DES PAROISSES ET ANNEXES DE LA PRÉVÔTÉ DE V1LLEFRANCHE
SOMMAIRE. — I. De Béligny, seconde paroisse du Beaujolais, et des fief s du Moulin- au-Comte et des Garets. — 77. De Limans et du fief de Buysante. — III. De Chervinges. — IV. De Pomiers. — V. De Glaire et des fiefs de Mar^é, de Saint-Fons et de Mongré. — FI. De Lacenas et des fiefs de Bionnay, T hoirie et La Bastie. — VII. De Cogny et des fiefs de Serfavre et de Solly. — VIII. De Rivollet. — IX. De Montmelas. — X. De Saint-Sorlin. — XL De Denicé et des fiefs de Charmes et Malleval. — XII. De Pouilly-le-Châtel et de La Vénerie. — XIII. D'Ouilly et du fief de La Chartonniêre. — XIV. De l'abbaye de Joug-Dieu. — XV. De la paroisse d'Amas et des fiefs de Brameloup, Arbin et La Roche. — XVI. De Blacé et du fief de Bost et du prieuré de Grammont. — XVII. Du prieuré de Salles. — XVIII. D' Ar buis sonnas . — XIX. De la paroisse de Vaux. — XX. De Saint-Cire de Chatoux. — XXI. De Saint- Etienne-la- Varenne et des fiefs de La Bastie, Millyet Cor celles. — XXII. UOdenas et des châteaux du Vierre, de La Dou^e, des Cloux et de Pierreux. — XXIII. De Charentay et des fiefs d'Arginy, Vuril et Armas. — XXIV. De Rogneins et des fiefs de Bussy, Laye, Sepey, La Grange-Baudet , Mar^é et Monchervet.
I. Béligny. — J'ai dit que je suivrais en ceci Tordre du département des tailles et comme après Villefranche, suit immédiatement Béligny, je dirai que c'est une paroisse du diocèse de Lyon, d'assez grande étendue et bon pays, traversée par le milieu de la rivière de Mourgon; elle vient jusqu'aux murailles de Villefranche, et même le curé de Béligny,
i. Le ms. V intercale ici un chapitre III, « Des fiefs et biens allodiaux, la nature de ceux du Beaujolais, et les armoiries des seigneurs de Beaujeu », chapitres X, XI et XIII de la présente édition.
qui n'a point de presbytère et de logement dans sa paroisse, fait sa résidence dans ladite ville et y baptise ses paroissiens, sur les fonts baptismaux de l'église paroissiale, et y prend le Saint-Viatique pour porter aux malades de sa paroisse, de laquelle MM.de Saint-Jean de Lyon sont coliateurs et décimateurs, et cela à cause que Villefranche a été bâti, comme j'ai dit, la plus grande partie dans ladite paroisse, à cause de quoi le curé de Béligny prétend devoir être le premier sociétaire de l'église paroissiale de ladite ville.
Dans cette paroisse, il y a deux fiefs, l'un est Le Moulin-au-Comte ou Foncraine de * la maison des Garets.
Le Moulin-au-Comte, appelé communément Foncraine, à cause qu'il était possédé par le seigneur de La Butinière ou Foncraine, en la paroisse de Villié, appartenait, l'an mil trois cent et un, à Thomas Comte, qui ayant été convaincu d'une fausseté, ses biens furent confisqués au seigneur de Beaujeu; néanmoins, ledit Thomas vendit à Geoffroy de Saint-Amour, bourgeois de Villefranche, ledit moulin avec les martinets et maison jouxte, assis en la paroisse de Béligny, avec plusieurs prés que ledit Thomas tenait en emphytéose de l'abbé et couvent de Joug-Dieu, à la charge des servis que ledit seigneur de Beaujeu avait donnés à ladite abbaye; et, la même année, ledit Geoffroy acquit, dudit seigneur de Beaujeu, l'affranchissement de tous les servis des fonds joignant ledit moulin, un jour de samedi après