INSIGNES DES ROTURIERS
§ LXXXY. — Les Armoiries des Yllaios,
L'usurpation des noms adules, odle des annoiries
dans les derniers siècles, olTrit le spectacle d'un curieux travestissement. Ces bourgeois qui détestaient les aobles, qui^ sous Itiennine et comme gens du roi , leur fâisairat une cruelle guerre, les jalousaient pourtant et les imitaient. Ils inventèrent un blason à eux , sùr moyen d'avilir Tautre. De bonnâ heure les roturiers eurent aussi des armoiries, des devises et des cris d'armes. Lorsqu'ils furent réunis en associations, ils s'enhardirent à faire aussi las gentilshommes; Ils se créèrent peu à peu un blason. D'abord chaque corporation eut sa bannière, et sur sa bannière, ie saint qui la protège. Qui eût osé leur Interdire la recannaîssance qu'ils devaient à saint Ëloi ou à saint Fiacre, leurs patrons ? A côté, à la
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place du saint, se mirent peu à peu les insignes du métier, que la corporation imprima aussi sur ses actes et grava sur son sceau. Ainsi la corporation des épiciers-apothicaires de l'aris eut armoiries et devises; c'était une main qui sortait d'un nuage dans un ciel étoilé , qui tenait un il^u avec des ba~ lances, et au-dessous cette devise : Lances et pon-^ dera servant. A Florence, les plumes étaient Fat tribut des arts ou corporations de la soie et de la laine.
Dans le soulèvement de 1525, les paysans de la Souabe avaient généralement adopté pour signe de ralliement une croix blanche : certains corps avaient des bannières sur lesquelles était représentée la roue de la fortune ; d'autres avaient des sceaux sur lesquels on voyait un soc de charrue avec un fléau ou un riftéaû, éit un sàboC formé eti cfoix.
Les roturière avaient aussi quelquefois des armes individuelles. La Balie de Sienne reconnut dans le pape Jules II un descendant d'une noble famille
qu'on croyait éteinte, j)arce qu'il avait comme lui, pour armes parlantes, un chêne; le pape, dès lors, comprit Sienne dans tontes ses alllancés, et embrassa la défense de tous les intérêts de cette république.
Dans les contrats, les artisans qui ne savaient pas signer leur nom figuraient souvent les lhstru<ments de leur métier. Il reste un grand iionibre d'actes souscrits dun marteau , d^une clef, d'un fer à cheval, d'une roue, à c6té desquels le notaire a écrit le nom du maçon, dn sorrurler, etc. Le père de Luther avait pour marque et pour signe un marteau.
DÉSIGNÉS DES ROTdRTEBS. SIB
En parcourant la Suisse, on retrouve dans les anciens cantons, et notamment dans celui tlu Valais, Tusage des armoiries répandu dans les pluâ modestes classes de la société ; entrez dans on dé ces cbalets suspendus aux lianes des montagnes et qui offrent au Toyageur égaré ou attardé un cordial accueil, une franche et loyale hospitalité, vous verrez attaché au mur un écusson armorié : c^t le blason de la famille. Qu'elle s'appelle Sériée, fur exemple, et elle portera : en chimp d'azur, fmverà- soie d'argent filant son fil (Tor*
S LXXXYI. Leurs ÂnneB parhoites.
Dans le beau et curieux cartulaîre de Clermont m Beauvoisis, les tenants d*arrière^fiefe (en villenage) ont tous des armes parlantes.
Le serrurier, une clef:
Lefebvre, faverîan ^ un fer à ehewd;
Le tonnelier, tm tormem;
Le carpentier, une hache;
Le carbonnier, M feu d'or en ehamp noir;
Le maçon , tm marteau e< une équerre;
Le charron , une roue;
Le queu (cuisinier), une marmite; r Le marchand, tm sac;
Le boucher, une hache;
Le cerdler, un cerceau;
Le barbier; dèut rasoirs;
Lescripvain, un livre ouvert; *
Le detCy un rouleau écrii; Le forestier, tm arc/ Le prcvost, le maire, tme épép; Ducange, me balance (de chaogeur) ; Le candeHer, troiê cîuaMim attuméeB; D autres cquivoquent âur le nom et ferment une sorte de rébus :
Fauquet, une faux; Boterelle, trùis bottes ; Duquesne, un chêne; Uerenc, un hareng; Comelle, une eomeUle; Lecoq, un coq; Gouvjon , un goujqn ; Poulet , un peuliA; Serin , cinq souris ; Dars, un arc;
D^autres armoiries roturières font une allusion plus
ou moins directe au nom :
Dubrulé, une marmite; Malepart, des dés;
Leblond , tête d'argent à ehemêx d*or; Lafûlé, un couteau; Lesae, un sac; Lermite, une tète d'ermite; Langle, une lêle d'ange; Lorens, unegrUle; Dumoustier, une cloche; La dame du Monche, une tête de religieuse avec crosse;
INSIGNES DES BOTUfUEBS. »7
Pierre Sarrasin, une ié(e noire; Jehan le Pelé, une tête chauve; Margue» irais pies; LemBLY^ungeai;
Jehan Lecoq, un coq;
Thorian de Fores, u» taureau dans un fourré; Halin, «vie tête noire;
Bontemps , une gerbe d'or ;
Jehan Courtefoy, trois mains coupées;
Jacqaes Lemperear, trois couronnes d*or;
Pierre Toussaint , une lête avec auréole;
Gorgedieu, idem;
Triquotel, des dés;
Cuer de Roy , un cœur rouge sous une couronne
'or ;
Le Moine, une tête capuehonnée de noir;
Hardy, trois épées;
Le Preux» trois épées;
Lebrun , un ours ou un sasigHer;
Levîllain , une v&ame figure , eapuehm bleu;
Le Pelé, une léte avec serre- tète;
Campdaveine, <i*ow bottes d'or;
Loys , deux L. * »
Durpain, trois pains;
Morel, trois têtes de sanglier noir.
