CHAPITRE XIII
DES ARMOIRIES, TIMBRES, SUPPORTS ET CRI DE GUERRE DES SEIGNEURS DE BEAUJEU I
Tous ceux qui ont écrit des armes disent que celles des princes de Beaujeu étaient d'or à un lion de sable, armé et lampassé de gueules, brisé d'un lambel en devise es cinq pendants de gueules et cri de Flandres. Voilà comme le blasonne le P. Labbé ; le P. Monet, au lieu de brisé, dit chargé ; mais le seigneur Duchesne, en divers endroits de ses ouvrages et notamment en Y Histoire de Bourgogne, livre III, le blasonne simplement de la sorte : d'or au lion de sable armé et lampassé de gueules, brisé d'un lambel de même de cinq pièces, selon que le dire commun du pays, compris en ce quatrain, les représente :
Un lion ney, de roge harpa, En champ d'or, la coua reverpa, Un lambé 2 roge sur la joua, I son 3 les armes de Bejoa.
Ces armes avec le cri ont fait croire que les seigneurs de Beaujeu étaient issus d'un cadet de la maison de Flandres, à cause que les comtes de Flandres modernes, depuis Philippe d'Alsace, avaient quitté les anciennes armoiries qui étaient : gironné d'or et d'ayur de dix pièces, à un ècusson de gueules sur le tout, pour prendre d'or au lion de sable 4 . Le P. Labbé ajoute : armé et lampassé de gueules, qui sont les mêmes armes que celles de Beaujeu, à la différence du lambel ou lambeau >, l'une des plus nobles et anciennes brisures dont les cadets se distinguent des aînés et même les seigneurs de Dampierre issus de la maison des comtes de Flandres, puînés de celle de Bourbon,
i. Dans le ms. T, ce chapitre est le XVIe de la première partie; dans le ms. C, le XIIe de cette dernière partie; dans lems. V, fin du chapitre III, seconde partie. — 2. L, T, C : lambel. — 3. L, C, B : sont. — 4. G : M. Le Laboureur en son livre de l'origine des armes, fol. 78. — 5. G : id. fol., 28.
Hist. du Beaujolais. 29
portaient les mêmes armes, à la différence seulement du lambel qui [est] en chef ' que le P. Labbé fait semblable à celui de Beaujeu, disant que Dampierre Saint-Didier porte d'or à un lion de sable brisé d'un lambel de cinq pendants, et Dampierre Flandres d'or au lion de sable.
Quelques-uns disent que Sybille, qu'on appelle vulgairement de Flandres quoiqu'elle fût de Hainaut, apporta ces armes à son mari, Guichard de Beaujeu, environ l'an 1200, ou peu auparavant, mais on ne dit point quelles armes portaient auparavant les seigneurs de Beaujeu, car, s'ils sont sortis d'un comte de Forez, ils auraient plutôt porté parti ou écartelé les armes de Forez qui sont de gueules à un dauphin pasmê d'or, avec celles de Flandres qu'ils ont porté à plein, à la différence seulement du lambel qui est la marque des cadets, que de laisser celles de leur extraction et origine. Je suis assez en peine de dire mon opinion là-dessus, car, soit qu'on veuille attribuer ce changement d'armes de Flandres à Philippe d'Alsace, comte de Flandres, qui seigneuria 2 ce pays-là depuis l'an 1168, auquel an mourut Thierry d'Alsace, son père, jusqu'en l'an 1191 que ledit Philippe mourut au siège d'Acre, en la Palestine, soit qu'on le veuille attribuer à Robert le Frison (comme veut Favin), qui vivait cent ans auparavant, ou que ce changement se soit fait volontairement et de concert avec tous les princes et seigneurs des Pays-Bas, lesquels, en une diète tenue au sujet d'une croisade, quittèrent unanimement leurs anciens blasons pour prendre des lions de différents émaux; or, si les seigneurs de Beaujeu étaient auparavant ce Robert Frison, puisqu'ils étaient avant Hugues Capet, et que Umfroy, qu'on tient pour premier seigneur de Beaujeu, vivait encore l'an 989, quelles armes avaient-ils? Je trouve dans le promptuaire armoriai de Jean Boisseau deux Beaujeu, dont l'un porte de sable à trois jumelles d'argent, et l'autre, Beaujeu Montpensier, d'argent au chef de gueules, au lambel de cinq pendants d'azur, ce qui n'a aucun rapport avec notre lion de sable.
