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CHAPITRE X

HUMBERT V, MARI DE MARGUERITE DE BAUGE ONZIÈME SEIGNEUR DE BEAUJEU ET CONNÉTABLE DE FRANCE

Humbert, Ve du nom, selon Severt et Guichenon, et IVe, selon Duchesne, succéda aux états de son père, incontinent après sa mort, sous la garde toutefois des chanoines de Beau jeu qui devaient garder la clef de son trésor pendant trois ans et plus, jusqu'à ce qu'il fût en âge de le gouverner, le père prévoyant bien qu'il ne serait pas trop bon ménager, puisqu'il engagea, l'an 1226, pour deux cents marcs d'argent, à Renaud de Forez, archevêque, et à l'église de Lyon, tous les hommages qui lui étaient dus entre le château d'Yoin et la Saône, et encore les châteaux de Virieu, de Chateauneuf, de Cordon et de La Bordonnière, avec leurs appartenances en Bugey, à Amé, comte de Savoie, que ledit comte promit de lui rendre par ses lettres du mois de juillet 1248, en lui payant 2.500 livres viennoises, pour lesquelles lesdites seigneuries étaient engagées; ce qui ne fut racheté de longtemps, puisqu'on voit au trésor de Villefranche l une requête présentée par Edouard, seigneur de Beaujeu, au comte de Savoie pour le prier d'exécuter ladite promesse; elles avaient été baillées par Amé II, comte de Savoie, à Humbert II, seigneur de Beaujeu, au payement de la dote d'Alix ou d'Auxilie de Savoie, fille dudit Amé, quoiqu'il semble apparemment que ce prince dut avoir bien fait ses affaires, puisque Marguerite de Baugé, sa femme, lui avait apporté en dot des belles terres dans la Valbonne, Miribel, Meximieux et le bourg Saint- Christophe 2, et que l'empereur Frédéric II lui eût donné assignat de cent marcs d'argent annuellement en fief de la chambre de l'empire, comme il appert de ses lettres patentes du mois de juillet 1246, scellées sur lacs de soie jaune, jointes à celles de l'empereur Frédéric Ier,

1. G : sac du Ier coffre, n° ni. — 2. G : sac C. du Ier coffre, n° nu.

de l'an 1157, par lesquelles il accordait à l'archevêque de Lyon et à ses successeurs tous les droits qui appartenaient à S. M. I. dans toute l'étendue de l'archevêché de Lyon.

En 12 17 et le dernier de septembre, il confirma un affranchissement que son père avait fait des enfants de Guiton d'Andilié, Jean et Martin, qu'il mit en liberté et rendit au chapitre de Beaujeu.

Notre Humbert épousa, comme j'ai dit, au mois de juillet 12 18, Marguerite de Baugé, fille de Guy, fils aîné d'Ulrich III, seigneur de Baugé et de Bresse, et de N. de Chalon, dame de Miribel l et autres terres, qu'elle porta depuis en la maison de Baugé, d'où elles vinrent, par ce mariage, en celle de Beaujeu, et depuis, par la prise de Guichard le Grand, à la bataille de Varey, en celle des dauphins Viennois, et finalement, par la transaction d'entre les mêmes dauphins et les comtes de Savoie, elles revinrent à ceux-ci. Guichenon, en son Histoire de Bresse 2, dit que la lettre de ce mariage est de l'an 12 18 et le 15 juillet, et porte que cette Marguerite de Baugé était fille de Guy de Baugé, qui lui constitua 1.000 livres fortes et la ville de Miribel, avec ses appartenances, sous telles conditions qu'il pourrait retenir la seigneurie de Miribel pendant tout le temps qu'il voudrait, en payant cent livres fortes tous les ans, voulant de plus que la terre de Baugé appartînt, en toute propriété, audit Humbert de Beaujeu s, son gendre, et à sadite fille, au cas qu'il vînt à mourir sans mâles ; et parce que ce mariage avait été conclu du temps de Guichard, seigneur de Beaujeu, Guy de Baugé, voulant faire le voyage d'outremer, alla en personne a Belleville -en Beaujolais où lui et ledit Humbert de Beaujeu, son gendre, en conséquence dudit mariage, firent les conventions susdites. L'acte de ce mariage est aux preuves 4.