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SCHSNCE HÈRALDIQUC.
g LXXlVn. * Les Noms.
hr» noms des roturiers sont généra Ifment tirés de la quaiilé, de Vnccidmi individuel: le non*, le rouî, etc. Ceux des noMés dérivent plutèl de ia gttbsUmee, de la terre, du bien (res) : DevfNe, du Roc, Montaigu, etc. Dans ia liste des sergents de Pteris, beaucoup de noms se rappoitent au difformités, aux défeutS physiques: leliergne, etc. Les montres ou listes de gens d'armes en renferment aussi de nombreux exemples.
On a remarqué avec raison quelieancoup de noms faccordaîent réellement avec le caractère moral ou physique de Tindividu qui les porte; c'est vraisemblablement qu'ils indiquaient des qualités héréditaires dans la famille: Pclll, etc.
L'importance symbolique du nom se retrouve dans toute Fantiquilé: Hector s*appelaU Scamandros, itiais les autres Aslyanax.., — Meli vocant superi.
Le sobriquet de Tanglais est John Bail; celui de Fallemand, Michel; celui du Français (du moins autrefois) , Jacques ou Jean.
Chez les Grecs, le petit-fils porte le nom de son grand-père : Cimon, fils de Bliltiade, petit-fils de Cimon. A Rome il n'y a qu'un nom pour toute la gens, celui du père de famille; ainsi les dix mille Cornéliens de Conielius Sylla étaient dix mille esclaves alTrauchis par lui. Souvent au nom de son
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maiire Tegclave igoute la tennidalboii par : Marcipor ,
Gaspor, etc. Les rousulmaDS n'ent point de noms de faiaiUe; ils ont bien des armoiries^ mais elles sont personnelles et memniA «vae eèiui àuqiiel elles appartienSMit. A» moyen âge , les hoirs de foniille ne semblent dater que du x*^ sièttle.
Dans le Credo de Pierre de Plownan « les inotnes disent aux fidèles qul leur font deë déflations : « V<itre nom sera richement blasonné sur les fenêtres de réglise da monastère, où les hommes le liront à jamais; » et .aillealrs ^ « Il y hrilléra àvèc tes mim|ues ( fïiarks) des marchands. » En AngleLeire , les commerçants plaçaient leurs marques sur un écusson, formant ainsi hardiment une sorte de blason lo* turier.
§ LXXXVm. — Devises roturières.
Les foires de Champai^ne avalent un sceau avec celle àeyise : Pdssavarii Je meillor, . On a trouvé, en creusant des fondations à Lyon, une plaque .de. cuivre de six pouces de diamètre, représentant la figure d'un empereur (Louis le Débonnaire), et tout autour deux ou trois lignes en caractères hébraïques; sur le revars cette légende ;
POST TFTfEBR AS LUCEM , F£UaTATiS JLD&X DI£S ULTIMUS.
C'était la devise des Juifs de Lyon et de Genève, comme celle des Vaudois ou pauvres de Lyon,
iSO SCIENCE HERALDIQUE.
Lather s'était fait graver an scean qoi portait
une croix noire avec un cœur au milieu ; le cœur reposait sur une rose blanche placée dans un champ d'àsur et entourée d'un cercle d'or.
Walter Scott, dans l* Antiquaire , attribue à un des inventeurs de l'imprimerie la devise suivante : KuM màcht gunsL
L'université d'Oxford a pour devise : Dommus tZIiiminatio mea , Dieu est ma lumière. A Tentrée de Tun des collées d'Oxford on lit : Mamers fnakyt mum,
A la porte de la chambre dorée do Pâlais-deJustice de Paris, on avait placé un lion couchant.
§ LXXXIX. — Cris d'armes.
Les roturiers avaient leurs cris d'armes* Dans le midi c'était le mot eUlot; chez les habitants du pays de Comniinges, ablol : [celui Vidal banda son arhaleste en criant à haute voix : Ahlot^ ablot, ribaux, ear m sont pour nous. En Bourgogne, c'est le mot aboc : Lequel Pej^eau cl sa femme commencèrent à crier: Aboc, aboc; qui est à db^e ainsi comme à la mort. Ahors a le même sens dans d'autres provinces; hahay, hahay ou ahors: Ahors les meurdreurs qiU ont tué Jean de La Vigne*