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CHAPITRE XI

OES OBNEMENTS £XtÊRIEUA8 DE L*ÉCU

^ LXVi. — Les Armoiries extérieures.

Les ornements extérieurs qui accompagnent ou

qui entourent Técu ont été inventés pour désigner la naissance, la dignité, les emplois des personnages qui les portent.

Les oiiieiiients de Técu sont en usage pour les ecclésiastiques comme pour les laïcs; les principaux sont au nombre de dix :

1 ^ Les coni'onnes et chapeaux ;

^ Les casque»;

^ Les hùwrr€kU;

4^ Les lambrequins ; '

^ Le cimier ;

fio Les teamls ou suppori»!

l9 manteau;

8® La eorddière;

9*» La devise;

10^ Le cri de guerre»

g LXYll. — Les Gouroimeg,

Les couronnes sont les insignes de la souTeraîneté et de la noblesse.

La couronne papale ayant le double emblème du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel est la première entre les couronnes de souveraineté.

L'écu armoriai des papes est timbré (surmonté) dHine tiare faite de trois couronnes dont elle est

cerclée; d^un bonnet rond élevé, orné d^ globe

cintré et surmonté d'une croix d'argent; derrière Fécu sont deux clefs passées en scmiair, Tune d'or, rautre émargent, Uées d^azur, chargées de croiieUes de sable, et la croix triplée posée en pal: pas de manteau, pas de pavillon, pas de supports et de • tenants, les armes du saint-pére n'étant pas armes de tournoi. La tiare indique la dignité papale : on

DBS 0RWBNT9 BXTÉfttEUi» DE L'ÊCU. f 6t

dit qu'elle est entrée ddns cette armoirie, parce que Clovis, qui ne voulu(«|MS^imvoirtthe tiare que Iti^ avait eoToyéè l^empereur, en Gt don an pape, en reconnaissance de ce que son pouvoir royal lui venait de Dieii. Saint Benoit Xil y a ajouté les tioia couronne». La tiare papale prend aussi le nom dé règne, et les trois couronnes sigiiilient triple loyauté sur rÉglise unîvei'selle, soulTrantCf militante, triomr phanle. Les deux oM rappellent celles que le Seigneur donna à saint Pierre.

Les cardinaux timbrent leur écusson d^un chapeau de^jmetito, garni de cordons de soie de gueules entrelacés en losairge a\ec cinq rangs de houppes qui varient en noniiire et font en tout, pour chaque cordon , quinze de chaque côté. Ils posent une croix en pal derrière Técu de leurs armes particulières.

Innocent iV, Génois, de la maison de Fiesque de Lavagne, introduisit Tusage des chapeaux rouges à Rome dans les cérémonies, vers Tan 1250; mais on ne les a rois sur les armes d'Italie que depuis l'an im

Cet usage n^a commencé en France que vers l'an 1500.

, Le P* Meneatrier ( Ongéne des armomes, p. 143) dit'quec^est Tristan de Salazar, Espagnol, arehe^ vèque de Sens^ qui parait Ty avoir introduit; il lit sculpter ses armes en .plusieurs endroits de sa métropole, fà, à Paris à Thètel qu'il fit bâtir, quartier Saint-Paul : cet archevêque vivait en 1510.

Les cardinaux ont pris ie chapeau et la couleur

m SCIENCE HÉRALDIQUE

rouge en leur habit» afin de faire voir quMls sont prêta à verser leur sang pour la foi.

L'archevêque primat timbre son écu d'un chapeau smople avec quatre rangs de houppes; Tarclie- %èque porte la croix simple en pal derrière Técu.

L'évêque a son écu sommé de la mitre posée de front à dextre et à sencstre; sa cjrosse parait tournée en dehors.

Le chapeau vert de l'épiscopal est la marque de

ses franchises et exemptions de droits.

IjCS ahbés, ainsi que les protonolaires de TÉglise, portent la mitre et la crosse tournée è gauche sons

le chapeau , qui est de sable et se termine par deux houppes.

Les abbesses portent Técu en losange comme Allés,

entourée d'un chapelet ou patenôlre de sable, à la crosse abbatiale passée en pal par derrière et tournée à gauche comme les abbés.

La couleur noire est portée par les abbés et abbesses en témoignage de leur modestie et de leur renonciation aux vanités mondaines.

DES ORNEMENTS EXTÉRIEURS DE L'ÉCU. m

En eflét, il faut observer qae Tusage des armoiries était totalement interdit aux religieux et religieuses

de tout ordre à partir de la prononciation des vœux. Le pontiflcal romain, au cérémonial de réception, conforme en cela à Tesprit de rÉvangile, ordonnait de mettre en lieu évident les armoiries du postulant ou de la postulante, ainsi qu'on le faisait pour certains autres objets qui étaient éga1ement«considérés comme les emblèmes des honneurs mondains, auxquels il fallait renoncer pour se consacrer aux austérités du doltre.

L'empereur, qui était dans la hiérarchie temporelle ce qu'était le pape dans la hiérarchie spirituelle, portait une couronne dont les détails de forme subi* renl beaucoup de variations, mais qui était en général

une sorte de mitre à la persane , offrant au milieu un diadème que soutient un globe d'or, surmonté dHme orooL du même métal.

i6i SaENCB HfiBALDIQIS.

La couronne royale de France se compose d'un cercle dW, enrichi de pierres précieuses, et. bordé de fleurs de lis d^or. François I^'^, pour ne pas rester en arrière de son voisin Henri VIII, qui venait de prendre la couronne fermée, ajouta, disent les historiens, les diadèmes d'or ou branches reopurbées qui viennent se réunir au pied d'une double fleur de lis, qui est le cimier de France.

sait, dauphins du Viennois depuis Philippe VI , por-

t'ES ORNEMENTS EXTÉIUEURS DE L^ÉCU. 165

tûient une couronne bordée de fleurs de lis entremêlées de dauphins qui la fermaient.

