DES HOMMES ILLUSTRES DU PAYS DE BEAUJOLAIS
SOMMAIRE. — /. Des prélats, cardinaux et évéques : Raoul de Chevriers, Jean de Saligny, Guillaume de Salagny, Girin de Sartines, Jean de Damas, Geoffroy de Saint- Amour, Claude de Rebé. — //. Des chevaliers et gens tfépée : Guichard de Mar^é, Guy de Chevriers, Olivier de Laye, François et Léonard de La Magdelaine, François de Nagu. — III. Des gens de lettres et écrivains : Claude Patarin, Claude, Guillaume et Etienne Paradin, Pierre de Saint-Julien, Claude Le Brun, Jacques Severt, Papire Masson, Jean-Baptiste Morin, Jean de Bussières, Claude Guillaud, Jean-Pierre de la Mère de Dieu.
Il ne faut pas rendre l'histoire défectueuse par l'oubli des hommes illustres qui ont honoré de leurs belles actions le pays de leur naissance. On sait assez que toute l'antiquité avait en grande estime et recommandation telle sorte de gens puisqu'on leur dressait des statues et qu'on érigeait des trophées à leur mémoire. Pline second en faisait si grand état qu'il en a fait un traité tout exprès qu'il a qualifié de viris illustribus; et Cicéron dit, en son fragment du songe de Scipion, qu'il y a une place toute particulière dans le ciel pour ceux qui ont étendu et amplifié la gloire de leur pays, et je puis dire, avec plus de certitude, que toutes les histoires que nous avons devant les yeux ne sont que le récit des glorieuses actions des hommes illustres; c'est pourquoi je croirais commettre une grande faute si je passais sous silence ceux qui ont excellé et rendu leur naissance recommandable, soit par leurs belles actions ou par les productions de leur bel esprit, et, pour éviter une confusion qui se rencontrerait ici, parmi un si grand nombre de personnes nobles qui ont bien mérité de leurs concitoyens et de leur patrie par les beaux emplois qu'ils ont eus et par les belles actions qu'ils ont flûtes, je réduirai ce chapitre à trois sortes de
personnes : à ceux qui ont eu charge et dignité dans l'Eglise; à ceux qui ont été honorés des commandements de leur prince et qui ont reçu Tordre de chevalerie en récompense de leur vertu, et enfin à ceux qui, par leur rare savoir, ont laissé des ouvrages au public qui les ont rendus recommandables à la postérité.
I. — En premier lieu, on ne saurait disputer à la province de Beaujolais :
Raoul de Chevriers, cardinal évêque d'Albane, puisque Thil, Sallagny et Les Chezeaux que les seigneurs de cette maison possèdent sont dans le Beaujolais et dans la paroisse de Vaux-Regnard, qui est du diocèse de Maçon, ce qui a fait dire au sieur d'Aubery, en son premier tome des Cardinaux, qu'il était du diocèse de Mâcon; mais il faut considérer que le Beaujolais a son étendue dans trois diocèses : Lyon, Autun, et Mâcon, et que la paroisse de Vaux-Regnard est la 35e paroisse en nombre de 126 qu'il y a dans le Beaujolais.
Ce cardinal avait été évèque d'Évreux et fut député légat, par le pape Clément IV, pour couronner Charles d'Anjou, roi de Naples, l'an 1265; il fut depuis légat en France et accompagna le roi saint Louis en son dernier voyage d'outre-mer et mourut au siège de Thunes1, au commencement d'août, l'an 1270.
La généalogie de cette maison a été amplement décrite par le révérend père Ménestrier, jésuite, qui dit que les deux frères de notre cardinal, Guy et Henry, furent gouverneurs de Languedoc, l'an 1248, sous Alphonse de France, comte de Poitou, ce que j'ai peine à croire, vu que le Languedoc n'appartenait pas au comte Alphonse, car les deux sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne appartenaient au roi qui les avait acquises, tant par ses armes que par l'échange qu'il fit avec Amaury de Montfort, et pour lors c'étaient les sénéchaux qui gouvernaient le détroit 2 de leur sénéchaussée, et comment Guy et Henry auraient-ils été gouverneurs de Languedoc en 1248, sous le comte Alphonse qui n'y avait rien, puisque Raymond VII ne mourut que le 27 septembre 1249. Je ne prétends pas combattre par mes écrits cet excellent génie qui n'ignore rien, ma plume est trop courte pour la
1. L, T, C, B, V : Tunis. — 2. L, T, C : district. J : les détrois.
sienne; mais je pourrai bien dire qu'il pourrait avoir erreur à la date, car j'ai trouvé un acte des archives de Beaucaire qui fait mention d'un Guido Caprarius, sénéchal de Beaucaire et Nîmes, en l'an 1324. Mentionné encore dans les archives de Montpellier, armoire E, cassette 2, n° 9.
