VHist. de Vil. se termine ici
pour servir aucun des sieurs, « allants à Mâcon pour le service de Dieu et du roi », ils furent parler au sieur comte de Saux, gouverneur de Lyon, lequel leur dit qu'il était prisonnier, et que le sieur des Adrets avait les armes et la force en main, mais la vérité que ledit sieur de Saux était huguenot couvert et avait intelligence avec eux.
« Le jeudi, 22 mai, les sieurs de Blaccons et de Saint-Auban, et 2.000 hommes de pied et quatre à cinq cents chevaux, partirent la nuit de Lyon, menant quatre pièces de canon de batterie, six pièces de campagne, et vinrent assaillir Villefranche le lendemain matin, la ville tint bon jusqu'au samedi matin et était audit lieu, le sieur de Vaurion, gentilhomme, conduisant les affaires. La nuit, par la faute de ceux de la garde de la porte de Fayette, où était campé le camp des ennemis, jusqu'à la porte d'Anse, la barrière de ladite porte fut brûlée, qui épouvanta la ville. Le matin, le conseil, tenu en la maison de ville, considéra qu'il n'y avait forces, vivres, ni munitures et autres choses nécessaires et la proximité de Lyon sans aucune espérance de secours. La ville fut rendue par parlement et composition que lesdits de la religion ne feraient aucun mal ni aux corps ni aux biens et que les soldats n'entreraient dans la ville, et leur fut porté vivres hors la ville; mais, dès que lesdits de Blaccon, Saint-Auban et autres chefs furent entrés, les troupes entrèrent cinq heures après dedans où ils vécurent cinq jours à discrétion, ruinèrent les églises, rançonnèrent M. Mc Jean Gaspard, juge, de cent cinquante écus l ; Me Claude Poget, procureur du roi, de cent écus ; Me Aimé Cholier, de cinquante écus ; le corps de la ville de mille écus, dont ledit sieur Favre en porta, huit jours après, à Lyon, cinq cents en poste. Ils firent crier à son de trompe de porter les armes en la maison de ville, et en prirent ce qu'ils voulurent; ils prirent les armes et chevaux des sieurs de Vaurion, de Rebé et Valenciennes, que la ville racheta et leur furent rendus au départir; ils emmenèrent soixante tant chevaux que juments des habitants de la ville, et emmenèrent 2 toutes les chapes et ornements de la grande église et rompirent 3 les orgues. François Nadal et cinq ou six huguenots de Villetranche ayant peur d'être tués, firent bailler cent hommes de garde à Villefranche, pour les garder aux dépens de la ville. Ledit
1. L, T, C : juge, de cinquante écus. — 2. L, T, C, B : ainsi qu'ils emportèrent. — 3. L, T, C, B : après avoir rompu.
Nadal faisait prêcher à Villefranche et gardait le ministre en sa maison et voulait contraindre les gens a aller au prêche; le prêcheur s'en est retourné plusieurs fois qu'il n'y avait personne pour ouïr son prêche, dont lesdits Nadal et huguenots enrageaient et allaient accuser la ville à Lyon, envers le sieur de Soubise, gouverneur. Ceux de Lyon firent venir cinq mille Suisses, avec deux mille hommes de pied qu'ils étaient, et cinq cents chevaux, allèrent en Bourgogne pour espérer de reprendre Chalon que le sieur de Neubourg avait perdu et le lui avait ôté M. de Tavannes. Fut leur armée conduite par le sieur de Ponçonnat à Tournus, où ledit sieur de Tavannes leur fit tête et, pendant qu'il les amusait, il fit prendre par surprise Mâcon, qui étonna sourdement lesdits huguenots. Cependant le roi écrivit auxdits Suisses qu[ils] contrevenaient à l'alliance de venir en son royaume lui faire la guerre, et les Suisses, connaissant que la guerre se faisait contre le roi, ils se retirèrent à Villefranche, où ils séjournèrent 28 jours, depuis le 5 juillet, et quoique la plupart desdits