La couronne des tiis de France, enfants puînés du roi, était ouverte, et il nY avait sur le cercle enrichi de pierreries qu'un rehaussement de ûeurs de lis. Celle des princes du sang fut d'abord rehaussée de quatre fleurs de lis et de quatre fleurons placés alternativement ; plus lard les fleurons furent remplacés par des fleurs de lis.

lia couronne de Napoléon était un cercle dV enrichi de pierreries , relevé de six fleurons d'où partaient six demi-cercles aboutissant à un globe cerclé et sommé dMne croix. L'aigle impérial occupait les intervalles des six demi-cercles. (Couronne de droite. )

La couronne du roi des Français est un cercle d'or enrichi de pierreries , couvert de huit hauts fleurons d'où sortent huit demi-cercles qui aboutissent à un

globe d'or cerclé et sommé d'une croix en or. ( Couronne de gauche.)

DES ORNBMEXTS EITÉRSUR8 DB L*ÉCU. 167

pierres précieuses et rehaussé de huit fleurons feiulus

en feuilles d'ache. Celle de duc , prince, ou de maison princière, ressemble à la précédente, mais se pose sur une toque de velours de gueules tenninée par une perle, une houppe, une croix*

Celle de marquis est un cercle d'or à quatre fleurons alternés chacun de trois perles en forme de trèfle.

168 SCISNCfi UÈRALOIQUK.

Celle de comte esl un cercle «for sonnonté de neuf rayons pyramidaux lerminés |>ar de grosses perles.

Celle de vicomte est un cercle d'or surmonté d'une ranfçée de perles en nombre indéterminé, tandis que pour la couronne de baron ie nombre en est Iîjlc.

La couronne de liaron ne diffère de celle dn vicomte qa^en ce qu^elle n^a que six fieHes. Sur les ceus et écussons oa ne voit que le front de ces couronnes, de manière que celle des imroiis ne parait avoir que trois perles.

§ LXVni. — 2» Les Casques ou Heaumes.

Ce n'est que depuis le xv« siècle que le casque se

pose de front dans les armoiries ; auparavant il se plaçait de profil sur la pointe gauche de Técu.

DES ORNfSNBNTB EXTÉHmmS M L*ACU. Ml

Ler 0i8qMe des empereurs et des rois est d'or, posé de front , ouvert et sans grilles.

Celui des princes du sang, ouvert et avec onw grilles.

Les daes Pont d^argent , de front et à onze grilles.

Les marquis, d'argent et à onze grilles.

170 tCIBIfCB ifiRALDIQlIB.

Les comtes et vicomtes, aux deux tiers d'argent et à neuf grilles^

Les barons, d^argent bruni, posé en trois quarts

de front et à sept grilles.

1^ gentilshommes non titrés, d^acier poli, posé en profîl avec visière , ouvert à trois grilles.

Les écuyers, d'ader poli, de profil et sans grilles.

Les anoblis, d'acier poli, de'profil , sans grilles et

visière pi esiiue basse.

Les bâtards, dVîer poli, de profil, tourné à senestre ou contourné, sans grilles et visière baissée.

Quand Napoléon rétablit les armoiries, il substitua à la couronne et au casque une toque de velours retroussée de vmr ou d^bemme, ou de corUre-hermme ét de cmire-vair, selon le rang des personnages.

f Lm. — 3<» Le Bouireiet.

Le bourrelet est un cercle d'étoffe rempli de bourre.

m SCIENCE HÉRALDIOCB.

coloré .cqni me les émaux el le$ pièces de Téeu, et qui se posait sar le casque.

Celui des simples gentilshommes se nommait fresque, torque ou torUL

§ LXX. — 4*> Les Lambrequins.

Les lambrequins représentent des morceaux d'étoffe tailladés en feuilles , colorés des émaux de Técu , entourant le casque et descendant aux deux côtés de Féeusson. Ils sont volet quand, découpés en lanières, ils paraissent voltij2;er au gré du vent; capeline, quand leur forme est celle d'une cape; mmtdet , si elle se rapproche de celle d'un manteau ; et lorsqu'ils ressemblent aux rubans que les dames attachaient aux casques des chevaliers, on les appelle hochements Le lambrequin, qui, réduit à des proportions minimes, n'est plus qu'un ornement de blason, était autrefois un vêlement de tête y soit pour préserver le casque contre Taction de l'air humide, soit pour empêcher qu'il ne s^échauffàt trop aux rayons du soleil. Quelques iiéraldistes pensent aussi que les lambrequins symbolisent les branches de feuillage que les chevaliers mettaient sur leur casque en signe de victoire. Enfin , on en a tiré rétyniolo^ic de ce qulis tombaient en lambeaux par les coups que recevaient les chevaliers de leurs antagonistes dans les joules , loui nois el batailles.

DES OR.NEMENTS EXT&RIBURS DE L'ÉCU. m

§ LXXI. — »► Le Gmier.

C'est Tornemeat du timbre de Téco et la pièce la plus élevée sur les armoiries. Cette pièce tire

son nom du lieu élevé où on la mettait , comme ou donne celui de cime à Téminence d'une montagne.

Hérodote attribue aux Cariens la première invenlioii des cimiers. «Ceux de cette nation, dit -il, furent les premiers qui portèrent des aigrettes et des plumes sur leurs casques^ et les premiers qui peignirent des figures sur leurs boucliers ; et c'est à cause de ces cimiers que les Perses les appelèrent des coqs, parce qu'ils paraissaient crétés comme ces

animaux. »

Au rapport de Diodore de Sicile , les rois d'Egypte portaient pour cimiers des tètes de lion, de taureau ou de di iigon, pour marques de leurs dignités. Prolée^ roi d Egypte, changeait tous les jours de cimier; il portait en tètè tantôt on bnulle de lion« tantôt la tète d'un cheval, tantôt celle d'un dragon, d'où lés poètes ont pris occasion de ie faire passer pour un dieu qui ehangeait de larme à toot moment

C'est ainsi que les premiers cavaliers passaient pour des centaures* On trouve dans les poèmes d'Homère, de Virgile, du Tasse et de TArioste, la description de plusieurs cimiers. C'était ou pour paraître plus grands ou pour se faire remarquer plus particulièrement dans le combat, ou pour inspirer de la terreur à leui-s ennemis, que les cavaliers por-

m gOIEMCS HiEIIALIIIQI».