Severt, fol. 173, parle d'un Barthélémy de Chevrier, de cette maison, bourgeois de Lyon, échanson du roi Philippe le Bel, qui, par ses lettres données à Poitiers, au mois de juin 1308, lui donna cent livres de rente, annuelle et perpétuelle, sur le péage de Mâcon, pour lui et les siens procrées de légitime mariage, en augment de fief.
Tout ce que dessus ne fait pas mal à notre histoire, tant s'en faut, il lui sert d'ornement et de lustre, et j'oserai dire ensuite, avec Severt, que Jean de Saligny ', évêque de Mâcon2, était originaire de Beaujolais et de cette maison de Chevriers, vu que ceux de la maison de Chevriers sont seigneurs et possesseurs de ce fief depuis longtemps. Severt dit qu'il commença à siéger l'an 1349 quand il fit bâtir la chapelle de Saint-Yves, de laquelle parle Pierre de Saint-Julien de Baleure 3, doyen de Chalon, dans ses antiquités de Bourgogne, lequel eut un frère :
Guillaume de Salagny, 65e évêque de Chalon, chez le même Severt, f° 181.
Girin de Sartines, abbé de l'Ile-Barbe en 1270 4, issu d'une noble famille de Beaujolais qui dure encore aujourd'hui.
Jean de Damas, évêque de Mâcon s en 1262. On ne saurait révoquer en doute que la famille de Damas ne soit originaire de Beaujolais où elle reste encore en la personne d'Etienne de Damas, écuyer, seigneur deLaBastie, en la paroisse de Saint-Étienne-de-Varennes. Cette maison a été depuis longtemps si illustre qu'elle a donné non seulement des prélats à l'Église mais encore des gouverneurs de provinces, et l'histoire de Bresse, de M. Guichenon, nous fait mention d'un Jean de Damas, seigneur de Digoine et de Clessy, capitaine de cinquante hommes d'armes, des ordonnances de France, lieutenant général au gouverne-
1. G : fol. 175 des évêques de Mâcon. — 2. C, B, J, V : Salagny. — 3. G : fol. 291 de ses antiquités de Bourgogne. — 4. G : Hist. de l'Ile Barbe, fol. 183. — 5. G : Severt en ses évêques de iMâcon^ § 48. Pierre de Saint-Julien de Baleure en ses antiquités de Bourgogne.
ment de Bresse, Bugey et Valromey, gouverneur de Mâcon en 1552, et un Charles de Damas, marquis de Thianges, seigneur de Dio, du Deffend et d'Estours, chevalier des deux ordres du roi, maréchal des camps et armées du roi,, lieutenant général audit gouvernement, en 1633 et 1638.
Geoffroy de Saint-Amour, évêque de Mâcon *, en l'an 1420, avait été premièrement chanoine de Beaujeu et chantre de Mâcon ; il siégea pendant dix ans, et, étant atteint de la maladie dont il mourut, l'an 1430, il fît son testament, par lequel il institua ses héritiers les doyen, chanoines et chapitre de Beaujeu, les doyen, chanoines et chapitre de Mâcon, et l'hôpital dudit Mâcon, chacun pour un tiers. Severt dit qu'il fonda la chapelle de Saint-Claude, dans son église cathédrale, que plus de cent ans auparavant florissait Pierre de Saint- Amour, cousin comme il croit dudit évêque, ou son arrière-oncle, chanoine de Mâcon, qui mourut l'an 1295; Je doute qu'il n'ait pris Pierre pour Guillaume, docteur de Sorbonne, qui persécuta les mendiants et était grand ami et familier de Jean de Damas, ci-dessus. M. Louvet, avocat, qui a fait l'histoire du Beauvaisis, dit qu'il était chanoine de Beauvais, mais qu'il n'était ni de Beauvais, ni du Beauvaisis et qu'il n'y faisait aucune résidence, et partant il est probable qu'il fut de ce pays-ci, puisque, par son testament, il légua, au chapitre de Mâcon, 60 livres pour un anniversaire, qui était une grosse somme en ce temps-là, qui fut convertie en un fonds pour l'œuvre dudit anniversaire; et que la famille de Saint-Amour subsiste depuis longues années à Villié, au diocèse de Mâcon, et la trente-septième paroisse du Beaujolais et étaient seigneurs de La Butinière ou Foncraine, en ladite paroisse et du Moulin-au-Comte en la paroisse de Beligny.
Il appert des lettres du seigneur de Beaujolais, Jean Ier, duc de Bourbon, de l'an 141 9, que Ponthus de Saint-Amour, écuyer, seigneur de Foncraine, lui fit les foi et hommage et que Geoffroy de Saint-Amour acheta l'an 13 01, de Thomas Comte, un moulin avec les martinets et maison jouxte, assis en la paroisse de Beligny, avec plusieurs prés, lesquels Thomas tenait, en emphythéose, de l'abbé et monastère de Jouxdieu, à la charge des servis ordinaires, sur quoi il y eut contrat