Le prieuré de Miribel dépendait de l'abbaye de l'Ile-Barbc, d'où s'ensuivit que notre Humbert eut quelque démêlé avec l'abbé Guigues, qui fut assoupi par le même Humbert, l'an 1222, et ratifié par Marguerite, sa femme, audit lieu de Miribel, qui était de son chef au mois de juillet, de l'an 1229, avec l'abbé Guillaume, successeur de Guigues, de qui cette dame reconnaît tenir cette belle terre; l'acte

1. L, 13, J ajoutent : qui avait eu de La maison de Chalon ledit Miribel et autres terres. — 2. G : fol. 54. — 3. L, T : Baugé. — 4. G : fol. 10.

est dans les mêmes preuves de la susdite Histoire de Bresse l où le sieur Guichenon a mis Guy, abbé de l'Ile-Barbe, pour Guillaume; le premier acte avait été fait, l'an 1222, entre Humbert, seigneur de Beaujeu, et Guigues, l'abbé, et non par Guy, car l'acte porte Guigo et non Guido, et le second acte est de l'an 1229, entre l'abbé Guillaume et ladite dame comme on le peut encore mieux voir dans les Masures de FIsle-Barbe 2, de M. Le Laboureur, prévôt de ladite abbaye.

Cette dame a été fondatrice des Chartreusines de Polleteins en Bresse, et Guichenon dit que, l'an 1230, elle donna à l'ordre des Chartreux tout le territoire et tènement de Polleteins, avec la forêt et l'étang en dépendant; promit d'y faire bâtir une maison et une église pour une prieure et des religieuses chartreuses, auxquelles elle concéda droit de pâturage pour leur bétail dans toute sa terre autour du Rhône et par de là, avec immunités de tous péages, leydes et tributs, consentant que tout ce que la prieure et les Chartreuses de ladite maison acquerraient mouvant de son fief fût tenu et possédé par elles franchement, à quoi elle obligea ses successeurs, seigneurs de Miribel. Cette fondation fut agréée et consentie par Humbert, seigneur de Beaujeu, son mari; et Jeanne, leur fille, y fut la première prieure. Les actes sont aux preuves de ladite Histoire de Bresse \

Reprenons notre Humbert et disons que, l'an 1218, au mois de mars, il fit le fief à la duchesse de Bourgogne, pour Belleville, Thizy, Perreux et Lay, que son père avait pris du duc de Bourgogne en augment de fief qui le devait secourir et aider contre le comte de Forez, comme l'acte qui est aux preuves fera voir.

L'an 1220, il traita avec Jean de Brenne, comte de Mâcon, touchant la terre de Cenve qu'il acquit entièrement, au prix de mille marcs d'argent, comme on peut voir d'un acte qui est aux preuves, que j'ai tiré du trésor de Villefranche, au livre A, fol. 38 verso.

Duchesne dit qu'il servit les rois Philippe-Auguste et Louis VIII en leurs guerres contre les Albigeois, d'où Severt conclut qu'il fut gouverneur de Languedoc, ce que je crois être plutôt arrivé à son cousin de même nom qu'à lui, car s'il a accompagné saint Louis au voyage de la Terre Sainte et qu'il y soit mort, il ne saurait avoir été gouver-

1. G : fol. 11. —2. G : ch. XXIX. — 3. G : foi. 126; J : fol. 26.

neur de cette province-là, vu qu'après la mort du dernier comte de Toulouse, advenue l'an 1242, Alphonse, frère de saint Louis, qui avait épousé la fille unique du comte, lui succéda et qu'on n'a mis des gouverneurs dans ladite province qu'après leur décès, bien est vrai que le jeune comte Raimond ayant remué, Humbert de Beaujeu, lieutenant général du roi, fut envoyé contre lui, bloqua la ville de Toulouse et prit quelques places, dont le comte étonné eut recours à la miséricorde du jeune roi saint Louis.

Il fut connétable de France, comme le justifie la charte des privilèges de Villefranche, de l'an 1260. Duchesne dit qu'on apprend, d'une charte de l'an 1239, qu'il s'achemina en la Terre Sainte avec plusieurs autres princes et grands seigneurs de France, et y mourut. Severt dit qu'il donna de forts beaux privilèges aux chanoines réguliers de Belleville et à l'église de Beaujeu; à laquelle il donna le dîme des Ardillats, du bourg d'Ouroux \ Une chronique manuscrite de Belleville dit que Louis, son frère, précenteur de Lyon etévêque de Bayeux, avait légué cent sols de rente audit chapitre, en récompense desquels Humbert leur donna le dîme d'Ouroux et de sa maison d'Allognet; on voit dans les archives de Cluny qu'il eut quelque démêlé avec l'abbé Hugues, touchant quelques limites auprès de Thoissey en Dombes, qui dépendaient du doyenné d'Arpayé, situé dans le Maçonnais.