la fête de saint Laurent et, comme le seigneur de Beaujeu eut remis quelques servis à ladite abbaye, il y eut transaction entre l'abbé et le susdit Geoffroy de Saint-Amour, seigneur de Foncraine et du Moulin-au- Comte, qui paya, audit abbé, vingt livres viennois pour s'en acquitter, l'an 149 1. Ponthus de Genost de Saint- Amour, écuyer, sieur de Foncraine, en fit les foi et hommage 2 à M. le duc. Jean de la Bessée l'acquit, le 4 mai 1534; et, l'an 1537, il appartenait à sieur Claude Baronnat, chevalier, qui transigea avec les habitants de Villefranche, pour le fait de la conservation de l'hôpital des pestiférés, situé le long de la rivière de Mourgon et au-dessus dudit Moulin-au-Comte. Il y a deux déclarations des foi et hommage faites aux seigneurs de Beaujolais, l'une de l'an 1539, par noble Claude Baronnat, écuyer, seigneur de Bussy,
1. T, B, J, V : et; C : et l'autre. — 2. Lacune d'un feuillet dans le ms. T. Hist. du Beajuolais. 13
et du Moulin-au-Comte juge d'appeaux de Beaujolais et de Dombes, qui faisant le dénombrement de ses biens le 27 janvier de ladite année, fait mention, entre autres, d'une maison forte, moulin, grange, terre, pré et vignes appelés du Moulin-au-Comte, assis en la paroisse de Béligny, lequel dénombrement il réitéra l'an 1557. Il y en a un autre, de l'an 1601, fait par messire Jean de la Chambre, comte de Savigny et de Montfort, pour ladite maison forte et moulin, entourés de fossés ; et l'an 1639, et le 2 juillet, M. Jean de la Chambre, comte de Savigny, Monfort, d'Andelost et du Tremblay, ayant donné son dénombrement, fut taxé à cent livres pour l'arrière-ban; sur quoi ayant remontré, le 18 mai 1657, qu'il avait vendu au sieur Candon la rente de Briandas, faisant partie de ladite seigneurie du Moulin-au-Comte, il fut déchargé de trente livres, à cause de ladite aliénation, ensuite de quoi, le sieur de Montigny-sur-Aube, bourguignon qui avait épousé Ennemonde de la Chambre, fille du susdit Jean, la vendit au sieur Claude Espiney, de Villefranche, qui la possède aujourd'hui et se dit seigneur de Foncraine, à cause que, comme j'ai dit, il était ainsi appelé depuis que [le] sieur de Saint-Amour, seigneur de Foncraine, en la paroisse de Villié, la possédait.
La maison des Garets 1 est depuis longtemps possédée par la famille de Garnier, comme appert du dénombrement qu'en fit, l'an 1539, le 12 mars, François Garnier, marchand de Villefranche, des cens et servis qu'il avait acquis de noble Charles de Saint-Amour, seigneur de Foncraine, dus en la paroisse de Pommiers, par-devant le lieutenant général. Il fallait que ce François Garnier fût considérable, puisqu'il avait épousé, l'an 1526, et le 4 octobre, Méraude de Tourvéon, fille de noble homme Jacques de Tourvéon, seigneur de La Tour, citoyen et bourgeois de Lyon, comme appert de l'acte de mariage reçu par Michel Baraillon, notaire. Ce Garnier était sorti de Bourgogne, comme appert de l'état des échevins de Villefranche, imprimé audit lieu, l'an 1669, où il est dit qu'en 1526 François Garnier, dit Bourguignon, fut fait échevin de ladite ville, avec Humbert Farcet, et était fils de Jean Garnier, dit Bourguignon, échevin de la ville, l'an 1503, ou d'un autre Jean Garnier, marchand, aussi échevin, en 1509, car la maison des
