SA VIE ET SES TRAVAUX LI
aux gages du consulat ? Et pourquoi pas de ce Laurens *, secrétaire de la ville, l'auteur de la note marginale du registre ? Les louanges excessives aux échevins s'expliquent si bien sous la plume d'un fonctionnaire à leur discrétion, ancien échevin lui-même ! La première lettre de la signature s'accorde avec son nom. Ne pourrait-on pas lire : Laurens jussu scripsit ? C'est une interprétation que l'on peut proposer sans trop d'invraisemblance. Et enfin, avec plus de raison que le père de Bussières et que Louvet, Laurens pouvait dire : « excusez mon peu de suffisance à écrire », bien qu'il n'en fût pas à son premier essai.
Laurens avait du goût pour l'histoire ; s'il fut pendant dix-huit ans le secrétaire de la ville, il en fut aussi un peu l'annaliste. On trouve dans les registres des délibérations des échevins de très intéressantes relations sur les événements extraordinaires dont Villefranche était le théâtre. En 1658, c'est le Voyage de sa Majesté Louis XIV, roi de France et de Navarre, à Lyon, passant par Villefranche, avec desduction de ce qui s'est observé 2. Nous trouvons encore : Observation de ce qui se passa à la publication de la paix faicte à Villefranche le mardi sixième apvril mil six cens soixante et le lendemain 5 ; Décèd% de Gaston fils de
1 . Claude Laurens, notaire royal et procureur au bailliage de Beaujolais, échevin de Villefranche en 1654-55, fut nommé secrétaire de la ville, aux lieu et place de maitre Ponthus Bessie, le 10 janvier 1660. Le même jour lui furent remises ses lettres de provision, après qu'il eût prêté serment de « fidèlement vaquer aux faicts de ladite charge ». (Arch. de Villefranche, BB, 5, f° 340, v°.) — Le Ier février 1678, Laurens était remplacé dans sa charge par maître Jean Deguz. Quoi qu'il soit dit que Claude Laurens s'est « volontairement désisté », il fut révoqué par ordre de l'archevêque de Lyon, pour une cause que l'on ignore ; le texte même de la délibération est formel à cet égard : «... Sur la proposition faicte qu'il estoit nécessaire de pourvoir une personne capable et intelligente de la charge de secrétaire de ladicte ville aux lieu et place de Mc Claude Laurens qui s'en est volontairement désisté es mains desdicts sieurs échevins pour satisfaire à la lettre escrite le jour d'hier par Mgr l'Archevesque de Lyon, gouverneur de la Province... » (Arch. de Villefranche, BB, 7, f° 6, v°).
2. Arch. de Villefranche, BB, 5, f° 342. — Cette relation a été publiée par M. E. Longin dans le Bulletin de la Société des sciences et arts du Beaujolais, irc année (1900), p. 203. — Laurens n'était point titulaire de la chargeen 1658, mais depuis plusieurs années il remplaçait, dans les fonctions de secrétaire, Me Ponthus Bessie, atteint d'infirmités.
3. Id., BB, 5, f° 344. — Ce texte a servi de canevas à un récit en vers, imprimé dans le petit opuscule suivant : Narré de ce qui s'est passé eu la publication de lapaix dans
LU l'IHRRE LOUVET
France oncle du Roy père de nos Ire princesse, se qui se passast à ses obsèques à la ville, 7 mai 1660 ' ; Naissance de Mgr le Dauphin, 18 octobre 1660 2 ; S olempnitè faille aux frais de la ville pour la plus grande partie à la santiffication du Bien Heureux François Desales le 20 juin 1662 5; et plusieurs autres de moindre importance.
Il paraît donc fort naturel que Laurens, devant un refus du père de Bussières, se soit offert pour remanier le travail de Louvet. Les particularités de détails que l'on rencontre dans les Mémoires indiquent une connaissance profonde de la topographie et des institutions de Villefranche. Laurens, établi depuis longtemps dans cette ville, était bien mieux à même de les signaler que Louvet qui y passa trois années à peine.
Quoi qu'il en soit, et malgré toutes ces probabilités en faveur de Laurens, je crois plus sage de laisser la question en l'état, espérant, qu'un jour venant, quelque document surgira à l'improviste et donnera la solution de ce petit problème. Comme il a été dit plus haut, on trouvera dans le corps de VHistoire du Beaujolais le texte même de Y Histoire de Villefr anche; le volume des Mémoires a été reproduit intégralement à la fin du tome second du même ouvrage. Le lecteur, en comparant les deux rédactions, approuvera sans doute les réserves que l'on a cru devoir apporter dans l'attribution des Mémoires.
Louvet était de nouveau à Lyon au printemps de 1672, de retour d'un voyage à Paris, où il était allé présenter son Histoire du Beaujolois à Mlle de Montpensier 4. C'est à cette époque qu'il com-
Vi 'Ile-franche Capitale du Beaujollois : le niardy sixième avril mil six cens soixante. Par B. Fontanettes, Prestre Théologien, Curé de Iullienas. A Mascon, par Simon Bonard, 1660, pet. in-8 de 24 pp. Ce livret est de toute rareté. (Bibl. de M. Morel de Voleine, à Cogny.)