L'élu Gayand, dans quelques mémoires qu'il a laissés, dit que les seigneurs de Beaujeu avaient pour devise : Fort, fort ; d'autres disent : A tout venant Beaujeu 3.
1. G : Hist. de Chastillon, fol. 358. — 2. L : en. — 3. Le ms. V ajoute : nous allons à présent continuer l'état chorographique du Beaujolais. Chapitre IVe, des paroisses et annexes de la prévôté de Villefranche, chapitre III de cette édition.
Liste des seigneurs de Beaujeu inhumés dans Vèglise abbatiale de Belleville
au chœur de ladite église l.
Notes du manuscrit C
i° Guichard, fils de Humbert II, ce dernier fondateur de l'abbaye de Belleville (Voy. tome II, p. 2672), ledit Guichard mort en bas âge h
20 Guichard III, 10e seigneur de Beaujeu, ambassadeur pour le roi Philippe-Auguste à Constantinople et en Angleterre où il mourut en 12 16, une partie de ses ossements fut portée à Cluny, au tombeau d'Humbert, son père, fils d'Humbert, fondateur de l'abbaye de Belleville, et l'autre partie dans l'église de l'abbaye de Belleville. Il avait épousé Sibille de Hainaut de Flandres, cadette d'Isabeau de Hainaut, première épouse du roi Philippe-Auguste, c'est lui qui a fondé le couvent des Cordeliers de Villefranche. En 12 10, en passant par la ville d'Assise, au duché de Spolète, il amena plusieurs de ces religieux au château de Pouilly, d'où ils furent transférés à Villefranche en 1216. Voy. tome II, p. 277 et 291.
30 Blanche de Châlons, veuve de Guichard IV, seigneur de Beaujeu, connétable de France sous saint Louis, dame de Belleville ; on voit son tombeau avec une inscription à l'entrée de l'église, à main droite, au dehors de la même église, sous une niche en pierre de taille 4, de la hauteur de 6 à 7 pieds environ ; elle fonda, en 1269, le monastère de la Déserte de Lyon, pour des filles de Tordre de Sainte-Claire, dans un lieu désert et inhabité, d'où le monastère a pris le nom. Ces religieuses passèrent, en 1503, sous la règle de saint Benoît, par une bulle de Jules IL Voy. tome II, p. 310. Nota. En 1781, on a détruit et aboli, fort mal à propos, la niche en pierre de taille qui était sur ce tombeau et qui le désignait.
4° Louis de Forez, seigneur de Beaujeu et de Dombes ; il mourut à son château de Beaujeu, le 23 août 1295. Léonore, sa veuve, le fit inhumer dans
I. Au-dessous, on lit, sous un grattage : « Humbert II ou III, fondateur de l'abbaye de Belleville ». — 2. Ms. C, p. 677-680. — Les références de ces notes s'appliquent au second volume de ce ms. C, volume qui n'a pu être retrouvé ; mais il est facile d'en établir la concordance avec la dernière partie du travail de Louvet. — 3. En note : « La commune opinion est que Humbert II a fondé l'abbaye de Belleville ; cependant, notre auteur soutient, avec quelque fondement, que c'est Humbert III. » — 4. « Cette niche fut détruite fort mal à propos en 1781. »
l'église de Belleville, au tombeau de Guichard IV, son oncle, et elle mourut le 16 décembre 1296 et fut inhumée dans l'église des Cordeliers de Villefranche. Voy. tome II, p. 333, 329.
5° Guichard V, surnommé le Grand, seigneur de Beaujeu, de Dombes et de Scmur-en-Brionnais ; il avait servi sous cinq rois : Philippe le Bel, Louis le Hutin, Philippe le Long, Charles le Bel et Philippe de Valois, desquels il avait été chambellan et l'un des principaux conseillers ; il mourut à Paris, le 18 septembre 133 1, et fut enterré dans le chœur de l'église de Belleville, dans un tombeau neuf qu'il avait fait faire pour lui, le 3 octobre 1 33 1 . Voy. tome II, p. 355 -
6° Edouard Ier, seigneur de Beaujeu et de Dombes, maréchal de France, mort à Saint-Omer, en livrant bataille contre les Anglais, en 135 1, âgé de 35 ans. Son corps fut apporté de Saint-Omer dans l'église de Belleville, où il fut inhumé, le dernier juin 1351, au même tombeau de Guichard V, son père. Voy. tome II, p. 370.
