JUL30 1923 I
De là sont ^enns les escns ,
Les armrs qu'ores on voit peinte» , Amies qui jydis furent teintes Dans le sang des pr^^Tniors vaiacus; De là les crys et les deviseB»
Le métail am les couleuis Dont, eoiim en mille guises, Ito ont Uasonné lenn valeuie.
Sll est me science qui, étudiée avec amour, ait
excité un enthousiasme et une admiration portés
jusqn^aii ealte et à la dévotion , et qui , plus tard ,
par un triste revirement de Tesprit humain, soit
tombée dans le discrédit le plus complet, c^t è coup
sûr celle du blason. L'art héraldique ne méritait, il
faut le dire , ni cet excès d'honneur, ni le mépris dont
s iiNTRODUCnON.
postérieurement on a voulu le flétrir; et si ^ de ces deux sentiments bien divers, Fengouement extrême au moyen à^c, un froid dédain au commencement de ce siècle, il en est on qu^on puisse admettre, c'est le premier, à n'en point douter. Le blason formait réellement alors une sdence d'une haute importance sodale , qui avait ses lois, nommées lais d'aunes, ses académies, les conseils des maréchaux; et Ton exigeait des rois d*armes, ou officiers chaiigés d'exercer publiquement celte science, de scrupuleuses garanties d'érudition et de mérite personnel. Le blasoii, langue mystérieuse, langue ingénieuse et frappante, d'un usage universel pour la noblesse de la chrétienté, établissait entre tous les gentilshommes une confraternité héroïque; c'était la pierre fondamentale de rédifice féodal, le ciment et la clef de voûte, comme dit un vieil auteur, de la hiérarchie aristocratique. Cétait encore un enseignement permanent , une exhortation constante à la jeune noblesse de marcher sur les traces de ses aïeux : reproduits et multipliés à l'infini par la gravure, la sculpture, la peinture, sur les bannières dans les combats , sur la pierre des caves sépulcrales , sur les murs de la salle du conseil, sur les meubles et sur les livrées, entourés de leurs supports, de leurs cimiers, de leurs devises , les blasons de famille étaient pour les chevaliers, dont quelquefois ils pré-
mmoiiiiGnox. s
sentaient les noms sous une allégorie parlante, une personnification glorieuse, alistraite et immuable de leur rac0; et, semblables à ces momies ^ptiennes que les familles conservaient avec un soin religieux, par leur continuelle présence ils semblaient exborter les fils à ne point dégénérer de leurs pères , établissan t ainsi entre les descendants d'une .même lignée une rivalité généreuse. Comment une science si propre à éterniser le souvenir des grandes actions, à enUanimer d^une noble émulation les fils avides d'imiter leurs vaillants ancêtres, et jaloux de ne point laisser flétrir le glorieux blason qu'ils en ayaient reçu, eût-elle pu ne point exciter fadmiration et Tenthouslasme ? Quoi I la noblesse était tout alors , le roi s'honorait d'élre gentiiiiomme avant de s enorgueillir du titre de monarque, et Tart dont les régies absolues établissaient une barrière infranchissable entre le noble et le vibiin , Tart qui consacrait les droits de la noblesse et inscrivait ses hauts faits dans le livre d'or de la chevalerie, n'eût pas été l'objet de la vénération générale! Comment, après cela, le moyen âge, si poétique, si plein de sentiments religieux^ st fervent, si enthousiaste, dans l'esprit d'absorption, de travestissement, et pour ainsi dire de centralisalion , avec lequel il semblait vouloir personnifier en sa seule époque toutes les grandes renommées et toutes les actions illustres des anciens temps ; comment le
moyen âge eul-il pu ne point doter les héros des sièdes précédents des attributs annorîés quî jouaient alors un rôle si glorieux et si important ? Al^ndre, le vainqueur de JBabylone, le chevaleresque Arthur de Bretagne, forment le sujet de magnifiques épopées dont la scène se passe sous les descendants de Charlemagne : pouvait-on se dispenser de leur attribuer le blason du rang quiis occupaient? Nous ne serons donc nullement surpris si la plupart des historiographes du blason lui assignent une antiquité fabuleuse; nous n'éprouverons aucun étonnement à voir nos anciens chroniqueurs décrire sérieusement les armoiries de Jules César et de Vespasien, et nous donner comme très-authentique le blason de notre Seigneur Jésus-Christ, accompagné de tous ses ornements, parmi lesquels on distingue un heaume de marquis.
Il est facile de concevoir que la science héraldique fut au moyen âge Fobjet d'une sorte de cuite; on comprend non moins aisément rachamement avec lequel on s'est attaché, à la fin du siède dernier et au commencement de ceiui où nous vivons, à rabaisser, à dénigrer cet art qu'on traitait de frivole, è le représenter comme une espèce de passe-temps propre uniquement à amuser les loisirs des intelligences futiles et sans portée. L'esprit révolutionnaire, auquel était odieux le moindre souvenir du passé, qui
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«TRODUCTION. 5-
attaquait avec' fureur toutes les institutions de Tàge
féodal, avait naturellement dû envelopper l'art du blason dans la proscription dont fut frappé tout cequi était noble ou de vieille date.
