‹ Histoire du BeaujolaisChapitre 92 sur 216 · L, T, C, V : frère · texte numérisé non relu

L, T, C, V : frère

commencèrent de rentrer en la souveraineté du Lyonnais qui avait été éclipsée pendant l'espace de plus de cent vingt ans.

IV. — Il reste ici une difficulté à expliquer, savoir si le Beaujolais était alors de la comté de Lyon et Forez ou si c'était un pays à part, puisque, dans l'accord fait entre l les archevêques de Lyon et les comtes de Forez, tous les biens des uns et des autres sont spécifiés et il n'est fait aucune mention des terres de Beaujolais. Outre que l'épi— taphe d'Artaud, faisant mention des comtes de Lyonnais et Forez appelle simplement Umfroy seigneur de Beaujeu, ce qui n'eût pas été nécessaire d'exprimer si Beaujeu eût fait partie de la comté de Forez; outre que le château de Beaujeu se trouvant dans le diocèse de Mâcon, il y a plus d'apparence qu'il ait été membre de la Bourgogne que du Lyonnais ou Forez ; mais que, par la suite du temps, les seigneurs de Beaujeu s'étant agrandis et ayant étendu les bornes de leur seigneurie dans la Bourgogne et dans le Lyonnais pendant les troubles qui pensèrent accabler la France sous Charles le Simple et ses descendants, le pays et l'étendue de leur juridiction et domaine, aussi bien que ceux de delà Saône qu'on appelait Beaujolais, a parte Imperii, ont retenu le nom de la capitale et première ville qui leur avait appartenu, puisque c'était leur château et le lieu de leur demeure, où chacun allait répondre auparavant 2 la fondation de Villefranche. Et même, dans les premiers temps de cette nouvelle seigneurie, on ne parlait point du Beaujolais et les seigneurs ne prenaient autre qualité que celle de seigneurs de Beaujeu ; et, si M. le Laboureur 5 dit que Conrad confirma, l'an 971, à l'abbé de l'Ile-Barbe, ce que lui et son église possédaient dans le Lyonnais, Forez et Beaujolais, cela se doit entendre de ce qui était dans les comtés de Lyonnais et Forez, que depuis on a appelé Beaujolais, car la bulle ne fait aucune mention du Beaujolais, oui bien de Forez, ce qui fait voir qu'une partie du Beaujolais était comprise dans le Forez, et une autre partie dans la Bourgogne, où les premiers comtes de Forez avaient acheté ou usurpé le château de Beaujeu qu'ils donnèrent à leurs cadets pour servir de défense à leur état de ce côté-là.

1. L, T, C, V : avec. — 2. L, T, C, B, V : avant. — 3. G : Hist. de l'Ile-Barbe, f° 107.

V. — Telle est l'opinion du sieur Duchesne, en son histoire de Bourgogne (f. 443), que le château de Beaujeu, d'où le Beaujolais a pris son nom, est assis en l'évêché de Mâcon, et, tant par son antiquité que par la valeur et noblesse des seigneurs qui le possédaient anciennement, surpassait presque tous les châteaux voisins. Le même Duchesne, en ses antiquités et recherches des villes, châteaux et places plus remarquables de toute la France, dit que ce qui a donné le nom à ce petit pays est l'ancienne seigneurie et château de Pierre Aigùe, maintenant dite de Beaujeu ou Baujou, à cause de jou ou jugum qui signifie une montagne en laquelle ce château est situé. Opinion suivie par le P. Monnet, jésuite, en sa géographie celtique , disant que le mot de jou, chez les Celtes méridiens, signifie la même chose que dune, au reste de la France, qui veut dire levée, colline, montagnette ou éminence, ou Baujou, colline sur laquelle on a bâti le château qui en porte le nom et duquel se sont appelés les seigneurs de la province, s'appelait bavium jugum, bavius clivus, que les ignorants, dit cet auteur, ont tourné en Beaujeu pour avoir ignoré la vraie étymologie du nom ; il y en a qui disent qu'il s'appelait haut jou, altum jugum et que haut jou fut changé en baujou et, depuis, en Beaujeu l.

VI. — Voilà l'origine du pays de Beaujolais, petite province composée de diverses pièces du Lyonnais, Maçonnais et Autunois, savoir [de] cent vingt et six paroisses, prises des susdicts diocèses et dans la duché de Bourgogne, les comtés de Lyon et Mâcon, pendant les troubles que j'ai énoncés ci-devant, que la souveraineté de Lyon et du pays appartenait aux empereurs, rois de Bourgogne, et que les ducs de Bourgogne de la première lignée tenaient la plus grande partie des pays situés entre les rivières de Loire et de Saône, ce pays n'ayant jamais fait, sous les Romains, un corps de peuple ou cité particulière, comme j'ai fait voir ci-dessus, mais ayant été détaché de quelque peuple dont il faisait partie et ayant été depuis fait peuple en chef, comme assure le P. Chifflet en sa lettre touchant Béatrix de Chalon.

1. G : La montagne d'Ajoux ou de Haut-Jou n'est pas la même que celle du château de Beaujeu ; elle est au-dessus, plus avant dans les montagnes, et confirme cette étymologie du nom de Beaujeu.