(aient des ciinieis qui étaient des dépouiiles ou la simple représentation des plus Oers animaux.

Les cimiers d'animaux sont fort anciens et ont donné lieu à beaucouj) de fables. Les Assyriens représentaient Sérapis avec une tète d'épervier, parce que dans les combats il Pavait pris |H>ur cimier. JnpiterÂmmon fut représenté avec une tète de béUer, parce quli en portait une dans les combats pour cimier. Alexandre est représenté sur les médailles avec une tète de bélier, parce qu'il se disait tils de Jupiter Àmmon, et sur d'autres avec un mufle de lion sur la tète. Géryon portait un triple dmier sur la tète, ce qui a fait dire au poëte qu'il avait trois tètes.

Les cimiers ont servi quelquefois à distingua* les factions : celle des Monaldeschi, anciens gentilshommes d'Orviète en Italie, se partageant en 1550, prit quatre cimiers différents : la bîehe, le chien , la guivre ou vipère, et l'aigle.

. Les cimiers ont servi aussi à distinguer les branches des familles; souvent ils n'ont été qu'une simple devise. C6me de Médiels, duc de Florence, portait pour cimier un faucon d'argent, tenant de lu serre droite un anneau d'or garni d'un diamant avec*le mot sen^er, qui était la devise.

Des maisons ont pris pour cimier une pièce de leur éeu : le cimier des rois de France est une fleur de Ils; celui de Tempire, un aigle; celui de Castllle, un château; celui de Lyoji, un lion.

Les Colonnes, dltalie, ont pris pour cimier une

DES ORNbiMËNTS ëXTëRIëURS DE L'ECU. I7S

sirène; les ducs de BniDSwick, un cheval. Les Tar«

tares porlent sur leurs têtes des plumes de hibou depuis que le Zingi ou Chinsis fut délivré de ses ennemis par le moyen d^un hibou qui s^était perché sur l'arbre sous lequel ce prince s'était caché; ce qui fit croire à ses ennemis que personne n'était près de là, puisque cet oiseau y était m repos.

On parlera dans tous Ils Leuips du duiier ou panache blanc de Henri lY.

Henri IV, après la mort de Henri III, avait été abandonné par la plupart des seigneurs de son armée, et Mayenne se faisait fort de Tamener aux Parisiens pieds et poings liés; mais Mayenne avait affaire à un adversaire qui ne dormait pas, et qui mait, comme disait le prince de Parme, plm de boUes que de 9oidiers, Après avoir battu Mayenne à Arques , Henri de Bourbon le battit encore à Ivry. On sait les paroles qui! adressa à ses troupes avant la bataille : Mes compagnons , si vous courez ma fortune, je cours aussi la vôtre. Je veux vaincre ou mourir avec vous,,. Gardez bien vos rangs, je vous prie; et si vous perdez vos ense^es, comeUes ou guidons , ne pey^doz point de ime mon panache blanc, vous le trouverez toujours om chemin de l'honneur et de la victoire,

§ LXXn. Les Tenants ou Supports.

Les tenants sont des ligures d'hommes ou d'êtres idéalement humains ; ils se placent de chaque côté

176 SaËNCË HÉRALDIQUE.

de rëea«. comme poar le souteDlr.» QaelquefiiNS il nV à qn^un seul tenant '

Le boudieyr du chevalier qui voulait Ogurer dacs un^^pas d'arm&i devait d^abord être goapendu À m poteau pendant quelque- temps dans- Farène ^ -aux yeux de ses adversaires, qui savaient le (droit dç venir .contrôler m lUres de noblesse. Ceux gui voulaient combattre venaient toucher- Pécu, qui était gardé soit par des écuyers, soit par des iiomn]^ désarmés et déguisés en lions, en sirènes, ^^n griffons,' en lévriers, etc., en êtres mixtes et fantastiques.

De là Torigine des teiiatils et suf^orts dans les armoiries.

§ UUUU. — T U Masteau.

Le manteau, qui d'abord n^appartenait qu^aux armoiries des rois, a été placé depuis dans les armoiries des princes et des ducs , qui ccuekêfU aussi leurs armes comme celles des rois, sous une tente ou un pavillon richement brodé ou frangé.. .'L'usage des tournois, où Ton exposait sur des tapis précieux lés

DES OHiNEMEiNTS EVlLUlLljUb i>t L t.Ll.. 177

armés dts ooinimttaiitftt .ies pavilloas et tentes que les chefs de quadrille se feisaient dresser pour

attendre à couvert liieure dVntrei* en lice, sont ^aus doute représentés par ie manteau et le pavillon des armoiries. Le manteau armunal est cependant

fiéquenuiieal duiiiié à 1 écu de^ femmes.

§ LXXIV. — 8° La Cordelière.

One guirlande de feuilles ou de fleurs entourant r^usson d'une dame fut longtemps le symbole de

son célibat ou de son veuvage. Mais depuis ie xv* siècle on trouve cet omeinent remplacé par une cordelière eii filet à nœiids, et tes écrivains les plus experts dans Fart héraldique ne sont pas d^accord sur Torlgine de cet usage.