Suisses se retirassent en leur pays, il en demeura à Villefranche cinq enseignes d'un canton huguenot, avec les forces de Lyon. Le sieur de Tavannes, avec son armée, se campa à Belleville, où il séjourna huit jours, attendant quatre mille hommes d'Auvergne, conduits par le sieur de Saint-Chaumont, et Tévêque du Puy et cinq mille Italiens, conduits par le sieur comte Jean; et les huguenots, sentant ces forces arrivées et craignant ledit sieur de Tavannes, le lundi, 7 septembre 1562, pensèrent secrètement s'enfuir, ce qu'ils firent la nuit et troussèrent bagages, et ils voulaient piller Villefranche, sans lesdits Suisses restés qui firent sortir tous lesdits huguenots français, et ceux de Lyon les premiers. Lesquels huguenots français, voyant qu'ils ne pouvaient piller la ville, ils brûlèrent les portes de Fayette et de Belleville, et des Cordeliers, le mardi matin, 8 septembre, jour de Notre-Dame, et encore celle de la ville d'Anse. Le sieur de Tavannes, avec son armée de dix à douze mille hommes de pied, de quinze cents chevaux, vint camper à Anse, entre la ville et la Saône, où il séjourna quatorze jours, attendant M. de Nemours qui amenait quatre cornettes de reîtres, arrivés à Anse le 28 septembre et, après avoir conféré par ensemble, M. de Tavannes se retira en Bourgogne et M. de Nemours demeura en l'armée.
« Le sieur de Tavannes usa de grande humanité à Villefranche, ne y
voulut oncques entrer, de peur de fouler la ville, allant et revenant. L'armée partit en octobre et alla prendre Vienne; au mois de décembre, l'armée retourna camper à Anse, partie à Chazelles et tes quatre cornettes de reîtres à Villefranche, où ils firent de grands maux, gâtèrent le bois de Bordelan et partie de celui de Joux. Le sieur de Nemours vint séjourner quelques jours à Villefranche, où arrivèrent six enseignes des bandes vieilles venant de Piémont, bragars hommes qui eurent querelles avec les reîtres et en tuèrent quinze ou seize par la ville et aux fenêtres, et les firent retirer es maisons. Le sieur de Nemours fut bien aise de cette escarmouche, parce que les reîtres faisaient les braves à cause qu'ils n'étaient payés. En janvier, l'armée s'en retourna à Vienne pendant quoi il y avait à Villefranche, en garnison, quatre enseignes de gens de pied, deux cornettes, des arquebusiers à cheval, du sieur d'Achon et le sieur de Rochebonne, gouverneur, qui firent une merveilleuse dépense à ce pauvre pays, de plus de 80.000 livres, sans les ruines et les pillages.
« Le 29 avril 1563, M. Me Jean Gaspard, juge, M. Hugues Charreton, trésorier, et ledit sieur Favre, secrétaire de Villefranche, furent députés pour aller à la cour remontrer au roi les foules que dessus, et le roi, en considération de ce, octroya aux habitants de Beaujolais le don des tailles pour une année, lequel don fut révoqué et sursis, à la prière de quelques huguenots.
« En juin 1564, M. le duc de Montpensier, accompagné de M. le prince son fils, fit son entrée à Villefranche, où il y eut bravade entre rue, tapissée de vert * et de 8.000 hommes de pied, qui lui allèrent audevant jusqu'au pont de Joux, enseignes déployées et tambourins battants, ne fut point sonnée artillerie à l'entrée de la ville, par commandement dudit sieur, pour cause qu'il fut tué une femme d'un coup d'arquebuse.
« Ladite année, la peste fut à Villefranche, sur la fin de juin, au moyen de la sœur [de] Jean Bordelle, qui vint de Lyon malade de peste, et commença par le serviteur de Claude Chapuis, apothicaire, qui la servit et, en peu de temps, fit de si grands progrès qu'en juillet, août et septembre moururent plus de deux mille personnes. »