‹ Histoire du BeaujolaisChapitre 77 sur 216 · DV PAYS DE BEAVIOLLOIS · texte numérisé non relu

DV PAYS DE BEAVIOLLOIS

Le peu de talent dont mes amis me flattent que ie peus auoir dans l'Histoire, de l'habitude que j'ay acquise pendant mon séjour à Villefranche m'a mis en pensée d'entreprendre l'Histoire de ce Pays : de laquelle nous ne voyons que quelques légers fragmens dans tous nos Historiens & rien d'acheué. J'ay laissé couler quelque-temps sans me résoudre à entreprendre vn si glorieux employ, connoissant assés par les ouvrages que j'ay donné au public les difficultés qui se rencontrent à bien dire la vérité & à contenter vn chacun, & comme mon employ ordinaire me donne une iuste occupation, il m'estoit presqu'impossible de treuuer des dispositions nécessaires à commencer vn ouvrage de cette importance, outre la naturelle défiance de

i. Bibliothèque nationale, L K2 260, in-40 de 8 pp. chifî. sign. A-B. —

Sans nom d'imprimeur. La date et les mots entre crochets sont écrits à la main.

Hisi. du Beaujolais. i

mes forces, qui me fait souvent trouuer de la difficulté dans les choses les plus aisées, me faisant aprehender que ie n'en viendrois pas à bout, opposoit vn vain prétexte d'impuissance à la force des prières de mes amis. Mais la considération de l'estime que j'ay acquise parmy ceux qui ont autrefois honoré mes trauaux; & la croyance que j'ay que leur iugement est infaillible, ont releué mon courage abbatu, & ont sçeu si bien flatter ma foiblesse & ma crainte que ie me suis creu capable de tout ce qu'il me feront l'honneur de me commander.

Mais comme l'Architecte auant que creuser les fondemens d'vn bastiment, ce pouruoit de tous les matériaux nécessaires à son dessein, & fait venir de loin ceux qu'il ne treuue pas sur le lieu, après avoir reconnu que nonobstant uneassés ample connoissance d'Historiens que i'ay en main, ie manque de beaucoup de choses sans lesquelles mon ouvrage ne peut estre esleué au point que ie me suis proposé; il m'est donc nécessaire d'appliquer tous mes soins à faire vne exacte perquisition des vieux documents où ie puisse treuuer des connoissances particulières & des preuves pour appuyer la vérité de l'Histoire, que la diuersité des opinions, & l'omission de certaines circonstances, peuuent rendre ou douteuse ou suspecte. I'aduoùe franchement qu'en cette recherche j'ay besoin de l'assistance des personnes de vertu & de sçauoir pour composer vn corps

d'histoire de tout ce qui s'est passé de remarquable & d'illustre dans cette Prouince depuis le temps qu'elle est venue à la Couronne, ce n'est pas que ie ne la veuille tirer des siècles les plus reculés, où la lecture des Liures puisse porter ma connoissance, sans toutefois m'amuser aux traditions fabuleuses, et sur tout aux règnes imaginaires de ces anciens Roys des Gaules; dont la supposition & celle des Autheurs qui leur seruent de fondement sont assés descriées par les hommes sçavants. L'Histoire doit auoir quelque chose de plus pompeux et de plus magnifique, & sa matière doit estre soutenue par vne suite continuée d'actions mémorables : La vérité est l'ame de l'Histoire, c'est elle qui luy donne cette vie dont la durée se promet desgaler celle du temps & du monde ; Il y a pourtant des escrits ausquels on peut donner le nom d'Histoire, bien que cette vérité se trouve a dire en quantité d'endroits, de mesme qu'on ne laisse pas d'appeler homes ces personnes estropiées, en qui l'artifice des membres empruntés supplée au défaut des naturels : mon dessein est bien de donner vn ouvrage où la vérité telle que l'on la peut rencontrer dans les escrits des meilleurs Autheurs se treuue esgalement respandùe dans toutes ses parties, comme l'ame dans tous les membres d'vn corps parfait, mais aussi pour rendre les esprit des curieux, et mon devoir entièrement satisfait, ie désire de despoùiller cet ame de son corps pour l'exposer

