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CHAPITRE XII

MOIS O'AAMCSr HÉaAUT3 D'ARMES

§ LXXXIf. — Leur antiquité.

LWigine des hérauts, comme celle dea distinctions sociales, des signes ou marques de ces distinclions, remonte aux temps les plus reculés. On en trouve des exemples chez les anciens poètes grecs et partietilièrement dans Homère. Les hérauts étaient aussi employés à Rome dès le temps des rois avec les mêmes attributions que dans les républiques de la Grèce* Us remplissaient diverses fonctions dviles et religieuses; ils avaient un rôle dans les fêtes et jeux publics ; ils étaient surtout chargés de signifier les déclarations de guerre; et dans ces diverses fonctions la personne des féciaux était toujours regardée comme inviolable et sacrée.

QhesL les peuples modernes, rinstitution des hé*

19g SCIENCE HÉRALDIQUE.

raots (|>lu8 habituellement appelés hérauts d'armes)^ évidemment imitée des anciens, appartient à une époque fort éloignée de nous. On a prétendu la faire remonter jusqu'à Charlemagne; il est certain du moins qu'il- y avait des hérauts sons saint Louis et même un peu avant. Leur costume, qui a faiblement varié depuis cette époque, était caractérisé par. une cotte sans manches, dite depuis coUe larmes ^ des- Cendant à peine jusqu^aux genoux , en velours violet, chargée de fleurs de lis d or devant et derrière.

Il parait que dès cette époque les hérauts étaient classés, comme ils Tout été depuis, en trms ordres dis U net s : le roi d'armes , qui était le chef, jouissait de nombreux privilèges ; venaient ensuite les hércaUs proprement dits; puis les poursuivants d*armes, qui étaient de simples surnuméraires. Sous les derniers Valois, le nombre de ces ofûciers était de trente. Le roi d^artties poitait le nom de MonJ^tm saml Denis, cri de guerre des rois de France; les autres hérauts recevaient des noms de provinces, Normandie, Guyenne, etc. Il en était de même dans les antres contrées de TËurope. La puissante maison de Bourgogne, qui rivalisait de splendeur et de puissance avec la couronne de France « et qui avait créé Tordre si fameux de la Toison d*Or, en avait donné le nom au roi d'armes de ses immenses domaines.

Les ibnetions des hérauts dVmes du xiv^ siècle

au xYi'^ étaient nombreuses et importantes. Ils s'occupaient de tout ce qui avait rapport à Tart héraldique.

ROIS d'armës, Hérauts d'armes. 199

auquel ils ont donné leur nom ; ils assistaient aux

cérémonies du mariage, du couronnement et de la sépulture des rois; ils allaient porter, comme chez les anciens, les déclarations de guerre; ils réglaient

les foraïalités des tournois et des corubals à ouUaiice, faisaient les sommations aux commandants des villes assiégées.

§ LXXXIU. — U Héraut.

Qu1i me soit permis ici dVmpnmter à sir Walter

Scott quelques trails du charmant chapitre de Qu'entin Durward, intitulé le Héraut. Ce récit, plein de verve et tiré des chroniques contemporaines, est une page intéressante de Thistoire du blason ; il nous montrera combien les fonctions du véritable héraut / d^armes semblaient sacrées , étaient regardées comme une espèce de sacerdoce; leur usurpation paraissait un véritable sacrilège et appelait sur le coupable les plus sévères châtiments.

La scène se l asse nu château de Pcronne, où Louis XI, entraîné par les fallacieux conseils du cardinal de La Balue, a eu Timprudence de venir se m et lie entre les mains du Téméraire, au moment où, par ses intrigues, la ville de Liège vient de se soulever contre son vénérable évèque Louis de Bourbon. Le Sanj^lier des Ardennes, Robert delà Mark, homme exécrable entre tous, impie, blasphémateur, incendiaire, assassin, a tué de sa main son biejifaiteur, l illustre et saint prélat, et a osé, souillé de son

sang, se sacrer lui - même prince et évèque de

Lié^îc. Dans son audace inouïe il envoie un héraut au duc de Bourgo|;ne» Je prince le plus fier de rEurope , au moment même où ce dernier est au paioxysine de Findignation et de la fui eur.