Les uns disent que, dès Tannée 1470, Louise de Là Tour d'Auvergne, veuve de (Claude de Montaigu, tué dans un combat, avait pris pour devise une cordelière à nœuds rompus, avec ce jeu de mots bien conloniie à TespriL de Tcpoque : *tai le corps délié. Les autres donnent la priorité à Marie de Glèves, mère de Louis Xlf , dont on voyait le blason ainsi environné sur les vitraux de i église des Corddim de Blois.

Ce qui parait plus certain , c'est que la reine Anne de Bretagne, afin de témoigner la dévotion particulière qu'elle portail à saint François d'Assise, patron de son père, créa, pour les veuves et demoiselles de sa cour, un ordre de la C'orcMdre. De même que

le roi donnait aux chevaiim de Saint-Michel un ooUier à coquilles, cette princesse choisit pour signe distinrlil de sa nouvelle inslilutioii un collier à nœuds, imitant le cordon des reli^eux franciscains; elle le conféra surtout aux nombreuses demoiselles qu'elle se plaisait à élever à ses frais dans son palais, et qu'elle nommait ses filles. Dès lors les dames de rOrdre mirent le collier autour de leurs armoiries. La reine elle-même leur en donna Texemple après la mort de Charles VIII, son premier époux, arrivée en 1498. En même temps elle adopta la légende déjà attribuée à Louise de La Tour d^Auvergne. . Des historiens trop médisants ont osé remarquer, à cette occasion, qu'elle fut mal inspirée dans son , choix, puisqu'elle boitait et avait la taille très^u déliée.

Bientôt après, la cordelière autour de Técu fut généralement adoptée à la place de rancienne guirlande.

§ LXXT. — 9* UDefise.

La devise s'écrit au bas de Técu. C'est la reuiembranoe d'un nom, d'une seule ou de plusieurs actions

mémorables.

11 y a dans la devise le corps et Tàme, ou plutôt le mot et la pensée. La devise est souvent allégorique, et l'on en trouve même qui ne sont composées que d'une seule letti*e.

Le bhison plaisait comme énigme^ les devises

DES OHNEMENTS EXTÉRIEURS DE L ÉGl . 179

comme équiroque. hesar beauté principale résulte des sens multiples qu*on y peut trouver.

' Parfois la devise était roxplic^ition de Temblème armoriai, souvent une allusion à une particularité intéressante pour le seigneur.

Un de Veii^y, qui possédait les terres de Valu, Vaux et Vaudray 9 avait pris pour devise : J'ai Valu, Vaux et Vaudrai.

Les Quelen , doul le nom bas -breton signifie houx, adoptèrent ces mots de la vieille langue armoricaine : Enper emser quelen (le houx est toujours vert).

Marguerite de Provence, la vertueuse compagne de saint Louis, avait pour emblème une reine-marguerite et ces mots : Beine de la t€7Te , servante de la reii^p du ciel. La remuante et guerrière famille des Guises arborait des A dans des 0, ce qui se traduisait par : chacun A $&n tour (chaque A son 0.) Ce chiifre pariant passa depuis en proverbe : ou disait communément : C'est la devise de Monsieur de Guise, chacun à son tour. Et l'on sait que sans l'assassinat dont Henri III s est souillé aux états de Blois, ces princes ambitieux montaient peut-être à leur tour sur le trône de France. La maison de Senecey portait : In virfffle et honore senesce.

Devise des Saint-John : Data fata «ecuto, j'ai suivi mon destin.

— Des Saltoun : In God is (dL tout en Dieu.

— Des Byrons : Croyn Byrom.

On lit encore en France au-dessus du guichet de

m SCIBNCB BéRALDIQUB.

la prison de ia maison seigneuriale de TourviUe: SUeto et q^era»

En Irlande, sur Téeasson qui surmonte là i^nde porte du château de Fortescue: Forte scutum, salus dueum.

En Angleterre, snr rentrée principale dn manoir

Jiospitalier des comtes Cowper : Tuum est.

Beaneonp de devises affichaient un orgueilleux défi, une franche et brusque déclaration dliostilité

au premier venu. C'étaient comme des menaces hautaines que justiliaient rhéroïsme el Taudace. Dans un carrousel, un Jeune seigneur aussi ambitieux

que Jjï ave avait pris pour devise uue iusée en Tair , avec ces mots :

Je veuK bien durer peu, pourvu que je m'élève.

Dès le XII® siècle, les sires de Créqui portaient sur

leur écu un buisson épineux et au-dessous : Que nul ne s'y frotte*

Le» princes d^Orange Nassau, parvenus à force de

persévérance à s'asseoir sur les trônes de Hollande et d'Angleterre, avaient pris pour devise: Je maintien' draif et ils la conservent encore de nos jours ^ bien que des événements récents en aient nn peu compromis l'exactitude, car le roi des Pays-Bas n'a pas su mamtenir la fielgique.

Voici une devise non moins orgueilleuse :

Je ne suis roy, ne duc, ne prince, ne comle auMy, Je suis le sire de Goucy.

Cest celle que transmit à ses descendants le célèbre Enguerrand 111 de Coucy, un des plus puissants barons de Philippe -Auguste, de Louis VIII et de saint Louis.

Celle des Koban respire la même iierté :

Prince ne veux, roi ne puis, Rohan 8uis.

Citons encore celle de César Borgia : Aut CcBsar

mit niliil; et celle de l'empereur d'Allemagne , Frédéric m, qui avait pris pour devise les cinq voyelles a, e, i, 0, u, quil expliquait ainsi : Austriœ est

imperm^e orbi universo,

La devise des Bourbons offrait un augure de la haute fortune de cette maison; c'était une épée avec

ce mot: Penetrabil (elle entrera).

Celle du duc de Bourgogne fait penser : « J'ai hâte* » Hâte du ciel ou du tr^yne? Cette maison de

Bourgogne, si grande, si tôt tombée, semble dire ici

son destin.

Blanche de Castille, la mère de saint Louis, avait

fiiît choix d'une fleur de lis naturelle, appliquée sur un champ semé de lis héraldiques et accompagnée de ce mot de la sainte Ecriture : Un lis entre les Us.