7° Edouard II, dernier seigneur de Beaujeu et de Dombes, mort au château de Perreux, le 2 août 1400, fut inhumé dans l'église de Belleville ; il fit donation, le 3 juin 1400, de toutes ses terres de Beaujeu et de Dombes à Louis II, duc de Bourbon. En lui finit la branche des seigneurs de Beaujeu ; il avait épousé Eléonore de Beaufort, dont il n'eut point d'enfants. Voy. tome II, p. 402.
8° Guichard IV, seigneur de Beaujeu, connétable de France sous saint Louis, épousa Blanche de Châlon et mourut en Angleterre où il avait été envoyé en ambassade. Le 12 mai 1265, il fut inhumé à Belleville entre le grand autel dudit lieu et l'autel de saint Pierre, où Blanche de Châlon, sa veuve lui fit élever un magnifique mausolée, tombeau que les huguenots ont détruit. Il laissa sa femme héritière de la seigneurie de Belleville. Voy. tome II, p. 311.
90 Jeanne de Genève, ire femme de Guichard V, seigneur de Beaujeu, de Dombes et de Semur, mourut, le 23 février 1303, en mettant au monde un fils, lequel mourut le même jour, et furent enterrés tous les deux à Belleville. Voy. tome II, p. 356.
io° Marie de Châtillon, fille de Gautier de Châtillon, connétable de France, seconde femme de Guichard V, seigneur de Beaujeu et de Dombes, dont il vient d'être parlé, mourut le vendredi saint 13 17 et fut enterrée à Belleville. Voy. tome II, p. 358.
n° Antoine, seigneur de Beaujeu et de Dombes, chevalier de l'ordre de PAnnonciade en Savoie, mourut à Montpellier, le 12 août 1374; son corps fut apporté à Belleville où il fut enterré. Voy. tome II, p. 378.
12° Guichard de Beaujeu, seigneur de Perreux, fils de Guichard V le Grand; celui-ci, seigneur de Beaujeu et de Dombes dont a été parlé ci-dessus,
mourut à la bataille de Poitiers, le 29 septembre 1355. Son corps fut apporté à Belleville et fut mis au tombeau de ses ancêtres. Voy. tome II, p. 384.
130 Guichard, l'un des fils de Humbert III; ce dernier, fondateur de l'abbaye de Belleville, fut inhumé dans l'église dudit Belleville. Voy. tome II, p. 267. On ne sait la date de son inhumation.
Nota. Dans le cours de janvier 1798 ou de nivôse an VI de la République française, en nivelant le pavé de l'église de Belleville, pour y rétablir le culte divin, on a découvert en terre, sous la première arcade du sanctuaire, à main droite, un tombeau en pierre de taille, de longueur d'environ 6 pieds 1/2, couvert d'une pierre de taille fort épaisse, sur laquelle il n'y avait aucune inscription, non plus que dans l'intérieur du tombeau. Ouverture faite de ce tombeau, on y a trouvé des ossements, trois petites clefs de fer et un chapelet dont les grains étaient de couleur bleue. On présume, et il y a même lieu de croire, que c'est le tombeau de Guichard V, surnommé le Grand, seigneur de Beaujeu, de Dombes et de Semur, lequel avait servi sous cinq rois de France, savoir : Philippe le Bel, Louis Hutin, Philippe le Long, Charles le Bel et Philippe de Valois, desquels il avait été chambellan et l'un des principaux conseillers, suivant le témoignage de l'histoire. Il mourut à Paris, le 18 septembre 1331, d'où son corps fut apporté et inhumé dans l'église de Belleville, le 3 octobre 133 1, dans un tombeau neuf qu'il avait fait faire de son vivant. Les trois petites clefs de fer trouvées dans ce tombeau désignent la dignité de chambellan des rois de France, dont avait été décoré Guichard V. Le nombre de trois clefs semble indiquer qu'il avait été chambellan des trois derniers rois dont on a parlé, c'est-à-dire de Philippe le Long, Charles le Bel et Philippe de Valois. Après sa mort, les poètes du temps célébrèrent sa mémoire par des vers dont on conserve encore quelques fragments.
Avant le mois de décembre 1793, il y avait dans le même local où a été trouvé ce tombeau un mausolée composé de deux statues de pierre couchées, l'une représentant une femme, et l'autre un enfant. La première représentait probablement Jeanne de Genève, première femme de Guichard V, morte le 23 février 1303, et inhumée dans l'église de Belleville. Il avait épousé, en deuxièmes noces, Marie de Châtillon, fille de Gautier de Châtillon, connétable de France; elle mourut le vendredi-saint 13 17 et fut inhumée dans l'église de Belleville. La deuxième statue du mausolée représentait l'enfant de Jeanne de Genève, lequel mourut en naissant, le même jour que sa mère, et fut inhumé avec elle dans le même tombeau.