Il y a une charte au trésor de Villefranche d'une donation mite au mois de mars 1240, par Alix, comtesse de Maçon, au profit dudit Humbert, de tous les fiefs qu'il lui devait pour les terres qu'il possédait au delà de la rivière de Saône, à la part de l'Empire; à ce compte, il ne pouvait pas s'être encore mis en chemin pour le voyage de la Terre Sainte, en l'an 1239, comme veut Duchesne, vu que le roi ne s'embarqua qu'au mois d'août de l'an 1248 2.

De son temps et l'an 12 18, au mois de février, la société entre le chapitre de Beaujeu et celui de Saint-Irénée de Lyon, qui avait été flûte dès longtemps, fut renouvelée où, entre autres conventions, est porté que si un chanoine de Beaujeu s'absente de son église, pour quelque occasion, le chapitre de Saint-Irénée le doit recevoir amiablc-

1. G : Paul Emile, fol. 189. - L : les mots du bourg d'Ouroux sont supprimes >ar les mss. L, T, V. — 2. G : Sainte-Marthe, 1. XXIII. Hist. du Beaujolais II.

ment, tant au chœur qu'au réfectoire, et subvenir à ses nécessités et lui donner aide et conseil pour le réconciliera son église; autant en devait faire le chapitre de Beaujeu envers un chanoine de Saint-Irénée, et encore toutes et qualités fois que les uns et les autres se voudraient visiter, ils fussent reçus avec joie et honneur, et que, quand quelque chanoine desdits chapitres viendrait à décéder, l'un serait tenu d'avertir l'autre au plus tôt, afin que l'âme du défunt pût être aidée de leurs suffrages et prières et qu'on pût aussitôt sonner les cloches, et ce pendant trois jours ; on devait donner aux pauvres la portion d'un chanoine. L'acte qui se verra aux preuves instruira mieux.

L'an 1223, au mois d'octobre, Hugues Bordo, chanoine de Beaujeu, par son testament, donna à l'église Notre-Dame dudit lieu où il voulait être enterré les dîmes qu'il possédait en la paroisse de Saint-Jeand'Ardière, en la métairie de Pormia. Il leur donna encore cent sous pour son enterrement et fit, outre cela, plusieurs beaux légats pies à diverses églises, comme à l'abbaye de Joug, de dix livres pour un anniversaire annuel, et pour acheter une terre à l'église de Belleville cent sous; sous la même condition, à l'église Saint-Pierre de Mâcon, autant; à l'église de Savigny, six livres; de même au couvent de Bonlieu ; 60 sous au couvent de Pôle, 20 sous à celui de la Bénissons-Dieu \ 30 sous à Saint-Rigaud, 10 sous, à l'Ile-Barbe, 6 livres, et à vingt autres églises à chacune quelque chose ; le testament est dans les archives du chapitre.

L'an 1222 et le 8 ides des de mai, Humbert renouvela l'accord que feu son père avait fait avec Guigues, comte de Forez ; Fhistoire est que ces princes ayant eu souvent des démêlés entre eux pour divers droits qu'ils querellaient après plusieurs guerres fixités pour ce sujet, leurs amis communs s'étant mêlés de les pacifier et accorder, il s'ensuivit une paix entre Guigues, comte de Forez, et Guigues, son fils, qui mourut au voyage d'outre-mer d'une part, et Guichard de Beaujeu, père de notre Humbert, par lequel accord Guigues et son fils quittèrent | à Guichard tout ce qu'ils pouvaient lui demander, à la réserve de

1. L porte : 60 sous à celui de la Bénissons-Dieu, 30 sous au couvent de Paule, 20 sous de Saint-Rigaud ; — T : Bonlieu 60 sous, à celui de La Bénissons-Dieu, 30 sous, au couvent de Pôle, 20 sous; de Saint-Rigaud, 20 sous; à l'Ile-Barbe.

