GUICHARD IV, DOUZIÈME SEIGNEUR DE BEAUJEU ET DERNIER DE LADITE MAISON
Guichard IV succéda à son père l'an 125 1 ; il pouvait avoir commencé de seigneurier pendant que son frère était au voyage d'outre-mer, puisque Duchesne dit qu'il se trouve un hommage, par lui rendu à l'église de Lyon, de la moitié du château de Beauregard, en l'an 1248. Duchesne pourrait bien s'être trompé aussi bien qu'en ce qu'il a dit que Humbert, son père, était mort l'an 1240.
Il y a un acte, du 15 mars 1243, dudit Guichard, qui donne à Marguerite de Thurey, sa nièce, 500 florins de rente, par contrat de mariage avec messire Perceval de Rousset, seigneur d'Amareins et d'une partie de Malevart \ L'acte est aux preuves.
La Chronique de Belleville et Jacques Severt disent qu'il fut fait par saint Louis, connétable de France, à quoi je ne vois point d'apparence, car, dans les privilèges de Villefranche, qu'il jura l'an 1260, qu'il fait bien mention comme son père était connétable, mais il n'en dit rien de soi, au contraire; il ne prend autre titre que celui de seigneur de Beau jeu. Severt dit qu'il châtia les Marseillais qui étaient rebelles h. Charles d'Anjou, leur comte, ce que je n'ai pu découvrir ailleurs, vu que les histoires de Provence, de Nostradamus et de M. de Ruffy ne parlent aucunement dudit seigneur de Beaujeu. Il dit encore qu'il rendit hommage à Pierre de Savoie, archevêque de Lyon, comme son père Humbert avait rendu à l'archevêque Renaud de Forez; mais Guichenon dit, au lieu ci coté 2, que ce fut à Pierre, comte de Savoie, l'an 1264, ensuite de ce que le comte de Genève 3 avait été châtié pour le déni du fief que l'un et l'autre faisaient au comte.
Il épousa Blanche de Chalon, de laquelle il n'eut point d'enfants;
1. B, J : Malevard. — 2. G : Histoire de Savoie, fol. 285. — 3. L, T : Savoie.
elle était fille de Jean, comte de Chalon. Duchesne, en son Histoire de Bourgogne, dit qu'elle se remaria avec Béraud, seigneur de Merceuil, contre le sentiment du sieur de Rubys, ch. XXXVII, liv.III, de son Histoire de Lyon, qui dit qu'elle quitta le monde et fonda l'abbaye des daines de la Déserte, où elle se retira avec bon nombre d'autres dames, pour y passer le reste de ses jours, sous la règle de Mme sainte Claire; et fut, ce lieu de sa retraite, appelé la Déserte, parce que c'était un lieu désert, hors la ville et éloigné de voisins; il est aujourd'hui dans l'enclos de ladite ville et ne s'y voit ni en la vie, ni en l'habit des dames, aucun vestige ni marque de sainte Claire; elle leur fit de grands biens, comme aussi aux Cordeliers de Villefranche. Je ne sais comme quoi croire Severt, qui dit que Guichard, son mari, mourut en Angleterre, le 9 mai 1265, et que sa veuve, qui lui survécut longtemps après avoir fondé le monastère de la Déserte, à Lyon, au mois de juillet 1304, se remaria puis après à Béraud, seigneur de Mercueil, en Auvergne, c'est-à-dire après avoir demeuré veuve 39 ans; elle s'est remariée pour goûter encore une fois les plaisirs du monde. Il y a bien plus d'apparence qu'elle fut veuve dudit Mercœur, qui mourut, selon Justel, en 125 1, lorsqu'elle épousa notre Guichard de Beaujeu, puisque ledit sieur Justel donne pour femme, audit Béraud de Mercœur, Blanche de Chalon. Severt dit que Guichard, son mari, mourut en Angleterre, où il avait été envoyé en ambassade, le 9 mai de l'an 1265, qu'il fut enterré à Belleville, entre le grand autel dudit lieu et l'autel de Saint-Pierre, où sa veuve lui fit dresser un magnifique sépulcre que les huguenots ont ruiné ; il laissa sa femme héritière de Belleville ; il avait donné auparavant, cà l'église de Beaujeu, sept livres et demie de rente annuelle, pour les anniversaires de son père et de Marguerite, sa sœur, dame de Mont-Saint-Jean; sa sœur Isabeau, comtesse de Forez, lui succéda, comme je dirai ci-après.