Edouard Ier, seigneur de Beaujeu et de Dombes, maréchal de France, fils de Guichard V, mort à Saint-Omer en livrant bataille aux Anglais, fut inhumé dans l'église de Belleville, le dernier juin 135 1, sous le même tombeau de son père.
Guichard, seigneur de Ferreux, autre fils de Guichard V, mort à la bataille de Poitiers, le 29 septembre 1355, fut aussi inhumé dans l'église de Belleville, dans le tombeau de ses ancêtres.
Il y avait dans le même sanctuaire de l'église de Belleville, à main gauche en y entrant, du côté de l'évangile, un autre mausolée composé de deux statues de pierre couchées avec deux lions à leurs pieds ; c'était celui de Guichard IV, seigneur de Beauj eu, connétable de France, mort en Angleterre, où il avait été envoyé en ambassade, le 12 mai 1265, d'où son corps fut apporté et inhumé dans l'église de Belleville. Blanche de Châlon, sa veuve, lui fit ériger ce mausolée ; elle était dame de Belleville (son mari lui légua cette seigneurie) et avait fondé, en 1269, le ci-devant monastère des religieuses de la Déserte de Lyon. On voyait ci-devant le tombeau de Blanche de Châlon, à la grande porte d'entrée de l'église de Belleville, en dehors, avec une inscription, où le nom de Blanche de Châlon était très bien marqué; on détruisit fort inconsidérément ce tombeau, en 1781, peu d'années avant la Révolution de France qui a commencé en 1790.
■Louis de Forez, seigneur de Beaujeu et de Dombes, mort au château de Beaujeu, le 23 août 1295, fut inhumé dans l'église de Belleville, par les soins d'Eléonore, sa veuve, dans le même tombeau de Guichard IV, son oncle.
Les mausolées de Guichard IV et de Guichard V, dont on vient de parler, avaient été fort mutilés, en 1562, par les Huguenots qui mirent le feu à l'abbaye de Belleville, sous le baron des Adrets. En décembre 1793, ces mêmes mausolées ont été entièrement dévastés, comme étant les symboles de l'aristocratie et de la féodalité, et il n'en reste plus actuellement (1798) aucun vestige. Plusieurs individus se sont partagé les trois petites clefs de fer et les grains du chapelet trouvés dans le tombeau de Guichard V, dont on a parlé ; le tombeau, avec les ossements qui étaient dedans, est actuellement (1798) derrière le maître-autel. La pierre de taille qui lui servait de couverture a été employée pour une cadette de l'église. Il aurait été à souhaiter qu'on eût laissé le tout comme il était auparavant dans le même local où on l'a trouvé ; eh ! pourquoi troubler les cendres des grands hommes qui ont bien mérité de la patrie et surtout celles de Guichard V, qui était l'un des descendants de Humbert III, suivant notre auteur; quelques-uns disent Humbert II, fondateur de l'église et abbaye de Belleville dans le xiie siècle de Père chrétienne ».
Il faut remarquer que l'église de Belleville était le lieu de la sépulture ordinaire des seigneurs de Beaujeu ; outre ceux ci-dessus dénommés, qui y ont été enterrés, l'histoire fait mention de ceux-ci qui y ont été aussi inhumés,
1. « La fondation de l'abbaye de Belleville est de l'an 1 1 58 ; on croit que Humbert III, fondateur, a été enterré à Cluny, en 1176. 11 eut pour fils Guicbard, mort avant lui, enterré à Belleville, et Humbert IV. »
savoir: Guichard, fils du fondateur de l'abbaye' de Belleville ; on ne sait la date de son inhumation. Voy. tome II, p. 267. Guichard III, 10e seigneur de Beaujeu, ambassadeur pour le roi de France Philippe-Auguste, à Constantinople et en Angleterre ; il mourut en 1216. Une partie de ses ossements fut portée à Cluny, au tombeau d'Humbert, son père, fils d'Humbert, fondateur de l'église et abbaye de Belleville, et l'autre partie dans l'église de Belleville. Il avait épousé Sibille de Flandres ; c'est lui qui avait fondé le cidevant couvent des Cordeliersde Villefranche. Voy. tome II, p. 277. Antoine, seigneur de Beaujeu et de Dombes, chevalier de l'ordre de l'Annonciade en Savoie, mort à Montpellier, le 12 août 1374, fut inhumé dans l'église de Belleville où son corps fut apporté. Voy. tome II, p. 378. Edouard II, dernier seigneur de Beaujeu et de Dombes, mort au château de Perreux, le 2 août 1400; il fit donation, le 3 juin 1400, de toutes ses terres de Beaujeu et de Dombes à Louis II duc de Bourbon, il avait épousé Éléonore de Beaufort dont il n'eut point d'enfants; en lui finit la branche des seigneurs de Beaujeu. Voy. tome II, p. 402. Voyez quels sont les autres seigneurs de Beaujeu qui ont été inhumés dans l'église de Belleville, tome II de cet ouvrage, Vie des seigneurs de Beaujeu.