Il est bon de se rappeler qu'à c^tte époque les hérauts n^étaient envoyés que dNin prince soiiTerain à Tautre, et seulement dans des occasions solennelles; la nobles^ du second ordre n employait que des poursuivants d^armes, officiers d'un rang inférieur. On peut aussi remarquer, en passant, que Louis XI, qui ne faisait cas que de ce qui lui promettait une augmentation de puissance ou quelque avantage réel, avait surtout le plus grand mépris pour Part héraldique et les hérauts

Rouges, bleuB, verte, avec'leon friperies.

Au contraire, Torgueil do Charles le Téméraire, qui était d'une nature toute différente,- n'attachait

pas peu d'importance à ce cérémonial.

Le héraut introduit en ce moment devant les deux princes avait pour vêtement un Un^rd ou cotte d armes avec les écussons de son maître, dans lesquels la tète de sanglier, au jugement des experts en blason, jouait un rôle plus brillant que conforme aux véritables règles de Tart héraldique. Le reste de son costume, ridicule à force de magnificence, était surchargé de galons, de broderies et d'ornements de toute espèce, et la plume de son panache était si

ROIS 0*1011118, Hftiuirrs d^armbs. mi haute « qu'elle semblait vouloir balayer le plafond de la salle; en un mot, tous ses Tétements aTaiehl Fair d^ètre une caricature et une charge du brillant costume des hérauts. Non -seulement la tète de sanl^r était brodée sur toutes les parties de ses babits, mais sa toque même en avait la forme et était garnie de défenses de sang, ou, pour employer le langage convenable, gueules lamgnées et déniées. On pouvait remarquer en cet homme quelque chose qui annonçait en même temps la crainte et Taudace, comme s'il eût BmtX qu'il s'était chargé d'une dangereuse mission, et qu'il ne pouvait la remplir aveesàreté qu'à force de hardiesse. Le même mélange d'effronterie et de timidité fut visible dans la manière dont il salna les deux princes; et II montra en le faisant une gaucherie grotesque qui n était pas ordinaire aux hérauts habitués à paraître en présence des souve* rains.

« Qui es-tu, an nom du diable? » Telle ftit rexclamation par laquelle Charles le Téméraire accueillit ce singulier envoyé.

« Je suis Sanglier - Rouge, répondit le héraut, officier d'armes de Guillaume de la Mark, par la grâce de Dieu et Pélection du chapitre, prince-évéque de Liège , comte de Croye et seigneur de Bracquemont. »

Charles sembla rester muet par i'étonnementdont le frappa Texcès d'audace avec lequel on osait annoncer en sa présence de semblables titres: et le héraut, attribuant pentrètre ce silence à l'impressiofi

IM SdBIlCB nÉRâLBIQDE.

que rénumération des qualités de son maître avait faite sur l'esprit du dac, continua ainsi qu'il suit :

« AtmunHo vobis gaudàm magmm. Charles, duc de Bourgogne et coiiUe de Flandre, je vous fais savoir, au nom de mon maitre, qu'on yertu d'une dispense de notre sainl-père le pape, qu'il attend incessa minent et qui contiendra la nomination d'un substitut convenable ad sacra , il se propose d'exercer les fonctions de prince^éque de Lîëge et de maintenir ses droits comme comte de Croye. »

Le duc de Bourgogne, à cette pause du discours du héraut comme à toutes les autres, ne fit que s'écrier de nouveau : « Ah !» ou prononcer quelque interjection semblable, du ton d'un homme qui, quoique surpris et irrité, veut cependant entendre tout ce qu'on a à lui dire avant de faire une réponse. A la grande surprise de tous ceux qui étaient présents, il ne se pomit aucun des gestes brusques et violenta qui loi étaient ordinaires; mais il serrait entre ses dents Tongle de son pouce, ce qui était son tic favori quand il écoutait avec attention, et il tenait les yeux baissés, comme s'il eAt craint de montrer le courroux qu'on y aurait vu étinceler.

