LXVI PIERRE LOUVET
avait repris sa marche errante, puisque l'on perd sa trace à Sisteron en 1684.
Il fut constamment un déshérité de la fortune, cherchant de ville en ville, de province en province, un travail qui lui offrit quelques ressources. On a vu combien étaient maigres les subventions qu'il reçut, soit pour ses ouvrages, soit pour ses travaux d'archiviste. Le désintéressement n'était pas la moindre de ses vertus. Il a montré toute sa vie un bel exemple d'amour du travail; il était bon, simple, honnête, modeste. Ses biographes l'ont jugé avec une excessive sévérité; s'attaquant à l'écrivain, qui est médiocre, et laissant de côté le consciencieux travailleur, le chercheur passionné qui, par ses travaux d'archives, par ses ouvrages historiques puisés aux sources et même par quelquesunes de ses compilations, a laissé derrière lui une œuvre utile et féconde.
Les continuateurs de Moreri, deLaplane, Ch. Brainne, et les auteurs du supplément au Manuel de Brunet, sont particulièrement injustes pour le digne feudiste. Bayle, plus équitable, tout en se montrant impitoyable pour l'écrivain, trouve au moins quelque mérite au compilateur \ Quant à M. Berthelé, le dernier et le plus complet des biographes de Louvet, il lui rend hautement justice :
« C'était, dit-il, une nature droite et sympathique, une âme sincèrement modeste, un esprit curieux et ouvert. Son ardeur au travail fait songer k Du Cange. Il jouissait d'apprendre et desavoir; il aimait (avec une légère pointe de pédantisme, sans doute, mais si pardonnable!) à répandre les connaissances qu'il avait acquises dans les infolios peu courus du public ; il avait cette préoccupation des informations directes d'après les sources, qui caractérisent l'investigateur véri-
1. Le 3 août 1675, Bayle écrit, de Rotterdam, à son frère aîné : «... je jettai les yeux, il y a quelques jours, sur un livre à titre éclatant, La France dans sa splendeur. L'auteur est un médecin natif de Beauvais, qui s'étoit établi à Sisteron en Provence ; son nom est Louvet ; il a fait banqueroute à Hypocrate pour se faire historien... Avant trouvé moyen de se produire devant Mademoiselle d'Orléans, elle l'a fait son historiographe, si bien qu'il a composé l'Histoire du pays de Dombes, de Forez et de Beaujo-
lois. Il a fait encore le Mercure hollandois En général on peut dire que c'est un
méchant auteur ; néanmoins comme il est laborieux et grand compilateur, il apprend quelque chose. » (Cité parPéricaud, Notes et documents, année 1675, p. 30.)