toute nue à leurs yeux, c'est à dire conuaincre leur iugetnent par des preuues certaines & infaillibles. le sçay bien que cette vérité ne deuroit auoir besoin d'autre preuue que la bonne foy de l'Historien, mais parce que depuis quelques siècles, l'ignorance, la crédulité & la passion de certains escriuains ont fait glisser dans l'Histoire vn nombre presqu'infiny de fables & de faussetés, ceux qui de nostre temps ont voulu escrire avec iustesse & fidélité d'vne plume irréprochable, ont esté obligés non seulement d'establir la vérité par la dispute & par la Critique, mais encore de cotter à la marge de leurs Liures les noms & les endroits des Autheurs, pour se mettre à couuert du blâme d'auoir voulu imposer à la postérité; quelques autres encore plus religieux & plus exacts, ont publié après leurs Histoires vn grand nombre de preuues, où ils couchent les passages des Autheurs, les actes anciens & tout ce qui peut iustifier ou fortifier la vérité de ce qu'ils escriuent. Ce qui a esté heureusement practiqué par ce grand génie de l'histoire, André du Chesne en ces diuers Volumes des grandes maisons de France, par le Sieur Besly en l'Histoire des ducs de Guyenne, & des comtes de Poictiers; par le Sieur Iustel en celle d'Auvergne; par feu Mr de Marca Archevesque de Toulouse et de Paris en celle de Bearn, ou par vne méthode vn peu différente des autres, il range les preuues à la fin des chapitres, Mr Guichenon a observé le

mesme ordre que les premiers en ses Histoires de Bresse et de Savoye, Mrs Dupuy & plusieurs autres, le P. Chifflet, M1' le Laboureux, c'est ce que je désire faire à l'imitation de ces grands personnages, & donner non seulement les passages des Autheurs imprimés & les Manuscrits; mais encor les anciens documens, la pluspart desquels je coucheray tous entiers pour deux principales raisons : L'vne que les actes tronqués & imparfaicts seront peut estre suspects par l'omission de quelque chose qu'on s'imagineroit pouuoir destruire, ou du moins affoiblir l'induction de celle que i'aurois fait imprimer : l'autre que tel acte que ie produiray pour vne seule chose, pourra seruir à beaucoup d'autres de pareilles importances, adjoustés à cela que par vn grand nombre de cartes & de documens qui seront enfin la proye des rats & de la pourriture, dans des cabinets, & des archives quelquesfois inacessibles, je feray en sorte que toutes les copies de mon Liure seront autant d'Archives publiques dôt l'auarice ne deffendra n'y l'entrée n'y la communication; en tout cas la satisfaction que le public y trouuera de pouuoir puiser dans la source, s'il gouste tant soit peu la pureté du ruisseau, i'auray celle d'auoir garenty ma réputation du reproche de citer à faux les Autheurs & les actes, & de ne pas establir la vérité de mon Histoire sur des preuues assés fortes.