Sanglier-Kouge continua donc à s'acquitter de sa mission avec audace. « J*ai à vous requérir, duc Charles, au nom du prince-évêque de Lié^c et comte de Croye, de vous désister de vos prétentions sur la cité libre et impériale de Liège, et des usurpations que vous avez faites sur ses droits , de connivence avec feu Louis de Bourbon , indigne évéque de cette ville.

HOIS D AHMES , HÉRAUTS D'ARLES. 203

. — Ah ! s^écria encore le' duc.

Coiiiihe aimi de restituer les bannièm de lit

eommuiiauté, au nombre de trente- six, dont vous voua èiea emiiaré par violence; — de réparer lea brèches «{ne vous avez foites aux murailles ; — de reconstruire les fortifications qne vous avez arbitrairement démantelées; — de reconnaître enfin mon maître, Guillaume de la Mark, comme évèque de Liège, légalement et librement élu par le chapitre des chanoines, dont voici le procès-verbal.

— Avez-Yous fini ? lui demanda le duc ; vous

rcste-t-il quelque chose à dire ?

— Un seul mot de plus relativement au digne et fidèle allié de mondit noble et vénérable maître le roi très-chrétien.

— Ail l ah î s'écria le duc: et il fit cette exclamation d'un ton tout à fait difiérent de celui qu'il avait pris jusque alors en Isisant les autres; mais il sé contint encore pour prêter toute son attention.

— Duquel roi très-chrétien, continua le héraut, on assure qne vous, Charles de Bourgogne, vous retenez par contrainte la personne royale en cette ville, au mépris de vos devoirs, comme vassal de la couronne de France, et contre la foi observée parmi les princes chrétiens. Pour laquelle raison , mondit noble et vénérable maître vous ordonne, par ma bouche, de mettre k l*instant en liberté son allié royal et très-chrétien, ou de recevoir le défi que je suis chargé de vous faire de sa part.

— Avez- vous enfin tout dit?

m flOBNCB hIbalbiqoe.

— Oui , et j'attends la réponse de Votre Altesse , e^témnt qu'elle sera de .nature à éviter Teffusian 4u sang ebrétien.

— Ëh bien, s'écria le duc, de par saint Georges de Bourgogne i... ».inai8 avant qu'il en pût dire davantage, Louis se leva et iirit la parole avee un tel air d'autorité et de majesté, que Charles se sentit dans rimpossibilité de rinterrompre.

< Beau eousin de Bourgogne, dit le rd, avee votre permission nous réclamons la priorité pour répondre à cet impertinent*

« Coquin de héraut^ ou qui que tu sois, va dire au parjure, au meurtrier, au proscrit Guillaume de la Mark, que le roi de France se trouvera bientôt devant Liège, dans le dessein de venger le meurtre sacrilège de feu son parent chéri , Louis de Bourbon , et qu'il se propose de faire pendre Guiliaume^ de la Mark avec une chaîne de fer, pour le punir d'avoir eu Taudace de le nommer son allié et d^ivoir mis aan nom royal dans la bouche de ses vils messagers.

— Et tu ajouteras de ma part, dit Charles « tout ce qu*nn prince peut avoir à dire à un voleur et à un assassin... Attends un moment pourtant ; jamais héraut n'a quitté la cour de Bouigogne sans avoir à erier largesse... Qu^on rétrille de manière à lai enlever la peau.

— Votre Âltesse voudra bien faire attention, a^écrièrent plusieurs seigneurs, que c'est un iià»ut, un homme privilégié.

— Ëst-ce vous. Messieurs, dit le duc, qui êtes

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