J'aime encore le vague de la léjîende des seigneurs de Brimai : Quand sei^a ce? et 1 excitation chevaleresque du Vas ouire! de Viillers de Tlsle-Adam, le célèbre grand - maître de l'ordre de Malte.

Mais je ne connais guère de devise plus triste et plus indigne d'un homme de cœur que celle-ci: ji l'impossible nul n'est tenu. On la trouve inscrite

m SCIËNCË UËRÀLDiUUË.

au-dessous dMn chameau socoombaiit sous le faix.

Elle appartenait à TinfàmeJean deLigny» qui, séduit par For anglais, acheta Jeanne d'Arc prisonnière pour la livrer à ses bourreaux* Ne dirait-on pas qu'en fai» sant peindre cette devise sur ses armes il ait senti sa misère et prévu sa lâcheté?

Tous les écussons n'offraient pas de belliqueuses senteni^ : maintes fois le galant chevalier reeevait sa devise des mains de la dame de ses pensées. Ainsi un doux souvenir se rattachait sans doute à Tinscription arrooriale des La Trémoille : Ne m'mbUezî et à celle des comtes d'Estaing, qui, au xiv® siècle, portaient aurdessous d'une touffe de lis et de roses : tots par mix, lots par eUes ! (tout pour eux , tout pour elles.)

Lors de ranivée à Paris de Alaiia Leckzinska, femme de Louis XV, un comte d'Estaing ressuscita cette vieille exergue de ses ancêtres. La galanterie fut trouvée charmante, et la reine ne put se douter qu'elle n'en avait pas les prémices.

Louis XI « n^étant encore que dauphin, parut au siéîîe de Compiègiic avec un mouU bel etmdart tout baUu a or, ou avait un K, m cygne et une L. La cause estait pouree qu'U y avoU une demmelie mouU belle en Pastel de la reyne qu'on nommait CassineUe , de laquelle le dit seigneur estoU lors énamouré,

§ LXXVI. — Les Devises historiques.

Un grand nombre de devises doivent leur existence A quelque évâfiement historique. Dans les

DBS ORNEMENTS EXltaiBUHS DE L'ËCU. m

querelles sanglantes des Armagnacs et des Bourguignons, le duc d'Orléans avait dans ses armes un bâton noueux. Jean Sana-Peur mit dans les siennes un rabot. Sa devise était: Ich houd, je tiens; celle du duc d'Orléans; Je l'mvie. Plus tard, quand le rabot se fut débamssé du bâton noueux, quand le duc de Bourgogne eut fait assassiner son rival , la malheureuse Yalentine de Milan, veuve de la victime, prit pour corps de sa devise un arrosoir penché versant de Tean en forme de pleurs, et pour âme de cette image : Rien ne ni est plm, pUis ne m'est rien.

Le duc de Berri , onde de Charles VII , avait pour

emblème un ours et un cygne, avec cette devise: Orme, le ten^ venra. On la lisait naguère sur les . vitraux de la chapelle souterraine de Bourges quMl avait fondée.

Philippe le Bon, fils de Jean Sans-Peur, briguant la main d*ÉUsabetb de Portugal, inscrivit au-dessous de ses armoiries une conjugale et rassurante promesse : AîUre n'aw^ay; et ces mots furent arborés par le glorieux ordre de la Toison d'Or, qu'il fonda au milieu des réjouissances de son mariage.

Toutes les confréries militaires avaient leur devise particulière. Voici Torigine de celle des chevaliers de la Jarretière, créée aussi pendant une fête et en rhonneur d'une dame. Un beau soir que Ton dansait et s'ébattait joyeusement au palais d'Edouard III d* Angleterre, la jolie comtesse de Salisbury laissa tomber une jarretière bleue. Le galant monarque

184 SClfiNCË HËRALDIQIE.

g'en aporçat tt sWpressa de la ramàmr. Hais cet accident fit rire les courtisans, et la comtesse se prit à rougir et à verser des larmes. Aussitôt le prince de s'écrier: •Honny 90U qui mal y pense J Je jure que tel qui 8*est moqué de cette jarreti^ s'estimera heureu:^ d'en porter une semblable i » £t ainsi arrivart-il.

§ LXXVil. — Les Devises de circonstance.

Les Inscriptions héraldiques se transmettaient ordinairement coniine un héritage d'honneur; mais d'autres fois elles n'avaient qu'une existence éphémère, quoique souvent très-brillante. Ainsi les souverains avaient l'habitude d'en choisir une à l'époque de leur majorité, de leur avènement, ou de quelque autre circonstance solennelle.

Ils aijnaient encore a gaider celles qu'inventaient pour eux l'enthousiasme et la flatterie. Edouard III avait inscrit au bas de son écu, où se trouvaient accolées les armes de notre pays et celles de son royaume, cette devise exprimant ses prétentions à la couronne de France : Dieu ei mon droit.

Un de ses successeurs, Henri VIIÏ , choisit l'image d'un archer bandant son arc et cette hère exeiigue : Qui je desfends est maUre,

Le prince de Galles , héritier présomptif de la couronne d'Angleterre, portait attachée à son écusson la devise : leh dien (je sers), dont l'origine se rattache k une période eâèbpe de notre histcrfre.