Aujourd'hui la noblesse n'est plus en France qu^une distinction purement honorifique : les privi-» l^es qu elle possédait autrefois , Tautorité dont elle était i«vétue, le prestige qui l'entourait, les immenses domaines qu'elle se transmettait sans morcellement de générations en générations, le respect de la hiérarchie , tout ce qui semblait enfin assurer sa durée, ce qui faisait sa grandeur et sa puissance, tout cela a été englouti dans Pabîme des révolutions. Qu'il nous soit donc peroûs d'esquisser le tableau des immenses services que cette noblesse a rendus à la France, d'emprunter à nos annales le récit des actes héroïques qu'elle y a inscrits en si grand nombre !
Reportons nos regards sur le passé : combien
l'histoire de cet ordre, auquel apparliiuent pendant près de huit siècles les destinées de la France, n'offre-t-elle pas de pages admirables, d'exemples de dévouemait sublime, de modèles de valeur, de courtoisie, d'affabilité, de grandeur et de patriotisme \
L'histoire de la noblesse, en effet, depuis Hugues Capet jusqu'au règne de Louis XIY, n'est rien autre
e iNTRamjcnoN.
chose que rhistoire de la France entière* Royauté*
église, communes, tout émane d'elle, tout se rattache à elle : c'est la noblesse qui donne à Hugues Capet le droit de porter le sceptre enlevé aux indignes descendants de Chaiiemagne ; c'est elle qui fonde les monastères, édifie les églises, dote les abbayes; c'est elle encore qui, concédant au2L serfs de ses domaines des actes d^afiranchîssement , et aux bourgs des chartes de communauté, enfante le peuple : un jour il dévorera sa mère*
La noblesse, qu'un injuste préjugé accusa si longtemps de m^riser les lettres et d'ériger en titre d'honneur Fignorance la plus crasse , a imprimé au monde, en grande partie, le mouvement civilisateur qui élève si haut l'ère moderne.
Ne sont-ce pas ces seigneurs taxés trop légèrement d'égoïsme et de cupidité, qui les premiers, à la voix du souverain Pontife, s'écrièrent: Diex H voUy et quittant leurs riches domaines, les castels où ils menaient vie noble et joyeuse , laissèrent à la garde de Dieu leurs femmes et leurs eniants , déployèrent au veiil leurs bannières, et, la croix rouge sur l'épaule, vinrent mourir pour la foi en Palestine?
A Bouvines, à Crécy, à Poitiers, à Azincourt, sur tant de champs de bataille où le sang français coula par torrents , qui voit-on toujours au premier rang , là ou le danger est le plus grand, là où la mort.
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comme le moissonneur qui abat sa récolte , fauche sans se lasser jamais et jonche le sol de cadavres ? t^est cette Taillante noblesse qui meurt en riant et de joyeux propos à la lM>uclie !
Et lorsque la patrie, livrée à ces orgueilleux insulaires qu'après cinq cents ans nous retrouvons encore en face de nous comme nos plus ardents ennemis, semble à jamais perdue ; quand un monarque anglais souille de sa présence le palais des rois très-cbrétiens, et que le peuple ^aié repousse le prince appelé au trône par sa naissance , personnification vivante de la nationalité française, n'est-ce point encore la noblesse qui se range autour de Théritier fugitif, et dont Tépée chasse l'étranger et reconquiert k Charles VII le sceptre de ses pères?
Guerres d Italie, luttes contre la domination espagnole, dissensions intestines, querelles reli-gieuses, dans tous ces grands mouvements qui depuis lors jusqu'à nous ont agité le monde, tou« jours le principal rôle n'appartint -il pas à la noblesse?
Or est-il possible d'en bien étudier Thistoire, de démêler Torigine des chefs, héros de tant de pages éclatantes inscrites dans nos annales, de suivre avec intérêt la filiation des maisons si fécondes en grands
lioniraes pendant tuiile la durée du moyen âge, si la sdenoe héraldique ne vient en aide aux investi-
g iDiTRODUCTION.
gâtions de Phistorien ou de ranli(|Uâire, et ne lui oavre^ pour ainsi dire, Faocès à une nouvelle voie de recherclies intéressantes? La seience du blason est indispensable aux études historiques et archéologiques, il faut, pour bien comprendre et juger cette époque du moyen âge si brillante et si colorée, pouvoir lire ce langage emblématique commun à tous les peuples de l'Europe, langage dont les signes disent Thistoire d*on monumoit souvent mieux que de nombreuses pages.
Avec quelle joie, d'ailleurs , Fintelligence n'assistet-elle pas à Texistence animée de ces temps pleins de poésie où Thommedc guerre, Thomme d'église, le bourgeois, le trouvère, la douce châtelaine, le pieux pèlerin , se pressaient aux abords du dianp clos du tournoi pour assister aux pas d'armes dej^m longtemps annoncés t avec quel bonheur ne se promèue-tH>n pas dans le vaste et poétique champ de ces . innombrables symboles qui témoignent du courage de nos ancêtres !