En la même année 1798, an VI de la République française, on a démoli une grande partie des murs qui formaient l'enceinte de Belleville : ils étaient en assez bon état, presque tous en briques'. Le prétexte de cette démolition a été de vendre les matériaux qui en proviendraient, pour, de leur produit, réparer un pont étant au milieu de la ville et un autre près de la porte de Mâcon ; mais ne pouvait-on pas faire toutes ces réparations avec le secours des sols additionnels des contributions publiques affectés spécialement aux dépenses et besoins des municipalités, et pourquoi donc, par cette démolition, donner à Belleville l'aspect d'un village et la priver d'une enceinte et des remparts et forteresses qu'elle avait eu jadis tant de peine à se procurer. Au reste, le produit de ces matériaux a été très peu de chose, parla difficulté qu'on a éprouvé de désunir les briques, enduites de chaux, les unes des autres.
Nota. Il ne paraît pas que Humbert III l, fondateur de l'abbaye de Belleville, ait été enterré dans l'église dudit lieu ; notre auteur présume qu'il mourut dans le cours de son voyage en Terre Sainte. Voy. tome II, p. 263.
Nota. En décembre 1793 2, tous ces tombeaux ont été dévastés, comme étant les emblèmes et les signes de la féodalité dans le cours de la Révolution
j. « Suivant l'opinion de quelques-uns, c'est Humbert II qui a été fondateur de l'abbaye de Belleville et non Humbert III; notre auteur est d'un avis contraire]. » — 2. « Décembre, cela revient au mois brumaire de l'an II de la République française. »
de France ; d'ailleurs, il y avait sur quelques-uns des fleurs de lis que l'on a détruites et ôtées dans toute l'étendue de la France, comme étant des signes de la royauté qui a été abolie.
On a converti l'église de Belleville en un temple de la Raison, à laquelle il est consacré. Le culte de la religion catholique romaine ne s'y fait plus. On a écrit sur le frontispice de l'église que le peuple français reconnaît VÊtre Suprême et V immortalité de l'âme. Trois cloches ont été ôtées du clocher de l'église pour en faire des canons : on n'en a laissé qu'une, la plus grosse, de quatre qu'il y avait.
Le presbytère I sert actuellement (1794) d'hôtel ou maison commune où s'assemble la municipalité, toutes les maisons voisines des ci-devant chanoines ont été vendues par la Nation à différents particuliers, ainsi que tous les fonds et biens dépendant de l'abbaye et chapitre de Belleville, qui jouissaient d'environ trente mille livres de rente, y compris les dîmes, péages et rentes ; la vente a produit six à sept cent mille livres à la Nation, environ.
On a employé 18 ans à construire l'église de Belleville et le monastère. Il y avait dans l'origine 30 religieux de l'ordre de Saint-Augustin, dont le nombre fut ensuite réduit à 20 et à 10; ensuite l'abbaye commendataire a toujours subsisté jusqu'à l'anéantissement total du clergé de France ; l'abbé jouissait de dix mille livres de rente annuellement. Humbert II, prince de Beaujeu, fondateur de l'abbaye de Belleville, avait un château à Belleville, près de l'église dudit lieu, qui fut dans la suite cédé à l'abbé de Belleville pour s'y loger.
En 1767, le chapitre de Belleville, composé de dix chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin, fut uni, sous le règne de Louis XV, à la congrégation de France, dite de Sainte-Geneviève, à la charge, par ladite congrégation, de faire toujours résider à Belleville dix chanoines réguliers pour y faire le service divin.
Tel était le dernier état de l'abbaye et chapitre de Belleville lorsqu'ils ont été entièrement abolis, lors de la Révolution, en 1790, ainsi que tous les autres ordres ecclésiastiques, tant séculiers que réguliers, dont les biens ont été vendus au profit de la Nation, qui a accordé un traitement annuel et viager en argent, tant aux religieux qu'aux titulaires de bénéfices qui ne portent plus l'habit ecclésiastique.