Le 25 août 1546, Tarmée française combattait dans les plaines de Crécy, de funeste juéoHHre, Au milieu de ses rangs on voyait servir oomme de simples ehevallers Jean, roi de Bohême, et son fils Charles IV, empei*eur d'Allemagne. Le vieux roi, qui était aveugle, se trouvait à Tarrière-gurde. On lui rendit compte des événements. « Et on est Monseigneur Charles , mon fils ? » dit-il. On lui répond qu'il combat vaillamment, qu'il a déjà reçu trois blessures^ Jean, transporté de Joie et de* courage, presse ses compagnons de marcher au secours de leurs amis et de remmener avec eux: < Vous êtes mes fidèles, s'éerie-tril; je vous requiers que vous me meniez si avant que je puisse férir un coup ' d'épée« 9 Alors les chevaliers, pour ne pas le perdre dans la mêlée, lièrent son cheval aux fràns de leurs chevaux et mirent le roi tout devant, et ainsi s'en allèrent ensemble sur leurs ennemis. Le roi de Bohême, ^conduit par ses chevaliers, pénétra jusqu'au prince de Galles. Ces deux héros, dont Ftin iinissait, dont l'autre commençait sa carrière, essayèrent plusieurs passades de lance pour illustrer à jamais leurs premiers et leurs derniers coups. La foule sépara ces deux champions si différents d'âge et d'avenir, si ressemblants de noblesse, de générosité et de vaillance.

« Le roi de Bohème alla si avant, qu'il férit un coup de son épée voire plus de quatre, et recombattît moult vigoureusement , et aussy firent ceulx de sa

compagnie, et si avant se boutèrent sur les An-

m SQBItÛS HÉRALDIQUE.

glais, que tous y demeurèrent et furent le lendemain trouvés sur la place autour de leur 8ei^;iieur et tons leurs chevaux liés ensemble. »

Vrai miracle de fidélité et d'honneur ! ï.es muses, qui sortaient alors de leur long sommeil de Jbariiarie, s'empressèrent à leur réveil d'immortaliser le vieux roi aveugle ; Pétrarque le chanta, et le jeune Edouard prit sa devise, qui devint celle des princes de Galles. Cétait trois plumes d^autruche avee ces mots tu* desques écrits autour: fch (lim, je sers. Il n appartient qu'à la France d'avoir de pareils serviteurs.

§ LXXVni. — LeB Defises royales.

Voyons les principaux emlilèmes et les plus remarquables devises adoptés par nos rois.

Louis XI, devenu le compère d'Olivier le Daim ou le Diable, son barbier, et de Tristan, Pexécuteur de ses hautes œuvres, avait pris pour devise un fagot épineux : Qm s'y froUe s^y pique» Il y a loin de là à Tétendard de Cassinelle.

Louis XU eut un pore-épic avec cette devise:

De près et -de Mn * ; et dans la guerre contre les Génois, il eut un roi des abeilles entouré de son essaim : Notre roi ne se sert pas d'cuguUlon.

Si vous visites le magnifique cbâtean de Chambord, Télégant bdtel de Bourg-Theroulde à Rouen, le

• Paiee qu*<m attrilmaîl alors au porc • épie te pouvoir d« lancer ses dards loin.

DES ORNBiENTS BXTÊRIBtJlâ DE L*ÉCU. . 187

joli manoir de Moret transporté à Paris aux Chatnps- Ëiysées, ou les galeries de.Footainebieau, vous retrouverez mille fois peintes etsculptées sur les voûtes, le» luuis, les parvis, des salamandres au milieu des flammes. Ces animaux fabuleux, dont le feu était, disait-on, raltment et la vie, sont surmontés de la couronne de France et appuyés sur leurs queues tressées eu cordelières; au bas on lit dans un lambrequin : Ntsiriseo H eaUmffuo (je nourris et je détruis); c'était l'emblème de François qui voulait dire par là : Je récompense le bon et je punis le médiant,

Lre rival de ce prince, Charles V, avait adopté pour devise les colonnes d'Hercule, avec cette légende; On nepmU aller ouire.

A Brou, en Bresse, sur le tombeau de Marguerite d'Autriche, enterrée près de sou époux Philibert le Beau, qu'elle pleura si longtemps, on voit la devise de cette prinoesse : Forkme, infortune, fortune.

Chez une autre veuve, dans la maison de Louise * de Savoie, mère de François à Angoulème, on lit encore ces deux devises placées dans sa bibliothèque : Libris et libetis , mes livres et mes enfants , ferendum ac spermdum, souffrir, mais espérer.

On voit partout sur les murs de la chapelle si curieuse et si mondaine de Saint-Gelais à An^ou lème : Spero, j'espère.

Une autre rdne vraiment digne de pitié, la douce et triste Louise de Vaudemonl, éj)ouse nt'-^'ligce de Henri III, avait révélé ses douleurs en choisissant

ralMgorie d'un cadran sous le soleil : Begardez'nun, afin qu'on me emgidère.

Marguerite de Valois, la première femme de Henri IV, elle «

Qui Yist fleurs et lauriers sur sa teste sëeber, Et par UD coup fatal les lys s*eD détacher, EspouBe sans espoux et royne sans royaulme ,

avait fait graver sur son sceau et sur sa vaisselle une lige de vigne, avec ce vers du Tasse :

L'ardor temo , a gelo m^offaade.

Je erains Tardeur, et la froideur m^offense.

Marie de Médicis enfin, qui nionnit aussi loin du trône, victime de l'implacable politique de Richelieu et de la faiblesse de son fils, avait fait représenter

dans les médaillons formant les angles de sa tapisserie à Bruxelles , une cascade et ces mots :

De mi caida mi candor.

De ma chute ma blancheur.

Puisque nous en sommes au chapitre des reines

exilées, ajoutons que Christine de Suède, fuyant un beau jour les glaces du Nord et les ennuis du rang suprême, pour achever son aventureuse carrière sous le ciel de Rome, choisit Tembrème de rhirondelle et cette devise : Pour ciwrcher mieux. Christine, à ce qu'il parait, ne trouva pas ce mieux

DES ORNBMKNTS EXTÉIUBURS DE L'ÉCU. 189

qu'elle cherchait; car elle reparut plus tard au milieu de ses anciens sujets pour leur redemander la couronne : mais il n'était plus temps. Il lui fallut « confuse et rebutée, s'en retourner doù elle était venue.