VII. — Pour des confins spécieux et généraux, la province est bornée aux deux soleils levant et couchant, par les deux rivières Saône et Loire, du côté de bise, par le Maçonnais et la Bourgogne, et du midi, par le Lyonnais. Néanmoins, pour donner des confins plus particuliers et plus justes, je dirai que l'étendue du pays de Beaujolais se peut prendre du midi au septentrion, depuis le confin de la petite ville d'Anse, qui est du Lyonnais, remontant la rivière de Saône jusqu'à la Maison-Blanche, dans le diocèse de Màcon, et de ladite Maison-Blanche, montant à Fleurie vers le couchant jusqu'au port de Pouilly sur la rivière de Loire, environ 14 lieues, et, au delà de ladite rivière, dans la paroisse de Briennon, jusqu'à une borne apparente plantée du consentement et par les officiers des châtellenies de Perreux, dont ledit Pouilly dépend, et ceux du prieuré de Marcigny. Et ce n'est pas en ce seul endroit que le Beaujolais pousse ses limites dans toute l'étendue de ses droits au delà de la rivière de Loire puisqu'à l'endroit de Vougy, il prend encore, au delà de ladite rivière, divers masages, et entre autres un appelé des Gravières, appartenant au sieur deLingendes, de Roanne ; de là, remontant vers la source de ladite rivière de Loire, environ deux lieues et la côtoyant jusque proche un petit village appelé Vernay et tirant vers le levant à Vendranges ou Saint-Genest, à Nulize ou Flandres, à Saint-Just-la-Pendue et un grand chemin tendant au-dessus de Sainte-Colombe, où il y a de grands arbres servant de limites, on va prendre Ressins, Chambost, Longuesaigne, Saint-Marcel-L'Esclairé, au dessous de Tarare, et ensuite la paroisse de Pommiers au-dessus d'Anse, qui est la distance de quatre lieues de Pommiers qui est tout enceint du Lyonnais, on descend par la montagne de Buisante à Limas et de Limas à Villefranche, capitale du pays, voilà les confins et l'étendue du Beaujolais.

VIII. — Quant aux qualités du pays de Beaujolais, elles se peuvent mieux connaître par la bonté et fertilité du pays qu'autrement. Le pays est tout montueux, si ce n'est deux lisières qui côtoient la Saône et la Loire, et fort bon pays ; car, quoique les montagnes soient fort hautes dans le milieu du Beaujolais, elles ne sont pas pour cela infructueuses par le travail des habitants; il n'y a pas si grande abondance de blé qu'en Bresse, mais aussi il y a beaucoup plus de vin, et surtout à Vilietranche et aux environs jusqu'à la montagne, à Beaujeu et villages

circonvoisins l, comme Saint-Vincent-de-Boisset. Il y a encore quantité de bois tant taillis que 2 de haute futaie, comme aussi des châtaigniers et quantité de gibier qui est estimé des chasseurs le plus délicieux ; même qu'on trouve dans les vieux contrats du bail à ferme de MM. de Montpensier qu'encore qu'ils fissent leur résidence en Bourbonnais, ils se réservaient une grande quantité de perdrix, non pas parce qu'il y en avait plus grande quantité qu'en Bourbonnais, que pour être d'un suc et d'un goût plus singulier qu'en aucun lieu de leur domaine.

Il y a encore dans le pays plusieurs blancheries et moulins à papier, tant à Beaujeu qu'à Pradines et à La Foleterie; mais un des plus grands revenus qu'ait le Beaujolais est celui qu'apporte le trafic des toiles qui s'y travaillent en si grande quantité qu'on ne saurait dire combien. On m'a assuré qu'il y a un bourgeois à Saint-Bonnet-le- Troncy qui a à lui seul plus de quatre-vingts métiers, et un marchand de Villefranche m'a assuré qu'il en achetait tous les ans, seulement à Villefranche, pour sa part, plus de quatre mille pièces ; il ne s'en vend pas moins tous les mercredis, à Thizy, et les mardis, à Amplepuis, et en d'autres marchés, et l'on fait compte qu'il s'en vend, toutes les semaines, tant à Thizy qu'à ChofTailles, Belleroche, Tarare qu'à Villefranche, pour plus de quarante mille livres et, dans les marchés, on y apporte si grande quantité de fil pour travailler que c'est merveille. J'ai su d'un blanchisseur d'auprès de Villefranche qu'il avait de toiles pour un seul marchand de Lyon à plus de quarante mille écus, sans compter ce que plusieurs autres y avaient, d'où l'on peut colliger combien il se recueille de chanvre et de lin dans le pays et aux environs, et la fabrique n'y est pas seulement établie pour les toiles, mais encore pour les futaines de toute façon.

Use fait encore un grand débit des vins du pays 3 dans le Lyonnais, dans la Bourgogne et dans la Bresse et autres lieux circonvoisins.

De plus, il s'y fabrique quantité d'ais de sapin qui se tont à la forêt de Pramenou et autres lieux.

Enfin, son terroir ne manque de rien de ce qui sert aux commodi-

i. G, J ajoutent ici : à Perreux et au delà de la montagne et lieux circonvoisins, comme... — 2. L, T, C, V : et. — 3. G ajoute : à Paris.

tés de la vie humaine, soit en vignes, soit en grains, pâturages, jardinages et arbres fruitiers. Les deux rivières de Loire et de Saône lui apportent non seulement les richesses de toute la France, mais encore celles du Levant par la mer Méditerranée, et du Ponant par la Loire.

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