1. Dans les mss. T, D, V, cette généalogie est insérée chapitre XII de la première partie.
Garets ne fut érigée en fief que le 15 janvier 1595, par le roi Henri IV et, lorsqu'on appela, l'an 1601, tous les tenants fiefs du pays de Beaujolais de venir reconnaître leurs fiefs, celui des Garets est mis au nombre de ceux qui étaient tenus par des roturiers, ou, si ce François Garnier était de la famille de ceux de Lyon, où il appert des archives de la maison de ville que noble Jean Garnier avait été élu de ladite ville, l'an 1438, 1447 et 1453 et autre noble Etienne Garnier, aussi échevin es années 1482, i486 et 1487, et autre noble André Garnier, docteur es lois, aussi échevin en 1483, comme appert des actes du prévôt des marchands et échevins de ladite ville, du 16 mai 1641 I qui étaient : Pierre Loubat, chevalier, conseiller du roi, trésorier général de France en la généralité du Dauphin é, prévôt des marchands, Dominique Pecoul, sieur de Coissieu, secrétaire de Monsieur, frère du roi, Benoît Voisin, bourgeois, Philippe Gueton 2, conseiller et secrétaire du roi et de ses finances, et Pierre Raton, conseiller de Sa Majesté, au siège présidial de Lyon, échevins. Si, dis-je, ce François Garnier était de cette famille, il faudrait que c'eût été un cadet qui se serait adonné au négoce, puisqu'il est mentionné marchand dans le dénombrement de l'an 1539. Quoi que c'en soit, il eut un fils de même nom qui fit le même dénombrement, le 19 février 1572, et est déclaré écuyer par lettres du roi Henri III, données à Paris le dernier septembre 1587. Capitaine pour le roi à Villefranche, tuteur et curateur [des enfants] de 5 Jean de Guillen de Sala, sieur de Montjustin, en Provence, conseiller au siège présidial de Lyon, et de damoiselle Sybille Garnier, vivant sa femme, il avait épousé, le 2e de juillet 1567, damoiselle Lucrèce Legourd, de Lyon, de laquelle il eut plusieurs enfants et entre autres Alexandre Garnier qui fut baptisé le 25 juin 1582 4 et porté sur les fonts par Messire Alexandre de Ponceton, bailli du Beaujolais, et Emeraude de Tourvéon, ses parrain et marraine; Jean Garnier, baptisé le 25 octobre 1587, duquel, noble, haut et puissant seigneur, messire Jean de la Chambre, baron, seigneur de Montfort, chevalier ordinaire du roi, fut parrain, et damoiselle Madeleine de Champier, marraine; François Garnier, baptisé le 27 décembre 1589, parrain noble Jean Sève, trésorier à Lyon, et Philiberte do Rodes et Françoise de Polies, ses
1. G : 1541. — 2. L, C, B, J : Gueston. — 3. L, T, D, C, B, J : des enfants de. — 4. G : 1682.
parrain et marraines. En quoi faut remarquer que, dans les actes baptistaires, ces trois enfants sont marqués fils de noble François Garnier, sieur des Garets et capitaine de Villefranche; il fallait que ledit François Garnier eut un frère noble, Jean Garnier, puisqu'il est porté, dans les mêmes actes, que, le dernier mai 1582, fut baptisé, François Garnier, fils de noble Jean Garnier, et que lui, noble François Garnier, sieur des Garets, fut son parrain avec Emeraude de Tourvéon, sa mère, qui fut la marraine de l'enfant.
L'an 1595 et le 15 janvier, ledit François Garnier obtint lettres du roi Henri IV, à Lyon, par lesquelles sa maison des Garets [fut] érigée en fief, avec permission d'y faire des fossés, tours et pont levis, pour les bons et agréables services qu'il avait rendus à l'Etat depuis 20 ans, en conservant la ville de Villefranche, dont il était capitaine, au service du roi et de la couronne; lesquelles lettres furent entérinées au bailliage de Beaujolais, du consentement des avocats et procureur du roi et de M. le duc de Montpensier, au mois de septembre de ladite année, vérifiées en la cour des Aides, le 23 décembre 1600, à la charge du ban et arrière-ban, et le lendemain, 24 dudit mois et an, damoiselle Lucrèce Legourd, veuve dudit sieur des Garets, en rendit foi et hommage à M. de Montpensier.
Alexandre Garnier, sieur des Garets, Colombier et Ars, son fils, fut pourvu, le 17 janvier 1606, d'une charge d'écuyer ordinaire de la grande écurie du roi, vacante par la résignation de Jean de Castereau, sieur de la Rivière, et contracta mariage, le 23 septembre 1618, avec damoiselle Anne de Busseul, fille de M. Laurent de Busseul, chevalier, baron de Courcelles, seigneur de Saint-Sernin et Escole, et de dame Diane d'Amanzé, sa femme, petite-fille de dame Antoinette de Gorrevod, son aïeule paternelle, par-devant Jacques Jaquet, notaire royal au bailliage de Maçonnais, eut, de messire Antoine Ruzé *, chevalier, seigneur d'Effiat, grand maître surintendant général et réformateur des mines et minières de France, commission de faire ouvrir les mines et minières de Beaujolais; il testa le 24 avril 1654, et son frère, François Garnier des Garets, gentilhomme ordinaire de la reine Marie de Médicis, fit son testament à Paris, le 21 avril 1648, par-devant Lastier et Bellehache, notaires.