Sûr une fouie de monuments du xvi^ sièele apparaissent des D entrelacés avec des H , piiis un médaillon où domine un croissant, surmonté de la couronne de France et éiitouré de caïqucHS, de flèches, et au-dessus une devise que les Français du temps de Henri II espéraient bien le voir rejiipiir : Viendra wig temps que la pranoHiquè sera aetofn^e et pkts Hemy n^aura à sa devise un crùyssant, car tout le o'oyssanl seî'a rempli, et il ne dira plus : Donec totum impleat orbem. Les astres promellenl toute l'Italie de brief.

Ces emblèmes décorent la façade du joli manoir d'Anet transporté en partie des bords de TEure à Paris, dans la cour des .Beaux- Arts. Ils s^entrda*cent jusque sur les frontons du Louvre. Cest la devise de Henri il et de Diane de Poitiers.

Le jour de la naissance de François II fut remar* quable par une éclipse de soleil, ce qui lui fît donner pour devise uu lis entre un soleil et une lune, avec ces mots: Inter eclq^ses exonor; flatterie de cour qui n^eut pas Tapprobation des gens de goût; ce qui fit qu'on lui donna dans la suite cette autre devise : Unus non siiffieit orbis, allusion à son mariage avec Marie Stuart, leine d^Ëcosse.

Henri IV au moins, s'il est aussi galant, ne sacri-

fie pas dans sa devise la dignité royale. Il avait choisi une massue d'Hercule, et autour: Pour la valeur

Charles IX, deux colonnes couronnées et ces

mots : Par la piété el la justice,

Henri III, qui avait été roi de Pologne, prit deux couronnes à ferre et une troisième en l*air, avec la de\ise ; La dernièi^e m'attend au cieL 11 ne parlait pas de celle dont le menaçait la sœur du duc de Guise. Cette princesse, en effet, portait toujours à sa ceinture une paire de ciseaux d'or, et se plaisait à répéter : « Voici de quoi tailler à Henri de Valois une dernièle couronne. » Elle entendait par là une tanmre de moine.

Louis XII 1 avait pour emblème deux Hercules ou seulement quelquefois la massue du héros, avec une exergue latine signifiant : Les méchants épr ouveront ta force, allusion à Thérésie et à la rébellion qui troublèrent son règne.

Le symbole de sa veuve, Anne d'Autriche, était au commencement de sa régence une lune se levant au coucher du soleil et les mots : Par toi, sans lot : et plus tard, quand son fils, jeune encore, marcha contre les rebelles de la Fronde, un cadran sous un soleil dont les nuages interceptent les rayons : Le» nuages me h dérobent.

Gaston de Foix portait : Quim'aime7'a,je l'aifuerai; et Montluc , qui cite cette devise dans ses commentaires, ajoute: « Si je n^avais eu une autre devise, j'aurais pris celle-là volontiers. »

§ LXm. — Les Devises décénèrent.

La devise, on Fa pu voir, survécut ion^mps à la chevalerie... Mais aussi elle finit par ne plus parler que le langage des courtisans. ^Italien Mazarin se plut surtout, comme quelques-uns de ses compatriotes, à en faire matière de subtilités et de raffineinents, et les remit en grande vo^ue; dès lors elle perdit sans retour ses mâles et franches allures, pour prendre un air coquet, prétentieux, alambiqué. Ce ne fut plus

Que jeux de mots, quMectation pure.

Belles dames habituées de l'hôtel de Rambouillet,

écrivaiiis de ruelles, ducs ou marquis appelés à figurer dans un ballet ou un carrousel, tous ceux enfin qui prétendaient attirer les regards soit à la

cour, soit à la ville, se crurent obligés d'avoir une devise, et Ton s'inquiéta peu de ce. précepte donné par Henri Estienne, qui s^est aussi occupé k

fixer les règles de la science des devises ou philomphie des images : L'fisme de la devise doibl louis jouê's esire assez modeste, pour que eeUiy qui Varhmre m

puysse faire application sur luy-même sans vanité malséante,

Louis XIV lui-même violait ce principe avec une

outrecuidance exagérée. Quoi de plus ambitieux que son soleil avec cette devise si connue : Nec pluribus

in SCIENCE béraldiqiie;

inq)ar! mots» assez éiiigma tiques qu'on peut rendre ainsi : Je mffiraiak à écUùrer plusieurs mondes. Le grand roi avait choisi ce symbole pour figurer dans le fameux carrousel dont les Parisiens ont conservé le nom à la place qui en fut le théâtre. Aussitôt ce fut autour de lui une pluie de devises se rapportant toutes à ce soleil suprême. Le duc de Sully para ses armes d'un miroir ardent: Je b^^ùlesom son regard; Tamiral de fieaufort, d^une lune et de cette inscription : Elle obéit au soleil et commande aux flots.

Tous les autres firent de même»

Depuis Louis XIV, la devise eut encore des chances bien diverses. Onf la vit tour à tour tomber dans Toubli, reconquérir la vogue dans les salons et les bureaux d'espril du siècle dernier, puis formuler sur nos moinumehts, autour du bonnet rouge ou des faisceaux républicains , les austères maximes de la liberté.

AujouTd%ui on ne la trouve plus bonne qu^à enve»

lopper les délicieux produits de nos confiseurs. On la fabrique en gros, par centaines. Quelle chute 1 Kiie était pourtant digiie d^un meilleur sort. < Je voudrais, dit M"^ de Genlis dans ses mémoires, que Tusage de prendre une devise fût universel. Chaque personne, par sa devise, révèle un petit secret ou prend une sorte d^engagement. »

M"**' de Genlis, préchant d'exemple, avait fait graver sur ses livres une vignette représentant une lampe alluiidée, avec ces mots au-dessous : Pour édoh re$^ je me consume.

DES ORNBMEirrS EXTÉmECRS DE L*ÊCU. 193

§ LXXX* f 0* te Cri de guerre.