Ces considérations m'ont fait naistre la hardiesse de

vous supher tres-humblemcnt, Messieurs, qu'ils vous plaise me vouloir fournir les extraits des actes que vous jugerés pouuoir servir au bien & à la gloire particulière, ou générale de cette Province ; comme sont les Bulles des Papes en faueurs des Eglises, les provisiosou lettres patètes ou clauses de nos Roys et des Seigneurs de ce Pays, les priuileges des Villes, & tout ce que l'on iugera estre digne de l'Histoire. le fait la mesme prière auec vostre permission à ce grand nombre de personnes sçavantes & curieuses que le Beaujoullois compte entre ses plus riches productions; ils sçauent que comme ont a cru autrefois que les thresors cachés estoient gardés par les esprits ennemys de l'homme; c'est vne marque d'un esprit enuieux & ennemy du bien public, de tenir comme enseuelies dans l'ombre d'vn cabinet ces belles choses, dont l'histoire peut tirer des grands auantages. Le bien est de sa nature comunicable, & comme Dieu a voulu que tout ce que le monde à de plus beau & de meilleur fut exposé indifféremment à la veùe et à l'vsage des hommes; il est aussi de leur bonté & courtoisie de m'accorder ce que ie leur demande pour le bien & pour la gloire de leur patrie ; que s'ils désirent que la Province et la postérité leur en sçachent bon gré, ils n'auront qu'à me le faire connoistre,ieseray rauis de treuuer dans vne si iuste complaisance l'occasion de faire voir que ie ne suis pas ingrat, & ie tiendray à beaucoup d'honneur

de voir les preuues de c'est Histoire, illustrées de leur nom & de leur éloge.

Il me reste à vous dire, Messieurs, que l'Histoire de Beaujoullois à une grande connection avec celle de Forest, d'où sont issus quelques Seigneurs de Beau-jeu, & auec celle de Lyon, qui a autrefois appartenu à ses mesmes Comtes; feu Mr du Chesne, mentionné cy-dessus, a traité des vns & des autres dans son Histoire de Bourgogne; mais côme les moissonneurs les plus diligents laissent toujours quelques espics pour les glaneurs; ce grand Personnage dont la mémoire me sera toujours en grande vénération, s'est contenté d'ébaucher le plan des Seigneurs de Beau-jeu, sans toucher à l'Histoire, ayant laissé la matière assés illustre, pour enrichir cet ouvrage, duquel je tâcheray d'estendre la narration sans toutefois abandonner ma plume à un stylle diffus au delà de la biensceance.

l'exhorte donc en gênerai tout ce qu'il y a d'illustre en cestle Prouince, de subuenir au besoin des tiltres que ie leur demande; j'y conuie MMrs les Ecclésiastiques dont le Caractère sacré les approchant continuellement des autels, leur promet de puiser dans le sein de leur sanctuaire, ce qui se fait pour la gloire de Dieu. l'y conuie ceux qui par l'obligation de leur naissance & de leur profession, s'exposant aux dangers les plus euidens de la guerre, ne doiuët pas foire

difficulté de me faciliter les moyens de faire relever Pesclat de leur Noblesse; enfin i'y exhorte ceux qui remplissans les premières charges des Villes ont grand interest que la fidélité des Peuples à la teste desquels ils sont, soit connue de la postérité; mais ie ne vois pas Messieurs que la longueur de cette lettre pourroit bien estre un objet importun à vos yeux; le la finiray donc pour vous dire que ma plume sera toujours attachée à vostre service, et que ie chercheray auec empressement le glorieux auantage de me pouuoir dire,

Messievrs,

Votre tres-humblc & très obéissant serviteur,

De Villefranche ce P. Lovvet

[14] iour d'Aoust Docteur en Médecine

1669, | et historiographe.]

ANNE MARIE LOVISEDORL^ ^fEÀNS .Soui/mim* de v*mbes,Prinà

ejje de la RocheJurY'on/Dauphine dÀuuerW^ftjne,I)ucheffe cleMontnenfier, deS^Faraenâ et de chastelleraud, Comteffe de B or fur S ex ne et de Mortatn Sec. Seule tille de Gaftou Ftls de France Duc d'Orléans et de Marie deBcurhon Duchejje de Montpetifierfa preFenuue.Eile prit naij fart ce aParis le x$ May 16x7, etfntleiiee 'furies 'fonds deBaptejme parlaReine ne dEf paûne. en 163 6Àe 17 lullet La haute naïf fan ce,le s rares qualite^etles antres vertus ai cette llCpnncejjeJiin des principaux ornements des deux branches dodeani et deJBourbonJa reu dent le premier et le plus eminent party, entre ■toutes les Prmceffes detkurope,

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