On a envoyé à la trésorerie nationale toute l'argenterie et les ornements de l'église de Belleville, ainsi que ceux de l'hôpital dudit lieu ; on a abattu les formes de l'église dudit Belleville où chantaient les chanoines réguliers, le crucifix, les tableaux de différentes chapelles étant dans cette église, les statues
1. « Ce presbytère servait aussi aux religieux dont le prieur était curé; il fut d'abord conservé et ensuite supprimé, ainsi que les autres de la France. Nota. En 1798, on a mis à bas une grande partie des murs de Belleville, elle en était entourée de tous côtés. »
des saints et saintes et autres ornements ont été portés sur la place de l'église où ils ont été brûlés; ensuite, on a planté un arbre de la Raison devant la grande porte de l'église.
En l'année 1791, toutes les seigneuries ayant été supprimées l'année précédente, on a démoli la maison de La Tour de Belleville qui était au milieu du carrefour de la ville : c'était un édifice isolé où se tenaient les audiences et où se rendait la justice au nom de Philippe de Bourbon, duc d'Orléans, seigneur l de Belleville et baron de Beaujolais; il y avait aussi des prisons; les habitants s'y assemblaient pour délibérer sur les affaires communes ; ils y avaient aussi leurs archives ; il y avait une horloge à cet auditoire. On a planté l'arbre de la liberté en ce local.
En 1798, on a mis à bas une partie des murs de Belleville qui en était entourée de tous côtés.
Nota. En 1795, l'exercice du culte catholique a été permis par la Convention Nationale, pourvu que ce fût sans cloches, sans appel quelconque, et que les prêtres fussent salariés par ceux qui demanderaient ce culte. Tout culte quelconque a été permis; la Nation n'en salarie aucun2.
Les princes de Beaujeu 3 n'ont jamais eu la souveraineté de la province de Beaujolais, dont ils n'ont été que seigneurs hauts justiciers dans quelques paroisses. C'est en vain que quelques-uns ont prétendu que les seigneurs de Beaujeu ont eu jadis la souveraineté du Beaujolais, cette souveraineté ne leur a jamais appartenu et elle a toujours été entre les mains des rois de France; les seigneurs de Beaujeu n'ont eu que la seigneurie ou baronnie du Beaujolais : c'est ce qui résulte des monuments de l'histoire. La qualité de sire du Beaujolais qu'ont prise les seigneurs de Beaujeu et que prend encore M. le duc d'Orléans, comme baron du Beaujolais, ne signifie autre chose que seigneur; ainsi voit-on que les seigneurs de Coucy, de Champagne, de Joinville, etc., qui ne prétendaient assurément à aucune souveraineté ont pris la qualité de sires, qui ne signifiait dans ces temps reculés que seigneurs.
Cette prétendue souveraineté des princes de Beaujeu, à l'égard du Beaujolais, serait d'ailleurs démentie par les dignités de connétables, maréchaux de France, ambassadeurs pour le roi qu'ont eu successivement en France les princes de Beaujeu, qui, comme vassaux et sujets des rois de France en ces
1. « Le fief uni à la justice formait ci-devant les seigneuries; les propriétaires de pareils fiefs pouvaient, eux seuls, se qualifier de seigneurs; les propriétaires de fiefs sans justice ne pouvaient prendre que la qualité de sieurs de tel fief ». — 2. Toutes ces notes proviennent du ms. C. pages 677-680, leurs références s'appliquent à la seconde partie non retrouvée de ce même manuscrit. — 3. Note du ms. C, table p. xxxn.
qualités, leur ont prêté foi et hommage pour ces offices. Enfin, Edouard II, dernier seigneur de Beaujeu et de Dombes, ayant été prévenu d'un délit de rapt, commis dans le Beaujolais en la personne de la demoiselle de la Bessée, fut ajourné dans les tribunaux de France et fut constitué prisonnier dans les prisons de la conciergerie du Palais, à Paris. Ce fut là qu'il fit donation entre vifs de ses terres et seigneuries de Beaujeu et de Dombes à Louis II, duc de Bourbon, par acte du 23 juin 1400. Il reconnaissait donc, à l'exemple de ses ancêtres, princes de Beaujeu, la souveraineté et juridiction des rois de France dans la province du Beaujolais, cela ne doit pas faire la matière du plus léger doute.