Le cri de guerre est placé au-dessus des armoiries du chef de la famille; il lui est propre « et les cadets

ne 1 oiit pas. Le cri de guerre est ausbi nommé cri d'armes.

Le cri de guerre ou d'armes remonte , comme le blason, suivant les anciens héraldistes, à la plus haute antiquité. Le cri de guerre de l'armée de Gédéon, dans le combat qu'il donna contre les Madia-nitea, était : Dammo et GedeonL Joseph Acosta dit qu'à la bataille que les Mexicains livrèrent aux TapanegueSf sous la conduite du roi Iscoalt, ils crièrent tout d^une voix : Meonqtie , Mexique,

11 y a plusieurs sortes de cris d'armes, et entre autres le cri d'invocation, le cri de résolution, celui de désir, celui d^exhortation et le cri du nom, a^ià-dire cri de rallieineiil. 11 fallait être gentilhomme pour avoir un cri, car le cri suit la bamèière, et les gentilshommes seuls ont le drdt de porter bannière aux tournois et aux combats. I! y a une \aiiélé inlinie de cris. Les uns crient leur nom propre, d^autres celu^ de leur maison ; les citoyens d'une ville, le nom de cette ville. Noire-Dame de Bewrgogne est un cri d'invocation ; celui de Godefroi de Bouillon, Dieu le veui, est un cri de résolution; l'ancien cri de guerre de nos rois , Mont joie et saint Denis, est un cri de ralliement et d'invocation; nos anciens rois avaient saint Denis pour patron et por»

m SCIBNCB HtRALDIOUB.

taient son image sur leur bannière; rarmée devait la suivre partout; elle était le jalon qui leur îndi qiiait la roule. Or en ce temps -li^ les bornes indicatives qui aidaient au voyageur à reconnaître son chemin étaient des taa de inerres, qu^on nommait

§ LXXXI. — Les cris d*armes.

Les cris d'armes , moins nombreux que les devises, sont probablement plus anciens, sans que nous les

fassions cependant remonter à Gédéon même; chaque naUon, chaque grand lief, chaque grande maison féodale avait son cri :

Franceis crient : Monjoe ; Narmam erienl : hex aie; E Fïamens : Âsrax ;

E Angeim : Valie ';

Les seigneurs de Montmorency : Dkux aient; ou selon les autres : Dieu aide au premier ckréUen;

LesBaulTi emont: Hauffremonl nu premier ehrélim ; Les ducs de Bourgogne: Noslre-Dame de Bout-

Lqs ducs de Bourbon: Bourbon Nostre^Dame ; Les comtes de Foix : Noslre-Dame Biern ou Beam; Les Vergy : Vergy à Noslre-Dame; De même les comtes d*Auxerre, de Sancerre, et Du Guesclin ;

■ Wwsef romin du Rou.

Le roi de Portugal ; Nostre-Dame Portugal;

Le duc de Gueidres : Nostre-Dame Gueldres;

Les sires de Coucy: Cmey à la merveille, ou Place à la bannière; ou encore, Nostre^-Dame du seigneur de Coucy;

Le comte de Uainault : Nosire-Dame HamauU;

Les papes : Nôelre-Dame saùu Pierre ;

Les rois de Gastille : Santiago :

Les rois d'Angleterre: Saint Georges;

La maison de Vienne en Bourgogne i Saint Georges m puissant duc;

Les ducs de Bretagne : Malou ou Saint Moto m riche duc;

Les comtes de Champagne et de Sancerre : Puésavanl U nieiUor , ou Passavant la Thibaut;

Les ducs de Brabant : Lembourg à eekd qui l'a conquis;

La maison d'Anglure: Saladin ou Dama^;

Les CliauTigny en Berry : Chevaliers pleuvent;

Le vicomte de Villenoir en Berry : A la belle;

Les ciiiciens seigneurs de Préaux en Normandie : César 'Auguste;

Les chevaliers du Temple : Beauséani, Beauséani;

L'enipcK ur Othon à Bouvines: Home;

Les Gascons : Bordeaux:

Le sire de Saint-Sévère : Brosse ;

Le sire de Prie porte pour timbre une tète d'aigle et crie: Cam do y seaux;

Le sire de Lalant : Nostre-Dame au pigne d'or;

Le sire de Yauldenay : Au bna ;

m SCIRNCE HÉRALDIQUE.

Le sire de La Châtre; A l'allrail des bons chevaliers;

Le sire de Bars lAufm, au feu;

Le sire de Jarse : Rochechouarf :

Le sire de Vervins: Houssy à la merveilie;

Le sire de Geolis : jéu guet , au guet;-

Le sire de Boulogne : Boulogne belle :

Les sires d'Aufremoiit et de Gaucoiirt: Cletinonlj

Le sire de Waurin : Mains que le pas;

Le sire de Saint-Pol: Lesignean; et sur son

lieaume un serpent qui se baigne; ' Le sire de Toumon : Au pku dru; Charles I^'t duc de Bourbon: Monnaie saèU

Denis,

Quelquefois il y avait deux cris géDéraux dans une même année; mais c*était lorsqu'elle était composée

de deux différentes nations. Ainsi, en la batnille qui fut donnée en 1569 entre le bâtard Henri de Transtamare et le roi don Pëdre le Cruel, on cria de la part des Espagnols du parti de Henri : Caslille au roi Henn; et de la part des Français qui étaient venus à son aide sous le commandement de Bertrand Du Guesclin, on cria : Notre-Dame GueseHn.

Le roi Charles Vil ayant établi des compagnies d'ordonnance vers Tan 1450, et dispensé les gentilshommes bannerets d'aller à la guerre et d'y conduue leurs \assaux, Tusage du cri d'armes a été aboli; mais il s^est conservé dans les armoiries, auquel on joint souvent le cri de la maison.

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