de Beaujeu, leur donna le dîme d'Ouroux; 50 Agnès, laquelle il laisse à la disposition de Louis de France, présomptif héritier de la couronne, cousin germain de ladite Agnès, pour la marier selon sa condition, et, au cas qu'il se trouvât empêché de le faire, il ordonne à sa femme Sibille et à son fils Humbert d'y pourvoir, et, pour cet effet, il lui constitue mille marcs d'argent de mariage ; c'est celle qui épousa, depuis, Thibaud, VIe du nom, comte de Champagne et Brie et roi de Navarre; 6° Marguerite, qu'il dit avoir mariée, comme il croit, cà Henri, fils de Guillaume, comte de Mâcon, et, au cas que ledit comte veuille observer les conventions dudit mariage, que sa femme et son héritier lui donnent ce qui a été convenu, et,
au cas que ledit comte Guillaume ne veuille pas se tenir aux promesses faites, il ordonne à sadite femme et à son héritier d'y pourvoir et de lui donner dix mille marcs d'argent comme à la première; 70 Philippe ou Philippine, laquelle il laissa en la garde de sa chère sœur la comtesse de Tonnerre, pour la faire religieuse à Fontevrault; 8° Sibille, la plus petite, laquelle il laisse en la garde de sa mère, Sibille, et lui donne cinq cents marcs d'argent pour la marier, quand elle sera en âge.
Il ordonne encore de plus que ses deux enfants, Guichard et Henri, demeurent sous la garde et puissance de leur mère jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de manier leur bien, et, au cas que leur mère vînt à se remarier, il entend que Guichard et la terre de Montpensier qu'il lui adonnée demeurent en la garde et au pouvoir du prince Louis jusqu'à ce qu'il soit en âge de se gouverner, et de même de son fils Henri, qu'il soit en la garde de l'archevêque et chapitre de Lyon. Il veut encore que la paix qu'il a établie avec son cousin Guichard et ses enfants demeure ferme, stable et inviolable, que son fils et successeur n'ait rien en son bien qu'auparavant il n'ait payé toutes ses dettes et satisfait à toutes clameurs. Il ordonne de plus que la grande tour de Beaujeu soit fermée à clef et qu'il soit fait une muraille de pierre audevant de la porte, afin qu'on n'emporte rien de ce qui est dedans et qu'on ne l'ouvre de trois ans en là, et que la clef soit baillée en garde au chapitre dudit lieu, qui la rendra audit terme, et non pas devant, à son successeur et héritier, pour l'ouvrir et se servir de ce qui sera dedans, excepté d'un flambeau d'argent qu'il donne à l'église de Saint- Rigaud pour faire prier Dieu pour son âme. Il prie son fils de ne toucher point à ses anneaux d'or ni à ses joyaux qu'il lui laisse et de ne les engager pour quoi que ce soit.
Voilà le principal contenu de son testament, qu'il pria M. Louis de France le vouloir autoriser de son seing et cachet. Il y a apparence qu'il mourut tôt après, puisque l'acte des privilèges de Villefranche porte ces mots : qui in Anglia extremum diem danserai; sa femme lui survécut longtemps, comme j'ai fait voir, puisque, l'an 1240, elle et son fils Humbert acquirent partie du dîme des Ardillats pour le chapitre.
J'ai dit ci-dessus, en Humbert V, que sa sœur s'appelait Alix, comtesse de Tonnerre, à laquelle il laissa sa fille Philippine pour [laj faire religieuse à Fontevrault, laquelle fut femme de Renaud, comte de
Tonnerre, qui mourut sans enfants et pourrait bien, étant veuve, s'être retirée audit monastère pour y venir finir le reste de ses jours.
Je ne suis pas en moindre peine touchant Guicharde, qu'il nomme sa cousine, si ce n'est la sœur de Vuicard, de laquelle il est parlé dans le testament de Vuicard que j'ai rapporté ci-dessus, auquel ledit Vuicard avait donné la terre de Beuzeis (je crois qu'il veut dire Bugey), c'est-à-dire les terres qu'il avait en Bugey et qu'on n'appelait pas encore Dombes en ce temps-là, lesquelles terres il pouvait avoir retirées et baillées à son troisième fils, Henri, et fait paix avec lui l'année qu'il mourut. Le pape Honoré III nomma les abbés de Belleville et de Joug- Dieu pour ordonner ce qu'ils trouveraient à propos sur la demande du dernier chanoine de Beaujeu, pour sa portion congrue, car, comme le nombre des chanoines n'était point limité, ils croissaient tous les jours, tant par les grâces expectatives des papes que par les lettres de recommandation des princes, jusqu'à ce que, l'an 1400, ils furent réduits à quinze, dont ils eurent confirmation du pape Sixte, le 7 des ides de juillet 140 1.
Aux preuves, se verra l'acte qui fait foi qu'il reconnut le fief de Belleville à la duchesse de Bourgogne, Alix de Vergy, femme d'Eudes, IIIe du nom, duc de Bourgogne, lequel a été imprimé dans un livre des mémoires et chartes dudit pays, par le sieur Pérard.
Extrait d'une chronique trouvée au magasin de l'abbaye de Belleville du temps des troubles, l'an Ij6i, sans avoir pu trouver le commencement, à cause de la pourriture dudit livre et commence ainsi : « Revint en son pays de Beaujolois avec grandes richesses, en l'an 12 ro, et en passant à son retour par le saint lieu d'Assise, ouït les nouvelles de M. saint François, lors vivant et prêchant, auquel il demanda certain nombre de religieux pour amener en son pays de Beaujolais. M. saint François lui octroya trois frères mineurs, dévots, pauvres et simples, lesquels, après qu'il les eut amenés à son château de Pouilly, les recommanda à madame Sibille de Flandres, sa loyale épouse, laquelle leur ordonna une petite maison, près Venay \ en allant à Mourgon, et depuis furent amenés à Villefranche où ils sont de présent, et en furent lesdits Guichard et dame Sibille de Flandres fondateurs et amateurs,