quelques fiefs que l'acte appelle casamenta l, et l'hommage dû pour iceux que le seigneur de Beaujeu tenait du comte de Forez en fief, hommage et fidélité, et Guichard de Beaujeu quitta réciproquement audit comte et à son fils et à leurs successeurs les chasements ou fiefs de Néronde, Saint-Maurice et des Obches et d'Urfé, et les hommages et fidélités desdits châteaux, et encore tout ce qu'ils avaient et semblaient avoir en deçà les termes prescrits, outre ce qu'il possédait en La Plagny et outre le fief d'Arnould de Saint-Marcel a Sainte-Colombe et le fief de Charuselas à Saint-Priest, et le fief de Saint- Just-la-Pendue que ledit seigneur de Beaujeu s'était retenu, et, afin que cet accord fût de durée, ils mirent et assignèrent des termes et limites, passé lesquels il n'était pas permis, à aucun d'eux, de rien acquérir sur les terres de l'autre et que l'un ne protégerait ni maintiendrait les hommes et vassaux de l'autre contre sa volonté. Or, les limites d'entre ces deux états furent depuis le petit ruisseau qu'on appelle Gauz et qui coule jusqu'au sentier qui s'étend dudit ruisseau sous Croîsel, vers le gourt 2 de Rostillos, jusqu'au chemin de Sayette, et de rechef depuis ledit chemin de Sayette jusqu'à la porte de Rochenne.

Or, comme cette paix eut duré quelque temps, Reynaud, archevêque de Lyon, qui avait la tutelle de son neveu, le jeune comte de Forez, eut querelle avec le susdit Guichard de Beaujeu et en vinrent aux armes; mais le roi leur commanda de les poser, et Raimond, évêque de Clermont, Ode, duc de Bourgogne, et Guy de Dampierre travaillèrent à les mettre d'accord, ce qui fut fait, sous les mêmes conditions qu'auparavant. Mais, après la mort de Guichard, advenue en Angleterre, l'an 12 16, Hugues Dalmas, homme lige du comte de Forez, ayant pris en fief de Humbert, seigneur de Beaujeu, successeur de Guichard, le château de Cosant, icelui Humbert promit de le défendre et maintenir contre le comte de Forez et tout autre, ce qui était contrevenir au premier traité d'où s'ensuivit la guerre assez âpre ; mais enfin, parla bonté de Dieu, tout fut apaisé et la paix renouée, selon les premier et second traités, car le seigneur de Beaujeu reconnut publiquement ce que son père avait quitté à Guigues, comte de Forez, et à ses succes-

i. G : Casamentum est proprement un fief émané de l'église qu'on appelle Casa Dei. - 2. L, B : l'égout ; T : le Goût ; J : le Gours.

seurs tout ce qu'il pouvait avoir es châteaux de Néronde, de Saint- Maurice et d'Urfé ou des Obsches, qui devaient appartenir au comte de Forez, qui de sa part quitta audit Humbert tout ce qu'il devait prétendre en La Pkgny, et au cas qu'il arriva matière de querelle entre eux, au sujet dudit La Plagny, ils s'en remettraient au chapitre de Lyon, et quant au fief de Cosant et l'hommage de Hugues Dalmas que Humbert avait reçus contre les conventions, il le guerpit et quitta entièrement, et parce qu'Humbert avait reçu en fief ledit château de Cosant de Hervé, comte de Nevers, il fut dit qu'il ferait ses efforts envers la comtesse de Nevers, qu'elle le quitterait et laisserait librement et absolument et qu'elle en donnerait ses lettres comme elle remettrait le même château au même point et état qu'il était quand Hugues Dalmas le prit en fief du seigneur de Beau jeu, qui devait travailler envers ladite comtesse pour cet effet entre le jour de l'accord et l'octave de la Saint-Jean-Baptiste, à défaut de quoi les chevaliers d'Humbert seraient obligés de retourner en otage a Lyon et de n'en point sortir que toutes choses ne fussent effectuées, et ces otages étaient Guichard de Marzé, Jean de Chastell, Thomas de Marzey, sénéchal, Josseran de Pizey, Humbert de Noell, Barthélémy de La Cluse, Humfroy de Marchant, Etienne de Marzey, Etienne de Pizeys ; ensuite Humbert fit l'hommage qu'il devait, de toute ancienneté, au comte de Forez, des fiefs de Chamelet, de Saint-Trivier et d'Amplepuis, et promirent, sur leur serment et sur les Saints Evangiles, d'observer ponctuellement tout ce que dessus et d'en prendre lettres testimoniales de l'archevêque et chapitre de Lyon, et encore Humbert devait procurer que le roi et son fils Louis leur en donnassent lettres d'agrément et de consentement, et encore, afin que cet accord fût de plus grande durée, Humbert promit de donner sa fille en mariage au fils du comte quand il serait en âge, lui assignant pour dot le bourg de Grandris et mille marcs d'argent, et promit encore d'en obtenir dispense de Sa Sainteté, à cause qu'ils étaient parents en quelque degré de consanguinité ; à quoi ils devaient tous deux travailler. L'acte se verra aux preuves.

L'an 1223, au mois de mars r, il travailla avec Renaud, archevêque

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