D'ailleurs encore, si la France est notre patrie, la France n'est pas seule le monde, tout ce que nous avons détruit chez nous n'a pas disparu chez les autres nations. Il faut bien nous persuader qu'en franchissant la Manche, le Rhin, les Âlpes, et les mers même, nous retrouvons partout, fort et vivace, le poétique et mystérieux langage du blason , et que
noas (laràisscms aii ddà de nos frontik^ n^avoir pas
complété notre instruction en négligeant de nous familiariser avec une étude utile et curieuse. Il ne faudrait pas non plus supposer que cette étude ne présentât d^utilité qu^aux hommes titrés qui peuvent avoir des relations par leurs fonctions et leur position avec la noblesse étrangère ; cesserait commettre une grave erreur ; en eifet, les liistorieas > les antiquaires, les numismates, les poëtes, les peintres, les gens de lettres^ les sculpteurs, les graveurs, les rk hitectes, les touristes, doivent connaître la science héraldique, doivent savoir blasonner une armoirie, à peine de tomber dans de déplorables erreurs.
Parcourez les galeries historiques du palais de Versailles; ouvrez les volumesdecettecollection vraiment nationale qui a pour but de remettre en lumière les noms les plqs célèbres de nos guerriers , les armoiries de nos anciens preux. Ëcussons et insignes, tout est jeté dans le même moule. Les écus ont la même fuiiiie, et les blasons le même type que s'ils étaient tous du au xviii® siècle; ils manquent absolument du caractère de leur époque. Si la représentation d'objets autrefois vénérés et source puissante d'émulation el de gloire est ainsi faussée, c'est qu'on les traite avec trop de dédain pour les étudier : que d^artistes ont besoin de leçons sur ce point! Au moins, à Versailles , les métaux et les émaux n'ont-iis
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pas été dénaturés ; mais il n'en est pas ainsi partout ,
et Ton a vu , dans un tableau de la naissance de Henri IV, déployer les chaînes de Navarre en champ d'azur. On ne verrait pas , sur la place Louis XV, Aouen gratter les fleurs de lis d'or de sou chef, et liUé, tout en ayant le eofirage de conserver sa^ grande fleur de lis d'argent, l'étaler sur un champ à^aaur au lieu d^un champ de gumU^; on ne verrait pas la ville de Paris, non-seulement répudier son Dohie chef mné de Franee , mais transformer en azur le champ de gueules où flotte sa nef d'argent;
Non, sans la connaissance du blason, il est im* possible d^avoîr une intelligence vive et claire du moyeu âge ; il est bien souvent impossible, sans le secours des symboles héraldiques, de déterminer répoque où fut fondé un monument, den désigner le iHCUX auteur, malgré l'écu armorié qui timbre le portail de Féglise ou du castel qu'on a devant les yeu^iL.
Ainsi, de deux choses Tune : ou il faut, comme les fervents révolutionnaires de 93 ou les exagérés de 1850, proscrire absolument les armoiries; ou il faut apprendre à s'en servir d'une manière exacte, intelligible et conforme à l'histoire dont elles retracent les souvenirs. C'est ce dernier but que je me propose en publiant ce livre. Je n^ai pas , à la vérité, la prétention de faire de mes lecteurs des généalogistes
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nmuNNxmoN. it
ou des savants en blason de la force de M. de Refuge , gentilhomme de la chambre de S. M. Louis XV, que mon grand-père me citait toiyours conune modèle. Refuge était un très-honnéte homme, très-vertueux « avec de Tesprit, parfaitement modeste, et d'une grande valeur. C'était Fhomme le plus instruit de TEurope dans la science héraldique et en toutes sortes de généalogies, et de tous les pays, depuis les têtes couronnées jusqu'aux simples particuliers , avec une mémoire qui ne se méprenait jamais sur les armes, les noms, les degrés ni les branches, sur aucune date, sur les alliances, ni sur ce que chacun était devenu. Il était fort réservé là*dessus, mais sincère quand il faisait tant que de parier. On peut dii'e que sa mémoire épouvantait. Un jour, un courrier quHl reçut à Metz d'un seigneur allemand de Tautre eàté du Rhin, en pensa tomber à la renverse en lui rendant son paquet de la part de son maître. « J ai rbonneur de le connaitre, » lui dit M. de Refuge, « bien que je ne Taie jamais vu et ne lui aie jamais parlé ; » et tout de suite il lui lit la description des armes et lui détaUla toute la généalogie.
Je ne prétends point, mes chers lecteurs , vous faire acquérir une telle science; mais j'espère , du moins , ne pas vous laisser totalement étrangers à 1 art du bUison et à la signification des termes héraldiques, et pour dissimuler autant que possible Taridité de cette
étude, j'aurai soin d'y entremêler les oombreux traits d^histoire, les anecdotes intéressantes sur 1 origine des lamiUes , qu'une lecture à demi séculaire a entassés dans ma mémoire :
Goal air egro fanciul poigiamo aspeisi Di soavi licor gli orli del vaso ; Succhi amari , iogannato , iotanto ci beve , E dalT ÎDganno mio vlta riceve.
Puisse en ce livre aussi Vork gracieusement dentelée dissimuler la sévârité, raspérité du fond!
Oigitizeci by